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«En Centrafrique, nous sommes dans une crise humanitaire au sens large» - Libération

20/12/13 08:56

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«En Centrafrique, nous sommes dans une crise humanitaire au sens large»
MATHILDE SAGAIRE 20 DÉCEMBRE 2013 À 12:04

Des déplacés dans le camp de réfugiés de Mpoko, en lisière de l'aéroport de Bangui, le 15 décembre. (Photo Hervé Serefio. REUTERS)

INTERVIEW

Selon Thomas Curbillon, chef de mission pour
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«En Centrafrique, nous sommes dans une crise humanitaire au sens large» - Libération

20/12/13 08:56

Médecins sans frontières à Bangui, la menace d'épidémies est bien réelle, et la situation sanitaire du pays risque d'empirer en 2014.
Depuis l’offensive des milices chrétiennes «anti-balaka» contre des musulmans le 5 décembre à Bangui , la Centrafrique est en proie à une flambée de violences interreligieuses, notamment des actions de représailles contre l’ex-rébellion Séléka (au pouvoir). Quinze jours après ces événements qui ont précipité l’intervention militaire française dans le pays, Thomas Curbillon, chef de mission pour Médecins sans frontières à Bangui, dresse un constat inquiétant la situation humanitaire.

Comment MSF agit-elle en Centrafrique depuis la flambée des violences ?
Médecins sans frontières est présent en République centrafricaine depuis 1997 et, suite à l’attaque du 5 décembre, nous avons monté plusieurs projets d’urgence. Par exemple à Bangui, l’hôpital communautaire permet de prendre en charge les blessés de guerre, les opérer si besoin et les hospitaliser. En quinze jours, nous avons pris en charge plus de 400 blessés. Plus de la moitié d’entre eux a été admise aux urgences dans les premiers jours suivant l’attaque, mais depuis le flux de blessés diminue de façon progressive. Cependant, parallèlement à la diminution des admissions, nous constatons une augmentation des blessures par arme blanche (couteaux et machettes), contrairement au début où les blessures par armes à feu étaient importantes. Ce type de blessure laisse des séquelles importantes. En ce qui concerne les pathologies, celles que nous rencontrons sont pour ainsi dire «basiques» en Centrafrique, c’est-à-dire le paludisme, les maladies respiratoires (bronchites, pneumonies) et diarrhéiques. Elles sont dues aux mauvaises conditions sanitaires que subissent les personnes lors de leurs déplacements, c’est-à-dire de l’eau impropre à la consommation, l’absence de douches, de savon, de sanitaires.

Comment gérez-vous le problème des déplacés ?
Il faut savoir qu’on recense aujourd’hui 500 000 personnes déplacées sur l’ensemble du territoire. Depuis septembre, une partie de la population s’est réfugiée dans la brousse, où nous ne sommes pas forcément présents, et ces personnes ont beaucoup de difficultés pour accéder à l’aide humanitaire. Pour atteindre les déplacés dans les régions du nord et du nord-ouest, deux véhicules de MSF, avec chacun une équipe médicale et des médicaments, se rendent en brousse pour faire des consultations médicales. A Bangui, nous recensons une quarantaine de sites de déplacés, soit environ 189 000 personnes. Ce sont en grande partie des sites clos, des monastères ou des édifices religieux qui sont couverts par l’ONU et les ONG et où la distribution de nourriture et de kits sanitaires est plus aisée. Mais des camps se sont également créés, par exemple le camp Mpoko près de l’aéroport. Nous y avons monté un dispensaire, qui dispense près de 400 consultations par jour. Mais ce qui était à l’origine un site spontané, qui ne devait pas être occupé, s’est transformé en un camp semi-permanent et anarchique d’environ 50 000 personnes.

Quelle est la situation actuelle dans le camp Mpoko ?
En quinze jours il n’y a eu que deux distributions alimentaires pour tous les déplacés du camp Mpoko, toutes deux écourtées en raison des violences et des pillages. Il n’y pas non plus de couvertures, des kits de cuisine, ni d’abris. C’est-à-dire que s’il pleut, c’est la catastrophe. Nous avons même reçu des mères qui ont accouché sous la pluie sur le site de l’aéroport. Les points d’eaux sont insuffisants, le seuil d’urgence vitale de 5 litres par jour n’est pas respecté, bien que des ONG mettent à disposition des systèmes de potabilisation et qu’existent des systèmes de réservoirs. Le même problème se pose aussi pour les installations sanitaires. Théoriquement il faudrait une latrine pour 20 personnes, aujourd’hui cela doit être de l’ordre d’une pour 200 ou 300. Dans cette situation, les pathologies augmentent énormément, en particulier les maladies diarrhéiques, mais à l’heure actuelle il n’y a pas d’épidémie. Aujourd’hui, il y a un vrai risque, c’est notre préoccupation quotidienne. Si une seule personne contracte le choléra, la propagation sera fulgurante.

Comment anticipez-vous l’évolution de la situation humanitaire ?
Il est extrêmement difficile de faire des prévisions à l’heure actuelle, il y a tellement de priorités. D’un côté, l’insécurité diminue en ville, les ONG le ressentent. Mais, d’un autre côté, les populations déplacées augmentent régulièrement. Aussi, les grands axes sont sécurisés mais, dans les quartiers en périphérie ou difficiles d’accès, l’insécurité est omniprésente, notamment la nuit. Il faut déjà savoir que la Centrafrique est dans l’urgence humanitaire depuis plusieurs années. Malheureusement, avec les problèmes d’instabilité et d’insécurité de 2013, la situation a empiré, et nous sommes dans une crise humanitaire au sens large. Sur une population totale de 4,6 millions de personnes, 3,5 millions n’ont pas accès à des soins de santé primaires et secondaires. Aujourd’hui, ce sont les pathologies les plus simples, c’est-à-dire le paludisme et les maladies respiratoires, qui tuent le plus. On peut intervenir très facilement, mais les infrastructures dans leur ensemble ne fonctionnent plus. Actuellement, sur les sites de consultations médicales, dès le matin à l’ouverture on trouve 200 à 300 personnes qui attendent déjà. Le système de santé n’est quasiment plus présent, et il faut que l’aide humanitaire s’organise sur l’ensemble du pays
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pour que la population accède aux soins. A Bangui et dans la brousse, les conditions dans lesquelles vivent les déplacés sont déplorables. En 2014, nous nous attendons à devoir gérer une crise humanitaire qui sera la conséquence des problèmes d’alimentation et de malnutrition des personnes déplacées. Nous sommes déjà en train d’augmenter nos effectifs. Personnellement, au niveau d’un pays, je n’ai jamais vu un tel niveau de crise. Tout sera à refaire. Cela prendra plusieurs années, et il faudra tout le soutien de la communauté internationale. Mathilde SAGAIRE

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STERNE

20 DÉCEMBRE 2013 À 8:33

Oui effectivement crise humanitaire au sens large du mot ...et piège, bourbier pour les soldats français qui se retrouvent faire la police entre chrétiens et musulmans..sans aucune aide militaire européenne....Hollande est allé mendier auprès des européens un peu d'argent...subodore que peut être quelques soldats polonais viendront, mais pas pour combattre, seulement en aide logistique au niveau de l'aéroport ! Si la situation au Mali est à peu près stabilisée, tout juste, les islamistes sont toujours là, celle en Centrafrique est dangereuse !!!

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STALINGRAD2012 8:22

20 DÉCEMBRE 2013 À

on en vient à se demander si les massacres n'ont pas commencé A PARTIR de l'intervention armée "française"... capitalisme, impérialisme... guerres et massacres au quotidien.

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SIDONIA

20 DÉCEMBRE 2013 À 8:10

Aide HUMANITAIRE seulement (médicaments, nourriture) Mais fin de l'ingérence française dans un pays étranger et indépendant!

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