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LA FONCTION PASTORALE

Texte proposé par le groupe de travail ad hoc, examiné par l’Assemblée de l’Union des Églises
Protestantes d’Alsace et de Lorraine les 17 et 18 novembre 2007, diffusé pour consultation

Avant de proposer une quelconque lecture du ministère pastoral, le groupe de réflexion, mis en place
par le Consistoire supérieur et confirmé par le Conseil de l’Union, veut exprimer sa pleine solidarité
ainsi que sa profonde reconnaissance à tous les ministres de l’UEPAL, aux pasteurs des paroisses et
à ceux qui exercent, en son nom, un ministère spécialisé.

Le Synode National de l’Église Réformée de France, réuni à Cognac en 2004, dans son texte final
concernant « Les ministères de l’Union » note ceci :
« Si l’engagement à la suite du Christ est enthousiasmant et joyeux, il est aussi exigeant et risqué.
Suivre le Christ, c’est s’exposer parfois à l’incompréhension ou à l’indifférence. Vivre les ministères
que Dieu donne peut susciter malaise et difficultés. La crise des institutions que connaît notre société
accentue sans doute ce sentiment douloureux. »
Comme ce Synode et avec lui, l’Assemblée de l’Union réaffirme en ce temps de difficultés l’amour et
la reconnaissance de Dieu adressés à chacun, la force du partage et de la prière communautaire.
« Certes, l’Évangile que nous annonçons n’est pas toujours attendu, reçu et partagé, mais il offre
souvent d’inoubliables rencontres, de surprenantes joies et d’inattendus réconforts. »

La question n’est pas de savoir si on est ou n’est pas un pasteur heureux ! La question qui se pose à
chaque ministre et qui l’interroge et le taraude au plus profond de lui est : « Ai-je été un « bon et fidèle
serviteur » ? » Mais comment le savoir si les fruits espérés ne sont pas à la mesure de
l’investissement en temps et en force. L’assistance au culte en diminution, certaines activités en perte
de vitesse ou subsistant difficilement, ne laissent d’interroger les pasteurs sur leurs aptitudes, leurs
dons et in fine sur leur vocation.

Le Consistoire supérieur, réuni le 18 février 1982, dans le texte intitulé « Être pasteur aujourd’hui »
notait déjà :
Dans une société en pleine mutation et dans une Église qui elle-même ne cesse d’évoluer, une
réflexion sur le ministère pastoral semble indispensable afin de permettre aux pasteurs d’exercer leur
fonction à la fois dans la joie et dans l’obéissance.

Deux écueils menacent le pasteur :

 d’une part, la fuite en avant dans un activisme sans limites, soit par souci de « remplir » et de
« justifier » son ministère, soit pour tenter, par ambition personnelle et en se servant de sa
qualité de pasteur, de « jouer un rôle » dans d’autres domaines que celui de son ministère
propre.

 d’autre part, le repli sur lui-même, soit par l’évasion dans un monde mystique, soit par
désillusion entraînant découragement et résignation et pouvant aller jusqu’à la dépression.

C’est pour déjouer autant que faire se peut ces pièges que nous essayons de définir la fonction
pastorale.

Contenu de la fonction pastorale

Le ministre répond à une double vocation : la vocation interne prenant naissance dans le cœur de la
piété et l’attachement à Dieu et une vocation externe, l’appel de l’Église. Ces deux voix s’interpellent,
dialoguent, se questionnent jusqu’à ce l’une et l’autre affirment et reconnaissent ensemble l’appel de
Dieu sur cette femme ou sur cet homme lors de l’ordination ou de la reconnaissance du ministère.
Cette interpellation réciproque ne s’arrête pas là, bien au contraire. C’est à la direction de l’Église de
dire à ses ministres ce qu’elle attend d’eux. L’Église est même en devoir de le faire pour permettre au
ministre de tenir ferme face aux attentes fantasmées des uns et des autres. Mais aussi afin qu’il
puisse lui-même en toute sérénité évaluer son travail.
Il est évident que le ministère pastoral ne s’arrête pas à une liste de faire, de faire-faire ou de savoir-
faire. C’est justement la vocation interne qui va féconder le « métier » du pasteur en lui apportant son

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caractère « prophétique » de ministère pastoral. Ainsi le plein exercice de ce ministère débordera et


ira bien au-delà du métier de pasteur.
La vocation du ministère pastoral se vit dans le culte et dans la prière. Dimanche après dimanche le
pasteur célèbre avec la communauté rassemblée le Christ ressuscité et retrouve avec elle la certitude
que le Christ est présent dans la vie de tous les jours. Prière et méditation quotidiennes qui trouvent
leur prolongement dans la poursuite d’études théologiques (lecture d’ouvrages théologiques,
formations continues) permettent d’autre part au pasteur de se ressourcer. Tout cela n’est que du
domaine de la seule responsabilité du pasteur. L’Église ne peut qu’encourager et exhorter. Son rôle
s’arrête là dans ce domaine.
En revanche, c’est la responsabilité de l’institution de préciser le plus explicitement possible ce que
l’Union des EPAL attend légitimement de ses pasteurs dans le cadre de l’exercice de leur métier de
pasteur.

C’est ce que nous tentons de faire maintenant.

1. L’Assemblée de l’Union affirme que le pasteur a une compétence théologique singulière qui
est liée en particulier à la Bible qu’il lit, interprète au moyen des outils théologiques acquis
durant ses études, actualise avec d’autres, pour d’autres et pour lui. Le pasteur témoigne de
la pertinence de l’Écriture devenant Parole aujourd’hui, il dit le bouleversement de nos
histoires par l’Évangile du Christ. Il partage la Parole par la prédication et les sacrements en
assurant les services religieux des dimanches et des fêtes selon les plans officiels et liturgies
de son Église ; le nombre de services et la répartition des lieux de culte sont réglés par
délibération du Conseil presbytéral en concertation avec le Président de Consistoire et
l’Inspecteur Ecclésiastique. Le pasteur administre les sacrements et procède aux actes
pastoraux.

 Le pasteur doit pouvoir être joint le plus rapidement possible. Les moyens modernes
existent pour qu’il ne soit pas contraint de rester au presbytère en permanence. A
charge pour lui de les mettre en place.
 L’absence répétée lors de cultes ou d’actes pastoraux, l’impossibilité de joindre ou de
laisser un message pour rappel, le refus de célébrer pour des raisons de
convenances personnelles en temps de travail, sont considérés comme des fautes
graves.

2. Il est l’écoutant et l’accompagnateur discret de ceux qui en ont besoin, membres ou non de
l’Église. Le ministère de visite construit la communauté, le pasteur est ainsi le témoin d’un
Dieu qui vient vers les hommes et partage leurs souffrances.

 Le pasteur est astreint au secret professionnel. Dans ce domaine, comme dans bien
d’autres, il est difficile ou même impossible de ne pas être pris en faute. Tout
simplement parce que ce qui a été dit n’était pas clairement frappé du sceau du
secret et ce qui peut apparaître au paroissien comme éminemment intime peut être
entendu différemment par l’écoutant. Cependant le pasteur doit être particulièrement
attentif à ce qu’il rapporte sachant que tout ce qui lui est confié en sa qualité de
pasteur est soumis au secret, même si cela n’a pas été expressément spécifié lors de
l’entretien. Divulguer tout ou partie d’un entretien est une faute professionnelle qui
peut entraîner des poursuites pénales.

 Il est difficile d’imaginer des visites méthodiques quand la paroisse est de taille
importante. Sans compter que nombre de paroissiens n’attendent plus de visites voire
les refusent. Malgré ces difficultés il y a suffisamment de paroissiens qui sont connus
par les conseillers presbytéraux et les autres membres engagés dans la vie
paroissiale pour organiser une série de visites auprès de celles et ceux qui sont
malades ou qui passent par des difficultés de vie. Il est aussi possible de commencer
une série de visites par celles et ceux qui sont engagés dans des activités, puis celles
et ceux qui sont fidèles aux cultes et enfin les plus éloignés.

3. Le pasteur est envoyé par l’Église au service d’une communauté locale qu’il contribue à
rendre vivante et heureuse dans sa mission à la suite du Christ. Il garde le souci de son unité
et travaille à construire la communauté. Il sera le répondant de l’instruction religieuse à la

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jeunesse soit en accompagnant les responsables de l’École du dimanche, les catéchètes du


primaire ou du secondaire ou le groupe de jeunes, soit en dispensant lui-même le catéchisme.
Il présidera ou participera activement à l’animation du Conseil presbytéral. Il tiendra avec soin
les registres de baptême, de mariage et d’enterrement ainsi que les listes de confirmands. Il
tiendra un fichier des membres de la paroisse.

 Arrivant dans une communauté qui a une histoire, une tradition, des attentes, le
pasteur ne peut la soumettre à ses représentations préétablies, mais il les partage et
peut les interroger.

 Le pasteur est au service de l’ensemble des paroissiens et pas seulement de ceux qui
partagent ses convictions théologiques. Il accompagne chacun dans le cheminement
spirituel qui lui est propre sans jugement ni esprit partisan.

 En ce qui concerne l’enseignement à la jeunesse, le pasteur est invité à s’appuyer sur


les documents et ouvrages édités au nom de l’Union par le service de la catéchèse.
En tout état de cause ils seront le cadre général de l’enseignement de la paroisse.

 La relation pasteur/Conseil presbytéral est un travail d’équipe et de collaboration. Le


pasteur n’est pas l’employé du conseil presbytéral, les conseillers ne sont pas les
assistants du pasteur. Dans l’écoute et le respect mutuels, l’autorité s’exerce
ensemble, pour le bon gouvernement de la communauté locale en vue du
rayonnement de l’Évangile et de la croissance de l’Église.

 Dans notre Union les registres sont biens publics et doivent faire l’objet de soin et
d’une tenue rigoureuse. Outre cet aspect juridique ils sont là pour témoigner d’actes
pastoraux. À ce titre ils parlent aussi de la grâce de Dieu venue à la rencontre de
toutes ces femmes et ces hommes du passé éloigné ou proche. Il a été confié au
pasteur l’autorité pour les tenir et en témoigner lorsque cela lui sera demandé, à
l’occasion d’un mariage par exemple.

 Le fichier des membres de la paroisse est également un bien public. Il ne peut être
détruit ou brûlé. Un fichier correctement tenu est une grande chance pour le pasteur.
Pouvoir visiter, rencontrer, comprendre les liens familiaux est éminemment important.
D’autre part le fichier indique le nombre de paroissiens qui fixera le nombre de
conseillers presbytéraux, la cible de l’Union d’Entraide ou de la contribution à la
caisse synodale, l’engagement à la solidarité missionnaire que la paroisse devra
atteindre. Il est également important de pouvoir suivre ces paroissiens lorsqu’ils
déménagent, changent de villes ou villages afin de faire passer l’information au
collègue du lieu.

 Le pasteur a la responsabilité de l’administration de la paroisse. Il en rend compte


devant la direction de son Église. Une gestion hasardeuse, manquant de rigueur ou
aboutissant à un enrichissement personnel constituera une faute grave.

4. Le pasteur est ministre de l’UEPAL, sa fonction et ses engagements dépassent le seul cadre
de la paroisse, comme sa prédication dépasse les seuls lieux ecclésiaux. L’Assemblée de
l’Union demande aux ministres d’être attentifs au partage de leur temps de ministère entre le
lieu d’exercice du ministère et l’Union des Églises. Il encourage les ministres à mettre leurs
charismes au service de tous. En premier lieu dans le cadre du Consistoire. Mais aussi à
prévoir des temps de ressourcement personnel. La formation permanente du ministre est un
temps de ressourcement et de respiration nécessaire.

 Les engagements que le pasteur prendrait en dehors des activités définies dans le
cahier des charges doivent nécessairement faire l’objet d’une information et d’une
négociation avec le Président de Consistoire et/ou l’Inspecteur Ecclésiastique. La
décision devra faire l’objet d’une information au Conseil Presbytéral ou au Conseil
d’Accompagnement.

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 L’Assemblée de l’Union demande à chaque Consistoire d’examiner avec attention les


différents aspects des activités paroissiales qui pourraient faire l’objet d’une prise en
charge consistoriale. L’objectif étant de dynamiser et rendre les activités plus
attrayantes et encourageantes pour les participants. Il faut cependant être attentif à
ne pas se détacher du terrain paroissial. Un travail peut être consistorial même si
toutes les paroisses n’entrent pas dans cette dynamique nouvelle.

 Les Assemblées d’Inspection, Assemblées consistoriales, Pastorales d’Inspection, de


Consistoire, de secteur ou générales font partie des obligations professionnelles. La
présence des pasteurs à ces réunions est naturellement exigée. Les frais relatifs à
ces rencontres sont entièrement pris en charge par l’Église.

 La formation permanente du ministre est un temps de ressourcement et de respiration


indispensable à l’exercice dans la durée du ministère pastoral. En liaison avec la
direction d’Église, le pasteur veillera donc à inscrire dans son programme annuel au
moins une semaine de formation.

5. Etre pasteur, c’est accepter d’exercer sous le regard de Dieu un métier se manifestant par des
activités appelant des compétences que l’Église est en devoir d’identifier.
Sans doute n’est-il pas inutile de lister ici les activités à mettre en œuvre et les compétences
nécessaires pour les accomplir. Cet inventaire aura notamment pour vocation d’orienter la
formation et de permettre à chaque pasteur de se situer et d’accomplir les démarches
nécessaires pour compléter sa formation.

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Activités Compétences
Lire la Bible Assimiler et comprendre les textes bibliques
Interpréter la Bible Actualiser le message et le rendre accessible
Prêcher S’exprimer en chaire de manière compréhensible
et vivante
Administrer les sacrements Connaître et mettre en œuvre les liturgies
adoptées par les organes directeurs de l’Union
Procéder aux actes pastoraux Connaître ces différents actes et leurs
procédures
Tenir les registres Enregistrer scrupuleusement les informations
prescrites
Tenir le fichier paroissial Suivre les mouvements de la communauté
paroissiale
Ecouter et accompagner Savoir écouter (empathie) ce que l’autre veut
vous dire
Accomplir les visites Savoir organiser et planifier les visites
Animer l’instruction religieuse Trouver et former les relais nécessaires
Dispenser le catéchisme Savoir transmettre à de jeunes publics
l’instruction religieuse
Présider et animer le CP Savoir préparer, organiser et diriger une réunion
Se concerter avec le Président de Consistoire et Savoir rendre compte et négocier
l’Inspecteur Ecclésiastique
Rendre compte de l’administration de la paroisse
Connaître et respecter les procédures
Se former en permanence Accepter la remise en question que constitue
toute formation
Superviser la comptabilité paroissiale Connaître le plan comptable et les directives
pour l’emploi des ressources paroissiales
Etre solidaire avec l’Église Connaître et appliquer l’ensemble des règles
administratives contenues dans le Vademecum
Gérer son emploi du temps Savoir s’organiser, déléguer, travailler en
concertation avec les autres personnes
engagées bénévolement et avec les collègues
pasteurs
Susciter et développer des projets Inventer, faire adhérer et monter des projets
d’animation paroissiale
Assurer les fonctions de représentation auprès Connaître ses interlocuteurs et leur rôle respectif
des Pouvoirs publics de son secteur et affirmer la place de l’Église dans la société
civile