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Une courte introduction à la bodhicitta

Comme première contribution à Scribd voici l'article Bodhicitta que j'ai rédigé à 98% sur fr.wikipedia.org/ sous le nom de Vajrallan.
La structure de ce site est formidable mais peut donner lieu à toutes sortes de déformations. Je décide donc de me réapproprier mon droit
d'auteur sur l'état actuel de « mon » article! -Enael, 2009

La bodhicitta (bodhi : éveil ; citta : cœur-esprit) est


l'aspiration et l'engagement à atteindre l'Éveil,
ou bouddhéité, afin d'y amener tous les êtres sensibles, et
ainsi les libérer de la souffrance inhérente (duhkha) à
l'existence cyclique (samsāra). Celui qui engendre cette
motivation et qui en fait les vœux formels (pranidhāna) est
appelé bodhisattva, littéralement: être d'Éveil, souvent
traduit par héros pour l'Éveil, en fonction des connotations
de pure et claire énergie du suffixe -sattva{1}. La bodhicitta
et le bodhisattva, son corollaire, sont au coeur de la
pensée bouddhiste, particulièrement dans le mahāyāna et
le vajrayāna; à tel point qu'ils justifient l'appellation
« bodhisattvayāna », véhicule du bodhisattva, souvent donné
au mahāyāna.
L'actuel dalaï lama en dit : « Cet esprit d’Éveil transforme toutes
les actions bénéfiques en un véritable catalyseur permettant l’émergence
de la bouddhéité. [...] Dans l’océan des pratiques qui mènent à la
bouddhéité, la bodhicitta agit comme un raz-de-marée {2}» Illustration 1: Avalokiteshvara, Bodhisattva de la
compassion, vertu cardinale de la bodhicitta. Au-
1- L'aspiration et l'engagement dessus de sa tête siège le bouddha Amitābha,
Lumière infinie, symbolisant le contact constant
On reconnait tout d'abord la bodhicitta d'aspiration, par la du bodhisattva avec les forces de l'Éveil.
pratique des quatre Incommensurables (brahmavihāras), ou
sentiments aimants spiritualisés que sont la compassion, la bienveillance, la joie sympathisante et
l'équanimité. Ces sentiments sont « irradiés » envers l'univers entier, et peuvent être maintenus tout au
long de la journée. L'autre grande technique se nomme donner-recevoir (tonglen en tibétain) ou encore
égalisation et échange de soi-même avec autrui: Sur l'inspiration, on prend sur soi avec compassion la
souffrance d'autrui, une personne précise ou le monde entier; sur l'expiration, on redonne de la
bienveillance et de la paix.
On distingue ensuite la bodhicitta d'application ou d'engagement, par la pratique actualisante des six, ou
dix, perfections de vertu, les pāramitās. Cet exercice de vigilance justifie quant à lui l'appellation de
« pāramitāyāna » souvent donnée au grand véhicule.
Les 6 Pāramitās
Ordre et traduction
Vertu Variantes
classique
Dāna Générosité Don, particulièrement du Dharma
Discipline éthique, Intégrité, Observance des
Shīla Moralité
préceptes
Kshānti Patience Tolérance, Détachement
Vīrya Effort Vigueur, Diligence, Résolution, Persévérance
Dhyāna Méditation Concentration, Absorption, Contemplation
Prajñā Sagesse Discernement, Intelligence intuitive
2- Le relatif et l'absolu
On distingue aussi la bodhicitta absolue et la bodhicitta relative, à mettre respectivement en
correspondance avec les réalités, absolue ou ultime, et relative ou conventionnelle. « Réalité
absolue », paramārtha, désigne les phénomènes tels qu'ils sont essentiellement, par opposition à la
« réalité relative » (samvriti), qui désigne alors les phénomènes tels qu'ils apparaissent et fonctionnent
« réalistement » au niveau pragmatique. Les deux bodhicittas agissent à partir de chacun de ces deux
points de vue :
Dans la perspective ultime, notre ignorance manifeste ou projette la nature-de-bouddha en tant
qu'univers d'objets autonomes et substantiels. Cette substantialité projetée est imaginaire, identique au
rêve, c'est là sa vacuité, que le bodhisattva s'entraîne à reconnaître. Cependant rien n'apparaît en un
«dehors» fictif de la grande perfection primordiale (dzogchen). On doit donc considérer que l'univers,
cette vie, est encore un moyen habile (upāya) par lequel notre nature essentielle se représente à nous, et
tente compassionément de nous ramener à nous-même3, à notre authentique destin, l'Éveil.
Cette compassion inhérente à toute manifestation est la bodhicitta absolue. Lorsqu'elle se déploie à
travers l'activité imparfaite et dualiste d'un bodhisattva, c'est la bodhicitta relative. Cependant le
bodhisattva peut œuvrer directement en harmonie avec la bodhicitta absolue, la canaliser pour ainsi
dire, dès qu'il a clairement perçu et intégré les sagesses de la vacuité et de la non-dualité. La pratique de
la bodhicitta absolue est donc cet entrainement à la reconnaissance de la vacuité, méditation
conceptuelle et analytique dans un premier temps, puis non-verbale et intuitive dans un second temps,
en « demeurant dans l'état naturel de l'esprit » où la prajñā peut dévoiler la nature de la réalité.
3- L'union des bodhicitta
Lorsque cette compréhension sature complètement les perceptions quotidiennes, on parle alors d'union
des bodhicittas, absolue et relative. On dit aussi que ce bodhisattva a dépassé les phases préliminaires
d'accumulation de mérites et de sagesse, et atteint la première terre, ou étape de sa vocation, appelée
Grande Joie. On l'appelle alors un Ārya Boddhisattva, où ārya, noble, signifie plutôt sublime.
Parmi les textes traitant de la bodhicitta et du bodhisattva on retrouve notammenr
le Bodhicaryāvatāra de Shāntideva, et Les trente-sept pratiques d'un bodhisattva de Gyalsé Togmé Zangpo,
de la tradition Sakya.

{ Un extrait est fourni, à la page suivante afin que vous puissiez l'imprimer séparément. -Puissé-je ne pas avoir
fait d'erreur, et sutout puissé-je compléter cette traduction, puis étayer et améliorer cet article.}
notes:
1. ''Sattva'' pourrait aussi motiver la traduction ''l'Éveilleur'' voir -sattva
2. La citation du XIVième Dalaï-lama Tenzin Gyatso se retrouve ici: L'Éveil de Bodhicitta.
3. Les élaborations – littéralement::fabrications - conceptuelles extrêmes sont: a) l'existence objective, objectale
particulièrement d'un univers ou d'une âme éternelle; et; b) le nihilisme de la non-existence complète, distorsion
réductrice de la doctrine de la vacuité.
4. Adaptation tirée de : Gueshe Jampa Tegchok, ''Transforming the Heart, The Buddhist Way to Joy and Courage''.
Commentaire de ''The Thirty-seven Practices of Bodhisattvas'' de Thogme Sangpo. Snow Lion Publications, Ithaca
(New York), 1999. 314 p./ p. 298-300 ISBN|1-55939-099-9 - Traduction fr. du contributeur, inspirée de la
traduction moins littérale de Lotsawa House.org/ , et de la version plus explicitée utilisée par le Dalaï Lama à
Bodhicitta.net/
« 11. Toute souffrance provient du souhait de son seul bonheur.
Les parfaits Bouddhas sont nés de l'intention d'aider les autres.
Alors donc, échangez votre propre bonheur
Pour les souffrances des autres -
Ceci est la pratique des bodhisattvas. » [...]

« 16. Même si une personne dont vous avez pris soin


Comme de votre propre enfant, vous traite maintenant en ennemi,
Chérissez-la plus spécialement encore, comme une mère
Le fait pour son enfant, affligé de maladie -
Ceci est la pratique des Bodhisattvas. » [...]

« 20. Tant que l'ennemi qu'est votre propre colère reste insoumis,
Bien que vous vainquiez des adversaires extérieurs, ils ne vont que se
multiplier.
Alors donc, avec les milices de la bienveillance et de la compassion
Subjuguez votre propre esprit -
Ceci est la pratique des Bodhisattvas. » [...]

« 22. Quoi que ce soit qui apparaisse est votre propre esprit.
À jamais sa nature est libre et au-delà des élaborations extrêmes{3}.
Comprenant cette nature [non-duelle], ne concevez pas
Un objet et un sujet [réellement existants].
Ceci est la pratique des Bodhisattvas. »

« 23. Lorsque vous rencontrez des objets attrayants,


Considérez-les comme de la même beauté
Que les arcs-en-ciel en été, dénués de substance,
Et lâchez prise sur tout attachement -
Ceci est la pratique des Bodhisattvas. »

« 24. Les diverses souffrances sont comme la mort de son enfant en rêve.
Tenir ces apparences illusoires pour réelles vous épuise en vain.
Alors donc, lorsque vous rencontrez des circonstances adverses,
Abordez-les comme des illusions -
Ceci est la pratique des Bodhisattvas. » {4}

Ngulchu Gyalsas Thogmed Zangpo (1295-1369)