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Short Stories’ Store n°3 Vide Poche

Éditorial
Alice Mazuay La petite boutique d’histoires courtes vous ouvre de nouveau ses portes pour vous proposer ses meilleurs crus 2013 sur le thème « Vide Poche », un thème pas si évident que ça. En effet, selon le dictionnaire Larousse, un vide-poche, c’est : « - Autrefois, petit meuble, aujourd'hui corbeille, coupe où l'on dépose les menus objets que l'on avait sur soi dans la journée. Dans une automobile, compartiment ouvert servant à recevoir des objets divers. » Mais dans l’imaginaire de nos auteurs, la définition peut aller beaucoup plus loin. Il peut s’agir d’un qualificatif et donc d’une personne, d’un métier, d’un objet, d’une action ou même d’un monde à part entière. Tout dépend de ce qu’on entend par « poche ». Je vous laisse donc découvrir la multitude des interprétations possibles (sachant que bien d’autres nous avaient été proposées…). Nous adressons des remerciements tous particuliers aux illustrateurs pour avoir aussi bien enrichi ce webzine. Bonne lecture à tous.

Table des matières
Bestiaire insolite des créatures fantastique, le Maraudeur - de Catherine Loiseau (illustration Eìhn Wenn ) Un cadeau vraiment utile - de Xavier-Marc Fleury (illustration Miss M) L’énigme du vide-poches - de Virginie Platel (illustration Alex) Vide Poches - d’Estée R (illustration Estée R) Vide tes pensées - d’Alice Mazuay (illustration SAD) L’adolescente - de Ghislain Duval (illustration Jubo) Dimension supérieure – d’Anne Goudour (illustration Elie Darco) Quand tu seras grand, tu seras magicien – de John Steelwood (illustration SAD) Présentation des auteurs Présentation des illustrateurs ATI 2014 / Derrière le comptoir p.3 p.5 p.8 p.11 p.14 p.16 p.19 p.22 p.25 p.26 p.27

La propriété artistique des œuvres présentées dans ce webzine revient à leurs auteurs. Merci de la respecter. Short Stories’ Store n°3 Vide Poche

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Cette bête n’a été découverte que récemment par nos chercheurs. Le champ d’action de ces bestioles ne se limite pas aux pantalons. mais vous retrouvez votre lessive maculée de peluches blanches ? Ne cherchez plus le coupable. aussi appelé « Vide-poche ».Illustration Eìhn Wenn Bonjour à tous et bienvenue dans cette nouvelle édition du « Bestiaire insolite des créatures fantastiques » ! Aujourd’hui. le Maraudeur s’amusera à en presser les touches (vous faisant ainsi appeler à votre insu votre mère. au sein duquel gravitent des centaines d’yeux et d’où émergent des tentacules dont ils se servent pour attraper les objets. « Raaah. Leur but : dévorer les objets oubliés au fond des poches. ou votre patron). les vide-poches ont trouvé un nouveau jeu : fourrer des mouchoirs en papier dans les poches des jeans. Vous pensiez avoir retiré votre kleenex. les déplacer ou les cacher. 3 Short Stories’ Store n°3 Vide Poche . Ils se tapissent dans l’ombre et guettent les poches abandonnées. Prenez garde à bien verrouiller votre téléphone. j’ai nommé « le Maraudeur ». « Mais qu’est-ce que c’est que ce truc poisseux ? ». « Bon sang. Les Maraudeurs sont formés d’un nuage de poussière. Ils se régalent ensuite des hurlements de frustration des parents. c’est le Maraudeur. Elles subtilisent les papiers de voiture. mais où sont ces fichues clés ! » . dévissent le bouchon des bouteilles d’eau et emmêlent les câbles des écouteurs. elle sévit depuis des années. Les Maraudeurs se nourrissent de la colère des humains. Ils peuvent influencer les esprits faibles. sans quoi. Les Vide-poches aiment manger la menue monnaie. Ces créatures s’attaquent aussi aux sacs à main. intéressons-nous à une singulière créature. Depuis l’apparition des lave-linge. Ces petits monstres n’ont jamais pu être attrapés et on n’en a observé de loin que quelques spécimens. Ils adorent plus que tout dissimuler les clés. comme les enfants. mes amis. et pourtant. pour les inciter à ramasser l’objet le plus immonde possible. Dès que les hommes ont possédé des poches. que dis-je ! depuis des siècles. mais j’étais sûr d’avoir de la monnaie dans ma poche ! » . les Maraudeurs n’ont eu de cesse de les vider.Bestiaire Insolite des Créatures Fantastiques : le Maraudeur Texte Catherine Loiseau.

les Vide-poches ne sont pas dangereux. ou du « Mangeur de chaussettes » (celui à qui vous devez tant de chaussettes dépareillées). 4 Short Stories’ Store n°3 Vide Poche . On ne peut donc les combattre et les éradiquer efficacement. Sachez toutefois que les boutons et les fermetures éclair les tiennent en échec. vous n’en récupérez qu’une seule). Alors pensez à en munir vos vêtements et sacs ! À bientôt pour un nouvel épisode du « Bestiaire insolite des créatures fantastiques ». il est impossible de les attraper. où je vous parlerai du lutin mangeur de chaussettes (ou pourquoi lorsque vous en mettez une paire au lave-linge. S’il est très difficile d’apercevoir ces créatures. Il faut néanmoins reconnaître qu’ils sont diablement agaçants.À l’instar du « Retourneur de tartine » (qui s’arrange pour que votre tartine retombe toujours du côté beurré).

Ce qui est incroyable. les jetons tombent directement dans le trou. je fais d’office mes fonds de poche et il y a toujours deux ou trois sous qui traînent. Vous pouvez me croire. C’est trop top. certainement. cette fois. à mon étourderie qui veut que j’oublie régulièrement clés.Un Cadeau Vraiment Utile Texte Xavier-Marc Fleury . Dès que j’ai un instant. De la même façon. si on jette un œil à travers le tube creux en le plaçant face à la lumière. ce récipient de dix centimètres sur vingt paraît tout à fait bénin. j’ai tenté d’éclairer le fond avec une lampe torche. Un clin d’œil. vous n’entendez rien parce qu’il est vide. ce n’est pas fabriqué sur Terre. Mais je ne vous ai pas encore dit en quoi un vulgaire vide-poche a changé mon quotidien. En forme d’entonnoir avec un trou au milieu. ils roulent dans l’entonnoir comme dans la roulette d’un casino et sont avalés. Ne me demandez pas comment ça fonctionne. Et pourtant. dès que je rentre.Illustration Miss M « Bienvenue sur Technobuzz. J’ignorais également que leur industrie était encore capable de fabriquer de tels joujoux technologiques. et si vous voulez récupérer vos pièces. Oui. surtout avec la masse de bombes atomiques qu’on a balancée sur leur planète. vous constatez qu’elles ont directement rejoint leur place. Voici le dernier message déposé. S’ils continuent à fabriquer d’aussi bons produits. Je ne savais pas que les Circaniens avaient repris les échanges commerciaux avec nous . Même la lumière est avalée par ce concentré de technologie. je n’en ai aucune idée. Prenez par exemple une pièce de deux crédits. carte d’identité et pastilles mentholées au fond d’une poche ou. L’étiquette indique « provenance Circania ». Tout ce que je sais. Vous utilisez une innovation technologique et souhaitez la faire découvrir ? Ce site vous est dédié. c’est de la petite monnaie qui traîne en général un peu partout. elle rejoint votre portefeuille . les petites attentions finissent généralement dans des ventes en ligne ou l’incinérateur. sinon. d’aspect aluminium nickelé. Si je suis habile. je vous mets une photo en ligne. dans votre porte-monnaie. on ne voit absolument rien. Ça fait trois fois que mon robot d’entretien se bloque en essorant le linge. Je m’appelle Jeff et je veux vous faire partager un objet du quotidien incroyable. Short Stories’ Store n°3 Vide Poche 5 . croyez-moi. Bien sûr. Si vous secouez le vide poche. Peut-être pensez-vous que les amis offrent rarement des cadeaux utiles ? Entre l’affreux produit déco à fonction indéterminée et la spécialité culinaire infecte rapportée de la campagne. mon amie Sofia a tapé dans le mille en m’offrant un vide-poche vraiment ingénieux. une cuillère va dans le tiroir de la cuisine. ce vide-poche semble très simple. ils auront tôt fait de rembourser leurs dettes de guerre. la paix n’est pourtant instaurée que depuis peu. oui. Je les jette dans le cadeau posé dans l’entrée. une clé regagne illico la serrure attitrée. Si vous y posez votre carte à puce. Pourtant. sur le toit de ma voiture. il a trouvé deux petites pièces coincées dans le bloc moteur. » « Bonjour. Quand le réparateur a démonté Wirhlpaul. c’est que la monnaie n’est déjà plus à l’intérieur. Afin que cela ne se reproduise plus. L’intérieur est d’un noir infini. L’objet ne paie pas de mine. c’est déjà arrivé. le capuchon d’un stylo réapparaît sur le crayon . c’est que ça marche pour tout ce qui mesure moins de cinq centimètres de large (le diamètre du trou noir).

J’ai l’impression que le trou noir s’est agrandi. ça ne passerait jamais. un gant s’est enfilé sur ma main sans que j’aie le temps de réagir. c’est l’aspiration. Il est détraqué. Une tarte. Un chewing-gum usagé apparaît tout de suite au fond de la poubelle. Non. certainement. mon set de golf. le trou noir l’absorbe. – Je ne vous comprends pas. – Le cadeau de Sofia a grandi. Alors j’espère que je vous ai convaincu. si. mon robot ménager. – Ce n’est pas le vent. Ciao. Peut-être que plus on s’en sert et plus il grossit. – Fermez votre fenêtre. Je m’agrippe à la rampe d’escalier pour ne pas m’envoler. Ce n’est pas le cas. 6 Short Stories’ Store n°3 Vide Poche . j’ai passé une matinée à lancer tout et n’importe quoi à l’intérieur. Je suppose que c’est une autre de tes conquêtes. reçu le 24 juillet à 23 heures. Il a mangé le canapé. il aurait dû revenir plié dans la penderie. Faites une déposition sur notre site. J’attends vos commentaires. je gagne un an d’accès multimédia. – J’ai d’autres appels. 25/07/13. Et si j’essayais avec une canette de soda ? Mais non. J’ai eu ton message de remerciements. je vais vérifier si le cola est bien rangé dans le réfrigérateur. – Je viens de me lever et tout est aspiré ! – Soyez plus clair. Si cinquante personnes élisent ce récipient comme produit du mois. c’est attiré par le vide-poche. l’objet est plus gros que tout à l’heure. Je vous écoute. il prend tout le couloir. je vous prie. alors que la même pâte à mâcher intacte retourne dans son emballage ! Plus fort encore. ce n’est pas moi qui t’ai offert un vide-poche. Dès que la balle disparaît au fond du vide-poche. elle rebondit immédiatement sur ma raquette. Dès que j’enfile quelque chose. » Cellule d’écoute des phénomènes para technologiques. Pendant que j’enregistre vocalement ce message. Je suis à poil dans la maison. je joue au ping-pong. « Ici le professeur Sirius. En effet. Je vous le dis. Le vent couvre votre voix. Ploemeur.Comme un gosse. « Salut beau mâle. » Message privé de Sofia. – Mon pyjama a été avalé. – Mais mon ordinateur vient d’être avalé avec le frigo ! Jeff ne peut plus tenir. Pourtant. c’est bluffant. Je vous laisse. Et j’ai découvert des fonctions incroyables. monsieur. pour acheter un truc aussi débile.

à chaque seconde. Autour de lui. Et. goguenards. nus comme des vers. il réapparaît au milieu de tonnes de débris. 7 Short Stories’ Store n°3 Vide Poche . À l’abri de dômes antiatomiques. d’autres émergent d’un trou noir qui perce le ciel. les Circaniens observent ces pauvres Terriens tandis que les radiations nucléaires les consument peu à peu. des milliers d’humains sont déjà là.En une fraction de seconde.

âgée de trente ans. – Elle portait une nuisette. qui avait découvert le corps en rentrant du travail. L’inspecteur Langevin voyait d’un mauvais œil l’intruse venue fouiner sur son territoire.. parti travailler ce matin à 6h. – Mademoiselle Annie Boyle. Son mari. Quelqu’un d’autre en revanche la regardait avec un agacement certain. Cette affaire me parait bien embrouillée ! 8 Short Stories’ Store n°3 Vide Poche .. a constaté son décès vers 18h. Décontenancé. Décès qui d’après l’expertise médicale. – Vous ne semblez guère convaincu ! – Je ne sais pas… Il n’y avait rien à voler ! Et pas de preuve. l’inspecteur dut se résoudre à contrecœur à synthétiser les faits : – La victime. La petite bonne femme observait ce ballet avec un certain détachement. pas de mobile. mais eu égard au préfet. Madame Estefania Cristobale. Le mari. Ce n’était cependant pas l’avis de Mademoiselle Boyle. effondré. tira sur la jupe de son tailleur gris qui lui arrivait en-dessous du genou. pour qui la solution apparut très clairement après qu’elle eut jeté un coup d’œil au vide-poches dans l’entrée. Vu que la porte d’entrée était ouverte. l’homme d’une quarantaine d’années observa de ses yeux bleus délavés celle qui lui avait été recommandée par le préfet.Illustration Alex Qui avait pu bien assassiner Madame Cristobale ? Pour l’inspecteur Langevin. – Comment était-elle vêtue ? Cette question triviale eut le don de l’agacer encore plus. elle referma son parapluie.L’Enigme du Vide-Poches Texte Virginie Platel . remonterait aux environs de 8h. fut emmené pour être interrogé. – Que pouvez-vous m’apprendre sur cette affaire ? s’enquit-elle. Il l’aurait bien envoyé promener cette curieuse. C’était une vieille fille sans âge au style vestimentaire désuet. l’hypothèse d’un cambriolage qui aurait mal tourné nous semble pour le moment la plus plausible. Il était environ 20h ce soir-là quand une petite bonne femme arriva sur les lieux du drame. était une femme au foyer sans enfant et apparemment sans histoire. menottée au lit et étouffée. Ce détective amateur en jupon était soi-disant capable de faire parler les objets. la maison sans dessus dessous. probablement avec un oreiller. le mystère semblait insoluble. je suppose ? – Tout à fait inspecteur. lui répondit-elle du tac au tac. Après avoir franchi le seuil de la maison. replaça une mèche échappée de son chignon et nettoya la buée sur ses lunettes rouges. Elle aura sans doute été surprise au réveil par le malfaiteur. La police effectuait des relevés d’empreintes dans la chambre où la victime avait été retrouvée.

C’est très clair au contraire ! L’inspecteur dévisagea son interlocutrice qui paraissait si sûre d’elle. – Vous voulez dire que vous savez qui l’a tuée ? – Absolument ! Et c’est limpide ! 9 Short Stories’ Store n°3 Vide Poche .Le regard d’Annie s’attarda alors sur le vide-poches dans l’entrée.

dit Annie. un trombone. L’inspecteur parut choqué de cette expression dans la bouche d’Annie. Le coupable s’avéra être le frère aîné des enfants que Madame Cristobale gardait. son jeune amant l’a rejointe au lieu d’aller à la fac. mais aussi quand on sort. Étrange qu’une femme de trente ans en mette. Son propriétaire est jeune. Interrogez les voisins. – Vous en avez trop dit à présent ! Qui est le coupable et pourquoi l’a-t-il tuée ? – C’était un accident. 10 Short Stories’ Store n°3 Vide Poche . je suppose ? Mademoiselle Annie dont les lèvres étaient pincées n’avait pas l’air de blaguer. Rappelons que le premier est l’histoire d’un étudiant qui couche avec la mère de sa petite amie et le second surfe sur la mode « Mummy porn » du moment. sauf s’il est revenu le chercher. dans la panique. Il s’appelait Johan et n’avait pas dix-huit ans. une petite clé. aux motifs rouge et argent. – Ce trombone déglingué a sans doute été utilisé pour ouvrir la fermeture éclair d’un vêtement sportif style survêtement. – Passons à ce ticket de pharmacie. Visiblement Madame Cristobale prenait des médicaments pour traiter sa grande nervosité et son déséquilibre hormonal. type VTT.– Voyez-vous cet élément ? dit Annie en désignant un ustensile carré en verre. – Quand on rentre. j’étais peut-être passé à côté de l’amour jusqu’ici. Si l’on assemble toutes les pièces du puzzle on obtient la chose suivante : Madame Cristobale entretenait une liaison avec un jeune homme du voisinage (comme dans Le lauréat). Ce ticket de médiathèque nous dit qu’elle a emprunté Le Lauréat de Charles Webb et Cinquante nuances de Grey de E. D’autre part. C’est ce que fit l’inspecteur. il a voulu la faire taire pour ne pas alerter le voisinage mais il l’a étouffée sans le vouloir. mineur probablement. le mari parti. Il a dû l’y déposer en entrant et oublier de la reprendre en sortant. L. – Madame Cristobale n’avait pas d’enfant. Un voisin confirma avoir croisé une silhouette encapuchonnée vers les midis. suggéra Langevin. Elle a hurlé après lui. est pour midinette. À quoi sert-il d’après vous ? – À se débarrasser d’objets que l’on a sur soi quand on rentre. Et qu’y trouve-t-on ? L’inspecteur recensa : – Une bille. – Ces précieux indices vont nous fournir l’identité du coupable et le mobile du meurtre. Paniqué. Ce matin. donc cette bille appartient en toute hypothèse à ceux d’une voisine qu’elle garde. Mais ils ont perdu les clefs des menottes ! Le jeune homme a dû fouiller partout. Et enfin. Ils ont probablement joué tous les deux à quelques jeux érotiques imaginés par la femme au foyer désespérée. James. un échantillon de parfum. cette petite clef sert à ouvrir des cadenas de vélo. deux tickets de caisse. – Vous voulez rire. Il est très révélateur ! Et pas seulement du goût de sa maîtresse pour la décoration. Après tout. Il se cachait peut-être chez une femme à lunettes rouges portant un tailleur gris très collet monté ». Laissons à l’inspecteur Langevin le soin de conclure : « On ne prête jamais attention aux détails insignifiants que l’on a parfois sous les yeux. C’est pourquoi j’ai décidé d’inviter Mademoiselle Boyle à dîner. non ? Langevin acquiesça mollement. cet échantillon de parfum Barbie girl à l’odeur de vanille très sucrée. munie d’une grosse pince coupante. Vous devriez retrouver son vélo dans les parages.

Le voleur opérait toujours de la même manière. 11 Short Stories’ Store n°3 Vide Poche . Mais ce soir. tatouée de glyphes. leur évitant une correction. Ses cheveux étaient rasés à l’inverse de ceux des moines en un effet des plus étranges. il aperçut une gamine qui préparait du matériel en trempant des lanières de cuir dans diverses substances. la vue était à couper le souffle : le soleil en sang finissait de se noyer dans les eaux saumâtres du delta. alors qu’ils n’avaient pas fait meilleure recette que lui ! Mais il était le meilleur dans son domaine et savait qu’aux meilleurs on demande toujours plus.Vide Poches Texte et Illustration Estée R Le soleil déclinait sur l’estuaire. sans manger. L’animation l’aiderait peut-être à oublier son ventre vide. il avait face à lui une déesse. il voulait voir la troupe. Ses pieds nus foulaient le sol avec humeur. sa pommette hurlait vengeance et tout son être n’aspirait qu’à l’évasion. Ce soir. et puis un homme. Sur sa figure bleuissait un hématome gros comme le poing de La Brute. Le gosse remontait vers le bourg. Il suivit les garçons vers Sainte Gemme. Trois adolescents le dépassèrent en courant : — Vite. Lorsque la lumière éclata. les yeux fermés et du feu dans les cheveux. Mais il n’en avait cure. au sol. les paumes tournées vers le ciel. prévoyait les échappatoires. renvoyaient leurs éclats sur ses murs. l’Église se parait de bleu. béret de travers. de vert et de jaune à mesure que les petits récipients. vêtu d’une toge noire et terrifiant avec son fouet à la main. Le petit ne voyait rien mais une odeur de graisse brûlée lui chatouillait les narines. puis vidait les poches. Qu’importait si tous les jours il garnissait les casquettes des petits avec une partie de ses gains. En contrebas. Son estomac criait famine. Une poignée de mouettes faisait le ménage. il y avait foule occupée et bourses mal surveillées. Il soupira. Derrière elle. Les étals étaient fermés. le sommant de ne pas reparaître sans une douzaine d’escarcelles pleines ! L’enfant arriva au village. Il l’avait renvoyé. Il repérait ses proies. Là où il y avait spectacle. tout le monde avait baissé les yeux lorsque La Brute s’en était pris à lui. évaluait les risques. Quel sortilège pouvait ainsi changer la couleur des flammes ? Subjugué. Son reflet aux teintes orangées se fondait aux vaguelettes qui léchaient les quelques flettes amarrées pour la nuit. chemise défaite. impassible. une détonation retentit. Les autres étaient en train de se remplir la panse. Mains enfoncées dans le pantalon. Soudain. Le public était muet. dans l’expectative fébrile de la représentation à venir. le spectacle commence ! Il esquissa un sourire. Saint Cyriac s’apprêtait à revêtir son manteau de nuit.

Intacts. Le chariot était prêt. La Brute allait le démonter s’il se présentait sans argent. 12 Short Stories’ Store n°3 Vide Poche . les yeux brillants. C’était étrange. maintenant qu’il y pensait. supportant difficilement la chaleur. hein ? Je t’ai observé. Elle tenait à la main un bâton de foudre qui lançait des éclairs. elle dessina des arabesques orangées dans le noir. elle se contorsionnait. Il s’était trouvé si près. La puissance émanait de lui plus sûrement que de toutes les Brutes de ce bas monde. Alors. Puis. Lorsqu’elle émergea des flammes. tandis que la nuit reprenait ses droits. en osmose avec les sons baroques que jouaient deux jeunes gens dans l’ombre. La foule poussa un cri avant d’applaudir à tout rompre. Et les couleurs chatoyaient.Puis la musique fusa et la jeune femme entama un ballet envoûtant. Tu es le seul à ne pas avoir reculé lorsqu’Incandescente est entrée dans le feu. toi ? L’homme au fouet. les caisses pleines. Ultime roulement de tambour. sans laisser paraître la moindre douleur ni la moindre brûlure. Puis l’homme au fouet alluma un bûcher. La troupe avait remballé son matériel et fait place nette. hébété. jouant avec le feu et attrapant les différents objets que lui lançait la fillette. il resta là. — Je… — Tu as aimé. Une pluie de pièces d’or s’abattit sur scène. L’assemblée recula de plusieurs pas. Tantôt. C’était terminé. Mais la femme non plus ne s’était pas brûlée. Fasciné. Le gamin ne bougea pas. des griffes flamboyantes au bout des doigts. domptant l’élément Feu tout en lui rendant hommage. N’as-tu pas senti la chaleur ? — Cela ne brûlait pas… Il observa ses bras. — Que fais-tu là. La place se vidait déjà. y plonger. elle jonglait avec cinq flammèches. des milliers d’étincelles fusaient de son être. il regardait la femme s’approcher du feu. se flagellait avec un martinet enflammé. Sa corde laissait des traînées de gouttelettes ardentes et bleutées se déliter dans l’air. tandis qu’elle dansait. Le petit réalisa soudain qu’il venait de rater sa chance. Le spectacle était époustouflant. les jetant et les rattrapant après moult saltos et pirouettes. Tantôt. pas besoin de traîner plus longtemps dans les parages. la tête encore tout emplie de feu. tête et bras levés vers le ciel.

Le gosse baissa les yeux et marmonna. je suis certain que tu es très bon dans ta spécialité. les orphelins choisissent eux-mêmes leur nom et leur destinée.. Sais-tu que chez nous. Je perçois en toi le don du feu. Cela t’a sûrement été utile. L’enfant jeta son béret en riant. lorsque le moment est venu ? — Non. Je n’ai jamais connu ma mère. c’est si rare que cela mérite une chance. La Brute pourrait toujours s’en servir comme vide poche ! 13 Short Stories’ Store n°3 Vide Poche . — Hum. Si tu viens avec nous. — Vous m’emmèneriez avec vous ? — Oui. L’enfant releva la tête. L’homme le sonda un moment. Nous t’initierons. tu as déjà la souplesse et la dextérité. — C’est ta mère qui l’a choisi ? — C’est La Brute. mais va pour Braise. je ne sais pas qui vous êtes. bouillant d’espoir. Il ne laissait que ça derrière lui. — Nous sommes ceux qui te donnent l’opportunité de changer de vie.. En fait. Mais tu devras laisser Vide poches et ses capacités particulières ici. Pour nous tu seras… — Braise ? — J’avais pensé à Flammèche. Maintenant pressons. honteux : — Vide poches. il faut que nous soyons loin d’ici lorsque le soleil se lèvera.— Quel est ton nom ? Moi c’est Brasier.

ne vas pas culpabiliser.Vide tes Pensées Texte Alice Mazuay. Malgré quelques efforts infructueux et une paire de gifles bien senties. Il l‘ouvrit. en transe sur le canapé de leur appartement. Il en était sûr maintenant. amorphe. je suis à bout. Celui-ci gisait au sol. Tu as dû te rendre compte que ça ne va pas trop en ce moment. Elle se droguait. Alexandre Priste découvrit sa femme. il y avait une lettre avec son nom dessus. je pense que tu as le droit de savoir. Comment aurais-tu bien pu imaginer une chose pareille ? 14 Short Stories’ Store n°3 Vide Poche . écrit visiblement d’une main fébrile.Illustration SA D En rentrant de l’université. Non. Sur la table de la cuisine. brisé en deux. mon amour. Je crois que j’ai contracté une sorte d’addiction exogène. Madeleine y avait peut-être laissé quelques explications sur son état. C’est vrai. les yeux ouverts. Il pesta lorsqu’il se coupa en ramassant les morceaux pour les mettre à la poubelle. Elle avait même laissé tomber leur vide poche. « Cher Alexandre. c’est loin d’être ta faute. Vu que tu en es à l’origine. il ne parvint pas à la réveiller.

Il a créé une sorte de lien entre nous. C’est pourquoi je t’écris cette lettre. je n’ai rien trouvé. c’est un vide-pensées. si jamais il m’arrive quelque chose. lorsque je me suis coupé le doigt avec ma carte magnétique la dernière fois. Dans sa tête. Tu aurais au moins pu aller chez elle ! Mais je ne t’en veux pas car. je ne sais pas trop. en réalité. Un peu trop vite peut-être. Je trouve mille et une astuces pour récupérer tous ces objets de petite taille. mon amour. brise le… Tu as la force de le faire. Je n’ai jamais rien compris à ton galimatias de physicien illuminé. Ce n’est pas un vide-poche. une sorte de litanie montait déjà : Tu as la force de le faire. Le paquet de mouchoirs annonçait que le magasinier se servait en douce dans la réserve de la boutique. Ce témoignage éclairera peut-être tes travaux sur le micro-magnétisme et les auras. Et je ne sais pas comment m’en sortir. Ça ne veut plus sortir de mon esprit. une empreinte magnétique. Et la carte magnétique m’a dévoilé ton aventure avec la voisine. Je ne peux plus en détourner mes pensées maintenant. elle a immédiatement absorbé les quelques gouttes de sang qui s’y étaient déposées. Tu t’interroges. Je me retiens de ramasser les ordures dans la rue. Au début. végétale ou tellement extra-terrestre qu’il n’y a pas de nom pour elle. Et elle me les transmet maintenant. sur le guéridon dans l’entrée. brise le… Un cheveu de Madeleine s’était accroché sur le bord du vide-poche. Elle va bien avec l’ambiance marine de la pièce. C’est devenu une lutte permanente pour moi. Je ne sais pas quel genre d’entité c’est : animale. souvenir de ton dernier congrès outre-monde. c’est qu’elle semble considérer comme propriétaire celui ou celle qui l’a détenu en premier ou le plus longtemps ou en dernier. Il n’y avait plus une goutte de sang. la conque blanche ? Celle que tu m’as rapportée de Deneb III.Tu te rappelles de ton cadeau. vois-tu. Le truc. Tout le temps. La conque absorbe les pensées des propriétaires des objets qui y sont déposés. Je crois que c’est mon sang qui l’a réveillée. C’est peut-être une histoire de vibration intrinsèque. Je suis malade. Alexandre. n’est-ce pas ? En quoi un lien peut-il être pervers ? Je vais t’expliquer. Elle vole les pensées des gens. 15 Short Stories’ Store n°3 Vide Poche . Cette bête est perverse. J’étais curieuse. Du reste. c’était amusant. On dirait qu’elle est faite de corail tant sa matière est poreuse. Alexandre. Le trombone avouait que ma collègue de bureau avait réussi à craquer mon mot de passe. Adieu. Pour que tu saches. J’ai décidé de faire une tentative un peu radicale. Je ne sais pas trop ce que ça donnera. ceux que je peux mettre dans la conque. elle est vivante. celle que j’ai installée comme vide-poche. L’échantillon de parfum disait que la vendeuse trouvait que je devrais passer plus de temps au rayon maquillage. J’ai un besoin maladif de savoir ce que les gens pensent. J’arrache les boutons des vestes des collègues lorsqu’ils s’absentent. Mais elle existe bien . Je ne me contrôle plus. Je n’y avais alors pas prêté grande attention. Oui. je suis tombée bien plus bas. Madeleine » Alexandre regarda son entaille au pouce. comme une sorte de marque. J’ai essayé de me renseigner sur les sites scientifiques .

Ce soir-là. Comme ce boulot. coupe à l'ancienne ? Une toute petite statue. Mais vous n’imagineriez pas les trucs que j'y retrouve. je faisais donc mon inspection quotidienne des pantalons . mais il a bien fallu que j'aille me coucher. Vendeuse dans un magasin de prêt-à-porter. j'avais une invitée. À ce moment-là. elle n'a pas répondu. et j'ai attendu qu'elle s'endorme. ma patronne m'a appelée : elle voulait fermer et rentrer chez elle. Un buste d'adolescente avec des grands yeux tristes. 16 Short Stories’ Store n°3 Vide Poche . Ça m'a tuée : comment quelqu'un avait pu laisser ça là ? Je veux dire. on en a un carton rempli . juste histoire de voir si ça rentre bien. y'a rien à dire : elle est bien. Je lui parlais. ce soir-là. devinez un peu ce que je retrouve dans un jean pour homme. elle. juste le temps d'aller chercher quelque chose à grignoter. et je suis partie. Pas que je me plaigne. faisait la caisse. vous ? Moi. j'allume la télé. son sourire n’avait plus l'air aussi triste. certaines personnes. je ne voulais pas qu'elle pense que je m'ennuyais avec elle. j'avais l'impression qu'elle me fixait. toi. les yeux bleus. Beaucoup de briquets. eh ben j'étais juste contente qu'elle ait l'air un peu moins triste. j'ai posé l'adolescente sur la table du salon. C'est vous dire à quel point elle était bien faite. alors même si elle n'avait pas vraiment de conversation. Bon évidemment. Moi aussi. ça me paraît évident que j'aurais dû me douter qu'il se passait un truc pas normal. vous y mettez des choses dans les poches. taille 40. oui. De retour chez moi. en pierre verte. ce n'est pas exactement un rêve de petite fille. ma patronne. Mais sur le coup. on pouvait voir que les cheveux étaient noirs. Alors. À la rigueur. en l’occurrence). quelque part sur sa droite. alors j'ai fourré la statue dans ma poche. avec le recul. J'ai continué à lui parler un bon moment. Qu'est-ce que tu fais ici toute seule ?”. Eh ben. comme ça je n'ai pas trop l'impression de manger toute seule. Bref . j'ai essayé de lui parler : “Salut. Elle avait beau être verte. Ça va de la bague de fiançailles au papier de bonbon tout collant (beurk). c'était une si belle sculpture. La jeune fille regardait en l'air. Alors j'ai installé la jeune fille sur ma table de nuit. Je ne vous parlerai pas de ma patronne. le visage encadré par des mèches de cheveux qui retombent d'un chignon haut.L’Adolescente Texte Ghislain Duval . Dans l'arrière-boutique. des fois. Et des briquets. avec à l'occasion une carte à jouer (un trois de pique. Je vous dis ça maintenant. Et si je la regardais sous le bon angle. Mais là.Illustration Jubo Laissez-moi vous poser une question pour commencer : quand vous essayez un pantalon dans une boutique de fringues. mais sans plus. peut-être grande comme deux fois l'ongle de mon pouce. lui racontais ma vie. les gens ne reviennent jamais les chercher. remarquez : ça doit bien faire trois ans que je n'en ai pas acheté un pour moi. eh ben. Je jurerais même l'avoir vu cligner des yeux une ou deux fois. quand une première chose bizarre est arrivée : au bout d'un moment. d'ailleurs. pendant ce temps-là. mais tout ça c'est arrivé il y a deux bons mois de ça . non. je peux comprendre qu'on y mette son portefeuille ou son téléphone. D'habitude.

Je voyais bien qu'elle n'avait pas l'intention de ma déranger. elle était trop gentille pour ça. Si elle avait eue des mains. elle aurait enfouie son visage dedans. j'ai été réveillée par de petits gémissements. et j'ai vu la fille qui pleurait en silence. Je me suis retournée. pour se cacher du mieux possible. alors je l'ai prise dans le creux de mes mains et je l'ai bercée du mieux que j'ai pu. 17 Short Stories’ Store n°3 Vide Poche . Mais bon. Je crois bien avoir même chanté.Vers quatre heures du matin. le mal était fait.

soit parce qu'ils ne peuvent pas faire autrement. il a poussé la porte du magasin à la volée. et je vais me contenter de ça pour l'instant. ce genre de personnes. Le vieux aussi. D'habitude. J'ai tout de suite su pourquoi il venait. C'était un peu gênant. merci !”. D'abord. avec la nuit difficile qu'elle avait eue. je suis preneuse.Le lendemain. tout doucement. Il avait l'air tellement heureux. et il lui parlait à voix basse. il s'est mis à rayonner dès qu'il l'a vue . Puis il m'a pris dans ses bras. soit parce qu'ils n'ont rien de mieux à faire. J'ai sorti la statuette de ma poche : elle était toute chaude. mais bien plus que ne devrait l'être un bout de caillou en temps normal. je sais bien à quoi ça ressemble. et il a presque couru vers moi. Mais là elle rayonnait. un vieux monsieur est venu à la boutique. eh ben. et puis surtout j'ai senti la jeune fille s'exciter dans ma poche. il me l'a prise des mains et l'a couverte de baisers. Il tenait toujours l'adolescente dans sa main. en s'appuyant sur sa canne. un grand sourire sur les lèvres. C'était un de ces hommes tout courbés par l'âge qui marche avec une canne. ils se traînent. pas au point de me brûler. il avait les mêmes grands yeux bleus que la statue. je n'allais quand même pas la laisser toute seule dans mon appartement. Bien sûr je l'avais prise avec moi . J'imagine qu'il y a certaines choses qu'on ne peut pas entièrement comprendre. 18 Short Stories’ Store n°3 Vide Poche . J'ai laissé tomber ce que j'étais en train de faire. J'avais pris de ses nouvelles plusieurs fois depuis ce matin. Puis il est reparti. en disant : “Merci. Quant à trouver une explication. et je suis allée vers le vieux monsieur. Lui. si vous en avez une. et elle avait un peu l'air de faire la gueule. mais pas désagréable pour autant. ce genre d'histoires. Je ne vous demande pas de me croire . merci ! Mon Dieu.

L’homme m’a adressé un signe de main auquel j’ai répondu. suppliants. mes genoux se sont dérobés. pantelants. 19 Short Stories’ Store n°3 Vide Poche . Ma trace dans la mousse s’était refermée et j’ai dû lutter pour les rejoindre. Je me suis bouché les oreilles. Au réveil. L’estomac dans la bouche. nous avons tenté de communiquer par gestes. j’ai disparu non loin des quais. Je rentrais chez moi après une soirée agréable. ma femme m’attendait. j’ai atterri sur une surface souple. Le temps d’y parvenir. épaisse et dure comme la roche. Je me suis soudain senti propulsé dans l’espace à la vitesse de la lumière. le couvercle du bocal s’était rouvert. Elle était tiède. en provenance du fond de l’univers. vous êtes sceptique. Et je sais déjà que vous ne me croirez pas… Selon la police. Le vent m’arrachait des larmes. Mes trois compagnons m’ont rejoint dans l’instant. Nous avions fêté le départ d’un collègue. pas une étoile. ont résonné. Et je suis retombé plus vite encore.Dimension Supérieure Texte Anne Goudour . Soudain. Suivi d’un éclair argenté. Je me suis frayé un chemin dans l’épaisse moquette végétale pour l’ausculter. Ça ressemblait à une sorte de plastique. une dizaine de mètres au-dessus de ma tête. Pas un nuage. Chaque tige était longue comme mon bras. tout aussi éberlué que moi. J’étais garé de l’autre côté. laissant filtrer une lumière jaune. j’ai quitté mes amis . concert de voix rauques. Juste un couvercle obscur. désert à cette heure. La stupeur passée. mais pas trop arrosé. Je ne vous en veux pas : qui pourrait croire à une histoire pareille ? Je me suis évanoui tant la sensation de vertige était suffocante. petit insecte abandonné au fond d’un bocal par un entomologiste curieux. J’ai levé les yeux vers le ciel sombre. Je me suis à nouveau senti aspiré dans les airs. déformées.Illustration Elie Darco Je sais ce que mon histoire a d’irréel. Je cherchais mes clés dans mon blouson quand un éclair argenté. Je me suis alors senti désarmé. mon visage était plongé dans un tapis de mousse douillette comme celle d’un sous-bois… À la différence que je m’y enfonçais jusqu’aux cuisses. Le vieil homme nous a demandé où nous nous trouvions. Sous l’effet du choc. un vieux Marocain avait été déposé parmi nous. peut-être. Un éclat d’argent plus tard. J’ai emprunté la rue qui descend vers le fleuve puis celle derrière le square. Un couple de Chinois venait d’apparaître. Vers minuit. Plus loin. parcourue de sillons tels ceux que la mer laisse sur le sable à marée basse. a déchiré l’atmosphère. abominables. aveuglant. À nouveau ces voix géantes. j’ai entendu des voix humaines. il y avait une paroi translucide qui faisait le tour de cet endroit irréel. J’ai haussé les épaules. rosée. Moment convivial. Que lui répondre ? Un grondement effroyable a retenti. du plexiglas. tel un boulet humain… Vous pincez les lèvres .

Son pied bat la cadence au sol. Me réservera-t-on le même sort ? Une salle de cours. j’ai reconnus au premier coup d’œil… Vous savez tout. Vide tes poches ! L’élève ne souffle mot. Devant l’aquarium. après un rapide examen dans sa paume ouverte. et un chien à l’air stupide qui a entrepris de renifler chaque membre de cette improbable ménagerie. mais ils sont grands. Avec pour seule compagnie une vache à l’air un peu fou et deux chevaux paranoïaques qu’il a déclaré ne jamais avoir vus. ma raison a vacillé. une vache. Alors à ton tour. Un enseignant à la mine sévère les scrute avec l’expression de qui va commettre un malheur s’il n’obtient pas une réponse très vite. mais que moi. J’ai appris que la vache avait été abattue. à deux cents kilomètres de chez moi. Le troisième. 20 Short Stories’ Store n°3 Vide Poche . Quatre éléphants d’Asie. Suivie de deux chevaux. très grands. J’ai peur de succomber bientôt au même mal. étranges. Je me sentais prisonnier d’un tableau de Dalí… Le tonnerre a rugi. elle était sujette à des crises de folie. Mes tympans étaient au bord de l’implosion. tête baissée. témoignage d’une divine colère. Immenses même… Les traits de leur visage sont brouillés. toute en corne et en panique. Le professeur s’arme d’une longue pince argentée : un instant plus tard. je sonde la pénombre pour trouver un sens à ces événements. en compagnie de quelques animaux. Un aquarium sur une paillasse carrelée. une planète verte et bleue de la taille d’un melon tourne autour d’un soleil doré. Un dromadaire vers lequel notre ami marocain s’est précipité. de minuscules humains déboussolés contemplent le ciel. les yeux grands ouverts. La suite vous la connaissez. une inscription s’étale sur le tableau : Exobiologie – Etude de la Terre primitive. déformés comme du plastique fondu. Une douleur lancinante a envahi mon crâne et je me suis évanoui. — Ouvre ! Au fond du pot. à ma grande surprise. Dans son dos. ils sont de retour sur Terre… … et personne ne les croira jamais non plus. visage contrit. des étudiants en blouse. J’ai retrouvé ma femme. maintenant. Encore. Il sort de sa blouse une petite boîte transparente dont le fond est tapissé d’herbe sèche. Mais les nuits. Lorsqu’un chêne centenaire s’est posé à quelques mètres de moi. L’enseignant soupire : — Très bien. Ils ont l’aspect d’êtres humains.Puis. Dedans. un yak. déjà. n’est-ce pas ? Un paysan m’a retrouvé gisant dans sa prairie. — Alors ? J’attends ? Qui d’autre à pillé la planète d’étude pour son propre compte ? Vous savez que c’est formellement interdit ! Une main timide se lève et un étudiant s’avance.

21 Short Stories’ Store n°3 Vide Poche .

Vous ne comprenez pas où je veux en venir ? C’est normal. Au départ. C’est ainsi qu’au fil des semaines et des mois. Quant à moi.Illustration SA D Vous avez déjà tenté d’arrêter le flot s’échappant d’un robinet avec votre doigt ? Non ? Essayez ! Vous verrez ce qu’il se passe au bout d’une vingtaine de secondes. Bien évidemment. la plupart du temps. des papiers de bonbons. personne ne s’alarma ce jour-là. D’ailleurs. une enveloppe où y étaient inscrits deux mots : Je t’aime. J’arrêterai là l’énumération. un poids très lourd à porter. moi. Il alla jusqu’à les agrafer. mais les six années suivantes frôlèrent la simplicité. des mégots. des os de poulet. celui-là même qu’ils avaient perdu deux mois plus tôt. il tenta de sceller les poches avec du fil. Mon père eut donc la lourde tâche de m’élever. Cependant. des chewing-gums. l’institutrice signala ce fait – que je n’avais pas de poche pour ranger mon mouchoir. L’écriture était féminine. je ne compris que bien plus tard. Ils ne demandaient qu’à en sortir. Quand j’entrai en primaire. elle est morte depuis longtemps. une malédiction qui pèse sur mes épaules. Mes parents se sont séparés. 22 Short Stories’ Store n°3 Vide Poche . et qu’elle m’a déshabillé. Quand nous sommes arrivés à la maison. j’ai comme qui dirait. ma mère a tiré d’une poche de mon imperméable. mais elle avait le mérite de fonctionner. Car. c’était déjà plus intrigant. C’était une canule d’intraveineuse. les poches éclataient et vomissaient leur contenu sur le sol. mon paternel décida de retirer toutes les poches de mes vêtements. le petit garçon tout le temps enrhumé. Elle était enduite d’une glaise fraîche. mes parents remirent la main sur la balle du chien qu’il avait enterrée en un lieu inconnu. Je ne l’ai jamais revue. elle l’a ouverte et a beaucoup pleuré. elle en a extirpé un trousseau de clefs. que mon existence deviendrait au fil des années.Quand tu seras grand. Mon père eut pour obligation de me vêtir d’un manteau avec les poches nécessaires pour un gamin de mon âge. Les cinq premiers mois furent difficiles. Ma mère émit le souhait de ne pas prendre ma garde. Tout a débuté quand mes parents m’ont revêtu d’un blouson pour sortir de la maternité. tout a rapidement dérapé. ma mère s’est aperçue qu’un objet était caché dans l'une de mes poches. la vie de mes parents se transforma en un véritable enfer. À ce jour. et sans plus attendre. Là. ce genre de situation ne pouvait durer éternellement. Depuis ma naissance. C’était une solution radicale. Rapidement. Par la suite. Chaque fois que j’enfilais un pantalon ou une veste avec des poches. au final. Durant le trajet. Elle ne désirait plus entendre parler de ce fils aux poches maudites. sans succès. Le côté négatif est qu’ils eurent à se débarrasser de tout un tas de détritus divers et variés. rien de bien méchant. Par un beau matin. l’analogie vous apparaîtra très vite à l’esprit. mais ce dernier craquait régulièrement. des objets insolites apparaissaient à l’intérieur. tu seras magicien Texte John Steelwood .

23 Short Stories’ Store n°3 Vide Poche . J’ai laissé mes mains dans les poches et j’ai attendu. Jusqu’à présent. Les copains ne tardèrent pas à m’affubler de ce sobriquet vide-poche. finissaient par sortir de mes poches. J’ai croisé son ami. son portefeuille ainsi qu’un ustensile dont j’ignorai l’utilisation jusqu’au début de mon adolescence. et j’ai balancé la chose dans les toilettes. Le seul problème est que je ne savais pas jusqu’à ce matin. peut-être. J’ai pris cette malédiction comme un jeu. Oui. Dix minutes plus tard. J’étais comme un aimant. Depuis ce temps. surnom qui me suit encore aujourd’hui. qu’une chose toute molle surgirait dans le fond de ma poche et qu’elle bouleverserait mon existence à jamais. je n’en peux plus et j’espère que la fin arrive. Mon appartement est rempli d’un bric à brac sans nom. je continue de retirer des objets de mes poches. Vers dix ans. Ma vie dérapa une fois de plus. et ce. tu seras magicien. complètement paniqué. rien ne pourrait les remplir. Je m’étais dit qu’ainsi. On conseilla de manière diplomatique à mon père de me retirer de l’école. j’essaye de me construire une vie avec ce handicap.Les objets se mirent de nouveau à surgir de mes poches. j’ai senti une légère pression contre mes articulations. Puis on me traita de voleur quand le sac de billes d’un camarade fut découvert sur moi. à un fruit trop mûr. Aussitôt. j’ai vu qu’elle n’avait plus de langue. Mais je fais avec. J’ai cru un instant à une bouteille d’eau ouverte. j’ai tenté de garder les mains enfouies dans mes poches. Il a répété ça plusieurs fois. Personnellement. À cet instant. à l’instant où le directeur retira de l’une de mes poches. j’ai enfoui mes mains dans les poches. il y a une heure de ça. quand j’ai vu notre nouvelle voisine partir sur un brancard. Au bout d’une heure. elle l’avait avalée ». je suis sorti sur le palier. j’ai senti ce truc humide pointer le bout de son nez. un jour. Je sais aujourd'hui que cet objet oblong avait appartenu à une institutrice de cours moyen. il suintait au travers du tissu. si elles étaient occupées. j’ai pris peur. Mais voilà. avec pour seul objectif de ne jamais les retirer quoi qu’il arrive. Et quand j’ai entendu l’ambulance dans la rue. et hormis ce couteau. Mon père m’a dit un jour : quand tu seras grand. « Nous étions en train de manger et elle s’est mise à cracher beaucoup de sang. Et cinq minutes après. une douleur apparut. je n’ai jamais rien découvert de dangereux ou susceptible de menacer la vie d’autrui. mais quand j’ai saisi la forme dans ma poche. je fus dans l’obligation de retirer mes mains sous peine de me les faire arracher par un couteau de cuisine. Sur le coup. je compris ce qu’était cette boule de chair que j’avais jetée dans les chiottes. Il est vrai que j’ai brisé bien des cœurs en révélant des secrets malgré moi. C’est là que j’en reviens à l’analogie du robinet. et vite. je n’ai eu que des objets des plus basiques entre les mains. Le destin s’occupera de mon sort. Quand elle a ouvert la bouche. tous les objets qui passaient à proximité. j’ai eu un haut-le-cœur en voyant tout ce sang.

24 Short Stories’ Store n°3 Vide Poche .

com Virginie Platel est scénariste pour la télévision. un poème du recueil Onirisme en N&B du Codex Poeticus – avril 2013 . à paraître en 2014 aux éditions Les Roses Bleues Plus d’infos sur http://virginieplatel. elle aime dépeindre des mondes fantastiques. Anne Goudour a écrit « Dimension supérieure ». éditions Voy’[el]. moins fréquent que la fantasy/science-fiction. 2010 . elle s’essaie aussi à la photographie et a illustré son texte avec l’une de ses compositions.over-blog. 2012 . L’AT Vide Poche l’a particulièrement intéressé. éditions Rivière Blanche. mais également : . 2014 . Elle a récemment publié deux nouvelles chez Etherval (Le Déclin et À la mer je retournerai) et une dans l’anthologie « Contes de l’ombres » de Cyngen .fr/ Alice Mazuay a écrit « Vide tes pensées ». nouvelle dans Femme dans tous ses états.Nouvelle . Sur son temps libre. et également l’auteur de : .aux éditions Edilivre. principalement lors de challenges d’écriture sur le site du Sanctum Atorgael. Site Internet : http://catherine-loiseau.« Quand le cœur est gris ».com/ John Steelwood a quitté les Enfers il y a 20 ans. créer des personnages complexes. et commence notamment à écrire quelques textes (sans prétention aucune). ensuite pour l'occasion d'essayer le genre fantastique.Les manuscrits d’Oroboros. Il est l'auteur d'une nouvelle Zombies aux éditions Elenya et d'un web-roman sur le même thème sur Zombies World. il s’occupe avec des activités plus créatives. 25 Short Stories’ Store n°3 Vide Poche . 2012 Le virus de l’écriture a contaminé Catherine Loiseau alors qu’elle avait dix-sept ans et il ne l’a jamais quitté depuis.« Retour à l’eau ». Il a également écrit la nouvelle « Les derniers terriens » dans le recueil Riposte-Apo édité par ImaJn’ère (mai 2013). Il a une nette prédilection pour toutes les formes de SF et dérive parfois vers la Fantasy. Rêveuse infatigable.Pièce de théâtre . Xavier-Marc Fleury est l’auteur d’ « Un cadeau vraiment utile ». L'année 2014.« D’un monde à l’autre ».« Nouveau départ ». entraîner ses lecteurs dans l’aventure. Plus d’infos sur http://www.Un premier roman.« D’Éon » . Touche à tout. verra naître son premier livre Cyberpunk aux éditions Long Shu Publishing. dans le recueil Les robots sont-ils vraiment nos amis ?.dejoueur-de-sorts. "Je m'ennuyais à mourir" dit-il. dans le recueil Histoires d'eau. le n°8 de Mots & Légendes – Mai 2013 Plus d'infos sur http://question-sf.Lune Ecarlate. tout d'abord pour son thème. un domaine très technique. Depuis il a rejoint la terre des hommes et s'amuse en pianotant sur son clavier pour raconter leurs histoires.blogspot. mais également : . Elle a écrit également de nombreuses nouvelles.fr/ Estée R est l’auteur de « Vide poches ».« Touches noires et blanches » .L es Auteurs Ghislain Duval a 27 ans et travaille dans la post-production vidéo.

net Olivier Jubault alias Jubo a réalisé la couverture du webzine ainsi que l’illustration de « L’adolescente ».pour Laying the ghost dans Bifrost n°63 – juillet 2011 Plus d'infos sur http://aquatick-zone. Des idées plein la tête.blogspot.failte. mais également : .du sommaire de la revue Brin d'Eternité – été/automne 2011 . Elle a récemment publié. chez Sombres Rets. a illustré « L’enigme du vide-poche ». un roman jeunesse illustré intitulé Théo et le mange-mort. aux éditions Aigre-douce – juillet 2011 .Dans Mythes et Légendes.com Estée R a illustré « Vide poches ».com Plus d'infos sur http://sadland. Scarlett Deliry. Retrouvez-la aussi : . Touche à tout. mais aussi : .over-blog. Vous pouvez retrouver ses univers et ses boutiques à partir de son site http://et-si.dejoueur-de-sorts.En tant que coloriste sur Shinobi Iri et Princesse Sara a découvrir sur Facebook Plus d'infos sur http://lepetitmondedemiss-m. elle s’essaie aussi à la photographie.com/ Eìhn Wenn. principalement lors de challenges d’écriture sur le site du Sanctum Atorgael. a réalisé deux illustrations dans ce webzine. Elle a écrit également de nombreuses nouvelles. a réalisé l’illustration d’ « Un cadeau vraiment utile ».L es Illustrateurs Elie Darco a réalisé l'illustration de « Dimension Supérieure ». Plus d’infos sur http://www. deux romans de Marion Obry. alias Alex. de l'encre plein les doigts et des tâches plein la feuille. alias Miss-M.kingeshop.blogspot. Shojo Manga disponible en version papier et à la lecture en ligne . Retrouvez-la sur sa page Facebook. Il a de très nombreuses illustrations à son actif.fr/ Alexandre Guillaume.pour Ténèbres sur le château. jeune illustratrice qui a fait la couverture de « La Guerre des Peuples » et de « L'ange déchu ».com Marina Duclos. alias SAD. 26 Short Stories’ Store n°3 Vide Poche .com.des peintures sur Failte : http://www. Ses écrits et œuvres graphiques s'exposent sur http://eliedarco.

Spooky.google.Publication janvier 2014 27 Short Stories’ Store n°3 Vide Poche . Pour plus de précisions.ATI 2014 « Ma Petite Entreprise » « Alors comme ça le service n’est pas assez bon pour vous. hein. notre guide de soumission est par ici : https://sites. Short Stories Store n°3 « Vide Poche » . avant le 30 juin 2014. Vous qui êtes si doué.com/site/autresmondesob/shortstoriestsore/soumission Derrière le Comptoir Les différentes contributions à la réalisation de ce webzine :  pour le comité de lecture (textes anonymes) : Zordar.  pour la correction des textes : Spooky et Alice Mazuay . vous aurez sûrement plus de succès.  pour la maquette : Alice Mazuay . vous n’avez qu’à monter votre propre entreprise. sur une illustration de Jubo.  pour la charte graphique : Sedenta Kernan . John Steelwood et Alice Mazuay . » Pour sa prochaine saison. nous. Pour discuter du Short Stories' Store. si ça ne vous plaît pas. C’est la crise ! Du reste. en mots et en images. sur le thème « Ma petite entreprise». Vous savez qu’on fait ce qu’on peut. à interpréter dans le sens qu’il vous plaira.  Suivi global des commandes et logistique : Alice Mazuay. retrouvez-nous sur le forum ou la page facebook des Autres Mondes. notre Short Stories' Store lance un approvisionnement. La couverture du webzine a été réalisée par Sedenta.

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