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NON AU DEMANTELEMENT

DU SERVICE PUBLIC DE LA RECHERCHE !


NON AUX QUATRE CAVALIERS DE L’APOCALYPSE DE 2009 :
CRISE, MONDIALISATION, « CONSTRUCTION EUROPENNE », LOLF
Déclaration du Collectif « Indépendance des Chercheurs »
indep_chercheurs@yahoo.fr, http://science21.blogs.courrierinternational.com
http://www.geocities.com/indep_chercheurs, http://fr.blog.360.yahoo.com/indep_chercheurs

LA RECHERCHE NE DOIT PAS ETRE UNE MARCHANDISE

La recherche scientifique et technologique doit avoir pour objectif le bonheur et le bien-être


de tous les citoyens, le progrès de la connaissance et la transmission à la société de cette
connaissance. Elle ne doit pas être soumise à des intérêts privés. Telle est, en France, la raison
d’être des organismes nationaux comme le Centre National de la Recherche Scientifique
(CNRS), l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM), l’INRA
(Institut National de la Recherche Agronomique), l’INRIA (informatique et automatique)…
autour desquels s’est articulé depuis la Libération le service public de la recherche.
Pourtant, à l’insu de la grande majorité des citoyens dans le monde entier, la notion même de
service public a été radicalement mise en cause par les gouvernements lors de la création de
l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) par l’Accord de Marrakech de 1994. L’une
des annexes à cet accord est l’Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS) : il n’y
est plus question de service public mais de service tout court, et ce service n’est plus une
prestation due à tous mais une marchandise qui en tant que telle ne saurait être gratuite ni
même avoir forcément un prix à la portée de tous. La Recherche, l’Education, la Santé…
deviennent des marchandises aux termes de cet accord. En clair, elles sont destinées à devenir
progressivement réservées aux riches, au capital privé et aux groupes influents.
Dès sa création par le Traité de Maastricht en 1992, l’Union Européenne (UE) a été
l’instrument de la même politique au service des lobbies financiers et des multinationales.
C’est ainsi, par exemple, qu’en mars 2000 elle a officiellement adopté la stratégie de
Lisbonne introduisant la notion de marché de la connaissance. Depuis, l’expression « marché
européen de la recherche » est souvent utilisée dans des déclarations. La connaissance et la
recherche en particulier deviennent ainsi des marchandises, tout comme la « main
d’œuvre intellectuelle » qui les produit ou les transmet. Il ne s’agit d’ailleurs pas, dans la
pratique, d’un marché européen mais d’un marché mondial : la recherche scientifique et
technologique des pays de l’Europe occidentale et des Etats-Unis subit depuis les années 1990
des vagues de délocalisations vers des pays où la « main d’œuvre intellectuelle » est moins
chère. La crise actuelle a été très largement le résultat inéluctable de ces délocalisations.
Les propagandes gouvernementales des années 1990-2000, toutes façades politiques
confondues, ont invariablement répété que les délocalisations ne présentaient aucun danger
pour les économies des pays dits « riches ». Car, nous disait-on, elles ne concernaient que le
travail jugé « peu qualifié ». Mais, outre le caractère arbitraire de cette séparation entre
« travail peu qualifié » et « travail très qualifié », la réalité était que la marchandisation de la
connaissance devait nécessairement entraîner la délocalisation du travail intellectuel. A
présent, la facture est très lourde. Déjà en 2008, lors de sa campagne électorale, Barack
Obama avait dû reconnaître la débâcle des Etats-Unis dans la recherche et l’éducation.

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DEFENDRE LA RECHERCHE ET L’EDUCATION PUBLIQUES

La privatisation du patrimoine public et des services publics français depuis 1986 a été
présentée comme une « modernisation ». Mais ce discours ne correspond à aucune réalité : au
19ème Siècle, il n’y avait pas de services publics et les « petits citoyens » étaient à la merci des
riches et des influents. C’est dans ce sens qu’on évolue. Où sont le « progrès » et la
« modernité » dans ces « réformes » ? Le dumping social et la disparition du droit du travail
relèveraient-ils de la « modernité » ? L’Organisation de Coopération et de Développement
Economiques (OCDE) estime que le travail dit « informel », sans contrat ni statut et qui en
France relèverait du travail au noir, atteint 50% de la population active à l’échelle mondiale. Il
pourrait touchera plus des deux tiers des travailleurs de la planète en 2020. Où est le « progrès
social », après deux décennies de délocalisations qui ont ruiné les pays dits « riches » ?
C’est au nom d’une prétendue « efficacité » et « bonne gestion », que les transformations qui
ont conduit à la crise économique actuelle ont été opérées. Privatisation de grandes banques
et d’entreprises publiques, et développement de pouvoirs discrétionnaires, mais pas
seulement. Dans l’éducation et la recherche, le processus de Bologne lancé en 1998-89 et
présenté comme une « harmonisation des diplômes » à l’échelle continentale a été en réalité
l’instrument d’une machine de dumping social et de précarisation du travail intellectuel.
La « logique gestionnaire » introduite dans la fonction publique française par la LOLF (Loi
Organique relative aux Lois de Finances adoptée en 2001) a amené la déréglementation et la
mise en place d’un pouvoir mal contrôlé des « chefs » au nom d’une fausse rentabilité dont les
usagers des services publics ont fait les frais. Depuis vingt-cinq ans, des « réformes » ont
préparé la disparition de nos services publics au nom d’un « modèle américain » inspiré de la
politique imposée aux Etats-Unis après l’élection de Ronald Reagan et que Barack Obama a
désavouée pendant sa campagne électorale. En 2008, Obama a reconnu que les Etats-Unis ne
forment pas suffisamment leurs citoyens et qu’ils ont perdu leur hégémonie technologique.
C’est pourtant ce « modèle » en faillite aux USA, que le gouvernement français et l’Union
Européenne voudraient nous imposer, soutenus par les « experts » d’instances comme
l’OCDE ou le Fonds Monétaire International (FMI). Entre reconnaître l’existence d’une crise
sans précédent et en tirer les conséquences qui s’imposent, la distance reste très grande.
La recherche et l’éducation publiques françaises, comme l’ensemble de nos services publics,
continuent à être les cibles de la même politique qui a détruit les économies occidentales. Pire,
non seulement le gouvernement français copie les attaques des administrations Reagan et
Bush contre la recherche publique, mais en réalité il va beaucoup plus loin. Jamais aux
Etats-Unis la recherche fédérale n’a été la cible d’une entreprise de démantèlement comme
celle qui menace actuellement le CNRS et les autres organismes publics de recherche
français. Le rôle dirigeant des organismes nationaux de recherche n’a jamais été
officiellement mis en cause aux USA, que ce soit en tant que réalisateurs directs de la
recherche, en tant qu’évaluateurs des programmes ou en tant que fournisseurs de moyens. Il
en est de même de leur indépendance par rapport aux grandes multinationales. Mais en
France, l’actuelle politique met directement en cause ces principes républicains en plaçant la
recherche sous la coupe de structures en voie de privatisation ou d’universités qui devront se
tourner vers le capital privé. Comment la recherche pourra-t-elle rester au service de l’intérêt
général ? SEULE UNE MOBILISATION DE TOUS LES CITOYENS POURRA
EMPECHER LA DISPARITION EN FRANCE DU SERVICE PUBLIC DE LA
RECHERCHE.

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Indépendance des Chercheurs (attn. Luis Gonzalez-Mestres) 17 rue Albert Bayet, appt 1105 , 75013
Paris , infos : http://science21.blogs.courrierinternational.com, portable 0620601187