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TIBRAIRIE 33. rus deSsine.

PARIS
FISCHBACHER. JEANNE DE VIETINGHOFF

EI{ VENTE:

I , A LI BER T É I N T N N I E U R E
par JEANNE DE \IIETINGHOFF
AUSBUIT
L e s V i cto i re s. - L a Liber té intér ieur o. - La Voix de I' r ime. -
I-e s L o i s n ro fo n d o s . - Imor essions. - Por lr aits.- La Na t,r ¡ r e.
-- L 'E n fa n t. - L a Femm e. - La Justice. - La Souffr anc e. -
L '.{mo rrr e t Ie B o n heur . - Le llor Ds. - Vivr e noblem ent. - Le
Ri e n e t l e l \f a l . -.l ó sus. - La Volonté de Dier r . - Les C hos es
D'UI\M{)I\DE
N{)UVüAU
i n e {l a b l e s. - L e Royaum e m- vstique. - La Patr ie.
Un volu me in-1 6,3' édit ion. 6 fr . 7 5

I NI PRB S S I O N S D ' A N { E
par JEANNE DE \IIETINGHOFF
Un volume in-16,3" édil,ion, 5 fr.

I,'INTHT,T,IGEN[IE
DtI BINN
par JEANNE DE VIETINGHOFF
[.In volu lle in -16 ,6" édit iun.

En regardant v i vr e le s h o r n r n e s, p e n sé e s e t
f r a E m e n t . s . n a r C n ,ln r ,¡ :s I) ll¡ ¡ o u a . In tr o d u ctio n
p a r R t x r i R a n r su r o r . In lii 6 fr.
E s p é r a n c e s , p a r l,u cr r w C¡ p tr , in - I6 . 4 fi'.
S a g e e s e e t V o l o n té , p a r Gn o n cr s llo r :n n o r ¡ ,
in-l(i . 3 f¡'.
L' O r c r u e i l d e v ivr e , p a r GEo n cn s llo u n n o x,
rn-16. 4 fr.
Le J a r d i n d e l a p e n sé e p h ilo so p h iq u e et
m o r a l e , D a r J u l e s llu n íi, in - 1 6 . 7 I'r.
Le s P o s t u l a t s d e la Vie , p a r Ju r r s llu n É, in - 1 6 . 7 Ir.

N OTB S D ' U N P ESS I \ { I S T E


p nr Edm ond THI AUDI ÉRE
9 volumes in-32 ü 3 fr. 50 le volume
L'0bsessiondu llivin. 1898 La f,aine du Vice, 1,103
La ComDlaintede I'Etre, {899. La Réponsedu SDhinx.1905
La Soif rlu Juste, t895. ta Soúrcedu Bi€tr,1910.
Ira Fierté du Renonoement, 1901. t'Ecole do 3onisme,tgtl.
La Conquétede I'lnflni, 1903.
5374. - T o uls, I r npt' ilner is Ii . ARRAULT et C,. PAIIIS - L I B RAI R I E T . ' I S C H B A C T I E R

Dcuc:i¿fle ódít;on
JEANNEDE VIETINGHOF'F

ATJSET]IL
D'UN

DU il,TÉMEAUTEUR :
MOI\DEI\OUVEAT]
in-{6 5 fr. DEUXIEME EDITION
lmplessions d'áme, 3" édition
3" édition in-{6 6 fr. 75
La Libelté intérieure,
6u édition in-{6' 6 fr. 4W&
L'lntelligence du Bien,
wüEmlitu
mI*ffi
sffi
t¡Ll&'tgtit¡t^

5\I5

, PARIS
il
LIBRAIRIE FISCHBACHER
1i
33, nur DE sErNE,33
¡
t923
(Tousdroits réservés)
DEDI CACE

Venez d moí, d,ntesanonyntes qui étes


nlesselo's, oü que aol¿ssollez; eenezreous
toutes quí pourríu n?ecomprendre et que
je sattraís consoler. ,l trac,ers lc¿ ntatiére
que j'ignore et le ternps que je clomíne,je
vous convie au banquet rogal tles esprits
tout-puissants, Queles ondes étl¿érées pou,s
portent le nzessageet la conzmunion quí
líbére.
!
¡t.

Qui éc,oquerale chant d,ipin du c&ur so-


J
litaíreP Oü nouuera-t-íl l'écha d,esharmo-
níesprofondes? NuI ne se connatt, quí ne i;
se peut d,onner, et Ia parole prophétíque il
naít de Ia rencontte d,esíntuítíons.
Oü que eaus soyez, ámes anonynzesqui
étesmess@u.rs,aenezpourque aotre destín
i;
s'ac]tépeet que le nzondes'enríchísse cle
nos fbrces uníes!
¡{

AI]$$IJII,
O'IJII
IIONDN
IIOUVüAII

TE BRISEMENT
DE tA FONME

Notre vieur monde tremble sur sa base.


Ce qui a été n'est plus, ce gui vient n'est
pas encore.Plus un point fixe oü reposersa
pensée fatiguée, plus un ra)¡on de beauté
oü rallumer sa foi vacillante. La vérité d'au-
iourdfhui sera I'erreur de demdin. L'idée
du bien tourne au gré du vent, ie devoir
s'adaptei la fantaisiedu passantet la cons-
cience affolée céde á I'effroyable pression
de la nécessiüé.
La certitude a disparu et Dieu n'a plus de
nom.
S'agit-il d'un recul, s'agit-il d'un progrés?
Sans doute, si l'édifice a pu étre renversé,
c'est qu'il s'i trouvait iÉs fissures ; si
I'homme a osé I'attaquer, c'est qu'il a senti
naitre en lui une force nouvelle.
Toute force supposeune énergie vitale,
{0 AU SEUIL D' UN M ONDE NOUYE A U LE BRISEMEI.{T DE LA FORI\{E 15"

tout mouvementde vie un progrés, tout pro- Cependantle salut est dans les yeux qui
grés un droit; le droit á un capital per- s'ouyrent, dussent-ils mourir de ce qu'ils
sonnel, á une initiative créatrice. voient. Le cataclysme de I'heure présente
i Un cataclysmeextérieurest généralement est une manifestationde l¡r réalité que nous
le signe d'une maturité intérieure; á mesure avons ignorée systématiquement.Elle se
i
\ que l'esprit progresse,il revét une forme révéle á nous sansménagementet demande
agrandie. Nous avons assisté au brisement á étre admise sans compromis.
de I'ancien idéal, nous nous préparons á Le premier devoir que nous impose
I'avénementd'un idéal nouveau.Enúre ces I'orientation nouvelle est :
deux étapes il faut endurer I'effondre-
t'
ment du temple effrité et croire dans le
\ Le couraged'ouvrir les yeux.
vide.
Quelle attitudeprendre en présencede cet '
Ouvrir les 5-eux,c'est découvrir le ver
écroulementfatal ? rongeur et risquel I'anéantissementdu
Gardé par la loi l'homme se croit bon, il sanetuaireauquelnous aycns tlonnéle meil-
se reposedans la forme. Privé de la loi il leur de nous-mémes. C'est perdre l¿rdouce
doit ou succomberou lutter. C'est la rup- illusion des semblants de bonheur, des
ture avec I'inertie morale, le premier pas croyances faciles, des vertus apparentes.
vers la sincérité, le point de départ d'une C'est accepterle néant qui résulte de tout
orientationnouvelle. examensincére,c'est avoir la force de res-
L'homme moderne est habitué á vivre ter seul dans le vide. Cependantsans cet
dans I'artificiel d'une vie étrangére ; il acte de supréme sincérité,nul ne peut pré-
tremble d'instinct dovant toute manifesta. tendre á l'indépendancemorale. Soyonsou-
üion de la réalité, il ne redoute rien plus verts á ce qui vient, sans nous obstiner á
que de se voir úel qu'il est, et de tous les retenir ce qui s'en va. Celui qui se cram-
attributs de son étre, son humanité lui ponneau passés'engagedans une lutte dé-
semblele plushonteux. sespéréecontre une mort certaine. Celui
L2 AIJ SEUIL D UN MONDE NOUVEAU L!] B R IS E ME N T D E LA FOR ME 13

qui veut ériger une vérité prématurées'égare planche de salut esiste toujours pour celui
dans le vague. Celui-lá seul est sago qui qui veut vivre. Elle existe aussi dans le ca-
sait abdiquer toute forme en refenant I'es- taclysme présent; mais on ne le découvre
prit, qui sait attendre dans le vide, et généralement qu'au rnoment oü on a abdi-
1
lcroire á l'acLioninvisible. qué tout le reste'
Ne vous scandalisezdonc pas, honnétes
gens pudiques,si la jeunessese déshabille. .*.
'Il
fauüpasser par Ie nu, avant de pouvoir f Il faut se mettre au:dessusde la forme ou
revétir la tunique sainte. Ceux qui se scan- / périr avecelle.
dalisentdunu, ou s'endélectent,sont desim- [ ][alheur aux craintifs qui n'osentpas re-
purs. L'état présentn'esf pas une fin, mais gardel la vérité en face, aux f¿riblesqui ne
un passage; personnene peuts'y reposersans peuvent rester unc heule saus appui, aux
' en mourir. L'état présentn'est que I'usine oü ultra-scrupuleuxdont les inter"ditsont figé
se forge la foi qui susciteraun état futur. la vie. llalheur aux cceurstrnp fidéles qui
' te seconddevoir que nous imposeI'orien- perdent á pleuler un passé mort, la force
,tation nouvelle est : que réclame d'eux l'avenir vivant, ar¡x es-
prits précongusdont les principes inébran-
tavolonté de survivre, lables barrent l'horizou .des vérités agran-
dies, car il n'y a plus de place pour eux
Gráce au merveilleuxinstinct de la con.
dans l'ére du devenir qui est I'ére de tous
servation qui nous vient sans douté de la
les renversementset de tous les lenou-
certitude inconscientede notre immortalité,
veaux.
nous n'abandonnonsjamais I'espoir d'une
survivance possible et nous demeuronsca-
pables,dans les momentsles plus critiques
de saisir la planche de saluú qui aurait < Celui qui voudra sauver sa vie la per'
échappée á notre perceptiouordinaire. Cette dra. >
L4 AU SEUIL D,UN MoNDE NoUVEAU
LE B R IS D ME N T D E LA FOR ME L5

Mourir, c'est fermer les yeux á la lu-


Que voulons-nous sauver? Notre bon-
miére du monde; mourir, cLst renoncer á
heur ? Non pas, mais l'échafauilagede nos
l'évidencede ses propres lumiéres.
conceptionspersonnelles.Qu'il se nomme
dogme, religion, loi, patrie, affection,idéal,
peu importe, nous en sommes les auteurs, **,
ils représententnotre droit, notre raison
Beaucoupne sont pas capables.de se dé-
d'étre. Perdre ce point d'appui équivaut
faire d'un seul coup d'habitudestradition-
pour beaucoupá perdreIa vie, le sensde la
nelles. Certains plis sont si profondément
vre.
creusés qu'ils ne peuvent s'effacer qu'en
Celui qui meurt physiquement abdique emportant l¿rvie qui les a formés. Il y a
devant une force qui le dépasse et qu'il des retardatairesdont le sacrificeest néces-
ignore; il cessede vouloir, il consent á ne saire au dóblaiementde la route,commeil ¿
plus étre, il accepúele vide immense et si- ¡'
des préculseursdont la promotion est indis-
lencieux de I'inconnaissable.C'est un acte pensableá I'ensemencement du mondenou-
d'héroisme,mais il peut I'accomplir, parce veau.

I qu'un instinct secret lui dit que ce qui s'en


va, n'est pas vraiment lui, mais bien plutót
\ le bagage encombrant de sa vie qu'il veut
Celui qui se noie saisit au hasard le se-
cours qui se présente,ce n,est que plus tard
qu'il s'en rend compte et qu,il parvient á
libérer. définir la subsüanceet la forme de l,objet
De méme celui qui meurt moralement qui l'a sauvé.L'important est le geste. Il se
abdiquedevant la nécessitédu devenir qu'il trouve torrjours une planche de salut á la
ne comprendpas. Il consentá.briser I'idolede portée de tout gestesincére.
sa foi, le moule de sa pensée,á. n'étre plus Sombrons,mais en nous cramponnant á.
rien de cequ'il a été, de ce qu'il croit devoir la vérité éternelle,qu'aucun temple ne peut
étre, pour s'abandonnerau hasard, parce contenir, aucuneparole exprimer, qui sub-
gu'il croit á. la survivance de son ,moi in- siste par elle-mémesans forme et dont un
ü&onu, au triomphe du principe divin.
L6 au SEUIL D'uN ltoNDE NouvEAU LE B R IS E ME N T D E LA IION } TE
L7

ange rnconnunous murmurerapeut-étre un monfagne de granit. C,est alors qu,il fauú


jour le nom. croire á I'actioncachée,car il est aussi évi-
La troisiéme attitude de I'orientation dent que toutes choses concourent á l,ac-
nouvelleest: complissementdu bien qu'il esú cerfain
gue
tout fleuve s'acheminevers la me".
ta fbi au tlevenir du bien. La-quatriéme clispositionque nous im-
posel'état présent est :
Sansdoute nul elfort llour le bien n'est
perdu, mais, en dehorsde I'actionlaumaine, la patieucede I'attentedansIe vide.
il existe une force invisible, agissante qui
poursuit son ceuvresans intervention volon' pas les évérements: ce qui
taire et consciente;c'est comntele courant /.',I:
I'lent ,t-":".t
ür'o¡rtót vient nrai et nous t¡.ouve ,
f im-
d'un fleuve qui porte la barque que nos
\ propres á I'apprécic'r.Il faut tlu tcmp.spour
ranes font avancer Péniblement. former une l)e.sorlnalitú,il c¡r ftut
i:""t""i
Ce courant ne se ralentit pas, il ne s'ar' ptus pour reconslrui¡eun monde,
e¡r sorte
réte jamais, il conduira infailliblement la la
=que patienceest presquetout. Le danger
barque aulargede I'océan,pourvu que nous de l'heure acüuelleest de vouloir
p"o,ro,{o",
le courage de la lui confier. Ilais iI artificiellement desvaleurs qui
"yont ne se rap-
est des pilotesinexpérimentésqui ne discer' portent qu'á un développementsupérieur.
nent pas la direction des vagues et s'effor' Nous avons beau demander clu
ou,rt, tu
cent de pousser leur barque en sens con- neuf est encorehorscle notre portée,
irrr*
traire du courant. que-nous pouvonsfaire c,est
de resúerim_
Par moments, le fleuve mystérieux se mobiles et d,attendre dans tu,
t¿o¿i""",
conforme,ilocile,aux sinuositésdeia berge, mais cette atúentene cloiüpas
étre .J..,fr"i-
par momentsil"s'égaredansles plainessau' roment sans espoir. Toute
angoissecon-
pal: momentsil s'enfonce,il devient tient déjá en elle le germe d,,une
"ug.r, délivrance
souterrain et la barque s'arréte devant une á venir.
t8 AU SEUIL D,ÜN MONDE NOUYEAÜ
LE B R IS E ME N T D E LA FOR ME r9
Sans doute la vérité ne peut subsister á Le petit enfant,pour assurer sa marche,
la longue sans iorme, sans moule. Toutes _
cherche un appui quelconque, mais pour
les luttes, les tensions, les égarementsdes nous qui sommessortis de I'enfanceil n'en
temps modernes ne sont que des efforts dé- est plus. Tous les soutiens de l,heure ac.
sespérésde I'Esprit en quéte d'une forme tuelle fléchissentsous la moindre pression.
nouvelle et adéquateá ses aspirations évo- Il faut se faire á I'idée de la solitude et ne
luées. Mais si l'Esprit n'a pas trouvé, c'est compter que sur soi, c'est-á-diresur le mi-
que lui-méme n'e$t pas encore assez fort. racle de Dieu en nous.
Dés qu'une penséea atteint sa maturité, elle
crée naturellementsonexpression.De méme
l'áme moderne trouvera sa forme religieuse,
morale et sociale,le jour oü elle aura réa- Vous tendez dans les ténébresvos mains
lisé son vrai caractére. avides d'appui et vous appelez dans Ie vide
Concevoirle bien est relativementfacile, une vérité qui vous éehappe.Soyezpatients
avoir la patienced'attendreson éclosionest dans votre.attenüe,de crainte dL vous at¿a.
une rude épreuve. Mais celui qui est font, cher á une forme passagére.La vérité est
sait attendre dans le vide et compter les lente á éclore, aucun bruit ne l,annonce;
heuresqui se succédentsans espoir. Il ne elle se forme dans le silence de I'effort pa_
s'émeutpas du silencede la nuit. Il admet tient, elle naitra du besoin des cceurs af_
la vie méme dans I'immobilité et croit au It famés. Personne n'aura á vous convaincre
destin qu'il ne comprend pas. Il sait abdi. I de sa présence,car tout ce qui vibre en
quer la forme de son bonheur et ne dil pas: \
vous la confirmera.
il me faut telle fleur ou je meurs. Il sait Avez-vous donc si peu de foi, que vousne
abandonnerIa forme de son salut et ne dit pouvez vivre une heure sans religion, sans
pas : en dehors de cette croyance je suis morale eú sans philosophie?
( perdu; car il se confie á la sagesse qui di-
\ toute chose et le dépas.se.
"if.
$n
¡ir

L.{ FATLLTTEDES FAUSSESvALEUns


Zt

Nous vivons sous le régne des faussesva-


leurs, elles seulessont remarquées,appré-
ciées. Ce sont elles qui donnent la noie
et
réglent I'ordre sociai. Il faut étre dans le
faux ou dans la solitude, servir le faux ou
VATEURS
M TAITTITE DESFAUSSES mourir de faim.
D'oü vient cette déviation universelle,
quellesen sont les conséquences ?
Il y a des valeurs méconnues,il en est Nos désirs naturels sont généralement
d'inapparentes,de surfaites. II y a des va- justes, ils aspirent au bonheui, l,amour,
á
leurs classiques,éternelles.Il y a aussi au trav¡ril modéré,au bien-étrd nécessaire.
des non-valeurs. au progrés possible.Et les r€ssourcesnor-
Entre toutes ces mesures I'homme peut males suffisent aux besoins normaux. Il v
choisir, son jugement le guide, son critére a úoujours eu de quoi étre heureux poo" oo"u
esten lui. Mais ce critéren'est ni immuable, humanité saine. En lui donnantla vie, Dieu
ni infaillible, il dépendde sa santémorale. a pouryu á ses bcsoins.
Si par suite d'un excés quelconquel'équi- Mais le malheur a commencéle jour oü
lible vient á se rompre, la balancedévie, la l'homme a voulu plus que sa rationioü il
a
proportion est déformée. voulu la jouissancefaclle, le sálaire immé-
Si ton ceur est impur ton ceil se trouble, lil:,"1
il a congu, en vue de les obtenir,
ton choix se fausse;iI déplaceles valeurs, l'idée de la flaude.
dérangeI'ordre universel et transforme le Alors son bras s'est lassé de l,effort pa_
mondeen chaos.La décadence d'une époque tient, sou c@ur a douté de la sagessedi_
se manifeste avant tout par une déviation du vine, il a convoitéles biens apparántsdont
jugement.L'homme modernevoit tout á re- son jugementdévovéarraitsorfait la valeur ,
b,lrrs. Ce n'est pas I'univet'squi a changé A foncede se no¡rrrir cl,illusionsl,homme
tl'aspect,c'est lui qui en défigule le sens. mcderueest devenudabile.
,r.3r'8"
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ili¡ii;
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{ti 22 AU SEUIL N'UN MONDE NOUVEAÜ
111 LA FAILLITE DES FAÜSSES YALEURS 23
iii
lf
i1li i Touü excésest ur signe de faiblesse.Le que personnen'est plus taxé á son juste prix
rl i corps sain se cotrtenteclune nourriture fru- et n'occupe plus la place qui lui revient. La
li i gale, l'áme forte n'a que faire d'excitants.La dilection des peuples est confiée á des ca-
;lll beauténaturelle suffit á nourrir son inspira- ractéresmédiocres,égoiptes,ambitieux,qui,
I tion toujoursen éveil.Elie oseassumerIessa- partant d'un point de vue erroné, ne peu-
rl crificesqui sontle prix detouübienvéritable. vent produire que le désordre. Les repré-
i{ Mais I'homme décadent, incapable de sentants du riférite, de Ia .ü'raiesagesse,re-
i1
1l
tl goüter la joie virile, ne vibre plus qu'aux tégués dans I'oubli, sont incapables de pro-
¡i
plaisirs raffinés, ses ambitions sont déré
.t duire' et d'utiliser leurs dons méconnus.
i glées ; il s'épuisedans le surménage ami- Tout ce qui dépassela norme du modéle
t viste. Inassouvis'par ce régime arüificiel, admis est étouffé comme suspect. On a
l
I
ses appétits s'exaspérent; aprés les biens cru- pouvoir se passer de I'initiative person-
.\ apparents,les moyensillicites, tout est bon nelle et fabriquer avec des matériaux utili-
,¡i qui rapporte: le mensonge,le vol, le crime, üaires un idéal á sa convenance,mais le
1
,t, la guerre. Le sentimentdu devoir est rem- rouage a craqué, car sa force motrice était
placé par une morale utilitaire, que I'on une faussevaleur, I'égoisme.Une.foisle dé.
nomme: le droit de l'égoisme,le vol hon- sastreconsomméon s'est alarmé, on avoulu
néte, le crime mér'itoire. Le chemin droit ne redresser, on s'y est mal pris, on a accusé
ménequ'aubut; il faut dépasserle but, forcer les nations et les castes et I'on a cru pouvoir
la dose, sauver á tout prix une humanité rétablir l'étluilibre en abaissant les unes et
gorgée d'abondanceet mourant d'inanition. en haussant les autres. Cependant,le mal ne
venaiü ni d'une nation ni d'une caste. mais
Sesconséquences. de la prépondéraneedes non-valeursad-
mises dans touies les nations et dans toutee
La déviation du sens moral nous a men¡is
les castes.
ü une fausse conception des valeurs, uue
Aussi longtemps quo lihun¡anite tolÉrera
lausse évaluationdes hommes.Il en résulüe
&* r*'gne de* fauss,s*vslsurs, elle coxtlnr¡ere
,,lf
,11
:d
t
fr"
l[ 24 AU SEUIL N' UN M ONNN NOUV E A U LA FAILLITE DEs FAUSSESVALEUns 25
ll'
il
de creusersa propre tombe,car rien ne peut le salut, au point de vue logique, parait
ü
subsister qui est arüificiel. presqueimpossible.
{
1r
Quand I'aberration humaine a mis la der- Mais il existe en chacun de nous un sens
niére pierle á sa tour de Babel, les forces cachéet naturel de justice, sernblableá une
de la nature interviennent et protestent. étoile qui ne s'éteint jamais sousI'amoncel-
Elles suscitent un cataclysmeuniversel qui lement des nuages et reparait toutes les
renversed'un coupla cité illusoire' Et I'ar- fois que la nuit est claire. Souvenir d'un
chitecte aveugle peut constater la fragilité idéal entrevu dans un mystérieux passé,
de ses plans, et le néant de ses ambitions ; parcelle divine, restée vivante dans I'trrgile
l'occasion lui est"offel'tede reconstruire sur passagér:e,vision intuitive d'rrn au-delá
d'autresbases. meilleur,déposépar Dieu dans notre ceur
La guerre a été le résultat et la preuve pour témoigner de l'éternelle vérité que ne
de la déviation du sens moral, elle peut éüre proclamait plus aucunevoix humaine.
le moyen et"l'occasionde son retlressement. Ce phénoméne mvstérieux qui échappe
tant aux influencesqu'a la raison humaine,
te discernementdesvraies valeurs. est la seuleexplicationpossible de la survi-
vanceet de l'éternel renouveaudu vrai, qui
On se demandesi la race adulte faussée garde souvent toute sa limpidité dans la
par une si longue tradition de mensonge, vie la plus dissolue,et renait aux époques
quide tout temps a vu et aimé le faux, gui les plus sombresde l'Histoire.
en a pris les habitudes et le caractére de Le corps physique contient, dit-on, des
telle sorte que l'artificiel est devenuson írt- atomes bienfaisants qui repoussentI'inva-
mosphérenormale,la conditionmémede sa sion des microbes qu.enous absorbonssans
vie, pourra jamais retrouver Ie goüt sincére cesseet lni assure sa conser.vation.L'á.me
des belles choses? Sans doute il en nel'a hu¡nainepossr)cle, sans cloute,clesemblables
pour beaucoupcomme du pauvle ivlogne Íno\:enstlc défcnse et palvient, i l'aide de
qui, privé tle sa bouteille, s'affaisse..\ussi ses ¡rarcr-lles
divines,a détier les défornta-
26 AU SEUIL D'UN MONDE NOUVEAU L.I FAILLTTE DES FAUSSES V{LEURS 27

tions passagéresde la vie et á garantir son cette idole aussitót vacille, il ne faut plus
immortalité. gu'un coup de vent pour I'abattre' Qui peut
Pour redresserune époqueil ne faut pas évaluer la portée extraordinaire d'une pen'
s'en prendre á l'état des choses mais au sée, d'une parole, d'une vie simplementsin'
point de vue des hommes. cére ? C'est á I'action secrétc des adorateurs
Aucune pression extérieure ne peut ame- fidéles du vrai, que nous devons toutesles
ner une réforme sociale. Le secours ne grandes réformes sociales.
vient jamais du verdict des dirigeants, iI Commenqons I'euvre en nous, elle s'aché'
résulte du besoin des cceurs opprimés dont vera dans nos enfants.
les droits méconnusse concentrent,se coa- Si notre vision doit forcément rester in'
lisent eüs'imposenten loi universelle. compléte nous aurons au moins dégagé la
Ces besoins du vrai, il s'agit de les res- leur des voiles du mensonge' nous aurons
susciter en nous. frayé le chemindu retour á soi-méme.
C'est en évoquanüles choses simples, Avec Ie discernementdes vraies valeurs,
naives et pures de ses révesjuvéniles,en ap- ils en acquerront le goüt et la pratique, ils
prenant á mesurer toutes chosesau critére les remettront en honneur, Ieur donnerontla
de son humanité, en osant croire á sa vi- placeprépondérante dansleurvie privée,d'oü
sion,.écouter son ceur, et suivre jusqu'au elles s'étendrontdansla viesocialepourdéci-
bout les ordres de sa conscienceintime que der les gouvernantset régler les institutions.
I'homme décadent retrouvera I'intuition de
ce qui doit étre.
Car les faussesvaleurs ne sont qu'appa-
rentes, elles n'ont pas de consistancepar
elles-mémes et ne subsistent que parce La voix du passé vous a dit: Obéissez!
qu'elles sbnt entretenuespar les insincéres la loi est infaillible.
et toléréespar les faibles. Dés qu'une áme La voix del'avenirvous dit: Écbutez! l'áme
!¡d;ipcndantes'opposeá I'idole du momeut, perqoitdessonsqu'aucune lévren'a prononcés.
28 A U SEUIL D' UN M 0 NDE No UVEAU

La voix du passévous dit : Multipliez vos


vertus I
La voix de I'avenir vous dit : Ép"o.rve,
lavaleur de votre sincéritéI
La voix du passévous a dit : Voici votre
Dieu, votre loi, votre salaire!
La voix de I'avenir vous dit : Cherchez
f,ES PRÉCURSEÜRS
votre Dieu, créezvotre loi, oubliezvotre sa_
laire I
Elle vous dit : Soyez fidéle á ce qui fut I Les hommesse divisenben deux catégo-
Apprenez maintenant á étre ouvert á ce ries : ceux qui découvrentla vérité et ceux
gui vient, souple au mouyementqui passe! qui lui obéissent.Le progrés humain ne
Elle vous a dit : Ordre, paix, securité. peut véritablement dériver que de I'une de
L'esprit nouveauvous diú : Lutte. boule_ ces catégories,celle des créateurs,l'autre
versemen[,doute. se trouvant en dehors du cercle direct de
Elle vous dit : Évitez la tentation! l'évolution. Car le progr'ésprocédepar dé-
L'esprit nouveauvous dit : Risguezvotre couvertes.Et dans ce senson peut dire que
salut au nom de la vérité I Ie monde ayance toujours, puisque la per-
Elle vous a dit : La négation de Dieu est ception de la vérité s'es[ complétéede siécle
la fin dc tout. en siécle.
L'esprit nouveau vous dit : Les Dieux Lorsquela vérité s'appréfeá revétir une
ne s'en vont que pour faire place á d'autres. expression nouvelle, elle ne s'impose pas
Yoici, tout passe,lout croule,fout dispa- d'un coup en une formule universelleet toute
rait, c'estle néant,qu'imporúe I faite, mais elle se manifeste d'abord par
Drns le néautaussiDieuest. dee signes précurseursdans la vie profonde
d*s rirnessensibles.Plus ouver.tes que d'au-
tnnr au-r souffles qui passent, cés ámes
I
i
rrll
il
$
*ni
32 A U SEUIL D' UN IIONDE NOUVEA U LE S P N E C U R S E TIR S 33

vivre seul ce que tous seronbdestinési voir l'unité étant rompue, le ciment céde et les
et á vivre ouvertement une heure plus murs s'effritent.
tard. C'est de mémede I'associationdes désirs
Le róle du précurseurest de tenir allumé et des découvertesindividuelles vers une
le flambeau du beau, du vrai et du bien, nécessitécommuneque nait la forme d'une
alols que toutes les lumiéres du monde révélation nouvelle.
s'éteignent,et de témoigner de la vérité que
plus personne ne reconnait. Il renait á la Lesrencontres.
veille de tous les.écroulementset reste de-
bout au milieu du caüaclysmeparce qu'il Si le précurseur est seul á découvrir, il
saiü, parce qu'il a déjá vécu dans son mi- ne peut agir qu'avec I'aide de I'ensemble.
crocosmedes phénoménes identiquesá ceux La rencontre des ámes évoluéesest un des
qu'il constabedans le macrocosme.Rien ne pointslesplusimportantsdans I'ceuvrede la
le surprend, rien ne le ürouble, car [e reconstruction. Chaque rencontre est une
mondequi croule autour de lui a déjilcroulé tlécouverte,une force pourle bien, une con-
dans son cceur,et de ce qu'il n'en est pas firmation de la r'érité invisible. Ce qui est
mort, il conclut que I'humanitévivra.Avant pris, seul se fertilise: la femme dont
lutté et vaincu seul, il sait préter á ses l'*mour est accepté,la graine que la terre
fréres, á l'heure du péril, le coup d'eil tran- absorbe,lapenséequi trouve un écho'
quille du vieux pilote et I'attente patiente Pour que ces rencontresdeviennentpos'
des ports inconnus. s,il¡ler,il faut que l'atmosphérese clarifie.
Le précurseur est une preuve vivante de Ftus I'uir tst vicié, plus il devient compact
la survivancede I'esprit, il est le symbole eüno'us ne nous apercevonsplus qu'á travers
pelmanent du divin, le médium de la vie ea brtuillard. .\ I'heure présente,Ies ámes
invisible. *m.t*6nol*s n'ont plus Ie cournge d'écarüerIe
La fin d'une culture provient de la disso- rü,fua¡¡qui its sclxrre, ui de tendre la main
ciaLiondes penséeset des désirs hunaius; r**; irt ch¿ar¿J'un¿ ¡t¡¡crrntre;ce st¡r¡tdes
x
34 A U SEUIL D' UN M ONDE NOUVEAU

ocoasionsperduespour la manifestationdu
bien. Aussi, jarnaisla soiitudemorale ne {ut
plus répandue, Ie désespoiret le suicide
du bien pltrs im-
|lus frequents et la force
puissante'
I1 y a des chosesque I'on ne peut-pas
dile quand on est seul ; pour les exprimer tA SURVIVA}TCE
DE L'ESPRIT
il {aut l'encouragementde la compréhen-
sion. L'intuition isolée,le désir flottant et
Ceux qui ont erré parmi les ruines anti-
f idée rnorcelée, ne sont que de faibles
ques, attentifs au silence qui se dégagedes
lueurs qui empóchentI'envahissementcom-
choses oubliées, ont senti la survivance
plet cles ténébres; elles ne seront iamais
d'un souffie insaisissable,la penséeéúer-
I'aurore qrri chasse la nuit' C'est ia ren-
neile des géniescréateurs.
contre de deux forces qui produit l'étincelle
Sousles pierres et les ronces des grands
et I'union de beaucoupde forces qui répan-
ócroulementssommeille toujours un germe
dent la lumióre. Il suffit d'avoir constatéla
indestructible,qui contientá la foisl'essence
joie, la rér'élation, le réveil de toutes les
du passéet Ia forme de I'avenir. Condamné
{acultés laientes que procure la rencontre
ü l'i¡rertie tant que défile la foule indiffé-
d'une áma compréhensi'¡e,pour Inesulrer
r*ntr, ce germe éternel se ranime et prend
l'enricirissernentCont bénéficieraitI'huma-
des bonnes volontés" vil: des qurune áme. compréhensives'ap-
nlté par i'associabion
ywtlchc.
Si ¡ttt* n¡*ndc acturl est un vaste champ
d* rwlm,,:s di:nt tlrut e.;¡roirscmblc c¡rtlu. C*
üa'wr*[¡:;trrdr:¡ir:ir[n*c*visible:; r¡rie l'rtn püuma
*ilr$r is t'ltr,:trr*qu"il t*t l'étir¡,:.,llr riui f*iü
ryfur¡'. fi'* q*i faix¿*it ru*ir,* gh.rirr: n:*t }¡;rn
36 A U SIiUIL D,UN tr T ONDENOUVEAU
LA S U R Y IV A N C E Dtr L,D S P R TI 37
molt, et noussavonsque iamais le palais de
nos réves lle poul'ra renaitre de ces pierres stéiilité de I'hiver et con[inue ton chemin
elfritées. Et la jeunesse,prompte aux con- sur le sol glacé, toi qui crois au travail in-
clusionset au décour"agement, fuiü avechor- visible de la terre ; si tu dépendsde l,Esprit,
reur ceslieur dévastés' comrnent ta force pourrait-elle vacillei. au
t\l¿risle sage,dont I'oreille attentive s'est souffle des aquilons?
exercéeaux vibrationssubtiles,s'arrétepour Les heures les plus elficaces sont ]es
écouter encole. Des confins des grandes heures sans espoir,et c'est de la patience
plaines silencieusesmonte comme le mur' immobile que sort la flamme du génie créa-
mure de l'éternelmatin' et ce murmure, Ie teur.
sage le reconnaitpour I'avoir entenduchan- Ne crains pas de mourir. toi qui as
ter dans son cceurau lendemaindesveilles éprouvé la valeur de la vie; ne doute pas
mortuaires. du triomphe de I'Esprit, puisque tu as me-
suré la vanité de la forme.
Qu'importe quetu perdesle salaire de ton
effort, ton geste est-iI moins grand parce Élie, dansle clésert,ne croyait plus qu'en
qu'il s'esttendu vers Ie néant? Etton trésor s-onceur et dépendaitde l,obolepassagére
moins précieuxparce que tes doigts ne peu- des oiseauxdu ciel. Si mémeil ne te
""rt"it
gue ta vision et ton pain d'exil, repose-toi,
vent plus en palper les ors ?
tranquiile et souriant, au berceaude I'im-
Voir, sentir et savoir sont de douees
choses,comme l'herbe fraiche des prairies mortel jardin.
qui reposetes pas et parfume ton ceur au
réve de l'éternel été' \'Iais ce sont de pau- Precse¡timents.
vres petites chosesqu'emportcrontbientót
S'rus sommesinquiets commeá la veille
les vents et les frimas.
d'une grandedécouverte,nousplovonssous
L'Esprit est impérissable'Sa puissance
$* t'itl* t-:r:rasant
d'un ciel sans échos.et nos
reste égale sous la floraison du printemps
wsi¡rr*id*c*ur.rge*s s¿ cherchent stns l:ou_
et sous Irr faune de I'a.utomne.Endure la
t$¿r * *treir¡dr,:.
38 A U SEUIL D,UN M ONDE NOUVEAU
LA S Ü R V IV A N C E D E L' E S P R IT 39

des siéclesde matérialisme, ne peuvent-elles


Autour de nous, c'est I'agitation tébrile
pas elrcore s'incliner devant le sanctuaire
d'un moncleen devenir, ionché de parcelles
spirituel,corps astral de nos úempleséteints,
disparates,bribesdeie ne sais quelle image
dont le Christ a dit que ceux qui y pénétre-
morcelée,sansun point fixe, un abri achevé.
ront ne peuvent s'y agenouiller qu'en esprit
Les plus avancés pergoivent cles sons
et cn vér'ité ?
étranges dont I'harmonie leur échappe,ils
Peut-étrele sage destin attend-il de nous
prononcentdes paroles involontaires dont
l'humilité qui nous permettra d'accepterce
le sensest caché'C'est cornmeun murmure
qui nous dépasseI
confus qui monte de toute part, s'approche,
Peu[-étre! Mais les jours se succédentet
puis s'éloigne, qui nous frÓle et nous pé-
nous veillons encore ir la pále lueur des pres-
natre; il pose son nom au bout de nos le-
sentiments.
vres, de sorte qu'une vibration, moins que
cela, un silenceinielligentsuffirait i le fixer,
puis il s'éteint, et nous laisse dans le vide, Pronostiques.
Itoultant sous la pression.cle ce que Ilous ne
L avénement que nous pressentonstous
pouvons pas dir:e.
plus ou moins vaguement,selon le degré de
Peut-étre nos regards, habitués aux li-
notre intuition, s'annoncedéjá par certains
mites, sont-ils inhabilesá saisir cetteforme
signes extérieursqui, tout en se manifes-
infinie qui embrasseá la fois Ia flore des
üant,dansclesdomainestrés différents, sont
scienceset des arts,le der¡riermot des reli-
cependantmarqués du méme sceaudistinc-
gions et des philosbphies,ie secret des
tif eüsemblenttendrevers un but unique.
fo"".t de l'ámc et de la nature, le lien des
Cr:s signes, nous pouvons les constater
caractéresnationaux, toutes les aspirations
ch*t¡ucjour, á chaquepas : c'estle progrés
de la jeunesseévoluée,tout ce qui flotte
d¡: l'tirh¡t¡ti'rnqui favolise le dér-eloppement
dars I'atmosphéreinvisible et veille dans
de ['inrl!vith¡ et tend ü former une l'¿Icecons-
ncls iimes avelties, r:iculr. uuv€rLe¡t'.rs róalités i¡lmirtérielles.
l)¡:i¡l-ri'trcnos conceptions,alourdies par
40 AU SEUIL D'UN MONDE NOUVEAU LA SURYIYANCE DE L'EspRIT 4t.

C'est l'étrange et précoce maturité de la listes pour faire place il' I'impondérable,
ieunessequi réclamela sincérité,I'indépen- I'élément inconnu; Ies nouvellestendances
dance, le droit au bonheur, le retour vers la de I'art qui ne veut plus étre une copie de
nature, et semble se préparer d'instinct á la nature, mais un écho des réalités invisi-
une mission nouvelle. C'est l'émancipation sibles et réclamela sincéritéméme avant la
dela femme, qui renversenoslieux préjugés, beauté; la nouvelle orientation de la méde-
reprend son róle d'initiatrice et appot' á cine qui ne chercheplus dans le corps, mais
l'humanitéla clef merveilleusede l'inüuition. dansl'áme,la causede nos maux; Ies décou-
Nous retrouvons ces mémes symptómes vertesde la science: l'électricité,le raclium,
dans l'église qui s'élargit)pourouvrir enfin la téIégraphie sans lil, la métapsychique,
ses portes aux besoins humains,aux réali- otc., qui nous ouvrent un immense champ
tés de la vie, á I'anciennesagesse et aux d'exploration,ne sont-ils pasaussiles avant-
progrés de la science.Nous les retrouvons coureurs d'une nouvelle renaissance ? Sans
dans la morale qui s'efforce d'adapter ses oublier le róle général des révolutionsso-
lois aux besoinsdu ceur, qui, en honorant ciales,qui d'un geste brutal, mais signifi-
le corps, le purifie, en fait un collaborateur catif, renversentles barriéres et donnentá
de I'áme. Nous les retrouvons enfin dans le chacun le droit de vivre, de se développer
domaine plus vaste de la Vérité libérée du et de devenir á son tour un organe de pro-
dogme, qui sous les noms de théosophie, grés.
nous ouvre les portes de I'orient, de sciences Toutes ces semencesdu modernisme et
chréüiennesnous rend la eonsciencede nos bien d'autres encoreplus cachéesmais non
propres forces, de psychanalysenous ap- moins vivaces, tombéesdans le tenain la-
prend á les diriger, d'occultismeles soumet bouré par les souffrancesde la guerre et la
en dernier record aux lois mystérieusesde décevancedes fausses valeurs, nous per-
I'nu'delir. met-tentd'espérer,en dépit du présentetpar
D'autre part, les concessions de la philo- le fait méme d'uneloi de réaction,la mois-
e*¡ihie qui suspendses conclusionsrationa- sen tl'unc humnnitéassasieet fortifiée.
42 au sEUrL D'uN MoNDENouvÉaü LA S U R V IV A N C E D E L' E S P R IT 43

< Laissons pousserensembleI'ortie et le plus spécialement,de fagon I pouvoir servir


bon froment; > á I'heurede la récoltela main de facteur á I'Esprit. < Il suffit, dit-il, de la
du grand dispensateurles séparerapour ne déviationd'un trait, de l'omissiond'une cou-
plus laissel place qu'á l'éclosion du bon leur pour changer totalernentI'expression
grain, i. I'avénementde l¿rvérité régénéra. d'un portrait. Cependant,toute la valeur de
ce. la Gioconde consiste en une, expression.
Existe-t-il entrel'obligation de I'Esprit et Ie
Le réveil de I'esprit. hasard empirique une mystérieuseconcor-
dance? L'apparition d'un génie, I'époquede
< Le vent souffle oü il veut, mais nous ne son ceuvreet le trait qu'il trace répondent-
savonsni d'oü il vient ni oü il va, il en est ils á une nécessitédevantDieu ? Le fait esl
de méme de l'Esprit r qui, á un moment que les'miracles de la Renaissancecomme
donnéet sans causepréalable,fécondel'hu- celui de I'art L{ogul poltent indéniablement
manité, susciteun merveilleux réveil, puis le caractére d'une gráce et ne sont expli-
s'éloigne,livrant I'homme, une fois deplus, cables c{uepar l'intervention d'un esprit in-
aux limites de son propre effort. dépendant.>
Le méme phénoménese produit chezI'ar- Il semble que nous somrnesde nouveauá.
tiste gui, soLrs I'inspiration d'une force la veille d'un de ces grands mouvernentsde
étrangére,devientsoudaincapahlede créer l'Esprit, mouvementqui, cette fois, parait
un chef-tl'euvre. vouloir prendre le caractéred'une renais-
Avant, commeaprésla Renaissance, l'ltalie Éancemorale, plutót qu'éthique.
a eu ses artistes,ses génies; cependant,ce Nous avons traversé Ie siécle de l'appa-
n'est que durant I'espacede ces quelques rence, oü le visible, seul, avait son impor-
siéclesqu'elle a pu atteintlre á la grandeur. t&nce,l'effort utilitaire sa raison d'étre; le
Le phiiosophebalte, le comte Keyserling, eiücledes appétitsnatériels, des valeurs ar-
supposeque durant ces époques d'apogée tifici*lles, des ambitions extérieures; le
les constellationsempiriquessonl disposées sitrrle dc I'argent.
LA S U R V IY A N C E D E L'E SP R IT 45
44 A U S E UIL D,UN M ONDE NOUVEAU

téresséede la lutte pour la vie, elle plane et


Mais depuis la faillite de I'arrivisme, un considéreavec pitié nos vaines agitations
doute s'est glissé dans le ceur humain ; il autour d'un appát dont elle ne comprend
se demande,inquiet, si la possessionrepré- méme pas I'attrait. Ce qui est pour nous
sentebien l'accomplissement de son réve, et l'essentielest pour elle I'accessoire,ce
si la raison est le guide infaillible qui I'y qu'elle tient en' suprémehonneur, nous le
méne? Il cherche instinctivementd'autres considéronscomme quantité négligeable.
possibilitésde vivre, et de cet efforüincons- La culture occidentalea produit I'énergie,
cient vers autre chosenait en lui le pressen- le courage, Ie bon sens, I'héroisme de l'ef-
timent d'une réalité inconnue. fort et du sacrifice, le développemeutdes
Sansdouteil a entenduparler d'un monde qualités viriles.
invisible qui prime l'évidencematérielle, de Elle a fait l'homme d'action.
joies intimesque rien de pratiquenei ustifie;
\Iais eIIe a aussi arrené les défauts de
il n'a pas compris,mais, désabuséde I'Oc- ces qualités :le matérialisme,I'esprit merce-
cident, il tourne un dernier regard vers naire,le manquede respect,l'égoismebrutal.
l'Orient et lui demandela solution du pro- EIle a créé l'hommedes iouissancesgros'
bléme de I'avenir. siéres.
La culture orientalea produit la sagesse,
Influencetle l'0rient. la connaissancedes secretsde la nature, la
contemplation,la patience,la sérénité, le
L'Orient n'a rien inventé, pas méme le
désintéressement, la force tranquille, le dé-
canon, ses greniers sont restés vides ; ce-
veloppementdes qualité psychiques.
pendant I'Orient est une force que nous de-
Blle a formé Ie voyant.
mandons á connaitre. Elle est la force de
Ifais elle est aussi tombée sur l'écueil
l'Esprit qui nous a manqué.
eo¡rtraire:Ie lanatisme, I'aberration, la né'
En effet,I'áme orientale est tournée en
Trose, la négation de la vie, I'incapacité,
sens inverse de la nótre. Bercée par les
Elle a formé I'hommeimpersonnel.
doucesyapeurs clu nin'ana, elle s'est désin-
46 A U S EUIL D UN M ONDE NOÜYEAU LA S I'R V IV A N C Ti D I' I,'E S P Ii IT 47

diminuer la culpabilitú du vol. Partout oü


Quenousapporterale réveil de l,Esprit ? l'hommese découvreet se posséde,iI se dé'
elare maitre de Ia loi. Qui peut prévoir jus-
Chaquejet de I'Esprit met en lumiére de gu'oünousméneracettenouvelleorientation?
nouvelles valcurs, modifie noüre point de
Nous sommesen plein pays d'explorationet
vue et suscited'autresdevoirs.
chaquedécouverteinattenduenous jette tonr
L'autopsiedescadavres,considérée comme á tour dalrs l'enbhousiasmeou dans l'an-
un crime au moyen áge, devient plus tard
goisse.
un bienfait de la science.Les sorciers,con- , Il est certain que les modifications que
damnésau bücher, sont, á une époqueplus nous venons de constateren laissent suppo-
avancée,honoréscomme voyants.Nous as- ser bien d'autres. D'ici cinquanteans, notre
sistons i un perpétueldéplacementdesva- point de vue ser¿rpeut-ébrechangéde fond en
leurs. L'Espribest commele soleil:á mesure comble,en sorte que nos efforts u[ilitaires
gu'il s'éléve, il nous dévoile de nouveaux nous semblerontridicules, et nos ambitions
horizons,Actuellernent,I'obéissance aveugle spirituellesseulesjustifiées'
a fait placei la préoccupabion de Ia sincérité,
le sacrificetraditionnel á la nécessité de
L'équilibre desforcesde la natüre.
l'élan vital. Depuisque nousadmeütons I'im-
portance des fortes personnalités nous Celui qui perd sa force dans les nuages
sommeslnoins disposésá perpétuerle culte ert ¿russiinsenséque celui qui I'avilit tlans
de la faibiesse.Les droits de la jet'.nesse ont ls trlrfic. Si I'orient est tombé dans I'aberla-
diminué les devoirs envers la vieillesse. *i{¡n, c'est parce qu'il n'a pas su mesurer
L'efficacité du róle de l'arnour dans le dé- *¿¡¡rzülc mystiqueau bon sensde la raison;
velr.rirpement psychiquea aüténuéla sévéritó *ü m$ürüarrivisme m¿rléria.listenous a coll-
tlo¡rtr.¡ntiisait la vie des sens, et nous cons- dnit* i¡ la ruine, c'est parcequ'il a ignoréles
t¿ri.¿r¡rs
chrrquejour avec plus d'inquiélude functi,:nstlr: I'iimc.
qu': ln r'':l¿tivitéreconnuede I'argent úend'á I [,* rtvu,il dc I'Esprit, er] nous plagant en
i
t
48 A U SEUIL D' UN M ONDE NOUVEAU LA stfnYIvANCE Dl: L'ESPnIT 49

présencede nouvellespossibilités,nous met cidenf et de l'orient, capable de rétablir


en conflit avec d'anciensdevoirs. lrlousvi- I"equilibre universel.
vons encoreen plein dualisme,il faut choi-
sir entre des valeurs contraires: I'action et L'harmouie.
la contemplation,l'épanouissement et le sa-
crifice,le droitde I'individu et I'intérétsocial. Nous avons tous une tenilance á croire
Oü t¡:ouverla synthése? Ni dans la fuite r¡uele r'ésultat tlépenddc.i'intensité de I'ef-
ni dans le compromis,mais dans la fr.anche fort; cependantl'arrivisme occidental n'a
fanatisme
acceptationdu déchirementmomentané,en ¡ns plus enlichi I'Europe que le
consentant,d'unepart, aux aspirationsidéa- *pirltuel n'a s¿inctifiéI'Orient.
listes de l'áme en réveil, en subissant, de Le résultat ne dépendpas de I'intensité,
I'autre, la discipline d'un áge de fer, guidé n*i*i de la qualité de I'effort.
á la fois par l'intuition et par les événements 'l'i;llt:r¡ctionréfléchie,continueet modér'ée,
;
compléte que la
le reste se fera tle soi-méme,car tout, dans ¡rr**luira une Guvle plus
l'univers, tend á rétablir l'équilibre.Comme tsn¡*ic¡n lrór'oiqued'un excésd'énergie,parce
l'usure du
elle utilise de pr'éférenceles cótésfaibles de i" ry'ull* a su it tra fois résister a
I'individu, elle demande aux races mascu- et
ii' *un'b*¡nttut¡renirespecter le mouvement cle
Iines le développementdes facultés fémi. f¡e*in¡ninvisible.
nrmes, aux races mystiqueselle imposedes l' l{rnlr.r aetivité trranqu,eson but chaque
ne se
devoirsvirils. Elle veut la répartition égale fitffi qe'rllu usurpe ses droits, qu'elle
et mesuréedes énergiesvitales, l'union des ' *$* ¡.as elle-méme- en donnant sa der'
qualités internationales,d'oü naitra peut- ** r**ervc. l'huile de la larnpe sacrée,
étle le peuple de I'avenir. {nn* at¡t rrc ¡xut tlisposer sans plonge¡' so¡}
Aussi l'on se demandesi le mémemalaise irr¡ .lu¡¡s la nuit. Elle manque son
qui nous a saisis,ne s'est pas produit égale- *km¡n* l'.;is que sou zéle aveugle et in-
¡ne¡rten orient, visant á un échangefrater- g*mui{*,*iir.¡vt:I'intc¡'veuliurr de I'Esprit
ni-'1,ir ure svnthésedes aspirationsde I'oc- &,¡eli ",:.¡:¡'.'r.
50 A U SEUIL D' UN M ONDE NOUVEAU LA S U R V IV A N C E D E I,' E S P R IT 5L

Il far¡ten touleschoses,et quelqueurgents Nous entrons dans l'harmonie dés qu'il


que soient les besoins de I'heure présente, y a accord entre l'esprit et la vie, entre la
savoirat[endreet respecterI'actioninvisible. perceptionet I'action, dés que nous avons
Dés qu'il y a excés,ii y a erreur,et tant atteint l'objectivité d'oü i'on peut voir juste
qu'il y a erreur, il y a entrave. et bien choisir. Dés que nous sommes sou-
L'élémentdestrucleurest toujours mis en ples, tlociles,acquiesgants et que le méca-
mouvementpar nos abus. nisme de notre volonté marche á I'unisson
Quand la jeunessenroderneaura satisfait de la grande roue du destin.
son zéle impatient et touché la limife de sa
forceorgueilleuse,elle reviendradfelle-méme
dans la vallée tranquille oü reposela réalité
profonde, et oü s'accomplit le travail silen-
cieux de l'Espriú dont nous pouvons étre
les dispensateurs,mais jamais les usurpa-
teurs.
La fleur de totus ne s'épanouitque sur
la nappe limpide des eaux tranquilles, et
I'harmoniene peut écloreque lorsque le tu-
multe des mouvements intérieurs a fait
place á la calme vision de l'esprit confiant.
L'harmonie est le rhythme vers lequel
convergenttous les mouvements dé I'uni-
vers, elle est la conditiondu progrésde l'Es-
prit. L'harmonie vient du sentiment de la
mesurequi renait dans le ceur désabuséet
succédeaux excésqui caractérisentle début
de touteévolulion.
r,r nór,n DE L'INTUITION 53

choses, les religions ne meurent que pour


renaitre. L'idée que les hommes se font de
la vérité, se modifie et s'élalgil avec le
temps. C'estpourquoiles religions,qui sont
des manifestations temporaires des vues
partielles de l'éternelle vérité, doivent se
transformerdés qu'elles ont fait leur ceuvre
IE ROLEDEL'INTUITION
et ne répondentplus au pr.ogréset aux be-
soins de l'humanité.>
On a souventreprochéaur mystiquesde < Rien n'échappeá la loi du progrés,Ies
ne pas avoir ce qu'on nomtne en allemand religions pas plus que le reste. >
< eine Weltanschauung)). Je sais que I'on C'est pourquoi en matiére de vérité, pius
considér'egénéralementqu'il est nécessaire qu'en toute autre chose, noLlscroyons qu'il
d'avoir un icléaltout fait, auquel on essaye faut vivre au jour le jour, sans idées pré-
de conformer sa vie et d'aprés lequel on eongues,se.laissant instruire á mesurepar
iuge le monde. les expériencesde la vie, toujours préts á,
Les mystiques ne sont pas de cet avis et reeevoir de Dieu une vérité nouvelle, comme
leur < Weltanschauung) consisteprécisé- la manne'fraicheque les israélites lecueil-
ment á n'avoir ni systéme religieux, ni laient au désert, et sansdemander si la vé-
régle philosophique,ni rien de ce que l'on ritú d'aujourd'hui corroborecelle d'hier, et
peut mettre dans une forme stable et éta- f,*nviendraencoreaux expériences dedemain.
blie. " fiett* souplesseabsoluevis-á-vis du Dieu
< Les religions>, a dit Léon Denis,< im- flm*pirtlteurest I'acte de foi par excellence.
mobiliséesdans leurs dogmes comme des ftie* d': fire, rien de stable...,la vérité est
momies sous leurs bandelettes,alors que l* lrsuvementor¡. commeI'exprime si admi-
tout m¿u'cheet évolue autour d'elles,s'af- üü,*é*rnr:"ntGottfried lieller. : rr pi. Iiuhe in
faiLlissentde jour en jour. Comme toutes ,#*r 5&."u,iu'ü¡r,J.
!f
54 au sEUIL D'ux rtoNDENouvEAU r,n nór.n nn L'INTUITIoN DC

Mais alors, objectera-t-on,quel guide les encoreinexploré de I'inconscient.De lá son


hommesont-ils pour les diriger vers la vé- róle prépondérant.Car si I'intelligence,la
rit¿ ? Its n'ont qu'un guide : leur inl,uition, culture eü la volonté établissent I'impor-
qu'ils appellentla conscience divine, la voix tance humaine d'un étre, l'irrtuition dénote
de Dieu. IIs obéissentaveuglémentá cette presquetoujours sa valeurmorale.
voix, alors méme que ce qu'elle leur dit On peut dire de I'intuition qu'elle esüle
semblecontraire á la loi, á la raison, á leur guide de notre destinéeimmortelle, eomme
intérét propre. Ils ne choisissentjamais, ils l'intelligenceest celui de notre destinéeter-
s'inclinent toujours devant ce guide inté- restre. Et de méme qu'une longue expé-
rieur, dont rien sans douten'expliqueI'exis- rience de la vie développeI'intelligence,la
tence, que rien ne justifie, mais qui, pour succession de plusieurs incarnations de
eux, est,la vérité, l'áme affine sans doute le don intuitif, de
sorte que I'on prétend pouvoir évaluerl'áge
Sa nature. d'une áme I son degré d'intuition.
Il est certain que les conseils de I'intui-
L'intuition est un don mystérieux,qui ne tion ont souvent raison de ceux de l'intelli-
procédeni de I'intelligence,ni de l'instruc- gence. On dirait que ses yeux voient plus
tion, ni de la volonté, ni de I'expérience; loin, d'un coup d'ceil d'ensemblequi scrute
les hommesles plus doués en sont parfois á la fois le présent et I'avenir, alors que
totalement dépourvus,alors que des étres I'intelligencene pergoit qu'un seul cótéim-
simples et sans culLure le possédentá un médiat de la destinée. C'est pourquoi l'in-
haut degré. tuition semt¡lesouventavoir tort, elleéveille
II échappeau contrólede toutes les facul- la défianceet ne se justifie qu'á la longue, "
tés conscienteset prend sa sourcedansl'in- lorsque notre destinée a dit son dernier
connu.L'intuition est une fonetionde l'áme, mot,
qui obeit aux lois de I'au-delá,poursuit un L'intuition est un don tellement étranger
but psychique et s'exercedans le domaine st¡x fonctions de I'intelligence, que c'est
I
¡t
t
ii
Dt) AU sriuÍ, DnuN MoNDE NouvEAU
m nór,n DE r,'INTUITION cl

souvenú au rnoment otr nous parvenons á intuition comrne I'animal suit son instinct,
suspendre nos rai sonnernents Io gi,Eres qu'e{le il éviterait sans doute le surplus de rna.l-
efitre en fonstion eú nous dicte alors la solu- heurs inutiles dus á ses idées précongues
tion qne nous avions vainernent chei'chée,au et son éducationfaussé,e.
moyer d'un effort rnental. Aprós la faillite des ,qualités positives
Il est des étres si dépourvus de pré- telles que la prévoyance,la raison, la lo-
voyance, cle sens pratique, que leur avenir
Sqr", le calcul, la prud.ence,dont la guerue
nons fait frérnir; ils pass,enÍoependantsans a formé ia preuve, et cela tout spécialernent
encornbr.edan,s l¿r.vie et réussissent rném,e en Allemagne oü ce,squtriités avaien,tclcnné
ot\ dc ptus prudents ,ont éeh,otié.Ce phéno- toute leur nresure, il f¿ui espérel que I'at-
mónen'est explicabler{uepal' I'intervention tenlion hurnainese tournera clésormaisvers
rnystérieusecileI'infuilion, qui leur tient in- l'étude des forces inconscieutesclontI'intui-
cons'ciemmenl lieu de bon s,ens.Sans doute tion nousestla plus familiére.
le chemin du guide intuifif est différent t{e
celui que nous dicterait la raison, mais il t'intuition organe'deI'avenir.
ab,outitau méme but, il fuvorise r-rotretrien
et nous préserve le plus possible du rnal- Si l'on pense qu'il a fallu á nos savants
heur. des siécles d'études et le secoursclesins-
On attribue parfois la protection mysté- trurnentsscientifiquesles plus perfectionnés
rietse qrri enfoureles enfantsá la vigiiance pour r'ésoudr"e les mémes probli,mes astro-
de leur ange-girrdien;mais s'ils sont gar- nomir¡rrcsc¡rede simplesmystiquesavaient
dés, c'est qu'ils sont avertispar une intui- {rouvés ja.Jispar le seul moyen de leur in-
tion beaucoupplus éveilléeque la nó:trerpar taiti,rn, on pent se renilie cómpte de l,im-
le fait qu'elle n'a pas encore subi au méme gwrt;rn*cde cette fonction dans l'organisa-
degré les déformations de l'éduca[ionpra- tion Je l'¡rvenir.
tique. 1 Lmx grundes découverles d.e tous les
Si l'hommeavait le couragede suivre son k'{mpr fr¡rrnt toujours des procluils dc I'in-
au sEUrL D'uN MoNDr NouvEAU

l'inrelligencen'a su que Ies


l*:*; perfec-
üronneret les utiliser ensuite
en les adap-
tanü aux besoins de la vie.
A cetúehul.""
surtout oü tout esúénigme, oü
nous avons
éprouvél'insuffisancedis meilleo"ur-rJ.oo,
hop,"in::, il imporüe de s,en
e uo
g'ulde il'une autre nature, "u.nuit"u
dont le regard
plonge á la fois dans le mánde tA TIBENTE
dans le monde inconscient,car "onr.iuir, "*
lui;;i;.""
-
d'adapter nos expO- Il n'est plus pcssible actuellementd'exi_
:,T.^ |"rt" .capable
rlencespasséesá nos découvertes
a venir. ger de l'humanité u4e obéissanceaver¡gle.
L'honrne moderne sent qu,il a droit á uoe
Conditionsde son développemenü.
initiative, á une vie personnelle.Il veut voir
Un organe ne se produit pas á et comprendr.e par lui-méme,et ne consent
, volonté.Il á obéir qu'i cequ'il reconnaiijuste et néces_
resurted'une nécessiüéet se
développepar saire. De lá le grand problémede la liberté
la. tendancepersévérantevers
cette.néces- qui, á I'heure actuelle,bouleverseIe moncle
slre. Nous avons arnfiitionné
des bieus ma_
-qoufit¿. entier. La Liberté ! i\,Iot magique vers le-
tériels, nous avons acquis
¿*" quel tendent tous les ce.Llrs avicles ci'air
pratiques.Avanü de devenir
¿u. int,iitii, if
faudra que nos désirs .,o¿.r*rni;';r, respirable,tous les esplits en quéte cle vé-
biens plus subtils et que notre rité. On proclamesa venue, on prépareson
attitude si_ régne, on s'arroge tous les dróits- en son
lencieuseet désintéressée remplace le va-
clme et I'agitaüionde nos tentances trom, et en son nom aussi on se pelrnet
arri_ tous les abus.
vlstes.
lfais parmi les adorateurspassionnésde
In lib,.:rté,bien rares sont ceur qui com-
pnennentce qu'est la vraie liberté.
60 A U SEUIL D' UN IIONDE NOUVEAU
LA I-IBETITE 6t

Pour les uns, la libertéest une choseassez notre vérité. < Le droit est fait irvec du de-
yague, mais désirableparcegu'elles'oppose
voir accompli, n a dit Godin, < l'individu ne
au joug sous lequel on succombeet qu'elle doit occuperqu'une situationmérifee... Son
fait supposerun horizonplus vaste qrri res- droit est en proportion égale avec sa c¿1pa-
sembl,-rau bonheur. Pour les autres, la li- cité pour le bien.
bcrté est simplementla suppressionde la '¡
Celui-lá n'est pas libre qui s'affranchit de
loi et la dispensede I'effor[. Plus de disci- la loi, mais celui-lá, seul, est libre qui,
pline incommode, plusde f,reinaux passions, I'ayant accompliejusqu'au bout, a le droit
la jouissancesansobstacles,la fortunesans dela juger, de s'éleverau-dessusd'elleet de
lirberir. Pour la plupart, la liberté est un lui dire : < Je suis plus que toi, car tu as
pouvoir que I'on acquiert par la force, été cróépour moi, eb non moi pour'toi. Je
comme on prend une ville d'assaut et que t'ai obéi, je t'ai sacrifié mon bonheur,tu
I'on irnplsc par la raison, conrmeune org¿r- n'as plus de droits sur moi. Je ne suis plus
nisationsociale. ton esclave,j'ai liavé ma liberté, je suis
n'faisce sont lá. des conceptionsélémen- libre. n Iin dehors de cette matrr:'itéspiri-
taires qui n'ont rien á voir avecle probléme tuelle qui justifie notre affranchissemerrt, la
de la vraie liberté. liberté n'est qu'un prétexte á I'abus, a I'in-
La liberté n'est pas une conquéte exté- justice et á l'égoisme.
rieure, mais un fait intérieur.,une valeur Personnene nait libre: nous naissonstous
que I'on acquiert en proportion de sou prisonniers, esclavesdes préjugés de notre
amour désintéressédu bien, de son expé- époque,de notre pays, des idées de notre
rie¡rceapprofondiede la vie, et d'une mai- famille, des entraves tle notre corps et de
trise complétede soi-méme.Cette maturité notre esprit. Cette atmosphéreétrangére,
psr-chiquenous rend possesselrrs d'un idéal au milieu de laquelle nous avons grandi, a
personnel, qui, par ldfait móme de sa force {ait souventde nous tout autre chosequc ce
ei dc sa sincérité, ncjus affranchit de cer- que nous sommes.
tain¡rsidécs et nous donne le droit de vivre Et c'est a nous de dégager notre véri-
rl.'
'|,

62 A U SEUIL D' UN M ONDE NOUYEAU LA LIB I]RTE

table nature de ce moule artificiel et de lui déceptions.En effet, découvrir sa vraie na-
rendre la liberté; ainsi le premier pas vers ture, sa véritablevocation, se renclrecompte
la liberté est la découverte,la connaissance de ce que la vie auraitpu étre et'se dire que
et la possession de soi.méme. Beaucoup cet idéal est á jamais entravé par les obs-
d'étres ue parviennentjamais i cette décou- tacles que nos erreurs passéesont accumu-
verte et se contentent de jouer toute leur lés sur notre chemin,se dire que parce que
vie le róle qu'on leur a assigné.De lá l'état I'on s'est trompé urie fois en croyant bien
artificiel de notre société et le manque de faire, il faudra toujours souffrir, perdre á
véritables personnalités,D'autres, plus in- jamais l'espoir de la vie et la possibilité de
tuitifs eü plus profonds, parviennentpeu á réaliser sa vocation humaine, se dire que
peu á se rendrecompteeüa se dépouillerde parceque I'on s'est trompé une fois. en vou-
leur travesti. A d'autres enfin, il faut le lant étre sincére, on sera condamné au dé-
choc d'un bonheur, d'une douleur, d,un gradant suppliced'un éternel mensonge,ce
amour pour leur ouvrir les yeux eü leur dé- n'esücertes pas chose facile, et il faut une
voiler leur vraie nature. La compréhension grandefoi et beaucorrpde couragepour oser¡
d'un autre suffit souvent á nous révéler á en présencede tant d'obstacles,confirmer et
nous-mémes, car une áme parente . est vivre sa vérité personnelle.
comme un miroir qui nous renvoie notre La découvertede soi-rnémeest aussi une
propre image. responsabilité et nous expose á de grands
Quelle que soit la cause de cetüedécou- conflils.
verte de soi-méme,elle est certainemenü Celui qui se rend compte de I'importance
I'expériencelaplus importante de la vie; je de sa vie intérieure sent que son premier
l'ai toujours considéréecomme un rniracle, &voir sera désormaisde donner á ce deve-
car rien d'humainne peut I'expliquer. nir iutérieur toute l'étendue, Ia grandeur,
X{aistout ici bas se paye, et la merveil- ffspmnouissement possibles.
leuse surprise que nous donnela découverte Fnr¡r gmndir, la plante a besoin de soleil,
de notre étre véritable n'esüpas exemptede de terr€ ferlile, pour se développerl'áme a
64 AU SEUIL D'UN. IIÍONNE NOUVEAU LA LIBERT!: 65

besoin cle certains élérnents.Or il peut ar- Srisseau; cependantsans cette injustice
river, par suite de, cirrconstances fácheuses, .n'aurionspas de foréts. L'artiste en
qüe ces éléments se trouvent ho,rs de sa ivant son réve, foule agx pieds plus
portée, ils représentent le fruit défendu, ,fnn intérét vulgaire; cependantsans cette
I'intérét du prochain, auquel la conscience iinfraction nous aurions moins de chefs-d'eu-
ilrtertlit de porter atEeinte.De lá dilemme : '?ru. Jésus en désobéissantá ses parents
Jusqu'oü I'orclre du deveriir,ordonnépar la ii't¡rour suivre sa vocation missionnaire,leur
loi du plogrés, a-t-il le droit de trionrpher i,.p, eans doute, fait de la peine; cependant
de I'ortlre dc. la conscience? Oü fiuit i,::#tns cette désobéissancenous ne connai-
l'égoismenécesstirc, oü conmencel'ógoisme *rions pas l'évangile. Ce qui prouve que
malfaisant? t$ruportancedu résultat que nous avons en
Il esI certuin que neu$fois sur clix, I'ins- we justifie parfois les infractions qui en fu-
tinct qui nou,sfaii préférer notle Lronheun á le prix.
celui des autres est purernent et simplement llaetellinck a dit < qu'il faut parfois plus
de i'égoisme, un manque d'égard envers le üt force pour faire pleurer qou poo" t..odr"
prochain.Le bolchévismeest la conséquence üüureuxo. Je crois qu'il faut surtout une con.
de ces idées et Ia parodie de la vérité que üEissanceplus approfondiede sa vocabionet
nous venons d'examiner. un arnour plus désintéressédu bien.
Cepentlantil peui arriver que la force qui t, ll n'est sans doute jamais permis de sa-
nous ortlonne de p,rursuivre notre évolu- .,: crifier un autre á son propre bonheur, mais
tion, méme au détriment monentaná des t üeulementau bien; et en tant que cet en-
auüres'.ne ¡rrovienne pas d'un rnanque de i rüchissement personnelreprésentela vérité,
charité, nuris tl'u¡re nticessitú'intérieure si r rür tout triomphe de la vérité profite non
puissantc, rlue uous devons lui obéir, au . seulementá nous-mémes.mais á tous ceux
prix nrrlnle de nos devoirs secoudaires. : qui nous entourentet méme á celui au dé-
L'arbrc cl,ansI¿rforüt, en étendirntsesbran- " [riment duquella vérité a triomphé.
ches majestueuses,étouffe plus d'uu fréIe I' ll existe sur notre pauvre tel're une loi
D
Firñ

66 A U SEUIL D' ÜN M ONDE NOUVE A U LA LIf]E ItTI' o'l

terrible qui tait que nousl'ivons du sacrifice relative. Généralement on ne se délivre


les uns des autres; eh bien ce sacrifice point, ou trés peu des circonstances,du
n'est admissible que si on Ie prend comme milieu, dcs liens dans lesquelsla vie nous
une offrande volontaire que nous devons a placés. On ne se clélivre surtout pas de
tous au devenir universel, au triomphe du eon destin. Les événementsqui viennent á
bien sur la terre. t¡otre rencontreont beau passer des larmes
au sourire, ils ont toujours le méme visaEe.
Nous retrouvonsau fond de l-eurregard une
intention identique et obsiinée qui réponcl
Quand on nous dernandede parler de la sans douteá une dispositionintérieure éga-
liberté, on s'attendplus ou moins á recevoir lement fatale. En tout cas, pour cLevenir
une clef pour sortir des circonstancesdif- libre ce n'est pas a son dc.stinqu,il faut s'en
ficiles oü la vie nous a emprisonnés.Nous ¡lrenth'e.Je ne nie pas que la libcrté inté-
ne pouvons pas vous donner cette clef mi- rreure, acc¡uiseau prix de longues années
raculeuse, nous pouvons seulement vous d'effort, ne finisse pas par influencer,voire
dire commelt on se délivre intérieurement mÉmemodifier les conditionsextérieuresde
de certaines circonstances, comment on notre vie. Toute for.ce,et la liberüé est une
parvient á en moins souffrir et á ne plus force, a sa répercussionau dehors,et toute
ies envisager comme des obstaclesá la vie transfomration visible a sa sourcedansune
et au développementpersonnel. Car, en p*nsráeinvisible. NIaisil ne faut pas compter
somme, ce qui importe au point de vue :mm,rcet e[[et dont les causessontnombreuses
bonheur, c'est ce qui se passe dans notre g* mouventinsaisissableset tourner réso-
áme, et non ce qui se passe dans uotre l&mcnt nos eflorts de libération vers le de-
vle . d*os.
La liberté, je veux dire la liberié exté- !{ous sommes avant tout prisonniers de
rieure que I'on comprend génénitlement ügus-méme.
sous ce nom, est sans doute une chose forü
68 A U SEUIL D' UN M ONDE No UvDAU L.c.Lrnnurú 69

nous ligotent et qui favorisent les événe-


Obstacles
intérieurs. ments fácheux,car si nous étions libres in-
térieurement,les obstaclesextér.ieurscesse_
En effet, si notre milieu nous entrave, raient probablement de nous paraitre des
c'est que nous n'avons pas su nous affran- obstacleset cesseraienbpeut-étróun jour de
chir de certaines idées conventionnelles. l'étre.
d'un besoind'approbation,d'habituclesmon-
'daines,que nous partageonseucoreavec ce Obstaclesextérieurs.
milieu.
Si les heurts inévitablesde la vie com- La liberfé est moins un affranchissement
mune découragentnos efforts, c'est parce qu'une indépendance.
que nous n'avons pas su nous libérer inté- Pour se libérer extérieurement.deux mé_
rieurement de certaines susceptibilités, thodesseprésentent: la voie révolutionnaire,
amonr propre, petitesse,impatience,man- la voie évolutive.
que de compréhensionpour les faiblesses La voie révolutionnaire, plus efficace en
d'autrui, que les lraits maladroits de notre e.pparenceque la voie évoluüive, est moins
prochain ont encorele pouvoir d'exaspérer. átendue,moins durabledans ses effets; elle
'Si nous n'avons pas su surmonter l'inquié- prucéded'un mouvemenüsincére, légitime,
tude du bonheur, c'est que nous vivons d'il- mais.moins,pur dans ses intentioor, q"i
lusions, que nous surfaisonsla valeur des tlira la part de doute, d,intérét, d'impa-
objets désirés et que nous ne croyons pas ütu:", qui se méle au ceur d.upeuple
[ui
assezá la sagessede notre destin. Si les raisit l'épeepour souleverune juste rOvolte.
ennuis de la vie quotiditnne troublent notre ST*i ne parvient-il, la plup*i,t do temps,
sérénité, c'est que nous leur donnonsune qu'ü dúmolir sans reconstruire,á déclancher
trop grande importance et que nous ne sa- tn r¡or¡velleorientation, sans la diriger. La
vons pas barricader la porte de notre sanc- ll,eur dont on force l'éclosion se fané ava¡t
tuaire. Ce sont les lacunesintérieures clui &uü,amr¡rs.Le mol'en était humain, son action
70 A U 6 EUIL D' UN M ONDE NOUYEAU r,¡, r,r¡rnrÉ 7L

reste limitée aux frontiéres de la telre. La turelle et ne court aucun danger de s'égarer
réaction si regrettable que nous consüatons ou de déúruiredes forcesutiles.
actuellementun peupartout, n'estdue qu'aux Celui qui, en présencede circonstances
excésdu bolchévisme.En se servant de la brülantes et incompréhensibles,sait croire
violence,il a seméla terreuret miné la cause au devenir du bien inconnu et attenilrel,in-
de la liberté jusqre dansi'lesesprits les plus tervention des forces cachées,est plus fort
ouvertsaux théoriesnouvelles. et.plus utile i la juste cause que celui qui
La méthode rér'olubionnaireinhérente ir attaque l'ennemi au nom du bon droit et
Ia mentalité primitive, dont est folmée la renversel'obstacle.
masse,fait parlie de ces nécessitésfácheu- a du courage da4s le bras qui bran-
..ll.y
ses,que I'élite tolüremais n'adoptepas. dit l'épée,il y a de I'héroismedans le ceur
En effet, connaissantles lois de la nature, silencieuxqui attend et qui croit.
croyant á l'dction pachée,faisant pour ainsi
dire partie de I'universel devenir, le sage Lespetites choses.
ne peut admettre que la réforme évolütive.
Se servir de la force br.utale pour brusquer Chaquechosea sa dimensionpar.ticuliére,
I,esévénements,équivautpour lui á un viol. mais nous ne la voyons pas touiours comrne
IJsurperle plan divin c'est entraverson ac- elle est, d'aprés sa-valeuir,mais selonle de.
complissement. gré de nos passions. plus un tempérament
est sensible, impressionnable,violent, plus
La rélorme évolutive, comme celle qui
futproduite pirr les idéesde Jésus,renferme il est susceptibled,erreurs cl'opiique.i'est
á.la fois l'élémentdestructif qui épure et la ainsi qu'il arrive que des choses-im-porúantes
force créatrice qui reconstruit. Ne violant nous apparaissentpetites eü des chosesin-
aucun droit, elle ne s'exposeá aucuneven- signifiantes énormes. Souvent noüre juge_
geance,ne prétendantá rien d'immérité,elle ment ne devient équitableque du jour-oir il
ne soulévepas la protestation. Participant esüobjectif. Nombreux rorrf c"o* qui voient
au plan divin, elle n'entrave aucuneioi na- petit, et bien rare les hommes á large vue.
72 A U SEUIL D' UN M ONDE NOUVEAU LA LIB E ITTE 73
On dirait que la plupart des gens ont uq li de petites choses; ne laissons pas les
malin plaisir á tourner leurs jumelles en petites chosesenvahir notre sanctuaire.Sa.
sens contraire du bon sens et á rapetisser chonsá l'occasionh¿lusserles épaules,lais-
volontailement l'horizon de leur cercle vi- ser tomber, passer sur les petitesoffenses,
suel. A force de voir petit ils deviennent abdiquer nos tlésirs secondaires,sacrifier la
petiúset perdenújusqu'au sens des vastes lettre á I'eoprit.
perceptions. Cette courte vue a le grand Ce qui importe, c'est que I'harmonie ré-
inconvénientde les maintenir touiours dans gne dans notre sanctuaire.Lui procurer des
le faux et de les exposersans cósse á des dispositions bienfaisantes, un air ,#or, y
souffrancesinutiles. Un hommequi s'attarde cultiver cles fleurs d'amour et d'esflérance
aux petites chosesest comme le voyageur est la seule préoccupationdigne de retenir
qui marche la téte baissée,absorbé á con- noúreattention.
templer les cailloux du chemin, tandis que
Que de bonnes chosesnous pouvons en-
tout autour de lui s'éúendentde glorieux ho- core attendre tous sur cette terre. Laisse-
rizons que son eil n'apercevrajamais. En rons-nouscette belle moisson se perdre par
général,si nous gáchonsnotrevie c'estparce la venue d'intrus, des petits soucis,despe-
que nous attachonsbeaucouptrop d'impor- tites miséresquotidiennes?
tanceaux petites choses. Il est vrai que notre sanctuairea souvent
Qu'irnporteque nous soyonscompris, ap- l'air d'un jardin public, oü chacunentre et
précié,récompensé. [Jnevéritéméconnuen,en sort a sa guise, arrache les branches,foule
est pas moinsla vérité. Le salaire dépenddu *ux pieds les gazons, Le sanctuaireest un
témoignagede la conscience, non de la cri- i*rdin sacréqui demandeinfiniment de soins
tique des ignorants. Qu'importe que nos af- *ü d'ir"rtelligence pour étre cultivé. C'est du
faires malohent bien, que notre maisonsoit funn oldre de notre sanctuaile que dépend
plus ou moins spacieuse,que nos fournis- 'nr:tr* santé morale et notre vraie liberté.
seurs nous trompent, que le mauvaistemps Dans ce sanctuairerlous possédonstout
$, ou la maladie entrave nos projets, ce sont s$ dünt nousa¡¡onsbesoin.Le-sconnaissances

*:
I
t+ AU SEUIL D' UN M ONDE NOUY E A U
I,A LIB E ITTO tc

du monde entier s'y trouvent. en germe, la


blessurescicatr.isées,
se faire insensibleaux
possillilitéde tous les bonheurs,la flamme
égratignuresmesquines,courberles épaules
de toutes les passionsy brüle. Nous y se.
sous les tempétes qui passent,sourire aux
rons toujours chez nous,.toujours á I'abri
grands gestes des petits enfants,c'est agir
de I'invasion des petites choses, toujours
avec sagesseet assurer sa libelté. Consi-
libres.
dérer la valeur réelle, pass#r sur les petits
< Les sagesde l'Orient et de la Gréce,nous
défauts,le mal involonüaill, aller á I'inten-
est-il dit, ne dédaignaientpas d,observerla
tion, passerpardessus,voir d'enhaut,d'une
nature extérieure, mais c'est surtout dans
vue d'ensemble,c'est rester dans le vrai et
l'étude de l'áme, de ses puissancesintimes,
proclamer la justice, car que peut un inci-
qu'ils découvraientles principes éternels.
dent fácheux au cours de la vie et qu'est-ce
L'áme croyaient-ils,placéeentre deux mon-
que la vie en.présencede notre destin éter-
des, le visible et l'occulte, le matérielet le
nel ?
spiriúuel,les observant, les pénétranttout
deux, est l'instrüment supréme de la con.
naissance. >
Il fauúétre grand en toutes choses,ne ja.
mais rembourserde la monnaie par de la
monnaie; payer largernent sans compter,
touiours enor pur, á I'honnétehommecomme
au voleur; et I'eussiez-voussurpris aujour-
d'hui la main dans le sac, faites semblant
demain,si cette main vous est tendue, de ne
pas la reconnaitre.
Le bénéficedu devoir, commela satisfac-
tion du bon droit, sont de petiteschosesdont
un grand irommesait se lrasser.Oublier lss
L,TN TA N GIR IE

lbn va, Iorsqu'onva oü I'on nd'veut pas


aller I
La raison se révolte,le bon sensproteste
contre la directior;'1 qui va en sens contraire
du but. Les poted"uxindicateursont I'air de
brigands qui trament noúre perte. Il n'y a
I.'IIYTANGIBLE
plus d'étoile directriceá l'horizon et I'intui-
tion, cetteboussoledu ceur, s'arréte,déso-
que fut le réve de ta vie, illusion ou rientée au tournant du carrefour.Suis-jeun
^ _Quel insenséá mes propresyeux ?
folie, ce réve est éterlel.
N'abdique pas ton réve, düt.il échouer Il fallait obéir. J'ai fermé les yeux et j'ai
mille fois sur des plages étrangér,es.Car marché,
celui qui douúede son réve renieie clivin. Car il vaut mieux suivre une erreur que
N'atüénuepas son geste, ne I'adaptepas douter de son clremin.
aux choses couranLes, ne te lasse pas'de Petit sentier insensé oü i'er.re, oü je tré-
I'invoquer, car ton réve est le but supréme buche, oü je me perds; petit sentier oü
vers lequel convergenü, j'avance encoreet auquel ie crois enfin.
sans le savoir-.tous
les détoursde úavie.

Qu'est-ceque cette clarié qui ne procéde


d'aucun soleil, et ceüteespérancevague d'un
Etranger i moi-méme,je me ürouvaiser_
bonheuragrandi?Qu'est-ceque ces ortiesoü
rant sur des cheminsinconnus,
je pose Ie pied doucementcornmesur un
Il fallait obéir; J'avangai.
banc de mougseet cevent qui, sansme refroi-
Car il vaut mieuxmarcherdanslesténébres
dir, emporte mon dernier vétement? Suis-
que s'anéúer dans la lumiére. Sait-on oü je un autre en moi-méme,ou moi-mémeen
78 A U SEUIL D,UN M ONDE NOUVEAU I,INTANGIBLE

un autre ? Comment la vie a-t-elle survécu Arréte-toi t.[ev*nt la porte du dernier


au brisement de tout ce qui fut ma vie et la sanctuaire, et que ton pied ne souille pas le
vérité triomphe du reniementde ce qui fut seuil des demeuressacrées.
ma vérité ? Oü I'hommefinit, Dieu commence.
Etroite éüait ma vision, immense est
I'horizon. Tu ne crois pas encore si tu ne
crois au-delá dc tout ce que tu comprends,
et tu ne vis pas vraiment si tu ne vis par
dessustout ce que tu sens. Tu n'aimes pas ceci, tu ne veux pas cela,
.áme
Ma penséeest hurnaine,mon est sur- toi qui t'ignores, comment peuxltu savoir
humaine. La vision de mon áme, seule, te que veub et désire en toi I'Etre véritable?
plonge dans l'éternité, et la réalité com- Dieu seul sait oü vont ton désir et ta volonté,
menceoü s'arréte la forme du réel que je ,_#ltgqrqp_Lr !a loglqg_e.Ce désir Il l'ac-
vois. complit, cette volonté Il la sanctionne,car
oü ton étre s'exprime dans toute sa gran-
deur,.Iáaussi est Dieu.

,**
N'explique pas, ne dis pas : Telle pierre
est un saphir, telle autre une émeraude,car
il est des pierres qui n'ont pas de nom et Accepte 'l'humiliation qui te vient des
leur feu subsistede ce qu'il est insaisissable. ignorants, et ne te justifie pas aux yeux des
Si tu les dis vertes ou bleues, ou jaunes, ou inbéciles, car ta force n'est pas dans ton
ópéeet dans ta langue, mais dans i'immobi-
rouges, tu les éteins. Oar leur rellet n'est
pas fait pour étre pergu par l'ceil l¡umain. Iite sereine de ton ceur sans défense.
Insensé est celui qui veut tout savoir, et
ignorant celui qui croit tout expliquer.
L'TNTANGIBLE 8r
A U SEUIL D,UN M ONDE NOUYEAU

les longues chevauchéesque l'on fait, la


main daus la main, au soir des jours brü'
lanüs, ni l'étreinte des ámes que n'entravent
plus les limites d'ici-bas. Petits sont les
Non, ce n'est pas par manque de courage amours de ceux qui n'ont aimé que comme
ou de sincérité, par indifférence ou par pa- I'on aime au printemps.
resseque nous acceptonsI'ignorance et que
nous nous arréfons devant l'inconuu. Ctest
par respectdu mystér'ede la vie et de crainte
d'usurper le droit divin. Oh, tristesse sans fond de mon áme dé-
sabusée,tu es comme une coupe que ie
Qui sait, jeunessemoderne, si vos es-
prits curieuxd'épuisertoutesles jouissances tends á la rosée du ciel, car il n'est point
humaines et vos mains avides de défaire le ici-bas d'océan assez vaste ni de source
mystére jusqu'en ses derniersreplis, ne ris- assez profonde pour te remplir iusqulau
quent pas, en extrayant le ceur des choses borcl!
qu'ellesdisséquent,de tuer la vie qu'elles Peut-étre ton poids fera't'il retomber
veulent connaitre! avant I'heure mon bras fatigué' peut-étre 'te
raménerai-le vicle á mds lévres desséchées,
peut-étre ne trouverai-ie au fond de.ton ca'
ii.u qo'ont seule goutte, mais si pure,
Oh I bel amour de Ia jeunesse,qui osera qu'ellé reflétera I'image de mon réve de
dire que ton pas s'alourdit au cours des ans bonheur.
et qu'un jour, chargé de la poussiéredes
chemins.tu laisserastrainer ton aile blanche!
Sansdoute, celui qui te dit vieilli n'a yu
que ton ombre passer furtivement au seuil Quelle es'tu, ó main implacable et mys'
térieuse, qui touiours, en tout temps, et Dieu
de sa demeure.Profane, il n'a jamais connu
6
82 AU SEUIL .D' UN ]\{ ONDE NOUYEA U
l -'tN tl N GIeL s 83
s,ait avec qrelle habileté, esúvenue s'inter- l'étreinte d'un étre ? parce que mon réve re,
poser enúrernon.bonheuret moi ? Es-tule posait dans I'universimmémorial,qu'il n,a
signe justicier, qui, d'un lointain karma, se pu ici-bas trouver son achévement -?
parce
dress,eá I'heure p,rácisepoür me chátier ? que mon ceur était fait pour puiser dans
Es-tu l'ombre de mon propre bras qu'un l'océan de l'universel amour, qu'il n'a pu
geste maladroit dérobe á mon cont,róle? ou g'abreuveraux sourcesde cette
lerre ?
le doigt d'un Dieu jaloux qui, en vue de
Je fuis la sociétédes hommespour étre
I
quelque fin inconnue, a voulu sevrer mon moins seul, car dans le silence j'enteuds
I áme de toute humainejoie? Que ne puis.je, fécho de la patrie 'lointaine et la nostalgie
o rnain fatale, déitourner ton attention et de mon cceurs'apaiseens'unissantau Grand
i
passer un soir inapergupar la porte entr'ou- Tout.
verúede I'Eden que tu gardes.i\{ais rien ne
peuf tromper ton impitoyable vigilance, et
sur le seuil, toujours, ton verdict m,attencl.

Ne lirnite pas l'amour á la caressed,une


m8qe, au dévouementd'un frére, á I'étreinte
d'un amant.
C'est dans lasolitude que j'entends,bat,tre
le cceurdu Grilnd Tout, et plus je m,y en- Ug ggg1 g.*_-t,pgr-t"o,,q!
.!
Ns l'enserrepas dans I'espaced'une jeu-
foucr, m,:i:rsje suis seul, car alors j'ai part
s*$$e, dans la durée d'un bonheur. dans
au banr¡uet immortel de tous ceux qui,
l"ivress,:rl'un insfant.
comme uroi, soupirérentsous le poids de
I'inconnaissll,¡lect e_-raltérentIa coupe de !"qmoul est toujours.
$lt tnn denrier ami t'aurait-il délaissé en
l'idéa} révé. Est-ce parce que mes bras
ü¿tdu"rniirre heure, seul sur la plage déserte,
étaient destinés ¿i embrasserle royaume
[l¡ selliras encore le souffle de l'éternel
des saints, qu'ils n'ont pu se contenter de
4km$*Jr ['cnr'*:1,:¡rper
tliins I'espace.Pour ai-
84 AU SEUIL D'UN MONDE NOÜYEAÜ

i mer, nul n'a besoin de posséder;l'étranger


I qui passe,la plaine qui verdoie, Ie rayon de
\ soleil dans la ramure suffit á épanouir ie
\ ceur que I'amour embrase.
Aimer, ce n'est pas seulement couronner
l'élu; aimer c'esúéüreindreI'humanité et se
donner á tous. BONHEÜR
INEXPTICABTE

f
f, I[ est ns bonheur que rien n'exp]ique,
{ 4qouu*,nxn*fsvrur rc justifie et gui, ü cer-
I ütiuwihllnrea, envufuit notre &.med'une pro-
i fffid* h,sngit¡¡de.
I lI wst nsmful¡nhlea¡r l¡ien-6&re du corps,
" Imlwd1&'tlss d&tqnd sous ln tiútle c¿rressedu
*nlsü, I! s*ü xemblab'leü I'attente de la jeu-
r¡6$sü, qui croit ir la possibilit¿ de tous ses
r*vcs. Il est semblable á la plénitude qui
fait déborderle ceur de I'amante,lorsqu'elle
ge souvient qu'elle est aimée.
D'oü vient ce bonheurmystérieux? Quelle
esi la baguette magique qui le provoque ?
Au bon vouloir de quelle fée devons-nous
sil durée ?
II ne peut étre une illusion, car il ne_re-
.Po:9 sur auc-unecause-exüérieure'ét nait"
souvent au moment oü toute issue se ferme.
86 AU SEUIL D'uN MoNoE NouvEAU IN E X P LIC A B LE BON H E U R 8'T
Il ne peut étre la satisfaction du mérite, beur que le capitaliste doit de pouvoir uni
car il échappeau contróle de notre bonne I iour vivre de ses rentes? Q.ue savons-noufi
volonté, et aucune de nos vertus n,esf ca-
pable de le retenir; il ne vient pas méme "l
I d.e,ssecrets du Grand Tout, dont seul nous
dépentlons? jr,fais s'il rn'est arrivé ile sentir
d'un espoir éternel, car il existe par lui-
méme et se suffit dans le présent.
Ce bonheursans causeest le grand éton-
,,I
,;tr
le bonheur inexplicable,j,e sais qu,il existe,
une r'éalité invisible, des biens qui ne s,ont

!
i
I
nement,la chose imprévue,illogique, inacl-
missible á la jeunesse; il échappe aux
i .l
;:t,,X
pas de ce monde, une justice infaillible qui
récornpense le mérite méconnu.

droits de la raison, commeaux fatalités cle


la vie. La chosequi nait de rien, se soutient
dans le vide et grandit i mesure que la vie II sernble évident que tout étre soit faiü
se dépouille. pour le bonheur, que c'est dans le bonheur
Ah ! Tendre toute sa vie vers une étoile. qu'il at[eint sa pleine stature et par le bon-
commevers le seul salut possibleet fermer heur qu'il parvient á accomplir sa mission.
les yeux, le soir, pour la voir soudainbril- Aussi est-il probableque toute vie, dans un
ler au fond du sanctuaire oü nul Eestehu- avenir lointain, doit fatalenent aboutir au
main ne I'avait allumée! Presser sa main bonheur. De lá cette révolte instinctive de
sur son ccur et se dire qu'elle est lá, qu,on la nature contretout ce qui lui met obstacle,
la tient enfin pour toujours I pourquoi la l'irassouvible nostalgie et I'indestructibls
trouver,maintenantque nous ayonsrenoncé, espérance,qui sont les compagnonshabi-
et pas alors que notre vie. en dépendait? tuels de notre pélerinagelerrestre.
Pourquoi obtenir pour rien ce que nos ef- Ce qu'il y a d'extraordinaire c,est que
I ,
forts avaient jadis tant mérité. Faut-il á les douleurs et les déceptionsdela vie, loin
l'arbre le temps de grandír avant clecon- de larir en nous les facuitésdu bonheur,les
i naitre la joie úranquille des beaux fruits éveillent au co.núrairenles agrandissent,les
mürs ? Et n'est-ce qu'á son persévérantla_ aJfinentau plus haut degré. ll n'est pas de

l:.:t:

l,
au sEUIL D'uN MoNDENouvnArt INEXPLICABLA BONHEUN

comparaison entre I'intensité émotive gue avec I'áge ; ce que nous avons voulu á dix
peuüressentirun disgracié de ce monde,et ans, nous le voulons encoreá vingt, á cin-
celle dont est capable I'homme habitué aux quante ans, nous le voulons aussi ardem-
faveursde la destinée.On dirait que l'áme, ment, aussi consüamment;il n'y a qu'une
élargie par la douleur, s'élargit en propor- différence,c'est que pour le sage le bonheur
tion pour le bonheur, et celui-lá, seul, sans nlest plus une questionvitale.
douüe, dont les souffrances furent cons- Dans la jeunesse,quand le bonheur se
tantes, peut arriver á l'état de béatitude. brise, il ne reste rien; quand se brise le
Car il y a deux espécesde bonheur: le bonheurdu sage,il reste < Iui >, sa vie, son
bonheur humain et le bonheur surnaturel, immortel devenir.C'esüun accident,ce n'est
l'un produit I'enivrement, I'autre l'exúase; jamais une mort. I,a mort ne peut plus
I'un est provoquépar une causeextérieüre, atteindre le sage. Car la sourceoü il puise
l'autre résulte d'un détachement de toute savie,seses¡rbirs,sesamours,sesbonheurs,
cause. plonge dans l'éternité.
La leunesse est dépendantede ce qui Le bonheur surhnmain n'est pas seule-
vient, elle vit d'espérance,elle n'est satis- . ment fait de la méme essence,il produit les
faite que lorsqu'elle posséde,et son bon- mémeseffets que le Jronheurde la jeunesse.
heur, quand iI se réalise,risque toujours de Comme lui, il met du soleil sur tout ce qui
devenir égoiste. La jeunessene connait que nous approche, il fait déborder le ceur
le bonheur humain. Le bonheur surhumain d'amour et de bienveillance envers l,es
ne l'attire pas, iI lui semblefait de renonce- honnmes,il s'alimentede toutes les beautés
ments, il respire le sourire décoloré des de la nature, il marche dans un réve, porté
cloitres, il est trop loin de la vie, de la vie I¡er des ailes invisibles, inaccessible aux
gu'elle aime, qu'elle veut, qu'elle attend. nspéritésde la route, par-dessusles nuages,
La jeunesse se trompe. Le bonheur spi- dans le bleu. dans l'infini. Il est comme le
rituel est fait de la méme essence que le fráre ainé du bonheur humain. comme son
sien. Les besoins du ceur ne changentpas i'', g6¡1ps astral, comme son étre spiriúuel.
90 au sEUrL o'ux Mo'r*osNouvItAU IN E X P LIC A N LE B ON H E U R 91

L'enfant a ses joies, elles dépendentde primer; il faudntiitd'autres mots, ure autre
ses jouets, de ses j,eux; la jeunessea les compréhension.La béatitude du sage re"
siennes, elles lui viennent de Ia beauté, pose dans la parbieimmortellede son étre,
de, I'amour; mais comme l'enfant ne peut c'est pourquoi son bonheur paraiü vague,
cornprendreles ivressesde I'amour, la jeu- distant, inhumain et peu enviable á qui se
nessene peut admettrerla félicité des béati- sent en chair et en os. C'est sans doute
üudes.Et notre vieille sagosse,tout expé- parce qu'il est si difficile de désirer ce que
rimentée qu'elle soit, ne peut concevoirles nous ne pouvons imaginer, qu'il est rare
bonheurs d'outre-tombe.N'usurpons rien; que l'on se soucie du bonheur spirituel,
nos organesne s'adaptenfqu'aux conditions alors que la foule des humains se rue sans
que nous traversons. 1\[ais disons-nous reláchevers les biens de ce monde.
bien que si les ressourcesde Dieu sont si
nombreusesel si variées, il n'est de raison
pour personnede désespérer.
Ce que nous n'avons pas regu aujourd'hui,
nous pouvonsle recevoil dernail, dans dix On ne peut pas analyserle bonheur spiri-
ans, dans une autre vie. Toutes les possibi- tuel, car il est á tout point de vue inexpli-
lités sont toujours lá, pourvu que notre cable. Je ne sais pas plus pourquoi aujour-
pourvu qu'il
ccur reste gi-p-lu et,-c9-¡t_fia"1.t, d'hui, enpassantpar cechemin,en regardant
s'en remette aux soins du desl,inet qu'il ne rctte prairie, je sens monter en noi un dé-
mesurepas I'infinité du bonheur et"dela vie bordementde joie et d'espérance,que I'oi-
* sesconceptionsd'uneheure. soau ne comprendpourquoi, chaque matin,
tr'aurorese rallume et réchauffeson nid. Je
sais seulementque cela ne tient pas á moi,
qge cela me vient du Grand Tout; je sais
T,;ut ce qui se passe dans Ia partie im- qu'au moment oü je l'éprouve je suis dans
mortelle tls notle éüreest fori diflicile a ex- [* vórité, que I'organe qui me le transmet
AU SEUIL DtuN rwoNDE NouvEAU
IN E X P LIC A N LE B ON H E U R

est indesüructible et que le fait


que je siste á ne pas se cabrer contre les
l'éprouve est pour moi ü preuye la pius décrets
vi_ du destin. La foi éternelle est trés simple,
vante, la plus compléte,la plus éciatante,
d'une réalité inviÁible,déta;hée elle consisúeá admettre le témoignage
de toure qui
matiére. Car si je puis vivre aussi inúensé- reposeen nous.
ment en perdant la dépendanceet Nousvoulonstrop par nous_mémes, comme
le con- nous Ie pensons,comlne nous I'entend.ons.
tróle des conditions de mon exisúence
ter_ ,
restre,c'estque la vie, le bonheur,le rmoi que cette volonté qui prJtend
> Y"i*,qu'esü-ce
existent en dehors de ce que j'enüends, üout diriger, qui croit úout savoir
cle etiqui ne
ce que je vois et touchedans ce monde. sent pas qu'elle se déménerlansl'étroiie
cel_
je,puis par conséguentaimer eue lule d'une conceptionpassagére
sanséüreinclre, ?
m'épanouir sans richesses, élre sans Faisons la-part de noúre"ignorance,
or- fai-
g'anes,et continuer sansvéhicule. sons la part de notre orgueill que
t.il ?... Un pauvre .*.,i ho*"in "..tu"u,
qui n,a
d'autres ressourcesque sa bonne
volont¿.

Qre de preuves il faut aux hommes pour a ta

gu'ils admetúentl'éternité. IIs en appellent


á Les hommess,imaginent que le bonheur
la science,aux reliEi
_ons,auxtémoignagestle epirituel demandeun grand effort.
r'r...
nlstolre, au courg des astres. pourguoi
Il n'en demandeaucun, il ne
chercher si loin ? Chaque homme demande
porjj; pas la centiéme parüie de I'effort
dans son-ceur la preuvud. ,oo immáralit¿. qou .roo,
dépensonschaquejour pour acquérñ {
Le monde entier s,unirait pour le lui del,ar-
dé- gent. Il n'est pas nécessairepour
montrer, il n'y croira qu" 1o"*qu'il l,aüra l,obtenir
se se hlsser á sa hauteur par
trouvé en lui. Il nous faut devenir trés une conti-
sim- tension d,esprir, c'esr iui qui d"scena.
ples, aus-*isimplesque ile petits enfants.l,e ::"]l:
bo¡rlreuresüune chose trés simple, $¡$qu_ennous.sans aucun secoursde notre
il con- part et alors que noüre aütention
était occu_
94 AU SEUIL D' UN M ONDE NOUVEA U IN IdX I'LI'C .\B LE B ON H E U R 96

pée aux peti[s deyoirs quoticliens.Dans nue. attendsl',hc.urecerta,i,ne oü I'onde, fa_


le
salut, la part de I'homme est si petite, talemenÍ,doit redevenir une nappe limpide"
pourra toujours se dire, ,uo, Qu'il
dt se Aie Ia clouceurtranquille des longue,
tromper,qu'il ne I'a pas mérité.",iiote ¡ru-
úiences,le geste lent qui mesure linfini, ,et
Il en est du salut commede toutes les le sourire indulgent qui v,oí,tpar dreldI'he¡rre
belleschosesgue nous receyonssur la terre. préserrte.Touú mal porte e¡r soi s,on neméd,e
toujoursde-scadeaux.Dés qu,il y a et le plus sage d'entre nous est l,humble
:u ::nt
dc-l'acquis,ce n'est plus'Ia cLose spéciale spectateurde la grande Guvre qui s'achéve
{oi., ul moment précis, répondá notre aspi. sansqu'll y touche.
raúionla plus personnelie.Il faut y metüre
du sien pour en jouir, faire des con"cessions
***
á la réalité, y accommoderson c@ur, et
en-
coreI ... C'esttoujoursde l'á peuprés.Acqué- Il faut savoir renoncer au < moi > qui
rir est un mot humain; c'esi suitout ,r., veut, pour ne plus étre que le < moi > qui
moderne,qui ne figure pas au dictionnaire -o, accepte;abdiquer I'intelligen'cequi dirige et
desverbesspilituels,oü il est toujours se confier en la foi qui suit; jouir de la: vie,
rem_
placépar celui de recevoir.Maintánons-irous non.par la possession de ce que l,on désire,
dans une attitude réceptive,elle convient mais par la contemplation .de.ce qui dbt
á
notre insignifiance; n,entravons pas les beau.Etre riche du capital acquis et ne plus
dessinsdu Grand Tout. dépendrede I'aumónedu passant.Saisir au
milieu du chaosde la formation l,étoile fixe
de l'irnmoltel desúin.
Petit monde des chosesqui changent et
Contiens les lr*r*,rrr"*. de ton coeur- qui tour á tour ont fait épanouir et saigner
boulrvelsé et la question inquiéte de ton mon crcur, je te tiens commeune bulle dans
esprittroublé; laissela vague déroulerson le creuxde rna main. Petit mondedes lolles-
4lira et jeter son écumer,." l* Eréve incon- ambitionset de l'aveugleefforf, je me repose
ffi
ffi
fil
lil
I 96 AU SEUIL D'UN MONDE NOUVEAU

h en regardant monter la fumée de tes vains

H
l '1
tf
sacrifices.
Et par delá le tumulte de la terre convul.
sée, ie laisse I'harmoniebleue des sphéres
immortelles descendre en mon ceur, libre

IW
de tout lien.
A I,A J¡UNESSE

ltÍ
i[ Placée entre l'égoisme matérialiste et de
fi faux idéals, la jeunesseerre dans le vide.
rfi Les médiocres se contentent de jouir, les
faibles succombent,les forts luttent sans es-
poir. Autour du troupeau épars ródent les
détracteurs de la culture occidentale, les
f
t propagateurs de doctrines neurasthéniques.
f
Et la ieunesse,découragée,se demandeoü
;t
:b puiser la foi qu'il faut avoir pour vivre.
Mais la ieunesse est, sincére, du moins
elle veut l'étre. C'est lá son ancre de salut
J
et la base de nos futurs espoirs.C'est aussi
á ce titre qu'elle a droit á notre respect,
méme dans seseneurs.
Qu'importe si le navire erre au hasard
des gran4es mers si les flots par moment
l'entrainent á la dérive ? Qu'importe qu'il soit
poussépar I'aquilon ou Ie zéphyr et qu'il
,I
9B AU sEUIL D'uN MoNns NouvEAU
A LA JE U N E S S E 99
échoueparfois sur des plages étrangéresI
le nouveaune peut naifre que de I'ancienet
Muni de la boussolede la sincérité,il doit,
quedansl'évolutiondesmondes,commedans
un jour, arriver á bon port. Sans doute ils
cellede I'individu, nous sommessolidaires.
serontdes héros,ceux qui auront le courage
Laissons-la faire, le geste d'indignation
d'attendre au seuil du sanctuaireéteint; á
qui lui fait rejeter en bloc notre culture
ceux-láil est promis un nouyeauDieu.
passée est un geste jeune, mais franc. [I
Quel estle Dieu, quel'avenir leur prépare? part d'une révolúe sincére et d'un enthou-
On ne peut construire une chosequ'en se
siasme vivant. Il est le signe d'une foroe
servantdes élémentsinhérentsá cettechose.
vitale. Si lesjeunescroientpouvoirse passer
On ne peut créer un Dieu qu'avec du divin.
de lois, de frein, de sacrifice,du devoir aride
Ces parcelles divines, nous les retrouvons
qui fut pcur nous Ia base de toute eurrr:e
encoreet surtout:
durable, qu'ils essayent.N'avons-nouspas
1o Dans l'héritage sacré du passé;
cherché,commeeLrx,les chemiusfacilesavant
2o Dans les souffranceshéroiguesdu pré-
de nousaventurerilansle sentierétroit ? S'ils
sent;
veulent détruire, qu'ils frappenti peut-étre
3o Dans les aspirationsdu monde en de-
faut-il le choc de leurs coups inconsidérés
vcnlr.
pour abattre les cloisonsde nos templessu-
ranués? A chacun le droil de s'éprouler, la
Lesexpériencesdu passé.
lilerté de choisir.
Actuellemeniil y a dans la jeunesseune Qui sait si, au soír d'une journéetorride,
si forte réaction contre la trarlition, qu,ellc la ieunessedésabuséene reviendra pas aux
préfüre renier une vérité dont'elle est con- ruines qu'elle-mémea seméeset si, fouillant
vtincue, qu'accepterce qu'eJlen'a pas dé- **s dúbris néprisés, elle n'y découvrirapas
couvert par elle-méme. trs.r:roix I
La jeunesseest excessive üerües, entre ses mains vigourcuses et
et par Iá méme
gai.nt:snotre rieille croix ne sera plus l'ins-
de courtevue; eile oublie trop souvenbque
ürx¡¡¡ten& ile mori qui étcint le cceur et limite
100 au sEUrL n'uN MoNon NouvEAU A LA JE UN E S S E t0l

la vie, I'instrument de I'intolérance aveugle le joug injuste; si elle a acguis un droit au


et des sacrifices inutiles, mais la piochevi- bonheur,c'est parce que nous a.rons su sa.
vante qui sert á frayer la route vers une orien- crifier nos plus légitimes ioies. Les valeurs
tation nouvelle, á gravir les échelonsdesplus véritables sont immortelles, la culture de
vastes sommets. Non la croix que l'église I'occidentse dépouillede ses haillous, elle
impose, mais la croix que l'honneurhumain ne meurl pas.
réclame.
les souffrancesdu présent.
ata
Jamais, dans I'histoire de I'humanité, la
L'héritage paternel ne fait pas un homme, soulfrance n'a atteint á un tel poroxysme,
mais il permet au fils intelligent de pour- et c'est la jeunessequi en est le plus forte-
suivre sa carriére et d'acquérir de nouveaux ment atteinte.
biens. Nul efforún'esüperdu. J'ai labouréle .Commela plante,elle a besoind'espaceet
jardin, mon fils I'ensemencera.L'effort de de soleil; c'est á l'époquede sa croissance
l'avenir ne peut étre qu'une continuation de r¡u'ellerasseml¡lela provision de force dont
I'efforü ancienvers la vérité universelle dont dépendra sa vie f uture; mais la jeunesse
chaque époque historique, comme chaque moderne,immobiliséedansl'étroiteet sombre
avénementreligieux, marqueune étape pro- impassede nos conflits européens,se trouve
gressive. *inns I'obligation ou de replier ses ailes, ou
Malgré sa faillite apparente la culture dt risquer de les briser; et I'éternel pro-
occidentalen'est pas un vain mot. A travers &&,fu¡¡e Be pose, plus brülagt que jamais :
de nombreux écueils elle a mené I'humanité tmnmer¡ü parer aux nécessitésdu moment
aur portes de Canaan. Si la jeunessemo- wt *hlir n I'ordre d'épanouissementqu'or-
<lerneest indépendante,c'estparceque nous d*x¡lx¡ola voix du devenir ?
ayoüsobéi; si elle peut respirer un air plus Il amire que la vie la mieux organisée
lib¡'r. c'sst parce que nous avons supporüé *kputit ir r¿neirnpasse.IlTousne pouvons ni
102 A U SEUIL D UN M ONDE NOUVEAÜ A LA JE U N E S S E 103

reculer,ni avancer,les effortsdu passésem- délivranced¿rusune directionopposéeá celle


blent vains, le présent intenable, l,avenir qui nous fib souffrir. C'est parce que la jeu-
sans issue. l{ous sommesbloqués, et I'im- nesses'est meurtrie á I'intransigeancedes
mobilité s'impose.Or I'immobilité est I'en- dogmes, c1u'elleréclame un Dieu plus hu-
nemi traditionnelde la jeunesse;prolongée, main; parce que le matérialisme a étouffé
elle aboutit á la mort. ses meilleuresaspirations,qu'elle revient á.
Aussi les impassesde la vie ne sont-elles la vie du sentiment; parce qu'elle a été vic-
pas des lieux oü l'on demeure, mais des time de lois aveugles,qu'elleexigeune jus-
haltesprovisoires,pendantlesquellesla des- tice inüelligente;parce qu'elle a vu l'inutilité
tinée nous invite á consulter á nouveau le de nos sacrificesconvenbionnels, qu'elle de-
plan divin pour nous rendre compte de ce mande un héroismesenséet parce que nous
gui nous en a faiú dévier. lui avonspréchéla mort, qu'elle travaille au
Lorsque l'obstacle est suggéré par un úriomphede la vie.
principe,il risque souventde mutiler notre .Aussi n'cst-ceplus dansles institutionsdu
étre; provenant d'un décret de la nature, il prétendu droit clivin que la jeunessetrouvera
nousféconde, caLentendantnos énerqiesvels r"r I'héritage du Christ, mais dans I'expérience
la recherched'une issue,il nous fai d¿cou- de son ceur meurtri et régénéré,conscient
vrir de nouveauxhorizons.Quand le chemin deserreursdu passé,ouvert aux possibilibés
est barré, nous nous efforgr:nsd'en trouver d'avenir; dansson ceur qui,en retrouvantsa
un autre; quand I'air nous manquo, nous vraie uature, retrouveralareligicn innóe au
nous a¡rpliquo¡rsi. respirer autrement. rei¡r de toute humariité.
La jeunessesevréeet douloureuses'exerce
á pelcevoir un au delá meilleur; de ceú Leeaspirationsde I'ámeévoluée.
effort, de ces désirs ver.s un monde.plus
beau,naitra un jour I'imagedu Dieu avenir. Nos besoins de clalté et de chaleur ont
Les événementsagissent sur nous par tounnénos regards vers la lumiére et nous
contradiction; nous cherchonstoujours la ont fniü découvrirles gloires du soieil; la
104 AU SEUIL D'UN MONDE NOUYEAU A LA JE U NE S S E 105

consciencedes véritables besoins de l'áme nérescencemorale. Ceux qui n'ont plus la


nous dévoilera les attributs et la volonté du force de sentir. tombent dans la sentimentá-
nouveauDieu. lité, le laisser-aller,la sensualitémorale.Ace
Le divin qui est en nous se manifesüepar titre, certes,le sentiment ne serait plus une
une nostalgie permanente,un mouvementdu force, mais une faiblessequ'onaurait raison
cceur;unsentiment.C'estdoncdansle domaine de combattre.
du sentiment que nous trouverons les élé- Comment reviendra-t-on au sentiment?
meuts de reconstructiondu principe clivin. Le jour oü l'on aura reconnu que le bon-
Mais le sentiment est tombé en déconsi- heur que tous appellent, n'a sa source que
dération aux yeuxdeshommesdenotretemps. dans le ceur, et que la force que I'on ré-
Plutót que de chercher Dieu dans son cceur, clame est une affaire de sentiment.
on le chercheau moyen de l'intelligence, du La virilité, que I'on a I'habitude d'invo'
dogme,de la scienceet I'on aboutit au néant, guer contre Ia vie du cceur, ne vient pas
parce que le divin ne peut répondre qu'á d'un endurcissement, mais d'un redressement
des appels divins. des vrais sentiments.En condamnantsysté'
Pourquoi s'est-onéloigné du sentiment? matiquement chez Ie jeune homme toute
Si le sentiment est déprécié, c'est parce manifestation émotive, par une éducation
qu'il esttombé au rang des faussesvaleurs, militariste et des études desséchantes,soi-
comme la pureié que I'on attribue á I'absti- disant destinées á lui donner une attitüde
nensesensuelle,la virilité que I'on confond mále, á I'aguerrir contrela vie, on a en réa-
avec la dureté, et tant d'autres valeurs qui iité paralysé sa virilité et ses moyens de
ont perdu leur vrai sens au cours de nos défense. Ne pouvant plus développerses
siéclesde mensonge. qualités partióuliéret, á1"" lui'méme, il ne
L'emeur qui a le plus contribué ir la dé- sera rien; entre n'étre rien et devenir une
considérationdu sentiment, c'est Ie fait qu'on chosefaussée,il n'y a pas loin.
I'a confonduavec la sentimentalité,qui n'est Si la femme, á bien des égards, mérite á
qu'un dilettantisme du sentiment, une dégé- cette heure plus queI'homme le titre de sexe
106 A U SEUIL IJ UN ]!{ ONDI] NOUYEAU
A LA JE LIN E SS E r07
fort, elle le doit á son apprentissagedu,sen- c'est en ton áme labouréeet approfondiepar
timent. la.souffrancl .Io" tu as trouvé la force qui
Quand on anra remis les vraies chosesá triomphe; c'est en ton áme assagiepar l,ex_
leur vraie place,que l'honrme ne devra plus périenceque tu saisirasle secretdé la con_
avoir la faussehonte de ce qui n'est plus en naissancefuture.
déshonneuret osela avouer ses sentiments.
comme il avoue maintenant ses connais- Conseils
aux jeunes.
sances,son adresseet ses calculs, il aura
reúrouyésonhumanitéet son Dieu. Et peut- Víryz pqr ta foí. - T,'l¡6¡¡¡¡en'est pas
étre en manifestant des sentimentsvirils, grand par lui-méme,il ne le devientque par
réussira-t-il á réveiller chez la femme le la foi. NoÍre capaciténe subsisteqrl" poo."
sentimentféminin, ce qui fait le charme et autant que nous restons en contact avec la
la délicatessede la vraie femme, perclusde sourceimmortelle. yoyez la guerre, ce pro-
nos jours. duit le plus parfaiúdti cerveJu le mieux or-
Sans l'aide du ceur, l'intelligencemanque ganisé,et regar.dez sa fin. Considérezl,adres_
de clairvoyance,elle tombe dans le rationa- se de l'arriviste et pesezle maigre bonheur
Iisme. Sans l'intelligence, le cceur est un que son gain représente.
guide défectueux,car il perd de vue la réa- Vous.prétendezne paspouvoir.croire,parce
lité. L'intuition est á la fois un mouvement que vous ne savez á quel saint vouer la
du ceur et de la pensée; elle est l'intelli- flamme qui vous brüle. Mais il y a toujours
gencede l'áme, la seuleinfailiible. eu de quoi croire pour celui qui a la foi. Car
C'est eir reniant son áme que I'homme a la foi ne vient pas de ce que l,on sait, mais
perdu Dieu, c'est en remettant en valeur de cc que l'on sent, sans pouyoir l,exprirner.
tout ce qui vient de l'áme qu'il le retrou- Quaud bien méme toutes les forrnes de la
vera. yérité seraient anéanties,l,Esp.rit demeure
C'est en ton áme, élargie par le bonheur, ü[c'estau triomphede cetEspriüques'adresse
que tu as découvertle secretde Ia beauté; toute foi véritable. C'est parce que rrousne
108 A U SEUT L D' UN M ONDE NOUYEAU A I,I J I'( J N ASSE 109

savezpas le secret de Dieu que vous lui de- Oser ne pas faire comme les autres, voill
mandezune explication humaine. ce qui marque un homme. Si nous avions
Ne rejetez pas en bloc. - Les préjugés, eu des hommeset non des pantins, des ma-
les conventions,les idées précongues,Ies chines ou des filous, nous n'en serionspas
principes traditionnels, sont vos ennemis oü nous en sommes.
jurés et vous avez raison de n'en plus vou- Pou,r fornzer la ¡tersonnalíté. - Eduquez
loir. NIais il est prudent de ne pas rejeter Ie votre goüt, aimez les belles choses, appli-
vétementusé avant d'en avoir un autre sous quez-vousá ce qui possédeunevaleur réelle,
la main, car en restant découverton risque fuyezles apparences,le dilettantisme,soyez
d'étre exposéá tous les vents qui passent. vrais. Gardez-vousde l'égoisme,de la pose,
Deuenez cles hommes. - Avant de son- de l'arrivisme, de l'amour, de I'argent, de la
ger á devenir des avocats, des ingénieurs, contagion de la mode.
des industriels, des commergants,il faut Recl¿ercl¿ez ce qui est réel. - Le travail
devenir des hommes,des étres qui savent n'est pas tout, le plaisir n'est pas tout. La
penser, sentir, juger par eu:r-mémes.Et vie n'est ni dans le travail, ni dans le plai-
cela, non pas en imitant quelquepersonnage sir, vous n'étes nides machines,ni des pou-
d'élection, en s'appliquant i jouer un róle, pées.La vie est dansles momentsd'émotion,
en s'affublant de particularités étrangéres de souffrance,de bonheurvéritable.
á sa nature, en se donnant des airs et une Prenezde bonnes l¿abítudes.- Le mé-
allure, mais en étant simplementsoi-méme rile est fait d'un peu de bonne volonté et
et en vivant ce que l'on est. Il faut plus de de beaucoup de bonnes habitudes. On peut
couragepour oserétresimplementsoi-méme, assouplir son áme comme on assouplit son
qu'il n'en faut pour passer un examen,pour &rps, s'habituer á penser aux autres, á
endurerunedouleur et mémepour se battre. rendre service, ir étre bon, á voirles choses
On ne marche avec assuranceque si I'on sous leur meilleur jour, á réfléchir avec
marche sous la direction d'une croyance iusüesse,á dire la vérité, á agir avecexacti-
personnelle et d'une discipline intérieure. tude, ü prendre goüt aux belles chosesct á
${ L1,0 A U SEUIL D' UN M o NDE No UVEA U
84 A LA JE U N E S S E
tr L
ce qui est médiocre, comme oa prend capacité et le goüt du grand
-é.liú-.I
l'habitude de se lever le matin, rie ,e' ,ou- bonheur.
Dactrezréserver vos meilleures
:1 forces pour
cher le soir. les grandes heures de la vie.
rl C" qoi .roient
Dans une usine, on confie au travail des
i
i
machinestout ce qui peut se faire autorna-
tiquement:c'.estune déchargede forceet de
tard, n'en vient que mieux
"t
ptus aptes á en jouir consciemment.
tente et Ia privationdévelopper_rt
nous trouve
L,at-
dans l,homme
I -t.r*pu,
une épargne de main_d'cuvre que des qualirés viriles, t"nii" 'q;;;;
iJirru"
I'on peut utiliser pour des ouvrages plus aller sans discernement,exasiére
les émo_
ímportanls. Ce.qui noüs en coüte auiour_ tions sans les nourrir. lV. l"iJ-rr,
fu
d'hui, se fera demain sans qu,on y pén"", poussiéredesroutesenvahirvotre ¡"rn"i,
satctuai"e,
pendant que I'on songe á d'autres lho..* restezpropres mémeau milieu
des déborde_
plus agróables.L'exercicedes bonneshabi_ menüset des folies d,unejeunesse
intense.
tudesnous dispensede la préoccupationdes Ayez le sentintent du'rtepoír.
-: On uoo,
petites choses: c'est une libération de l,es_ pris.:religion,morale,honneur,
iT"t idéal.
prit. Pius les devoirs pratiques nous en_ Liera est déconceltant,mais il
n,y a pas de
nuient, plus nous devrionsnous appliqueri guoi désespérer.
les remplir machinalementet sans iot".rr*.r- Nous avonsdü nous adapter
péniblement
tion d'áme.La jeunessea le mépris du dé_ &.uxformes courantes.rnrrl orr.l., t^ , .
tail, cependantplus on s'en dispensepour Joil;ffi; ",1T.:T:i,i?,i*T;
derai"e -rl
s'en débarrasser,plus iI se changeuo putit* porter I' uni fol ,me commr) t ) . , ^, , " ; ^, , .
ennuis qui nousharcélentau point d'encom- üo*p..*u;;;'l; i"".#iT'
#n,T"T::
brer mémela voie royale. sure..-Maisplus on est responsablede soi,
le respectcle vou,s-nzénte.
-Ne gas* ptrusil far¡t étre consciencie"",
.lU"" fr"Á¡f., á¿.-
pillez pas votre creur. Ayez le respej el int¡:resse.Cai en étant son
propre ¡,riu oo
l'adorationde I'amour. Neu{ fois ,rr" }i* 1"" ti*qu1 davanfagede se troüpu",
.i {o"nO
amoursnuisentá I'amour. Et l,on perd.d.ans ons'.,lrontpuc'cst pius grave.
les petitesilassionset les petibsplaisirs la Gc¡de:-uot¿sde l,orgueíl et cle
l,égotsme.
tL2 A U SEUIL D.UN M ONDE NOUYEAU
A I"A, JEIJNDSSE 1.13
- Vous savez plus que n'a su la jeunesse mais plenez garde qu,en dépeusanttrop
vite
des siécles passés. Mais étre avancé pour votre,capital, vou* n'aniviá2, á étre plo.uo"
son áge, ce n'est pas tout savoir, tout gr,rand.vous.sexez,vieux. Dépensezulrl" *n-
pouvoir, méme gouverner les étoiles et ren' gesse, avec rnodération,pour ce qui
en vaut
verser les lois séculaires.De savoir que I'on la peirre. Gardez votla áme intacte,"
Car ce
saitbeaucoup, á croire que I'on peut tout, il qui est conüenu.,, seulndevient forú, et rien
n'y a qu'un pas; de croire que I'on peut n'égale la joie du ce.un sevré. Tout
n'es,t
tout, á rapporüer tout il soi, il n'y a qu'un
¡r,asfait pour éúre donnénet c,est cle ce que
autre pas. vous, n.'avezpu donner á personne
que vo{rs
Ayez le courage de la souffrance. - vivrez.un jour-
Ce n'est pas parce que nous avons mal Ne ntéprisezpas la prud;ence.__ Jeunesse
sacrifié á des chosesinutiles, que le sacri' ardente et, généreuse" qui sernez volre
fice a moins de valeur. Rien de grand ne or
comrre une grande darneprodigua, n,oubliez
peut naitre ni subsistersans lui. Le sacri- pas-qu'il y a des voleurs I Je.u¡¡esse
euivrée
fice que uous ne faisons pas volontairement, et folle, qui láchez la brid.e et r.euvelsez
Ia vie, tóü ou tard, nous l'impose. La souf' _
l'obstacle, pr.enezgarde gue clans ]e
d.ébor-
france est á la base de tout progrés; sans dement du fleuve vous ne vous noiiez
á voú¡e
elle, notre áme ne se débalrasselaitjamais tour I Car il est un,e usure irréparable.
de ce qui lui est étranger et du bagage des qui
vient de l'épuisement prérntrturA de
la vie.
médiocritésdont la vie I'a affubléea son in' L'*mc a beau s'élcver clansI'espace,
si elle
su. La souffranceest l'éperon qui nous fait B tnasure pas soo_vol, elle échouera
mouter de degré en degré les échelonsdu d.ans
l* f¡{ni¡¡e-J eulesse avide,,gui ave, vo"l-u
devenir; sans elle nous serions peut-étre tout
ü*ry{}rr!üout posséder,qü saitsi vous connai,
heureux, sans elle nous ne connaitrions ia'
mais l'évolution du bonheur. rü *o yieillissarrtet douúI'appétit évolué
, sa_
Respectezce qui est sacré. - Sans doute eü flruüaissance de .áur.,
,rM á l,abri de
'r¡ous avez raisou de vouloir tout éprouver ;
ioa,lusfruits immorielsdelavie!
8
Ll,4 AU sEUIL D'uN Moxpr NoIJvEAU

Osezvivre. - J'¡¡i¡¡g,ó jeunesse,vos réves


chimériques,vos élansaudacieux,votre mé-
pris de I'obstacle; vos gestessuperbesqui
peuvent tout embrasseret votre port de roi
qui dominelesmondes.J'aimevotre foi naive
en la beauté que vous croyez découvrir a
chaquepas, au bonheurque vous mesurezá. I'IMMORTAtiTE
la flamme de votre ceur. J'aimele pieux res-
pect qui arréte vos pas au seuil des temples
silencieuxet votre sainterévolte en présence Notre croyanceen la survivancedesélres,
de l'injustice. Allez, aimez, croyez,espérez est basée sur Ie témoignagedu bon sens,
encore.L'illusion esüle chant qui berce nos Ies preuvesde la scienceet sur.toutsur.l,ex.
beaux réves. Peut-étre vaut-il nieux en périencede la vie de l'áme.
accepterl'humble mensongeque de vouloír
l'implacable lumiére qui brüle nos ailes. Témoignage
du bcn sens.
Peut-étretrouverez-vous,en joüant, la clef
d'or que nous avions mis tant d'annéesá. Le bon sensest une faculté Lien humaine,
forger et vous suffira-t-il de regarder en qui échappegénéralementá toute illusion
souriant, pour découvrir l'étoile que notre *ent.ilnentalecomnreá toute influence exté-
raison a cherchéedans la nuit. Peut-étre riture. C'e-"tune pielre de toucheá laquelle
qu'un jour, €n nous disant le secret du ffimwspl)t¡\-clnsóprourrer,froidement et sans
bonheur, résoudrez-vousle probléme de g,mu&nt*de nous tlomper, la juste valeur cles
I'inexprimable vérité. MÉ et des óvé¡rements.
ÑhMi dnns cetteattitude calme et sensée,
l,¡mgprdetutuur clenoi et je coustute que

,1l* +* l¿ nature ne se perti, que touü s'y


geü,r
uüs 0r'olution lente eü gra-
t16 A U SiiUIL D U} i NIO.NDENOUVEAU t-tt tt¡nto rt'l,t LrrÉ L/17

duée,la matiére anciennearri¡,éeir matulité s'agit du ploblt)mole plus émouvant de la


préparant et suscitant la matiér'enouvelle; cr'éation,iuconsór¡ucnl,e, insenséee[,crudlle
le printemps sort de l'hiver, la fleur de la au point d¿ cr.óerdans le seul but de dé_
graine, le papillon de la chrysalide,c'est-á- truire.
dire que llélément qui constituela beauté, Et je me demirndepourquoi cesconStata-
I'essence,I'idéeproprementdite, se perpé- tions de la saine raison humaine auraient
tue á travers le sacrificede ce qui n'eu était rnoinsde poids quarrclil s'agit des réalités
que I'enveloppepassagére. itr¡mcrtelles,que lorsqou uo"o, basons nos
Je considéreles événementset la vie des certitudes telreslres sur des ex¡rériences
hommes,et ma raison se refuse á admettre souventbien moiüsconvaincanLes.
f,ant de souffrancesinjustes, de réves ina- [,es lois rle la nature resteltt pariout et
chevés, d'reuvres"incomplétes, de devenirs toujours fidéles tr elles-mémur, il est peu
interrompus, de trésors inutilisés, dont la probable que la graut{e roue dcs "f
destin¿es
fin définitive serait insenséeet contraire á universelics, dont le systérno consis,teá
I'ordrelogiquedes choses,s'ils ne trouvaienf faire sortir l'effet naturellement,in{aillible_
leur achér'ement,leur compensationet leur ment et i I'heurepr,écisede sa cause.sus-
applicationailleuls. pendeson mécanismc,par.ceque, á un mo-
Je pllpe mon cceur qui a aimé et qui ment donné,nous ne pouvorrsplus suivre sa
m'al'firme clue I'amour qui subsiste a tra- coursetranscendentale.
vers lir tlistance, rnalgr'éle silence et lJe Au co¡rtraire,n'est-il pas beaucoupplus
,
tem¡rset en tiépit méme de I'anéantissement lqgir¡ue d'admettre qon éu qui s'est passé
de la matiüre,n'aurait pas de raison d'étre; lei, .** plrsser.a aussi et p"rulUu*"nt Le_¡as
s'il ne r'épondaiti une réalité éternelle.Oar ** *gnr*h* ririsonsqui ont déterminénos ex_
il esl impossil¡led'atlmettreque Ia sagesse y*rrü*ure*terrr:stres, peuvent, sans craindre
invisible, réfléchie, logique et conséquente {*. nr*ustromper,s'appliquerégalementh nos
que je retrouve dans les moindres lois de pttri*isns d'outrc -tombe.
I'univers, deviennetout á coup, alors qu'il
tl8 Aü snulr- o'ux MONDENouvEAU r,'ruuont,urrÉ 119

connu pour nécessiterbeaucoup d'explica-


Preuvesscientiliques tions. Pendantque le sujet est plongé dans
un sommeil narcotique, on parvient á ex-
S'il est un domaine oü les preuves de traire de son corps physiqueet á maintenir
l'irnmortalité s'accumulentde jour en jour, i distance, pendant un temps plus ou
c'estbien rlanscelui de la science.Les ré- moins long, un autre corps paleil au pre-
ceutesdécouvertr:s, en particulierclela méde' mier, mais d'essenceéthérique, assezdense
cine, de la métapsychiqueet de I'occultisme, cependantpour que I'assistance puisse le
ne sont-ellespas venuesébranler labase de voir, le toucher et méme le photographier.
nos édifices matériels les mieux établis, Ce corps astral qui est comm" l'enveloppe
nous invi[ant, sous menace de construire de l'áme, échappeá toutesles lois naturelles
dans Ie vide, á procéderá une révision to- de lapesanteur,dela densité;il peutappa-
tale de nos principes scientifiques tradi- raiúre et disparaitre, grandir et diminuer,
tionnels? se transporter invariablementet sansvéhi-
La nzétapsychíqu.e. - Parmi les inuom- cule á travers le bois et le fer et subsisteren
brables expériences tentées par les savants dehors des{onctions de notre corps animal.
de tous les pays, tels que Flammarion, le T,{ousdevons donc logiquementen conclure
docteur Geley, xIe1,ers,etc., dont le sérieux gu"il échapperaégalement aux conditions
et labonne foi ne laissentplus I'ombre d'un inhérentes á notre vie terrestre : la Vieit-
doute et dont la < Sociétédes Sciencespsy- Xs,sse, Ia morü, la décomposition. Il nous
chiques> d¿ Paris et de Londres nous ont &nisse entrevoir la possibilité d'une durée
donné les surprenantsrapports, je ne veux infi,r¡ie.
en citer qu'uneseule,parcequ'elleme semble ñc nombreuses expériencesrprises sur
contenir Ia preuve Ia plus palpable de la ,fu ltte de rnorts, prouventque le corps as-
survivance, je veur parler de I'expérience "{tr*} esü si peu dépendant de notre corps
de dédoublementou de I'extériorisation. mmldri*I, gu'il se consolide en proportion
Le corps astral. - Le ptocédé est trop S*r !'cx inction de nos organes charnels,
tzO au sEUrL ,ni't¡lc uor\Dx NouvEAü
lrnnuontllnÉ L2l
auxguels, au mornentd.ela mort, il ne tient
gr*: a la figure. Aussi'tót sa paupiérv
plus que par quelques fils lumineux qui droite s'enflamr,ne et se gonfle á vue d'eil.
slallongentet ,se détachentavec le dernier {Jne autre fois c'est une jeune fille; eille
souffle. se croit enceinteet son corps, pendant ne.uf
Les apparitions de tous les temps, selles moisoprésentei ce poiut tous las symptómes
-
de Jésus marchant sur tres*uo" mornent de la grossessegu'elle déjoue lej observa-
oü il pense á ses amis en détresse,",,
ont tou- tions les plus rigoureus.esde plusieurs rné-
jo'urs eu lieu au moment oü la pers.onne
decins experts.
matérielle se t¡ouve absorbée dans ses pen_ Un sous'-offieier, atteint pendantla guene
sées,en réve, évanouieou morte. --
d'une grave fract¡rre du bris, finit. au bout
Si'le c-orpséthérique s'atfirrReen prqpor- de trois mois de lazaret, par étre complé-
.
tion de llextinction des fonction* *rri-",I"*, tement guéri, au point de pouvoir dis,braire
il,est probable qu'il prendra tout son essor sesloisirs en jouant de l,harmonica.Un beau
des qu'il ne trouvera plus d,obsüacledans la jour, un autre soldat, trlesséá la téte. ,est
rÉsistancedu eor,psterrestre. déposésur un lit voisin. Le médecinliex*-
Duns la méilecíne. La pensée créatríce mine et diagnostiqueimprudemmentun cas
d,e la matiére. -Les expériencesnotéespar éventuelde téfanos,ce qui du reste fut dé_
le ProfeseeurSchleieh, dans son traitement melti plus tard. Aussitótnotre sous-officier,
de l'hystérie, établissentd,une fagon frap- gai et florissant, est repris de fiévre et rna_
pante la puissancede la pensee.Il cite entre nifeste tles symptómes de tétanos. On no
autl'es les cas suivants : parvient qu'á grand'peineá le sauver.
Une dame hystérique cause tranquil,le- L' au t osuggest ío n peat provoquer toute es_
rnent avec lu,i, tout á coup ,etrles,effra¡re, pécede maladies, la catalepsie,et méme la
croit entendre le bourdonnernent .d'rine mort réelle.
abeille dans la chambre et s'irnagine qu.e IJn marchand, blessé au doigt par une
I'insecte imaginaire, qui n'est autre qu\rn
¡tlume, se croit atteint d,un empoisonnement
ventilateur en moüvernent, pourrait la pi- du srng. Il court d'un médeciná I'autre. Ies
r22 AI; SEUIL L ' ' UN M ONDE NOUVE.{,U
r-tl:lt ¡l otrr¡Llr ú 123
suppliantde lui ampuüerle bras
avant qu,il permetten[á la penséede se mauifesterá
r:it tlop tar.d.On I'examine: nulle
i:. trace drstance d'une faqon visible, auditive eü
d'rnflammation, de gonllement,
de tempé_
rature, á peirre une égratignure méme tangible, pour se rendre compte d.e
insigni-
fiante. On le renvoie""her"loi. la to_uteluissancede la pensee,qui ne dé_
li pend ptrs de la ¡natié."
désespéré.Le lendemainon le úrouve "urrt"u ,r" peut étle limi-
mort tée á i'étroit espacede"t notre cráne, mais
tlans son lit. nfort pal auto_sugEestion.
La faculté de módecinede lY,ini_rersité qur rayonne par elle-méme,influe. modifie
de et créeá volontéla matióre.
Montpellier informe un meurtlier condamné
á mort, qu'on va I'exécuter en versant < Nouspouvonsétablir aveceertitude,qu,il
son existe une vision sans yeux, une oure sans
sang par une incisio¡r de la glande
artére. oreilles et presqueunepenséesanscerveau)),
On lui bande les yeux, on lui fait
au cou
une imperceptible piqüre, tout en faisant le prouvent certainesopérationsde
:omme
jouer á ses cótésune- petite fo.rtaine, la téte, tentéespendantla guerre, oü I'on a
doni pu extraire par cuillerées la matiére céré-
I'eau rejaillit dans un bássin. Le conjamné
croyant enbendrecouler sotl sang expire brale sans atténuer le moins du mond.eIa
au pcnséedu mnlade.
bout de peu d'instanüs.
Scirleicha eu des clients qui pouvaient Eu..fait, on ne peut citer auclln organe
,
proyoquera volorité une fiévre de plus dont l'extraction parvienilrait á causer"un
de donmageréel á ltárne.Le professeurBecker
40 dcgrés.llabille cite tles cas cl'hémorra-
gie sorfant,de la peau intacte. a établi que la mémoire peut étre exclusi_
eue l,on se t:,t:"l psychique et qu'il existe une pen-
ra¡rpellele miracle des stigmates,
répété see indépendantede toute matiére. Et ii ré-
plusieurs fois depuis saint Frangoi, ¿
Ar_ sult,edes expérierrcesde l(otik, cl'Ochoro_
srse, et constatérécemmenüencorechez
le vrtz du professeurJomokiche Tukevrai,
céléb-rePadre l)io, prés de Naples.
Il faut encoreciter les guérisons par ltyp_ que -et
la penséepossédeuue force de réalité si
notísme, les phénoménesde UtApithíe"ryí purssantequ'on est parvenuá reproduireses
¡ntnifestationssur laplaquephotágraphique.
124 AU sEUrL D'uN MoNur NouvEAU r,'tMMonr¡.LI'tú t25

< Nous sonlmss, s'écrie le professotrr car étre homme c'est étre l'incarnation
Schleich,comme,enpráse,nce du miracle d¡r dlunc idée. Or tou,teidée est imrnortelle,.I
monde, car nrousa\ronsici sous les yeux I.a L'occultísme. - S'il faut en croire le té-
preuve que l'itdée peut réellenz.ent.clevenír moignage des messagesd'outre'tombe-et
p'|lastique et qu',un lzísust'ormatiuus dirige pourquoi les dédaignel'et,refuser de les solr-
le úissagedu grand tapis de la vie ; du reste, r¡r'ettrs au contróIe de, notre bon sens, du
la foi de Platon ryi 'dit : < Au comrrence- rnomentqu'ils ne sont pas en désaccordavee
ment éiait I'idtie,,ellecré¿rla matiére>, cell.e oette, intuition mystérieuse et presque in-
tle Hans 'l¡onBulolv qui déclarc: < Au com- faillible du ceur, qui, en présencede chaque
urencementétait le rytlime > ,et I'admirable vérité, nous dit : < c?estainsi !. > - á. en
parole de la Bible qui nous ¡rffirme qu' < Au croire, dis-je, cestémoignagestoutá la fois
com,illencement était le verbe > (le logos)ne étranges et lamiliers, la rnor,tne serai'tqulun
seraien,t-elles pas des variationsde la,méme incident assezordinaire, tel qu'il en arrive
eroyanceen la penséecréatriced'une formo fréquernmentdans tra vie, pr:ovoquépar uue
viva'¡l.te,! foroe extérieure, acco.rnpagaé, de plus' otr
<tL'idée est toute puissante, elle est la moins de souffrances. d'un sentiment,d:a-
choseprimaire, la causecréatrice. néantissement,mais qui ne changel'ien au
< Au-dessusdu mondeapparent,il existe coürs de notre existenceconsciente,ni au son-
d,¡nc un mr:ndeinvisible, celui des vérita- timent de notre identifé, et á;la suite duquel
bles ciruses...Et ce que nous prenonspour nous attendonsle réveil,aussiinaturellement
la ré¿tlité n'est que la manilestation de Er'aprés un long évanouissementnous.re.
causestra¡lscénde¡rtales.,¡ prenons contact avec lá vie active eb inin-
Le plofesseurSchleich,qui nomme le cer- tcrrrrmpue du dehors.
veau ( le lal¡olatoirespirituel de l'áme > et Iles lirres tels que < Letterg of a Living
le colps < son palais > termine son ouvrage de¿d ¡nan ' et < Prir-ateDowding >, s'ils ne
en disant : s*t¡t püs des produits authentiques d'outre-
< La mort est une aberration humaine. ü,immm$nq,ilontienne¡rt'en tout cas des avertis'
f)

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LlO A U SEUIL D' UN M ONDE NOUVEAU L'IITl l l OR T.\LITE 127

semerts si sincéreset si précieux qu'ils ne blent s'acquitterfacilcmcnüdeleur besogne,


peuvent étre qu'un réconfort á toute áme il les laisse continuer seuls et demeure en
vacillante. arriére sur la roubo.Ce n'est que plus tard
On y raconteI'histoire d'un jeune homme et peu á peu, pnr l'éloignernentméme de
tombé á la guerre eb qui, au moyen de son enveloppeterrestre, qu'il par.vientá se
l'écriture automatique, décrit les sensa- rendre compter¡u'il vient de passer de son
tions de sa mort. Il était embuscluéau coin corps animal dans solt corps astr¿ll.< Ileau-
d'une forét; la soirée était belle, il regar- coup de camaracles,ajoute-t-il, s'en sont al-
dait au loin, sanséprouverle moindre sen- lés ainsi, sal]s se douter de ce qui leur était
timent de danger immédiat.Soudain il per- arrivé > .
goit le sifflement d'une balle, puis une Destémoignages commecelui-ciet comme
explosioná peu de distancederriére lui. !Jn tant tl'autres, recueillis de la bouche des
choc violent le frappe á la nuc¡ue,c'est le médiums, ne constituentsans doutepas des
seul incident désagréabledont il puisse se preuves concluantes,ils demandentá étre
souvenir; il se sent tomber á terre e[ aussi- examilés avec prudence, mais ils méritent
tót, sans l'intervalle d'un moment d'incons- assurémentnotle attention.et le nratérialiste
cience,il voit son proprecorps ébenduá ses commeIe lanatiquerllui par principeles re-
pieds. Le bruiü de la bataille continue au- iettent á priori, risquent de sefermervolon-
tour de lui, il ententl distinctementle gron- l*irement ce qui pourrait bien étre une
dementdu ctnon, maisii I'entendcommeen ¡rorte de sortie que Dieu, dans les époques
un l'éveebse tlit : r, Je vais tout á l'heureme fu grnnde détresse,ouvre á notre foi vacil-
réveiller, puis il faudra retourner á la tran- ¿ast€.
chée.> ll voit alors venir deux infirmiers qui
déposentson corp.s sur un brancard,il les In térnoignageintérieur.
suit automatiquemenü. les aidantpar moment
á porter leur lourd fardeau, mais comme,au trtiousaurons beau consulter la raison,
bout d'un certain temps de marche, ils sem- multiplier les découverüesde la science,
L28 AU sEUtL D'uN MoNDn NoUYE¡\u I, IMMOR TA LIT É
129

sondcr I'ancienne sagesseet' int'erroger les pas I'habitutle d'dcouterles voix intérieures,
rnystüres des leligions' ees'preuvcsne nous ils sont déterminantspour I'iniúié.
convaincront d'imr'nortalité que poul autant
gu'elles seront eonti,r:méespar Ie tónoi- Forcesincoutróléesde Ia nature
gnngu intérieur. Nous pouvons nous effor'
L'immorúalit¿ de notre étre, comme
iur. dlu.pé".r, de comprendre,de croire, nous le
nrondeimmortel qui nous entoure,
ou.* ouór.,lamais. Car la seule preuve irré- ne Deu-
vent étre perguspar ies faculúésd.r'"urv"a.l.
futable cteIa vie étennellane se trouve qu'en
Nos orgaues visibles ne s,ad.aptentgu,aux
nous.
chosesvisibles, Mais comme il'existe^
Toute cotwiction qui s'appuie sur dm d.ans
la naturedesforcesinexplorées,_ les décou-
raisons extérieures est sr{etfe aux fluctua-
vertes de i'élecúricité,du radium, des
tions du rnoncle apparent et risque d'ét¡'e vibra-
tions.atmosphériquesclu télégraphesans fil
renverséeau moindre souffle contradictoire'
oevarent palaitre folie á qui ne connaissiiü
C'est la conscienceque aous avons de Ia vie
sücoreque le gazet la vapeur _ il exisLede
de.I'áme, de sa réalitá, de ses forces,de ses
rü&rne,dans la vie psychique,clesfacullésin-
lo,is,,.de son essence,qui nous'donne la cer-
cünrrüesqui attendent, comme le radium au
tituáe de sa d'urée. Celui Eri s'est senti
lit des sourcessolitaires, qu,un hasard, une
vivle dans son áme s'est senti vivre dans
uúaessité,u¡r désir supérieur,les révélenüá
Iléteruité, tout contme celui qui palpe son
l'ait¿ntion du passant.
corps sait qu'il fait partie elu r:égneanimal
lfiaie les désirs des hommes dépassentsi
En dehors ie la connaissa¡¡cede la vie de
rnffimenüIa zonedesjouissancesmatérielles
l'áme, il n'y a pas de certitude immortelle''
guo les perlesmagiques du mond.espirituel
Le cloutesur I'avenir ne provient que d'une
risguent de dormir encorelongtemps áu foncl
connaissanceimparfaite du puésent'Car Ia
des mer* iuexplorées.Chez i'o.iJntal, clcnt
conquétedeI'immortalité s'opéreici-b,as, tout
le tenpúramenü est plus porté vers les
colnmecelle des biens de la terre' Ces sen-
¿boses invisibles, les facult¿s sul:cons_
timents peuvent paraitre confus á qui n'a