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3 SÉQUENCE L’UNIVERS ROMANESQUE Romanciers du XIX e siècle q Aborder des univers d’écrivains ŒUVRE
3
SÉQUENCE
L’UNIVERS ROMANESQUE
Romanciers du XIX e siècle
q Aborder des univers d’écrivains
ŒUVRE INTÉGRALE
OBJECTIFS
Nantas, Émile Zola
• Incipit
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• Portrait de Nantas .
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• Le pacte
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• Les bureaux de Nantas
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70
• Lecture intégrale de la nouvelle .
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71
• Histoire littéraire Vers la 2 de
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Devenir un lecteur actif
q Qui ? Où ? Quand ? Quoi ? Pourquoi ?
q Comment et pourquoi lire un portrait ?
q Pourquoi l’auteur en dit-il autant ou si peu ?
q Comment et pourquoi lire des descriptions ?
q Que raconte la nouvelle ?
q Qu’est-ce qui caractérise un roman de Zola ?
ŒUVRE INTÉGRALE
La Vendetta, Honoré de Balzac
• Un début de roman .
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• Entrevue avec Bonaparte
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• Les mots de Balzac
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• Un roman historique
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• Un roman psychologique
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• Un auteur, Honoré de Balzac
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• Un roman de La Comédie humaine
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Lectures personnelles .
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S’initier à l’univers de Balzac
q Faire connaissance avec les personnages
q Se familiariser avec l’écriture de Balzac
q Suivre le fil de l’histoire
q Étudier le vocabulaire
q Comprendre le rôle de l’Histoire dans le roman
q Analyser les passions
q Lire une biographie pour comprendre une œuvre
q Repérer les caractéristiques d’un roman
de Balzac
q Lire des romans du XIX e siècle
FAIRE LE POINT
Romanciers du XIX e siècle
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S’EXPRIMER
• Vocabulaire : Bâtir un portrait moral
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• Oral : Présenter un écrivain – Prendre en notes un exposé
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André Gill (1840-1885), u
Le Salut, 1878,
Musée Carnavalet, Paris.
• Orthographe : Faire les accords dans le groupe nominal
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• Grammaire : Varier les reprises nominales et pronominales –
Entrer par l’image
Utiliser des expansions du nom
• Écrit : Insérer descriptions et portraits dans un récit
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MÉTHODES POUR LE BREVET
• Le Ventre de Paris, É. Zola .
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➜ Principaux points de langue : Champ lexical • Le discours indirect libre •
Les figures de style • Le rythme d’un récit
Qui identifiez-vous sur
l’image ?
De quel type d’artistes
s’agit-il ?
D’après ce dessin, lequel
des deux artistes vous
semble-t-il avoir vécu
avant l’autre ? Pourquoi ?
© Selva/Leemage - © Hachette Livre

64

Séquence 3 u Romanciers du XIX e siècle

65

ŒUVRE INTÉGRALE
ŒUVRE
INTÉGRALE

POUR ENTRER DANS LA SÉQUENCE

Émile Zola (1840-1902). Ce romancier français peint la société de son temps avec beaucoup de
Émile Zola
(1840-1902).
Ce romancier français
peint la société de son
temps avec beaucoup de réalisme.
peint la société de son temps avec beaucoup de réalisme. 66 Quelles sont les dates d’Honoré

66

Quelles sont les dates d’Honoré de Balzac ? d’Émile Zola ? Lequel des deux écrivains a vécu sous la Restauration monarchiste (1830-1848) ? sous le Second Empire (1852-1870) ? Quels sont les deux sens de l’adjectif romanesque ? Lequel des deux convient aux séquences 1 et 2 ?

Nantas

Émile Zola

des deux convient aux séquences 1 et 2 ? Nantas Émile Zola ➥ Devenir un lecteur

Devenir un lecteur actif

Découvrez cette nouvelle par l’étude de quatre extraits.

Extrait 1

Incipit (début) de la nouvelle

.

La chambre que Nantas habitait depuis son arrivée de Marseille se trouvait

.

au dernier étage d’une maison de la rue de Lille, à côté de l’hôtel du baron

.

Danvilliers, membre du Conseil d’État. Cette maison appartenait au baron, qui

.

l’avait fait construire sur d’anciens communs 1 . Nantas, en se penchant, pouvait

5

apercevoir un coin du jardin de l’hôtel, où des arbres superbes jetaient leur

.

ombre. Au-delà, par-dessus les cimes vertes, une échappée s’ouvrait sur Paris, on

.

voyait la trouée de la Seine, les Tuileries, le Louvre, l’enfilade des quais, toute

.

une mer de toitures, jusqu’aux lointains perdus du Père-Lachaise 2 .

.

C’était une étroite chambre mansardée 3 , avec une fenêtre taillée dans les

10

ardoises. Nantas l’avait simplement meublée d’un lit, d’une table et d’une

.

chaise. Il était descendu là, cherchant le bon marché, décidé à camper tant

.

qu’il n’aurait pas trouvé une situation quelconque. Le papier sali, le plafond

.

noir, la misère et la nudité de ce cabinet où il n’y avait pas de cheminée, ne le

.

blessaient point. Depuis qu’il s’endormait en face du Louvre et des Tuileries,

15

il se comparait à un général qui couche dans quelque misérable auberge, au

.

bord d’une route, devant la ville riche et immense, qu’il doit prendre d’assaut

.

le lendemain.

.

L’histoire de Nantas était courte. Fils d’un maçon de Marseille, il avait

.

commencé ses études au lycée de cette ville, poussé par l’ambitieuse tendresse

20

de sa mère, qui rêvait de faire de lui un monsieur. Les parents s’étaient saignés

.

pour le mener jusqu’au baccalauréat. Puis, la mère étant morte, Nantas dut

.

accepter un petit emploi chez un négociant 4 , où il traîna pendant douze années

.

une vie dont la monotonie l’exaspérait. Il se serait enfui vingt fois, si son devoir

.

de fils ne l’avait cloué à Marseille, près de son père tombé d’un échafaudage et

25

devenu impotent 5 . Maintenant, il devait suffire à tous les besoins. Mais un soir,

.

en rentrant, il trouva le maçon mort, sa pipe encore chaude à côté de lui. Trois

.

jours plus tard, il vendait les quatre nippes du ménage, et partait pour Paris,

.

avec deux cents francs dans sa poche.

1. bâtiments réservés au service.

2. vaste cimetière de Paris.

3. située sous les toits et dont un mur est incliné.

À suivre

Émile Zola, Nantas, 1880.

4. marchand.

5. blessé dont les mouvements sont limités ou impossibles.

6. vêtements usagés.

Nantas

q Qui ? Où ? Quand ? Quoi ? Pourquoi ? Pour bien comprendre un
q Qui ? Où ? Quand ? Quoi ? Pourquoi ?
Pour bien comprendre un texte, il faut se poser ces cinq questions essentielles.
Qui ?
Quoi ?
1. a. Comment le personnage central de cet incipit se nomme-t-il?
b. Pourquoi peut-on dire qu’il sera le héros du récit ?
6. Que fait ou que veut faire le héros d’après cet extrait ?
Relevez un passage du texte à l’appui de votre réponse.
c. Comment nomme-t-on ce type de héros ?
Pourquoi ?
2. Quelles informations le lecteur a-t-il sur lui? Est-ce un homme
ou une femme ? Quel âge a-t-il (elle) ? Quelle est sa situation
sociale ?
7. a. Quel discours rapporté l’auteur emploie-t-il dans les
lignes 23 à 25 ?
b. Pour quelle raison Zola emploie-t-il ce procédé ?
Où ?
3. Quels sont les lieux précis évoqués dans ce début de récit ?
8. En quoi la situation de famille de Nantas explique-t-elle son
comportement ?
4. Quel rapport ces lieux ont-ils entre eux ? Justifiez en
relevant les deux champs lexicaux qui s’opposent dans la
description des lieux. ➜ Champ lexical – p. 378
Faisons le point
Quand ?
5. Peut-on dater précisément l’histoire d’après ce passage ?
Justifiez.
• En vous appuyant sur vos réponses précédentes, dites quel
est le point de vue adopté dans cet incipit.
• En quoi ce point de vue crée-t-il une impression de réalité ?
Exercice d’écriture
Exercice d’écriture

Comment imaginez-vous la suite de la vie de Nantas : comme une réussite ou comme un échec ? Présentez brièvement les péripéties que vous envisagez.

Extrait 2

Portrait de Nantas

.

Il y avait, chez Nantas, une ambition entêtée de fortune, qu’il

.

tenait de sa mère. C’était un garçon de décision prompte, de volonté

.

froide. Tout jeune, il disait être une force. On avait souvent ri de lui,

.

lorsqu’il s’oubliait à faire des confidences et à répéter sa phrase favorite:

5

« Je suis une force », phrase qui devenait comique, quand on le voyait

.

avec sa mince redingote 1 noire, craquée aux épaules, et dont les

.

manches lui remontaient au-dessus des poignets. Peu à peu, il s’était

.

ainsi fait une religion de la force, ne voyant qu’elle dans le monde,

.

convaincu que les forts sont quand même les victorieux. Selon lui,

10

il suffisait de vouloir et de pouvoir. Le reste n’avait pas d’importance.

.

Le dimanche, lorsqu’il se promenait seul dans la banlieue brûlée de

.

Marseille, il se sentait du génie ; au fond de son être, il y avait comme

.

une impulsion instinctive qui le jetait en avant ; et il rentrait manger

.

quelque platée de pommes de terre avec son père infirme, en se disant

15

qu’un jour il saurait bien se tailler sa part, dans cette société où il n’était

.

rien encore à trente ans. Ce n’était point une envie basse, un appétit

.

des jouissances vulgaires ; c’était le sentiment très net d’une intelli-

.

gence et d’une volonté qui, n’étant pas à leur place, entendaient

.

monter tranquillement à cette place, par un besoin naturel de logique.

À suivre

1. ample veste d’homme croisée, à longs pans.

À suivre 1. ample veste d’homme croisée, à longs pans. q Comment et pourquoi lire un
q Comment et pourquoi lire un portrait ? 1. a. Relevez un nom répété plusieurs
q Comment et pourquoi
lire un portrait ?
1. a. Relevez un nom répété plusieurs fois
dans ce portrait.
b. Relevez le champ lexical correspondant à ce
nom.
2. À quelle expression de l’incipit ce mot fait-il
écho?
3. Ce portrait est-il un portrait physique ?
moral ? Justifiez.
4. Proposez un titre à ce portrait.
Faisons le point
• En quoi ce portrait crée-t-il une attente chez
le lecteur ? Expliquez.

Séquence 3 u Romanciers du XIX e siècle

67

ŒUVRE INTÉGRALE
ŒUVRE
INTÉGRALE
Exercice de lecture expressive
Exercice de lecture expressive

Afin de rendre toute la force de ce portrait, entraînez-vous à le lire de façon expressive en tenant compte des pauses liées à la ponctuation (deux barres obliques) et des pauses secondaires (une barre oblique), et en insistant sur les groupes de mots soulignés.

Il y avait, / chez Nantas, / une ambition entêtée de fortune, / qu’il tenait de sa mère. // C’était un garçon de décision prompte, / de volonté froide. // Tout jeune, / il disait être / une force. // On avait souvent ri de lui, / lorsqu’il s’oubliait à faire des confidences / et à répéter sa phrase favorite : // « Je suis une force », / phrase qui devenait comique, / quand on le voyait avec sa mince redingote noire, / craquée aux épaules, / et dont les manches lui remontaient au-dessus des poignets. // Peu à peu, / il s’était ainsi fait une religion de la force, / ne voyant qu’elle dans le monde, / convaincu que les forts sont quand même les victorieux. Selon lui, / il suffisait de vouloir et de pouvoir. // Le reste / n’avait pas d’importance.

Extrait 3

Le pacte

Nantas cherche en vain du travail à Paris. Il rentre chez lui, désespéré, prêt à se vendre ou à se tuer.

.

Cependant, sa fatigue était telle, qu’il s’endormit sur

.

sa chaise. Brusquement, il fut réveillé par un bruit de voix.

.

C’était sa concierge qui introduisait chez lui une dame.

.

« Monsieur, commença-t-elle, je me suis permis de

5

faire monter… »

.

Et, comme elle s’aperçut qu’il n’y avait pas de lumière

.

dans la chambre, elle redescendit vivement chercher

.

une bougie. Elle paraissait connaître la personne qu’elle

.

amenait, à la fois complaisante et respectueuse.

10

«Voilà, reprit-elle en se retirant. Vous pouvez causer,

.

personne ne vous dérangera. »

.

Nantas, qui s’était réveillé en sursaut, regardait la dame

.

avec surprise. Elle avait levé sa voilette 1 . C’était une

.

personne de quarante-cinq ans, petite, très grasse, d’une

15

figure poupine et blanche de vieille dévote 2 . Il ne l’avait

.

jamais vue. Lorsqu’il lui offrit l’unique chaise, en

.

l’interrogeant du regard, elle se nomma :

.

« Mlle Chuin… Je viens, monsieur, pour vous entre-

.

tenir d’une affaire importante. »

20

Lui, avait dû s’asseoir sur le bord du lit. Le nom

.

de Mlle Chuin ne lui apprenait rien. Il prit le parti

.

d’attendre qu’elle voulût bien s’expliquer. Mais elle ne

.

se pressait pas ; elle avait fait d’un coup d’œil le tour de

.

l’étroite pièce, et semblait hésiter sur la façon dont elle

25

entamerait l’entretien. Enfin, elle parla, d’une voix très

.

douce, en appuyant d’un sourire les phrases délicates.

.

« Monsieur, je viens en amie… On m’a donné sur

.

votre compte les renseignements les plus touchants.

.

Certes, ne croyez pas à un espionnage. Il n’y a, dans tout

30

ceci, que le vif désir de vous être utile. Je sais combien la vie

.

vous a été rude jusqu’à présent, avec quel courage vous

.

avez lutté pour trouver une situation, et quel est aujourd’hui

.

le résultat fâcheux de tant d’efforts… Pardonnez-moi une

.

fois encore, monsieur, de m’introduire ainsi dans votre

35

existence. Je vous jure que la sympathie seule… »

.

Nantas ne l’interrompait pas, pris de curiosité, pensant

.

que sa concierge avait dû fournir tous ces détails. Mlle

.

Chuin pouvait continuer, et pourtant elle cherchait de

.

plus en plus des compliments, des façons caressantes

40

de dire les choses.

.

« Vous êtes un garçon d’un grand avenir, monsieur.

68

.

Je me suis permis de suivre vos tentatives et j’ai été vivement

.

frappée par votre louable fermeté dans le malheur. Enfin,

.

il me semble que vous iriez loin, si quelqu’un vous tendait

45

la main. »

.

Elle s’arrêta encore. Elle attendait un mot. Le jeune

.

homme crut que cette dame venait lui offrir une place.

.

Il répondit qu’il accepterait tout. Mais elle, maintenant

.

que la glace était rompue, lui demanda carrément :

50

«Éprouveriez-vous quelque répugnance à vous marier?

.

Me marier ! s’écria Nantas. Eh ! bon Dieu ! qui

.

voudrait de moi, madame ?… Quelque pauvre fille que

.

je ne pourrais seulement pas nourrir.

.

Non, une jeune fille très belle, très riche, magnifi-

55

quement apparentée 3 , qui vous mettra d’un coup dans

.

la main les moyens d’arriver à la situation la plus haute. »

.

Nantas ne riait plus.

.

« Alors, quel est le marché ? demanda-t-il, en baissant

.

instinctivement la voix.

60

Cette jeune fille est enceinte, et il faut reconnaître

.

l’enfant», dit nettement Mlle Chuin, qui oubliait ses tour-

.

nures onctueuses pour aller plus vite en affaire.

.

Le premier mouvement de Nantas fut de jeter l’entre-

.

metteuse à la porte.

65

« C’est une infamie 4 que vous me proposez là, mur-

.

mura-t-il.

.

Oh ! une infamie, s’écria Mlle Chuin, retrouvant sa

.

voix mielleuse, je n’accepte pas ce vilain mot… La vérité,

.

monsieur, est que vous sauverez une famille du désespoir.

70

Le père ignore tout, la grossesse n’est encore que peu

.

avancée ; et c’est moi qui ai conçu l’idée de marier le plus

.

tôt possible la pauvre fille, en présentant le mari comme

.

l’auteur de l’enfant. Je connais le père, il en mourrait.

.

Ma combinaison amortira le coup, il croira à une

75

réparation… Le malheur est que le véritable séducteur est

.

marié. Ah ! monsieur, il y a des hommes qui manquent

.

vraiment de sens moral… »

.

Elle aurait pu aller longtemps ainsi. Nantas ne l’écou-

.

tait plus. Pourquoi donc refuserait-il ? Ne demandait-il

80

pas à se vendre tout à l’heure ? Eh bien ! on venait

.

l’acheter. Donnant donnant. Il donnait son nom, on lui

.

donnait une situation. C’était un contrat comme un

.

autre. Il regarda son pantalon crotté par la boue de Paris,

.

il sentit qu’il n’avait pas mangé depuis la veille, toute

85

la colère de ses deux mois de recherches et d’humiliations

.

.

.

.

90

.

.

.

.

95

.

.

Nantas

lui revint au cœur. Enfin! il allait donc mettre le pied sur ce monde qui le repoussait

et le jetait au suicide !

« J’accepte », dit-il crûment. […]

Quand il fut seul, Nantas alla se mettre à la fenêtre. La nuit était très noire ;

on ne distinguait plus que la masse des arbres, à l’épaississement de l’ombre ; une

fenêtre luisait sur la façade sombre de l’hôtel. Ainsi, c’était cette grande fille blonde,

qui marchait d’un pas de reine et qui ne daignait point l’apercevoir. Elle ou une

autre, qu’importait d’ailleurs ! La femme n’entrait pas dans le marché. Alors,

Nantas leva les yeux plus haut, sur Paris grondant dans les ténèbres, sur les quais,

les rues, les carrefours de la rive gauche 5 , éclairés des flammes dansantes du gaz ;

et il tutoya Paris, il devint familier et supérieur.

« Maintenant, tu es à moi ! »

À suivre

1. petit morceau de dentelle attaché à un chapeau et qui couvre le visage d’une femme.

2. personne qui montre sa religion de façon excessive.

3. d’une famille riche et puissante.

4. action honteuse.

5. rive gauche de la Seine.

puissante. 4. action honteuse. 5. rive gauche de la Seine. q Pourquoi l’auteur en dit-il autant
q Pourquoi l’auteur en dit-il autant ou si peu ? L’entrevue (lignes 1 à 88)
q Pourquoi l’auteur en dit-il autant ou si peu ?
L’entrevue (lignes 1 à 88)
Nantas et Paris (lignes 89 à 97)
1. Quel est le personnage qui parle le plus? Pour quelles raisons
l’auteur le fait-il parler autant ?
8. Quelle est la position du personnage de Nantas par rapport
au paysage dans ce passage ? Que traduit-elle ?
2. Quel est le personnage qui parle peu ? Pour quelle raison
l’auteur le fait-il parler si peu ?
3. a. Une anagramme est un mot écrit à l’envers : de quel nom
9. a. Relevez les expressions caractérisant Paris (l. 93 à 96).
b. Comparez-les à l’évocation de Paris dans l’incipit : quelle
évolution constatez-vous ?
« Nantas » est-il – presque – l’anagramme ?
b. Donnez un synonyme de « nanti ».
4. a. De quel verbe peut-on rapprocher le nom de Mlle Chuin?
10. a. Dans quel état d’esprit Nantas se sent-il ?
b. L. 91 à 93 : Qui s’exprime? Comment nomme-t-on cette façon
de rapporter des paroles ou des pensées ?
b. Que signifie ce verbe ? Convient-il au personnage ?
11. Pourquoi l’auteur s’attarde-t-il sur le personnage et sur
ses pensées à ce moment du récit ?
5. a. Quelle reprise nominale est employée pour désigner Mlle
Chuin (l. 46 à 53)? Quel rôle de Mlle Chuin est ainsi évoqué?
➜ Le discours indirect libre – p. 398
b. Ce terme est-il péjoratif ou mélioratif ?
6. Comparez les paroles de Mlle Chuin, l. 67 à 77, à la réponse
que lui fait Nantas : « J’accepte ». Que constatez-vous?
Faisons le point
7. Qui représente le diable dans ce pacte entre les deux
personnages : Mlle Chuin ? Nantas ? les deux ? Expliquez.
➜ Les reprises nominales et pronominales – p. 384
• Comment la place accordée au personnage de Nantas
évolue-t-elle dans ce passage ? Comment expliquez-vous
cette évolution ?

Séquence 3 u Romanciers du XIX e siècle

69

ŒUVRE INTÉGRALE
ŒUVRE
INTÉGRALE
Exercices d’écriture
Exercices d’écriture

1. D’après les trois extraits que vous avez lus, quelle hypothèse de lecture faites-vous ? Pensez-vous que : – le mariage de Nantas sera heureux ? – Nantas réussira dans ses affaires ? Justifiez vos réponses.

2. Imaginez une chute pour cette nouvelle.

vos réponses. 2. Imaginez une chute pour cette nouvelle. Extrait 4 Les bureaux de Nantas .

Extrait 4

Les bureaux de Nantas

.

Ce matin-là, Nantas était accablé d’affaires. Dans

.

les vastes bureaux qu’il avait installés au rez-de-chaussée de

.

l’hôtel, régnait une activité prodigieuse. C’était un monde

.

d’employés, les uns immobiles derrière des guichets, les autres

5

allant et venant sans cesse, faisant battre les portes ; c’était

.

un bruit d’or continu, des sacs ouverts et coulant sur les

.

tables, la musique toujours sonnante d’une caisse dont le flot

.

semblait devoir noyer les rues. Puis, dans l’antichambre,

.

une cohue se pressait, des solliciteurs 1 , des hommes d’affaires,

10

des hommes politiques, tout Paris à genoux devant la puissance.

.

Souvent, de grands personnages attendaient là patiemment

.

pendant une heure. Et lui, assis à son bureau, en correspon-

.

dance avec la province et l’étranger, pouvant de ses bras

.

étendus étreindre le monde, réalisait enfin son ancien rêve de

15

force, se sentait le moteur intelligent d’une colossale machine

.

qui remuait les royaumes et les empires.

70

1. demandeurs.

q Comment et pourquoi lire des descriptions ? 1. a. Identifiez et relevez plusieurs figures
q Comment et pourquoi
lire des descriptions ?
1. a. Identifiez et relevez plusieurs figures de
style dans la description des bureaux de
Nantas.
b. Quelle impression ces figures de style
donnent-elles des lieux ?
2. Relisez la description de l’extrait 1 :
a. Relevez les adjectifs qualificatifs décrivant
la chambre de Nantas.
b. Quelle impression se dégage de cette
chambre ?
3. Comparez les deux descriptions : quelle
évolution sociale du personnage traduisent-
elles ? Expliquez.
➜ Les figures de style – p. 380
Lisez l’ensemble de la nouvelle. Cette nouvelle est recueillie dans l'ouvrage Vanina Vanini, © Le
Lisez l’ensemble
de la nouvelle.
Cette nouvelle est recueillie
dans l'ouvrage Vanina Vanini,
© Le Livre de Poche Jeunesse,
réf. 978-2-01 322628-8
q Que raconte la nouvelle ?
Bilan de lecture
1. Résumez la nouvelle en une quinzaine de lignes.
2. Le récit est-il conforme à vos hypothèses de lecture ?
Expliquez.
3. a. Quel était le but de Nantas dans la vie? L’a-t-il atteint?
b. L’auteur présente-t-il Nantas comme un personnage qui
a échoué ou qui a réussi ? Justifiez votre réponse.
4. a. En quoi la dernière phrase de la nouvelle représente-t-elle
une chute ?
b. Quel sens cette phrase donne-t-elle à la nouvelle ?
c. Que pensez-vous, personnellement, de cette chute? Justifiez
votre réponse.
La structure de la nouvelle
5. Recopiez et complétez le tableau suivant :
Au début de la nouvelle
À la fin de la nouvelle
Le désir de
se suicider
– Comment?
– Quand?
– Où ?
– Pourquoi ?
L’empêchement
par
….
6. Que constatez-vous ?

Nantas

Vers la 2 de Histoire littéraire q Qu’est-ce qui caractérise un roman de Zola ?
Vers la 2 de
Histoire littéraire
q Qu’est-ce qui caractérise
un roman de Zola ?
Zola et le Second Empire
Pour éviter tout retour de la Révolution, l’empereur
Napoléon III (1851-1870) prôna la devise : «Enrichissez-
vous.» Il créa des établissements de crédit, six compagnies
de chemin de fer. Pour donner à Paris une allure moderne
(mais aussi pour rendre impossibles les barricades), il confia
au baron Haussmann d’importants travaux d’urbanisme;
ce dernier perça de majestueux grands boulevards dans
la capitale. L’Exposition universelle de 1855 fut le reflet
de cette période de prospérité économique et de toute-
puissance de la bourgeoisie financière et industrielle.
1. Qu’est-ce qui caractérise la société du Second Empire ?
2. Quelle est la nature (le principal trait de caractère) du
personnage de Nantas ?
3. Quel lien faites-vous entre le personnage éponyme du
roman et la société de l’époque de Zola ?
Zola et le naturalisme
4. À quoi reconnaissez-vous
Émile Zola sur cette carica-
ture? Que fait-il avec sa loupe
et son crochet ?
5. Lisez cette définition que
donne Émile Zola du mouve-
ment littéraire qu’il a créé, le
naturalisme : il vise à «montrer
l’homme vivant dans le milieu
social qu’il a produit lui-même,
qu’il modifie tous les jours, et
au sein duquel il éprouve à
son tour une transformation
continue 1 . »
6. Expliquez oralement et
brièvement en quoi la nou-
velle Nantas illustre cette
théorie.
1. Extrait du Roman expérimental, 1880.
Caricature de Zola parue
dans « L’Éclipse », 1876.
© Hachette Livre

Séquence 3 u Romanciers du XIX e siècle

71

ŒUVRE INTÉGRALE
ŒUVRE
INTÉGRALE
ŒUVRE INTÉGRALE Procurez-vous ce roman. Ce roman est recueilli dans l'ouvrage Vanina Vanini , © Le

Procurez-vous ce roman.

Ce roman est recueilli dans l'ouvrage Vanina Vanini, © Le Livre de Poche Jeunesse, réf. 978-2-01 322628-8

Vous allez le découvrir grâce à deux extraits. Puis vous le lirez au rythme qui va vous être indiqué au fil de cette étude.

La Vendetta

Honoré de Balzac
Honoré de Balzac

S’initier à l’univers de Balzac

Un début de roman

Extrait 1 Voici l’incipit (le début) du r oman.

.

En 1800, vers la fin du mois d’octobre, un étranger,

.

suivi d’une femme et d’une petite fille, arriva devant

.

les Tuileries à Paris, et se tint assez longtemps auprès

.

des décombres d’une maison récemment démolie, à

5

l’endroit où s’élève aujourd’hui l’aile commencée qui

.

devait unir le château de Catherine de Médicis au

.

Louvre des Valois. Il resta là, debout, les bras croisés,

.

la tête inclinée et la relevait parfois pour regarder

.

alternativement le palais consulaire, et sa femme assise

10

auprès de lui sur une pierre. Quoique l’inconnue parût

.

ne s’occuper que de la petite fille âgée de neuf à dix ans

.

dont les longs cheveux noirs étaient comme un amuse-

.

ment entre ses mains, elle ne perdait aucun des regards

.

que lui adressait son compagnon. Un même sentiment,

15

autre que l’amour, unissait ces deux êtres, et animait

.

d’une même inquiétude leurs mouvements et leurs

.

pensées. La misère est peut-être le plus puissant de tous

.

les liens. Cette petite fille semblait être le dernier fruit de

.

leur union. L’étranger avait une de ces têtes abondantes

.

20

en cheveux, larges et graves, qui se sont souvent offertes

.

.

au pinceau des Carraches 1 . Ces cheveux si noirs étaient

.

.

mélangés d’une grande quantité de cheveux blancs.

45

.

Quoique nobles et fiers, ses traits avaient un ton de

.

.

dureté qui les gâtait. Malgré sa force et sa taille droite,

.

25

il paraissait avoir plus de soixante ans. Ses vêtements

.

.

délabrés annonçaient qu’il venait d’un pays étranger.

.

.

Quoique la figure jadis belle et alors flétrie de la femme

50

.

trahît une tristesse profonde, quand son mari la regardait

.

.

elle s’efforçait de sourire en affectant une contenance

.

30

calme. La petite fille restait debout, malgré la fatigue dont

.

.

les marques frappaient son jeune visage hâlé par le soleil.

.

.

Elle avait une tournure italienne, de grands yeux noirs

55

.

sous des sourcils bien arqués, une noblesse native, une

.

.

grâce vraie. Plus d’un passant se sentait ému au seul

.

35

aspect de ce groupe dont les personnages ne faisaient

.

.

aucun effort pour cacher un désespoir aussi profond

.

.

que l’expression en était simple ; mais la source de cette

.

fugitive obligeance 2 qui distingue les Parisiens se tarissait

.

promptement. Aussitôt que l’inconnu se croyait l’objet

40

de l’attention de quelque oisif 3 , il le regardait d’un air

.

si farouche, que le flâneur le plus intrépide hâtait le pas

72

que le flâneur le plus intrépide hâtait le pas 72 Thomas Girtin (1775-1802), Le Palais du

Thomas Girtin (1775-1802), Le Palais du Louvre, 1801, Cecil Higgins Art Gallery Bedford, UK. © Bridgeman

comme s’il eût marché sur un serpent. Après être demeuré

longtemps indécis, tout à coup le grand étranger passa

la main sur son front, il en chassa, pour ainsi dire, les

pensées qui l’avaient sillonné de rides, et prit sans doute

un parti désespéré. Après avoir jeté un regard perçant

sur sa femme et sur sa fille, il tira de sa veste un long

poignard, le tendit à sa compagne, et lui dit en italien :

« Je vais voir si les Bonaparte se souviennent de nous. »

Et il marcha d’un pas lent et assuré vers l’entrée du palais,

où il fut naturellement arrêté par un soldat de la garde

consulaire avec lequel il ne put longtemps discuter. En

s’apercevant de l’obstination de l’inconnu, la sentinelle

lui présenta sa baïonnette en manière d’ultimatum. Le

hasard voulut que l’on vînt en ce moment relever le soldat

de sa faction 4 , et le caporal indiqua fort obligeamment à

l’étranger l’endroit où se tenait le commandant du poste.

– Faites savoir à Bonaparte que Bartholoméo di Piombo

voudrait lui parler, dit l’Italien au capitaine de service.

À suivre

Honoré de Balzac, La Vendetta, 1830.

1. nom d’une famille de peintres italiens. 2. attention polie.

3. personne qui n’a rien à faire. 4. sa garde.

q Faire connaissance avec les personnages

La structure du texte

connaissance avec les personnages La structure du texte 1. À quoi repérez-vous que le passage en

1. À quoi repérez-vous que le passage en bleu est un passage

de récit ?

2. a. Parcourez rapidement la suite du texte : en vous appuyant

sur l’observation du temps des verbes, repérez à quelle ligne le récit reprend.

b. Relevez le complément circonstanciel de temps qui relie

le deuxième passage de récit au passage précédent.

c. À quel type de discours le passage entre les deux épisodes de récit appartient-il ?

La description – p. 404

Le premier personnage

? ➜ La description – p. 404 Le premier personnage 3. Relisez les lignes 1 à

3. Relisez les lignes 1 à 10 et 42 à 59 :

a. Sur quel personnage le récit est-il centré ? Justifiez votre réponse.

b. Qu’est-ce que le lecteur apprend sur ce personnage à

travers : sa description physique ? l’évocation de ses gestes ?

ses paroles ?

4. a. En quoi ce portrait fait-il penser au tableau d’Annibal

Carrache ?

b. Relevez une autre comparaison employée pour ce personnage.

c. Quelle image du personnage ces comparaisons donnent-elles?

La Vendetta

du personnage ces comparaisons donnent-elles? La Vendetta Annibal Carrache (1560-1609), Tête d’un vieil homme,

Annibal Carrache (1560-1609), Tête d’un vieil homme, Florence,

Palais Pitti. © Archives Alinari, Florence, Dist. RMN - © Finsiel / Alinari, Galerie Palatine

Un portrait de groupe

© Finsiel / Alinari, Galerie Palatine Un portrait de groupe 5. Relisez l’ensemble du texte, description

5. Relisez l’ensemble du texte, description comprise. Sur quels

autres personnages l’attention du lecteur est-elle attirée ?

6. L. 23 à 31 : relevez les connecteurs exprimant l’opposition.

7. a. Recopiez et complétez le tableau suivant :

Personnages

Caractéristique 1

Caractéristique opposée

b. Quelle impression se dégage de ce portrait de famille ?

L’expression de l’opposition – p. 352

famille ? ➜ L’expression de l’opposition – p. 352 Faisons le point • Quelle hypothèse de

Faisons le point

L’expression de l’opposition – p. 352 Faisons le point • Quelle hypothèse de lecture pouvez-vous faire

Quelle hypothèse de lecture pouvez-vous faire sur le passé des personnages, d’après cet incipit ?

Frontispice de La Vendetta, 1852.

© Lee/Leemage

Séquence 3 u Romanciers du XIX e siècle

73

© The Bridgeman Art Library

ŒUVRE INTÉGRALE
ŒUVRE
INTÉGRALE

q Se familiariser avec l’écriture de Balzac

La construction et le rythme des phrases

de Balzac La construction et le rythme des phrases En 1800, vers la fin du mois

En 1800, vers la fin du mois d’octobre, un étranger, suivi d’une femme et d’une petite fille, arriva devant les Tuileries à Paris, et se tint assez longtemps auprès des décombres [d’une maison récemment démolie], à l’endroit [où s’élève aujourd’hui l’aile commencée] [qui devait unir le château de Catherine de Médicis au Louvre des Valois].

« se tint » ? Où

1. Quel est le sujet des verbes est-il placé ?

2. Quelle est la fonction de chacun des groupes de mots en italique? Quel rôle ces groupes de mots jouent-ils pour le lecteur?

3. a. Quelle est la nature et la fonction de chacun des groupes de mots entre crochets ? b. Ces groupes de mots servent-ils à ancrer le récit dans le réel ou à créer un monde imaginaire ?

Entrevue avec Bonaparte

« arriva »

et

4. a. Observez la ponctuation de cette première phrase :

le rythme devient-il saccadé ou ample ? b. Entraînez-vous à lire cette phrase à voix haute en veillant à en rendre le rythme.

Nature et fonction – p. 299

Les interventions du narrateur

Nature et fonction – p. 299 Les interventions du narrateur 5. Parcourez l’incipit (p.72) et relevez

5. Parcourez l’incipit (p.72) et relevez dans les lignes 14 à 19 et 34 à 39 deux verbes au présent. Quelle est la valeur de ces présents?

verbes au présent. Quelle est la valeur de ces présents? Faisons le point • Par quels

Faisons le point

Quelle est la valeur de ces présents? Faisons le point • Par quels procédés d’écriture Balzac

Par quels procédés d’écriture Balzac met-il en valeur son personnage et ancre-t-il son récit dans le réel ?

Exercice d’expression orale
Exercice d’expression orale

Relisez l’incipit (p.72) en mettant en valeur le rythme des phrases.

Extrait 2

(p.72) en mettant en valeur le rythme des phrases. Extrait 2 Jean-Louis David (1748-1821), Bonaparte dans

Jean-Louis David (1748-1821), Bonaparte dans son bureau, 1812, Coll. Kress, Washington DC.

74

Lucien, frère de Bonaparte, reconnaît l’étranger et le conduit jusqu’à Bonaparte, alors premier consul.

.

«– Eh bien, que viens-tu faire ici, mon pauvre Bartholoméo? dit le premier

.

consul à Piombo.

.

Te demander asile et protection, si tu es un vrai Corse, répondit Bartholoméo

.

d’un ton brusque.

5

– Quel malheur a pu te chasser du pays? Tu en étais le plus riche, le plus…

.

– J’ai tué tous les Porta, répliqua le Corse d’un son de voix profond en fronçant

.

les sourcils.

.

Le premier consul fit deux pas en arrière comme un homme surpris.

.

Vas-tu me trahir? s’écria Bartholoméo en jetant un regard sombre à Bonaparte.

10

Sais-tu que nous sommes encore quatre Piombo en Corse?

.

Lucien prit le bras de son compatriote, et le secoua.

.

Viens-tu donc ici pour menacer le sauveur de la France? lui dit-il vivement.

.

Bonaparte fit un signe à Lucien, qui se tut. Puis il regarda Piombo, et lui dit:

.

Pourquoi donc as-tu tué les Porta?

15

– Nous avions fait amitié, répondit-il, les Barbanti nous avaient réconciliés.

.

Le lendemain du jour où nous trinquâmes pour noyer nos querelles, je les quittai

.

parce que j’avais affaire à Bastia. Ils restèrent chez moi, et mirent le feu à ma vigne

.

de Longone. Ils ont tué mon fils Grégorio. Ma fille Ginevra et ma femme leur

.

ont échappé; elles avaient communié le matin, la Vierge les a protégées. Quand

20

je revins, je ne trouvai plus ma maison, je la cherchais les pieds dans ses cendres. Tout

.

à coup je heurtai le corps de Grégorio, que je reconnus à la lueur de la lune.

.

Oh! les Porta ont fait le coup! me dis-je. J’allai sur-le-champ dans les Maquis,

.

j’y rassemblai quelques hommes auxquels j’avais rendu service, entends-tu, Bonaparte?

.

et nous marchâmes sur la vigne des Porta. Nous sommes arrivés à cinq heures du

25

matin, à sept ils étaient tous devant Dieu. Giacomo prétend qu’Élisa Vanni a sauvé

.

un enfant, le petit Luigi; mais je l’avais attaché moi-même dans son lit avant de mettre

.

le feu à la maison. J’ai quitté l’île avec ma femme et ma fille, sans avoir pu vérifier

.

s’il était vrai que Luigi Porta vécût encore.» […]

.

Quinze ans s’écoulèrent entre l’arrivée de la famille Piombo à Paris et l’aventure

30

suivante, qui, sans le récit de ces événements, eût été moins intelligible.

À suivre

Illustration de La Vendetta, « Bartholoméo di Piombo ». © Lee/Leemage
Illustration de
La Vendetta,
« Bartholoméo
di Piombo ».
© Lee/Leemage

q Suivre le fil de l’histoire

La vendetta

1. Quelle est l’origine géographique de l’étranger ?

2. Vendetta signifie « vengeance » en italien.

a. Quelles sont les deux familles en « vendetta » ?

b. Quels sont les membres de chacune de ces familles

nommés par l’étranger ?

c. Quelles sont les quatre étapes des relations entre les deux familles ?

3. Quelles caractéristiques des personnages présentés

dans l’incipit ce deuxième passage explique-t-il ? Justifiez votre réponse en citant des mots de l’incipit.

La chronologie

réponse en citant des mots de l’incipit. La chronologie 4. a. Quel est le temps de

4. a. Quel est le temps de chacun des verbes : « avions fait,

avaient réconciliés, ont tué, ont échappé, avaient communié, a protégées » ?

b. Quelle est la valeur de ces temps ?

5. L. 29-30 : a. Combien d’années se sont écoulées entre

l’arrivée à Paris de la famille Piombo et « l’aventure

suivante » mentionnée par Balzac à la fin du passage ?

b. Comment nomme-t-on cette façon de raconter ?

Le rythme d’un récit – p. 400

Exercice d’écriture
Exercice d’écriture

D’après ce début de roman, quelle hypothèse de lecture faites-vous ? Répondez en résumant en un bref paragra- phe l’intrigue que vous imaginez.

La Vendetta

Les mots de Balzac

Voici, classés par ordre alphabétique, les mots les plus fréquents du roman, avec, entre parenthèses, le nombre de fois où ils sont employés.

• Aimer (21) • Malheur (13) • Amour (36) • Mariage (15) • Bonaparte (17)
• Aimer (21)
• Malheur (13)
• Amour (36)
• Mariage (15)
• Bonaparte (17)
• Mère (51)
• Bonheur (19)
• Mort (16)
• Cœur (30)
• Mourir (10)
• (Premier) consul (10)
• Napoléon (15)
• Désespoir (10)
• Officier (21)
• Empereur (7)
• Passion(s) (14)
• Époux (15)
• Paternel (9)
• Fille (94)
• Père (79)
• Ginevra di Piombo (247)
• Sentiment(s) (34)
• Haine (14)
• Waterloo (3)
• Luigi (Louis) Porta (149)
Source : Groupe international de recherches balzaciennes,
Groupe ARTFL (université de Chicago), Maison de Balzac (Paris).

q Étudier le vocabulaire

Faire des hypothèses de lecture à partir du vocabulaire

Faire des hypothèses de lecture à partir du vocabulaire 1. Relevez dans la liste ci-dessus les

1. Relevez dans la liste ci-dessus les mots appartenant au champ

lexical de la famille.

2. a. Quels sont, dans la liste, les mots désignant des sentiments ?

b. Quel nom de la liste est presque synonyme de « sentiment » ?

c. Quelle nuance de sens faites-vous entre ces deux mots ?

3. a. Quels mots de la liste associez-vous à l’Histoire ?

b. Quelle est la période évoquée ?

4. Quels sont les deux noms de personnages fictifs que vous allez

rencontrer le plus souvent ? Qu’en déduisez-vous ?

5. Que savez-vous déjà de ces personnages ?

? 5. Que savez-vous déjà de ces personnages ? Comprendre les différents sens du nom «

Comprendre les différents sens du nom « âme »

6. Dans lesquelles de ces phrases du roman le nom « âme »

signifie-t-il : courage ? esprit ? cœur ?

1] Comme toutes les femmes, elle se plut à mettre l’âme de l’inconnu en harmonie avec la beauté distinguée de ses traits, avec les heureuses proportions de sa taille qu’elle admirait en artiste. 2] « Je me flattais », reprit son père, que ma Ginevra me serait fidèle jusqu’à ma mort, que mes soins et ceux de sa mère seraient les seuls qu’elle aurait reçus, que notre tendresse n’aurait pas ren- contré dans son âme de tendresse rivale. 3] Elle s’attendait à une crise, à des fureurs, elle n’avait pas armé son âme contre la douceur paternelle. 4] Ginevra eut la générosité d’ensevelir sa douleur au fond de son âme. 5] Son âme énergique la soutenait contre tous les maux, elle tra- vaillait d’une main défaillante auprès de son fils mourant, expédiait les soins du ménage avec une activité miraculeuse, et suffisait à tout.

Séquence 3 u Romanciers du XIX e siècle

75

© Photo RMN © G. Blot

ŒUVRE INTÉGRALE
ŒUVRE
INTÉGRALE

Un roman historique

 

Chronologie

1769

> Naissance de Napoléon Bonaparte en Corse.

1789

> Révolution française.

1795

> Arrivée de Bonaparte au pouvoir :

le Directoire.

1796

1797 }

> La campagne d’Italie.

1799

> Bonaparte, premier consul.

1804

> Napoléon sacré empereur.

1814

> Fin de l’Empire. Napoléon exilé à l’île d’Elbe. Rétablissement de la monarchie des Bourbons :

Louis XVIII, roi de France.

1815

Mars

> Retour de Napoléon au pouvoir (les Cent-Jours).

Juin

> Défaite de Napoléon à Waterloo.

Juillet

> Retour de Louis XVIII :

Seconde Restauration.

Seconde Restauration.

Waterloo

«La Garde meurt, mais ne se rend pas.» 18 juin 1815. Il a plu toute la nuit. Napoléon attaque les positions ennemies, mais, malgré la fougue de l’infanterie et de la cavalerie emmenée par le maréchal Ney, les lignes anglaises ne sont pas percées. L’Empereur, qui s’attend à ce que le maréchal Grouchy arrive en renfort, voit en fait apparaître Blücher, qui a échappé aux Français et qui vole au secours de Wellington. La victoire change de camp. Napoléon jette alors dans la bataille ses dernières réserves: toute la cavalerie lourde et la garde impériale. Formée en carré, celle-ci reste bientôt la seule à combattre. Refusant de se rendre, les derniers survivants tombent sous le feu des Anglais et des Prussiens.

François Pernot, De Bonaparte à Napoléon, coll. « Voir l’Histoire », © Éditions Fleurus, 2004.

q Se documenter sur la période historique

1. D’après l’entrevue entre Piombo et Bonaparte (p. 74) :

a. Quel rôle Bonaparte joue-t-il dans la vie des Piombo ?

b. En vous aidant de la chronologie ci-contre, situez cette scène dans la vie

politique française.

2. a. Qu’est-ce qui caractérise la bataille de Waterloo ?

b. Quel rôle la garde impériale a-t-elle joué à Waterloo ?

3. Que marque Waterloo dans la vie politique française ?

? 3. Que marque Waterloo dans la vie politique française ? William Holmes Sullivan (1870-1908), Bataille

William Holmes Sullivan (1870-1908), Bataille de Waterloo, 1898, coll. privée. © Bridgeman

76

Bataille de Waterloo, 1898, coll. privée. © Bridgeman 76 À vous de lire ! Poursuivez la

À vous de lire ! Poursuivez la lecture du roman jusqu’à la scène que voici.

Extrait 3

.

Ecco la 1 , dit languissamment la jeune fille aux yeux noirs.

.

En effet, le bruit des pas d’une personne qui montait

.

l’escalier retentit dans la salle. Ce mot : « La voici ! » passa de

.

bouche en bouche, et le plus profond silence régna dans l’atelier.

5

Pour comprendre l’importance de l’ostracisme 2 exercé par

.

Amélie Thirion 3 , il est nécessaire d’ajouter que cette scène avait

.

lieu vers la fin du mois de juillet 1815. Le second retour des

.

Bourbons venait de troubler bien des amitiés qui avaient résisté

.

au mouvement de la première restauration. En ce moment les

10

familles étaient presque toutes divisées d’opinion, et le fanatisme

.

politique renouvelait plusieurs de ces déplorables scènes qui,

.

aux époques de guerre civile ou religieuse, souillent l’histoire de

.

tous les pays. Les enfants, les jeunes filles, les vieillards parta-

.

geaient la fièvre monarchique à laquelle le gouvernement était

15

en proie. La discorde se glissait sous tous les toits, et la défiance

.

.

teignait de ses sombres couleurs les actions et les discours les

.

.

plus intimes. Ginevra Piombo aimait Napoléon avec idolâtrie,

.

.

et comment aurait-elle pu le haïr ? L’Empereur était son

.

.

compatriote et le bienfaiteur de son père. Le baron de Piombo

5

20

était un des serviteurs de Napoléon qui avaient coopéré le plus

.

.

efficacement au retour de l’île d’Elbe. Incapable de renier sa foi

.

.

politique, jaloux même de la confesser, le vieux baron de

.

.

Piombo restait à Paris au milieu de ses ennemis. Ginevra di

.

.

Piombo pouvait donc être d’autant mieux mise au nombre des

10

25

personnes suspectes, qu’elle ne faisait pas mystère du chagrin

.

.

que la seconde restauration causait à sa famille. Les seules

.

.

larmes qu’elle eût peut-être versées dans sa vie lui furent

.

.

arrachées par la double nouvelle de la captivité de Bonaparte

.

.

sur le Bellérophon 4 et de l’arrestation de Labédoyère 5 .

15

30

Les jeunes personnes qui composaient le groupe des nobles

.

.

appartenaient aux familles royalistes les plus exaltées de Paris.

.

.

Il serait difficile de donner une idée des exagérations de cette

.

.

époque et de l’horreur que causaient les bonapartistes.

.

1. La voici.

2. exclusion d’un groupe, pour des raisons politiques.

3. nom d’une jeune fille de l’atelier, chef du parti aristocratique dans l’atelier.

À suivre

4. bateau anglais qui emmène

Napoléon en exil.

5. Labédoyère, général qui se rallia à Napoléon pendant les Cent-Jours.

La Vendetta

À vous de lire ! Lisez la suite de cette scène jusqu’au passage ci-dessous.

Extrait 4

Charles Lock

Eastlake

(1793-1865),

Napoléon à bord du Bellérophon, (détail), Musée de l’Île d’Aix.

Photo RMN © G. Blot

À cette place, elle entendit bientôt plus

distinctement le léger bruit qui, la veille, avait si

fortement excité sa curiosité et fait parcourir à sa

jeune imagination le vaste champ des conjectures 6 .

Elle reconnut facilement la respiration forte et

régulière de l’homme endormi qu’elle venait de voir.

Sa curiosité était satisfaite au-delà de ses souhaits,

mais elle se trouvait chargée d’une immense respon-

sabilité. À travers la crevasse 7 , elle avait entrevu

l’aigle 8 impériale et, sur un lit de sangles faiblement

éclairé, la figure d’un officier de la Garde. Elle devina

tout : Servin 9 cachait un proscrit 10 . Maintenant elle

tremblait qu’une de ses compagnes ne vînt examiner

son tableau, et n’entendît ou la respiration de ce

malheureux ou quelque aspiration trop forte,

comme celle qui était arrivée à son oreille pendant

la dernière leçon. Elle résolut de rester auprès de

cette porte, en se fiant à son adresse pour déjouer

les chances du sort.

6.

7. crevasse dans la cloison de l’atelier du peintre Servin.

8. emblème de Napoléon : le mot est féminin quand il désigne un insigne ou drapeau militaire.

possibilités.

9.

À suivre

peintre, directeur de

l’atelier.

10. recherché pour des

raisons politiques.

q Comprendre le rôle de l’Histoire dans le roman

q Comprendre le rôle de l’Histoire dans le roman L’année 1815 (extrait 3) 1. Repérez les

L’année 1815 (extrait 3)

1. Repérez les deux tendances politiques représentées dans le pas- sage et attribuez les personnages à chaque clan.

2. a. Relevez le champ lexical des sentiments liés à la politique dans ce passage : diriez-vous que les sentiments exprimés ici sont nuancés ou violents ? b. L’atmosphère qui règne alors dans l’atelier est représentative de celle de la société française de l’époque : décrivez-la.

de la société française de l’époque : décrivez-la. Le proscrit (extrait 4) 3. En quoi la

Le proscrit (extrait 4)

3. En quoi la découverte de Ginevra est-elle liée à l’Histoire?

4. En quoi l’Histoire donne-t-elle un tour dramatique à la situation ?

donne-t-elle un tour dramatique à la situation ? À vous de lire ! Pour savoir si

À vous de lire ! Pour savoir si Ginevra réussira à « déjouer les chances du sort », lisez la suite du roman !

Séquence 3 u Romanciers du XIX e siècle

77

ŒUVRE INTÉGRALE
ŒUVRE
INTÉGRALE

Un roman psychologique

q Analyser les passions

Illustration pour Colomba de Prosper Mérimée, 1913.
Illustration pour Colomba
de Prosper Mérimée, 1913.

Un roman psychologique peint les troubles de l’âme, les passions

(du grec, psychè, « l’âme », le siège des sentiments).

« Passion » (du latin passio, « souffrance ») : 1. état affectif assez puissant pour dominer la vie mentale. 2. amour intense. 3. souffrance et supplice du Christ.

Méthodes • Par groupes (ateliers), étudiez, au choix, une des trois passions présentes dans le roman. Relisez les passages concernés et aidez-vous des indications fournies ci-dessous. Vous rendrez compte de votre analyse par un texte rédigé ou par une présentation orale, selon les indications de votre professeur.

T U É É ’ ’ coll. Kharbine Tapabor T 1 2 la passion amoureuse
T
U
É
É
coll. Kharbine Tapabor
T
1
2
la passion amoureuse
la haine entre deux familles
D
D
> La rencontre
> Une vendetta corse
1. a. Où la rencontre des deux jeunes gens a-t-
elle lieu ?
b. Quels éléments la rendent romanesque (peu
U
banale) ?
En Corse, on est assassiné par ses ennemis ; mais le motif pour lequel on
a des ennemis, il est souvent fort difficile de le dire. Bien des familles se
haïssent par une vieille habitude, et la tradition de la cause originelle de
leur haine s’est perdue complètement. (Prosper Mérimée, Colomba, 1840)
D
c. Les sentiments sont-ils identiques pour
Ginevra et Luigi?
1. a. Qu’apprend-on lors de l’entrevue entre Piombo et Bonaparte sur
la rivalité entre les deux familles ?
> Un parcours d’obstacles
b. Est-ce conforme à la définition donnée par Mérimée ?
2. a. Quels obstacles successifs s’opposent à
2. a. Lors de la présentation de Luigi aux Piombo, quelle est l’attitude
l’amour et au mariage de Ginevra et Luigi ?
b. Quelles sont les réactions de Ginevra? de Luigi?
du père de Ginevra ?
b. Relevez une phrase qui exprime le choix auquel Ginevra est
confrontée.
E
> Du bonheur au malheur
> Une haine fatale
3. Après leur mariage, comment se manifeste
E
l’amour de Luigi pour Ginevra? celui de Ginevra
3. a. La scène du dîner qui suit le départ de Luigi : quel est le champ
pour Luigi ? Citez le texte.
lexical dominant ? Citez des mots du texte.
b. La scène où Ginevra demande à son père son consentement :
> Conclusion
„ ARGUMENTATION
D
relevez une phrase exprimant la haine.
4. Quel(s) sens du mot passion l’amour de
Ginevra et Luigi illustre-t-il ? Justifiez votre
réponse en la développant en un paragraphe.
c. Sur quels sentiments cette haine l’emporte-t-elle ?
d. Quelles sont les conséquences de cette haine ?
> Conclusion
„ ARGUMENTATION
4. Quel(s) sens du mot passion la haine entre les deux familles illus-
tre-t-elle ? Justifiez votre réponse en la développant en un paragraphe.
T
É
U
3
E
D
l’amour paternel
X
D
> Une éducation particulière
> Un amour cruel
1. a. Vers le milieu du roman, relevez des expressions définis-
E
sant l’éducation reçue par Ginevra.
3. a. Dans la scène avec le notaire, à quel animal Piombo est-
il comparé ?
b. En quoi est-elle, d’après vous, inhabituelle au XIX e siècle?
b. Quels châtiments Piombo inflige-t-il à sa fille ?
> Un amour exclusif
E
E
c. Y a-t-il place pour le pardon dans l’amour de Piombo pour
sa fille ? Justifiez votre réponse.
2. Dans la scène où Ginevra révèle à ses parents son amour
pour un jeune homme :
> Conclusion
„ ARGUMENTATION
a. Relevez une phrase qui résume la réaction de son père.
b. De quel sentiment celui-ci est-il animé ?
c. Relevez des mots et expressions qui expriment la
4. Quel(s) sens du mot passion l’amour de Piombo pour sa
fille illustre-t-il ? Justifiez votre réponse en la développant en
un paragraphe.
violence des sentiments éprouvés par le père.
X
X
A
A
A

78

La Vendetta

en que ac lq ue z s l da te a B s Un auteur,
en
que
ac
lq
ue
z
s
l
da
te
a
B
s
Un auteur, Honoré de Balzac
e
d
e
vi
La
1799
Naissance d’Honoré de Balzac à Tours.
1819
Reçu bachelier, il refuse d’être notaire, s’installe à Paris, pour devenir écrivain.
1825-1828
Il se lance dans des entreprises d’édition et d’imprimerie qui échouent.
1831
Il publie son premier roman à succès, La Peau de chagrin.
1832
À la suite de la publication de La Physiologie du mariage, Mme Hanska, une comtesse
polonaise, adresse à Balzac, par l’intermédiaire de son éditeur, une lettre qu’elle signe
« L’Étrangère ». C’est le début d’une longue correspondance et d’un amour passionné.
1835
Publication du roman Le Père Goriot.
1836
Publication du roman Le Lys dans la vallée et mort de la maîtresse de Balzac, Mme de Berry.
1839
Il donne le nom de La Comédie humaine à l’ensemble de son œuvre.
1841
Il signe un contrat pour la publication de La Comédie humaine.
1850
Il épouse Mme Hanska quelques mois avant de mourir.
trois n p o e i n t c s a z al B 1.
trois
n
p
o
e
i
n
t
c
s
a
z
al
B
1. Balzac, un forcené de l’écriture
Toute sa vie, Balzac connaît des difficultés financières et travaille comme
un forcené. Il écrit 16 à 18 heures par jour (la nuit surtout) à grand renfort
de café. Chaque matin, il doit livrer un texte à un journal quotidien qui
le publie sous forme de feuilleton. Ces textes constituent la plupart de
ses romans.
2. Balzac et les femmes
Balzac, prompt à s’enflammer, a de nombreuses maîtresses et une liaison
très romanesque avec Mme Hanska, qui est mariée et vit en Pologne.
Il la rencontre en Suisse et, vers la fin de sa vie, lui rend visite en Pologne.
Par crainte que sa gouvernante ne révèle cette liaison, il brûle les lettres
de Mme Hanska : il n’en reste que trois.
3. Balzac, créateur de La Comédie humaine
Balzac a l’idée de rassembler ses romans en un vaste ensemble qu’il nomme
La Comédie humaine : 90 romans et 2000 personnages! Il tisse des liens
d’un roman à l’autre, en faisant intervenir plusieurs fois certains personnages.
en faisant intervenir plusieurs fois certains personnages. Holz von Swogen (actif vers 1825), Portrait de Madame

Holz von Swogen (actif vers 1825), Portrait de Madame Hanska,

Maison de Balzac. © Archives Charmet/Bridgeman

q Lire une biographie pour comprendre une œuvre

1. Quand La Vendetta se situe-t-elle dans la carrière littéraire de Balzac ?

2. Sous quelle forme La Vendetta fut-elle publiée, comme la plupart des romans de Balzac ?

3. Quel est le sentiment qui tient un rôle important dans la vie de Balzac et dans La Vendetta ?

Séquence 3 u Romanciers du XIX e siècle

79

ŒUVRE INTÉGRALE
ŒUVRE
INTÉGRALE

La Vendetta, un roman de La Comédie humaine

80

q Repérer les caractéristiques d’un roman de Balzac

1
1

Un univers organisé en scènes

Scènes de la vie privée – Scènes de la vie parisienne – Scènes de la vie de province – Scènes de la vie militaire et de la vie à la campagne.

1. Balzac a rangé La Vendetta dans les Scènes de la vie privée :

pourquoi, selon vous ?

2
2

Le retour des personnages

Les personnages de La Comédie humaine reparaissent d’un roman à l’autre – comme dans les séries télévisées modernes!– le lecteur se sent donc dans un univers familier.

2. a. Lisez, dans l’encadré ci-dessous, les notices sur les person- nages de La Vendetta qu’on retrouve dans d’autres romans de La Comédie humaine.

b. Ces personnages jouent-ils un rôle de premier ou de second

plan dans La Vendetta ?

c. Tiennent-ils un rôle important ou secondaire dans les autres romans où ils apparaissent ?

– Maître Roguin : notaire de Ginevra Piombo, c’est lui qui

vient lire à Bartholoméo di Piombo la procédure des «actes

respectueux» par lesquels sa fille peut se passer de son consentement pour se marier. Il joue un rôle important dans César Birotteau et c’est sa faillite frauduleuse qui amène celle de Guillaume Grandet (Eugénie Grandet).

– Madame Roguin: femme du notaire. Elle n’a plus confiance

dans la moralité de l’atelier Servin, en retire sa fille et conseille

à la mère de Mlle Laure d’agir de même. Elle apparaît dans

Pierrette. C’est aussi elle qui arrange le mariage d’Augustine

Guillaume et du peintre Sommervieux dans La Maison du Chat-qui-pelote.

– Mademoiselle Roguin : leur fille. Élève de l’atelier Servin,

elle domine le groupe des «républicaines» et défend Ginevra. Elle découvre la présence de Luigi dans l’atelier, en parle à sa mère et n’y revient plus. Son histoire est racontée dans Pierrette où elle est Mme Tiphaine.

– Amélie Thirion : autre élève de l’atelier Servin, elle est

le «chef du parti aristocratique de cette petite assemblée».

Elle cherche à provoquer et à humilier Ginevra. Elle l’espionne sans relâche et découvre la présence de Luigi, qu’elle apprend

à toutes ses compagnes. Son histoire est racontée dans

Le Cabinet des antiques, où elle est devenue Mme Camusot de Marville; et elle joue un rôle important dans Splendeurs et Misères des courtisanes et dans Le Cousin Pons.

– Louis Vergniaud : soldat napoléonien, il est le témoin

de Luigi Porta à son mariage. On le retrouve comme logeur du colonel Chabert (Le Colonel Chabert).

3
3

Des personnages-types dominés par leur passion

Balzac a excellé dans l’art de peindre les passions humaines et leurs ravages dans l’âme de ses personnages. Il peint des personnages si forts qu’ils en deviennent des personnages- types :

Le jeune homme ambitieux (Rastignac, dans Le Père Goriot).

Le père à l’amour exclusif (Le père Goriot, dans le roman éponyme).

L’amoureuse vouée au sacrifice (Madame de Mortsauf, l’héroïne du Lys dans la vallée).

Le personnage louche aux allures inquiétantes (Vautrin dans Le Père Goriot, Ferragus dans le roman éponyme).

L’ancien soldat de Napoléon dont le dévouement aveugle

à l’Empereur a fait la gloire et la misère (le colonel Chabert,

dans le roman éponyme)…

3. Quels personnages-types reconnaissez-vous dans La Vendetta ?

personnages-types reconnaissez-vous dans La Vendetta ? Rastignac © Hachette Livre Madame de Mortsauf © Hachette

Rastignac

© Hachette Livre

dans La Vendetta ? Rastignac © Hachette Livre Madame de Mortsauf © Hachette Livre Vautrin ©

Madame de Mortsauf

© Hachette Livre

© Hachette Livre Madame de Mortsauf © Hachette Livre Vautrin © Hachette Livre Le Père Goriot

Vautrin

© Hachette Livre

de Mortsauf © Hachette Livre Vautrin © Hachette Livre Le Père Goriot © Hachette Livre La

Le Père Goriot

© Hachette Livre

Vautrin © Hachette Livre Le Père Goriot © Hachette Livre La Vendetta Andrienne Marie Grandpierre- Deverzy

La Vendetta

Andrienne Marie Grandpierre- Deverzy (1798-1869), L’Atelier du peintre Abel de Pujol, Musée Marmottan, Paris.

Photo Josse, © Leemage

4
4

De longues descriptions réalistes

Dans son souci de faire sortir

un monde de son imaginaire, Balzac peint longuement les lieux où évoluent ses personnages pour donner de la réalité à ses récits. La description des lieux permet au lecteur de deviner l’intrigue et / ou de connaître les personnages qui les habitent.

De même, il pense que les

traits physiques révèlent l’âme :

cette théorie se nomme « la physiognomonie ». C’est pour- quoi il fait des portraits très précis et des caricatures savou- reuses de ses personnages.

1. personnage mythologique dont on a tué tous les enfants.

2. manque de soin.

.

.

.

.

5

.

.

.

.

10

.

.

.

.

15

.

.

.

.

20

.

.

.

.

25

L’atelier de Servin

Servin avait poussé le scrupule de ses précautions jusque dans l’ordon-

nance du local où étudiaient ses écolières. L’entrée du grenier qui régnait

au-dessus de ses appartements avait été murée. Pour parvenir à cette retraite,

aussi sacrée qu’un harem, il fallait monter par un escalier pratiqué dans

l’intérieur de son logement. L’atelier, qui occupait tout le comble de la maison,

offrait ces proportions énormes qui surprennent toujours les curieux quand,

arrivés à soixante pieds du sol, ils s’attendent à voir les artistes logés dans une

gouttière. Cette espèce de galerie était profusément éclairée par d’immenses

châssis vitrés et garnis de ces grandes toiles vertes à l’aide desquelles les peintres

disposent de la lumière. Une foule de caricatures, de têtes faites au trait, avec

de la couleur ou la pointe d’un couteau, sur les murailles peintes en gris foncé,

prouvaient, sauf la différence de l’expression, que les filles les plus distinguées

ont dans l’esprit autant de folie que les hommes peuvent en avoir.

Un petit poêle et ses grands tuyaux, qui décrivaient un effroyable zigzag

avant d’atteindre les hautes régions du toit, étaient l’infaillible ornement de

cet atelier. Une planche régnait autour des murs et soutenait des modèles

en plâtre qui gisaient confusément placés, la plupart couverts d’une blonde

poussière. Au-dessous de ce rayon, ça et là, une tête de Niobé 1 pendue à un

clou montrait sa pose de douleur, une Vénus souriait, une main se présentait

brusquement aux yeux comme celle d’un pauvre demandant l’aumône, puis

quelques écorchés jaunis par la fumée avaient l’air de membres arrachés la veille

à des cercueils ; enfin des tableaux, des dessins, des mannequins, des cadres

sans toiles et des toiles sans cadres achevaient de donner à cette pièce irrégulière

la physionomie d’un atelier que distingue un singulier mélange d’ornement et

de nudité, de misère et de richesse, de soin et d’incurie 2 .

de misère et de richesse, de soin et d’incurie 2 . Une description balzacienne 1. a.

Une description balzacienne

1. a. Nommez les trois caractéristiques de l’atelier auxquelles renvoient les passages en couleur dans le texte.

b. Retrouvez-vous ces caractéristiques dans l’image ci-dessus ?

2. a. Cherchez le mot « retraite » (l. 3) dans un dictionnaire : quel sens a-t-il dans le texte?

b. Relevez dans le texte le champ lexical correspondant.

c. En quoi cet aspect de l’atelier annonce-t-il l’intrigue ?

Les différents sens d’un mot – p. 376

Séquence 3 u Romanciers du XIX e siècle

81

ŒUVRE INTÉGRALE
ŒUVRE
INTÉGRALE

Ginevra

 

.

De toutes les jeunes filles venues jusqu’alors dans l’atelier de Servin,

.

[Ginevra] était la plus belle, la plus grande et la mieux faite. Sa démarche

.

possédait un caractère de noblesse et de grâce qui commandait le respect.

.

Sa figure empreinte d’intelligence semblait rayonner, tant y respirait cette

5

animation particulière aux Corses et qui n’exclut point le calme. Ses longs

.

cheveux, ses yeux et ses cils noirs exprimaient la passion. Quoique les coins

.

de sa bouche se dessinassent mollement et que ses lèvres fussent un peu trop

.

fortes, il s’y peignait cette bonté que donne aux êtres forts la conscience de

.

leur force. Par un singulier caprice de la nature, le charme de son visage se

10

trouvait en quelque sorte démenti par un front de marbre où se peignait une

.

fierté presque sauvage, où respiraient les mœurs de la Corse. Là était le seul

.

lien qu’il y eût entre elle et son pays natal. […] Elle inspirait un si vif attrait

.

que, par prudence, son vieux père la faisait accompagner jusqu’à l’atelier.

.

Le seul défaut de cette créature véritablement poétique venait de la puissance

15

même d’une beauté si largement développée : elle avait l’air d’être femme.

.

Elle s’était refusée au mariage, par amour pour son père et sa mère, en se

.

sentant nécessaire à leurs vieux jours. Son goût pour la peinture avait

Ginevra à son chevalet.

.

remplacé les passions qui agitent ordinairement les femmes.

© Lee/Leemage

Un portrait balzacien

les femmes. © Lee/Leemage Un portrait balzacien 3. a. À quoi les deux couleurs du texte

3. a. À quoi les deux couleurs du texte correspondent-elles ? b. Dégagez les principales caractéris- tiques de ce portrait. c. Associez un trait de caractère à chacun des détails physiques suivants : la figure ; les cheveux, les cils et les yeux; la bouche. En quoi ce portrait illustre-t-il la théorie de la « physiognomonie » ?

4. a. Relevez le nom exprimant un sen- timent, employé à deux reprises dans le texte. b. Expliquez en quoi l’emploi de ce nom pour présenter Ginevra annonce l’intrigue.

5
5

La peinture de la société de la Restauration

On peut lire La Comédie humaine comme un témoignage journalistique de la société française sous la Restauration (1815-1848). Les lieux de Paris répartis entre les classes sociales différentes : le faubourg Saint-Germain pour l’aristocratie, la Chaussée-d’Antin pour les bourgeois nouvellement enrichis, la Montagne-Sainte-Geneviève pour les étudiants ; entre ces quartiers, passent des frontières invisibles mais infranchissables ! La vie en province, avec les particularités propres à chaque ville ou région. Des fortunes acquises ou perdues en fonction des événements historiques :

Révolution, Empire, Restauration.

5. Pourquoi, bien que situé à Paris, le récit de La Vendetta peut-il être le reflet de la vie de province ?

6. En quoi la vie dans l’atelier de Servin, d’une part, le sort de la famille di Piombo et la destinée de Luigi, d’autre part, sont-ils le reflet de la société de la Restauration ?

Lectures personnelles Lectures personnelles
Lectures personnelles
Lectures personnelles

Lire des romans du XIX e siècle

Honoré de Balzac, Adieu

Une histoire d’amour sur fond de campagne napoléonienne.

Honoré de Balzac, Ferragus

Une histoire d’amour sur fond de société secrète.

Alexandre Dumas, Pauline

Un roman noir, plein de suspense, avec une intrigue amoureuse.

Gustave Flaubert, Un cœur simple

L’histoire d’une servante de campagne.

Alfred de Musset,

Emmeline

Une histoire d’amour.

Émile Zola, Naïs Micoulin

L’histoire d’une passion amoureuse et tragique.

Émile Zola,

Jacques Damour

Un personnage à la recherche

de son passé.

82

FAIRE LE POINT
FAIRE
LE
POINT

Romanciers du XIX e siècle

1. Les romanciers du XIX e siècle présents dans le manuel

romanciers du XIX e siècle présents dans le manuel Stendhal (1783-1842) Il s’intéresse au mythe

Stendhal (1783-1842) Il s’intéresse au mythe napoléonien et peint la passion amoureuse. Il se passionne pour l’Italie.

(1783-1842) Il s’intéresse au mythe napoléonien et peint la passion amoureuse. Il se passionne pour l’Italie.

Honoré de Balzac (1799-1850) Il peint la société de la Restauration à Paris et en province, par la création de personnages- types. Il s’intéresse aux passions, familiales ou amoureuses.

Il s’intéresse aux passions, familiales ou amoureuses. Victor Hugo (1802-1885) Il s’engage dans la lutte

Victor Hugo

(1802-1885)

Il s’engage dans la lutte politique et sociale par ses actions et dans ses œuvres. Il s’intéresse au peuple misérable dont il se fait le porte-parole et le défenseur. Il peint des personnages au caractère bien trempé.

Il peint des personnages au caractère bien trempé. Gustave Flaubert (1821-1880) Il dénonce avec un

Gustave Flaubert (1821-1880) Il dénonce avec un détachement critique la sottise des bourgeois de son temps. Il peint les tumultes de la passion amoureuse.

de son temps. Il peint les tumultes de la passion amoureuse. Guy de Maupassant (1850-1893) Il

Guy de Maupassant (1850-1893) Il évoque la guerre de 1870, la Normandie et s’intéresse aux milieux sociaux dont il offre une peinture critique, à travers des personnages très représentatifs.

critique, à travers des personnages très représentatifs. Émile Zola (1840-1902) Il peint le contexte politique du

Émile Zola

(1840-1902)

Il peint le contexte politique du début de la III e République et l’essor économique de la fin du XIX e siècle. Il s’intéresse aux classes sociales et à l’ambition individuelle qui caractérise la société de cette époque. Il s’engage aussi politiquement lors de l’affaire Dreyfus.

2. Les deux sens du mot romanesque

L’adjectif romanesque peut signifier :

– « qui est propre au roman » : c’est le sens qu’il a dans le titre de la première partie du manuel, « L’univers romanesque ». – « qui est digne de figurer dans un roman par son caractère peu banal, qui fait appel à l’imagination, au rêve, aux sentiments violents » : « une passion romanesque ».

3. Les personnages

Les romanciers du XIX e siècle ont donné naissance à des personnages qui possèdent une véritable carte d’identité dans le roman (famille, physique, caractère, sentiments) et semblent ainsi issus de la réalité. Ce sont des personnages forts et souvent des héros éponymes (dont le nom sert de titre au roman).

Ces personnages sont le plus souvent animés par des passions fortes, ce qui donne aux œuvres une dimension de romans psychologiques (qui s’intéressent à l’âme et aux sentiments des personnages).

4. L’univers des romans de Balzac et de Zola

Balzac, regroupant ses romans sous le titre de La Comédie humaine et Zola, créant la série des Rougon-Macquart, ont pratiqué dans leurs romans le principe du retour des personnages d’un roman à l’autre : le lecteur a ainsi l’impression d’une véritable peinture sociale.

Ces romans évoquent les bouleversements politiques, économiques et sociaux du siècle :

la Révolution, l’Empire, la Restauration chez Balzac, le Second Empire et la III e République chez Zola.

Leurs personnages évoluent dans des univers romanesques réalistes, qui mettent en scène la société du XIX e siècle. Dans ces romans sociaux, Balzac peint la montée de la bourgeoisie et ses rivalités avec l’aristocratie ; Zola peint l’essor industriel, l’exode rural, la misère sociale, la prospérité bourgeoise et l’émergence des villes.

5. L’écriture

des romans

Balzac et Zola ont chacun un style spécifique ; mais l’écriture de leurs romans présente des points communs :

– de nombreuses descriptions qui ont pour fonction de peindre avec précision le cadre de vie de l’époque ;

– un riche vocabulaire des sentiments, pour peindre la psychologie des personnages ;

– un champ lexical spécifique, relatif à la société du XIX e siècle et aux périodes historiques évoquées.

Séquence 3 u Romanciers du XIX e siècle

83

S ’ EXPRIMER
S ’ EXPRIMER

À vos dictionnaires!

Synonymes et antonymes

1. a. Traître, félon, vendu, fourbe, déloyal : ces adjectifs sont-ils synonymes ou antonymes ?

b. Quel est le niveau de langue de chacun de ces cinq adjectifs?

2. a. Fidèle, dévoué, réglo, correct, droit, fiable, honnête, probe :