Vous êtes sur la page 1sur 3

Le Cri (1893-1910), Edvard Munch

1/ Biographie

Edvard Munch (1863-1944) est un artiste norvégien né à Loten. Il a onze ans lors de la première exposition impressionniste. Peu à peu il s’oriente vers l’expressionnisme, une tendance qui apparaît en Allemagne en 1905 et dont il sera l’un des précurseurs. C’est dans ce pays qu’il se fait connaître en 1892 par une exposition qui fera scandale et sera fermée au bout de huit jours. On lui doit des peintures, des gravures et des lithographies. Très jeune, sa vie est marquée par la maladie et la mort : mort de sa mère quand il a cinq ans, puis de sa sœur alors qu’il a quinze ans, toutes deux de tuberculose, internement de son autre sœur schizophrène et enfin mort de son père. Son œuvre devient par la suite l’expression du désespoir et de l’angoisse existentielle. Quelques titres d’œuvres :

L’Anxiété, Le Désespoir, Mélancolie, Séparation

Munch a aussi écrit des articles, poésies, correspondances, peu publiés de son temps. Son art sera qualifié de dégénéré par les nazis qui brûleront plus de quatre-vingts de ses œuvres.

2/ L’expressionnisme

de quatre-vingts de ses œuvres. 2/ L’expressionnisme Ludwig Kirchner, Autoportrait en soldat, 1915 Chaïm
de quatre-vingts de ses œuvres. 2/ L’expressionnisme Ludwig Kirchner, Autoportrait en soldat, 1915 Chaïm

Ludwig Kirchner, Autoportrait en soldat, 1915

Chaïm Soutine, Le groom, 1925

L’expressionnisme se généralise au reste de l’Europe du nord en 1910 date à laquelle apparaît ce terme pour la première fois. C’est une tendance à l’exagération dans les formes et les couleurs afin de mieux exprimer les sentiments, les émotions. Elle concerne les arts plastiques mais aussi la littérature et la musique. Les œuvres ne sont pas réalistes, les formes sont tantôt simplifiées, tantôt exagérées et certains détails sont supprimés. Les artistes expressionnistes veulent provoquer une réaction émotionnelle forte chez le spectateur. Leur vision du monde est pessimiste, peut-être favorisée par l’approche de la première guerre mondiale. Les pays les plus concernés sont l’Allemagne (Kirchner, Nolde, Grosz…) et l’Autriche (Kokoshka, Schiele…). La montée du nazisme et la seconde guerre mondiale mettront fin à cette tendance.

3/ Le cri (1893 - 1910)

3/ Le cri ( 1893 - 1910 ) Le cri , version de 1895 le cri

Le cri, version de 1895

3/ Le cri ( 1893 - 1910 ) Le cri , version de 1895 le cri

le cri, version de 1893

L’œuvre appartient à une série appelée La Fresque (ou Frise) de la Vie elle-même divisée en trois thèmes : l’amour, l’angoisse, la mort. Elle fait partie du thème de l’angoisse. Il existe en tout cinq versions du Cri : un dessin au crayon, une lithographie, un pastel et deux temperas.

En 1893, Munch écrit dans son journal : « Je me promenais sur un sentier avec deux amis - le soleil se couchait - tout d’un coup le ciel devint rouge sang - je m’arrêtai, fatigué, et m’appuyai sur une clôture - il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir de la ville - mes amis continuèrent et j’y restais, tremblant d’anxiété - je sentais un cri infini passer à travers l’univers. » Il inscrira ce texte en lettres rouges au dos de la version de 1895.

Ce texte évoque vraisemblablement une crise d’angoisse qui s’est emparée de Munch alors qu’il se promenait sur une hauteur (Ekeberg) dominant Oslo. A Ekeberg étaient en effet installés un abattoir ainsi qu’un asile psychiatrique où était internée sa sœur Laura. Il semble qu’on pouvait entendre les cris des animaux comme ceux des aliénés depuis l’extérieur.

Description/ interprétation

En premier plan, un personnage, cadré suivant un plan américain, marche sur un pont. Tout en venant vers nous, il tient sa tête entre ses mains et ouvre largement la bouche. Il est suivi d’assez loin par deux silhouettes indistinctes. La perspective du pont est telle que le sol donne l’impression de s’abaisser vers le premier plan. L’arrière-plan représente un paysage sans profondeur. On différencie peu le ciel de l’eau et du sol. Deux bateaux sont représentés en ombre chinoise tout comme les personnages du fond. La tête du personnage principal, qui se situe à l’intersection des diagonales, est

le centre d’intérêt du tableau. Mais on ne peut savoir s’il s’agit d’un homme ou d’une femme. Pas de cheveux, des traits réduits à des points pour les yeux et le nez ou encore à un ovale pour la bouche.

Les formes sont simplifiées, sans détails. En dehors des lignes droites du pont, tout est représenté avec des courbes, sous forme de longues traînées faites avec une brosse fine. Le relief n’est pas exprimé sauf, dans certaines versions, très légèrement sur le visage. La silhouette du personnage principal est traversée par une grande ondulation qui le déforme et le fait ressembler au paysage qui ondule lui aussi. Le geste du peintre est volontairement marqué, excessif, on peut dire agressif.

Les couleurs ne sont pas réalistes. Le rouge vif et le bleu foncé l’emportent. L’artiste a utilisé le rouge pour signifier le soleil couchant mais aussi parce que c’est une couleur chaude qui a un pouvoir rayonnant. Sans être la couleur dominante, le rouge semble tout envahir. Il l’utilise aussi pour son pouvoir symbolique : le sang, donc la mort, le feu donc l’angoisse, la souffrance. Le bleu, couleur froide, suggère au contraire l’immensité, la solitude. Autres couleurs présentes : l’orangé, le vert.

L’ondulation traduit le vertige physique mais aussi psychique. Le pont est un thème qui revient souvent chez Munch toujours présenté avec le même cadrage et toujours avec des personnages; il symbolise un passage, probablement celui de la vie.

Le visage du personnage principal ressemble à une tête de mort. Il ne pousse pas un cri mais si l’on en croit le texte de Munch, il se bouche les oreilles pour éviter den entendre un.

Questions :

1/ Où situez-vous la Norvège ? 2/ Comment s’appelait Oslo à l’époque de Munch ? 3/ Connaissez-vous une peinture de Vincent Van Gogh qui se rapproche du Cri ? 4/ Comment définit-on la perspective en arts plastiques ? Comment Munch, dans son tableau, a-t-il joué avec les différents sens de ce mot ? 5/ Qu’est-ce qu’une peinture réaliste, une couleur chaude, une lithographie, une tempera, une ombre chinoise ? 7/ Que veulent dire les mots : précurseur, schizophrène ? 8/ Selon vous, quel est ce cri que le personnage principal refuse d’entendre ?