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Derrida Le siècle et le pardon Entretien publié dans Le Monde des débats

Le pardon et le repentir sont depuis trois ans au centre du séminaire de Jacques Derrida à l’École des hautes études en sciences sociales. Qu’est-ce que le concept de pardon ? D’où vient-il ? S’impose-t-il à tous et à toutes les cultures ? eut-il !tre porté dans l’ordre du "uridique ? Du politique ? #t à quelles conditions ? $ais alors qui l’accorde ? #t à qui ? #t au nom de quoi% de qui ? Le $onde des Dé&ats ' (otre séminaire porte sur la question du pardon. Jusqu’où peut-on pardonner ? #t le pardon peut-il !tre collecti)% c’est-à-dire politique et historique ? Jacques Derrida ' #n principe% il n’* a pas de limite au pardon% pas de mesure% pas de modération% pas de + "usqu’où ? ,. ourvu% &ien entendu% qu’on s’accorde sur quelque sens + propre , de ce mot. -r qu’appelle-t-on + pardon , ? Qu’est-ce qui appelle un + pardon , ? Qui appelle% qui en appelle au pardon ? .l est aussi di))icile de mesurer un pardon que de prendre la mesure de telles questions. our plusieurs raisons que "e m’empresse de situer. l - #n premier lieu% parce qu’on entretient l’équivoque% notamment dans les dé&ats politiques qui réactivent et déplacent au"ourd’hui cette notion% à travers le monde on entretient l’équivoque. -n con)ond souvent% par)ois de )a/on calculée% le pardon avec des th0mes voisins ' l’e1cuse% le re2ret% l’amnistie% la prescription% etc.% autant de si2ni)ications dont certaines rel0vent du droit% d’un droit pénal auquel le pardon devrait rester en principe hétéro20ne et irréducti&le. 3 - Si éni2matique que reste le concept de pardon% il se trouve que la sc0ne% la )i2ure% le lan2a2e qu’on tente d’* a"uster appartiennent à un hérita2e reli2ieu1 4disons a&rahamique% pour * rassem&ler le "uda5sme% les christianismes et les islams6. 7ette tradition comple1e et di))érenciée% voire con)lictuelle est à la )ois sin2uli0re et en voie d’universalisation% à travers ce que met en 8uvre ou met au "our un certain thé9tre du pardon. : - D0s lors et c’est l’un des )ils directeurs de mon séminaire sur le pardon 4et le par"ure6 % la dimension m!me du pardon tend à s’e))acer au cours de cette mondialisation% et avec elle toute mesure% toute limite conceptuelle. Dans toutes les sc0nes de repentir% d’aveu% de pardon ou d’e1cuses qui se multiplient sur la sc0ne 2éopolitique depuis la derni0re 2uerre% et de )a/on accélérée depuis quelques années% on voit non seulement des individus mais des communautés enti0res% des corporations pro)essionnelles% les représentants de hiérarchies ecclésiastiques% des souverains et des che)s d’État demander + pardon ,. .ls le )ont dans un lan2a2e a&rahamique qui n’est pas 4dans le cas du Japon ou de la 7orée% par e1emple6 celui de la reli2ion dominante de leur société mais qui est dé"à devenu l’idiome universel du droit% de la politique% de l’économie ou de la diplomatie ' à la )ois l’a2ent et le s*mpt;me de cette internationalisation. La proli)ération de ces sc0nes de repentir et de + pardon , demandé si2ni)ie sans doute une ur2ence universelle de la mémoire ' il )aut se tourner vers le passé < et cet acte de mémoire% d’auto-accusation% de + repentance ,% de comparution% il )aut le porter à la )ois au-delà de l’instance "uridique et de l’instance État-nation. -n se demande donc ce qui se passe à cette échelle. Les pistes sont nom&reuses. L’une d’entre elles reconduit ré2uli0rement à une série d’événements e1traordinaires% ceu1 qui% avant et pendant la Seconde =uerre mondiale% ont rendu possi&le% ont en tout cas + autorisé ,% avec le >ri&unal de ?urem&er2% l’institution internationale d’un concept "uridique comme celui de + crime contre l’humanité ,. .l * eut là un événement + per)ormati) , d’une enver2ure encore di))icile à interpréter. @

en son nom personnel% d’a&ord sans en2a2er l’#mpereur à la t!te de l’État% mais un remier ministre 3 . ar)ois ces événements% ces meurtres massi)s% or2anisés% cruels% qui peuvent avoir été des révolutions% de 2randes Aévolutions canoniques et + lé2itimes .l lui )ournit son discours et sa lé2itimation. . et celle d’un humanisme philosophique% plus précisément d’un cosmopolitisme né lui-m!me d’une 2re))e de sto5cisme et de christianisme paulinien6% pourquoi s’impose-t-il au"ourd’hui à des cultures qui ne sont à l’ori2ine ni européennes ni + &i&liques .l reste unique mal2ré les analo2ies% seulement des analo2ies% de quelques précédents sud-américains% au 7hili notamment. ?ous sommes tous les héritiers% au moins% de personnes ou d’événements marqués% de )a/on essentielle% intérieure% ine))a/a&le% par des crimes contre l’humanité. circulent maintenant dans le lan2a2e courant. 7ar si on commen/ait à s’accuser% en demandant pardon% de tous les crimes du passé contre l’humanité% il n’* aurait plus un innocent sur la >erre et donc plus personne en position de "u2e ou d’ar&itre. mouvement. par la communauté internationale dans sa représentation onusienne. 7ette convulsion dont "e parlais prendrait au"ourd’hui la tournure d’une conversion. #lle a souvent les traits% dans sa thé9tralité m!me% d’une 2rande convulsion oserait-on dire d’une compulsion )rénétique ? ?on% elle répond aussi% heureusement% à un + &on . 7ar si% comme "e le crois% le concept de crime contre l’humanité est le che) d’accusation de cette auto-accusation% de ce repentir et de ce pardon demandé < si d’autre part une sacralité de l’humain peut seule% en dernier ressort% "usti)ier ce concept 4rien n’est pire% dans cette lo2ique% qu’un crime contre l’humanité de l’homme et contre les droits de l’homme6 < si cette sacralité trouve son sens dans la mémoire a&rahamique des reli2ions du Livre et dans une interprétation "uive% mais surtout chrétienne% du + prochain . reneB l’e1emple saisissant de la commission (érité et réconciliation en C)rique du Sud.% )urent ceu1-là m!mes qui ont permis l’émer2ence de concepts comme ceu1 des droits de l’homme ou du crime contre l’humanité. . Si% comme "e le su22érais à l’instant% un tel lan2a2e croise et accumule en lui de puissantes traditions 4la culture + a&rahamique . ? Je pense à ces sc0nes où un remier ministre "aponais + demanda pardon . < si d0s lors le crime contre l’humanité est un crime contre le plus sacré dans le vivant% et donc dé"à contre le divin dans l’homme% dans Dieu-)ait-homme ou l’homme)ait-Dieu-par-Dieu 4la mort de l’homme et la mort de Dieu trahiraient ici le m!me crime6% alors la + mondialisation . du pardon ressem&le à une immense sc0ne de con)ession en cours% donc à une convulsion-conversion-con)ession virtuellement chrétienne% un processus de christianisation qui n’a plus &esoin de l’É2lise chrétienne.$!me si des mots comme + crime contre l’humanité . 7ette sorte de mutation a structuré l’espace thé9tral dans lequel se "oue sinc0rement ou non le 2rand pardon% la 2rande sc0ne de repentir qui nous occupe.l présenta certes ses + heart)elt apolo2ies . Qu’on * voie un immense pro2r0s% une mutation historique ou un concept encore o&scur dans ses limites% )ra2ile dans ses )ondations 4et on peut )aire l’un et l’autre à la )ois "’* inclinerais% pour ma part6% on ne peut dénier ce )ait ' le concept de + crime contre l’humanité . .. (oilà toute une humanité secouée par un mouvement qui se voudrait unanime% voilà un 2enre humain qui prétendrait s’accuser tout à coup% et pu&liquement% et spectaculairement% de tous les crimes en e))et commis par lui-m!me contre lui-m!me% + contre l’humanité . Qui s’enchev!tre mais ne se con)ond pas avec l’histoire d’une réa))irmation des droits de l’homme% d’une nouvelle Déclaration des droits de l’homme. $ais le simulacre% le rituel automatique% l’h*pocrisie% le calcul ou la sin2erie sont souvent de la partie% et s’invitent en parasites à cette cérémonie de la culpa&ilité. D’une conversion de )ait et tendanciellement universelle ' en voie de mondialisation. ou du + sem&la&le . #h &ien% ce qui a donné son ultime "usti)ication% sa lé2itimité déclarée à cette commission% c’est la dé)inition de l’Cpartheid comme + crime contre l’humanité . 7et événement )ut lui-m!me produit et autorisé par une communauté internationale à une date et selon une )i2ure déterminées de son histoire. reste à l’horiBon de toute la 2éopolitique du pardon. au1 7oréens et au1 7hinois pour les violences passées.

Je note au passa2e que le concept "uridique de l’imprescripti&le n’est en rien équivalent au concept non "uridique de l’impardonna&le. De )a/on : . n’est pas pur ni son concept. ?’est-ce pas en vérité la seule chose à pardonner ? La seule chose qui appelle le pardon ? Si l’on n’était pr!t à pardonner que ce qui paraEt pardonna&le% ce que l’É2lise appelle le + péché véniel . S’il * a quelque chose à pardonner% ce serait ce qu’en lan2a2e reli2ieu1 on appelle le péché mortel% le pire% le crime ou le tort impardonna&le.% alors l’idée m!me de pardon s’évanouirait. . 7omme tou"ours dans le champ politique.l devrait rester e1ceptionnel et e1traordinaire% à l’épreuve de l’impossi&le ' comme s’il interrompait le cours ordinaire de la temporalité historique. 7es tractations visaient% comme c’est presque tou"ours le cas% à produire une réconciliation 4nationale ou internationale6 propice à une normalisation. Dans un te1te polémique "ustement intitulé + L’imprescripti&le .. Cu moment de la loi de lGHI qui décida en Jrance de l’imprescripti&ilité des crimes contre l’humanité% un dé&at )ut ouvert. 7’est un point capital et di))icile.% JanKélévitch déclare qu’il ne saurait !tre question de pardonner des crimes contre l’humanité% contre l’humanité de l’homme ' non pas contre des + ennemis . Aécemment il * eut de vérita&les né2ociations% cette )ois% o))icielles et serrées% entre le 2ouvernement "aponais et le 2ouvernement sud-coréen à ce su"et.l reste que la sin2ularité du concept d’imprescripti&ilité 4par opposition à la + prescription . arce que% en ce si0cle% des crimes monstrueu1 4+ impardonna&les .l ne peut !tre possi&le qu’à )aire l’im-possi&le.% 4politiques% reli2ieu1% idéolo2iques6% mais contre ce qui )ait de l’homme un homme c’est-à-dire contre la puissance de pardonner elle-m!me. . . -n peut maintenir l’imprescripti&ilité d’un crime% ne mettre aucune limite à la durée d’une inculpation ou d’une poursuite possi&le devant la loi% tout en pardonnant au coupa&le. Je prendrai alors le risque de cette proposition ' à chaque )ois que le pardon est au service d’une )inalité% )Dt-elle no&le et spirituelle 4rachat ou rédemption% réconciliation% salut6% à chaque )ois qu’il tend à réta&lir une normalité 4sociale% nationale% politique% ps*cholo2ique6 par un travail du deuil% par quelque thérapie ou écolo2ie de la mémoire% alors le + pardon . mieu1 in)ormée que "amais% parce que ces crimes à la )ois cruels et massi)s paraissent échapper ou parce qu’on a cherché à les )aire échapper% dans leur e1c0s m!me% à la mesure de toute "ustice humaine% eh &ien% l’appel au pardon s’en est trouvé 4par l’impardonna&le m!me% donc F6 réactivé% re-motivé% accéléré. Cucun prétendu désenchantement% aucune sécularisation ne vient l’interrompre% &ien au contraire. . .l )audrait donc interro2er de ce point de vue ce qu’on appelle la mondialisation et ce que "e propose ailleurs 4@6 de surnommer la mondialatinisation pour prendre en compte l’e))et de christianité romaine qui surdétermine au"ourd’hui tout le lan2a2e du droit% de la politique% et m!me l’interprétation dudit + retour du reli2ieu1 .en2a2e tou"ours plus qu’une personne privée.% donc6 ont non seulement été commis ce qui n’est peut-!tre pas en soi si nouveau mais sont devenus visi&les% connus% rappelés% nommés% archivés par une + conscience universelle . D’où l’aporie qu’on peut décrire dans sa )ormalité s0che et implaca&le% sans merci ' le pardon pardonne seulement l’impardonna&le. -n ne peut ou ne devrait pardonner% il n’* a de pardon% s’il * en a% que là où il * a de l’impardonna&le. Le lan2a2e du pardon% au service de )inalités déterminées% était tout sau) pur et désintéressé.l * allait de réparations et d’une réorientation politico-économique.nversement on peut acquitter ou suspendre un "u2ement et pourtant re)user le pardon. qui a des équivalents dans d’autres droits occidentau1% américain par e1emple6 tient peut-!tre à ce qu’elle introduit aussi% comme le pardon ou comme l’impardonna&le% une sorte d’éternité ou de transcendance% l’horiBon apocal*ptique d’un "u2ement dernier ' dans le droit au-delà du droit% dans l’histoire au-delà de l’histoire. . Cutant dire que le pardon doit s’annoncer comme l’impossi&le m!me. our a&order à présent le concept m!me de pardon% la lo2ique et le &on sens s’accordent pour une )ois avec le parado1e ' il )aut% me sem&le-t-il% partir du )ait que% oui% il * a de l’impardonna&le. Le pardon n’est% il ne devrait !tre ni normal% ni normati)% ni normalisant.

Dans cette mesure% et à cette condition% ce n’est plus au coupa&le en tant que tel qu’on pardonne. De l’ine1pia&le ou de l’irrépara&le% I . 7ar l’a1iome commun ou dominant de la tradition% )inalement% et à mes *eu1 le plus pro&lématique% c’est que le pardon doit avoir du sens. >oute)ois% m!me à ce moment-là% et la contradiction demeure donc% JanKélévitch n’allait pas "usqu’à admettre un pardon inconditionnel et qui donc serait accordé m!me à qui ne le demande pas.% on a a))aire à de + l’ine1pia&le .l dit en somme ' + S’ils avaient commencé% dans le repentir% par demander pardon% nous aurions pu envisa2er de le leur accorder% mais ce ne )ut pas le cas. ' d’une éthique% donc% qui se porterait au-delà des lois% des normes ou d’une o&li2ation. -r "e serais tenté de contester cette lo2ique conditionnelle de l’échan2e% cette présupposition si lar2ement répandue selon laquelle on ne pourrait envisa2er le pardon qu’à la condition qu’il soit demandé% au cours d’une sc0ne de repentir attestant à la )ois la conscience de la )aute% la trans)ormation du coupa&le et l’en2a2ement au moins implicite à tout )aire pour éviter le retour du mal. . .t l’allé2ation du non-repentir. S’a2issant &ien sDr de la Shoah% JanKélévitch insistait surtout sur un autre ar2ument% à ses *eu1 décisi) ' il est d’autant moins question de pardonner% dans ce cas% que les criminels n’ont pas demandé pardon.% disait que tout est pardonna&le sau) le crime contre l’esprit% à savoir contre la puissance réconciliatrice du pardon. ou quand il temp!te contre le miracle économique du marK et l’o&scénité prosp0re de la &onne conscience% mais surtout quand il "usti)ie le re)us de pardonner par le )ait% ou plut. . Le ner) de l’ar2ument% dans + L’imprescripti&le . Éthique au-delà de l’éthique% voilà peut-!tre le lieu introuva&le du pardon. Qu’est-ce qu’hériter quand l’hérita2e comporte une in"onction à la )ois dou&le et contradictoire ? Mne in"onction qu’il )aut donc réorienter% interpréter activement% per)ormativement% mais dans la nuit% comme si nous devions alors% sans norme ni crit0re prééta&lis% réinventer la mémoire ? $al2ré mon admirative s*mpathie pour JanKélévitch% et m!me si "e comprends ce qui inspire cette col0re du "uste% "’ai du mal à le suivre. et de la + réconciliation .% c’est que la sin2ularité de la Shoah atteint au1 dimensions de l’ine1pia&le. . -r pour l’ine1pia&le% il n’* aurait pas de pardon possi&le% selon JanKélévitch% ni m!me de pardon qui ait un sens% qui )asse sens. #t qui d0s lors n’est plus de part en part le coupa&le mais dé"à un autre% et meilleur que le coupa&le.analo2ue% Le2el% 2rand penseur du + pardon . et que% d0s lors% le + ch9timent devient presque indi))érent .% et dans la partie intitulée + ardonner ? . Mne des questions indissocia&les de celle-ci% et qui ne m’intéresse pas moins% concerne alors l’essence de l’hérita2e. 4mot que 7hirac utilisa dans sa )ameuse déclaration sur le crime contre les Jui)s sous (ich* ' + La Jrance% ce "our-là% accomplissait l’irrépara&le.% Le ardon% pu&lié antérieurement% JanKélévitch avait été plus accueillant à l’idée d’un pardon a&solu. ar e1emple quand il multiplie les imprécations contre la &onne conscience de + l’Cllemand . 7’est du moins ce que soutient% un peu vite% peut-!tre% JanKélévitch.l parlait m!me d’un impérati) d’amour et d’une + éthique h*per&olique .ls n’ont pas reconnu leur )aute et n’ont mani)esté aucun repentir.l est important d’anal*ser au )ond la tension% au c8ur de l’hérita2e% entre d’une part l’idée% qui est aussi une e1i2ence% du pardon inconditionnel% 2racieu1% in)ini% anéconomique% accordé au coupa&le en tant que coupa&le% sans contrepartie% m!me à qui ne se repent pas ou ne demande pas pardon et% d’autre part% comme en témoi2nent un 2rand nom&re de te1tes% à travers &eaucoup de di))icultés et de ra))inements sémantiques% un pardon conditionnel% proportionné à la reconnaissance de la )aute% au repentir et à la trans)ormation du pécheur qui demande alors% e1plicitement% le pardon. il dit aussi de + l’irrépara&le .6.l * a là une transaction économique qui à la )ois con)irme et contredit la tradition a&rahamique dont nous parlons.l revendiquait alors une inspiration "uive et surtout chrétienne. . . our JanKélévitch% d0s lors qu’on ne peut plus punir le criminel d’une + punition proportionnée à son crime . #t ce sens devrait se déterminer sur )ond de salut% de réconciliation% de rédemption% d’e1piation% "e dirais m!me de sacri)ice. . J’ai d’autant plus de peine à le suivre ici que dans ce qu’il appelle lui-m!me un + livre de philosophie . .

l est donc tr0s si2ni)icati)% c’est un élément structurel du domaine des a))aires humaines N"e souli2neO% que les hommes soient incapa&les de pardonner ce qu’ils ne peuvent punir% et qu’ils soient incapa&les de punir ce qui se rév0le impardonna&le.6 Je dois laisser ces immenses questions ouvertes. our la raison que "’ai dite 4que serait un pardon qui ne pardonnerait que le pardonna&le ?6 et parce que cette lo2ique continue d’impliquer que le pardon reste le corrélat d’un "u2ement et la contrepartie d’une punition possi&les% d’une e1piation possi&le% de l’+ e1pia&le .le pardon doit rester une possi&ilité humaine "’insiste sur ces deu1 mots et surtout sur ce trait anthropolo2ique qui décide de tout 4car il s’a2ira tou"ours% au )ond% de savoir si le pardon est une possi&ilité ou non% voire une )aculté% donc un + "e peu1. . -ui. 7e n’est pas au nom d’un purisme éthique ou spirituel que "’insiste sur cette contradiction au c8ur de l’hérita2e% et sur la nécessité de maintenir la ré)érence à un pardon inconditionnel et anéconomique ' au-delà de l’échan2e et m!me de l’horiBon d’une rédemption ou d’une réconciliation.cette possi&ilité humaine est le corrélat de la possi&ilité de punir non pas de se ven2er% &ien sDr% ce qui est autre chose% à quoi le pardon est encore plus étran2er% mais de punir selon la loi. P moins qu’il ne devienne possi&le qu’à partir du moment où il paraEt impossi&le..% est-ce que "e pardonne ? qu’est-ce que "e pardonne ? et à qui ? quoi et qui ? quelque chose ou quelqu’un ? remi0re am&i2u5té s*nta1ique% d’ailleurs% qui devrait dé"à nous retenir lon2temps. + Le ch9timent% dit Crendt% a ceci de commun avec le pardon qu’il tente de mettre un terme à une chose qui% sans intervention% pourrait continuer indé)iniment. Dans ce cas% peut-on encore parler d’un pardon ? 7e serait trop )acile% des deu1 c. #t l’on ne pardonne pas% selon lui% à de l’impardonna&le. souverain% et un pouvoir humain ou non6% 3 .% hors de proportion avec toute mesure humaine. Son histoire commencerait au contraire avec l’impardonna&le.JanKélévitch conclut à l’impardonna&le. ardonne-t-on quelque chose% un crime% une )aute% un tort% c’est-à-dire un acte ou un moment qui n’épuisent pas la personne incriminée et à la limite ne se con)ond pas avec le coupa&le qui lui reste donc irréducti&le ? -u &ien pardonne-t-on à quelqu’un% a&solument% ne marquant plus alors la limite entre le tort% le moment de la )aute% et d’autre part la personne qu’on tient pour responsa&le ou coupa&le ? #t dans ce dernier cas 4question + qui ? . 7et enchaEnement ne me paraEt pas aller de soi. . #ntre la question + qui ? .% donc% et non pas dans Le ardon% JanKélévitch s’installe dans cet échan2e% dans cette s*métrie entre punir et pardonner ' le pardon n’aurait plus de sens là où le crime est devenu% comme la Shoah% + ine1pia&le . Si "e dis ' + Je te pardonne à la condition que% demandant pardon% tu aies donc chan2é et ne sois plus le m!me . et la question + quoi ? . . 7ar JanKélévitch sem&le alors tenir deu1 choses pour acquises 4comme Crendt% par e1emple% dans La 7ondition de l’homme moderne6 ' l .% + irrépara&le . our qu’il * ait pardon% ne )aut-il pas au contraire pardonner et la )aute et le coupa&le en tant que tels% là où l’une et l’autre demeurent% aussi irréversi&lement que le mal% comme le mal m!me% et seraient encore capa&les de se répéter% impardonna&lement% sans trans)ormation% sans amélioration% sans repentir ni promesse ? ?e doit-on pas maintenir qu’un pardon di2ne de ce nom% s’il * en a "amais% doit pardonner l’impardonna&le% et sans condition ? #t que cette inconditionnalité est aussi inscrite% comme son contraire% à savoir la condition du repentir% dans + notre . Dans +L’imprescripti&le. hérita2e ? $!me si cette Q .6% demande-t-on pardon à la victime ou à quelque témoin a&solu% à Dieu% par e1emple à tel Dieu qui a prescrit de pardonner à l’autre 4homme6 pour mériter d’!tre pardonné à son tour ? 4L’É2lise de Jrance a demandé pardon à Dieu% elle ne s’est pas repentie directement ou seulement devant les hommes% ou devant les victimes% par e1emple la communauté "uive% qu’elle a seulement prises à témoin% mais pu&liquement% il est vrai% du pardon demandé en vérité à Dieu% etc.% dit-il. + Le pardon est mort dans les camps de la mort .tés ' on pardonnerait un autre que le coupa&le m!me..ma2ineB donc que "e pardonne à la condition que le coupa&le se repente% s’amende% demande pardon et donc soit chan2é par un nouvel en2a2ement% et que d0s lors il ne soit plus tout à )ait le m!me que celui qui s’est rendu coupa&le.

Dans toutes les sc0nes 2éopolitiques dont nous parlions% on a&use donc le plus souvent du mot + pardon . + Aéconciliation nationale . J’ai entendu un soir% dans un document d’archives% $. #ncore en prison% $andela crut devoir assumer lui-m!me la décision de né2ocier le principe d’une procédure d’amnistie. 7’est tou"ours le m!me souci ' )aire en sorte que la nation survive à ses déchirements% que les traumatismes c0dent au travail du deuil% et que l’État-nation ne soit pas 2a2né par la paral*sie.l * a tou"ours un calcul straté2ique et politique dans le 2este 2énéreu1 de qui o))re la réconciliation ou l’amnistie% et il )aut tou"ours inté2rer ce calcul dans nos anal*ses. 4e1ception "uridicopolitique dont nous reparlerons6% l’amnistie ne si2ni)ie le pardon.. 7’est un leitmotiv de la rhétorique de tous les che)s d’État et remiers ministres )ran/ais depuis la Seconde =uerre mondiale% sans e1ception. 7availlet dire% "e le cite de mémoire% qu’il avait% alors parlementaire% voté la loi d’amnistie de @GQ@ parce qu’il )allait% disait-il% + savoir ou&lier . de la santé sociale et politique n’a rien à voir avec le + pardon . . 7es tractations peuvent certes paraEtre honora&les. -n ne pourra "amais% en ce sens ordinaire des mots% )onder une politique ou un droit sur le pardon.nversement% quand le corps de la nation peut supporter sans risque une division mineure ou m!me trouver son unité ren)orcée par des proc0s% par des ouvertures d’archives% par des + levées de re)oulement .% ce )ut encore% "e l’ai dit% le lan2a2e e1plicite de De =aulle quand il revint pour la premi0re )ois à (ich* et * pronon/a un )ameu1 discours sur l’unité et l’unicité de la Jrance < ce )ut littéralement le discours de ompidou qui parla aussi% dans une )ameuse con)érence de presse% de + réconciliation nationale . -r quand Desmond >utu a été H . 7e )ut littéralement le lan2a2e de ceu1 qui apr0s le premier moment d’épuration% décid0rent de la 2rande amnistie de lGQ@ pour les crimes commis sous l’-ccupation.pureté radicale peut paraEtre e1cessive% h*per&olique% )olle ? 7ar si "e dis% comme "e le pense% que le pardon est )ou% et qu’il doit rester une )olie de l’impossi&le% ce n’est certainement pas pour l’e1clure ou le disquali)ier. our permettre d’a&ord le retour des e1ilés de l’C?7. dont on parle alors &ien lé20rement.% alors d’autres calculs dictent de )aire droit de )a/on plus ri2oureuse et plus pu&lique à ce qu’on appelle le + devoir de mémoire .l est peut-!tre m!me la seule chose qui arrive% qui surprenne% comme une révolution% le cours ordinaire de l’histoire% de la politique et du droit. . < d’autant plus qu’à ce moment-là% 7availlet * insistait lourdement% le dan2er communiste était ressenti comme le plus ur2ent. et de division surmontée quand il 2racia >ouvier < ce )ut encore le lan2a2e de $itterrand quand il a soutenu% à plusieurs reprises% qu’il était 2arant de l’unité nationale% et tr0s précisément quand il a re)usé de déclarer la culpa&ilité de la Jrance sous (ich* 4qu’il quali)iait% vous le saveB% de pouvoir nonlé2itime ou non-représentati)% approprié par une minorité d’e1trémistes% alors que nous savons la chose plus compliquée% et non seulement du point de vue )ormel et lé2al% mais laissons6..% e1pression à laquelle de =aulle% ompidou et $itterrand ont tous les trois recouru au moment où ils ont cru devoir prendre la responsa&ilité d’e))acer les dettes et les crimes du passé% sous l’-ccupation ou pendant la 2uerre d’Cl2érie. 7ar il s’a2it tou"ours de né2ociations plus ou moins avouées% de transactions calculées% de conditions et% comme dirait Rant% d’impérati)s h*pothétiques. $ais m!me là où l’on pourrait le "usti)ier% cet impérati) + écolo2ique . Aevenons au remarqua&le e1emple de l’C)rique du Sud. #n Jrance les plus hauts responsa&les politiques ont ré2uli0rement tenu le m!me lan2a2e ' il )aut procéder à la réconciliation par l’amnistie et reconstituer ainsi l’unité nationale.l )allait )aire revenir dans la communauté nationale tous les anticommunistes qui% colla&orateurs quelques années auparavant% risquaient de se trouver e1clus du champ politique par une loi trop sév0re et par une épuration trop peu ou&lieuse. $ais pas plus que l’acquittement% le non-lieu% et m!me la + 2r9ce . Ae)aire l’unité nationale% cela voulait dire se réarmer de toutes les )orces disponi&les dans un com&at qui continuait% cette )ois en temps de pai1 ou de 2uerre dite )roide. ar e1emple au nom de la + réconciliation nationale . 7ar cela veut dire qu’il demeure hétéro20ne à l’ordre du politique ou du "uridique tels qu’on les entend ordinairement. #t en vue d’une réconciliation nationale sans laquelle le pa*s aurait été mis à )eu et à san2 par la ven2eance. Le pardon ne rel0ve pas% il devrait ne "amais relever d’une thérapie de la réconciliation. . .

nommé président de la commission (érité et réconciliation% il a christianisé le lan2a2e d’une institution destinée à traiter uniquement de crimes à motivation + politique .l se l’est )ait reprocher% entre autres choses d’ailleurs% par une partie non-chrétienne de la communauté noire. $oi seule% éventuellement% pourrais le )aire. $!me s’il était + "uste . 7ette )emme voulait peut-!tre su22érer autre chose encore ' si quelqu’un a quelque titre à pardonner% c’est seulement la victime et non une institution tierce.% le pardon serait "uste d’une "ustice qui n’a rien à voir avec la "ustice "udiciaire% avec le droit.6 et une lo2ique "udiciaire de l’amnistie. 7ette )emme victime% cette )emme de victime 436 voulait sDrement rappeler que le corps anon*me de l’État ou d’une institution pu&lique ne peut pardonner. .t le pardon 4accordé par Dieu ou inspiré par la prescription divine6 doit !tre un don 2racieu1% sans échan2e et sans condition < tant. #lle parle dans sa lan2ue% une des onBe lan2ues o))iciellement reconnues par la 7onstitution. Cinsi >utu raconte qu’un "our une )emme noire vient témoi2ner devant la 7ommission. >ant. arole )ort di))icile à entendre. . 4Cnd .l * a des cours de "ustice pour cela et ces cours ne pardonnent "amais% au sens strict de ce mot.6 #t "e ne suis pas pr!te à pardonner ou pour pardonner. et quasi automatique pour échapper à la "ustice. am not read* to )or2ive. 4énorme pro&l0me auquel "e renonce à toucher ici% comme "e renonce à anal*ser la structure comple1e de ladite commission% dans ses rapports avec les autres instances "udiciaires et procédures pénales qui devaient suivre leur cours6. . Sans parler des redouta&les en"eu1 de traduction que "e ne peu1 ici qu’évoquer mais qui% comme le recours au lan2a2e m!me% concernent aussi le second aspect de votre question ' la sc0ne du pardon est-elle un )ace-à-)ace personnel ou &ien en appelle-t-elle à quelque médiation institutionnelle ? 4#t le lan2a2e lui-m!me% la lan2ue est ici une premi0re institution médiatrice6. La possi&ilité de ce calcul reste tou"ours ouverte et on pourrait en donner &eaucoup d’e1emples.le de ré)érence a&solu% à savoir de sa pureté inconditionnelle% elle reste néanmoins insépara&le de ce qui lui est hétéro20ne% à S . Le statut de la commission (érité et Aéconciliation est )ort am&i2u à ce su"et% comme le discours de >utu qui oscille entre une lo2ique non-pénale et non-réparatrice du + pardon . Je reviens un instant à l’équivoque de la tradition. . Cvec autant de &onne volonté que de con)usion% me sem&le-t-il% >utu% archev!que an2lican% introduit le voca&ulaire du repentir et du pardon. -n devrait anal*ser de pr0s l’insta&ilité équivoque de toutes ces auto-interprétations. 4il la dit + restauratrice . La survivante n’était pas pr!te à se su&stituer a&usivement au mort.t% il requiert% comme sa condition minimale% le repentir et la trans)ormation du pécheur. 7ar d’autre part% m!me si cette épouse était aussi une victime% eh &ien% la victime a&solue% si l’on peut dire% restait son mari mort. Quelle conséquence tirer de cette tension ? Cu moins celle-ci% qui ne simpli)ie pas les choses ' si notre idée du pardon tom&e en ruine d0s qu’on la prive de son p.mmense et douloureuse e1périence du survivant ' qui aurait le droit de pardonner au nom de victimes disparues ? 7elles-ci sont tou"ours a&sentes% d’une certaine mani0re. D0s qu’un tiers intervient% on peut encore parler d’amnistie% de réconciliation% de réparation% etc. >utu l’interpr0te et la traduit à peu pr0s ainsi% dans son idiome chrétien 4an2loan2lican6 ' + Mne commission ou un 2ouvernement ne peut pas pardonner. #n principe% donc% tou"ours pour suivre une veine de la tradition a&rahamique% le pardon doit en2a2er deu1 sin2ularités ' le coupa&le 4le + perpetrator . Son mari avait été assassiné par des policiers tortionnaires. P la )aveur d’une con)usion entre l’ordre du pardon et l’ordre de la "ustice% mais aussi &ien en a&usant de leur hétéro2énéité% comme du )ait que le temps du pardon échappe au processus "udiciaire% il est d’ailleurs tou"ours possi&le de mimer la sc0ne du pardon + immédiat . #t de contre-e1emples. Disparues par essence% elles ne sont "amais elles-m!mes a&solument présentes% au moment du pardon demandé% comme les m!mes% celles qu’elles )urent au moment du crime < et elles sont par)ois a&sentes dans leur corps% voire souvent mortes. ?i m!me avec l’espace pu&lic ou politique. Le représentant de l’État peut "u2er mais le pardon n’a rien à voir avec le "u2ement% "ustement. . $ais certainement pas de pur pardon% au sens strict.% comme on dit en C)rique du Sud6 et la victime. Seul le mort aurait pu% lé2itimement% envisa2er le pardon.l n’en a ni le droit ni le pouvoir < et cela n’aurait d’ailleurs aucun sens.

qui soit% le plus no&le mais aussi le plus + 2lissant .% dans sa )onction souveraine% est visé à travers l’autre + corps du roi . 7’est entre ces deu1 p.% aucune )inalité% aucune intelli2i&ilité m!me.les% l’inconditionnel et le conditionnel% sont a&solument hétéro20nes et doivent demeurer irréducti&les l’un à l’autre. 7’est une )olie de l’impossi&le. 7omme l’idée de souveraineté m!me% ce droit de 2r9ce a été réapproprié dans l’hérita2e répu&licain. .l lui est étran2er comme une e1ception. 7ar le droit de 2r9ce est &ien% comme son nom l’indique% de l’ordre du droit mais d’un droit qui inscrit dans les lois un pouvoir au-dessus des lois.savoir l’ordre des conditions% le repentir% la trans)ormation% autant de choses qui lui permettent de s’inscrire dans l’histoire% le droit% la politique% l’e1istence m!me.les% irréconcilia&les mais indissocia&les% que les décisions et les responsa&ilités sont à prendre. Dans des États modernes de t*pe démocratique% comme la Jrance% on dirait qu’il a été sécularisé 4si ce mot avait un sens ailleurs que dans la tradition reli2ieuse qu’il maintient en prétendant s’* soustraire6.ls sont pourtant indissocia&les ' si l’on veut% et il le )aut% que le pardon devienne e))ecti)% concret% historique% si l’on veut qu’il arrive% qu’il ait lieu en chan2eant les choses% il )aut que sa pureté s’en2a2e dans une série de conditions de toute sorte 4ps*chosociolo2iques% politiques% etc. Sans contester le principe de ce droit de 2r9ce% le plus + élevé . Le monarque a&solu de droit divin peut 2racier un criminel% c’est-à-dire pratiquer% au nom de l’État% un pardon qui transcende et neutralise le droit. 7omme c’est tou"ours le cas% le principe transcendantal d’un s*st0me n’appartient pas au s*st0me. 7ar s’il est vrai que le pardon devrait rester hétéro20ne à l’ordre "uridico-politique% "udiciaire ou pénal% s’il est vrai qu’il devrait à chaque )ois% en chaque occurrence% rester une e1ception a&solue% alors il * a une e1ception à cette loi d’e1ception% en quelque sorte% et c’est "ustement% en -ccident% cette tradition théolo2ique qui accorde au souverain un droit e1or&itant. . 7e qui compte dans cette e1ception a&solue qu’est le droit de 2r9ce% c’est que l’e1ception du droit% l’e1ception au droit est située au sommet ou au )ondement du "uridico-politique. U .6.l )audrait suivre sans )ai&lir la conséquence de ce parado1e ou de cette aporie.% qui est ici le + m!me . 7es deu1 p. et le plus équivoque% le plus dan2ereu1% le plus ar&itraire% Rant rappelle la stricte limitation qu’il )audrait lui imposer pour qu’il ne donne pas lieu au1 pires in"ustices ' que le souverain ne puisse 2racier que là où le crime le vise lui-m!me 4et donc vise% dans son corps% la 2arantie m!me du droit% de l’État de droit et de l’État6. 7omme dans la lo2ique hé2élienne dont nous parlions plus haut% n’est impardonna&le que le crime contre ce qui donne le pouvoir de pardonner% le crime contre le pardon% en somme l’esprit selon Le2el% et ce qu’il appelle + l’esprit du christianisme . . Dans d’autres% comme les États-Mnis% la sécularisation n’est pas m!me un simulacre% puisque le résident et les 2ouverneurs% qui ont le droit de 2r9ce 4pardon% clemenc*6% pr!tent d’a&ord serment sur la Ti&le% tiennent des discours o))iciels de t*pe reli2ieu1 et invoquent le nom ou la &énédiction de Dieu à chaque )ois qu’ils s’adressent à la nation. Dans le corps du souverain% elle incarne ce qui )onde% soutient ou éri2e% au plus haut% avec l’unité de la nation% la 2arantie de la constitution% les conditions et l’e1ercice du droit. 7e qu’on appelle le droit de 2r9ce en donne un e1emple% à la )ois un e1emple parmi d’autres et le mod0le e1emplaire. mais c’est "ustement cet impardonna&le% et cet impardonna&le seul que le souverain a encore le droit de pardonner% et seulement quand le + corps du roi . Droit au-dessus du droit. 7e qui complique la question du + sens . $ais mal2ré toutes les con)usions qui réduisent le pardon à l’amnistie ou à l’amnésie% à l’acquittement ou à la prescription% au travail du deuil ou à quelque thérapie politique de réconciliation% &re) à quelque écolo2ie historique% il ne )audrait "amais ou&lier% néanmoins% que tout cela se ré)0re à une certaine idée du pardon pur et inconditionnel sans laquelle ce discours n’aurait pas le moindre sens.% le corps de chair% sin2ulier et empirique.% c’est encore ceci% "e le su22érais tout à l’heure ' le pardon pur et inconditionnel% pour avoir son sens propre% doit n’avoir aucun + sens .

7hose dé"à )ort impro&a&le. 7ar vous ima2ineB ce qu’une + lo2ique de l’inconscient . our pardonner% il )aut d’une part s’entendre% des deu1 c. Dans le cas à la )ois e1ceptionnel et e1emplaire du droit de 2r9ce% là où ce qui e1c0de le "uridicopolitique s’inscrit% pour le )onder% dans le droit constitutionnel% eh &ien il * a et il n’* a pas ce t!te-àt!te ou ce )ace-à-)ace personnel% et dont on peut penser qu’il est e1i2é par l’essence m!me du pardon.t o))ensi) de la peine de mort. D0s que la victime + comprend . -r il vient% en utilisant son + ri2ht to pardon .% et si la chose reste dé"à )ort impro&a&le% le contraire est aussi vrai.% de 2racier des ortoricains emprisonnés depuis lon2temps pour terrorisme. à quelqu’un qui me demande pardon% mais que "e comprends et qui me comprend% alors un processus de réconciliation a commencé% le tiers est intervenu.. dont nous parlions% et dans le droit et dans la politique. #h &ien% les Aépu&licains n’ont pas manqué de contester ce privil02e a&solu de l’e1écuti) en accusant le résident d’avoir ainsi voulu aider Lillar* 7linton dans sa prochaine campa2ne électorale à ?eV WorK où les orto-Aicains sont% comme vous le saveB% nom&reu1.tés% sur la nature de la )aute% savoir% en conscience% qui est coupa&le de quel mal envers qui% etc. Le pardon est donc )ou% il doit s’en)oncer% mais lucidement% dans la nuit de l’inintelli2i&le. #n m!me temps% il )aut en e))et que l’altérité% la non-identi)ication% l’incompréhension m!me restent irréducti&les. le criminel% d0s qu’elle échan2e% parle% s’entend avec lui% la sc0ne de la réconciliation a commencé% et avec elle ce pardon courant qui est tout sau) un pardon. #n )ait% on sait qu’il est tou"ours e1ercé de )a/on conditionnelle% en )onction d’une interprétation ou d’un calcul% de la part du souverain% quant à ce qui croise un intér!t particulier 4le sien propre ou ceu1 des siens ou d’une )raction de la société6 et l’intér!t de l’État. Là m!me où celui-ci devrait n’en2a2er que des sin2ularités a&solues% il ne peut se mani)ester de quelque )a/on sans en appeler au tiers% à l’institution% à la socialité% à l’hérita2e trans2énérationnel% au survivant en 2énéral < et d’a&ord à cette instance universalisante qu’est le lan2a2e. $!me si "e dis + "e ne te pardonne pas . 7’est là une autre )orme de la m!me aporie ' quand la victime et le coupa&le ne parta2ent aucun lan2a2e% quand rien de commun et d’universel ne leur permet de s’entendre% le pardon sem&le privé de sens% on a &ien a))aire à cet impardonna&le a&solu% à cette impossi&ilité de pardonner dont nous disions pourtant tout à l’heure qu’elle était% parado1alement% l’élément m!me de tout pardon possi&le.tés% sur la nature de la )aute% savoir qui est coupa&le de quel mal envers qui% etc. eut-il * avoir% de part ou d’autre% une sc0ne de pardon sans un lan2a2e parta2é ? 7e parta2e n’est pas seulement celui d’une lan2ue nationale ou d’un idiome% mais celui d’un accord sur le sens des mots% leurs connotations% la rhétorique% la visée d’une ré)érence% etc. Mn e1emple récent en serait donné par 7linton qui n’a "amais été enclin à 2racier qui que ce soit et qui est un partisan plut. #t vous ima2ineB aussi ce qui se passerait quand la m!me pertur&ation )erait tout trem&ler% quand elle viendrait retentir dans le + travail du deuil . CppeleB cela l’inconscient ou la non-conscience% si vous vouleB.% et dans tous les schémas dont elle détient pourtant une + vérité . Dans les situations les plus terri&les% en C)rique% au Rosovo% ne s’a2it-il pas% précisément% d’une &ar&arie de pro1imité% où le crime s’est noué entre 2ens qui se connaissaient ? Le pardon n’implique-t-il pas l’impossi&le ' !tre en m!me temps dans autre chose que la situation antérieure% avant le crime% tout en étant dans la compréhension de la situation antérieure ? G . ourtant c’en est )ini du pur pardon.#n dehors de cette e1ception a&solue% dans tous les autres cas% partout où les torts concernent les su"ets eu1-m!mes% c’est-à-dire presque tou"ours% le droit de 2r9ce ne saurait s’e1ercer sans in"ustice.% dans la + thérapie . viendrait pertur&er dans ce + savoir . 7ar si un pardon pur ne peut pas% s’il ne doit pas se présenter comme tel% donc s’e1hi&er sur le thé9tre de la conscience sans du m!me coup se dénier% mentir ou réa))irmer une souveraineté% alors comment savoir ce qu’est un pardon% s’il a "amais lieu% et qui pardonne qui% ou quoi à qui ? 7ar d’autre part% s’il )aut% comme nous le disions à l’instant% s’entendre% des deu1 c.

>outes sortes de + politiques . qu’un vote ait approuvé la politique promise par Toute)liKa. . #n Cl2érie au"ourd’hui% mal2ré la douleur in)inie des victimes et le tort irrépara&le dont elles sou))rent à "amais% on peut penser% certes% que la survie du pa*s% de la société et de l’État passe par le processus de réconciliation annoncé.% il pouvait * avoir en e))et toutes sortes de pro1imités ' lan2a2e% voisina2e% )amiliarité% )amille m!me% etc.% comme vous le dites si &ien. Tien que "e ne sois pas sDr des mots + vision .% si nécessaires et souhaita&les qu’elles puissent paraEtre à travers les amnésies% le + travail du deuil . Tien que souvent une certaine notion de la souveraineté soit positivement associée au droit de la personne% au droit à l’autodétermination% à l’idéal d’émancipation% en vérité à l’idée m!me de li&erté% au principe des droits de l’homme% c’est souvent au nom des droits de l’homme et pour punir ou prévenir des crimes contre l’humanité qu’on en vient à limiter% à envisa2er au moins% par des interventions internationales% de limiter la souveraineté de certains États-nations. ou une + comédie . #lle seule peut inspirer% ici% maintenant% dans l’ur2ence% sans attendre% la réponse et les responsa&ilités. $ais de @Y . $ais sans pouvoir% ni vouloir% ni devoir départa2er.% dans ce cas% disons que seule cette e1i2ence in)le1i&le peut orienter une histoire des lois% une évolution du droit.% etc.l vaut mieu1 mettre )in au1 crimes et au1 déchirements. our in)léchir la + politique . $ais "e crois inapproprié le mot de + pardon . $ais pour que le mal sur2isse% le + mal radical . $ais encore une )ois% "e crois devoir distin2uer entre le pardon et ce processus de réconciliation% cette reconstitution d’une santé ou d’une + normalité .. et ce qui m’importe ici% c’est% entre les deu1% cette médiation universalisante% cette histoire du droit% la possi&ilité de ce pro2r0s du droit6% il )aut se ré)érer à ce que vous veneB d’appeler + vision éthique Xh*per&oliqueX du pardon . Le pardon doit-il alors saturer l’a&Eme ? Doit-il suturer la &lessure dans un processus de réconciliation ? -u &ien donner lieu à une autre pai1% sans ou&li% sans amnistie% )usion ou con)usion ? Tien entendu% personne n’oserait décemment o&"ecter à l’impérati) de la réconciliation. Je le trouve in"uste à la )ois par respect pour les victimes de crimes atroces 4aucun che) d’État n’a le droit de pardonner à leur place6 et par respect pour le sens de ce mot% pour l’inconditionnalité non-né2ocia&le% anéconomique% a-politique et non-straté2ique qu’il prescrit. (ous !tes donc en permanence parta2é entre une vision éthique + h*per&olique . du pardon% le pardon pur% et la réalité d’une société au travail dans des processus pra2matiques de réconciliation ? Jacques Derrida ' -ui% "e reste + parta2é .les% l’+ idéal . #n politique% quand il s’a2it d’anal*ser% de "u2er% voire de contrarier pratiquement ces a&us% l’e1i2ence conceptuelle est de ri2ueur% m!me là où elle prend en compte% en s’* em&arrassant et en les déclarant% des parado1es ou des apories. Les deu1 p. -n peut de ce point de vue + comprendre . lus que "amais% ces trois moti)s sont liés dans l’espace pu&lic et dans le discours politique. 7ette hostilité destructrice ne peut viser que ce que Levinas appelle le + visa2e . Aevenons à la question des droits de l’homme% du concept de crime contre l’humanité% mais aussi de la souveraineté.Jacques Derrida ' Dans ce que vous appeleB la + situation antérieure . n’est pas un pardon% c’est seulement une straté2ie politique ou une économie ps*chothérapeutique.% pour chan2er le droit 4qui se trouve donc pris entre les deu1 p. $ais encore une )ois% ce respect du mot ou du concept ne traduit pas seulement un purisme sémantique ou philosophique. Mn pardon + )inalisé . qui )ut prononcé à cette occasion% en particulier par le che) de l’État al2érien. inavoua&les% toutes sortes de ruses straté2iques peuvent s’a&riter a&usivement derri0re une + rhétorique .les sont irréducti&les l’un à l’autre% certes% mais ils restent indissocia&les. ou + éthique . et peut-!tre pire encore% le mal impardonna&le% le seul qui )asse sur2ir la question du pardon% il )aut que% au plus intime de cette intimité% une haine a&solue vienne interrompre la pai1. ou ce que vous veneB d’appeler les + processus pra2matiques . et l’+ empirique . d’autrui% l’autre sem&la&le% le prochain le plus proche% entre le Tosniaque et le Ser&e par e1emple% à l’intérieur du m!me quartier% de la m!me maison% par)ois de la m!me )amille. du pardon pour &rDler l’étape du droit. 7’est% encore une )ois% la condition de la responsa&ilité.

?e doit-on pas accepter que% dans le c8ur ou dans la raison% surtout quand il est question du + pardon . D’une part% il * a% il doit * avoir% il )aut l’accepter% de l’+ insolu&le .% partout et tou"ours% un crime contre l’humanité sera passi&le d’un "u2ement% et on n’en e))acera "amais l’archive "udiciaire. devant ces di))icultés apparemment insolu&les% "e serais tenté par deu1 t*pes de réponse. 7ela dit% puisque vous me rappelieB à quel point "e suis + parta2é . #ntre les deu1 h*poth0ses% tout dépend de la politique qui met en 8uvre ces concepts. 7ela montre &ien que mal2ré son apparence théorique% spéculative% puriste% a&straite% toute ré)le1ion sur une e1i2ence inconditionnelle est d’avance en2a2ée% et de part en part% dans une histoire concr0te. $ais l’imprescripti&le% "’* reviens% )ait si2ne vers l’ordre transcendant de l’inconditionnel% du pardon et de l’impardonna&le% vers une sorte d’anhistoricité% voire d’éternité et de Ju2ement Dernier qui dé&orde l’histoire et le temps )ini du droit ' à "amais% + éternellement . So*ons tou"ours attenti)s% comme Lannah Crendt le rappelle aussi lucidement% au )ait que cette limitation de souveraineté n’est "amais imposée que là où c’est + possi&le . #1emples récents ' les interventions au Rosovo ou au >imor-oriental% d’ailleurs di))érentes dans leur nature et leur visée. 7es derniers restent "alou1 de leur propre souveraineté en limitant celle des autres..% @@ . .t que d’autres. 4ph*siquement% militairement% économiquement6% c’est-à-dire tou"ours imposée à de petits États% relativement )ai&les% par des États puissants. . 4Le cas de la 2uerre du =ol)e est autrement compliqué ' on limite au"ourd’hui la souveraineté de l’. ou &ien% au contraire% peu à peu disloqués% mis en crise% menacés par des concepts 4c’est-à-dire ici des per)ormati)s institués% des événements par essence historiques et trans)orma&les6% comme ceu1 des nouveau1 + droits de l’homme . #n politique et au-delà. ?on qu’il )aille ne pas savoir.% par des conventions sur le 2énocide% la torture ou le terrorisme. 7’est là un ordre et un + état de )ait . #t quand% en @GHI c’était hier la Jrance a "u2é opportun de décider que les crimes contre l’humanité resteraient imprescripti&les 4décision qui a rendu possi&les tous les proc0s que vous saveB hier encore celui de apon6% elle en a implicitement appelé à une sorte d’au-delà du droit dans le droit. ce que vous dési2neB en parlant de + processus pra2matiques de réconciliation . qui peuvent !tre ou &ien consolidés au service des + puissants . Cu contraire% il )aut savoir le plus et le mieu1 possi&le% mais entre le savoir le plus étendu% le plus ra))iné% le plus nécessaire% et la décision responsa&le% un a&Eme demeure et doit demeurer.certains d’entre eu1% plut. D’autre part% si l’on appelle + politique . -n retrouve ici la distinction des deu1 ordres 4indissocia&les mais hétéro20nes6 qui nous préoccupe depuis le dé&ut de cet entretien.raK mais apr0s avoir prétendu dé)endre% contre lui% la souveraineté d’un petit État et au passa2e quelques autres intér!ts% mais passons6. 7’est donc une certaine idée du pardon et de l’impardonna&le% d’un certain au-delà du droit 4de toute détermination historique du droit6 qui a inspiré les lé2islateurs et les parlementaires% ceu1 qui produisent le droit% quand par e1emple ils ont institué en Jrance l’imprescripti&ilité des crimes contre l’humanité ou% de )a/on plus 2énérale quand ils trans)orment le droit international et installent des cours universelles. ou de + crime contre l’humanité . Mn certain non-savoir doit au contraire me laisser démuni devant ce que "’ai à )aire pour que "’aie à le )aire% pour que "e m’* sente li&rement o&li2é et tenu d’en répondre.l me )aut alors% et alors seulement% répondre de cette transaction entre deu1 impérati)s contradictoires et é2alement "usti)iés. L’imprescripti&le% comme notion "uridique% n’est certes pas l’impardonna&le% nous avons vu pourquoi tout à l’heure. $al2ré leurs racines et leurs )ondements sans 92e% ces concepts sont tout "eunes% du moins en tant que dispositi)s du droit international. Quand les données d’un pro&l0me ou d’une t9che n’apparaissent pas comme in)iniment contradictoires% me pla/ant devant l’aporie d’une dou&le in"onction% alors "e sais d’avance ce qu’il )aut )aire% "e crois le savoir% ce savoir commande et pro2ramme l’action ' c’est )ait% il n’* a plus de décision ni de responsa&ilité à prendre.ls p0sent aussi de )a/on déterminante sur les décisions des institutions internationales. #lle peut induire des processus de trans)ormation politique% "uridique% mais en vérité sans limite.% alors% tout en prenant au sérieu1 ces ur2ences politiques% "e crois aussi que nous ne sommes pas dé)inis de part en part par le politique% et surtout pas par la cito*enneté% par l’appartenance statutaire à un État-nation.

% et si% pour cela% il )aut ruser "usqu’au menson2e ou à la con)usion 4comme quand Toute)liKa dit ' + ?ous allons li&érer les prisonniers politiques qui n’ont pas de san2 sur les mains .% mais "e comprends aussi la lo2ique opposée qui re)use à tout pri1% et par principe% cette utile m*sti)ication. 7e qui reste comple1e% c’est cette circulation entre le politique et l’éthique h*per&olique. Selon les situations et selon les moments% les responsa&ilités à prendre sont di))érentes.l )aut )aire la pai1% il )aut que ce pa*s survive% /a su))it% ces meurtres monstrueu1% il )aut )aire ce qu’il )aut pour que /a s’arr!te .% c’est tout autre chose qu’une démission empiriste% relativiste ou pra2matiste. L’avenir ne nous le donnera pas davanta2e à savoir car il aura été déterminé% lui-m!me% par ce choi1. 7e qu’il reste à )aire% ensuite% pu&liquement% politiquement% "uridiquement% demeure aussi di))icile. #n tout cas% "e ne réduirais pas la terri&le question du mot + pardon . dans lesquels elle se trouve d’avance en2a2ée% si comple1es et inévita&les soient-ils. #h &ien% c’est là le moment de la plus 2rande di))iculté% la loi de la transaction responsa&le. . -n peut ima2iner% et accepter% que quelqu’un ne pardonne "amais% m!me apr0s une procédure d’acquittement ou d’amnistie. Justement parce que la di))iculté sur2it au nom et en raison de principes inconditionnels% donc irréducti&les à ces )acilités 4empiristes% relativistes ou pra2matistes6. La société )ran/aise d’au"ourd’hui peut se permettre de mettre au "our% avec une ri2ueur in)le1i&le% tous les crimes du passé 4* compris ceu1 qui reconduisent en Cl2érie% précisément% et la chose n’est pas encore )aite6% elle peut les "u2er et ne pas laisser s’endormir la mémoire. 7’est là que les responsa&ilités sont à réévaluer à chaque instant selon les situations concr0tes% c’est-à-dire celles qui n’attendent pas% celles qui ne nous donnent pas le temps de la déli&ération in)inie.6% eh &ien% va pour cette rhétorique a&usive% elle n’aura pas été la premi0re dans l’Listoire récente% moins récente et surtout coloniale de ce pa*s. Je comprends donc cette + lo2ique . $ais reconnaEtre ces di))érences + conte1tuelles . que le "uridico-politique ne peut approcher% encore moins s’approprier. eu de nations échappent à ce )ait% peut-!tre )ondateur% qui est qu’il * a eu des crimes% des violences% une @3 . -n n’est "amais sDr de )aire le choi1 "uste% on ne sait "amais% on ne le saura "amais de ce qui s’appelle un savoir.quelque chose arrive qui e1c0de toute institution% tout pouvoir% toute instance "uridico-politique ? -n peut ima2iner que quelqu’un% victime du pire% en soi-m!me% cheB les siens% dans sa 2énération ou dans la précédente% e1i2e que "ustice soit rendue% que les criminels comparaissent% soient "u2és et condamnés par une cour et pourtant dans son c8ur pardonne. . 7’est plus que di))icile% c’est in)iniment an2oissant. à ces + processus . $ais "e )erais de ce principe trans-politique un principe politique% une r02le ou une prise de position politique ' il )aut aussi respecter% en politique% le secret% ce qui e1c0de le politique ou ce qui ne rel0ve plus du "uridique.l * a des situations où% au contraire% il )aut% sinon endormir la mémoire 4cela% il ne le )audrait "amais% si c’était possi&le6 mais du moins )aire comme si% sur la sc0ne pu&lique% on renon/ait à en tirer toutes les conséquences. 7’est la nuit.% dans les deu1 cas% "e ne suis pas sDr de comprendre% "e suis m!me sDr de ne pas comprendre et en tout cas "e n’ai rien à dire. Aeprenons l’e1emple de l’Cl2érie. Qu’elle dise + "e pardonne . 7’est cela que "’appellerais la + démocratie à venir . . ou + "e ne pardonne pas .l doit rester intact% inaccessi&le au droit% à la politique% à la morale m!me ' a&solu. 7ette Bone de l’e1périence reste inaccessi&le et "e dois en respecter le secret. Je comprends% "e parta2e m!me le désir de ceu1 qui disent ' + . -n ne devrait pas )aire% me sem&le-t-il% dans la Jrance d’au"ourd’hui% ce qu’on s’appr!te à )aire en Cl2érie. #t l’inverse ? Jacques Derrida ' L’inverse aussi% &ien sDr. La réponse ne peut !tre la m!me en Cl2érie au"ourd’hui% hier ou demain% et dans la Jrance de lGIQ% de lGHU-SY% ou de l’an 3YYY.. Le secret de cette e1périence demeure. Dans le mal radical dont nous parlons et par conséquent dans l’éni2me du pardon de l’impardonna&le% il * a une sorte de + )olie .ma2ineB une victime du terrorisme% une personne dont on a é2or2é ou déporté les en)ants% ou telle autre dont la )amille est morte dans un )our crématoire.

. De plus% quand on passe à l’acte% au nom de droits de l’homme universels ou contre des + crimes contre l’humanité .t que là% par e1emple au Rosovo plut.% on le )ait souvent de )a/on intéressée% compte tenu de straté2ies comple1es et par)ois contradictoires% à la merci d’États non seulement "alou1 de leur propre souveraineté mais dominants sur la sc0ne internationale% pressés d’intervenir ici plut. La )ondation est )aite pour l’occulter < elle tend par essence à or2aniser l’amnésie% par)ois sous la célé&ration et la su&limation des 2rands commencements. Je crois cette vérité irrécusa&le.t ou plus t. ' le tri&unal de ?urem&er2 était l’invention des vainqueurs% il restait à leur disposition% aussi &ien pour éta&lir le droit% "u2er et condamner que pour innocenter% etc. La victime serait alors victime% de surcroEt% de se voir dépouillée de la possi&ilité minimale% élémentaire% d’envisa2er virtuellement de pardonner à l’impardonna&le. Si% comme le prétendent JanKélévitch et Crendt 4"’ai dit mes réserves à ce su"et6% on ne pardonne que là où l’on pourrait "u2er et punir% donc évaluer% alors la mise en place% l’institution d’une instance de "u2ement suppose un pouvoir% une )orce% une souveraineté. 7ette violence )ondatrice n’est pas seulement ou&liée. #lle s’adresse souvent de haut en &as% elle con)irme sa propre li&erté ou s’arro2e le pouvoir de pardonner% )Dt-ce en tant que victime ou au nom de la victime. -r ce qui paraEt sin2ulier au"ourd’hui% et inédit% c’est le pro"et de )aire comparaEtre des États ou du moins des che)s d’État en tant que tels 4 inochet6% et m!me des che)s d’État en e1ercice 4$ilosevic6 devant des instances universelles.té du >i&et < ou encore la réticence des États-Mnis% voire de la Jrance% mais aussi de certains pa*s dits + du Sud . La souveraineté de l’État% l’immunité d’un che) d’État ne sont plus% en principe% en droit% intan2i&les. -r il )aut aussi penser à une victimisation a&solue% celle qui prive la victime de la vie% ou du droit à la parole% ou de cette li&erté% de cette )orce et de ce pouvoir qui autorisent% qui permettent d’accéder à la position du + "e pardonne . .violence )ondatrice% pour parler comme Aené =irard% et le th0me du pardon devient &ien commode pour "usti)ier% ensuite% l’histoire de la nation. Tien entendu% de nom&reuses équivoques demeureront lon2temps% devant lesquelles il )aut redou&ler de vi2ilance. -n en revient ré2uli0rement à cette histoire de la souveraineté. 4quel mot% ici F6 cette a&straite vérité de terri)iants documents% et venus de l’histoire de tous les États% les plus vieu1 et les plus "eunes.l est donc hors la loi% et violent par là-m!me.% devant les compétences universelles promises à la 7our pénale internationale% etc. Là% l’impardonna&le consisterait à priver la victime de ce droit à la parole% de la parole m!me% de la possi&ilité de toute mani)estation% de tout témoi2na2e. 7haque )ois que le pardon est e))ectivement e1ercé% il sem&le supposer quelque pouvoir souverain. Sans m!me e1hi&er à ce su"et des spectacles atroces% il su))it de souli2ner une loi de structure ' le moment de )ondation% le moment instituteur est antérieur à la loi ou à la lé2itimité qu’il instaure. 7ela peut !tre le pouvoir souverain d’une 9me no&le et )orte% mais aussi un pouvoir d’État disposant d’une lé2itimité incontestée% de la puissance nécessaire pour or2aniser un proc0s% un "u2ement applica&le ou% éventuellement% l’acquittement% l’amnistie ou le pardon. d’un pardon di2ne de ce nom% ce serait @: . 7e dont "e r!ve% ce que "’essaie de penser comme la + pureté . 7e crime a&solu n’advient pas seulement dans la )i2ure du meurtre. .% et e1cluant% &ien sDr% toute intervention cheB eu1 < d’où par e1emple l’hostilité de la 7hine à toute in2érence de ce t*pe en Csie% au >imor% par e1emple cela pourrait donner des idées du c. Jacques Derrida ' >ous les États-nations naissent et se )ondent dans la violence.t qu’en >chétchénie% pour se limiter à des e1emples récents% etc.l s’a2it là seulement de pro"ets ou d’h*poth0ses mais cette possi&ilité su))it pour annoncer une mutation ' elle constitue à elle seule un événement ma"eur. par)ois insupporta&le ou odieu1% voire o&sc0ne% c’est l’a))irmation de souveraineté.mmense di))iculté% donc. #t puisque nous parlons du pardon% ce qui rend le + "e te pardonne . .% tous les États 4"’oserais m!me dire% sans trop "ouer sur le mot et l’ét*molo2ie% toutes les cultures6 ont leur ori2ine dans une a2ression de t*pe colonial. -n est loin de passer au1 actes et de mettre ces pro"ets en 8uvre% car le droit international dépend encore trop d’États-nations souverains et puissants. $ais vous saveB qu’on pourrait + illustrer . (ous connaisseB l’ar2ument + révisionniste . Cvant les )ormes modernes de ce qu’on appelle% au sens strict% le + colonialisme .

ropos recueillis par $ichel ZieviorKa 4@6 ?DLA 7). La t9che la plus di))icile% à la )ois nécessaire et apparemment impossi&le% ce serait donc de dissocier inconditionnalité et souveraineté.un pardon sans pouvoir ' inconditionnel mais sans souveraineté. 436 .l * aurait &eaucoup à dire ici sur les di))érences se1uelles% qu’il s’a2isse des victimes ou de leur témoi2na2e. .% in La Aeli2ion% J. Le )era-t-on un "our ? 7’est pas demain la veille% comme on dit. $ais puisque l’h*poth0se de cette t9che imprésenta&le s’annonce% )Dt-ce comme un son2e pour la pensée% cette )olie n’est peut-!tre pas si )olle. La + question du pardon .l e1iste une + =ender 7ommission . (attimo% Le Seuil% lGGH. ne pouvait m!me pas se poser pu&liquement à ces )emmes dont certaines occupent maintenant de hautes responsa&ilités dans l’État. $ais Cnt"e Rro2% dans un livre admira&le% >he 7ountr* o) m* SKull% décrit aussi la situation de )emmes militantes qui% violées et d’a&ord accusées par les tortionnaires de n’!tre pas des militantes mais des putains% ne pouvaient m!me pas en témoi2ner devant la commission% ni m!me dans leur )amille% sans se dénuder% sans montrer leurs cicatrices ou sans s’e1poser une )ois de plus% par leur témoi2na2e m!me% à une autre violence. + Joi et savoir% Les deu1 sources de la + reli2ion . >utu raconte aussi comment certaines )emmes ont pardonné en présence des &ourreau1. au1 limites de la simple raison . à ce su"et en C)rique du Sud. Derrida et =. [ Le $onde des Dé&ats% Décem&re @GGG @I .