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Terminale ES 1 – Sciences économiques et sociales.

TRONC COMMUN -calculatrice autorisée-

SUJET N°1 : Dissertation.


Chapitre : conflits et mobilisation sociale

Sujet : Peut-on dire que, depuis 25 ans, les conflits du travail ont tendance à disparaître ?
Document 1 : L’effacement du rôle historique de la classe ouvrière
La classe ouvrière tenait son potentiel révolutionnaire du fait qu’elle incarnait cet « indigne salariat » qui n’avait rien
à perdre que ses chaînes et dont l’émancipation changerait la face du monde.
Cette conception séculaire du travail salarié s’efface vers les années 50 et 60, entraînant l’effacement du rôle
historique de la classe ouvrière. La lente promotion du salariat bourgeois a ouvert la voie. Elle débouche sur un modèle de
société qui n’est plus traversé par un conflit central entre salariés et non-salariés, c’est-à-dire entre prolétaires et bourgeois,
travail et capital. La « nouvelle société », pour reprendre un slogan du début des années 70, qui se voulait la traduction
politique de ce changement, est plutôt organisée autour de la concurrence entre différents pôles d’activités salariales.
Société qui n’est ni homogène ni pacifiée, mais dont les antagonismes prennent la forme de luttes pour les placements et les
classements plutôt que celle de la lutte des classes. Société dans laquelle de repoussoir le salariat devient modèle privilégié
d’identification. [...]
Cadres moyens et supérieurs, enseignants, publicitaires, experts en communication et, sur sa frange inférieure,
représentants d’un certain nombre de professions intermédiaires tels qu’animateurs culturels, personnels paramédicaux,
éducateurs (...) formeront ce que Henri Mendras appelle « la constellation centrale » et dont il fait le foyer de la « seconde
révolution française ». L’expression de « seconde révolution française » est sans doute exagérée. Mais il est vrai qu’il existe un
ensemble (ou plutôt une interconnexion de sous-ensembles) de prestataires de services qui constituent le noyau le plus mobile
et le plus dynamique de la société, le principal diffuseur des valeurs de la modernité, du progrès, des modes et du succès.
R. Castel, les métamorphoses de la question sociale, 1995.

Document 2 :
S’il reste des ouvriers en France, il n’est pas sûr pourtant qu’il reste une « classe ouvrière ». (…) La majorité des
ouvriers sont aujourd’hui « tertiarisés ». Ils sont spécialistes de l’entretien, conducteurs d’engin, chauffeurs routiers, livreurs,
manutentionnaires du commerce. Ils travaillent dans des entreprises plus petites, ou dans les services de grandes entreprises
autres que ceux liés à la production, souvent dans un environnement de type artisanal. Ils sont soumis eux aussi à la pression de
la clientèle, du « juste-à-ternps », à la précarité.
Leur sentiment de classe, né au sein du monde industriel d’une condition partagée, se dilue. Le donneur d’ordres est tout
autant le client impatient que le patron. A de nombreux égards, le point de vue ouvrier fait plus souvent corps avec celui du
patron : ils dénoncent avec lui le poids des charges sociales, des règlements... L’alliance entre les ouvriers et les petits patrons
du commerce et de l’industrie devient possible : c’est celle qu’a annoncée le vote du 21 avril [2002], moins en élargissant la
base ouvrière déjà acquise des voix en faveur de Le Pen qu’en y ajoutant les électeurs qui firent jadis le succès de Poujade.
D. Cohen, Le Monde, 3 mai 2002
NB : Poujade était un homme politique « populiste », défenseur des petits artisans et commerçants.

Document 3 : quelques données sur les syndicats, les conflits du travail et la négociation collective

NB : on distingue les accords (patrons/syndicats) nationaux et propres à chaque


entreprise ; les « avenants » sont des modifications de détail d’un accord
préexistant.
Document 4 :
Dans l’histoire sociale française, les grandes vagues de grèves se sont déroulées en des moments historiques cruciaux
pour la classe ouvrière : soit que se jouait pour elle une perte décisive de son influence politique (comme, en 1947, avec
l’éviction des communistes hors du gouvernement) soit que, au contraire, des possibilités d’extension se fassent jour (comme,
en 1936, avec le Front populaire).
Mais les grèves ont également permis aux salariés de faire aboutir de nombreuses revendications d’ordre économique
et sociale. Et, contrairement aux intuitions de Karl Marx, loin d’affûter les oppositions de classes, les conflits industriels ont
progressivement perdu en violence. L’organisation des acteurs au sein de structures nationales, 1a constitution d’organes de
négociation, la mise en place de systèmes de représentation des intérêts dans l’entreprise, l’association des travailleurs à la vie
de l’entreprise ont généré un processus d’institutionnalisation des relations de travail, et ont directement contribué selon
certains observateurs au mouvement de pacification sociale. D’aucuns seront même tentés d’ailleurs de prédire un peu
hâtivement la fin des mouvements de grève. (…)
Or, en règle génerale, les grèves se sont davantage développées dans les situations de bonne conjoncture écono mique,
périodes au cours desquelles les syndicats peuvent espérer faire aboutir leurs revendications.
M. Lallement, sociologie des relations professionnelles, 1996.

Document 5 :

Document 6 :
Seb reprend Moulinex dans la douleur
Dans l’histoire du naufrage de Moulinex, la date du 12 novembre 2001 restera dans les mémoires à un double titre. Le
retrait de l’action, cotée à la Bourse de Paris depuis 1969, a été décidé. Porté par l’énergie du désespoir, un dernier carré
d’ouvriers a menacé de faire sauter l’usine de Cormelles-le-Royal, au sud de Caen (Calvados).
« Du fric ou boum »
Cette pancarte, accrochée à un bâtiment situé près de l’entrée, résume l’ambiance qui règne à Cormelles. Sur le toit,
trois ouvriers en combinaison bleue ou blanche, le visage dissimulé par des cagoules blanches, alignent une douzaine de
bidons bleus. S’y ajoutent des bouteilles d’acétylène ou d’oxygène. « On va tout faire sauter. On n’a plus rien à perdre »,
fulmine une ouvrière. Selon un délégué CGTiste, un ensemble de bombonnes de gaz placées dans un grand atelier complète
le dispositif.
L’enjeu : obtenir de l’État une indemnité additionnelle de 80 000 F (12 196 euros). Elle viendrait compléter
l’indemnité de licenciement légalement prévue par les textes. La réponse se trouve à Paris, où se tient le comité central
d’entreprise qui doit examiner 1e plan social. Mais la réunion débute sans Michel Bove, le délégué interministériel chargé
de Moulinex. Une délégation de syndicalistes CGT-FO-CFTC-Sydis se rend sur-le-champ à l’hôtel Matignon. Objectif : être
reçu par le cabinet du Premier ministre. Ce sont les forces de l’ordre qui « accueillent » et repoussent la délégation
Lorsque, enfin, en début d’après-midi, Michel Bove se présente devant les représentants du personnel, il a les mains
vides. Le délégué interministériel est promptement séquestré.
Pendant ce temps, à Cormelles-le-Royal, des ouvriers à bout de nerfs allument plusieurs incendies en différents points
de l’usine. D’un hangar abritant planches et machines usagées s’élèvent bientôt de hautes flammes crépitantes. Les
pompiers ne peuvent intervenir. Christian Mittaux, directeur départemental de la sécurité publique, tente de négocier avec
les manifestants : « Nous sommes de la même région, nous ne sommes pas ennemis. Laissez entrer les pompiers. » Les
répliques fusent : « On attend depuis deux mois. Nous aussi, on fait notre métier en défendant notre emploi. » Deux
pompiers sont autorisés à vérifier que les incendies ne présentent pas de véritable danger. Ils ressortent, rassurants, quelques
minutes après.
La nuit tombe. Des ouvriers quittent un à un les lieux. À Paris, 1 e délégué interministériel est « libéré » par le comité
d’entreprise. Une journée de chien pour rien.
Ouest France, 13 novembre 2001.