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BANQUE AFRICAINE DE DEVELOPPEMENT FONDS AFRICAIN DE DEVELOPPEMENT

AFRICAINE DE DEVELOPPEMENT FONDS AFRICAIN DE DEVELOPPEMENT REPUBLIQUE DU SENEGAL DOCUMENT DE STRATEGIE PAR PAYS (AXE

REPUBLIQUE DU SENEGAL

DOCUMENT DE STRATEGIE PAR PAYS (AXE SUR LES RESULTATS)

2005-2009

Pour toute question concernant ce document, s’adresser à :

M.

A. ZEJLY

Directeur p.i.

OCCW

Poste 2127

M.

G. GALIBAKA

Economiste-pays

OCCW

Poste 2342

DEPARTEMENT DES OPERATIONS PAYS REGION OUEST

AVRIL 2005

SCCD: G. G.

TABLE DES MATIERES

 

Page

Résumé analytique

v-vii

I.

INTRODUCTION

1

II.

CONTEXTE DU PAYS

1

2.1

Contexte politique

1

2.2

Questions liées au contexte macroéconomique et structurel

2

2.3

Questions liées au contexte sectoriel

5

2.4

Questions transversales prioritaires

10

2.5

Questions de pauvreté et questions liées au contexte social

17

2.6

Perspectives économiques à moyen terme et environnement externe

19

2.7

Climat des affaires et questions affectant le secteur privé

21

III.

PROGRAMME DE REDUCTION DE LA PAUVRETE ET PERSPECTIVES A MOYEN TERME

22

3.1

Principaux éléments du programme gouvernemental

22

3.2

Evaluation des progrès accomplis dans la mise en œuvre du programme

25

3.1

Cadre de partenariat

26

3.4

Enjeux et risques

27

IV.

LA STRATEGIE D’ASSISTANCE DU GROUPE DE LA BANQUE

28

4.1

Contexte du pays et sélectivité stratégique

28

4.2

Gestion du portefeuille et leçons tirées du précédent DSP

29

4.3

Cadre de résultats du DSP

30

4.4

Piliers et priorités du DSP

34

4.5

Dimensions régionales de l’aide du Groupe

37

4.6

Aide du Groupe de la Banque : scénarios de prêts et autres que les prêts

38

4.7

Partenariat et harmonisation

40

V.

SUIVI ET EVALUATION AXES SUR LES RESULTATS

40

5.1

Suivi des résultats du DSP et de la performance du Groupe de la Banque

40

5.2

Gestion des risques

41

5.3

Questions relatives au dialogue

41

VI.

CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS

42

6.1

Conclusions

42

6.2

Recommandations

43

i

Quelques références sur Internet

Bibliographie choisie

Annexes

1. Carte administrative du Sénégal

2. Point sur la mise en œuvre des objectifs du millénaire

3. Opérations du Groupe de la Banque

4. Matrice du cadre stratégique du Groupe de la Banque

5. Indicateurs socio-économiques du pays

6. Principaux indicateurs économiques

7. Comptes nationaux (prix courants)

8. Comptes nationaux (prix constants)

9. Finances publiques

10. Situation monétaire

11. Balance des paiements

12. Balance des paiements : projections

13. Besoins et sources de financement extérieur

Encadrés

Encadré 1 :

Principales caractéristiques du pays

Encadré 2 :

Caractéristiques de la pauvreté

Encadré 3:

Récapitulatif des principaux éléments du programme du gouvernement et des résultats

Encadré 4 :

attendus Intervention des bailleurs de fonds par secteur

Encadré 5 :

Consultations sur la stratégie du Groupe de la Banque

Tableaux

Tableau1 :

Cadre du DSP basé sur les résultats

Tableau 2 :

Résumé des déclencheurs

Figures

Figures 1 :

Schéma de la chaîne de flux des résultats

Figure 2 :

Exemple de matrice de résultats thématiques

Appendices

01

Note technique sur les questions de réduction de la pauvreté dans les DSPAR

02

Questions clés relatives à la priorité accordée à la réduction de la pauvreté dans les DSPAR

ii

SIGLES ET ABREVIATIONS

ACS

:

Allied Continental Shipping

ADPME

:

Agence pour le Développement de la Petite et

AGOA

:

Moyenne Entreprise African Growth and Opportunity Act

APE

:

Accord de partenariat économique

APIX

:

Agence Nationale chargée de la Promotion des

APROSI

:

Investissements et des Grands Travaux Agence d’aménagement et de promotion des sites industriels

ASN

:

Agence Sénégalaise de Normalisation

AT/CPEC

:

Assistance Technique aux Caisses Populaires d’Epargne et Crédit

BAD

:

Banque africaine de développement

BCEAO

:

Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest

BM

:

Banque Mondiale

CENA

:

Commission électorale nationale autonome

CEREEQ

:

Centre expérimental de recherches et d’études pour l’équipement

CFCE

:

Contribution forfaitaire à la Charge de l’Employeur

CICES

:

Centre international du Commerce extérieur du Sénégal

CDMT

:

Cadre de Dépenses à Moyen Terme

CNIA

:

Comité National Interprofessionnel de l’Agriculture

CNCAS

:

Caisse Nationale de Crédit Agricole du Sénégal

CNP

:

Conseil National du Patronat

CRAES

:

Conseil de la République chargé des actions économiques et sociales

ESAM

:

Enquête sénégalaise auprès des Ménages

EPPS

:

Enquête Participative de Perception de la Pauvreté au Sénégal

FIAS

:

Foreign Investment Advisory Service

FMI

:

Fonds Monétaire International

FNR

:

Fonds national de Retraite

FPE

:

Fonds de Promotion Economique

HIMO

:

Haute intensité en main d’œuvre

IHPC

:

Indice harmonisé des prix à la consommation

LONASE

:

Loterie nationale sénégalaise

NEPAD

:

New Partnership for Africa Development

OIT

:

Organisation Internationale du travail

OMVG

:

Organisation de Mise en valeur du fleuve Gambie

OMVS

:

Organisation de Mise en Valeur du fleuve Sénégal

PAMU

:

Programme d’amélioration de la mobilité urbaine

PAOS

:

Plan d’Aménagement et d’Occupation des Sols

PAP

:

Programme d’actions prioritaires

PARMEC

:

Programme d’Appui à la Réglementation des Mutuelles et de Crédit

PDEF

:

Programme Décennal de l’Education et de la Formation

PET

:

Programme Education pour Tous

PDPI

:

Programme de Développement de la Petite Irrigation

PGIES

:

Programme de Gestion Intégré des Eaux et des Sols

PMIA

:

Programme de Modernisation et d’Intensification Agricole

iii

PESF

:

Programme d’évaluation du système financier

PNDS

:

Programme de Développement Sanitaire

PNIR

:

Programme National d’Infrastructures Rurales

PNUD

:

Programme des Nations Unies pour le Développement

PPEA

:

Programme de Promotion des Exportations Agricoles

PSAOP

:

Programme des Services Agricoles et des Opérations paysannes

PSO

:

Plan Stratégique Opérationnel

PSSA

:

Programme Spécial de Sécurité Alimentaire

QUID

:

Questionnaire Unifié des Indicateurs de développement

SAR

:

Société Africaine de Raffinage

SENELEC

:

Société Nationale d’Electricité

SEPH

:

Société d’Exploitation des Produits Halieutiques

SGBS

:

Société générale des banques du Sénégal

SIGFIP

:

Système intégré de gestion des finances publique

SONACOS

:

Société nationale de Commercialisation des Oléagineux du Sénégal

SONAGRAINES

:

Société Nationale des Graines

SONATEL

:

Société Nationale des Télécommunications

TES

:

Taux d’escompte

TP

:

Taux de pension

iv

EQUIVALENCE MONETAIRES

 

(janvier 2005)

Unité Monétaire

=

Franc CFA

1 UC

=

747,896 FCFA

1 UC

=

1,55301 dollar E.U.

1 UC

1,14016 euro

Exercise budgétaire

1er au 31 décembre

Poids et Mesure

Système métrique

v

RESUME ANALYTIQUE

1. Le présent Document de stratégie axé sur les résultats (DSPAR) pour le Sénégal courant 2005-

2009, vise à contribuer à la mise en œuvre de la stratégie de réduction de ce pays en vue d’atteindre les objectifs du millénaire. La stratégie de la Banque pour la période 2002-2004, approuvée par les Conseils d’Administration en juin 2003 (ADB/BD/WP/2003/30-ADF/BD/WP/2000/26) visait la réduction de la pauvreté à travers l’atténuation de la vulnérabilité des activités agricole et le développement rural, l’amélioration de la qualité des ressources humaines et la consolidation du cadre macroéconomique pour une croissance durable centrée sur l’initiative privée. Contrairement aux DSP précédents, le DSPAR s’inscrit dans un nouveau paradigme et ses répercussions devraient être plus tangibles tant pour la Banque que pour le Sénégal. Dans ce sens, il fait du DSP à la fois un instrument de programmation et un outil de gestion permettant de suivre les progrès accomplis dans la mise en œuvre de la stratégie du Groupe de la Banque et dans les efforts de réduction de la pauvreté déployés par le Sénégal.

2. Depuis la mise à jour du DSP 2002-2004, en juin 2004, les institutions de la République ont

connu une innovation majeure notamment la mise en place du Conseil de la République, pour les Affaires économiques et sociales (CRAES). En outre, au cours de cette période, un certain nombre d’actes ont marqué le fonctionnement démocratique des institutions et renforcé sa stabilité. Il s’agit notamment de la signature en fin décembre 2004 de l’accord de paix entre les autorités sénégalaises et les indépendantistes de la Casamance et la réactivation du programme de relance des activités économiques et sociales en Casamance (PRAESC) ; l’adoption de la loi sur l’abolition de la peine de mort ; et l’adoption d’une loi instituant la Commission électoral nationale autonome (CENA) .

3. Au plan économique, l’économie sénégalaise a crû à un rythme relativement élevé avec un taux de

croissance moyen du PIB de 5,4%, en termes réels, nonobstant la forte contraction de la production agricole observée en 2002. Elle a été principalement tirée par le secteur tertiaire dont la part dans le PIB a représenté 59,5% du PIB du fait du regain d’activités des services de la production agricole, de la production de l’administration publique. Le secteur secondaire vient en seconde position avec 21,5% du PIB et il a surtout été affecté en fin de période par la hausse du prix du baril de pétrole. Enfin, le secteur primaire avec 19% du PIB a souffert de la forte baisse de la production céréalière. L’inflation est restée dans la norme communautaire. En matière de finances publiques, les recettes publiques ont augmenté de 1% du PIB et se sont établies à 20,7% du PIB sur la période contre 19,7% du PIB sur la période précédente, reflétant principalement les gains d’efficience de l’administration fiscale, la baisse de l’impôt sur les sociétés de 35 à 33%, l’amélioration du recouvrement avec l’adoption d’un impôt adapté au secteur informel, dénommé contribution globale unique (CGU). Au niveau des dépenses, l’effort de rationalisation s’est poursuivi avec notamment l’amélioration de la qualité et de l’impact de la dépense publique (éducation, santé, recrutement étalé sur trois ans de 15 000 agents de l’Etat, revalorisation du point indiciaire et décentralisation). Elles ont représenté 22,5% du PIB incluant les dépenses sur les ressources PPTE liées aux priorités du DSRP (coût des réformes de la Poste et des Pensions, recrutement dans la fonction publique et revalorisation du point indiciaire) et celles autorisées par les lois rectificatives des finances d’août 2003 et septembre 2004. Le déficit global (dons inclus) s’est établi à 0,6% sur la période

traduisant ainsi l’orientation d’affecter davantage des ressources aux secteurs à fort impact en matière de réduction de la pauvreté. Ainsi sur la période, le Sénégal a respecté tous les critères budgétaires du Pacte de convergence, de stabilité, de croissance et de solidarité de l’UEMOA. En matière de balance des paiements, la tendance structurellement déficitaire de la balance commerciale ne s’est pas renversée au cours de la période 2000-2004. Le déficit du compte courant (transferts officiels inclus) s’est établi en

vi

moyenne à 7% du PIB, avec une pointe à 8,6% en 2003. Cette aggravation temporaire du déficit en 2003 est due à la faiblesse des exportations dans certains secteurs principalement les industries chimiques (- 15%) et les produits arachidiers (-40%) et à une légère augmentation des importations des produits alimentaires (15%, consécutive au choc climatique de 2002) et pétroliers. En matière de dette extérieure, le Sénégal a atteint le point d’achèvement en avril 2004 et depuis lors sa dette est devenue soutenable

4. Quant aux réformes structurelles et sectorielles, elles ont notamment porté sur la gestion

informatisée des opérations budgétaires, la fiscalité, la politique de recrutement et de rémunération des agents de l’Etat, le secteur de l’énergie et la filière arachidière avec l’achèvement du processus de

privatisation de la SONACOS. Bien que le cadre macroéconomique soit consolidé, le niveau de pauvreté reste encore préoccupant. En outre, le pays se trouve être confronté à un certain nombre des contraintes, notamment l’insuffisance des infrastructures économiques, la non-maîtrise de l’eau et la faible diversification de l’économie, la faible accumulation du capital humain et financier et la persistance des rigidités dans l’environnement institutionnel ainsi que la présence des risques fiduciaires dans la gestion des finances publiques et la passation des marchés. En dépit de ces contraintes, le Sénégal dispose d’un certain nombre d’atouts indéniables, notamment la stabilité de ces institutions démocratiques qui permettent le maintien du cap de la transparence dans la gestion budgétaire et financière, le potentiel de développement du secteur privé dans les infrastructures, le tourisme et les services, la disponibilité de ressources en eau.

5. La stratégie de lutte contre la pauvreté, adoptée en 2002 est exécutée depuis deux ans et les

autorités sénégalaises ont fait le point de sa mise en œuvre. Des progrès ont été réalisés au niveau de la première composante du DSRP, relatif à la création de la richesse. Il s’agit précisément de la consolidation macroéconomique, de l’amélioration du climat des affaires avec la baisse de la pression fiscale sur les entreprises, de la poursuite des réformes structurelles dans le secteur de l’énergie. Par contre, la réforme dans la filière arachidière a été retardée et n’a finalement été effective qu’en fin 2004. La seconde composante de la stratégie, relative au renforcement des infrastructures de base, a également reçu une attention particulière car les secteurs de l’éducation et de la santé ont obtenu des dotations financières substantielles. En effet, les ressources PPTE sont prioritairement allouées aux secteurs sociaux et les parts du budget de l’Etat dans l’éducation et la santé se sont accrues et elles ont respectivement atteint 15,09% et 5,25% de la dépense de l’Etat en 2003, ce qui a permis l’amélioration des ratios notamment dans les deux secteurs sociaux (éducation, santé). Par contre, une analyse détaillée s’impose sur la manière dont le gouvernement compte s’y prendre sur l’accès aux services sociaux de base des populations au niveau local. En effet, le transfert des ressources aux communautés locales, continuent d’être problématique. Ces problèmes auxquels s’ajoutent la lenteur dans les transferts et le déficit d’information en matière d’allocation, sont en grande partie responsables des faibles performances dans les secteurs sociaux. Ces contraintes doivent être résolues afin que le Sénégal atteigne les objectifs du millénaire dans les secteurs sociaux. Par ailleurs, il a été aussi observé des progrès dans la mise en œuvre de la composante relative au suivi-évaluation, avec notamment les activités de la Cellule de suivi du DSRP et la mise en place progressive des comités sectoriels et régionaux de suivi du DSRP. Enfin, 34 indicateurs de suivi de la mise en œuvre du DSRP ont été élaborés.

vii

6. Pour accompagner le gouvernement dans sa stratégie de réduction de la pauvreté, la Banque a

élaboré sur la période 2002-2004, une stratégie d’assistance visant la réduction de la pauvreté à travers l’atténuation de la vulnérabilité des activités agricoles ainsi que le développement rural et l’amélioration de la qualité des ressources humaines. La stratégie mettait également l’accent sur la consolidation du cadre macroéconomique en vue d’une croissance durable centrée sur l’initiative privée. Sept (7) opérations ont été approuvées pour un montant de 76.42 millions d’UC contre 53.75 millions d’UC dans le FAD VIII, soit une augmentation de 42% du fait de la bonne performance de l’économie sénégalaise en terme de CPIA. Cette augmentation a bénéficié aux secteurs qui ont un impact significatif sur la réduction de la pauvreté notamment l’agriculture et le développement rural, le secteur social et le multisecteur.

7. La stratégie d’assistance du Groupe de la Banque pour le Sénégal sur la période 2005-2009 repose

sur deux piliers visant à (i) améliorer l’environnement en vue de promouvoir la croissance accélérée et à (ii) renforcer les infrastructures de base. Les opérations retenues seront axées sur l’appui à l’hydraulique et à l’énergie, aux transports, à la réhabilitation des infrastructures de production en Casamance, tout en contribuant à l’amélioration du climat des affaires par le soutien au programme sectoriel de la justice et à la modernisation du cadastre. Les résultats du suivi du Programme du Gouvernement et des performances de la Banque seront analysés à l’aide de trois types d’indicateurs à savoir : i) les indicateurs d’impact, ii) les indicateurs intermédiaires et iii) les indicateurs de performance. La vérification de ces indicateurs sera effectuée sur une base annuelle et elle permettra de prendre de manière régulière des mesures correctives en cas d’écart entre les objectifs et les réalisations et plus spécifiquement dans les secteurs sociaux et en direction des groupes vulnérables.

8 Les Conseils d’administration sont invités à approuver le programme d’activités et les

priorités d’intervention proposés pour le Sénégal au cours de la période 2005-2009 sur la base d’une allocation de ressources pour le FAD X de 120 millions UC sous forme de prêts. Cette allocation a été déterminée sur la base de la performance actuelle du pays et inclut les ressources pour l’appui aux réformes. Le montant de ces ressources dépendra des besoins de financement du pays, appréciés en relation avec les autres partenaires au développement, et des performances qui seront retenues sur la base des indicateurs de suivi du DSP.

1

I.

INTRODUCTION

1.1

Le dernier document de stratégie pays (DSP) pour le Sénégal couvrant la période 2002-

2004, a été approuvé par les Conseils d’administration en juin 2003 (ADB/BD/WP/2003/30- ADF/BD/WP/2000/26). Lors de son examen, les Conseils avaient noté que le Sénégal avait enregistré des bonnes performances macroéconomiques au cours des dix dernières années dans un contexte socio-économique stable. En dépit de ces bonnes performances, la mise en œuvre des réformes structurelles fut relativement lente particulièrement dans le secteur de l’énergie et dans la filière arachidière. En matière de gouvernance, des insuffisances avaient été enregistrées dans la gestion des ressources publiques et dans le fonctionnement de la justice. Les Conseils avaient également exprimé leur préoccupation concernant la pauvreté qui touchait encore 54% de la population en 2000 et par conséquent ils avaient exhorté le Gouvernement à approfondir les actions de lutte contre la pauvreté et à consacrer le maximum d’efforts en vue d’atteindre rapidement le point d’achèvement de l’initiative PPTE. S’agissant par ailleurs du portefeuille, les Conseils avaient encouragé le Gouvernement à lever les contraintes qui persistaient en vue d’accélérer le rythme d’exécution des projets et d’augmenter la capacité d’absorption des ressources extérieures afin de renforcer l’impact des projets sur le développement. Le programme opérationnel réalisé pendant cette période a porté sur un volume global de financement de 76,5 millions d’UC dont 4,7 millions au titre des dons (contre 2,7 millions au titre du FAD VIII), soit une augmentation en dons de 57% par rapport à l’allocation initiale du FAD VIII.

1.2 Le présent DSP, dénommé « Document de Stratégie pays axé sur les résultats » (DSPAR)

s’inscrit dans un nouveau paradigme et ses répercussions devraient être plus tangibles tant pour la Banque que pour le Sénégal. Dans ce sens, il fait du DSP à la fois un instrument de programmation et un outil de gestion permettant de suivre les progrès accomplis dans la mise en œuvre de la stratégie du Groupe de la Banque et dans les efforts de réduction de la pauvreté déployés par le Sénégal. Il a été préparé à la suite d’une mission de la Banque, effectuée du 06 au 20 décembre 2004 à Dakar, sur la base d’une approche participative qui a mis à contribution les principaux acteurs de développement dans le pays, notamment les représentants de l’administration, du secteur privé, de la société civile et des médias, qui ont échangé leurs avis sur les défis et les priorités stratégiques à

moyen terme du Sénégal et sur la contribution attendue de la Banque pour soutenir ces priorités. Elle a exploité la documentation recueillie au cours de ladite mission, ainsi que des informations collectées lors de la mission exploratoire du Bureau régional de la Banque et la mission multidisciplinaire de la Banque en Casamance, en janvier et février 2005, des données obtenues au cours de la revue conjointe du portefeuille de la Banque, en décembre 2004 à Dakar, des données obtenues lors de l’examen de la requête du Sénégal au Club de Paris en juin 2004 à Paris, du dialogue permanent dans le cadre des missions de supervisions des projets ainsi que de récentes informations disponibles à la Banque sur le Sénégal.

II.

CONTEXTE DU PAYS

2.1

Contexte politique

2.1.1

Depuis la mise à jour du DSP 2002-2004, en juin 2004, la seule innovation dans les

institutions de la République a été la mise en place du Conseil de la République, chargée des actions économiques et sociales (CRAES). En outre, au cours de cette période, un certain nombre d’actes ont marqué le fonctionnement démocratique des institutions et renforcé sa stabilité. Il s’agit notamment : au niveau politique, de la signature en fin décembre 2004 de l’accord de paix entre les autorités sénégalaises et les indépendantistes de la Casamance et la réactivation du programme de relance des activités économiques et sociales en Casamance (PRAESC) ; au niveau de l’exécutif, de la relecture du code électoral ; au niveau du législatif, l’adoption de la loi portant amnistie sur toutes les infractions criminelles ou correctionnelles commises, entre 1988 et 2004, tant au Sénégal qu’à l’étranger, en relation avec les élections générales ou locales, ou ayant des motivations

2

politiques, l’adoption de la loi sur l’abolition de la peine de mort, l’approbation du projet de loi autorisant le Président de la République du Sénégal à ratifier l’Accord signé en avril 2004 entre la Banque et le Sénégal concernant l’établissement du Bureau régional de la BAD et du FAD sur le territoire du Sénégal, l’adoption d’une loi des finances rectificative pour le budget 2004, de la loi des finances 2005 et l’adoption d’une loi instituant la Commission électoral nationale autonome (CENA) en début mai 2005.

2.1.2 Par ailleurs, au titre des orientations stratégiques du gouvernement susceptibles d’affecter

positivement l’économie, on peut citer l’implication du secteur privé dans le processus décisionnel à travers sa participation dans un certain nombre de structures ou institutions telles que le Conseil présidentiel pour les investissements (CPI) ; la Commission nationale de lutte contre la non transparence, la corruption et la concussion ; les structures d’orientation du suivi de la mise en œuvre de la stratégie de réduction de la pauvreté et le CRAES.

2.1.3 Le gouvernement repose sur une majorité forte à l’assemblée nationale et sur une assise

populaire tant en milieu urbain que rural ce qui lui donne la capacité politique d’honorer les engagements pris dans le DSRP. Malgré cette stabilité politique, il fait de plus en face à la montée des phénomènes de mendicité, de corruption et d’insécurité juridique en matière de propriété foncière, notamment dans la presqu’île de Dakar et de ses environs. Ces trois fléaux constituent des sources potentielles d’explosion sociale et de rupture de la stabilité nationale, voire sous régionale. Le gouvernement est conscient de la dangerosité de ces trois fléaux et des nouvelles dispositions sont en cours pour les atténuer.

Encadré 1 : Principales caractéristiques du pays

Le Sénégal est un pays francophone, situé à l’extrême Ouest de l’Afrique, avec une superficie de 196 722 km2, largement ouvert sur l’Océan Atlantique (500 km de côtes maritimes). Les côtes sénégalaises sont dans l’ensemble plates et sablonneuses, offrant de vastes possibilités au tourisme. La République du Sénégal a une frontière commune avec cinq pays : la Mauritanie au Nord, la Mali à l’Ouest, la Guinée au Sud-Est, la Guinée Bissau au Sud et la Gambie (anglophone) qui forme une enclave à l’intérieur du Sénégal le long du fleuve Gambie, sur une largueur de 50 km et une longueur de 300 km environ. Le Sénégal dispose d’un climat tropical sec, adouci par les influences océaniques. L’année est partagée en une saison sèche (mi-novembre, juin)) et une saison des pluies appelée traditionnellement « hivernage » (mi-juin, début nov.). Son relief est essentiellement formé d’une plaine légèrement vallonnée et peu découpée. Au plan politique, un accord a été signé en fin décembre 2004 entre les indépendantistes de la Casamance et les autorités sénégalaises qui marque la fin du conflit et ouvre les perspectives de reconstruction de cette région. Selon le rapport des Nations Unies sur le Développement humain (2004), le Sénégal est classé au 157 ème rang sur 177 pays, en termes de pauvreté. S’agissant de la pauvreté, les dernières analyses effectuées par la BM et le gouvernement font ressortir une incidence de la pauvreté de 48,5% en 2003, avec une concentration de la pauvreté dans les zones rurales, du Centre et de l’Est que dans les zones urbaines. Dans le secteur de l’éducation, le taux brut de scolarisation s’est établi à 75,8% en 2003 contre 70% en 2001. Dans le secteur de la santé, le taux de couverture vaccinale (DTCP3) s’est établi à 59% en 2003 contre 42,7% en 2000 et la proportion d’accouchements assistés par du personnel formé s’est établie à 54% en 2003 contre 48% en 2000. Avec les progrès réalisés au niveau macroéconomique, qui peuvent se résumer à un taux d’accroissement du PIB/tête de 3,70% en 2003 (encore en deçà de l’objectif du développement du millénaire de 3,84%), des réformes en cours et des efforts fournis dans les secteurs sociaux, l’atteinte des objectifs du millénaire reste à la portée du Sénégal.

2.2

Questions liées au contexte macroéconomique et structurel

Questions liées au contexte macroéconomique

2.2.1

Le Sénégal a poursuivi au cours des cinq dernières années la mise en œuvre des réformes

structurelles soutenues par les institutions de Bretton Wood et les autres partenaires au développement dont la Banque, ce qui a permis la consolidation des grands agrégats macroéconomiques. Ce cadre bien qu’assaini n’a pas eu d’impact significatif sur les différentes couches sociales. Ce paradoxe s’explique par l’étroitesse et la faible diversité du système financier

3

ainsi que la persistance de la concentration du risque des banques sur les grandes entreprises qui est la vulnérabilité principale à laquelle est confrontée le système bancaire.

2.2.2 La croissance économique: au cours de la période 2000-2004, l’économie sénégalaise a crû à

un rythme relativement élevé avec un taux de croissance moyen du PIB de 5,4%, en termes réels, nonobstant la forte contraction de la production agricole observée en 2002. Elle a été principalement tirée par le secteur tertiaire dont la part dans le PIB a représenté 59,5% du PIB du fait du regain d’activités des services de la production agricole, de la production de l’administration publique. Le secteur secondaire vient en seconde position avec 21,5% du PIB et il a surtout été affecté en fin de période par la hausse du prix du baril de pétrole. Enfin, le secteur primaire avec 19% du PIB a souffert de la forte baisse de la production céréalière. L’inflation est restée dans la norme communautaire. Les bonnes performances en matière de croissance économique et l’évolution modérée des prix ont permis une augmentation du revenu par tête, en termes réels, 2,4% en moyenne sur la période. La consommation finale est restée le moteur de la croissance. En revanche, le taux d’investissement a progressé de régulière passant de 18,50% en 2000 à 22,4% en 2004. L’épargne par contre n’a pas connu d’évolution majeure sur la période (13,5% du PIB).

2.2.3 Les Finances publiques : le mouvement de consolidation des finances publiques s’est poursuivi

sur la période sous revue. En effet, les recettes publiques ont augmenté de 1% du PIB et se sont établies à 20,7% du PIB sur la période contre 19,7% du PIB sur la période précédente, reflétant principalement les gains d’efficience de l’administration fiscale, la baisse du taux marginal effectif

d’imposition (TMEI) de 35 à 32%, l’amélioration du recouvrement avec l’adoption d’un impôt adapté au secteur informel, dénommé contribution globale unique (CGU). l’amélioration de la qualité des dépenses liées aux priorités du DSRP et à la politique de recrutement dans la fonction publique. Au niveau des dépenses, l’effort de rationalisation s’est poursuivi avec notamment l’amélioration de la

qualité et de l’impact de la dépense publique (éducation, santé, recrutement étalé sur trois ans de 15

000 fonctionnaires dans la fonction publique, revalorisation du point indiciaire et décentralisation).

Elles ont représenté 22,5% du PIB incluant les dépenses sur les ressources PPTE liées aux priorités du DSRP (coût des réformes de la Poste et des Pensions, recrutement des fonctionnaires et revalorisation du point indiciaire) et celles autorisées par les lois rectificatives des finances d’août 2003 et septembre 2004. Le déficit global (dons inclus) s’est établi à 0,6% sur la période traduisant ainsi l’orientation d’affecter davantage des ressources aux secteurs à fort impact en matière de réduction de la pauvreté. Ainsi sur la période, le Sénégal a respecté tous critères budgétaires du Pacte de convergence, de stabilité, de croissance et de solidarité de l’UEMOA.

2.2.4 Monnaie et taux d’intérêt: au cours de la période sous revue et plus précisément, les autorités

monétaires de la Banque centrale ont assoupli leur politique monétaire en revoyant à la baisse les taux

d’intérêt directeurs notamment le taux d’escompte (TES) et le taux de pension (TP) respectivement de

150 et 50 points de base. Depuis lors, le TES est établi à 4,5% et le TP à 4% et ils sont désormais en

ligne avec ceux des marchés financiers internationaux. Toutefois, cette baisse des taux directeurs n’a pas eu d’effet sur les taux d’intérêt bancaire car les banques sont surliquides. Pendant cette période, la croissance de la masse monétaire a été en moyenne de l’ordre 9%, sous l’effet combiné de l’expansion de 6,4% du crédit à l’économie et de 12% des avoirs extérieurs. En outre, en application de la directive communautaire de recourir de plus en plus aux forces du marché pour financer les déficits publics, les autorités monétaires sénégalaises ont mobilisé en 2003/2004 38 milliards FCFA sur le marché financier régional, soit près de 1% du PIB, en émettant des bons de trésor et des billets de trésorerie respectivement à 3,3% et 5,3% de taux d’intérêt

2.2.5 Balance des paiements : la tendance structurellement déficitaire de la balance commerciale

ne s’est pas renversée au cours de la période 2000-2004. Le déficit du compte courant (transferts officiels inclus) s’est établi en moyenne à 7% du PIB, avec une pointe à 8,6% en 2003. Cette aggravation temporaire du déficit en 2003 est due à la faiblesse des exportations dans certains

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secteurs principalement les industries chimiques (- 15%) et les produits arachidiers (-40%) et à une légère augmentation des importations des produits alimentaires et pétroliers (15%), consécutive au choc climatique de 2002. La légère atténuation du déficit en 2004 s’explique par le redressement de certains secteurs d’exportation notamment minier et par la baisse des importations de produits alimentaires qui est restée supérieure à l’impact de la hausse des importations des produits pétroliers.

2.2.6 Dette publique: au 31 décembre 2003, l’encours de la dette publique s’élevait à près 2185

milliards FCFA, soit 58,6% du PIB dont 93% au titre de la dette extérieure. L’encours de la dette extérieure est composé de 67,6% de la dette multilatérale dont la Banque mondiale (64,6%), le Groupe de la Banque (13,5%) et le FMI (9%). La dette bilatérale représente 32,4% de l’encours total. Le Sénégal a atteint le point d’achèvement en avril 2004, deux ans après la date initialement prévue. Par ailleurs, les pays créanciers du Sénégal, membres du club de Paris et le Brésil ont décidé en début juin 2004 d’annuler 94 millions de dollars US en valeur actuelle nette, ce qui représente leur effort dans le cadre de l’initiative PPTE renforcée. La plupart des créanciers bilatéraux ont accordé par la suite des allègements additionnels de la dette de sorte que la dette due par le Sénégal aux créanciers du Club de Paris soit réduite de 336 millions de dollars américains supplémentaires en valeur actuelle nette. Ainsi, le ratio de valeur actualisée nette (VAN) de la dette publique extérieure par rapport aux recettes d’exportation de biens et services s’établit à 131,7% après le traitement de stock au point d’achèvement contre 140,1% en 2003 après la mise en œuvre des mécanismes traditionnels d’allègement de dettes, soit un gain de 8,4 points de pourcentage. Quant au ratio valeur actualisée de la dette publique extérieure par rapport aux revenus budgétaires hors dons, il s’est détérioré légèrement en 2004 passant de 168,9% en 2003 à 171,7% (mais toujours en dé ça de la norme de 250%). Quant à la dette intérieure, son encours s’élevait à 156 milliards FCFA en 2003, 7% de la dette publique. Sa tendance est à la baisse du fait de la bonne santé des finances publiques qui s’est traduite par le paiement régulier des échéances combiné à une bonne gestion des dépenses

2.2.7 Soutenabilité de la dette : la capacité du Sénégal d’honorer le service de sa dette publique

extérieure devrait s’accroître, les ratios de soutenabilité des finances publiques, à savoir le service de la dette par rapport aux exportations et aux recettes budgétaires hors dons, s’établissant respectivement à 5,9% et 8,7% en 2004 et baissant régulièrement sur la période 2008-2020. Ainsi le ratio valeur actualisée nette (VAN) de la dette publique extérieure sur les exportations devrait connaître une baisse régulière et s’établirait à 84,6% à l’horizon 2020. Il en est de même du ratio valeur actualisée sur revenus budgétaires qui se situerait à 105,3%. Ces ratios s’amélioreront davantage au fur et à mesure de la concrétisation effective des allègements des bilatéraux mentionnés au point 2.6.

Questions liées au contexte structurel

2.2.8 Les réformes engagées en début 2000 se sont poursuivies dans le domaine de la fiscalité,

dans la filière arachidière, dans le secteur de l’électricité, en matière de gouvernance et de gestion informatisée des opérations budgétaires, avec notamment l’installation du logiciel SIGFIP en juillet 2004. D’autres réformes ont été mises en œuvre au cours de la période sous revue en matière de politique de recrutement et rémunération des agents de la fonction publique.

2.2.9 En ce qui concerne la fiscalité, la réforme majeure s’est traduite par l’adoption de la loi n°

2004-12 du 06 février 2004 portant modification du code général des impôts. Cette loi vise : i) la simplification et l’équité fiscale, ii) la rationalisation de l’assiette et la promotion du consentement volontaire, iii) la promotion de l’investissement, de la compétitivité et de l’épargne et iv) l’amélioration des garanties du contribuable et de lutte contre la corruption. Concernant les PME, les autorités ont institué un nouvel impôt dénommé contribution globale unique (CGU), impôt

composite, combinant l’impôt sur le revenu, la TVA, la contribution forfaitaire à la charge de

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l’employeur (CFCE), la contribution à la patente et à la licence. En outre, pour favoriser l’émergence d’un civisme fiscal, la facilitation du passage du secteur informel vers le secteur formel et réduire les distorsions liées à l’existence des secteurs insuffisamment fiscalisés, il a été institué une procédure d’aide spéciale de régularisation pour les entreprises et les contribuables potentiels qui acceptent volontairement de se présenter à l’administration fiscale pour la mise à jour de leur dossier. Une prescription des droits dus est prévue pour la période antérieure au 1 er janvier 2004. Enfin, pour attirer davantage des investisseurs, le taux de l’impôt sur les sociétés a été baissé de 35% à 33%.

2.2.10 S’agissant de la fonction publique, il a été mis en place un plan de recrutement de 15 000

agents principalement dans l’éducation et la santé, à raison de 5000 agents par année afin de permettre à l’administration publique d’accélérer la mise en œuvre de la stratégie de réduction de la

pauvreté. Par ailleurs, le point indiciaire a connu une augmentation de 61,5%, étalée sur trois ans dont la première de 13,5% a eu effet le 1 er octobre 2004.

2.2.11 En matière de réforme sectorielle, dans le secteur primaire, la loi sur la suppression de la

taxe de protection sur les huiles végétales a été adoptée en juillet 2004 et promulguée en décembre 2004. Par ailleurs, le processus de privatisation de la SONACOS s’est achevé en fin décembre 2004 avec le rachat par la société Advens de 66,9% des actions détenues par l’Etat dans le capital de la SONACOS. Toutefois, la question de la relance d’une industrie des oléagineux reste entière dans un secteur où les rendements ont tendance à diminuer. Dans le secteur secondaire, une concession a été octroyée en 2004 à un producteur indépendant d’électricité avec une centrale de 60 MW afin de pouvoir répondre à la forte demande d’énergie. Par ailleurs, il a été élaboré un programme d’électrification rurale, fondé sur des concessions dans un système de partenariat public/privé, co- financé par plusieurs partenaires au développement dont la Banque, avec le projet d’électrification, d’un montant de 9,58 millions d’UC ; le projet a été approuvé par le Conseil le 15 octobre 2004.

2.2.12 En matière d’amélioration de la gouvernance, l’Assemblée nationale a adopté en novembre

2003, une loi instituant la Commission nationale de lutte contre la corruption, comprenant les institutions gouvernementales, le secteur privé et les ONG, ainsi qu’une autre loi sur le Code des investissements révisé. Ce code accorde des avantages aux secteurs porteurs de croissance, aux secteurs pour lesquels le Sénégal a un avantage comparatif et aux secteurs à haute intensité de main d’œuvre (HIMO). Par ailleurs, dans le cadre du programme d’appui à l’ajustement du secteur privé, cofinancé par la Banque, deux projets de texte ont été élaborés relatifs au cadre législatif définissant l’architecture de la réglementation de type BOO, BOOT et BOT et à la modernisation des procédures administratives applicables aux investissements. Dans le secteur de la justice, le Gouvernement a poursuivi en 2003 la mise en œuvre de son plan de recrutement de 186 magistrats, 105 employés de bureaux et 761 assistants administratifs, conformément aux objectifs du DSRP dans ce secteur. Le programme sectoriel de la justice a été finalisé en fin décembre 2003 et il a déjà obtenu le financement de la Banque mondiale, de l’Union européenne et de l’AFD.

2.3

Questions liées au contexte sectoriel

2.3.1

Agriculture, élevage et pêche: le secteur agricole, pastoral et halieutique occupe la majorité

des populations du pays et contribue à un cinquième du PIB. Sa relance pourrait en faire le moteur de l’économie, grâce à son apport potentiel à l’amélioration de la sécurité alimentaire et des revenus, ainsi qu’à la fourniture de matières premières nécessaires au développement industriel et artisanal. Toutefois, il se trouve être confronté à une série de contraintes qui l’empêche de jouer ce rôle.

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2.3.2 Contraintes au développement de l’agriculture: en dépit des efforts consentis dans divers

programmes, le secteur reste confronté à plusieurs contraintes notamment: l’obsolescence de la législation foncière et une absence de droits réels et de cessibilité des terres; la faible diversification

des activités; l’appauvrissement des sols ; la forte prédominance de l’agriculture paysanne, à faible productivité et vulnérable aux aléas climatiques; les contre performances de la filière arachide. Il en résulte une faible contribution du secteur à la croissance. Par ailleurs, l’évolution vers une agriculture commerciale, intensive, diversifiée et compétitive se heurte à la baisse des prix aux producteurs, à l’accès au crédit, à l’insuffisance et au coût élevé des intrants (semences améliorées, engrais) et l’insécurité foncière. Dans le sous secteur de l’élevage, les difficultés concernent le sous- équipement, le faible volume des investissements publics, la persistance de certaines pathologies comme la fièvre aphteuse, le charbon bactérien, la peste des petits ruminants, la peste porcine africaine, la peste équine, la maladie de Newcastle, l’accès au crédit de commercialisation, la faible productivité des pâturages résultant des aléas de la pluviométrie, le manque de sécurisation foncière pour les activités pastorales, l’enclavement, l’insuffisance des infrastructures pastorales, ainsi que la faiblesse du potentiel génétique laitier des races locales. Quant au sous secteur de la pêche, il souffre de la surcapacité et du surdimensionnement de l’industrie halieutique (y compris dans le domaine de la pêche artisanale) avec pour conséquence une baisse tendancielle des captures et une dégradation de l’écosystème marin.

2.3.3 Stratégie du développement du secteur de l’agriculture et de l’élevage: elle a pris la forme

d’une loi d’orientation agro-sylvo-pastorale votée en mai 2004 par l’assemblée nationale, après une consultation des acteurs du secteur. L’objectif du gouvernement au travers de cette loi est de moderniser l’exploitation familiale et de promouvoir l’entreprenariat agricole. Les axes stratégiques poursuivis sont entre autres la diversification des cultures, le renforcement des capacités techniques, la réforme foncière, le soutien aux mécanismes de protection contre les risques agricoles et l’amélioration du statut juridique et social de l’agriculteur. Les principales innovations dans ces axes sont la reconnaissance formelle des métiers de l’agriculture et des organisations professionnelles agricoles, la protection sociale des personnes exerçant les métiers de l’agriculture, la maîtrise de l’eau et la réforme foncière. Ainsi, il est prévu l’élaboration d’un plan national de développement agricole et d’un plan national de développement de l’élevage, qui détermineront les plans d’actions à mettre en oeuvre. Dans cette perspective, l’étude de développement des filières d’élevage (sur fonds du FAD) en cours de lancement, prévoit la réalisation d’un schéma directeur de développement de l’élevage qui aidera le Gouvernement dans l’élaboration du plan de développement de l’élevage. En matière d’accès à la terre, une nouvelle politique foncière est en cours de préparation et une réforme de la loi foncière fait actuellement l’objet de concertations en vue de sa soumission à l’assemblée nationale. En matière de pêche, des réflexions se poursuivent sur la mise en place de concession de droits en pêche artisanale et la mise en œuvre de contingentements de capture pour la pêche industrielle.

2.3.4 Le secteur secondaire a contribué dans l’ensemble à 20% du PIB et 30% des exportations

constituées de produits manufacturés sur la période. Ses principales activités sont concentrées dans l’agroalimentaire, les matériaux de construction, la chimie et le textile. Les politiques d’ouverture commerciale, de libéralisation et de privatisation menées au cours de ces dernières années visaient la stimulation du développement industriel du pays. Mais cette ambition s’est heurtée aux coûts des facteurs de production, à la faiblesse des investissements et à la faible taille du marché domestique. Ainsi, le textile peine à faire face à la concurrence asiatique qui s’est accentuée depuis la fin des

accords multifibres, intervenue le 1 er janvier 2005. L’agroalimentaire demeure encore largement dépendant d’une production arachidière volatile. Enfin la production d’acide phosphorique est handicapée par l’orientation peu favorable des prix mondiaux et le développement d’industries mécaniques reste embryonnaire.

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2.3.5 Secteur des infrastructures : sous-secteurs de l’hydraulique, de l’assainissement et de

l’énergie: de manière générale, le sous secteur de l’hydraulique dispose d’un important potentiel en ressources en eau (eaux souterraines et eaux de surface), évalué à 4730 m 3 par habitant et par an largement au-dessus de la valeur de référence de pénurie d’eau qui est de 1000 m 3 /habitant/an. Toutefois, ces ressources sont trop souvent éloignées des grands centres de consommation et des pôles de développement ou sont difficilement mobilisables et leur qualité est menacée en certains endroits. De manière spécifique, le sous secteur de l’hydraulique urbaine se trouve être confronté à deux types de disparité dans la distribution d’eau potable, à savoir i) une disparité géographique entre Dakar et les villes régionales ; et ii) une disparité tarifaire sur le coût d’accès à l’eau potable par branchement particulier et par borne fontaine. Quant au sous secteur de l’assainissement, les taux de couverture en service restent très faibles. En effet, 13 % des ménages ont accès au réseau d’assainissement, avec 25 % pour Dakar et 3,8 % pour les autres centres urbains. En matière d’assainissement individuel, 35 % des ménages urbains de villes régionales et 39 % des ménages urbains de Dakar bénéficient d’un accès approprié à l’assainissement. En milieu rural, seuls 17 % des ménages disposent d’un accès approprié. En matière énergétique, selon le dernier bilan énergétique élaboré par les autorités, la consommation d’énergie primaire avoisine 2300 ktep, avec une consommation par habitant d’environ 280 kep, bien en deçà de la moyenne mondiale (1680 kep) et même africaine (620 kep). Le sous secteur se trouve être confronté à une série de contraintes dont notamment la dépendance externe presque totale de ses approvisionnements en produits pétroliers, le niveau élevé des prix malgré la libéralisation du secteur et le faible taux de couverture électrique du pays.

2.3.6 Stratégie de développement des sous secteurs de l’hydraulique, de l’assainissement et de l’énergie: pour l’atteinte des objectifs de développement du millénaire en matière d’alimentation en eau potable et d’assainissement, le Gouvernement du Sénégal a finalisé un Programme national d’Eau potable et d’Assainissement du Millénaire (PEPAM). Ce programme a été validé par la suite par les bailleurs de fonds dont la Banque. Il vise à assurer en milieu rural à l’horizon 2015 , un taux d’accès à l’eau potable et à l’assainissement, respectivement de 82 % et 59% En milieu urbain, l’objectif visé pour 2015 est d’obtenir 88% de ménages de Dakar et 79% des centres de l’intérieur disposant d’un branchement à l’eau potable. En matière d’assainissement, les résultats attendus pour 2015, 78% des ménages urbains aient accès à un service d’assainissement et 85% pour les ménages de Dakar. Concernant le sous secteur énergétique, le gouvernement a adopté en avril 2003 la lettre de politique de développement du secteur de l’Energie. Elle met l’accent sur les actions visant i) la restructuration du sous secteur de l’électricité pour une plus grande efficacité et le désengagement de l’Etat ; ii) le renforcement des conditions de concurrence et l’amélioration de la qualité des produits dans le sous secteur pétrolier ; iii) l’intensification de la promotion du bassin sédimentaire sénégalais ; et iv) la consolidation de la gestion durable des ressources ligneuses par la responsabilisation accrue des collectivités locales.

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2.3.7 Le secteur des transports: le Sénégal dispose d’un système de transport multimodal* * ,

comprenant un réseau de transport routier, un réseau de transport ferroviaire, un réseau de transport maritime, un réseau de transport fluvial et un réseau aérien. Le secteur est confronté à une série de contraintes notamment le faible niveau des services offerts dans le sous secteur routier, l’insuffisance de l’entretien des infrastructures routières. Par ailleurs, les services chargés de la gestion du réseau ont besoin d’un appui institutionnel sous la forme de formation dans les domaines de la planification, la programmation et de la mise en œuvre des projets pour répondre à leur fonction actuelle définie dans le cadre de la privatisation des travaux d’entretien. Les installations du port de Kaolack ont besoin d’une réhabilitation pour offrir une alternative de débouché au trafic au départ et à destination du Mali. Cela permettrait de réduire de 200 km le trajet en direction du Mali au départ actuellement du port autonome de Dakar.

2.3.8 Stratégie du gouvernement en matière des transports: elle est sous-tendue, entre autres,

par le Deuxième programme sectoriel de transport (PST2) sur la période 1999-2006 et le Troisième programme sectoriel de transport (PST3) en cours d’élaboration. Pour suivre la mise en œuvre du programme du gouvernement en matière des transports, il a été défini des critères de performance du réseau routier sur la période 2000-2015. Il s’agit notamment du pourcentage de routes (bitumées ou en terre) en bon état ou en état moyen ; et du pourcentage de villages ayant accès à une route (bitumée ou en terre moderne) à moins de 5 km. Une initiative complémentaire à la réalisation de ces deux programmes est de construire à Diamniadio (à 35 km de Dakar) une plate forme dite du « Millénaire » destinée à créer un nouveau pôle de croissance en dehors de Dakar. En matière de mobilité urbaine, le gouvernement est en train de mettre en œuvre le projet d’amélioration de la mobilité urbaine (PAMU), avec pour principales mesures la réhabilitation des routes urbaines et périurbaines, la création d’un système de crédit commercial pour les petits opérateurs de transport urbain, l’application de mesures destinées à réduire la pollution atmosphérique et le lancement des études relatives à la création de voies de dégagement.

2.3.9 Tourisme : le secteur s’est hissé ces dernières années au deuxième rang de pourvoyeurs

de devises, après la pêche et bien avant les phosphates et les arachides et il a contribué au cours de la même période à 2% du PIB. Toutefois, le secteur reste confronté à la persistance d’une série de contraintes notamment : l’inadaptation des textes aux réalités et à l’évolution du tourisme sénégalais ; les faiblesses d’accueil, de sécurité et de harcèlement des touristes qui ternissent l’image de la destination ; le manque de diversification du produit aggravant la saisonnalité ; l’inadéquation de la formation emploi et l’insuffisance des ressources humaines qualifiées ; les coûts de transport d’amenée et la faiblesse de la chartérisation ; l’insuffisance des investissements et l’absence de plans régionaux et national d’aménagement touristique. Il en a résulté un manque de compétitivité de la destination Sénégal, un ralentissement de l’investissement dans les activités touristiques et partant un certain désintérêt des tours opérateurs qui optent pour d’autres destinations plus rentables. Pour lever ces contraintes, le

* Le réseau le plus dominant est celui du transport terrestre avec plus de 90% de la part du marché ; comprenant un réseau routier classé de 14.576 km (y compris les voiries urbaines) dont plus de 29 % de routes revêtues qui sont à 71% en bon et moyen état, contre 24% de routes en terre en bon et moyen état. Le réseau de transport ferroviaire est constitué d’une ligne de 1.058 km de long dont 906 km de voies principales et 152 km de voies secondaires. Quant au réseau de transport maritime, il comprend un grand port en eau profonde à Dakar et trois ports secondaires à Saint-Louis, Kaolack et Ziguinchor. Les activités des ports secondaires restent marginales par rapport à celles du port autonome de Dakar (PAD) considéré comme le centre nerveux du commerce extérieur du pays et du trafic de transit en provenance et à destination de certains pays voisins, en particulier le Mali. Par ailleurs, il existe un réseau de transport fluvial pratiqué sur plusieurs cours d’eau navigables dont les plus importants sont le fleuve Sénégal, le Saloum et le fleuve Casamance. Dans la plupart des zones traversées par ces cours d’eau, le transport fluvial se présente comme complémentaire du réseau routier. Il demeure le moyen de transport le plus répandu dans les zones rurales avoisinant les fleuves Sénégal et Saloum, surtout en période de crue. Une attention particulière est portée sur ce mode de transport dans la stratégie nationale de transport rural élaborée en 2002. Enfin, le Sénégal dispose d’un réseau aérien comprenant un aéroport de classe internationale à Dakar, de quatre aéroports de moyenne importance à Saint-Louis, Ziguinchor, Cap Skirring et Tambacounda, et douze aérodromes secondaires.

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gouvernement a adopté une lettre de politique de développement du secteur du tourisme dont les principales actions consisteront en l’élaboration d’une nouvelle réglementation pour l’hôtellerie, de la profession du guide touristique et la mise en place de la police touristique ; l’aménagement de nouveaux sites touristiques, la promotion d’un tourisme de luxe et l’implication des opérateurs privés dans l’exploitation et l’investissement touristique.

2.3.10 Secteur financier et PME: le secteur financier sénégalais est dominé par une dizaine de banques commerciales, détenant 88% des actifs du secteur dont 80% contrôlés par des succursales des conglomérats financiers internationaux. Le reste des actifs se répartit entre les compagnies d’assurance (9,4%) et les autres institutions financières telles que la Poste, les pensions et les institutions de microfinance. Le système bancaire bien que jouant un rôle de premier plan dans la gestion des actifs financiers, dispose d’un réseau exigu, avec 7 guichets pour un million d’habitants, ce qui est une contrainte pour la bancarisation de l’économie. En effet, 2,6% seulement de la population sénégalaise détient un dépôt bancaire. Le réseau postal qui est relativement plus dense, n’a pas pu jouer un rôle complémentaire à celui des banques dans la mobilisation de l’épargne populaire. Avec, 135 bureaux de contre 73 guichets pour les banques, la société nationale la Poste n’a pu collecter que l’équivalent de moins de 1% du PIB. Ceci montre que l’épargne financière est relativement faible et les possibilités de sa mobilisation limitées

2.3.11 Au plan institutionnel, la supervision bancaire s’est systématisée, sous l’impulsion de la

Commission bancaire de l’UEMOA. En outre, le respect des normes prudentielles édictées par la BCEAO, notamment le coefficient de couverture des emplois à moyen et long termes par des ressources stables, contraint assez fortement la transformation des ressources à court terme, en crédit à moyen et long termes et ainsi le rôle d’intermédiation financière du secteur bancaire. Ainsi, face à cette situation, les banques sénégalaises s’abstiennent de s’engager à terme en préférant avoir des positions relativement liquides. Par ailleurs, les alternatives au crédit bancaire pour des montants intermédiaires, par exemple le capital risque, sont quasi-inexistantes. En dépit de toutes ces insuffisances, le système financier demeure solide car il respecte les ratios prudentiels sous la supervision de la Commission bancaire régionale. Toutefois, le secteur fait face à son étroitesse et sa faible diversité ainsi qu’à la persistance de la concentration du risque des banques sur les grandes entreprises (vulnérabilité principale à laquelle il est confronté). Enfin, le peu d’intérêt porté par les banques aux PME a favorisé le développement de la microfinance, avec des engagements sous forme de crédit bancaire qui ont atteint 5% en 2004 contre 2,6% en 2000 et 1% en 1996.

2.3.12 Petites et moyennes entreprises (PME): elles contribuent à 20% du PIB, fournissent 30%

des emplois salariés du secteur moderne notamment dans la production des biens, dans la transformation, le commerce, le transport et d’autres services. Malgré ce rôle clé dans l’économie sénégalaise et en dépit de la surliquidité des banques, les PME font face à d’énormes difficultés en particulier pour l’obtention de crédits à moyen et long termes d’un montant intermédiaire (20 à 30 millions FCFA) à des crédits bancaires (compris entre 100 et 200 millions FCFA)* * . On note également l’absence des alternatives au crédit bancaire comme par exemple le capital-risque. Pour l’instant, le gouvernement s’attelle à adopter une série de mesures notamment la charte des PME ( en 2003) qui débouchera en 2005 sur une loi d’orientation relative à la promotion et au développement de la PME; la mise en place d’une définition unique de la PME, permettant par la suite la mise en place des dispositifs de recensement et d’évaluation des mesures de soutien, ainsi que la simplification de la fiscalité et des procédures de mise en place des collatéraux ; la mise en place de nouvelles lignes de crédit bonifiés prévue par la Charte de la PME et la pérennisation des dispositifs existants, tel que le

* *La plupart de ces difficultés sont similaires à celles que connaissent les PME dans d’autres pays du continent notamment : la réticence du secteur bancaire à financer des projets peu bancables et souvent opportunistes ; le caractère problématique de l’environnement juridique et commercial (malgré l’uniformisation OHADA en cours) notamment en matière de constitution et d’exercice des garanties et sûretés immobilières, de droit hypothécaire et foncier et de respect des contrats (faible efficacité de la justice commerciale)

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FPE qui réunit un fonds de refinancement et un fonds de garantie pour les établissements financiers, finançant les PME.

2.3.13 Le secteur informel : les autorités sénégalaises définissent ce secteur comme celui

réunissant l’ensemble des unités de production dépourvues de numéro statistique et/ou de comptabilité écrite formelle. Ce secteur occupe près de 50% de la population active. Les entreprises

évoluant dans ce secteur sont confrontées à deux contraintes majeures notamment la faiblesse des débouchés et les difficultés d’accès au crédit. Les problèmes organisationnels/techniques, de réglementation (rapport avec la fiscalité ou le Ministère du commerce ou la mairie), de main d’œuvre, sont considérés par les chefs des Unités de Production Informelles (UPI) comme secondaires ou résiduels. Les chefs des UPI souhaitent de l’assistance pour l’accès aux débouchés, au crédit et aux informations sur le marché.

2.4

Questions transversales

Gouvernance

2.4.1

Le gouvernement poursuit la mise en œuvre du programme de réformes budgétaires et

financières destiné à renforcer l’obligation de rendre compte dans le contrôle des finances publiques, la transparence, la lutte contre la corruption, la participation et les réformes juridiques et

judiciaires. En matière de contrôle des finances publiques, des directions du contrôle interne** * ont été crées en juin 2004 dans toutes les directions générales du Ministère de l’Economie et des Finances, placées sous l’autorité directe des directeurs généraux. Par ailleurs, il a été constitué en septembre 2004 le contrôle des opérations financières (COF) .

2.4.2 Dans le domaine des passations des marchés publics, l’environnement réglementaire des

marchés publics s’est considérablement amélioré. Le nouveau code de passation des marchés (CMP), adopté en 2002 et respectant globalement les principes et les pratiques admis sur le plan international, a vu ses textes d’application essentiels pris. Quant au cadre institutionnel, il a connu un début de révision pour renforcer l’efficacité du processus de passation des marchés, notamment

en confiant aux autorités contractantes (AC) plus de responsabilité en la matière et en créant au sein de chaque AC, une Commission des marchés (CM). Les opérations de passation des marchés connaissent, avec les différentes formations dispensées, une amélioration qui reste encore à affirmer. Enfin, l’intégralité du système a été renforcé par l’existence d’un système de recours pour les soumissionnaires et par les audits des marchés publics effectués depuis 2001 par des cabinets indépendants, en attendant que la Cour des comptes dispose des compétences adéquates. Cependant, des problèmes persistent dans le processus de mise en œuvre de la réforme des marchés publics, principalement le recours abusif au marché de gré à gré.

2.4.3 En matière de lutte contre la corruption, la Commission nationale de lutte contre la non-

transparence, la corruption et la concussion, rattachée à la Présidence de la République, a été instituée en novembre 2003* * . A l’examen de ses textes constitutifs, on constate une faiblesse importante de ses pouvoirs notamment l’absence de pouvoir d’auto saisine et d’investigation, la limitation du mandat de ses membres à trois (3) ans non renouvelables, l’absence de moyens financiers et matériels six mois après sa création. Le gouvernement devrait engager une réflexion sur les modifications à apporter dont la plupart sont partagées par les membres de la commission eux-mêmes et sur les mesures d’accompagnement à mettre en œuvre afin de rendre cette commission fonctionnelle. Le gouvernement devrait également adapter les dispositions du code

* *Arrêté n° 005330 MEF/AD/bt du 15 juin 2004

* Loi

nomination du Président de la Commission et le décret 2004-374 du 25 mars 2004 portant nomination des autres membres de la Commission.

n° 2003-35 du 12 novembre 2003. Cette loi a été complétée par le décret 2004-355 du 18 mars 2004 portant

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pénal aux pratiques de corruption. En matière de la lutte contre le blanchissement des capitaux, le Sénégal a rendu sa législation uniforme à la directive de l’UEMOA** *** en janvier 2004 et il a été institué une cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF), structure dont la mission est d’assurer la collecte et le traitement des informations relatives à la lutte contre le blanchissement des capitaux notamment celles issues des déclarations de soupçons transmises par les personnes assujetties. Le Gouvernement doit renforcer les capacités de la CENTIF et du GIABA dont le siège se trouve à Dakar.

2.4.4 En matière de réformes juridiques et judiciaires, en dépit de la mise en œuvre depuis 1994,

de plusieurs projets de modernisation de la justice, des dysfonctionnements persistent en raison de déficit en moyens humains, matériels, infrastructurels et financiers. Ces contraintes ont entre autres pour conséquence des procédures administratives très lentes dans l’exécution des décisions de justice. Pour y faire face, le gouvernement a élaboré le programme sectoriel de la justice (PSJ) sur un horizon de dix ans (2004-2013) en vue de corriger ces déficiences et de rendre performant le service public de la justice de manière à ce qu’il puisse répondre aux attentes des justiciables (citoyens, milieux d’affaires, investisseurs). De manière spécifique, le programme vise : i) la consolidation de l’Etat de droit et le renforcement de la démocratie, ii) l’accessibilité et la crédibilité de la justice, iii) la garantie de la sécurité juridique et judiciaire et iv) l’assainissement de l’environnement des affaires et l’attrait des investissements.

2.4.5 En conclusion, le programme du Gouvernement continue d’enregistrer des résultats

appréciables. Toutefois, les efforts doivent se poursuivre en matière de transparence, de lutte contre

la corruption et de gouvernance juridique et judiciaire. Dans ce sens, il y a nécessité d’accompagner le gouvernement au travers d’une opération.

Intégration régionale

2.4.6 Le Sénégal est membre de la CEDEAO et de l'UEMOA et l’un des inspirateurs du NEPAD

dont le point focal de sa mise en œuvre en Afrique de l’Ouest sera désormais le Secrétariat Exécutif de la CEDEAO. En outre, le Sénégal devrait héberger l’un des Secrétariats techniques du NEPAD, en charge des questions des Infrastructures. Les actions initiées dans le cadre de l'UEMOA ont été confortées par les activités d'autres organismes régionaux avec notamment l'entrée en vigueur du Traité de l'Organisation pour l'harmonisation du droit des affaires (OHADA) en janvier 1998, l'inspection des compagnies d'assurance dans le cadre de la Conférence interafricaine des marchés de l'assurance (CIMA), la mise en vigueur du plan comptable de référence des organismes de prévoyance dans le cadre de la Conférence Interafricaine de la Prévoyance Sociale (CIPRES), etc. En outre, le Sénégal a poursuivi les réformes économiques dont l’achèvement de la transposition en droit interne des directives financières adoptées par l’UEMOA ainsi que l’uniformisation de sa législation en matière la lutte contre le blanchissement des capitaux. Le Sénégal est également membre actif d'autres organisations sous-régionales comme l'Organisation de mise en vigueur de la vallée Sénégal (OMVS) et l'Organisation de mise en valeur du fleuve Gambie (OMVG) créées pour mettre en œuvre des programmes de développement bâtis autour des ressources en eau que partagent les pays riverains du fleuve Sénégal et du fleuve Gambie. Au plan de la production des données statistiques, le Sénégal reçoit l’assistance de AFRISTAT et il participe au système général de diffusion des données (SGDD). Par ailleurs, le Sénégal fait partie des neufs (9) pays de l’Afrique de l’Ouest qui recevront dans le cadre du projet AFRITAC l’assistance technique dans le domaine de la monnaie, des finances publiques et des statistiques.

2.4.7 En définitive, la dynamique de l'intégration régionale et sous-régionale est en train de

contribuer à la modernisation du cadre institutionnel sénégalais et d'élargir l'horizon des décisions

*

12

économiques qui tiennent de plus en plus compte des exigences d'une intégration efficace à l'échelle régionale comme à l'échelle internationale. Toutefois, les effets bénéfiques de cette dynamique doivent être confortés par i) l’institution du code des investissements communautaires et du code de passation des marchés publics au niveau communautaire ; ii) le relèvement de la part des échanges au sein de la sous région et iii) la réalisation des investissements permettant de pallier les insuffisances constatées dans le domaine des infrastructures routières et ferroviaires et surmonter les inconvénients de la position excentrique du Sénégal par rapport à l'espace de l'UEMOA. C’est le nouveau défi auquel s’attellera le Sénégal avec le NEPAD en faisant partie du deuxième groupe de pays acceptant la revue des pairs ; en mettant spécifiquement l’accent sur les infrastructures routières et énergétiques, les secteurs sociaux ainsi que les normes bancaires et financières. L’ambition du NEPAD, étant en effet au plan énergétique, de poser les bases du développement de l’Afrique en comblant le gap qui sépare les pays africains des pays développés par la mise à disposition d’énergie de qualité, en quantité suffisante et à un prix compétitif.

Population

2.4.8 La population sénégalaise est estimée à 10,3 millions d’habitants en 2003 et son taux de

croissance démographique a été de 2,7%, supérieur à la moyenne africaine (2,4%)au cours de la période sous revue. La vitalité démographique du pays s’explique surtout par les importants progrès réalisés dans la réduction de la mortalité infantile (64,4 et 59 pour 1000 respectivement en 1995 et 2000) alors que le taux brut de natalité n’a pas suffisamment baissé (32,4 pour 1000 en 2002). Le rythme actuel de croissance démographique exerce une forte pression sur les systèmes de santé et d’éducation du pays, ainsi que sur l’offre en logements.

2.4.9 La population du Sénégal se caractérise aussi par son extrême jeunesse. En effet, 58% sont âgés de moins de 20 ans, tandis que 5% seulement ont 60 ans et plus. La répartition par sexe fait ressortir une légère prédominance des femmes qui représentent 52% de la population totale. La densité moyenne du pays se situe autour de 46 habitants au kilomètre carré. Toutefois, cette moyenne d’ensemble masque de grandes disparités régionales. La densité de la population atteint 4 000 habitants/km2 à Dakar contre 8 habitants/km2 à Tabacounda, à l’Est. La ville de Dakar, à elle seule, abrite environ 55% de la population urbaine du Sénégal. La population est surtout concentrée à l’Ouest et au Centre. L’Est et le Nord sont faiblement peuplés. Cette différence dans la répartition géographique de la population s’explique par l’inégal développement du pays et la forte concentration des infrastructures sociales et économiques à Dakar.

2.4.10 Du fait de la crise économique, des tensions sociales issues de l’extension de la pauvreté et

de la constante dégradation de l’environnement née des multiples sollicitations humaines et des changements climatiques, on observe depuis quelques décennies un intense courant migratoire des campagnes vers les villes. Globalement, l’exode rural a pour effets les plus visibles la dévitalisation des campagnes et le développement des espaces urbains désarticulés notamment à la périphérie de Dakar. Enfin, on estime à au moins 25%, le taux d’investissement nécessaire pour obtenir un développement qualitatif au Sénégal. Or, le taux d’investissement moyen dans ce pays sur la période 2000-2004 se situait en dessous du seuil de 20% fixé par l’UEMOA comme critère de convergence à l’intégration régionale.

Marché de l’emploi, normes du travail et travail des enfants

2.4.11 Emploi : près de 51% de la population de 10 ans et plus sont insérés dans le marché du

travail (62% pour les hommes et 41% pour les femmes). Le chômage au sens strict du terme est estimé à près de 12% de la population active (14% pour les femmes et 10% pour les hommes). Le vrai problème n’est cependant pas le chômage mais le sous emploi. Dans le cas spécifique de Dakar qui concentre 80% des activités industrielles et commerciales, le taux de sous emploi est estimé à

13

72.5% de la population active. Parmi les actifs occupés, 7,5% proviennent du secteur public et parapublic, 16% du secteur privé formel et 76,5% du secteur informel. Les actifs du secteur informel travaillent davantage (47 heures par semaine) que leurs compatriotes dans les autres secteurs et ils ne disposent pas d’avantages sociaux.

2.4.12 La politique du gouvernement en matière d’emploi s’appuie principalement sur le plan

national pour l’emploi, le fonds national d’action pour l’emploi et l’observatoire pour l’emploi. Ces

trois instruments ont été mis en place en 2003 pour faciliter l’insertion des jeunes, appuyer la formation technique et professionnelle des demandeurs d’emploi, financer les opérations génératrices d’emplois et suivre l’évolution du marché de l’emploi.

2.4.13 Normes de travail : Sur trente sept (37) conventions ratifiées par le Sénégal, trente deux

(32) sont en vigueur dont les sept (7) conventions fondamentales relatives à la liberté syndicale et la protection du droit syndical, l’abolition du travail forcé, la non discrimination en matière de travail

et d’emploi et le travail des enfants, au droit d’organisation et de négociation collective, l’égalité de rémunération, la discrimination à l’emploi et à la profession et l’interdiction des pires formes de travail des enfants. La Charte nationale sur le dialogue social, adoptée en novembre 2002 par les représentants des employeurs, les représentants des travailleurs et le Gouvernement, est entrée en vigueur en mars 2003. Elle constitue un réel cadre d’implication des partenaires sociaux dans le processus décisionnel. Elle a pour objet entre autres de renforcer les mécanismes du dialogue social notamment la négociation collective, la conciliation et la consultation, de mettre en place des formations, notamment sur la négociation collective, la législation du travail, les normes internationales aux représentations des organisations des travailleurs et des employeurs.

2.4.14 Travail des enfants. En dépit de l’adoption de la Convention n° 138 sur l’âge minimum

d’admission à l’emploi (décembre 1999) et la Convention n°182 sur les pires formes de travail de des enfants (juin 2000), 37,6% d’enfants de 5 à 15 ans travaillent actuellement. Ce taux est légèrement plus élevé chez les garçons (39,4%) que chez les filles (35,7%) et les enfants travaillent plus en zone rurale (43,5%) qu’en zone urbaine (27,7%). Au plan spatial, les régions du bassin arachidier enregistrent les taux les plus élevés avec 49,5% pour Thiès, 48,7% pour Fatick, 47,5% pour Louga 46,8% pour Kaolack. On note également la précocité du travail des enfants au Sénégal; 31% des enfants qui travaillent sont âgés de 5 à 9 ans et 43,9% d’entre eux ont entre 10 et 15 ans. Par ailleurs, plus de 12% des enfants effectuent plus de quatre heures de travail par jour, ce qui est contraire à la norme admise. La plupart des enfants qui effectuent des tâches domestiques de plus de quatre heures sont dans une tranche d’âge entre 10 et 15 ans (17,2%). Cette proportion est de 6,1% pour les enfants de 5 à 9 ans. Les régions qui enregistrent les taux les plus élevés dans ce domaine sont : Kaolack (19,2%), Louga (15,6%), Tambacounda (14,4%) et Diourbel (13,9%). Cette proportion est plus élevée en milieu rural (14,4%) qu’en milieu urbain (7,2%).

Migrations

2.4.15 Bien que jouissant d’une stabilité politique et d’une relative prospérité économique, le

phénomène d’immigration est marginal au Sénégal. En effet, on dénombre 300 000 guinéens dans les petits métiers, 50 000 capverdiens, apportant leur tradition culturelle. A cela s’ajoute 45 000 réfugiés dont 40 000 d’origine mauritanienne, localisée dans la région du fleuve Sénégal, 5 000 d’origine diverse notamment libérienne, rwandaise, sierra-léonaise. Par ailleurs, on compte 10 à 15 mille personnes, originaires de la région de Casamance, déplacée à la suite du conflit armée. Par contre, en matière d’émigration, le Sénégal compte près de 2 millions personnes dans le monde dont les transferts ont représenté 6,5% du PIB au titre de l’année 2003 et ces transferts contribuent au développement du Sénégal dans plusieurs secteurs.

Genre

14

2.4.16 La population sénégalaise est composée de 52% de femmes contre 48% des hommes. Les

femmes jouent un rôle capital pour la reproduction, la survie et le développement de la famille. En zone rurale où elles représentent 75% de la population active, elles participent surtout aux activités agricoles, notamment dans la culture arachidière et céréalière, la riziculture, le maraîchage et l’élevage des petits ruminants et de la volaille. Le petit commerce et la transformation artisanale du poisson font également partie de leurs principales activités. En milieu urbain, elles tiennent en grande majorité le commerce dans le secteur formel et informel.

2.4.17 Sur le plan politique, la représentation de la femme à l’assemblée et au gouvernement

demeure encore insuffisante (19% à l’assemblée et au gouvernement contre un objectif de 30% fixé par l’Union africaine). On observe également une faible représentation des femmes au niveau des conseils municipaux et ruraux, des chefferies traditionnelles, des communes et de la magistrature. Au plan juridique, la Constitution reconnaît le principe de l'égalité de tous les citoyens. Par ailleurs, le Sénégal a adhéré à la quasi-totalité des conventions et normes juridiques internationales mises en place pour préserver les libertés et les droits de la personne humaine. C'est ainsi que la loi du 29 janvier 1999 réprime les violences contre les femmes et renforce leurs sanctions. La même loi prend en charge les mutilations génitales exercées sur les filles et les femmes, réprime le harcèlement sexuel, les violences conjugales, les coups et blessures sur les femmes, le viol, la pédophilie et l’inceste. Cependant, dans la réalité des faits, les femmes sénégalaises souffrent encore de nombreuses discriminations, qui se manifestent souvent dès le bas âge et se poursuivent tout au long de leur cycle de vie. Tout en étant reconnu, les textes de lois sont souvent niés dans les faits, par des dispositions contradictoires qui persistent dans ces textes et par des pratiques peu soucieuses de l'égalité et de l'équité de genre.

2.4.18 Plusieurs contraintes freinent la réalisation de l’équité de genre au Sénégal. Parmi celles-ci,

on peut citer : i) l’inadaptation de la législation nationale et l’insuffisance de l’application des lois

en faveur des femmes, ii) l’insuffisance de l’information sur les femmes et le niveau élevé d’analphabétisme de ces dernières, iii) la persistance des pesanteurs sociales et culturelles sur le statut de la femme, iv) la faiblesse du statut économique de la femme, v) la faible représentation des femmes dans des instances de décisions. Il en résulte que la femme beaucoup plus que l’homme dans la société sénégalaise est victime d’une marginalisation notoire dans les domaines sociaux, économiques et politiques.

2.4.19 Pour renverser cette tendance et renforcer la position centrale de la femme dans le

développement durable, le Plan d’action National de la Femme 1997-2001 a été mis à jour en 2004 et il se fixe pour objectif de renforcer la capacité et le leadership des femmes et particulièrement des élites féminines. En somme, ce plan se préoccupe surtout de l’amélioration de la situation des femmes rurales, des femmes pauvres et des femmes chefs de ménage ou en situations difficiles en facilitant leur accès aux services et aux biens, ainsi qu’en renforçant leurs capacités et leur pouvoir de décision. En plus de ce plan, le Sénégal a ratifié tous les traités et conventions contre la discriminations à l’égard des femmes.

VIH/SIDA et autres maladies transmissibles

2.4.20 En 2002, on estime à 1,4% le taux de prévalence du VIH/SIDA dans la population de 15

à 49 ans. Le nombre de personnes infectées par l’épidémie se situe autour de 80 000, dont 77 000 adultes et 3 000 enfants. La répartition par sexe indique une prédominance chez les hommes, avec un ratio de 9 hommes infectés pour 7 femmes. Kaolack, Fatick et Dakar avec des taux de prévalence respectifs de 1,80%, 1,50% et 1,30% sont les régions les plus affectées par l’épidémie, tandis que Tabacounda, Kolda (0,80%) et Saint-Louis, Ziguinchor (0,90%) restent

15

les moins atteintes. Le nombre de décès cumulés au Sénégal depuis 1990 est estimé à 35 000, dont 5 000 décès en 2004. Au cours de la même période, le nombre des orphelins a atteint 20 000. Il en résulte un important impact économique et social.

2.4.21 Dans l’ensemble, la situation actuelle de l’épidémie reste faible et stable au Sénégal par

rapport à d’autres pays en Afrique au Sud du Sahara. Parmi les atouts qui font du Sénégal un pays d’avant-garde en matière de lutte contre le VIH/SIDA, on a identifié en autres la valeur morale à forte dominante religieuse, l’établissement d’un système de prise en charge socio- sanitaire de la prostitution, la réponse précoce à l’épidémie, le développement d’actions

publiques à large échelle, l’engagement des leaders politiques et religieux, des experts médicaux

et des communautés, le partenariat renforcé avec les ONG et les partenaires au développement,

les initiatives gouvernementales d’accès aux traitements antirétroviraux.

2.4.22 Afin de maintenir la prévalence de l’épidémie à un niveau inférieur à 3%, d’améliorer la

qualité de vie et de réduire l’impact socio-économique de la maladie, le Gouvernement du Sénégal a élaboré le Plan stratégique 2002-2006 qui vise un taux de prévalence inférieure à 3% en 2007 et 2% en 2015. Cet objectif sera constamment revu en fonction des résultats de l’Enquête Démographique de Santé 4 en juillet 2005 et des différentes évaluations tous les cinq ans. Les composantes de ce plan couvrent les domaines de la prévention, la prise en charge médicale et psychosociale, la surveillance épidémiologique, la recherche, la coordination et la gestion.

2.4.23 Les maladies sexuellement transmissibles (IST) constituent également une priorité

sanitaire indiscutable au Sénégal dans la mesure où elles sont directement à l’origine d’une morbidité et d’une mortalité non négligeable, surtout chez les femmes. L’interaction des IST classiques (syphilis, gonococcies, chancre mou, trichomonases, etc.) avec le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) leur confère aujourd’hui une place primordiale dans les stratégies de lutte contre l’expansion de la pandémie du SIDA. En effet, une prise en charge des IST entraîne une réduction de l’incidence du VIH en population générale d’environ 41%. Au Sénégal, la prévalence des IST est très élevée chez les prostituées, notamment clandestines. La fréquence auto-déclarée chez les hommes semble faible. Enfin, les femmes enceintes apparaissent comme un groupe à faible risque. Le contexte actuel montre que la lutte contre les IST curables doit être profondément menée au Sénégal pour infléchir l’expansion du VIH.

2.4.24 Le paludisme est endémique sur l’ensemble du pays, représentant 35% de motifs de

consultations externes en 2005. Ce sont les enfants âgés de moins de cinq ans et les femmes enceintes qui sont les couches les plus vulnérables à cette endémie. Le Sénégal a élaboré et adopté un Programme national de lutte contre le paludisme dont la mise en œuvre est facilitée

par l’appui technique de l’Université, l’IRD et des partenaires techniques et financiers tels que l’IDA, l’OMS, l’UNICEF et l’USAID pour les études sur la chimiosensibilité et la bithérapie. La tuberculose reste aussi un problème majeur de santé publique et de développement au vu du nombre de cas dépistés chaque année et du poids socio-économique de la maladie. En 2001, on compte 6094 nouveaux cas TPM+, contre 9 086 cas de tuberculoses toutes formes confondues.

A la même période, la prévalence de la tuberculose se situe à 93 cas pour mille habitants. Enfin,

l’onchocercose est en nette régression dans les régions où elle sévit. Les enquêtes récentes montrent que le risque de cécité du à la maladie est désormais nul. Cependant, la maladie n’est pas encore éradiquée et une résurgence est toujours possible si les efforts actuels ne sont pas poursuivis.

16

Conditions environnementales

2.4.25 Le Sénégal se trouve être confronté à des problèmes environnementaux occasionnés

notamment par les rejets atmosphériques et les effluents industriels. Pour y faire face, un code de l’environnement a été adopté en 2000 et il fournit les bases juridiques des interventions dans ce domaine. Par la suite, un plan d’action pour l’environnement et le cadre de vie a été adopté en début 2005. Ce plan d’action a pour mission de promouvoir une gestion rationnelle des ressources naturelles et œuvrer à l’amélioration du cadre de vie des populations dans une perspective de développement durable et de réduction de la pauvreté. Cet objectif repose sur quatre axes : i) la réduction de la dégradation des ressources naturelles et de l’environnement, ii) la contribution à la lutte contre la pauvreté et l’amélioration du cadre de vie, iii) l’amélioration de la qualité des servis rendus et iv) la préservation de l’environnement global. Ses axes se traduisent par sept programmes et une cinquantaine de projets parmi lesquels : i) le programme d’implication du secteur privé, des collectivités locales et des populations à la gestion des ressources naturelles, ii) le programme de gestion du potentiel forestier et faunique, iii) le programme de collecte et de diffusion de l’information environnementale, iv) le programme d’éducation et de formation sur la sensibilisation environnementale. Enfin, le domaine a été retenu comme l’un des quatre secteurs pilotes devant faire l’objet d’un cadre de dépenses à moyen terme sectoriel (CDMT).

2.4.26 La protection de l'environnement est également une préoccupation gouvernementale et des

bailleurs de fonds dont la BAD dans la mise en œuvre de la politique agricole avec notamment l’intensification des cultures en sec qui a comme entre autres objectifs, la mise au point et la diffusion de techniques culturales limitant la remontée des sels pour les cultures irriguées. Il faut noter que depuis 1997, la communauté rurale a reçu, entre autres compétences, la gestion des forêts

sises en zones de terroir et l'élaboration et la mise en œuvre du plan local d'action pour l'environnement. Toutefois, l’insuffisance des moyens et des capacités institutionnelles constitue le handicap majeur à l’accomplissement de cette mission par les collectivités locales.

La participation

2.4.27 Le principe de la participation a servi à la conception et la formulation du DSRP du

gouvernement tant au niveau central qu’au niveau local et sectoriel. Toutes les parties prenantes ont été mises à profit, notamment le secteur privé, les organisations de la société civile, les élus au plan local ainsi que les représentants de l’Etat au niveau central et local. Dans sa mise en œuvre, et son suivi-évaluation, les parties prenantes sont également associées et elles interviennent dans les instances décisionnelles au plan national et local. Conformément à sa vision, la Banque de son côté apporte une grande importance à l’implication des parties prenantes pour atteindre les objectifs majeurs de bonne gouvernance et de réduction de la pauvreté. En outre, l’implication des parties prenantes contribue à l’amélioration de la qualité des projets et à leur viabilité.

2.4.28 Dans le cadre de l’élaboration du DSPAR, cette approche a également été mise à profit avec

le concours des autorités sénégalaises. Ainsi, le secteur privé, la société civile, les élus locaux ont été mis à contribution pour faire le bilan de la stratégie passée, identifier et choisir les piliers stratégiques d’assistance de la Banque au Sénégal au cours de la période 2005-2009, ce qui préfigure l’appropriation par toutes parties prenantes de la stratégie de la Banque, gage du succès de sa mise en œuvre et de l’atteinte des résultats escomptés.

17

2.5 Questions de pauvreté et questions liées au contexte social

Questions de pauvreté

Encadré 2 : Caractéristiques sur la pauvreté Indice de développement humain (2002) Mortalité infantile (par
Encadré 2 : Caractéristiques sur la pauvreté
Indice de développement humain (2002)
Mortalité infantile (par 1000 naissances en 2003)
Mortalité maternelle (pour 100 000 naissances vivantes en 1995)
Prévalence HIV/SIDA chez les adultes (en% en 2000)
Accès à l’eau potable (% de la population en 2000)
Taux d’analphabétisme (en % de la population de 15 ans et plus)
Global
Homme
Femme
0,437(157 ème sur 177)
78
510,00
1,40
87,90
59,00
48,09
70,00
2002/2003
Taux brut de scolarisation ( % de la population en âge de scolarisation)
Filles/Garçons école primaire
Incidence de la pauvreté (% de la population sous le seuil de pauvreté)
Moyenne nationale
Milieu urbain
Milieu rural
80,0
0,90
1994/1995
2002/2003
67,90
48,5
55,32
47,50
85,00
75,00

2.5.1 Les dernières analyses effectuées par la Banque mondiale et le gouvernement font ressortir

qu’au niveau national la part de la population en situation de pauvreté a diminué de 67,9% en 1994- 1995 à 48,5% en 2002-2003, soit une baisse en termes relatifs de l’incidence de la pauvreté de 19,4%. *

2.5.2 Ces analyses montrent également que les niveaux de pauvreté sont plus élevés en zones

rurales (75%) qu’en zones urbaines (47,5%), et plus élevés dans les autres zones urbaines qu’à Dakar. En outre, 57,5% des ménages ruraux sont pauvres contre un ménage sur trois dans la zone urbaine de la région de Dakar et 43,3% dans les autres villes du pays. Ces disparités se reflètent dans la répartition spatiale des ménages pauvres. Près de deux ménages pauvres sur trois (65%) y sont localisés alors que 54,7% seulement des ménages du pays sont ruraux. Par contre, Dakar qui abrite plus du quart des ménages du pays (25,9%) compte 17,8% de pauvres. Les villes autres que Dakar comptent 19,4% de l’ensemble des ménages et 17,3% des pauvres. Ces résultats montrent que l’ampleur de la pauvreté reste élevée puisque touchant près de la moitié de la population. Aussi, le Sénégal envisage-t-il de mettre en place une stratégie de croissance accélérée dans un contexte de soutenabilité de la dette extérieure.

Questions liées au contexte social

2.5.3 Education :au cours de ces dernières années, le système éducatif sénégalais, qui représente

un axe majeur de la lutte contre la pauvreté, a enregistré d’importants progrès en matière d’accès à tous les niveaux d’enseignement. La proportion d’enfants fréquentant les structures de développement de la petite enfance a atteint 6,9% en 2004 contre 2,2% en 2001. La scolarisation primaire a enregistré un accroissement du taux brut de 80% alors qu’il se situait à 69,4% en 2001, soit une augmentation de 10,6 points en 4 ans. Au cours de la même période, le premier cycle de l’enseignement moyen a vu une rapide expansion de ses effectifs, ce qui a entraîné une évolution positive de son taux de scolarisation de 23,1 à 29,4%.

* * Dans l’hypothèse de la constance des inégalités, l’élasticité de l’incidence de la pauvreté par rapport au revenu par tête serait de l’ordre de –1. En outre, entre les deux enquêtes ESAM-I et ESAM-II, l’indice de Gini qui mesure l’inégalité est supposé rester relativement stable au niveau national et la croissance des revenus par tête a été de l’ordre de 17%. En d’autres termes, le pourcentage des personnes pauvres devrait être réduit d’environ 17%, ce qui correspond à peu près au résultat obtenu.

18

2.5.4 L’expansion de la scolarisation s’est accompagnée d’une réduction des disparités liées au

genre. En 2004, la parité est déjà assurée au niveau de la petite enfance. L’écart entre garçons et filles a été progressivement réduit dans l’enseignement primaire où la différence ne se situe plus qu’à 5,1 points. Par contre, l’écart entre genre est resté pratiquement le même dans l’enseignement moyen et secondaire. Dans l’enseignement supérieur, si la parité est assurée dans le secteur privé, la situation est différente dans le secteur public où seulement 26% des effectifs sont des filles. En ce qui concerne les disparités géographiques, les inégalités en matière d’accès à la scolarisation primaire ne se sont pas réduites en 2004. L’accès à l’enseignement supérieur est de plus en plus réservé aux enfants nés dans les villes et issus des milieux riches. En outre, le nombre d’enfants en âge scolaire restés en marge du système éducatif et en situation d’échec reste encore important. La qualité de l’éducation reste donc un important défi à relever à tous les niveaux d’enseignement.

2.5.5 Pour corriger les insuffisances observées, l’Etat a initié en 1998 le Programme Décennal de

l’Education et de la Formation (PDEF) en collaboration avec les institutions et les agences du secteur de l’éducation, la société civile, ainsi que les partenaires techniques et financiers (PTF) dans le but de donner une impulsion au développement qualitatif et quantitatif du système éducatif sénégalais. Les objectifs spécifiques du PDEF sont les suivants: i) démocratiser l’accès à l’école, ii) améliorer la qualité du système éducatif et iii) rendre plus efficiente la gestion du système éducatif. Les réalisations majeures attendues pour les différents niveaux d’enseignement se résument comme suit : i) la généralisation de l’enseignement primaire en l’an 2010 ; ii) la réallocation de 49% du budget de l’Education nationale à l’enseignement élémentaire ; iii) la réduction de l’analphabétisme à un rythme soutenu de 5% par an avec l’approche du faire-faire ; iv) l’amélioration de l’accès et de la durée du séjour des filles dans tous les niveaux d’enseignement ; v) un accès plus important des élèves dans l’enseignement moyen et secondaire ; vi) l’amélioration de la qualité de l’enseignement et de la recherche universitaire.

2.5.6 Au terme de la première phase du PDEF, des résultats très significatifs avec une forte

poussée des taux de scolarisation dans l’enseignement moyen et secondaire attestent l’atteinte des objectifs de la Composante démocratiser l’accès à l’école. Par contre les composantes Qualité et Gestion du système éducatif n’ont pas pu atteindre les résultats escomptés. Les pesanteurs dans la mise en œuvre, la faiblesse des capacités et le manque de moyens logistiques ont atténué les composantes aux niveaux des composantes Qualité et gestion du programme. Aussi, des mesures plus appropriées d’organisations et de renforcement des institutions impliquées devront être prises dans la mise en oeuvre de la seconde phase (2005-2010).

2.5.7 Santé : le secteur de la santé est d’abord marqué par une insuffisance des infrastructures et

la faiblesse des prestations des services de qualité. Cela est plus exacerbé dans les zones pauvres et enclavées où les moyens d’évacuation sanitaires sont limités. Actuellement, le Sénégal compte environ un hôpital pour 515 000 habitants alors que la norme de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) est d’un hôpital pour 150 000 habitants. Seuls les ratios poste de santé par habitant (1 pour 7 694 habitants) et sage-femme par habitant (1 pour 3 371 femmes de 15 à 49 ans) affichent de bonnes performances par rapport aux normes requises par l’OMS. En 2001, le taux d’accessibilité aux services médicaux (moins de 30 minutes) est estimé à 57,6% avec un niveau de satisfaction de 59,4%. Seuls 39% des ménages ont accès à une maternité et 31,8% à une case de santé. A cette faiblesse de couverture sanitaire, s’ajoute une insuffisance quantitative et qualitative du personnel de santé. En 2003, la proportion d’accouchements assistés par un personnel formé ne se situe qu’à 54% et le taux de consultation primaire curative à 46%. Par ailleurs, le personnel de santé est mal réparti à travers le territoire national et peu motivé à exercer ses activités dans toutes les régions du pays, d’où une forte concentration en milieu urbain, notamment à Dakar.

19

2.5.8 Toutes les insuffisances précédemment évoquées expliquent les résultats peu satisfaisants

pour le secteur. A titre illustratif, les taux élevés de la mortalité maternelle et de la mortalité infanto-juvénile restent une grande préoccupation pour les pouvoirs publics. Sur 100 000 femmes

qui donnent naissance à un enfant, en moyenne 510 meurent, dont 450 en milieu urbain contre 950 en zone rurale. Le taux de mortalité des moins de 5 ans pour 1000 enfants en 2002 s’élève à 112 alors que le même indicateur pour les pays en voie de développement est de 79,8 contre 10,2 pour les pays développés. On note par ailleurs, une progression du VIH/SIDA au sein de la population âgée de 15 à 49 considérée comme sexuellement active. En effet, le taux de prévalence du VIH (SIDA) estimée à 1% en 2000 a atteint 1,5% en 2003. En ce qui concerne la nutrition, 22% de malnutrition chronique et 9% de malnutrition aiguë ont été observés chez les enfants de moins de 5 ans.

2.5.9 Dans ce contexte et suite à une large consultation, le Sénégal a mis en place le Plan national

de Développement sanitaire (PNDS) pour la période 1998-2007, dont les objectifs ont été repris dans le DSRP. Ce plan vise principalement l’amélioration du bien-être des populations par la réduction de la mortalité, de la morbidité et des invalidités. De manière spécifique le PNDS cherche à atteindre quatre objectifs prioritaires : (i) l’amélioration de la qualité et de l’offre des services de santé dans les régions où la situation sanitaire et l’état de pauvreté sont encore jugés préoccupants, (ii) le développement des services de santé à base communautaire, (iii) le développement chez les populations d’attitudes et comportements de prévention de maladies et, (iv) la lutte contre la mortalité maternelle et infanto-juvénile.

2.5.10 Le bilan actuel de la mise en œuvre du PNDS montre que le Sénégal a réalisé des progrès

notables dans le secteur de la santé résultant de l’accroissement des ressources budgétaires de l’Etat, du soutien des partenaires techniques et financiers et de la nouvelle politique basée sur la décentralisation renforcée. Toutefois, des contraintes majeures pèsent sur le secteur de la santé et représentent des défis importants pour accéder à une couverture sanitaire satisfaisante. Il s’agit principalement de la forte croissance démographique (2,7% en 2002 contre 1,7% pour les pays en développement), qui a pour conséquence l’engorgement des structures sanitaires, l’utilisation très intensive des équipements médicaux, la dégradation des ratios et normes de santé par rapport à la population. A cela s’ajoutent l’insuffisance des ressources destinées au secteur et les facteurs sociaux et culturels tels que les croyances et attitudes devant la maladie qui, à leur tour, ont un effet sur les itinéraires thérapeutiques.

2.6

Perspectives économiques à moyen terme et environnement externe

Contraintes

2.6.1

Les principales contraintes à la croissance durable et à la réduction de la pauvreté dans le

contexte du Sénégal sont d’ordre structurel et institutionnel. Elles portent sur l’insuffisance des infrastructures économiques, la non maîtrise de l’eau et la faible diversification de l’économie, la faible accumulation du capital humain et financier et la persistance des rigidités dans l’environnement institutionnel ainsi que la présence des risques fiduciaires dans la gestion des finances publiques et la passation des marchés.

2.6.2 L’insuffisance des infrastructures économiques notamment dans le domaine énergétique et des

transports est un des handicaps à la modernisation de l’économie sénégalaise, à sa compétitivité et au bien être de la population. En matière énergétique, l'utilisation de l'électricité par unité de production est extrêmement faible, bien que s’inscrivant en augmentation au cours des dernières années. L'offre est largement déficitaire compte tenu du faible taux de pénétration de l'électricité en milieu rural (8%) et urbain (50%). En outre le parc est vétuste et les pertes de transport et de distribution d’électricité sont importantes, causant ainsi des délestages fréquents préjudiciables aux utilisateurs.

20

2.6.3 Quant aux infrastructures de transport, leur insuffisance contribue à réduire l’attrait du

Sénégal auprès des investisseurs, notamment dans le périmètre de la métropole de Dakar. Pour y face, le gouvernement met déjà en œuvre le programme d’amélioration de la mobilité urbaine (PAMU), couplé à l’installation des échangeurs dans des points sensibles de Dakar, le programme sectoriel transport 2 (PST-2) avec la rénovation et l’amélioration des infrastructures routières, la modernisation du chemin de fer, des transports aériens et maritimes ainsi que des réformes en matière de planification et de gestion financière du secteur. Une initiative complémentaire à ces deux opérations est de construire à Diamniadio, une plate-forme destinée à créer un nouveau pôle de croissance en dehors de Dakar. La non maîtrise de l’eau est une autre contrainte qui est particulièrement ressentie par les populations rurales dont une personne sur trois n’a pas accès en permanence à l’eau potable. Elle est également une entrave aux performances du secteur agricole.

2.6.4 Par ailleurs, en dépit des efforts consentis ces dernières années en matière d’éducation et de

santé, la faible accumulation du capital humain demeure encore une contrainte à l'amélioration de

la productivité.

2.6.5 Au niveau de l’environnement institutionnel, on observe la persistance des difficultés à créer

une nouvelle entreprise, la rigidité du marché du travail (difficulté à embaucher et révoquer des employés), les difficultés d’accès à la terre et à la propriété, l’insécurité juridique et la persistance des risques fiduciaires qui obèrent la gestion des finances publiques et la passation des marchés. Par ailleurs, en dépit de la viabilité du système financier, les PME se heurtent à des difficultés de

financement, en particulier pour l’obtention de crédits de moyen et long termes. De manière générale, la contrainte de financement limite la diversification de l’économie, ce qui expose le pays aux aléas des cours des matières premières (arachide) et fragilise les équilibres macro-économiques du Sénégal.

Perspectives

2.6.6 En dépit des contraintes susmentionnées, le Sénégal dispose d’un certain nombre

d’atouts indéniables. Le premier atout du Sénégal est la stabilité de ces institutions démocratiques qui permettent le maintien du cap de la transparence dans la gestion budgétaire et financière. En effet, le dispositif réglementaire se met en place dans les domaines de la bonne gouvernance, de la responsabilité financière, de la mobilisation des ressources extérieures et intérieures, de l’initiative privée, de l’intégration régionale. Ces actions sont à l’origine de la qualification du Sénégal pour les années 2004 et 2005 au Fonds pour le « Millennium Challenge Account (MCA)», institué les USA.

2.6.7 Le second atout est le potentiel de développement du secteur privé dans les

infrastructures économiques, le tourisme et les services. Le taux de croissance se situera autour de 7 à 8% sur la période 2005-2009 du fait de l’amélioration du cadre incitatif pour une réelle facilitation de la participation du secteur privé dans le processus de développement et la réalisation des grands travaux dans les infrastructures économiques et sociales.

2.6.8 Le troisième atout est la disponibilité de ressources importantes en eau et en sols et d’un

fort potentiel de développement agricole avec 240 000 hectares qui peuvent être aménagés notamment dans les bassins du fleuve Sénégal et en Haute Casamance. La mobilisation de ressources en eau à partir des bassins versants de petite envergure à l’intérieur du pays et surtout dans les zones arides du pays, offrent également des possibilités de développement de l’hydraulique rurale. Les professions agricoles s’organisent de mieux en mieux et participent davantage dans la formulation des stratégies. Le processus de décentralisation se met en place progressivement et les communautés rurales initient la réalisation d’infrastructures de base. Le pays possède également des avantages comparatifs pour la production et l’exportation de

21

produits horticoles. L’arachide est une culture pratiquée par des producteurs sénégalais et la plus rémunératrice des cultures pluviales. Elle constitue une source importante de protéine et de revenus d’exportation. Des efforts de diversification des productions sont entrepris, pour atténuer le poids de la filière arachidière. Pour doubler le revenu par tête d’ici 2015, le gouvernement s’est engagé à valoriser ces potentialités à travers un programme dont les principales composantes sont présentées au chapitre III.

2.7

Climat des affaires et questions affectant le secteur privé

2.7.1

L’environnement des affaires au Sénégal est en voie d’amélioration. Sous l’impulsion du

Conseil Présidentiel d’Investissement (CPI), des dispositions ont été prises afin que le secteur privé soit véritablement le moteur de croissance en vue de la réduction de la pauvreté. En effet, en matière fiscale, il a été adopté en février 2004, la loi portant code général des impôts révisé qui vise la promotion de l’investissement privé, la compétitivité, l’équité fiscale et la lutte contre l’évasion fiscale en vue de l’élargissement de la base imposable. Ainsi, le taux d’imposition des sociétés est passé de 35% à 33%. En outre, pour mieux adapter la fiscalité aux petites structures économiques, élargir la base imposable et lutter contre la fraude fiscale au niveau des entreprises du secteur informel, il a été institué un impôt appelé contribution globale unique (CGU), impôt composite, combinant l’impôt sur le revenu, la TVA, la contribution forfaitaire à la charge de l’employeur (CFCE), la contribution à la patente et à la licence. En matière d’investissements, le code des investissements a été révisé et il accorde des avantages aux secteurs porteurs de croissance, aux secteurs pour lesquels le Sénégal a un avantage comparatif et aux secteurs à haute intensité de main d’œuvre (HIMO).

2.7.2 En matière de politique gouvernementale de désengagement du secteur public, une loi a été

adoptée relative au cadre législatif définissant l’architecture de la réglementation de type BOO, BOOT et BOT. Par ailleurs, le processus de privatisation de la SONACOS a abouti en fin décembre 2004 par le rachat par ADVENS de 66,9% de la part des actions de SONACOS détenues par l’Etat. Ainsi, outre la SENELEC, le portefeuille de l’Etat ne compte que trois entreprises pour lesquelles la vente est programmée en 2005. Il s’agit notamment de la Loterie nationale sénégalaise (LONASE), du Centre expérimental de recherches et d’études pour l’équipement (CEREEQ) et du Centre international du Commerce extérieur du Sénégal (CICES).

2.7.3 En matière de gouvernance, il a été adopté deux lois, l’une relative à la modernisation des

procédures administratives applicables aux investissements. La seconde a trait à l’institution en novembre 2003 de la Commission nationale de lutte contre la corruption, comprenant les institutions gouvernementales, le secteur privé et les ONG. Concernant la passation des marchés publics, le nouveau code de passation des marchés (CMP), adopté en 2002 a introduit les principes de transparence à travers l’introduction des dispositions dissuasives de la corruption notamment la déconcentration de la Commission nationale des marchés ; la création d’une commission d’une commission de marché dans chaque administration, la reconnaissance de l’appel d’offre comme mode privilégié de passation des marchés ; la subordination du gré à gré à l’obtention de l’accord préalable de l’Autorité chargé des marchés publics ; l’ouverture publique des plis, en présence des soumissionnaires et l’obligation de publier les résultats. La grande faiblesse du système actuel réside dans le fait que, après la mise en place en vigueur du code, tous les textes d’application y relatifs n’ont pas été adoptés. Il faut relever également l’absence de précision dans les modalités d’application de ce code et le manque de supports (documents standard et manuels de procédure) permettant de guider les responsables des marchés et de réduire les délais d’exécution.

2.7.4 Concernant la PME, une charte a été adoptée en 2003 qui devra déboucher sur le vote d’une

loi d’orientation relative à la promotion et au développement des PME au Sénégal en 2005. La prise en compte de la dimension genre dans la PME s’est illustrée par la création d’un Ministère de

22

l’entrepreneuriat féminin en charge de la PME et de la microfinance. Face aux contraintes de financement auquel font face les PME, un certain nombre d’initiatives sont émises notamment celle de la BAD consistant à reformer et assainir le FPE en vue d’en faire un instrument de financement des PME à travers une diversification des produits financiers avec possibilité d’utiliser l’épargne des immigrés; la pérennisation du dispositif actuel du FPE qui réunit un fonds de refinancement et un fonds de garantie pour les établissements financiers financant la PME et le recours à la microfinance.

2.7.5 Malgré la mise en œuvre de toutes ces réformes et toutes ces actions, l’environnement

continue de faire face aux contraintes infrastructurelles, institutionnelles et structurelles. Au niveau infrastructurel, les coûts de production des entreprises demeurent encore élevés notamment celles des transports. Par ailleurs, comme mentionné au point 2.6, l’insuffisance de transport à Dakar contribue à réduire l’attrait de la métropole auprès des investisseurs.

2.7.6 Contraintes au niveau des pratiques juridiques et réglementaires : les entreprises font

toujours face à des difficultés à créer une nouvelle entreprise, à embaucher et renvoyer des employés, aux conditions de transfert de la propriété, l’engorgement du système judiciaire dans le domaine commercial et celui du code du travail, de la protection des investisseurs et la résolution des cas de faillite. L’introduction d’une voie extra-judiciaire de résolution des conflits et la création d’une chambre d’arbitrage n’ont ni suscité l’intérêt attendu et ni donné les résultats escomptés. En outre, dans le domaine commercial, l’exécution et la transparence des décisions de justice, sont souvent problématiques. Des contentieux ayant récemment défrayé la chronique ont mis en lumière ces problèmes qui concernent les entreprises étrangères installées au Sénégal comme par exemple la Société générale des Banques au Sénégal (SGBS). Par ailleurs, le processus de négociations régionales des Accords de Partenariat Economique (APE) de l’Union européenne, lancé avec la CEDEAO en octobre 2003, suscite des craintes au sein de plusieurs secteurs de l’économie sénégalaise, en raison de la concurrence des importations européennes qui devrait s’ensuivre.

2.7.7 Contraintes au niveau structurel : la principale contrainte est celle relative à l’accès à la

terre, notamment dans l’agriculture. Une agence a été instituée en 2002, dénommée l’agence d’aménagement et de promotion des sites industriels (APROSI), chargée de mettre en place des parcs industriels destinés à accueillir des nouvelles entreprises. Pour contribuer à lever la contrainte liée à l’accès à la propriété, la Banque à travers un don du FAD va contribuer à la modernisation du cadastre, des domaines et de la conservation foncière en vue de l’amélioration du climat des affaires et de la mobilisation des ressources internes.

2.7.8 En définitive, malgré les efforts fournis ces dernières années pour améliorer le climat des

affaires, l’indice des facilités d’exercer les affaires reste encore faible et le Sénégal est classé 24 ème

sur 37 pays africains*. * Des actions spécifiques doivent être apportées en matière d’accès à la propriété, de transparence dans la passation des marchés.

III.

PROGRAMME DE REDUCTION DE LA PAUVRETE

3.1

Principaux éléments du programme gouvernemental de développement

3.1.1

Pour faire face au défi de la pauvreté, le Gouvernement a adopté en mars 2002 un DSRP

final, à l’issue d’un processus participatif incluant l’essentiel des acteurs du développement économique et social. Les principaux objectifs poursuivis par le DSRP se déclinent en trois axes prioritaires: i) doubler le revenu par tête d’ici 2015 dans le cadre d’une croissance forte, équilibrée et mieux répartie; ii) généraliser avant 2010, l’accès aux services sociaux essentiels en accélérant la mise en place des infrastructures de base pour renforcer le capital humain; iii) éradiquer d’ici 2015,

* *OPSD (2005), Ease of doing business in 37 african countries-Update, ADB.

23

toutes les formes d’exclusion au sein de la Nation et instaurer l’égalité des sexes en particulier dans les niveaux d’enseignement primaire et secondaire. De ces trois axes prioritaires découlent les quatre leviers fondamentaux de la stratégie qui sont : i) la création des richesses ; ii) le renforcement des capacités et la promotion des services sociaux de base ; iii) l’amélioration des conditions de vie des groupes vulnérables ; et iv) la mise en œuvre du dispositif de suivi évaluation décentralisé et participatif. Les objectifs et les actions prioritaires correspondantes ont été consignés dans la matrice des mesures du DSRP. De cette matrice a été extrait le plan d’actions prioritaires (PAP) pour la période 2003-2005. Sur la base des trois axes stratégiques susmentionnés du DSRP, un processus de mise à jour a déjà été engagé en début 2005, duquel découlera un second plan d’actions prioritaires pour la période 2006-2008. La stratégie de réduction de la pauvreté du Sénégal est en cohérence avec le plaidoyer international pour l’atteinte des objectifs du millénaire, la vision de la Banque ainsi que son plan stratégique et la vision du NEPAD

3.1.2 Le gouvernement se devait d’accompagner le premier levier de la stratégie, à savoir la

création de richesse par la mise en œuvre : i) des réformes afin que le secteur privé soit le moteur

de la croissance, la valorisation du potentiel du secteur primaire, couplé par la poursuite des programmes de valorisation du capital humain dans les domaines de l’éducation et de la santé ; ii) du programme national de bonne gouvernance adoptée en juin 2002, incluant le plan d’actions CFAA/CPAR issues du diagnostic effectué par le gouvernement, la Banque mondiale et la Banque dans les domaines de la responsabilité financière en vue d’une gestion efficiente des finances publiques, d’une transparence dans les passations des marchés, d’une mobilisation des ressources destinées à des fins productives et du renforcement de l’intégration régionale.

3.1.3 La création des richesses : L'objectif de croissance pour la période 2003-2005 était

d'atteindre un taux moyen annuel de 7 à 8%. Cet objectif reposait sur l’hypothèse d’une anticipation de la hausse des investissements publics et privés qui serait générée par : i) un redressement de la contribution du secteur agricole à la croissance basée notamment sur une réduction de la vulnérabilité des activités agricoles, une diversification des produits et une modernisation des exploitations, ii) des politiques macroéconomiques saines et des réformes à un ensemble large de domaines, iii) un climat favorable aux investissements privés, iv) une augmentation de l'aide publique au développement et des flux d'investissements directs étrangers, v) un meilleur ciblage et une amélioration de la qualité des investissements.

3.1.4 Le renforcement des capacités et la promotion des services de base : La mise en place

d’infrastructures de base de qualité et mieux réparties géographiquement ainsi que la mise à la disposition des populations de services sociaux indispensables constituaient des préalables pour renforcer le stock de capital humain et apporter des solutions viables à la demande sociale à travers des investissements conséquents, notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’hydraulique.

3.1.5 Dans le secteur social, conformément aux objectifs du millénaire en matière d’éducation, le

Gouvernement se propose de: i) diversifier l’offre éducative et d’en améliorer la qualité; ii) réaffecter 49% du budget de l’éducation nationale à l’enseignement primaire; iii) améliorer l’accès et la durée de séjour des filles dans tous les niveaux de l’enseignement, iv) ramener le ratio élève/salle à 50 pour le cycle moyen et 40 pour le secondaire. Dans le secteur de la santé, cinq objectifs prioritaires sont retenus : i) améliorer la qualité de l'offre de services de santé dans les régions où la situation sanitaire et l’état de pauvreté sont encore jugés préoccupants; ii) développer les services de santé à base communautaire; iii) développer, chez les populations, des attitudes et comportements de prévention des maladies et (iv) lutter contre le VIH/SIDA et le paludisme et (v) lutter contre la mortalité maternelle, infantile et juvénile

24

3.1.6 Dans le secteur des infrastructures, il est retenu en matière d’eau potable, d’accroître la qualité et le taux d’accès à l’eau potable qui se situe actuellement 87,9% pour le porter à 100% à l’horizon 2010 en dotant à court terme 600 localités rurales en forages motorisés, en construisant

500 forages-puits modernes pour des communautés n’ayant pas encore accès à l’eau potable et par

la réhabilitation de 100 forages existant depuis 30 ans. Dans le domaine de l’assainissement, à moyen et long termes, il est retenu de relever, en milieu rural comme en milieu urbain, le taux de desserte en réseau d’assainissement et d’accès aux services offerts pour améliorer le cadre de vie

des populations, par des activités spécifiques. Le taux d’accès à l’assainissement urbain, qui est de 37% de manière globale, devrait être doublé pour Dakar et sa périphérie et celui d’utilisation des latrines en milieu rural, augmenterait sensiblement. Dans le secteur du transport, le gouvernement s’attèle à la question de la mobilité urbaine au travers du projet d’amélioration de la mobilité urbaine (PAMU), financé entre autres par la Banque mondiale, les Fonds nordique pour un coût de

103 millions de dollars E.U. Il est en outre inscrit dans la loi des Finances 2005, l’installation des

échangeurs. Ces mesures sont accompagnées par des projets d’amélioration des infrastructures de transports au niveau national, notamment à travers le PST-2, en partenariat avec la BM, l’AFD, le FND, l’UE et la Banque. Une initiative complémentaire de ces projets est de construire à Diamniadio (à 35 km de Dakar), une plate-forme dite du millénaire destinée à créer un nouveau pôle de croissance en dehors de Dakar. Dans un premier temps, le gouvernement se portera acquéreur des terrains et les aménagera en une plate-forme multifonctionnelle, pour y attirer dans une seconde phase les entreprises. Le projet a un coût de 696 millions de dollars E.U. dont une partie devrait être financée sur les ressources provenant du Millenium Challenge Account (MCA).

3.1.7 L’amélioration des conditions de vie des groupes vulnérables : Pour alléger les souffrances

des populations démunies et favoriser l’intégration sociale des catégories et sous-groupes marginalisés et vulnérables, le Gouvernement compte : i) améliorer le statut social des groupes vulnérables et marginalisés ; ii) faciliter l’accès de populations démunies aux services sociaux, infrastructures et équipements de base ; iii) mettre en œuvre des programmes de création de richesse adaptés à la situation de ces groupes cibles, notamment à travers la microfinance et iv)

promouvoir le développement communautaire.

3.1.8 Le suivi évaluation du programme : La stratégie du gouvernement est une stratégie basée

sur les résultats tangibles. C’est ainsi que l’évaluation et le suivi des performances réalisées est un

secteur clé du DSRP et il a été retenu comme quatrième pilier du programme. Dans cette optique, il a été mis en place un organe de pilotage du programme qui comprend un Comité interministériel d’orientation et de décision, présidé par le Premier Ministre ; un Comité de coordination, de suivi et d’évaluation, présidé par le Ministre de l’Economie et des Finances, des comités de pilotage au niveau sectoriel et régional, un Secrétariat de suivi du DSRP. En outre, une liste des indicateurs permettant le suivi de la mise en œuvre du DSRP devrait être préparée et adoptée.

Encadré 3: Récapitulatif des principaux éléments du programme gouvernemental et des résultats attendus

Principaux indicateurs

Référence

Objectifs chiffrés

 

Niveau

Année

2005

2010

2015

Incidence de la pauvreté Taux de croissance réel du PIB Taux d’investissement Taux d’alphabétisation Taux d’alphabétisation des hommes Taux d’alphabétisation des femmes Taux de prévalence du VIH/SIDA Taux de morbidité du paludisme Taux d’accès à l’eau potable (urbain.)< 15mn Taux d’accès à l’eau potable (rural) < 15mn Consommation d’eau par jour et par personne

53,90%

2001

45%

35%

25%

5,6%

2001

6,5%

8%

10%

19,9%

2001

24%

27%

30%

39,1%

2001

45%

58%

73%

51,1%

2001

55%

65%

75%

28,9%

2001

35%

50%

70%

1,4%

2000

1-2%

1-2%

1-2%

24,85%

1999

10%

5%

1%

93,3%

2001

100%

100%

100%

83,4%

2001

95%

95%

100%

28 L

2000

35 L

35 L

35 L

25

3.2

Evaluation des progrès accomplis dans la mise en œuvre du programme

3.2.1

Les autorités sénégalaises ont fait un premier bilan annuel de la mise en œuvre de la

stratégie de réduction de la pauvreté. Des progrès ont été réalisés dans la mise en œuvre des actions retenues.

3.2.2 Dans le premier pilier, on note précisément la consolidation macroéconomique,

l’amélioration du climat des affaires avec la baisse de la pression fiscale sur les entreprises, la poursuite des réformes structurelles dans le secteur de l’énergie. Au plan macroéconomique, l’objectif ambitieux d’une croissance supérieure à 7% n’a pas été atteint du fait selon les autorités sénégalaises de l’insuffisance des infrastructures économiques et des chocs exogènes. La réforme dans la filière arachidière a été retardée et n’a finalement été effective qu’en fin 2004. Afin que la diversification de l’économie prenne un réel contenu, les autorités devront également accorder une attention particulière aux autres secteurs stratégiques retenus dans le programme notamment la pêche, les industries, le tourisme et les PME.

3.2.3 Le second pilier de la stratégie a également reçu une attention particulière car les secteurs

de l’éducation et de la santé ont obtenu des dotations financières substantielles. En effet, les ressources PPTE ont été prioritaires allouées aux secteurs sociaux et les parts du budget de l’Etat dans l’éducation et la santé se sont accrues et elles ont respectivement atteint 15,09% et 5,25% de la dépense de l’Etat en 2003, ce qui a permis l’amélioration des ratios notamment dans les deux secteurs sociaux (éducation, santé). Par contre, une analyse détaillée s’impose sur la manière dont le gouvernement compte s’y prendre au niveau local en ce qui concerne l’accès des populations aux services sociaux de base. En effet, le transfert des ressources aux communautés locales, continue d’être problématique. Ces problèmes auxquels s’ajoutent la lenteur dans les transferts et le déficit d’information en matière d’allocation, sont en grande partie responsables des faibles performances dans les secteurs sociaux. Ces contraintes doivent être résolues afin que le Sénégal atteigne les objectifs du développement du millénaire dans les secteurs sociaux.

3.2.4 S’agissant du pilier relatif au suivi-évaluation du DSRP, il a été également observé des

progrès dans sa mise en œuvre avec notamment les activités de la Cellule de suivi du DSRP et la

mise en place progressive des comités sectoriels et régionaux de suivi du DSRP. Enfin, 34 indicateurs de suivi de la mise en œuvre du DSRP ont été élaborés et servent à faire le suivi.

3.2.5 Appropriation du programme par le biais de la participation : Le DSRP a été élaboré dans

le cadre d’un processus participatif qui a impliqué toutes les couches sociales de la société sénégalaise. Dans sa mise en œuvre, les parties prenantes sont également associées et elles interviennent dans les instances décisionnelles au plan national et territoire. La Banque a accompagné le gouvernement dans ce processus en organisant un atelier sous régional à Dakar, en février 2004 sur l’approche participative en vue d’améliorer la contribution des ONG et de la société civile au processus de suivi du DSRP.

3.2.6 S’agissant de la coordination du DSRP, le Ministère du Plan et du Développement

coordonne l’élaboration des plans d’actions sectoriels pour l’atteinte des objectifs du millénaire. Toutefois, il est observé une non systématisation des concertations entre la Cellule de suivi de la mise en œuvre de la stratégie de lutte contre la pauvreté (Ministère de l’Economie et des Finances) et la Direction de la Planification nationale et de la Coordination avec la Planification régionale (Ministère du Plan et du Développement durable). En matière de CDMT, les quatre (4) secteurs prioritaires retenus (éducation, santé, justice et environnement) ainsi que Ministère de l’Economie et des Finances accusent un grand retard dans l’élaboration respectivement des Cadres des dépenses sectorielles à moyen terme (CDSMT) et du Cadre des dépenses à moyen terme (CDMT). Ainsi, le

26

budget 2005 a été élaboré sur la base des moyens et non sur la base des programmes comme initialement prévus.

3.2.7 En définitive, à l’avenir les autorités doivent s’atteler à faire face aux contraintes et défis ci-

après :i) l’amélioration du processus de passation des marchés publics et la poursuite de la transparence fiscale, ii) le renforcement des liens entre la politique de mise en oeuvre du programme et les objectifs du DSRP,iii) une meilleure mise en cohérence entre les objectifs du DSRP et les dépenses publiques en vue d’atteindre les résultats à moyen et long terme notamment ceux relatifs aux conditions de vie des groupes vulnérables, iv) une meilleure identification des contraintes en vue d’améliorer la capacité d’absorption du secteur public et du secteur privé et faciliter l’exécution des programmes de réduction de la pauvreté et v) le renforcement du suivi évaluation du programme à travers un meilleur fonctionnement du cadre institutionnel et le respect de la périodicité du suivi à l’aide des indicateurs intermédiaires et à moyen terme.

3.3

Cadre de partenariat

3.3.1

Au cours de la période sous revue, l’appui des partenaires au développement (multilatéraux

et bilatéraux) du Sénégal, s’est aligné dans l’ensemble sur la stratégie de réduction de la pauvreté du gouvernement, adopté en 2002 à travers des programmes et des projets. En outre, l’établissement des priorités et le choix des secteurs se font à trois niveaux. D’une part entre le gouvernement et le partenaire au développement dans le cadre des revues conjointes des différentes coopérations. D’autre part, entre le gouvernement et les différents partenaires au développement dans le cadre par exemple du Comité conjoint gouvernement/partenaires sur la mise en œuvre du plan d’actions sur les réformes budgétaires et financières. Enfin, entre les différents partenaires dans le cadre des concertations institutionnalisées sous forme d’ateliers thématiques. Ainsi, l’Union européenne a présidé les ateliers thématiques sur les finances publiques, les transports, la santé ; la Banque mondiale sur le développement rural, la filière arachidière et le processus d’accession au point d’achèvement dans le cadre de l’initiative PPTE, la France a présidé l’atelier sur l’éducation, l’USAID s’est occupé du secteur privé et le Canada de la décentralisation. Ces discussions thématiques coordonnées par la BM et le PNUD ont été d’une grande utilité dans le processus de finalisation et de mise en œuvre DSRP. Avec le démarrage effectif en 2005 des activités du bureau régional, la Banque prendra le leader de l’animation de quelques groupes thématiques tels que les infrastructures dans le cadre du NEPAD, les normes bancaires et financières, la lutte contre le blanchiment des capitaux. Ce dispositif a permis d’aboutir à des interventions sous forme d’appui budgétaire (programmatique/réforme), d’approche sectorielle globale (éducation, santé, infrastructures), d’investissement ou d’activités autres que les prêts.

3.3.2 Ainsi, le F MI intervient actuellement dans le cadre d’une nouvelle Facilité pour la Réduction

de la Pauvreté et la Croissance pour un montant de 33 millions de dollars EU (24,30millions de DTS) pour la période 2003-2005. Deux revues ont été concluantes et la troisième est prévue pour juin 2005. Quant à la Banque mondiale, son Country Assistance Strategy 2003-2005 pour le Sénégal a été approuvé en avril 2003. L’accent est mis dans cette stratégie sur l’appui à la mise en œuvre du DSRP, l’appui au secteur privé et le renforcement des capacités et le développement des services de base (amélioration des conditions de vie des pauvres) ainsi que deux appuis au secteur énergétique (crédit d’investissement dans le secteur de l’énergie et électrification rurale). C’est dans le cadre de

cette stratégie que la BM est passée de l’approche appui aux réformes (PAS secteur privé) à l’approche budgétaire programmatique (crédit d’appui à la mise en œuvre du DSRP). Le crédit pour l’année 2004, approuvé en décembre 2004 a été décaissé en janvier 2005 et le crédit pour l’année 2005 est en cours de préparation. L’Union européenne dans le cadre du 9 ème FED se consacre aux transports, à l’appui budgétaire ciblé (éducation, santé), à l’assainissement, à la bonne gouvernance, au secteur minier et à l’agriculture.

27

3.3.3 Au plan bilatéral, la France vient de prendre le leadership du secteur de la juriste pour la

mise en œuvre du programme sectoriel de la justice. Le Canada pratique désormais l’approche budgétaire ciblée dans le secteur de l’éducation. Les Pays Bas pratiquent l’appui budgétaire dans les secteurs de l’environnement et de l’assainissement. L’USAID demeure toujours dans le secteur privé et la gouvernance politique. La France et bien d’autres partenaires se consacrent également à la décentralisation. L’ensemble du cadre de partenariat se trouve être synthétisé dans l’encadré 4 ci-dessous.

Encadré 4: Interventions des bailleurs de fonds par secteur au Sénégal

Secteurs

Chef de file

Partenaires au développement

Agriculture et Développement rural

UE

BM, AFD, BAD, Allemagne, BOAD, Canada, Espagne, FIDA, KFW, Italie, Japon

Hydraulique agricole et rurale

BM

AFD, BADEA, Belgique, BM, Japon, Hollande, Italie, Luxembourg, KFW, Japon, PNUD/FENU, BAD

Hydraulique et habitat urbain

France

Allemagne, BAD, BADEA, BEI, BM, BOAD, KFW, USAID, Pays BAs

Energie

BM

AFD, BAD, Canada, Espagne, Japon, KFW

Santé et nutrition

BM

Allemagne, Belgique, BAD,UE, Espagne, FNUAP, Fonds saoudien, Japon, Italie, Luxembourg, OMS, ONU-SIDA, PNUD-FENU, USAID

Education

France

BM, BAD, Canada, Chine, Fonds OPEP, Italie, Japon,, USAID, UE, Fonds nordique, Belgique

Transport

BM

UE, BAD, BOAD, BID, KFW, Chine

Secteur privé

USAID

BM, BAD, Canada, ONUDI, BEI, Danemark, BOAD, PNUD

Justice

France

BM, BAD, justice

Décentralisation

France

UE, BM, BAD, Canada, USAID

Gouvernance

PNUD

UE, BM, BAD, Canada, USAID

Finances publiques et appui budget.

UE

FMI, BM, BAD, France, Canada, Pays-Bas, PNUD

3.4

Enjeux et risques

Enjeux

3.4.1

La stratégie gouvernementale de lutte contre la pauvreté a été élaborée selon une

approche participative. Elle touche les questions réelles de développement du Sénégal et contient des réformes structurelles et des plans d’actions à mettre en œuvre pour atteindre les objectifs de réduction de la pauvreté. Des dispositions ont été également prises pour le suivi et l’évaluation des différents programmes. Toutefois, pour atteindre une croissance en termes réels supérieure à 7% afin de réduire la pauvreté, les autorités sénégalaises doivent faire face à un enjeu majeur consistant à éliminer progressivement les obstacles identifiés au point 2.6 et qui se résument à quatre types de défis.

3.4.2 Premièrement, il s’agit d’un défi industriel consistant à faire du secteur privé le moteur

de la croissance et qui se joue non seulement autour de la création de nouveaux pôles de développement et de grands projets d’infrastructures (transport, énergie) mais également autour de la création d’un tissu de PME à Dakar et surtout hors de Dakar. L’attrait des investisseurs étrangers qui créent de la valeur ajoutée et des emplois, transfèrent la technologie et l’expertise ainsi que la rationalisation des activités informelles sont également essentiels.

3.4.3 Le deuxième défi renvoie à la mise en œuvre du programme sectoriel de la justice (PSJ) et à

la poursuite de l’exécution du plan d’actions CFAA/CPAR en vue : i) de rendre performant le service public de la justice afin qu’il puisse répondre aux attentes des justiciables, ii) d’améliorer l’accès à la terre et à la propriété et iii) de lever les risques fiduciaires relatifs à la gestion des finances publiques et à la passation des marchés.

28

3.4.4 Le troisième défi consiste à mettre le système financier sénégalais au service du secteur

productif domestique, notamment les PME en vue de l’amélioration de leur contribution à la richesse nationale.

3.4.5 Le dernier renvoi à la maîtrise de l’eau qui contribuera à la valorisation du capital

humain, à la modernisation de l’agriculture, au développement d’activités non agricoles en milieu rural susceptible d’absorber la population excédentaire issue de ce processus de modernisation.

Risques

3.4.6 Dans la mise en œuvre de son programme, le gouvernement sera confronté à des risques

endogènes (gérables par le gouvernement) et des risques exogènes qui échappent au contrôle des autorités.

3.4.7 Au titre des risques endogènes, on peut citer: i) le non-respect des clauses de l’accord de

paix sur la Casamance dont l’instabilité peut compromettre la réalisation du programme, ii) la persistance de l’instabilité au niveau sous régional qui peut faire perdre au pays les avantages attendus de la mise en place du marché régional et des projets du NEPAD, iii) l’insuffisance des ressources intérieures pour la réalisation du programme de mobilité urbaine et de création de pôle de développement, iv) l’arrêt de la mise en œuvre du plan d’action CFAA/CPAR qui peut affecter la capacité contributive de l’économie ainsi que sa capacité à mobiliser et à utiliser de manière efficiente les ressources, v) le relâchement du dispositif de suivi évaluation du DSRP.

3.4.8 Au titre des risques exogènes, on dénombre : i) les fluctuations des cours du baril, la

sécheresse, le péril acridien qui peuvent compromettre les équilibres macroéconomiques, ii) l’insuffisance des ressources extérieures et iii) la persistance de la vulnérabilité des activités agricoles.

IV.

LA STRATEGIE D’ASSISTANCE DU GROUPE DE LA BANQUE

4.1

Contexte du pays et sélectivité stratégique

Le DSRP du Sénégal a été élaboré selon l’approche participative et le principe de son appropriation par les principales parties prenantes, est non seulement réaffirmée mais aussi traduite dans sa mise en œuvre. Les choix stratégiques du DSPAR pour le période 2005-2009 découlent des objectifs du millénaire, de la stratégie de réduction de la pauvreté du gouvernement et de l’Etat de la mise en œuvre des stratégies antérieures de la Banque au Sénégal. Ces choix ont également pris en compte les contraintes et perspectives développées au point 2.6, les enjeux et risques mis en relief au point 3.5, l’expérience accumulée par la Banque au Sénégal et dans d’autres PMR, son avantage comparatif par rapport aux autres partenaires notamment en matière d’infrastructure ainsi que le partenariat international et les créneaux porteurs du Sénégal. Ce qui a permis de retenir deux piliers stratégiques à savoir : i) l’amélioration de l’environnement en vue d’une croissance accélérée et ii) l’augmentation des infrastructures économiques et sociales de base. Les deux piliers retenus contribueront à atteindre deux objectifs d’ordre supérieur à savoir la réduction de 50% de la pauvreté à l’horizon 2015 et l’augmentation de la proportion des populations utilisant les infrastructures socio-économiques. A l’horizon de la fin du DSPAR, la proportion de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté passerait de 48,5% en 2003 à 46,5% en 2006 et inférieur à 45% en 2010 ; la proportion des personnes utilisant l’eau potable passerait de 83% en 2004, 86% en 2006, 87% en en 2010 ; et le pourcentage du réseau routier en terre en moyen et bon état

29

passerait de 23% en 2004, à 40% en 2006, 60% en 2010 ainsi que celui du réseau routier classé en moyen et bon état de 72% en 2004 à 84% en 2006, .90% en 2007 et supérieur à 95% en 2010.

4.2

Gestion du portefeuille et leçons tirées du DSP antérieur

4.2.1

La stratégie d’assistance du Groupe de la Banque pour le Sénégal au cours de la période

2002-2004, visait la réduction de la pauvreté à travers l’atténuation de la vulnérabilité des activités agricoles ainsi que le développement rural et l’amélioration de la qualité des ressources humaines.

La stratégie mettait également l’accent sur la consolidation du cadre macroéconomique en vue d’une croissance durable centrée sur l’initiative privée. Sept (7) opérations ont été approuvées pour un montant de 76.42 millions d’UC contre 53.75 millions d’UC dans le FAD VIII, soit une augmentation de 42% du fait de la bonne performance de l’économie sénégalaise en terme de CPIA. Cette augmentation a bénéficié aux secteurs qui ont un impact significatif sur la réduction de la pauvreté notamment l’agriculture et le développement rural, le secteur social et le multi secteur comme l’indique le tableau ci dessous des opérations approuvées sous le FAD IX.

Tableau 1 : Opérations approuvées au titre du FAD IX (en millionsUC)

 

Prêts

Dons

Total alloc.

Appui

Total général

Date d'approbation

projets

Base

réformes

1. Appui à la DPS

0.00

1.55

1.55

 

1.55

12/12/02

2. Projets petits Barrages

14.31

0.00

14.31

 

14.31

15/10/03

3. Santé II

10.00

1.35

11.35

 

11.35

18/06/03

4. Education IV

13.84

1.00

14.84

 

14.84

25/06/03

5. Etude filière d’élevage

0.00

0.79

0.79

 

0.79

12/11/03

6.PAS Secteur privé

     

24.00

24.00

10/12/03

7.

Electrification rurale

9.58

0.00

9.58