Vous êtes sur la page 1sur 2

Ma spiritualité

(par Grégory Kudish)

Je suis athée, mais pas agnostique. Un athée est une personne qui ne croit pas en
Dieu, nie l'existence de toute divinité.1 L'agnosticisme, s'il est pour beaucoup de gens
associé à l'athéisme, est en fait une notion qui ne se targue pas d'être synonyme d'athéisme.
Être agnostique, c'est supposer que tout ce qui se situe au-delà de l'expérience est
inconnaissable2 alors qu'être athée, c'est nier l'existence de Dieu.

Personnellement, je nie l'existence de Dieu pour plusieurs raisons. Premièrement, il me


semble irrationnel d'affirmer l'existence d'un être supérieur quand ses manifestations dans
notre monde sensible ne sont pas vérifiables. En effet, les progrès scientifiques ont
démontré que les phénomènes météorologiques, comme tout autre phénomène sur lequel
l'être humain n'a aucun contrôle(la mort, les séismes, les météorites...) sont en fait des
manifestations de la nature, et non pas des actions supraterrestres perpétrées par un certain
''Dieu'' détenant le gouvernail du monde. Au Moyen Âge, époque où Dieu occupait une
place prépondérante dans la vie de tous les jours, les gens étaient portés à croire que
certains fléaux, tels que la Peste, étaient l'image de la colère de Dieu qui s'abattait sur
l'Humanité. Quand je regarde le passé de l'humanité avec un peu plus de recul, je suis
souvent amené à interpréter l'intervention du divin dans le social comme une solution à
l'ignorance humaine. L'être humain, étant toujours à la recherche d'un équilibre intérieur, a
souvent tendance à attribuer des phénomènes qui échappent à son entendement à une
puissance supérieure, soit Dieu. Mais cet effet d'éviction, c'est-à-dire attribuer des choses
qui nous échappent à un être qui nous échappe également(Dieu), est un obstacle au progrès.
Se séparer de Dieu nous permet justement de rabattre notre ignorance des choses inconnues
sur nous-mêmes, - au lieu de les assigner à une responsabilité divine, pour tenter de les
résoudre dans un cadre de pensée humain.

La deuxième explication qui justifie ma non-croyance en Dieu a pour fondements des bases
sémantiques. Prenons un cas simple, celui d'une personne qui se dit ''Je sais que Dieu est.''.
La simple verbalisation de ces mots implique plusieurs conséquences. Si ''Dieu est'', alors
Dieu a une essence, c'est-à-dire qu'il est un être, qu'il a une nature permanente
indépendamment de ce qui lui arrive.3 Or, Dieu n'est pas tant un être, au sens pur du terme,
qu'un être a priori. En effet, parmi les 6000 religions sur la Terre, toutes présentent une
interprétation différente de Dieu. Dieu est donc selon moi une croyance métaphysique, et
non une certitude.

C'est la raison pour laquelle je me dis athée.


Il reste toutefois que je ne suis pas agnostique. Comme nous l'avons défini ci-haut, être

1 Le Petit Robert 2006


2 Ibid
3 CLÉMENT, Elisabeth. La philosophie de A à Z(1994), Hatier. p.147
agnostique c'est présumer que tout ce qui échappe à l'expérience est inconnaissable,
conception avec laquelle je suis en désaccord profond. Si l'Homme n'avait jamais songé
dans ses rêves à la possibilité de voler, les avions ne feraient pas partie de notre monde
aujourd'hui. Et pourtant, il y a un peu plus d' une centaine d'années, les avions n'existaient
pas; ils étaient inconnaissables physiquement. Les premières personnes qui avaient rêvé
l'existence d'avions pour la première fois ont sûrement du se faire passer pour des fous.
Comment pouvoir penser quelque chose qui n'est pas? Telle est la question centrale. Les
avions, à l'époque où ils n'étaient pas matériellement, étaient tout de même présents
spirituellement dans l'esprit de certains. Ainsi s'opère un rapport de réciprocité entre
l'Homme et la nature. La nature, qui est caractérisée par un cycle continu de l'ordre naturel
des choses(saisons, ères de glaciation et de réchauffement...), est en apparente contradiction
avec l'esprit humain, doté d'une capacité d'imagination sans fin. L'esprit humain serait-il
alors à lui seul Dieu? Pas du tout. De deux choses l'une. L'homme ne peut créer sans la
nature. Si l'Homme rêve, c'est que des éléments, des substances présentes dans la nature
transcendent dans son esprit des éléments de réflexion. D'autre part, si l'esprit humain était
divin, alors il serait éternel et rétif. Or, la pensée de l'Homme est facilement malléable en
fonction des choses de la nature qui se présentent à lui.

Ma spiritualité consiste donc à croire que le divin n'est pas une force supérieure et absolue
régissant le monde des mortels, mais qu'il est plutôt le résultat du rapport qui existe entre la
raison inhérente à l'Homme et l'ordre de la nature. C'est pourquoi le divin est, selon moi,
toujours en création. Ma spiritualité m'incite donc de toujours croire en un progrès, en un
avenir qui m'est inconnu dans le moment présent. Avec un peu de recul, on remarque que le
futur n'est en fait que le bout d'une suite de moments présents. Si l'on se fiait uniquement à
notre moment présent, notre futur ne différerait guère de notre présent. Pour progresser, il
faut regarder au-delà du moment présent, il faut imaginer, pour ensuite raisonner notre
imagination et l'appliquer à la nature. Ma spiritualité, c'est un flambeau d'espoir qui pousse
mon esprit à penser au-delà de l'évidence sensorielle, à l'aide de la raison, qui est présente
en tout un chacun.