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LES MÉDITATIONS CARTÉSIENNES DE MARTIN HEIDEGGER

Jean-François Courtine P.U.F. | Les études philosophiques
2009/1 - n° 88 pages 103 à 115

ISSN 0014-2166

Article disponible en ligne à l'adresse:

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Pour citer cet article :

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Courtine Jean-François, « Les méditations cartésiennes de Martin Heidegger », Les études philosophiques, 2009/1 n° 88, p. 103-115. DOI : 10.3917/leph.091.0103

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en 1913. durant le même semestre d’hiver 1923-1924. Landgrebe. trad. PUF. 1970. p. Philosophie première.53.90. Mais. © P.53. dont la « première ébauche » pourrait bien avoir été engendrée par « l’esprit génial d’un Aristote » – à la mesure d’une psychologie et dans le cadre d’un De anima.104 . Paris. 163-206. on ne trouverait pas davantage quelque revendication de néo-cartésianisme. Il est à l’inverse permis de mettre en scène. eu égard à ses tâches les plus propres et à sa situation dans la tradition de ce qui aura été institué comme « philosophie première » par Platon et par Aristote. c’est Heidegger et moi ! » – de déterminer celle-ci dans sa possibilité. laquelle pour Husserl n’était d’ailleurs pas incompatible avec un Abschied von Cartesianismus – congé donné sous forme d’adieux1. précise-t-il aussitôt.Université de Lyon 3 . Husserliana VII. éd.Université de Lyon 3 . donnent l’un à Freiburg.11/11/2012 14h30. 133-177 . dès sa première section : « De l’idée de philosophie selon Platon jusqu’aux commencements de sa réalisation à l’époque moderne chez Descartes ». une opposition apparemment tranchée entre Husserl et Heidegger qui.cairn. dont le début est consacré à une « histoire critique des idées ». où il vient tout juste d’être nommé. p. on chercherait assurément en vain quelque chose qui soit comme un analogon des célèbres Conférences de Paris qu’Edmund Husserl prononça à la Sorbonne en février 1929 .U.cairn.U. in Philosophische Rundschau. l’autre à Marbourg. La Haye. Kelkel. . se sera révélé être une impasse. Cf. L. Nijhoff.F. même si.196. A. 2. Boehm. sur la possibilité d’une « science de la subjectivité ».info . p. Gütersloh. repris in Der Weg der Phänomenologie. 74-77. à l’insu des protagonistes.info . une calamité permanente pour les esprits philosophiques »2. Dans son cours Philosophie première. Husserl s’y interroge thématiquement. à vrai dire. 1956 . franç. no 1/2009.F. après que le chemin cartésien exploré dans les Ideen I. Dans le corpus heideggérien. alors même qu’il s’agit pour les deux auteurs – à une époque où Husserl pouvait encore penser et déclarer : « La phénoménologie.. Les Études philosophiques. R. p. « la manière dont la psychologie entre en scène fait qu’elle est.90. au-delà Document téléchargé depuis www. 1963.LES MÉDITATIONS CARTÉSIENNES DE MARTIN HEIDEGGER 1.104 .196. Husserl.. L.11/11/2012 14h30. © P. deux leçons dont l’orientation philosophique semble diamétralement opposée. 1961-1962. 103-115 Document téléchargé depuis www.

ces souvenirs. n.11/11/2012 14h30. W. Die ausführliche Veröffentlichung im Zusammenhang mit der Interpretation der Grundlagen der mittelalterlichen Ontologie ist einer anderen Gelegenheit vorbehalten » (GA. aussi Th. citée. sur ces gouffres béants et obscurs ouverts par le cogito. à la fin des années 1940. où se trouvaient déjà élaborés les éléments de cette « interprétation de Descartes » qui n’était encore qu’à peine esquissée dans la dernière section du traité. Ibid. 40) : « Le soubassement ontologique du cogito sum de Descartes et la reprise de l’ontologie médiévale dans la problématique de la res cogitans ». qui vient tout juste d’être nommé à Marbourg. Heidegger’s Way of Thought. Le cours du semestre d’hiver 1923-1924. 2. 89. sum cogitans. 2002. 90. cit. p.53. Guida. – Il faut encore signaler qu’en 1924 Heidegger renvoyait lui-même. Op. 39. sous la dir. pour Husserl. 97). qui en compte trois. 2004. Husserl e l’inizio del moderno : Il primo corso a Marburg (1923-1924) ». il importe surtout. ces sentiments. à l’occasion d’une première Auseinandersetzung si soutenue avec son maître Husserl. Aujourd’hui publié comme t. franç.Université de Lyon 3 . ego sum. coll.cairn. Or c’est précisément dans le même temps que le jeune Heidegger. Document téléchargé depuis www. je suis le sujet de cette vie de conscience qui s’écoule avec ces perceptions.196.90. 20). qu’elle en prend figure de parricide. Cf. comme Heidegger l’indique à la fin de ses leçons.. aussitôt après avoir salué l’enjeu de la mise en lumière de la « subjectivité transcendantale ». Origini e problemi. L’interpretazione heideggeriana di Descartes. p. Naples.info . 64. 10.196. « ego cogito. La seconde partie du cours. assez allusivement. Il Melangolo.U.F.53. 331. Klostermann. citée. éd. fût-ce pour remarquer. Der Begriff der Zeit. hat sie mehrfach in Übungen und Vorstellungen mitgeteilt. p. trad. comme il l’a fait au moins depuis son cours de 1921 sur Augustin et le néoplatonisme.11/11/2012 14h30. et donc de renouer le fil – c’est l’intitulé de la dixième Leçon – avec les « Méditations cartésiennes ».cairn. Descartes.104 Jean-François Courtine de cette première esquisse. l’ouvrage très complet et documenté. © P. à d’autres cours et séminaires. F. 2005. en réalité. éd. étape obligée dans Document téléchargé depuis www. Francfort. Der Begriff der Zeit : « Im folgenden werden nur in Thesenformen die Hauptschriften der Descartesinterpretation sichtbar gemacht. Voir aussi. annoncé dès le Natorp-Bericht.. 1994. New York. et dans ce flux je suis absolument assuré de cette vie dans une certitude indubitable »1. en référence à Descartes.Université de Lyon 3 . p. et intitulé Einführung in die phänomenologische Forschung. von Herrmann. au témoignage de von Herrmann.. trad. et comme il ne cessera de le faire jusqu’aux derniers cours sur Nietzsche. a pu être caractérisé par Heidegger lui-même. p. est en effet placée sous le signe d’un « retour à Descartes » (Rückgang zu Descartes)..104 . annoncé sous le titre Le commencement de la philosophie moderne 3.104 . autant de thèmes qui seront repris et développés dans le cours de 1925 (GA. comme « son » cours sur Descartes4. du programme. Der Vf. 2006. F. 63 . 3. qui souligne à juste titre que ce cours porte la première critique expresse et détaillée du tournant husserlien en direction de la philosophie transcendantale comme philosophie de la conscience ou de l’ « archi-région » conscience. p. in Heidegger a Marburgo. p. devenue pour nous « triviale ». au fil conducteur d’un : « J’existe. ces jugements.U. von Herrmann. © P.info . 4. que derrière cette proposition.. Kisiel. Le propos exprès de ce cours.F. Il s’agit là. s’ouvrent des gouffres par trop béants et obscurs »2.90.-W. d’Eugenio Mazzarella. 1. sum. « Heidegger. Gênes. s’interroge lui aussi. Témoignage rapporté par Ricardo de Biase. Prolégomènes à l’histoire du concept de temps. de la seconde section de la seconde partie de Sein und Zeit (§ 8. .. du même auteur. etc. Francfort. 49. de dégager la « signification éternelle des Meditationes de Descartes ». antérieurs. c’est bien de « comprendre et de contribuer à élaborer la phénoménologie envisagée dans sa possibilité ». 17 de la Gesamtausgabe.

. Prolégomènes à l’histoire du concept de temps1. « L’ego et le Dasein ». dans cette « proposition » tout à fait singulière : ego sum.90. © P. Taminiaux. Essais sur Heidegger. 1989. éd.53. qui est aussi bien un « retour au sujet ». 24. Francfort. Si l’on s’efforce de suivre – ce que nous ne prétendons pas faire ici exhaustivement – les voies et les impasses de ce Rückgang zu Descartes. 192 : « Nous répétons encore une fois que le fait de mettre l’accent sur le sujet. 20 .U.. mais elle ne doit pas pour autant poser ses questions de manière unilatéralement subjectiviste. ego existo. Les problèmes fondamentaux de la phénoménologie. à telle enseigne que ce cours qui fait immédiatement suite à la publication de Sein und Zeit pourrait se laisser. 2006. Alain Boutot. et qu’il faut au contraire poser la question de savoir dans quelle mesure l’être du sujet doit être déterminé comme point de départ de la problématique philosophique. J. dessine un paysage assurément plus complexe que celui suggéré par la distinction d’une première perspective. d’un côté. pourrait être fourni par la célèbre lettre que Heidegger adresse à Karl Löwith le 19 août 1921 : Document téléchargé depuis www. nous voudrions ici souligner l’importance et l’enjeu de ce retour à Descartes. la différenciation. Paris. Paris. bien connu. Courtine. Je travaille dans une concrétude facticielle à partir de mon “je suis” – à partir de ma provenance spirituelle facticielle en général. Cf.U. Paris Gallimard. 1990. semestre d’été 1927). comme on a coutume de faire en philosophie depuis Descartes. 1985. de l’autre2. »4 1. Un premier point de repère d’autant plus décisif que le nom de Descartes n’y apparaît pas – ou seulement en filigrane – pour s’orienter dans ce paysage. in Réduction et donation.info .104 . enveloppe assurément une authentique impulsion du questionnement philosophique <nous soulignons>. mais en faisant en sorte que cette orientation ne soit pas unilatéralement subjectiviste. en partie du moins. Grenoble. © P. Lettre citée in Zur philosophischen Aktualität Heideggers. J. qui est aussi un « retour au sujet ». » 3. franç. cf. le logos apophantikos. et du sens d’être du sum. p. » 4. II.196. Au-delà de ce motif.info . p. Papenfuss et O. 24 . et dont l’une des plus remarquables illustrations se donne à lire dans le cours de l’été 1925. franç.196. la critique de fond menée contre Husserl qui aurait entièrement manqué la « question de l’être » dans le champ thématique de la phénoménologie. notamment dans Les problèmes fondamentaux de la phénoménologie (GA.cairn. Im Gespräch der Zeit. Il faut peut-être que la philosophie parte du “sujet” et y retourne dans ses questions ultimes <nous soulignons>. mais qu’il n’en est pas moins nécessaire de ne pas partir simplement du sujet. § 12-13.Université de Lyon 3 . trad.-F. Lectures de l’ontologie fondamentale.F. et dans une accentuation positive.Les Méditations cartésiennes de Martin Heidegger 105 « Ich arbeite konkret faktisch aus meinem “ich bin” – aus meiner geistigen überhaupt faktischen Herkunft. Gallimard. trad. et d’une perspective ultérieure. p. GA. à la mesure de l’histoire de l’être.Université de Lyon 3 . J. 29..104 . Deux lectures heideggériennes de Descartes. Pöggeler.. 2. et ici même la contribution tout à fait originale et décisive d’Alain de Libera : « Sujet insigne et Ich-Satz. D. L’expression figure en toutes lettres.. centrée sur Sein und Zeit.. par ailleurs tout à fait nécessaire et féconde des lectures heideggériennes de Descartes3. Millon.cairn.11/11/2012 14h30. 119 sq.11/11/2012 14h30.. et que cela ne fait qu’intensifier la quête qui déjà était celle de l’Antiquité. . envisagé comme tel. GA. 1989 : « D’une double lecture de Descartes » . Klostermann.F. Jean-Luc Marion.53. Document téléchargé depuis www. PUF.90. et plus encore négligé la tâche de « voir et d’expliciter dans son être le Dasein ». caractériser en fonction de l’interprétation différenciée qu’il offre du sens du « est » de l’énoncé.

25. non anthropologique. Phänomenologische Interpretationen zu Aristoteles. L’arbre de vie et l’arbre du savoir. de l’homme lui-même.. la question décisive est celle qui se laisse économiquement formuler dans la tournure augustinienne : Quaestio mihi factus sum 2. interprétation qui seule permet de dégager le « chemin qui conduit à l’objet de la philosophie » (GA. 25 . Quid est hoc ? »5 Très significativement. 24 .Université de Lyon 3 .53. 17. ce premier recentrement laisse ouverte une alternative non moins décisive : l’homme peut à son tour être interrogé pour autant qu’il tient au monde... Mais qu’est-ce donc que je suis. Heidegger. p. nous renvoyons à Jean-Luc Marion.106 Jean-François Courtine 1. Le Cerf. p. par la confession. 14. ou encore comme « objet de curiosité. Les sources aristotéliciennes et néo-testamentaires d’ « Être et Temps ». envisagé dans le « comment » de son être (im Wie seines Seins).info . Phänomenologie des religiösen Lebens) . Semestre d’hiver 1920-1921. puisque celui qui fait la vérité vient à la lumière.104 .196. a trait à l’interprétation du « sens de la mobilité » (Bewegtheitsinn). Je veux “faire la vérité” dans mon cœur.cairn. L’ego sum facticiel concret constitue et doit constituer le véritable et seul point de départ possible du travail philosophique. Einleitung in die Phänomenologie der Religion . ou bien Document téléchargé depuis www. 178. On est toujours. Document téléchargé depuis www. 177-178. Einführung in die phänomenologische Forschung (GA. soulignons-le. 3. 69 sq. 60.11/11/2012 14h30.. Aristote. 2000..90. À vrai dire. La question que je suis devenu à moi-même et pour moi-même. en tant que Welthaft. ? » – Heidegger.F. VII. ? – Sed quid igitur sum ? Res cogitans. 50 .11/11/2012 14h30. Sur ce motif essentiel de la Bewegtheit. © P. 28. ».. X. PUF. tu as aimé la vérité. AT. Augustinus und der Neuplatonismus (GA. À quoi fait écho à l’autre bout du livre X et en référence à Genèse.. .cairn.104 . le point de départ de toute la problématisation. dans l’horizon du tout premier cours de Fribourg : Zur Bestimmung der Philosophie.. p.. X. 172 sq. 17. 61).. 141) . . cité GA. 61. 241). s’il est vrai que. semestre d’été 1921. 60.info . dans le cours de 1921-1922 (Interprétations phénoménologiques d’Aristote). 4.. 225 sq.U. cité in GA. 20 : « Qu’est-ce donc que j’ai cru être ci-devant.F. © P. nous renvoyons ici aux remarquables analyses de Christian Sommer. 5. 1 (« Bibliothèque augustinienne ». dans son cours de 1923-1924. Paris. d’analyse psychologique ou de narration historique » .90. Cf. celle qui m’oblige à « faire la vérité »3 à la mesure d’une herméneutique de la facticité.53. p. Luther.. PUF. cette question vient d’emblée se superposer à la problématique cartésienne : « Quidnam igitur antehac me esse putavi ? – Quid autem nunc. 1.. XXXIII. 60. semestre d’hiver 1921-1922.. 167)6. 26. 3. devant toi. Jean Greisch.196. Confessions. « Épiméthée ». 6. qui est aussi bien herméneutique du soi4. 2005. qui suis-je maintenant. 2. la constatation. mais moi. résume drastiquement en forme de question (non attestée chez Descartes) : « Quid sum ? » (GA.Université de Lyon 3 .U. Au lieu de soi. Les racines phénoménologiques de l’herméneutique heideggérienne (1919-1923).. L’approche de saint Augustin. « Épiméthée ».. 2008. « . Pour une tout autre lecture et mise en scène récente de la quaestio et du veritatem facere. p. L’interprétation du « sens de la mobilité » est celle qui s’engage dans la question. Paris. p. également citée par Heidegger : factus sum mihi « terra difficultatis et sudoris nimii ». Voilà ce qu’il importe d’interroger sérieusement en philosophie – comme le souligne Heidegger dans une partie qui vaut comme appendice au cours proprement dit – et non pas les artefacts produits par l’homme. comme Heidegger le souligne à maintes reprises dans les cours strictement contemporains de cette lettre1. 246 ( « Was bin ich ? Quaestio mihi factus sum » ). Paris. ? . que sont la « culture » et les « circonstances de la vie » (Lebenszusammenhänge).

196. quand il s’entend au titre de l’avoir – ou. <Nous soulignons.Les Méditations cartésiennes de Martin Heidegger 107 l’homme peut être « appréhendé et questionné en direction de son “ce qu’il est et comment il l’est”. j’existe – se laisse également saisir en termes d’ « avoir ». 171) en ces termes : « De même que la vie est (sur le mode de l’indication formelle) quelque chose de tel que l’autre est à chaque fois son autre. éd.90. en existant.Université de Lyon 3 . Une telle inquiétude ou « souciance » (Bekümmerung) de la vie facticielle ne consiste assurément pas.11/11/2012 14h30. si l’on préfère.U. – L’existence (facticité) devient. egoistische.F. so ist es selbst etwas. avant de tenter de la gloser : Document téléchargé depuis www. en tant qu’analytique de l’existence. l’inquiétude (Unruhe) sont attestées par le caractère questionnant de la vie facticielle. p..196. » « Wie Leben (formal-anzeigend) so etwas ist. Le « sens d’être » du sum. Ce questionnement – voilà en quoi consiste l’interprétation concrète de la facticité.U. Courtine. précisément parce qu’il appartient à la vie facticielle (à titre de « contre-mouvement » par rapport à la « tendance au dévalement » (Verfallenstendenz)) de « se prendre en vue soi-même dans l’inquiétude et par là même de se fixer comme but de revenir à soi-même dans la réappropriation de son être » (op. c’est celui que Heidegger a nommé d’emblée celui de la “vie facticielle”. Natorp-Bericht. p. franç. en direction de ce qui “constitue son sens-d’être ” »1. éd. trad. 167. 1985 .104 .cairn.cairn. 1992. Mais la question de la “mobilité” ou de la “facticité” n’envisage jamais celles-ci comme un thème ou un “objet” – le mouvement de la question est ici caractérisé par ce que Heidegger nomme déjà un Rückschlag. mieux.F. 174)4.11/11/2012 14h30. du « avoir 1. a fixé le terme du fil conducteur de tout questionner métaphysique. Klostermann. egologische Reflexion. Formulation là encore assez rugueuse que Heidegger explicite un peu plus loin (GA.. Heidegger résume ici sa réflexion.Université de Lyon 3 . 61. L’être ici dont le sens est référé à l’inquiétude de la vie facticielle. GA. de possession ou.90. de même est-elle quelque chose qui “est” de la manière suivante : avoir tendance à “être” au sens de l’effectuation du “se posséder” [“s’avoir”]. Dieses Befragen eine konkrete Interpretation der Faktizität. 2. W. le point d’où il résulte (entspringt) et celui où il revient par un choc en retour (wohin es zurückschlägt). p. « Die Existenz (Faktizität) wird in wachsender Radikalität des Befragens des Lebens : keine Ich-. en une formulation très dense que nous donnons d’abord en allemand.info . 38 : « La philosophie est une ontologie phénoménologique universelle partant de l’herméneutique du Dasein. » Document téléchargé depuis www. comme le précise Heidegger dans ledit Natorp-Bericht. zu “sein” im Vollzugssinn des “sich” Habens.F. Mauvezin. Interprétations phénoménologiques d’Aristote.info . laquelle. © P.> 5. 3.53. cit. contre-coup ou choc en retour3 : la mobilité en question. 61. Sein und Zeit. gagne en radicalité en fonction du questionnement propre à la vie : non pas réflexion égoïstique. en tant que son monde. Bröcker et K. égologique. de mienneté : la mobilité de la vie facticielle peut se définir en effet comme ce qui tend à « être à la manière du se-porter-soi-même-à-l’avoir » (in der Weise des Sichselbst-zum-Haben-Bringens)5. Moi réflexif. als seine Welt. à « s’abîmer dans des réflexions égocentriques ». » 4. 27. dessen anderes jeweils sein anderes ist. § 7. 61. das “ist” in der Weise. Bröcker-Oltmanns.104 . Cf. la question : bin ich ? suis-je ? (GA. 24). ici – celui du je suis.53. © P. Le “sens d’être” ici en question. p. 26-27. ou à présent celui de l’existence (cum emphasi)2. J. Phänomenologische Interpretationen zu Aristoteles. bilingue. Einführung in die phänomenologische Forschung. Francfort. » . TER. ou encore de la “facticité”. qui trouve son effectuation et son achèvement dans la question elle-même : quaestio mihi factus sum ! dans la question que je suis. die Tendenz zu haben. Cf..

la « question de l’être » s’élabore non pas tellement en référence à un « étant exemplaire » qui. et presque avant la lettre. il importe encore de préciser. » Celui-ci ne tient en aucune façon au « primat » du sum.90. Interroger dans son sens d’être. comporte. mais bien au sum. c’est moi ! » L’injonction. selon une formule que Husserl emploiera lui aussi à propos de la subjectivité transcendantale.Université de Lyon 3 .F. pour autant que l’on cherche à la caractériser elle-même régionalement – même si une telle caractérisation. GA. celle de la perte. Ainsi. 7 : à la question ainsi formulée : « Sur quel étant le sens de l’être doit-il être déchiffré. du <je> suis : Document téléchargé depuis www. la question du sens d’être de la vie facticielle doit toujours être comprise concrètement comme celle de « la vie facticielle à chaque fois concrète et propre (eigen) ».104 . le sum est également ce qu’il y a de premier.90. .11/11/2012 14h30. précisément. Mais.cairn. la possibilité essentielle du questionner. ou bien un étant déterminé détient-il une primauté dans l’élaboration de la question de l’être ? Quel est cet étant exemplaire et en quel sens a-t-il une primauté ? ».cairn. que le geste cartésien recouvre aussitôt ce qu’il vient de mettre au jour : « Pour Descartes.info . 175). par le tournant en direction du « sujet » ou. 20. 174. proposer de « recentrer » la problématique philosophique sur un quelconque « Ichproblem » : « Dans le caractère d’être spécifique du “je suis”. p. GA. » Cf. soi ». celui d’un (ego) sum.U..11/11/2012 14h30. 201 : « Élaborer la problématique. si la référence à Descartes s’impose ici (GA. de la transformation imposée à la répétition de la question du sens de « être » ou du sens de « est ». 61. mais bien au fait que celui-ci demeure non problématisé « dans son être et sa structure catégoriale ». elle se laisse appréhender – au moins à titre d’indication formelle – comme « la question du sens du “je suis” ». ou l’ego sum. celle de l’être en propre. tout autant que la dimension de l’appropriation (Aneignung). nous le saisissons terminologiquement comme Dasein. à la mesure d’une pensée de l’existence. p. qui d’ailleurs ne paraîtra jamais du vivant de l’auteur. mieux. la réponse suit presque immédiatement : « Cet étant que nous sommes toujours nous-mêmes et qui a. On nous permettra de citer longuement cet admirable passage qui rend parfaitement compte. s’avère être une digression et une mésinterprétation vis-à-vis du sens de l’existence –. dans le premier enseignement de Fribourg. « s’avoir » –.196. de la désappropriation ou de la déhiscence.108 Jean-François Courtine « Existence ». mais c’est précisément là que déjà réside son ratage (Verfehlung).53. » Mais. au titre d’un compte rendu.53. de la « propriété » (Eigentlichkeit). n’a pas encore reçu comme terminus technicus son nom de Dasein1. précise encore Heidegger.Université de Lyon 3 . c’est le “suis” qui est décisif. nous ne sommes pas le Dasein ! Nul ne songerait à soutenir : « Le Dasein.196.. en réponse justement à la question soucieuse : bin ich ? 2. entre autres. le sum. © P. elle peut être appréhendée comme une 1. du point de départ cartésien. c’est donc commencer par expérimenter et expliquer l’étant qui questionne lui-même – le Dasein que nous sommes nous-mêmes. Document téléchargé depuis www. de la Psychologie des visions du monde.F. c’est là une déterminité de quelque chose (etwas) . en fin de compte et proprement. et non pas le “je”.104 . p. »2 Dans les Remarques que rédige Heidegger entre 1919 et 1921. Sein und Zeit. ich bin. Cf. À travers profits et pertes. ce n’est justement pas. Prolégomènes à l’histoire du concept de temps. § 2. il mettait non moins résolument l’accent sur cette radicalisation. dès le tout début des années 1920. © P. pourrait se formuler au titre de la plus haute exigence « éthique » : Sois-Sei !.info . dans quel étant la mise à découvert de l’être doit-elle prendre son départ ? Ce point de départ est-il arbitraire.U. 61.

c’est choisir un tout autre fil conducteur : Hic praecipue de re existente agitur. un sens qu’on ne peut pas saisir authentiquement dans une visée théorétique. Wegmarken. qui est essentiellement un sens du (je) « suis » (der wesentlich (ich) « bin »-Sinn « ist »). comme on le fait et doit le faire.U. Francfort. je peux poser la question du sens de mon “je suis”.Université de Lyon 3 . Le point décisif est alors que je m’ai (daß ich mich habe).90. introduire la vie facticielle. GA. © P. p. c’est proposer un retournement complet de la question ontologique et catégoriale.104 . hors contexte.cairn.info .Les Méditations cartésiennes de Martin Heidegger 109 modalité déterminée de l’être. »1 Ce qu’il est encore sans doute permis de gloser.. mais doit être comprise dans des connexions spécifiquement historiques.90.53. L’ego est un me.info . mais l’expérience est expérience du “je” en tant que Soi (Erfahrung des “ich” qua Selbst).und Sachgebietsfremdheit des “ich”). toujours à l’accusatif. dans la tradition platonico-aristotélicienne. Document téléchargé depuis www. et en réponse à la question toujours relancée : bin ich ? « Le fait de m’avoir-moi-même (das Mich-selbst-haben) est plurivoque à maints égards. le Dasein. voilà ce que veut dire – à la mesure de l’indication formelle – “existence”. Si l’on effectue purement jusqu’au bout cette expérience. il s’agit du verbe et non pas du pronom personnel ego.104 . Insistons : quand on s’enquiert des acceptions multiples de l’être. en faisant porter la question non plus sur le « ist »-Sinn. © P. Au sens archontique de l’expérience fondamentale proprement effectuée du “je suis”. mais bien sur le « bin »-Sinn.).11/11/2012 14h30. C’est l’égologie ici. « L’être ainsi compris du Soi. que je souligne. se trouve impliqué le fait que faire l’expérience ne signifie pas ici connaître le “je” comme ce qui se tient dans une région. l’étrangeté spécifique du “je”. Il s’agit de l’être pris dans sa verbalité. quand on interroge le sens de « être ».196.53. Document téléchargé depuis www.F. et cela de telle façon que cette polysémie ne doit pas être explicitée et rendue compréhensible dans des contextes ordonnés. c’est l’expérience fondamentale en laquelle je me rencontre moi-même en tant que Soi. partant d’une saisie préalable.Université de Lyon 3 . fût-elle transcendantale. de telle sorte que. comme un sens déterminé du « est » (« ist »-Sinn).196. une connexion de vécus – oblitère le sens du “suis” et fait du “je” un objet assignable qu’il faut ranger à sa place (einzuordnen). 1976. en correspondant au sens qui est le sien.F. en vivant dans cette expérience..11/11/2012 14h30. . Klostermann. l’existence.. comme cas particulier de –. » 1.cairn.U. dans laquelle il s’agit radicalement et purement de moi-même. rend manifeste le fait que toute tentative de détermination régionale – du genre de celle qui. systématiquement et régionalement distribués. Par là se trouve indiquée la dimension à partir de laquelle doit être tiré le sens de l’existence en tant que modalité déterminée du Soi (du je). celui de l’existence. au fil conducteur du « est ». 9. 29-30. an ea sit – formule de l’Entretien avec Burman.. ou mieux : je ne suis je (moi-même) que si je m’ai. sans trop forcer le trait : Je ne suis. par rapport à tout ce qui est régional ou sectoriel (Regions. (. qui vient d’emblée barrer la route à la question renouvelée du « bin »-Sinn. mais que l’on possède seulement dans l’effectuation du « suis » – une manière d’être de l’être du « je ». se tournerait vers un flux de conscience. comme singularisation (Vereinzelung) d’une instance “générale”.

.11/11/2012 14h30. c’est en effet prendre à charge le « (je) suis ». s’interroger sur la question de savoir pourquoi et comment ce petit traité. mais celui auquel on accède à partir de l’expérience fondamentale de s’avoir soi-même dans l’horizon de la souciance (bekümmertes Haben) – avoir-soi-même qui résulte d’une effectuation antérieure à toute prise de connaissance objectivante à la mesure du « est ».196.196. mais bien le « soi » ou l’ipse. « se-porter-soi-même à l’avoir » (sich-selbst-zum-Haben-Bringen). celui qui ne saurait être gagné à partir du « est » qui explicite en prenant spécifiquement connaissance de quelque chose et par là du « est » objectivant d’une façon ou d’une autre1. qui constitue la véritable cellule germinative de Sein und Zeit. nous* le sommes nous-mêmes à chaque fois.F. 64.. » Aux *. il est livré à son propre être (zu seinem eigenen Sein überantwortet).90.U. » 3. Comme étant de cet être. ego existo. pour son « chemin de pensée ». comme l’amorce d’une reformulation. moins dure. ** « Mais celui-ci est être-au-monde historial ». « S’avoir ». dans De l’existence à l’existant : « On n’est pas. on pourrait relire le début du § 9 de Sein und Zeit. que nous avons pour tâche d’analyser. Paris. de cette analyse du sum en termes d’avoir : « s’avoir ». Ce que Gérard Granel avait pointé à sa façon. laquelle peut éventuellement survenir. » Document téléchargé depuis www. est précisément le sens de « être » (der Seinssinn). Welches ist der Sinn von Sein in der Aussage sum ? Wird überhaupt danach gefragt ? Nein. Des énoncés comme ceux qu’on peut lire aujourd’hui dans l’Abhandlung : der Begriff der Zeit 3 : « je suis le temps ». © P. si l’on s’y attache en partant de son origine et de son authentique expérience fondamentale. Die Seinsfrage bleibt gerade hier aus. En ce sens. dans une brève étude très judicieusement intitulée : « Ipse Dasein ». © P. à la « Jemeinigket » – cette mienneté ou cet « à moi » qui n’indique jamais aucune possession stable et assurée –. Formule d’autant plus remarquable que le « verbe » s’y donne à entendre intransitivement. consacre une longue analyse à Descartes et à sa « proposition fondamentale : cogito. 2. sum ».53.104 . de cette formule aristotélicienne qui figure en exergue de la dissertation de Brentano en 1862.53. L’être de cet étant est chaque fois à moi. 1995. pronom personnel.11/11/2012 14h30.Université de Lyon 3 . toute différente. ou encore « le Dasein est à chaque fois (jeweils) le temps ». Le « est » ici caractérisé est précisément celui du logos apophantikos qui s’articule sur un « en tant que » apophantique.104 . Nous voudrions suggérer ici que. moderne celle-là. « Quel est – demande Heidegger – le sens de être dans l’énoncé sum ? La question est-elle seulement posée en général ? » – Réponse : « Non ! » (GA.U. et non moins constamment ré-interrogée : ego sum. p.info . mais demeure sans importance pour cette effectuation2.. ce que nous n’avons pas le temps de faire ici. le fait est notable.110 Jean-François Courtine Le sens de « existence ».Université de Lyon 3 .F.90. ne propo1. « le thème de l’analytique du Dasein ». ** correspondent autant d’annotations marginales : * « autant de fois “je” » . Galilée.cairn. contemporains du cours de 1923-1924. Document téléchargé depuis www.info . on s’est. in Études. Levinas visait peut-être à sa façon le même phénomène quand il notait. mais pour bien comprendre la démarche du penseur de Fribourg il faut sans doute accompagner ce leitmotiv d’une autre formulation. Il appartient à l’être de cet étant que celui-ci se rapporte lui-même à son être**. Et qui sont. Il faudrait aussi.cairn. le sum à partir duquel se décide non pas l’ego. la conséquence est bonne. sum das Sein des ego zur Auslegung kommen mußte. et précisément pas au sens de l’identité. dont nous avons déjà rappelé qu’il constituait le cours de Heidegger sur Descartes. du « s’avoir soi-même » : « L’étant. daß gerade im Fundamentalsatz cogito. * * * Tq vn l@getai pollac²V : on sait comme Heidegger aura insisté sur l’importance. 97) : « Zunächst möchte man aber meinen.

Université de Lyon 3 . . F. le mode d’être. Le premier énoncé serait alors : sum.Université de Lyon 3 . sans du tout le remettre en question.F. 211.Les Méditations cartésiennes de Martin Heidegger 111 sent aucune identification . L’inquiétante étrangeté est la véritable menace sous laquelle se tient le Dasein.11/11/2012 14h30. 17. »4 Document téléchargé depuis www.cairn. mieux : il est comme « avoir à être » (zu sein)..104 .90. © P. le sens de cet être : quaestio mihi factus sum. » 2. p.. et ainsi de ne me point méprendre dans cette connaissance. GA. L’inquiétante étrangeté est la menace qui. rien d’autre que : ce devant quoi le Dasein prend la fuite selon la manière propre au souci de la certitude (Sorge der Gewißheit). dans la mesure où l’être familier dans le monde est ce vers quoi s’élance la fuite. von Herrmann. 83. qui jam necessario sum) : de sorte que désormais il faut que je prenne soigneusement garde de ne prendre pas imprudemment quelque autre chose pour moi. mais qu’il demeure foncièrement unheimlich.. c’est aussi parce qu’elle entend radicaliser. des trois premières d’entre elles – est hypercritique. § 43. AT. c’est l’Unheimlichkeit – l’inquiétante étrangeté. À vrai dire. Cf. est à même luimême (im Dasein an ihm selbst ist).bin (ich).-W. ni identique à soi. Der Begriff der Zeit. d’y être à la maison sur le mode d’un être-là assuré.104 . éd. la question heideggérienne – et la différence n’est pas ici de seule ou simple accentuation – est bien plutôt : « suis-je ? » (bin ich ?). s’il devait être : Das Dasein ist. du cours de 1923-1924 (GA. l’énoncé assertif « ich bin.. par exemple sous la forme de ce « questionner authentique » (echtes Fragen) : « Bin ich die Zeit ? » – « Suis-je le temps ? »2 Si donc la question cartésienne peut se formuler : que suis-je.53.. Francfort. 2004. 4. 2.11/11/2012 14h30. encore faudrait-il la soumettre à une nouvelle confirmation (Bewährung) ontologique-phénoménale. » devrait toujours laisser la place à un « bin ich.53. p. « moi qui suis un sujet. il faudrait. le point de départ cartésien. moi qui suis certain que je suis (quisnam sim ego ille. 108). Mais cela ne signifie. » : « Mais je ne connais pas encore assez clairement ce que je suis. comme l’indiquait l’apostille que nous venons de citer (n. les derniers mots. 64.90. L’hypothèse qu’évoque le § 43 de Sein und Zeit est rien moins que fictive : « Si le cogito sum devait servir de point de départ à l’analytique existentiale du Dasein. étrangement-inquiétant et jamais en repos en une quelconque Selbst-ständigkeit 1. voire qui suis-je ?.U. ou. Si donc la lecture heideggérienne des Méditations métaphysiques – ou. alors il n’y aurait pas seulement besoin d’en inverser la teneur (Umkehrung).U. que je soutiens être plus certaine et plus évidente que toutes celles que j’ai eues auparavant »3.info . 19-20. ils sont bien plutôt destinés à manifester que le Dasein n’est ni présent. dans le Dasein. Le premier énoncé.196. “je suis” dans la possibilité ontologique de diverses attitudes (cogitationes) qui sont autant de manières d’être auprès de l’étant intramondain.. p. Klosterman.cairn. ou mieux encore : Das Dasein existiert. où l’accent porte sur l’être. ? ». plus exactement. Étant ainsi. reformuler ce Dasein en « je Ich » – à chaque fois « Je » : (ego) sum .. p.F. SuZ. Document téléchargé depuis www. © P. et cela au sens de “jesuis-dans-un-monde”. ou quasiment. IX. 1.196. ni présent à soi-même.. 3.info . 289-290) : « Pour le connaître il s’agit d’être chez soi au sein de l’étant (im Seienden heimisch zu werden).

11/11/2012 14h30.. Dès le cours de 1923-1924. 45-46 : « Il est possible. à qui l’on attribue la découverte du cogito sum comme point de départ du questionnement philosophique moderne. la reconstruction drastique que propose Heidegger du mouvement du début de la Meditatio III : « C’est ainsi que Descartes parvient finalement. il notait (GA. les deux « commencements » s’enchevêtrent inextricablement. C’est cette cogitatio qui. p. unerschütterlichen Grund der Wahrheit.196. Descartes ne prend pas le cogitare au sens d’une chose (Sache). comme fundamentum veritatis.90. En revanche. ne l’intéresse que secondairement » (ibid.. sur le chemin de son examen dubitatif. mais « me dubitare est me esse ». « l’être de la res cogitans doit. wodurch das Zeitalter zu einem neuen und die Folgezeit zur Neuzeit wird. 48. c’est la manière cartésienne d’accéder à l’ego sum – à savoir.info . l’autre vers le fundamentum absolutum veritatis.112 Jean-François Courtine C’est là. Ce qu’il y a de décisif dans la considération fondamentale de Descartes <Fundamentalbetrachtung – la formule peut s’entendre en référence muette à Husserl. 181 : « Die Frage : Was ist das Seiende ? wandelt sich zu der Frage nach dem fundamentum absolutum veritatis. » – Heidegger notait déjà dans le traité de 1924. Descartes (on retrouve ici la Verfehlung) n’aura pas su.U. eu égard à l’être spécifique de la res cogitans. pour ainsi dire. aussi ibid. En réalité. nach dem unbedingten. 27. Manebo obstinate defixus. la question est posée ? Non ! La question de l’être fait ici défaut. Il importe donc de distinguer soigneusement deux « tournants ». » Heidegger insiste sur cette transposition/dénaturation du cogito. le me dubitare est aliquid : res cogitans est : sum. mais ce qui lui importe. dans l’analyse cartésienne. à cette situation ultime dans laquelle il ne lui reste rien que ce qui satisfait à la règle <la regula generalis>. Cf.53. 8). c’est donc toujours de lutte contre la Vorhandenheit qu’il faudrait parler2. d’élucider ainsi la visée de l’analytique existentiale : Descartes.info .90. § 10. 17. 250) . plutôt que de « critique » heideggérienne du sujet. qui en fera un de ses thèmes centraux –. p. © P.11/11/2012 14h30.Université de Lyon 3 . en termes d’ontologie formelle : « Le sens du sum est ainsi évidé (entleert) pour devenir le sens ontologico-formel du simple être-quelque chose (Etwassein). élucider le mode d’être du sum.. ego existo.. en général. c’est le renversement (Umschlag) de l’ens verum en ens certum. l’ego sum. dans le souci de la « connaissance connue » et en vue d’un certum. Un certum aura été ainsi trouvé. Mais dans le dubitare se trouve impliqué un me dubitare . SuZ. Ideen I.196. D’où il appert : dubitare est. GA. » « Par là même – poursuit-il – Descartes déclare lui-même qu’il ne peut ni ne veut rien dire du “Je” et du “suis”.. VII. il laisse le sum totalement inélucidé. porté ses recherches – dans certaines limites – sur le cogitare de l’ego. Document téléchargé depuis www. a. 252). en fait.cairn.U. p..53.Université de Lyon 3 . bien que le sum ait pour lui une position de départ tout aussi originelle que le cogito. – Descartes persiste dans la tendance en quête d’un certum prédéterminé. deuxième section>. » Ce qui est donc résolument critiqué – et il en sera de même dans l’Hauptwerk de 27. © P. 64. 1.cairn. l’un vers le « sujet » au sens de l’ego sum. GA. 2. eine Satzgültigkeit – une validité propositionnelle. en s’orientant historiquement. l’interroger dans sa « richesse phénoménale »1.104 ..104 . Document téléchargé depuis www. dès le début des Meditationes. comme Heidegger le souligne dès 1923-1924. encore la question du Nietzsche. » Certes – et c’est ici que la double lecture s’impose – chez Descartes. 98. p. p. » Heidegger n’aura pas attendu l’extraordinaire analyse de Die Frage nach dem Ding pour appréhender en termes de « position » et de « proposition » l’énoncé cartésien paradigmatique : cogito. sum.F. Et pour quelle raison ? Parce qu’une telle question ne peut pas être posée au sein du mode d’accès (Zugangsart) qui est celui de Descartes. et pas davantage le me esse. Dieser Wandel ist der Beginn eines neuen Denkens. Ce n’est pas le dubitare qui est le certum. nonobstant le légitime point de départ ( « mon ich bin » ). 248) : « . c’est d’avoir trouvé une proposition logico-formelle. Cf. qu’intervient le « ratage » fatal (Verfehlung) : « Descartes dit en revanche : des cogitationes sont là-devant (vorhanden). . Quel est le sens de “être” dans l’énoncé sum ? Est-ce que. 97 : « On aurait pu croire tout d’abord que précisément dans la proposition fondamentale cogito sum l’être de l’ego devait nécessairement venir à explicitation (Auslegung). tenir en retrait et laisser de côté son être spécifique. et il s’ensuit qu’un ego est lui aussi là-devant (mit vorhanden) comme res cogitans dépourvue de monde » – cogitatio est (AT.F. lequel aura ainsi d’emblée reçu la frappe du subjectum – ¤pokeBmenon. parce que la question de l’être. sum. Le certum est une propositio. requiert un « porteur ».. précisément pour devenir formel et accéder à la proposition à titre de pur et simple quelque chose (bloßes Etwas) » (p.

mais encore et 1. p. c’est moins de revenir sur ce « renversement » complet. mais cette critique du subjectum se déploie aussi au nom d’une radicalisation du retour au sujet2. plus précisément le sens d’être (Seinssinn) du “sum”. 24. l’étant qui. contre Husserl. 155. à propos de la « radicalité » prétendue du commencement cartésien. franç.U. Toute idée de “sujet” – tant qu’elle n’a pas été préalablement tirée au clair grâce à une détermination ontologique fondamentale – participe encore ontologiquement de la mise en jeu initiale du subjectum (¤pokeBmenon) si vivement qu’on puisse d’ailleurs combattre ontiquement la “substantialisation de l’âme” ou la “réduction de la conscience à une chose”..Université de Lyon 3 .11/11/2012 14h30. que de l’accomplir jusqu’au bout et de manière consciente4 .F. © P. du sujet.U. § 10. Si le concept de « sujet » se trouve ainsi radicalement récusé. que Heidegger lui-même ne manque pas de rappeler. p.F. cela ne signifie pas seulement. elle est partie de l’ego. serve de critère selon son mode d’être spécifique. interroger et problématiser le sens d’être du sum.Les Méditations cartésiennes de Martin Heidegger 113 Si pertinente soit cette orientation historique sur le point de départ cartésien. celle-ci risque toujours d’égarer tant que n’aura pas été radicalisée la question du sens d’être du sum et corrélativement de l’ « identité » de cette instance ek-statique de l’ego : « Sans doute ce recours à une exemplification historique peut-il en même temps égarer sur l’intention de l’analytique. 75-79. Document téléchargé depuis www. Ce qu’il laisse cependant indéterminé dans ce commencement “radical”.. renouvelé de fond en comble et radicalisé le cartésianisme : accomplir le renversement – et nous nous bornerons ici à quelques indications simplement destinées à rappeler des analyses bien connues –.. qui souligne à juste titre que Heidegger. p. après Sein und Zeit. GA. On s’attendrait à ce que dorénavant l’ontologie prenne pour étant exemplaire le sujet et qu’elle interprète le concept d’être eu égard au mode d’être qui appartient au sujet : on s’attendrait à ce que désormais le mode d’être du sujet devienne un problème ontologique. 174 . aussi. p. – Cf. en 1927. .. 2004. Les problèmes fondamentaux de la phénoménologie : Document téléchargé depuis www. 154. trad.. L’une de ses premières tâches sera de démontrer que la fixation au point de départ d’un je et d’un sujet immédiatement donné fait passer totalement à côté du Dasein en sa richesse phénoménale (von Grund aus verfehlt). va jusqu’à « définir le projet même de Sein und Zeit comme une appropriation ontologique du moment cartésien ». c’est ainsi qu’on aura.Université de Lyon 3 . 3. ibid. Heidegger et la question du sujet.info . »3 Ce qui importe alors.104 . à présent.cairn. se tient au centre. trad. 46. 24 : « Avec le cogito sum. c’est pour autant que ce sujet signifie « l’étant là-devant qui se tient à chaque fois dans une région donnée ».53.196. p.cairn. dans le dernier cours qu’il prononce à Marbourg.104 .90. On s’attendrait à ce que. © P.90. Paris. p.11/11/2012 14h30. 24. À chaque fois mien. SuZ. 172 . p. Ce que Heidegger rappellera encore. franç. »1 « La philosophie moderne a opéré un renversement complet du questionnement philosophique. Galilée. conformément à ce renversement principiel du questionner en direction de l’ego. c’est le mode d’être (Seinsart) de la res cogitans.53.196. 4. comme nous l’avons longuement souligné. Descartes prétend procurer à la philosophie un sol nouveau et assuré. GA. Comme l’a fort bien montré François Raffoul.info . » 2.

Ce qui vient alors en question.U. ne signifierait pas seulement un étant dépourvu d’égoïté. était la raison même pour laquelle de prime abord et le plus souvent le Dasein n’est pas soi-même ? » En l’absence de toute « donnée indubitable » du « je ». c’est le projet même d’une égologie qui se trouve menacé – ou. est donné en premier lieu. 322). p. certes fondée dans l’être du Dasein lui-même ? »1 Document téléchargé depuis www.53. 2.104 .11/11/2012 14h30.53. parlant du Dasein.cairn. p.info .11/11/2012 14h30. « Est-il évident a priori que l’accès au Dasein doive prendre la forme de cette réflexion purement accueillante qui réfléchit les actes du Moi ? Et si au contraire ce mode d’ “autodonation” représentait pour l’analytique existentiale une séduction (Verführung).196. d’un énoncé de la forme « je le suis » . et finalement ne le dit-il jamais si vigoureusement que lorsqu’il n’est “pas” cet étant. en l’absence de détermination. selon laquelle il est à chaque fois mien. est expressément consacré à la mise en question de ce préjugé quant à l’être-donné du « je suis ». Ce n’est pas seulement la distribution postkantienne ou fichtéenne du « Moi » et du « Non-Moi » qui se trouve ainsi ébranlée.F. se dit-il toujours : c’est moi <je le suis – ich bin es>. est vide (unbestimmt-leere) » ) (SuZ.F. © P.Université de Lyon 3 . Et si la constitution du Dasein. par exemple »2. p. . plutôt. Tout le § 25 de Sein und Zeit. au titre de ce que nous sommes nous-mêmes. © P.info . immédiatement accessible et plus certain que tous les objets. la réponse tombe sous forme d’une question en retour et d’un soupçon décisif adressé cette fois à Husserl : Document téléchargé depuis www. c’est rien de moins que la légitimité.. 115. supra.U.Université de Lyon 3 . Ibid. dans ce cas. À l’objection que se formule à lui-même Heidegger : « N’est-il pas contraire à toutes les règles d’une saine méthode de refuser de donner pour point de départ à une problématique les données évidentes de son domaine thématique ? Et que peut-il y avoir de plus indubitable que la donation du Moi ? ». Dans le « dire-je » ne s’atteste pas d’emblée ni nécessairement le « je » de la question directrice (cf. dans son interpellation première de lui-même. qui prend son point de départ dans l’analyse critique de la question « Qui ? ».cairn. rien de moins que la possibilité d’entendre le « Moi » autrement qu’au titre d’une simple indication formelle qui vise un « quelque chose » susceptible de se dévoiler comme son « contraire ».. « Sans doute le Dasein.104 . l’égologie se réduit alors à une « ontologie formelle » ( « le soi-même apparaît comme quelque chose de simple qui reste constamment le même mais qui. mais un mode déterminé de l’être du “Moi” lui-même – la perte du soi. puisque aussi bien « le “Non-Moi”. SuZ.90.114 Jean-François Courtine préalablement se défaire de l’illusion selon laquelle ce sujet. 105) bin ich ? qu’il faudrait sans doute gloser en perdant la pointe du questionnement : « Est-ce bien moi ? » Or « il 1.90.196.

© P. de prime abord et le plus souvent. SuZ. Celui qui dit « Je ».196.Université de Lyon 3 . je ne suis pas proprement.196.F. « Moi. je ».info .90. le « Man selbst ».. § 64. 321. « Dans le Je s’exprime le soi-même que. Université de Paris-Sorbonne.cairn.90.Université de Lyon 3 .info .53.11/11/2012 14h30. – De la subjectivité à l’ipséité : petit « Cahier pour une morale ». Si le « Je » est tout sauf donné.Les Méditations cartésiennes de Martin Heidegger 115 se pourrait bien que je ne sois justement pas chaque fois moi-même le qui du Dasein quotidien » (ibid. © P. si à l’opposition du Moi et du Non-Moi se substitue. comme l’est également la problématique qui vient au premier plan dans Être et temps.. pour faire vite. ce sujet ex-centré ou excentrique qui aurait à répondre à l’injonction minimaliste : Sois ! ou. c’est alors toute la question du « Je » au sens du « dire-Je » qui se trouve relancée1 .). 1. c’est le « On ». sois-le-là. p.U. en un mot celle de l’ipséité ou – pourquoi pas ? – du « sujet éthique ».104 . la dissociation du propre et du non-propre (de l’authentique et de l’inauthentique).F. Document téléchargé depuis www.53. Archives Husserl de Paris.U. 323. celle de l’être-soi-même du Je en tant que soi-même. Document téléchargé depuis www.104 . » .11/11/2012 14h30.cairn. si l’on osait : Sois là. Jean-François COURTINE.