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Anne Decrosse Jean Davallon Socio-critique de la raison sémiotique In: Langage et société, n°42, 1987.

Socio-critique de la raison sémiotique

In: Langage et société, n°42, 1987. 10 ans de Langage et Société. pp. 81-98.

Résumé La socio-sémiotique, science de synthèse de divers domaines des sciences du langage et de la société, introduit une relecture critique du mode de jugement et de raisonnement de la sémiotique et de la sémiologie. En ce sens elle est une condition épistémique de compréhension de la raison sémiotique. Mais, dans ce déplacement, elle rencontre un certain nombre de jugements internes à cette même raison pour en fonder une cohérence nouvelle. Essentiellement parcours du sens, la sociosemiotique constitue une alliance entre la philosophie et les sciences sociales et humaines.

Abstract Anne Decrusse ; Jean Da Vallon, "Socio-semiotics and jugement".

Socio-semiotics introduced the theoretical concepts and the methodological principles needed to formalize a systematic and practical survey of sémiologie and semiotic discourses. That is to say, we get the picture of ordinary scientific studies about society and language applied to a new comment. We will find that this meaning is the logical and epistemological vulgata about the sign. We would proceed thus : socio-semiotics gives us the key for the exploration of the mutual inclusion of philosophic analysis of society and language pattern.

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Decrosse Anne, Davallon Jean. Socio-critique de la raison sémiotique. In: Langage et société, n°42, 1987. 10 ans de Langage et Société. pp. 81-98.

et Société. pp. 81-98. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/lsoc_0181-4095_1987_num_42_1_2381

SOCIO-CRITIQUE DE LA RAISON SEMIOTIQUE

Anne DECROSSE, EHESS

Jean DA VALLON

Université

Centre de politologie historique

de

Lyon II

1 . INTRODUCTION

de

la

que la socio-sémiotique a produit dans leurs

construction logique de synthèse des diversités des investiga tionssémiotique et sémiologique "classiques", et conversion et extension du champ, des domaines et des objets d'analyse la socio-sémiotique peut permettre de mettre en évidence la raison

sémiotique (entendue au sens large des sémiologies et sémiotiques existantes) et s'en constituer comme un point (socio)critique d'analyse. Socio-critique à comprendre comme sociologie critique de la science sémiologique et sémiotique mais, aussi, comme ouverture d'une théorisation du social et du langage en tant que

Nous

aborderons dans cet article la lecture des modèles

sémiotique et de la sémiologie

à partir des effets critiques

champs.

A

la

fois

"petites

logiques

du sens".

En s'ouvrant

à

la

pensée

et

à

la

modélisation du pluralisme de la valeur (scientifique ou

du

domaine étudié)

le

champ de la sociosemiotique

constitue

 

une

approche pluridisciplinaire et philosophique. Elle s'est consti

tuéecomme telle

de façon récente et spécifiquement

européenne,

générée par une lecture philosophique forte de la tradition néo-

Kantienne, de Weber et de Wittgenstein tant en synthétisant le

Langage et Société

kl -

Décembre 1987

-

82

-

double mouvement des sciences modernes de l'homme et de la socié

té: - l'incidence fondamentale,

d'une

part,

dans

une

visée

structuraliste , du statut du langaqe

dans la théorisation de la

société,

- d'autre part,

la recherche de modèles formels spatio

logiques

relatifs à la fonction symbolique ou aux

pratiques du

symbolique,

vranf'du procès économique.

de

plus

en

plus aiguisés

et

de plus

en plus

"cou-

Cependant, en approfondissant l'étude des niveaux de régula

et

Pratiques signifiantes, et modes de production de l'organisation sociale, la sociosémiotique rencontre les questions vives du

débat

dont la réflexion sur

tion et de contraintes entre Fonction

symbolique,

Systèmes

philosophique autour du criticisroe,

le statut historico-he rméneutique du sens et de la connaissance.

cessus

Ainsi,

la

signification est conçue

comme ensemble de pro

par lesquels la vie sociale

se constitue comme un

procès

signifiant, vie sociale.

mentune sémio et une socio genèse où s'articulent les niveaux de

est simultané

mais, aussi par lesquels le langage rend possible la

La morpho-genèse de la

signification

production

et de régulation

de

la

mise

en forme

du sens

en

tant

qu'activité

symbolique participant à l'économie

d'une

société.

"En

ne

se réglant

pas

sur

un

objet,

ou encore

variété

d'objets

dont la clôture ferait sens,

sur une mais en se donnant

comme

domaine

d'activité

l'étude de

la

mise

en

forme du

sens

dans

les

pratiques signifiantes et dans l'organisation signifiante des produits, la sociosémiotique développe les questionnements de la sémiologie générale tout en intégrant une nouvelle perspective:

adjoindre à l'étude de la connaissance l'étude du fonctionnement de la connaissance." (extrait de l'article SOCIOSEMIOTIQUE,

Dictionnaire Philosophique, Tome 2, PUF, à paraître).

2

)

ENJEUX

Issu du développement des recherches sur le langage à la

suite

sémiologique et sémiotique,

années 60, et tel qu'il s'inscrit actuellement dans les sciences,

a englobé les questionnements liés

des mathématiques,

du projet Saussurien

d'une sémiologie générale le

domaine

tel qu'il s'est développé depuis les

aux modèles topologiques issus

et, ceux spécifiques des disciplines sociolo

giques.

La notion d'interaction et celles de production et d'in

terprétation

comme

système,

sont centrales pour la construction

des observables.

genèse et à en concevoir la matérialité.

Ces notions conduisent à concrétiser la morpho-

-

83

-

2.1. La sociosémiotique: un domaine de la sémiologie

a)

La tradition

saussurienne:

II

reste aujourd'hui que le geste méthodologique

essentiel

a naturel du langage,

de Saussure

été

celui

d'une extraction de la langue de

l'ordre

et une conceptualisation de celle-ci en tant

que fait social et principe classificatoire: "il faut se placer

de

norme de toutes les autres manifestations du langage". Ce geste

prime abord sur le

terrain

de

la

langue et la

prendre

comme

fondateur

de la linguistique comme science moderne

a

été

aussi

instaurateur

d'une

hiérarchie

entre la langue

et

les

divers

langages

dans

la

mesure

il

introduisit un ordre naturel

dans

son ensemble multiforme, qui sinon ne se prêtait à aucune classi

fication.

Cet

état

de

fait

dont

on

a

pu depuis

critiquer

les

effets,

à savoir celui d'une hégémonie de la linguistique sur les

sciences

du langage,

ne correspond que partiellement

au

projet

saussurien de la sémiologie.

La

langue

La

est

en effet pour Saussure

des rites

un

des

systèmes

des

de

formes

signes au côté de l'écriture,

de politesse,

fondateur.

symboliques,

signaux militaires,

sémiologie

etc, mais il est privilégié

de

et

la

est en conséquence une partie

"science qui étudie la

vie des

signes au

sein de

la vie sociale",

qui n'est,

par conséquent de la psychologie générale. "C'est au psychologue,

précise Saussure,

à déterminer la place exacte de la sémiologie,

elle-même, qu'une partie de la psychologie sociale,

et

la

système spécial dans l'ensemble des faits sémiologiques. "

tâche du linguiste

est de définir

ce qui

fait de

la

langue un

au

confluent de deux mouvements inverses mais complémentaires: la constitution de la plus importante branche de la sémiologie (la

Ainsi

la

sémiologie

saussurienne

se

situe-t-elle

linguistique) autour d'un objet spécifique (la langue), et l'in

sertion

de

la

sémiologie dans la psychologie.

Le premier mouve

ment -remarquablement traduit dans la déclaration finale du

CLG:

"la

linguistique

a

pour unique et véritable

 

objet

la

langue

envisagée

en

elle-même

et

pour elle-même"

a

retenu

pendant

longtemps

toute

l'attention,

au risque

d'éclipser

le

second

mouvement:

celui de l'insertion de la sémiologie dans la psycho

logie sociale. Or, ce dernier introduit un contrepoint en

de la langue une institution sociale. La référence de Saussure à la Classification des Sciences du philosophe A. Naville est tout à fait éclairante: la sémiologie appartient à la psychologie sociale car elle traite des systèmes fondés sur l'habitude et la

faisant

-

84

-

convention,

par conséquent,

qui permettent la relation entre les

la vie sociale.

individus,

et

Nous ne classerions certes plus, actuellement, ce projet de

sémiologie dans une psychologie générale, car les limites entre psychologie, sociologie, et anthropologie se sent modifiées. En

ce

sens

nous qualifierons en termes

modernes

la

sémiologie,

telle que la concevait Saussure, comme une approche sociosémio- tique : la mise en rapport de la fonction symbolique, des systèmes signifiants, et des modes de production de l'organisation sociale .

b) La problématique de la connotation:

Ce sont

emprun

téesà la glossématique de Hjelmslev qui ont servi d'outils à

"Sémiotique française",

effet

théorie de Hjemslev a permis d'étendre l'investigation sémiologi-

que:

du

les

notions de

'style'

et

de

'connotation',

la

pour penser le rapport de la structure,

En

dans

la

l'accep

système

signifiant et de sa fonction sociale.

libère

de

la

notion de signe,

d'une part elle

tation purement saussurienne , pour lui substituer l'unité de l'ensemble signifiant défini par la mise en relation d'un plan de l'expression et d'un plan du contenu, et adjoindre à ce disposi tifdes outils de théorisation du fonctionnement de la significa tionet des effets de sens.

Un

de

ces

outils

est précisément

la distinction entre

déno

tation,

métalangage et connotation.

Dès les Mythologies (1957),

Barthes

utilise ces concepts pour penser le

mythe,

aujourd'hui

comme

système sémiologique second qui saisit le système

premier

(langue, photographie, peinture, affiche,

rite,

etc)

pour lui

faire signifier: "le mot est ici d'autant mieux justifié que le

mythe

notifie, il fait comprendre et il impose." Système sémiologique qui appelle une lecture et nécessite de la part de l'analyste un déchiffrement. La forme des signifiants de connotation -(la rhé torique ou l'écriture)- est alors explicitement définie comme la face signifiante de l'idéologie; la forme des signifiés constitue l'idéologie. La sémiologie Barthésienne tourne donc l'étude de la signification vers celle des systèmes signifiants dans une société, ou encore vers l'étude d'une signification sociale: "la

a effectivement une double fonction: il désigne et il

communication instaurée par le système rhétorique est en un sens plus large que la communication dénotée, car ce système ouvre le message au monde social, affectif, idéologique: si l'on définit le réel par le social, c'est le système rhétorique qui est le

-

85

-

plus réel." D'un point de vue anthropologique, la connotation est

ce

par

quoi

le langage humain (entendu au sens

large

courant

des systèmes signifiants) se distingue

d'un

langage

d'ensemble par signaux:

"le pouvoir de constituer les objets en signes,

de

transformer ces signes en langage articulé et le message littéral en message connoté."

L'abandon

par

R.

Barthes de la sémiologie fondée

sur

la

connotation,

enracinée

dans

une critique du signe

(une

sémio-

clastie),

au

profit

de recherche sur le texte

comme

pratique

signifiante d'écriture,

puis sur

la lecture de

la

photographie

par exemple reste dans le droit

fil

de son projet d'une étude

du

fonctionnement

des

langages

en

rapport

avec

leur

fonction

sociale:

"il manque une théorie politigue du langage, une métho

dologie

qui permettrait de mettre à jour le

processus

d'appro

priation

de

la

langue et d'étudier la 'propriété'

des

moyens

d'énonciation ,

quelque

chose

comme le Capital

de

la

science

linguistique",

disait-il

en 1971.

Ces changements de cap indi

quent

les limites d'une sémiologie qui situe à la périphérie

de

son

champ les

fonctions sociales des langages pour avoir

réduit

la sémiologie au patron linguistique,

de

mais, aussi,

la pertinence

d'un

'socio-sémio-

l'intuition Barthésienne concernant la mise en évidence

angle d'attaque social et sémiologique du quotidien

tique1,

dont la lecture,

le texte,

le

mythe ont

été les

notions-

clefs .

c) Le champ sémiotique:

Avec la substitution progressive du terme de "sémiotique" à

celui

sémiotique

de

"sémiologie"

se

met aussi

en place

en

(Colloque d'Urbino).

Parler

soi

celui

de

de

socio-

"socio-sémio

la

définition saussurienne, car la dimension sociale était inclue

La sémiotique -au sens que lui a donné

sur

A

dans le concept lui-même.

logie"aurait

. J

.

Greimas,

été en quelque sorte un non-sens

au regard

de

puis l'Ecole de Paris- est avant tout focalisée

(textes

littéraires, politiques, religieux, etc; mais aussi rites, images

l'étude

de

l'organisation

des

ensembles

signifiants

architectures),

sur les conditions

de

la

saisie

et

de

la

produc

tion d'effets de sens.

Elle est

essentiellement

une

théorie

unitaire de la signification: c'est ce recentrage sur la signifi

la

distingue profondément de la sémiologie barthésienne. D'un autre

coté

la

cation,

la

et

la

'fidélité'

à la théorie hjelmslevienne

ainsi de

la

primauté

qui

de

sémiotique

s'affranchit

linguistique

et elle

élargit

son domaine à tous

les

types

d'en

sembles

signifiants

linguistiques ou non.

Elle

met

en

place

-

86

-

l'idée d'un procès sémiotique général, transversal aux divers

"manifestés",

t

qui

n'est

pas un modèle

linguistique,

tout en

constituant

son

modèle

comme entièrement autonome,

et

en

le

1 désinséran

'

donc

d'une

constitution plur i-disciplinaire . De ce

fait,

le

recentrage sur l'autonomie de la signification et

sur

l'étude

des conditions de production et d'interprétation des

effets

de sens permet de constituer

l'unité de la

théo risation ,

ou,

si

l'on

veut,

de se fonder essentiellement comme

théorie

unitaire de la signification.

liens

En cela la sémiotique rappelle ses

distingue

Co-extensive à l'étude

profonds

avec

la théorie de Hjelmslev

et

se

profondément de la sémiologie de Barthes.

des

ensembles signifiants (textes littéraires, politiques,

mais aussi rites,

rites

symboliques elle se focalise sur

l'organisation

des

religieux,

de

images, architectures, etc.)

et se distingue

la posture barthésienne qui inclut l'idée d'un procès de lecture,

donc

d'une

distance.

Cette

mise en

perspective

sociale

des

signes, sans doute implicitement co-reliée, chez Barthes, à

désirant et donc

l'idée

philosophique

d'un

sujet

à

la

fois

et lieu d'expression des contradictions

socio-économiques, intermédiaire incessant. Pour l'Ecole de Paris, la notion d'autonomie de la signification et, finalement

porteur de négativité,

d'autonomie

des

effets de sens,

axe un principe d'immanence

du

sens (principe déjà énoncé par Saussure à propos de la langue

et

réaffirmé

par Hjemslev) par lequel

c'est la

forme qui est

déter

minante

et

non la matière formée -ce qui exclut

d'emblée

tout

recours

a un extra-sémiotique ou à une

inter-disciplinari té

du

sémiotique,

mais

non

à

une

inter ou

trans-f onctionnalité

du

sémiotique.

Ainsi dans la perspective,

dite de

l'Ecole de Paris,

le

sémiotique étend son champ à l'ensemble des

systèmes

signi

fiants

à partir desquels la vie sociale

se constitue comme

pro

cessus

signifiant.

Aussi l'ensemble du monde,

"réel",

"geste",

"vécu",

"droit",

"symboles",

etc.,

relève de son domaine,

dès

lors qu'on les considère sous l'angle du sens.

 
 

d)

Genèse de l'investigation socio-sémiotique :

 

La question

des

syntaxes de mise

en

forme du sens

a

posé

un

certain

nombre de problèmes de

mise en

rapport avec la

fonction

sociale de la signification, dans le cadre de la théorie greimas-

sienne,

sociologiques

social,

mentsde types

conception sémiotique a mis en place des questionne

le

et

la

de l'Ecole de Paris.

du

sens,

En distinguant certaines

sens

zones

et non une impression du

sur

socio-sémiotiques , qui déplacent la conception

générale de la forme pour développer des points particuliers où

en

la

question

des rapports des groupes sociaux peut être mise

-

87 -

cause

du sens).

(d'où notre opposition entre le sociologique et le

La

sémiotique ouvre ainsi

social

l'investigation du champ que

celui

sémiologie de Barthes

la

théorie de la signification restreint en tant que tel:

En effet,

tandis que

la

de la connotation.

se

fondait sur l'étude de la présence du social (d'un

sentiment

de la société

.) à l'intérieur de la signification

(on

pourrait

presque

dire d'une relation entre le même et l'autre,

et

d'une

transgression

étudiant

de

l'idée même de différence),

la sémiotique en

présence

la forme reste peu encline à constituer cette

sociologique

dans

le signe et préside plutôt

à l'étude

de

son

état dénotatif,

voire constitutif de l'échange symbolique,

plus

que de son fondement relationnel et d'altérité.

Si la sémiotique reconnaît donc l'importance de la

connota

tion,elle éprouve cependant des difficultés à les décrire car il

est

plan de l'expression; celui-ci est inacessible à toute structura tiondirecte (arbitraire fondamental du système); celui qui ana

lyse

disséminés

impossible

de décrire des systèmes connotatifs à partir

du

doit par conséquence repérer les signifiants de

Une

prise

tout

au

telle

long du

connotation

La

celle

"texte" et leur rattacher des

signi

sémiotique

fiés.

puisqu'elle

voie

procédure est inacceptable pour la

de

fait intervenir la subjectivité

par

l'analyste.

donc

la sémiotique sur ce problème sera

d'une approche par le signifié,

conçu comme forme et porteur

de

questions

telles celles des genres,

des langages

sociaux,

des

stratégies de communication,

des

formes

du signifié,

ou des variations socio-historiques

pratique

mais non comme substance

ou

socio-historique.

L'étude

des connotations,

et de leur relata sociologiques,

marque

comme socio-sémiotique en sa genèse,

champ,

ainsi le

pas,

entre la

sémiotique,

et

ce

qui

se

fonde

se classant dans ce deuxième

ouvert par la difficulté du premier à intégrer méthodolo-

giquement

la question.

Ce temps d'arrêt entre l'une et

l'autre

théorie

a

l'intérêt épis témologique de poser

très directement

la question de l'articulation des faits sociaux (la vie

ou

encore

le lien social)

et

des

faits de langage.

sociale

la

En cela

sociosémiotique est un lieu d'investigation entre l'autonomie

formelle du modèle

question même du sens et de l'humain

et

les

rivages de

l'interrogation

encore,

sur

la

(ou,

de l'anthropo discours de la

logie);dans le champ sémiotique,

préparé par le

sémiologie barthés ienne , elle ouvre la trame d'une réflexion trans-disciplinaire , et l'on pourrait dire trans-fonctionnelle, sur le signe comme substrat, et, la notion-même de systèmes.

-

3 ) UN ENVIRONNEMENT EPISTEMIQUE CULTURE

:

88 -

LE TEXTE ET LA SEMIOTIQUE

DE

LA

3.1

Histoire et Semio-Genèse

 

Bien que n'appartenant pas au domaine de la socio sémiotique ,

un

certain

nombre de recherches ont largement

contribué

à

en

préciser les contours.

principe

(production

sociale.

Formalistes (on se rappellera que les Formalistes constituent non

mais plusieurs qui définissent plus ou moins la et de l'histoire). Deux tendances ont une fonc

tion importante: les travaux sur l'idéologie et le dialogisme de Bakhtine; les ouvertures du texte à l'histoire chez Mukarovsky. Les recherches de Julia Kristeva sont, sur cette définition épistémique du champ des sciences des signes, dans notre époque, fondamentales. L'évolution de Semiotiké à Polylogue est signifi cative de l'extension de cette approche d'une constitution d'un modèle à son implication jusque dans l'écriture de l'analyste des

choix

signes,

pas une école, place du social

Ces recherches contestent

texte

et

son

réalité

l'absolu du énonciation

et

d'immanence

ou

qui construit le

réception) hors de leur

matérielle

Les plus marquantes sont héritières et dialectiques des

et plus particulièrement

dans

la

mise en

regard du

d'objets en fonction de leur "force" sociale.

A

la

connexion des

propositions

de

Bataille sur la transgression

et

sa

fonction

sociale

et d'une modélisation rigoureuse des rapports entre for

mes, sens, indexation, motivation, ces travaux, et le travail de commentaire des textes théoriques qu'ils induisent, construisent

un nouveau mode d'approche de la signification

matérialisme, c'est-à-dire des rapports de forces contradictoires

dans

domaines

et dynamiques dans

implicant le

la

substance et la

forme des signes,

de

et

les

pratiques

de ceux-ci.

La vision "idéologique"

plus actifs dans la société occidentale moderne, comme la litté rature ou les pratiques artistiques, ou la question des marges, des limites dont la psychanalyse, reconduit l'idée d'ensembles signifiants, mais en y incluant celle d'un choix socio-épistém i- que du chercheur 1 ié aux conditions historiques de production de son discours. Ce type de réflexion rejoint la notion d'idéologème développée par Bakhtine mais en l'incluant dans le mode (et non seulement dans l'objet) de production du discours scientifique.

La

notion de dialogisme,

et son rapport

avec

l'interaction

et

les images en jeu dans l'interaction,

sont très

importantes

dans

le développement des problématiques de la sémiotique de

la

culture. Cette notion ainsi que celle d'intertexte mise en oeuvre

-

89 -

par le groupe Tel Quel suppose,

dans la lignée de Bakhtine,

que

l'on

peut

distinguer au niveau de la

forme et

de

l'articulation

entre forme et substance des traits polyphoniques ou encore des

ensembles de traits (sous-j acents au

symbolique et définis

comme

sémiotique:

à

la

chora sémiotique,

chez Kristeva)

Se

qui ouvrent le

de

signe

l'aspect imaginaire ou paradigmatique systématique de la connotation, cette polyphonie du signe s'organise comme structure rythmique, traversée par 1 ' i nter-t exte (ou la multiplicité des

une multiplicité de

significations.

dégageant

socio-sens possible)

" textualité" )

contextes font changer, "orchestrent" cette polyphonie; la

question de l'analyse (psychanalyse) en est un point de recherche

les

à

la

fois

matérialité

("texture",

et

incommensurable du sens (les

situations,

théorique

tendance a annexé paradoxalement un repli sur la sub jectivation .

et

méthodologique fort et l'on remarquera que cette

3.2. L'Ecole de Tartu

culture

et

quelques

tels que La structure du texte artistique (1973), Travaux sur les

systèmes de signes (1976),

de

découvrir la manière dont on peut concevoir une spécification

Toujours

des

de

ce

point

de

vue d'une sémiotique de la

et

éthiques

la

pratiques

uns

esthétiques

de

I.

traduction

de

(1977)

a

de

des travaux

Lotman et de l'Ecole

Semiotic

Tartu,

fait

Soviet

la

sémiotique

des

phénomènes artistiques

en-deçà

du

système

linguistique .

 
 

Ces

travaux

indiquent tout d'abord que l'on

peut

étudier

comment l'oeuvre ("le texte artistique", littéraire ou non) modélise la réalité extérieure qu'elle prend en charge au moyen même de son organisation formelle. Ils ouvrent ainsi la voie à une connaissance de la structure et du fonctionnement spécifique de l'oeuvre, dont on n'a pas encore saisi toute l'importance pour une approche des objets culturels. D'autant plus que cette connaissance déploie par son propre mouvement une conception de la réception sociale des textes artistiques éthiques comme stratégie de signification. Une telle approche n'exclut pas le dehors qui la fonde, ni la matérialité discursive du texte, ni la réalité sociale: l'oeuvre est connaissance du monde et exposition de cette connaissance à un auditoire.

3.3.

La synthèse

négative ou le champ socio-sémiotique

A

partir de cet environnement épistémique sur la notion

de

-

90 -

texte on pourrait émettre l'hypothèse suivante: plus qu'articu

lantun projet général, se distinguant par des fondements théori ques historiques et un rapprochement avec d'autres perspectives de réflexion comme le matérialisme ou l'engagement politique du chercheur dans les luttes sociales, ces diverses étapes d'une sémiotique du texte et de la culture posent ces pratiques esthé

tiques et éthiques comme le noyau dur où les

leurs signes tout autant qu'elles sont parlées, traversées par cette énergie sémiotique. Fondamentalement socio-critique ou encore geste sémiotique, ces pratiques des limites (de la Reli gion aux Avant-Gardes) deviennent pour ce courant de pensée l'espace de recherche, d'étude, de réflexion sur les rapports sociaux et la sémiose qui assurent la cohésion, socio-historique en dépit des contradictions, en une sorte de synthèse négative.

sociétés parlent de

à les considérer comme une

il conviendrait donc de les restituer

comme sociosemiotique profonde, la sémiotique devenant à l'instar de la linguistique dans la sémiologie générale saussurienn e , une partie de la sociosemiotique.

Dans cette perspective plus que,

de la culture,

sémiotique

4) UN DEBAT ACTIF DANS LE CHAMP DES

SOCIETE : les fonctions sociales du langage.

SCIENCES DE L'HOMME ET DE

LA

4.1.

La critique sociologique des usages du langage

regard

porté sur le langage comme fait social.

plus

forte de

Cette critique axes: d'une

sociologique des usages

part

théorie des idéologies,

quepour penser l'efficacité symbolique du langage; d'autre part, critique, au contraire, de l'économisme qui se retourne bientôt chez Baudrillard en une critique de l'économie politique du signe. Il dénonce ainsi la perte du symbolique qui affecte notre société ainsi que la réduction sémiologique de ce symbolique: les relations sociales sont réifiées et laissent place à un échange

une

du symbolique au signe

La

sociologie des années 70/80 a été marquée par un

elle

Connexe en cela

s'en distingue par une

au propos

socio-sémiotique

implication

l'idée de code,

et

et par une réduction souvent importante

non

à

la

signification.

a

eu

deux grands

à

du langage

s'est

développée une critique marxiste qui appelle

c'est-à-dire à faire retour à l'économi

de signes réglé par la

logique du code.

Sur

un

symbolique:

tout autre registre,

Bourdieu traite de la violence

de pensée

de l'imposition de schemes de perception,

-

91

-

et

d'action

qui assurent la reproduction des rapports

sociaux.

Pour

réside

tion,mais plutôt dans les conditions et contraintes sociologi quesqui définissent les usages du langage. Mais dans ce cas,

ne

cet auteur

pas

il

est vrai,

l'efficacité de cette violence

et dans

son

dans la nature

même du langage

organisa

comme dans ceux qui précédent,

l'efficacité sociale du langage et

le symbolique sont au coeur du débat, et dialoguent en cela avec les investigations socio-sémiotiques .

Cependant,

on

peut

penser que ces analyses

des

fonctions

sociales du langage se distinguent d'une approche de la

signifi

cation en tant que pratique socio et sémio symbolique (à la façon sociosémiotique) pour dégager les aspects conflictuels et consen suels de l'échange et la production d'une plus-value à la manière

des

lois de l'économie

.

S 'in téressant

plus

aux valeurs et

aux

modèles

de

production

et de reproduction

de celles-ci,

ces

modèles s'éloignent d'une visée analytique de la signification en

tant que celle-ci est une herméneutique (ordinaire)

ment une

et non seule

productrice de valeurs.

4.2 Philosophie critique et critique philosophique du langage

 

Les

notions

de symbole

et

de

symbolique sont

des

notions

pour

le

moins polysémiques.

Elles ont cependant l'avantage

de

désigner,

pour

l'un une entitée moins fermée que

le signe,

pour

le

second

un processus qui excède le

 

seul

fonctionnement

des

signes

dans la communication.

 

Le

symbole,

moins

séparé que

le

signe

de

la

réalité à laquelle

il

se

réfère et

qui

lui

sert

d'appui pour accéder à la sphère de la signification, s'élabore à

la

symbolisation

frontière

entre le langage et son dehors.

La

couvre

l'ensemble des processus par lesquels la construction

du

langage rend possible la vie sociale.

Ainsi,

la

mise en forme

du

sens

qu'opère

l'activité symbolique,

se traduit-elle

par

une

production

du

langage

et

une

production

de

société:

la

morphogénèse est simultanément sémiogénèse et sociogénèse (S. Ostrowetsky) . Seulement, dans nos sociétés complexes et surtout

historiques, l'analyse ne peut saisir directement, d'un même coup de filet, l'ensemble de ce processus de symbolisation comme peut

le faire

histoire lente. Il faut appréhender soit les pratiques sociales à travers lesquelles cette activité se déroule -ce que fait la sociologie- soit l'organisation signifiante des produits de cette activité -ce que fait la sémiotique- soit reconstruire à partir

de

l'anthropologie pour les sociétés plus petites et à

ces produits,

pensés alors comme des produits culturels,

le

 

-

92 -

processus

de symbolisation.

Tel

serait la tâche du

sociosemio

ticien.

Comme

le

sociosemioticien,

en

tant que

sujet

social

et

sémiotique,

est

lui-même

inscrit

dans

l'activité

de

il

apparaît à l'évidence qu'il

doit incessamment

symbolisation , reporter l'objet

analysé au contexte de sa production

comme de

sa

réception

et,

par

conséquent,

à

pour

le

reconstruire,

les

processus

de

cette

reparcourir, production et

de

cette

réception.

Il

y

a

une

illusion

à croire

que

le

sociosemioticien

peut se

dispenser du

travail de parcours et de re-parcours des

chemins

qui sont ceux

de

la

genèse de

la

symbolisation;

bref,

qu'il peut échapper à l'interprétation.

Il

lui

faut au contraire

établir une communication entre deux mondes: les objets culturels

organisés

C'est cette

contrainte épis témologique que traduisent en définitive les difficultés de la sémiotique devant la connotation: qu'il n'y a pas de lecture définitive et universelle -fût-elle scientif iqu e- d 'un texte car ce dernier n'est jamais une application d'un code,

en

tant que faits de langage et leurs fonctionnements

symboliques dans leur contexte social et historique.

ni

même la manifestation

de cette

application

dans une

matière;

il

est toujours

un

objet

complexe qui est

la

trace

et

la

résultante d'une production à concevoir comme un "choix" effectué

sous contraintes,

destiné à être interprété et négocié selon les

mêmes

conditions.

C'est

en

ce sens

qu'il

faut entendre que

les

objets

culturels

dont

traite la sociosémiotique

ne sont

pas

abordés

comme

objets

sémiotiques

mais

comme

des

objets

symboliques.

Barthes

Et

ainsi

peut-on aussi comprendre le

mot

selon lequel "il n'y a pas d'autre preuve d'une

de

R.

lecture

que la qualité et l'endurance de sa systématique".

Cependant, le sociosemioticien ne saurait être un simple

lecteur. C'est sur ce point que l'héritage néo-kantien, tel qu'il est formulé dans la Philosophie des formes symboliques d'E. Cassirer, se fait le plus sentir. Le sociosemioticien prend acte que l'étude du fonctionnement de la connaissance prime sur la

connaissance elle-même. Certes,

paraît aujourd'hui désuète; nous n'en admettons pas moins la

la notion de "forme symbolique"

"fonction de symbolisation".

l'opposition métaphysique entre deux mondes (ceux que la

métaphysique oppose); le mythe, l'art ne reflètent

existence transcendante ou extérieure, ils constituent chacun un

Le

symbolique est

là pour surmonter

pas

une

système

indépendant

en

édifiant

"selon

une

loi

interne et

originale de

production,

un

monde

de

sens

particulier et

-

93 -

indépendant, formation et de configuration 'objective'",

cohérent

et

clos.

En tous

admettons-nous,

après

les

travaux d'un E.

opère un

principe

de

[t.

3,

422].

De même

Panofsky,

que toute

forme est signifiante et exprime une conception du monde propre à

un

d'aller encore au-delà: saisir la formation et la configuration à

l 'oeuvre .

moment d'une culture.

Mais la socio sémiotique a pour

projet

ELEMENTS DE BIBLIOGRAPHIE

Cette

bibliographie ne vise aucunement à couvrir le domaine

quelques

de la socio-sémiotique.

Son propos est

de

présenter

repères

que nous estimons significatifs de l'émergence du

champ

socio-sémiotique

(comme

champ

épistémique)

-

et

de

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