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INSTRUMENTS DE MESURE

1. Objectifs du technicien
• un capteur génère une information brute, et le régleur doit être capable de concevoir un ensemble
de dispositifs traitant ce signal à destination d'un récepteur chargé d'afficher clairement un
résultat interprété. § 3, 4, 5, 6
• le second point est qu'un capteur n'est jamais parfait et qu'il convient de connaître avec la plus
grande précision possible son état d'imperfection si l'on veut pouvoir en tenir compte dans une
interprétation raisonnable et raisonnée du résultat interprété. § 7, 8
• le troisième élément est qu'il existe souvent plusieurs procédés de captage possible a priori et que
pour effectuer le meilleur choix il convient d'avoir une idée très précise du contexte de la mesure,
mais aussi des caractéristiques des différents capteurs. Cours « mesures »

En conséquence le concepteur d'une chaîne instrumentale doit orienter ses choix en vue du meilleur
compromis possible entre les exigences métrologiques, technologiques, économiques, de sécurité,
de fiabilité... qui sont malheureusement le plus souvent contradictoires.

2. Fonction d'une chaîne de mesure


Mesurande C’est la grandeur que l'on souhaite mesurer.

La chaîne de mesure produit un signal « image » du mesurande, de façon à connaître la valeur de


ce mesurande.

Mesurage : Il s’agit de l’ensemble des opérations ayant pour but de déterminer la valeur d’une
grandeur.

3. Constitution de la chaîne de mesure


Transducteur : dispositif qui transforme une grandeur physique en une autre grandeur physique
fonction de la précédente.

La chaîne de mesure est généralement constituée d'au minimum deux transducteurs : le capteur et le
transmetteur.

Information
mesurande (signal électrique, Signal
TRANSFORMER pneumatique, CODER de sortie
mécanique, ...)
Capteur Transmetteur

Le capteur peut lui-même être formé de plusieurs transducteurs notamment le corps d'épreuve
auquel est directement appliquée le mesurande. Il ne fournie pas un signal directement utilisable
comme signal d'entrée dans une boucle de mesure ou de régulation (comme par exemple un
thermocouple délivrant une f.e.m. de quelques mV).
Ce peut être un capteur actif donnant une grandeur électrique (tension, courant, charge),
thermocouple par exemple. Ou un capteur passif donnant une image du mesurande par une autre
caractéristique (impédance, déplacement, force, pression, ...).

Le transmetteur met en forme l'information du capteur pour être comprise par les appareils
récepteurs type régulateur, enregistreur, indicateur : il standardise le signal de sortie.
Le signal de sortie peut avoir des formes différentes, entre autres :
• une pression d'air modulée
Mesure 0% 50 % 100 %

Signal 200 mbar 600 mbar 1000 mbar


• un courant électrique
Mesure 0% 50 % 100 %

Signal 4 mA 12 mA 20 mA

• des signaux en tension utilisés avec des indicateurs numériques (par exemple 0 à 2 V pour 2000
points)
• des signaux numériques induit par le fort développement informatique (transmission série type RS
232 ou plus récemment lignes USB, par fibre optique, par ondes radio technologie bluetooth)

La chaîne de mesure peut aussi avoir la fonction d'un :


• Indicateur : il indique le niveau du mesurande par rapport à une référence,
• Enregistreur : il enregistre au cours du temps le mesurande et permet donc de connaître
l'évolution du mesurande en fonction du temps,
• Compteur : il enregistre indépendamment du temps le nombre d'unité du mesurande,
• Signalisateur : il signale une valeur limite du mesurande qui peut mettre en danger le
système.

4. Caractéristiques d'un instrument


Elle sont normalement fournies dans la notice de l'instrument.
4.1. Étendue de mesure spécifiée
Ensemble des valeurs du mesurande comprise entre un minimum et un maximum pour lesquelles
l'instrument est supposé fournir une mesure correcte. C'est l'élément principal du cahier des charges.

4.2. courbe d'étalonnage


C'est une courbe qui exprime la relation d’évolution de la grandeur de sortie (signal) en fonction de
la grandeur d’entrée (mesurande).
4.3. Sensibilité  signal   Xm
sensibilité= =
 mesurande  X 
4.4. Classe de précision
Rapport entre l'erreur commise à l'étalonnage et l'étendue de mesure.
Un appareil a un indice de classe n si l'erreur d'étalonnage est ±n% de l'étendue de mesure.
Classe = 100 × erreur max / étendue mesure

n vaut de 0,5 à 2 dans l'industrie.


Cette classe de précision dépend des qualités définie dans les chapitres suivants.

5. Erreurs de mesure – Origines et corrections


Toute mesure est malheureusement entachée d'erreurs. Elles peuvent être classées en trois grandes
catégories :
• erreurs systématiques : elles entachent chaque mesure, mais peuvent être corrigées par
étalonnage (erreur de justesse), par une vigilance accrue ;
• erreurs aléatoires : non maîtrisables, il est possible de les appréhender en
multipliant les mesures, traitées ensuite statistiquement ;
• erreurs accidentelles : elles résultent d’une fausse manoeuvre, d’un mauvais emploi
ou de dysfonctionnement de l’appareil. Elles ne sont
généralement pas prises en compte dans la détermination de la
mesure.
Il est possible d'évaluer les différentes sources d'erreur d'un mesurage en utilisant la méthode des
5M :

Cause d'erreur exemple correction


• Moyen (instrument de mesure)
exactitude Étalonnage, classe de précision
erreur de fidélité étalonnage
justesse étalonnage
mobilité étalonnage
résolution 1 digit sur appareil numérique
zéro, échelle, linéarité Dérive réglage (ou ajustage si nécessaire)
temps de réponse réponse lente attente d'un signal stable
hystérésis jeux mécaniques maintenance
finesse (influence de l'instrument sur le chaleur dégagée par une sonde mesure sans contact si possible
mesurande)
• Matière (article mesuré)
grandeur fluctuante
grandeur mal définie Superficie d'une image floue
échantillon non représentatif pollution de l'air

• Main d'oeuvre (opérateur)


sens, réflexes Fatigue Attention
mauvaise utilisation d'instrument formation
manipulation erreur de lecture
• Milieu (facteurs d'influence)
grandeurs d'influence (température, Volume modifié par une élévation Isoler le mesurande, compenser
humidité, pression atmosphérique, de température, champ magnétique l'instrument
rayonnement, ...) autour d'un conducteur étalonnage

• Méthode
procédure inadaptée Erreur de modélisation
choix de l'instrument, du calibre calibrage
utilisation optimale de l'instrument
nombre de mesure plusieurs mesures si résultats
aléatoires
6. Réglages d'un instrument
6.1. Linéarité
Le domaine de linéarité est le domaine pour lequel la caractéristique (courbe d'étalonnage) est une
portion de droite. Dans ce domaine, la variation de la grandeur de sortie est proportionnelle à la
variation du mesurande. Si le capteur est parfaitement linéaire, la caractéristique est une droite.
Il est préférable d'utiliser les capteurs dans ce domaine pour des questions pratiques.
Dans la réalité, un capteur décrit comme linéaire présente toujours un écart par rapport à la linéarité.
Il s'agit de régler la réponse linéaire de l'instrument au plus proche de la courbe d'étalonnage
(meilleure droite obtenue par la méthode statistique des moindres carrés).
6.2. Échelle
Il s'agit d'adapter l'étendue de mesure souhaitée en entrée à
l'étendue du signal de sortie.
6.3. Zéro
Il s'agit d'adapter le zéro (valeur la plus faible) de l'entrée
au zéro du signal (signal le plus faible).

Rq : Ce réglage se fait en même temps que le réglage de


l'échelle. Sur des systèmes mécaniques, ils ne sont
généralement pas indépendants, il faudra donc procéder
par touches successives.

7. Qualités métrologiques d'un instrument


Fidélité Résultats proches entre-eux
pour un même mesurande.
justesse Résultats voisins de la valeur
vrai du mesurande.
Exactitude Combinaison de justesse et
fidélité.

Mobilité
Aptitude a réagir aux petites variations du mesurande.

Résolution = erreur de mobilité = variation maximale du


mesurande ne provoquant pas de variation décelable du signal
fourni par l'instrument.
8. Incertitudes de mesure
Le résultat d'un mesurage ne peut donc être donné qu'avec un encadrement tenant compte des
erreurs de mesure systématiques et aléatoires définies précédemment.
Soit un mesurande X, Xv étant sa valeur vraie, Xm le résultat du mesurage corrigé des erreurs
systématiques :

On appelle incertitude
absolue ΔX la limite
supérieure raisonnable de
l'erreur telle que :

Xm - ΔX < Xv < Xm + ΔX

ΔX
On appelle incertitude relative la valeur grandeur sans dimension souvent exprimée en %.
Xm

Si ΔX/Xm = 0,01 on dira que la précision est de 1 %.


8.1. Calcul d'incertitudes sur une mesure directe
mesure directe : une seule grandeur est mesurée
ΔX est estimée à partir de :
– erreur de lecture (moitié de la plus petite division de l'échelle en analogique, digit en numérique)
– spécifications du matériel donnée par le constructeur (classe de précision, précision, résolution...)
– certificats d'étalonnage
– expérience, résultats antérieurs
– valeurs de référence tirées de manuels
– ...

Si on ne peut estimer l'incertitude, il faut la calculer à partir de considérations statistiques.


Cependant ce parcours est souvent long et coûteux.
8.2. Calcul d'incertitudes sur plusieurs mesures
traitement statistique
• Soit un grand nombre n de mesures effectuées sur
une grandeur donnée. Généralement la
distribution de ces mesures suit la loi de Laplace-
Gauss (courbe symétrique en forme de cloche).
• Erreur commise à chaque mesure x i− X

• Xm sera proche de la moyenne arithmétique :
 =∑ i
x
X
n
• L'étalement ou la dispersion de la courbe dépend

  2
de l'écart type : = ∑  x i− X 
n−1
Il caractérise la qualité de la mesure.
t⋅
• pour n < 30 (cas fréquent en mesure), on applique la méthode de Student où  X = dit
n
intervalle de confiance dans lequel la valeur réelle a la probabilité p% de se trouver.

Ce tableau donne le taux de confiance t en fonction de p% et de n.

8.3. Présentation des résultats


Le résultat d'une mesure s'écrit : X = Xm ± ΔX avec la même unité pour Xm et ΔX
• Chiffres significatifs sur ΔX
L'incertitude est donnée au maximum avec 2 chiffres significatifs. ± 1,4 ± 1 ± 1,0
• Chiffres significatifs sur Xm
Le dernier chiffre à retenir pour Xm est celui qui a la même position 101,2 ± 1,4
que le deuxième chiffre significatif dans l'expression de l'incertitude. 101,2 ± 1,0
101,19 ± 0,24
101 ± 11
• Arrondis sur Xm
Si le dernier chiffre est différent de 5, on arrondit au plus proche. 101,28 arrondi à 101,3
101,24 arrondi à 101,2
Si le dernier chiffre est égal à 5 et si l'avant-dernier chiffre est impair, 101,15 arrondi à 101,2
on arrondit l'avant-dernier chiffre au chiffre supérieur
Si le dernier chiffre est égal à 5 et si l'avant-dernier chiffre est pair,
l'avant-dernier chiffre est conservé 101,25 arrondi à 101,2

• Arrondis sur ΔX
Quel que soit le dernier chiffre, on arrondit toujours l'avant-dernier 1,02 arrondi à 1,1
chiffre au chiffre supérieur. 1,09 arrondi à 1,1

Remarque : en l'absence d'indication explicite, l'incertitude absolue d'un résultat est égale à une
demi-unité du dernier chiffre exprimé : 125 mm signifie 125 ± 0,5 mm
9. Propagation de l'incertitude - Calcul d'incertitudes sur une mesure indirecte
• mesure indirecte : plusieurs grandeurs Xi sont mesurées et Y = f(X1, X2, X3, ...)
• Quelle est la propagation des incertitudes de X1, X2, X3, ... sur Y ?
D'abord cas simple où Y = f(X1) et X1 a pour incertitude ΔX1, Quelle est l'incertitude ΔY sur Y ?
9.1. Méthode du maximum et du minimum
Cette méthode n'est valable que si f(X1) est uniforme sur l'intervalle [X1 - ΔX1 ; X1 + ΔX1].
Elle consiste à effectuer les calculs avec les extrêmes de l'intervalle d'erreur.
pour f(X1) croissante Y min= f  X 1− ΔX 1 et Y max= f  X 1ΔX 1
pour f(X1) décroissante Y min= f  X 1 ΔX 1 et Y max= f  X 1−ΔX 1
 Y =le plus grand entre Y max−Y  et Y −Y min 
Rq : valable même pour de très fortes erreurs
9.2. Estimation à partir de la dérivée
Si ΔX1 est petit et que f(X1) varie lentement, alors
dX1 = ΔX1 et f(X1) peut être remplacée au voisinage
de X1 par sa tangente dont la pente est la dérivée de
f(X1) par rapport à X1 :
∂f
ΔY ≈ dY = f'(X1) . dX1 ==> ΔY = ∣ ∣⋅ X1
∂ X1

Rq : n'est valable que pour des erreurs faibles.


9.3. Méthode de la différentielle totale -
généralisation
∂f ∂f ∂f
 Y =∣ ∣⋅ X1∣ ∣⋅ X2∣ ∣⋅ X3...
∂ X1 ∂ X2 ∂ X3
Cas particuliers :
si Y = X1 + X2 – X3 alors ΔY = ΔX1 + ΔX2 + ΔX3
Les incertitudes absolues s'ajoutent pour l'addition et la soustraction
ΔY ΔX1 ΔX2 ΔX3
si Y = (X1 . X2) / X3 alors =  
Y X1 X2 X3
Les incertitudes relatives s'ajoutent pour la multiplication et la division
9.4. Loi des moindres carrés
si les variables X1, X2, X3, ... sont indépendantes (cas fréquent), l’estimation précédente est
pessimiste et l’incertitude sera mieux estimée par :
∂f 2 ∂f 2 ∂f 2
 Y 2=∣ ∣ ⋅ X12∣ ∣ ⋅ X22∣ ∣ ⋅ X32...
∂ X1 ∂ X2 ∂ X3
Cas particuliers :
si Y = X1 + X2 – X3 alors ΔY² = ΔX1² + ΔX2² + ΔX3²
Les incertitudes absolues au carré s'ajoutent pour l'addition et la soustraction

si Y = (X1 . X2) / X3 alors ΔY 2 ΔX1 2 ΔX2 2 ΔX3 2


  =     
Y X1 X2 X3
Les incertitudes relatives au carré s'ajoutent pour la multiplication et la division
9.5. Nota Pour des recherches d'incertitudes très fiables, utiliser la méthode décrite dans la
norme NF ENV 13005 « Guide pour l'expression de l'incertitude de mesure » (GUM).
10. Traçabilité - Les étalons de mesure
En métrologie, un étalon est un dispositif auquel on doit pouvoir se
fier pour contrôler l’exactitude des résultats fournis par un appareil
de mesure. L’étalon est donc une matérialisation de l’unité. Dès
lors, on est conduit à définir une hiérarchie des étalons au sommet de
laquelle se trouvent évidemment les étalons des grandeurs des unités
de base du SI. Ils sont établis par le Bureau International des Poids
et Mesures, en collaboration avec les plus grands laboratoires
mondiaux. A partir de ces étalons de départ, est constituée, par des
mesures relatives, la chaîne des étalons de la hiérarchie.
Le rattachement correct des étalons des utilisateurs avec les étalons
de départ est la responsabilité des laboratoires nationaux. En France,
le Bureau National de Métrologie (BNM), créé en 1969, coordonne
l’activité de plusieurs laboratoires français compétents et a constitué,
pour chaque type de grandeur, une chaîne d’étalonnage à plusieurs
niveaux : on trouve successivement les laboratoires primaires (qui
détiennent les étalons de base), puis les centres d’étalonnages
agréés et enfin les services de métrologie habilités.
Une telle organisation permet aux industriels d’obtenir des garanties
officielles pour le rattachement de leurs propres étalons aux étalons
primaires du SI d’unités.
Traçabilité : le résultat d'un mesurage où un étalon doit pouvoir être relié aux étalons nationaux ou
internationaux, par une chaîne ininterrompue de comparaisons ayant toutes des incertitudes
déterminées.

11. Normes de qualité


Les entreprises cherchent à augmenter leur rendement au maximum, et à minimiser le plus possible
les pertes et les rebuts dans leur production. Il faut donc imposer « un contrat » entre le client
(l’entreprise qui achète un procédé – management ou autre) et le prestataire (le fournisseur du
procédé). Ce contrat est un contrat portant sur la qualité des mesures, c’est à dire que le procédé a
été réalisé avec l’assurance d'une qualité minimale (au moins la qualité stipulée par le cahier des
charges).
Ce contrat peut être rédigé à partir des « normes ISO 9000 » :
• ISO-9000 n'est pas une norme au sens strict du terme; elle définit, en fait, un cadre général et
donne les lignes directrices pour la sélection et l'utilisation des autres normes dont elle fournit
une brève description ;
• ISO-9001 présente un modèle d'assurance-qualité en conception, développement, production,
installation et prestations associées. Cette norme est la plus poussée des norme ISO-9000 et
fournit un modèle total ;
• ISO-9002 régit la production, l'installation et les prestations associées ; cette certification est
visée surtout par les entreprises qui ne développent pas de produits et de service à la clientèle ;
• ISO-9003 offre un modèle d'assurance-qualité en contrôle et essais finals ; cette certification
fournit la preuve officielle que le contrôle final et les essais finals ont été correctement effectués ;
• ISO-9004 fournit aux entreprises des directives pour mettre en place un système de gestion de la
qualité; cette norme correspond en fait à un manuel détaillé.

Précisons les choses par un exemple volontairement aberrant : Un fabriquant de chaussettes veut
fabriquer des chaussettes trouées. Rien n’empêche que son procédé soit certifié ISO 9000, cette
norme ne juge pas le produit, ni son intérêt, ni sa conformité, elle assure « seulement » que ce
procédé fabrique ses chaussettes trouées dans les meilleures conditions de rendement !