Serghei Cristina Iuliana SPF III Les élites politiques dans la France actuelle

Aujourd’hui, des formules telles qu’ « élus de la diversité » ou « élites issues des minorités visibles » sont rentrées dans les mœurs politiques de la République française. Les acteurs médiatiques et institutionnels, oire certains chercheurs et e!perts, les utilisent couramment sans s’interro"er préalablement sur leur "en#se historique et surtout sur leur « sens caché », les posant comme des é idences sociolo"iques, comme si le s$st#me politique français était nécessairement composé d’élites majoritaires et d’élites minoritaires. La di ersité en politique tend % &tre traitée comme un « processus naturel », % l’instar de la biodi ersité. Les études sociolo"iques sur les élites politiques françaises, nombreuses dans les années '()* % '(+* ,, n’ont "u#re été renou elées dans la période récente, la science politique française s’orientant plut-t ers de nou eau! objets comme les politiques publiques ou les mobilisations politiques. L’impact de mutations sociales récentes aussi bien "énérales .massification de l’ensei"nement supérieur, déclin des mondes ou riers et pa$sans, montée des classes mo$ennes, etc./ que propres au champ politique .décentralisation, lé"islation sur le cumul des mandats, incitations % la parité hommes0femmes, délé"itimation du personnel politique par les « affaires », prédominance des enjeu! économiques, etc./ sur le recrutement des nou elles "énérations mériterait pourtant d’&tre étudié. Le tra ail est d’autant plus facile aujourd’hui que de nombreuses informations bio"raphiques sont disponibles en li"ne sur les sites des institutions concernées. 1epuis les années '(+*, la critique s$stématique du s$st#me français de fabrication des élites politico0administrati es appara2t de plus en plus i e. La question de la « réforme de l34tat » se pose a ec de plus en plus d3acuité. 4n effet, il est reproche au s$st#me français, caractérisé par un passa"e quasi0s$stématique par 5ciences 6o et l347A ses nombreuses ri"idités, son aspect trop technocratique, sa distance au! cito$ens, son décala"e par rapport au! e!i"ences de la modernité politique8 5elon un sonda"e des 5ofr#s, )+ 9 des :rançais

L347A appara2t dans ce conte!te comme le prolon"ement de 5ciences 6o. Le fondement du s$st#me est apparu en '+. elle diff#re des autres uni ersité par sa fonction pri ilé"iée de former l3élite de l34tat et par les relations or"anique tissée a ec l347A. 4n m&me temps on "arantissait au! "rands corps de l34tat une place prééminente qu3ils a aient déj% dans le s$st#me ancien. 6ro"ressi ement ils ont instauré des concours administratifs. reste quasi0e!clusi e. plus démocratique qui pou ait reconstruire l34tat. % faire du sa ant et de l3e!pert la clé de la modernité démocratique... 1e plus. 4ntre 5ciences 6o et l347A e!iste une relation particuli#re. La modernisation de la :rance s3appu$ait sur elle. . quand l’4cole libre de sciences politiques a été crée. planification. elle rendait possible l3homo"énéité de la fonction publique > une formation élitiste pour créer une fonction publique diri"eante plus saine. Les premiers concours de l347A recrut#rent des anciens combattants.. financée par l34tat. L347A a donné son plein effet % cette rationalisation politique. déportés et résistants > Cn perçoit ici la olonté de reconstruire l34tat sur des bases saines apr#s la période opaque de Dich$. qui. 5i 5ciences 6o poss#de un statut d3établissement uni ersitaire. 6endant toute l3époque des « ?rentes @lorieuses » c3est l3A"e d3or du s$st#me 5ciences06oB 47A. anon$mat. 1e plus.ju"ent ses élites « fermées sur elles0m&mes » contre . L’année '(<= est s$nonime de la creation de l’ 47A et nationalisation de 5ciences 6olitiques. et s3imposera par la suite comme soutien de 5ciences 6o. La :ondation nationale des sciences politiques fut créée en tant qu 3institution pri ée. 4n '(<= la nationalisation de 5ciences 6o et la création de l347A s3inscri ait dans les "randes idées de l3époque > mou ement de nationalisation massif. L’étique des @rands 4coles est dans la continuité des fondement républicain > é"alité. 9 seulement « ou ertes sur la société ». 6ierre Rosan allon nous e!plique que la construction de la démocratie française s3est faite sur une olonté de répondre % une ision objecti e de « l 3intér&t "énéral ». Apr#s le choc de la perte de la "uerre les pou oirs publics ont essa$é de rompre a ec les mœurs discrétionnaires et ont oulu instaurer un ordre lé"al d3administration. L3idée était de créer pour les ser ices administratifs un s$st#me d’ensei"nement spécial pour assurer le presti"e et l’autorité du ser ice. 4n '(<=. la création d3une élite était une ur"ence nationale.. 5ciences 6o était nationalisé et rattaché % l3uni ersité. mais "ardait une "rande autonomie. Les justifications pour la création de l347A étaient la suppression des concours par corps permettant une plus "rande mobilité et une formation plus ou erte et plus approfondie. si elle a é olué au cours des années. L3idée républicaine est tr#s attachée au fonctionnement méritocratique de son s$st#me de formation d3élite. "ratuité des études. 4tat0pro idence.

la sélection sociale appara2t plus forte M les milieu! populaires sont peu représentés. de se plier % une pensée unique. KheI les ministres. Gl e!iste donc une certaine reproduction sociale. alors que c3est précisément ce que ces @randes 4coles élitistes étaient ouée % é iter. ou au contraire l’« élitisme républicain » se manifeste0t0il fortement par le passa"e obli"é par certaines fili#res spécifiques de formation H Les données bio"raphiques fournies par le site de l’Assemblée nationale sur les députés ne comportent pas d’indication sur leur ori"ine sociale.p#res "énérau! ou amirau!/. etc./ peu ent en fait correspondre % des réalités tr#s différentes en fonction de l’importance non connue de l’entreprise concernée. Gl est sou ent dénoncé un certain m$the de la démocratisation > l3acc#s % l3ensei"nement est en effet toujours lar"ement réser é au! classes sociales supérieures. 6our le reste. de constituer un corps trop homo"#ne. oL la ariable est mieu! rensei"née. Les élites politiques apparaissent néanmoins socialement plus ou ertes que d’autres élites. la profession d’ori"ine et l’ancienneté de la carri#re politique des députés et des ministres ont été effectués.. 6lus l’élite politique est définie étroitement. les ori"ines au sein des autres élites sociales ne semblent pas tr#s nombreuses > on rel# e une diIaine de députés descendants de hauts fonctionnaires ci ils . administrati es ou économiques par e!emple. « entrepreneur ».Eichel Fauer et Fénédicte Fertin Eourot distin"uent trois caractéristiques de la formation des élites de la République > • • • importance du dipl-me initial haut ni eau de responsabilité d#s le premier poste importance du pantoufla"e La formation elle0m&me est sou ent critiquée comme étant trop technocrate et abstraite.p#res membres des "rands corps d’Jtat/ ou militaires . a ec les nombreu! mandats dans les petites communes. se rapprocher du reste de la . 5i les députés ont probablement un recrutement plus sélectif que l’ensemble des élus locau!.p#re « directeur de société ». qu’il e!iste une minorité non né"li"eable d’« héritiers » de la politique. Gl est reproché sou ent au! anciens él# es de sortir d3un m&me « moule » intellectuel. dont le p#re est connu pour a oir été au moins parlementaire ou ministre . soit pr#s de = 9/ '*. Le recrutement social des élites politiques françaises est0il aussi ou ert que celui des élites politiques allemandes. La trentaine de députés issus du monde patronal .+. le ni eau de formation. 1es traitements statistiques sur l’ori"ine sociale. aussi bien dans les "ou ernements de droite que de "auche. qui doit. « industriel ». plus le ni eau d’études est éle é.

le parti de 7icolas 5arPoI$. Komment e!pliquer cette con ersion de la droite he!a"onale % la problématique de la di ersité H 5’a"it0il de l’e!pression d’un simple opportunisme politique ou d’une réelle é olution idéolo"ique qui lui aurait fait épouser pro"ressi ement les aleurs du multiculturalisme H Gl semble que l’e!plication de ce nou el en"ouement de la droite française pour la thématique des « minorités isibles » en politique rel# e d’une combinatoire comple!e. trois autres 5ciences 6o.population.au sens de la ma2trise de lSappareil dSétat/.la fin du "aullisme historique et l’attraction des quadras de droite pour le mod#le américain/. celui des ministres est nettement plus fermé. tous ont fait des études supérieures. » La th#se mar!iste éclaire dSune certaine façon lSanal$se des situations de pou oir dans la société. m&me si la réalité des chiffres nous conduit % nuancer ce fait. Fien sRr. un pol$technicien du corps des 6onts et quatre docteurs en médecine. des élus et des cadres partisans issus de l’immi"ration appartiennent encore tr#s majoritairement % la « famille de "auche ». LSutilisation du s$nta"me TélitesT « permet d’embrasser. 5ur les NN ministres du dernier "ou ernement Ouppé. deu! Jcole supérieure de commerce de 6aris. il s’a"it d’abord d’une ictoire médiatique. Le fait de détenir les le iers de la machine économique conf#re % la classe qui le détient lSacc#s au pou oir politique . AujourdShui.QE6/. est une e!pression construite par la sociolo"ie contemporaine pour e!pliquer les transformations politiques des sociétés dé eloppées dans une perspecti e non mar!iste. l’Qnion pour un mou ement populaire . les di ers t$pes de "roupes diri"eants ou dominants qui se sont succédé et dont les appellations datées ont chan"é au fil des ré"imes. LSJtat ne peut &tre un arbitre. lSélite finit par dési"ner lSoccupation dSune position en iable. le "énie politique de 7icolas 5arPoI$ a été de faire croire % l’opinion publique qu’il a ait in enté la di ersité en politique française. il rappelle la forme plurielle des "roupes en lutte dans le champ du pou oir et leur lé"itimité en permanence contestée. a ec notamment huit énarques. s’est imposé comme le champion toutes caté"ories de la di ersité politique. sous un concept plus abstrait.conqu&te de nou eau! électeurs/ sont tout aussi déterminants que les aspects idéolo"iques . 5urtout. « Les élites » au pluriel. il est seulement un mo$en de domination politique entre les mains des . 4n somme. Au milieu des années . dans laquelle les aspects straté"iques . KSest une lecture fondée sur une anal$se économique.***. qui nie la spécificité du politique. relé"uant la "auche socialiste et communiste % un certain « rin"ardisme » en mati#re de représentation des « minorités isibles ». dans la mesure oL la "rande majorité des candidats.

KSest contre cette "rille0l% que sSest construite la thématique des élites. économique. Gl affirme que lSéconomie ne ré"it pas les rapports des classes sociales M lui0m&me est enu % la sociolo"ie justement parce que lSéconomie nSe!plique pas tout.. politique se confond en une seule classe qui "rAce au contr-le de lSappareil dSJtat e!ploite le reste de la nation et retire de cette e!ploitation un bénéfice matériel mais aussi des honneurs et des pri il#"es.détenteurs du pou oir économique. dSune classe % lSautre .Traité de sociologie générale. 6our lui le probl#me de la circulation des élites ne se réduit pas % une lutte des classes simplifiée. '('. Le pou oir économique est concentré dans les mains dSun petit nombre de familles qui poss#dent les mo$ens de production.faculté de sSadapter/ et la persistance des a"ré"ats .. Les deu! postulats du raisonnement mar!iste . en réalité il est au! mains des milieu! dSaffaires. 6areto est con aincu quSil $ a circulation.'(<'/ dans L'Ère des organisateurs montre que lSépoque contemporaine est une transition entre deu! t$pes de sociétés > la société capitaliste et la société « mana"ériale » > la comple!ité croissante des économies contemporaines donne naissance % une élite de managers. lSidéolo"ie dSune société est celle de sa classe dominante/ sont contestés par 6areto. LSanal$se de Dilfredo 6areto est socio0caractérolo"ique. la iolence. les tra au! de Dilfredo 6areto . nSont dSautre fin que de perpétuer leur domination »./ ont réfuter cette anal$se mar!iste. Ke qui compte a ant tout cSest un ensemble de schémas prée!istants > lSinstinct de combinaison . 6areto élabore la th#se de la dépendance mutuelle > il construit une "rille ori"inale pour e!pliquer de quelle façon des mécanismes ps$cholo"iques ont e!pliquer les réalités sociales. les faits économiques eu!0m&mes ne sSe!pliquent pas uniquement % partir de lSéconomie. 4n particulier. Oames Furnham . Le pou oir nSappartient quSen apparence au! élus.lSéconomie ré"it les rapports des classes sociales. LSensemble des hiérarchies sociales. et doit peu % la "rille économique.plus ou moins lente/ qui fa orise la mobilité sociale. Kes mana"ers ne ont pas tarder % se constituer en classe . et transmettent par hérita"e ces mo$ens et le pou oir politique. dans toute société. quSelles utilisent la ruse.fait dS&tre tributaire du passé/. 6our 6areto toutes les sociétés sont élitistes M seul le st$le peut arier > « les élites. La démocratie parlementaire elle0m&me nSest quSune ruse caractéristique de ce quSil appelle la « 6loutocratie 1éma"o"ie ».

et étant quSil $a tant de questions laissées sans réponse en ce qui concerne« pluraliste »américain de science politique et de la recherche mar!iste. et le second inspiré par Fourdieu. 7ous pou ons. 4n effet. Le pou oir est entendu comme Ule pou oir de raiment influencer directement ou indirectement la politique et l’acti ité de l’4tat. toutefois deu! options se sont % pri ilé"ier> la isée premi#re e!amine les liens entre les différenciations de lS4tat et lSunité de élites. Ke que 6utnam "a"ne en définissant ainsi la comparabilité par les élites. il semble lo"ique de dé elopper de nou elles idées de recherche théoriques et empiriques sur les «élites» et la nature du pou oir T. conteste lSutilisation du terme «élites» en essa$ant de souli"ner les effets de la professionnalisation des politiciens. entra2nant une ré olution car le contr-le quSils e!ercent sur les instruments de production en fera t-t ou tard les ma2tres de lSJtat. mais elle trou e que cette approche particuli#re de 6utnam conduit % un «effet per ers». 1Sautres différenciations plus comple!es ont u le jour. il apparait comme une sorte de refus de definir les élites politiques. Les membres du parlement. Robert 6utnam qui a effectué une anal$se comparée des élites ers le monde. etre dSaccord a ec 6utnam quSil est illo"ique de penser que la TbonneT représentati ité au sein des élites si"nifie nécessairement «bon» la démocratie. il perd en limitant sa sociolo"ie des élites lé"itimes de personnel politique. . les présidents et les haut placés des emplo$és administratifs sont us comme des personnes a$ant la possibilité d’e!erser la domination politique quel que soit le t$pe de ré"ime politique qu’ils sont en. et cette question a été amplement adressée par Fest et Kotta . les auteurs ont mentionné que. les ministres. 1ans lSensemble. Wsmal ne dénonce pas lSapproche comparati e % lSétude des élites politiques. 4n :rance. Kolette Wsmal qui a ecrit l’article X4lites and Leaders’ dans le ”Traité de science politique” critique i ement cette définition des élites politiques comme un «compressions inutilesT qui élimine non0office0holdin" partisanes élites. reser e le terme Uélite politiqueV pour Uceu! qui ont plus de pou oirs que les autresV. «Yuelles que soient les méthodes utilisées théoriques ou politiques.. par e!emple. et délibérément en mettant de c-té lSapproche décisionnelle.***/ dans leur étude comparati e importante de la é olution des propriétés sociales des parlements et de la représentation démocratique 4urope de lSCuest depuis '+<+.a ec ses intér&ts et pri il#"es. La question posée en ce qui concerne lSautonomie relati e des élites de ient indispensable afin dSéchapper le Zmarxisme orthodoxeV.

Gl est donc important que cette approche la plus récente % lSétude des élites prend toujours en compte % la fois les idées pro"rammatiques qui "én#rent des élites et des positions straté"iques quSils occupent dans les démocraties occidentales. 4n mani#re de conclusion. c3est que de nou elles e!i"ences naissent a ec la construction de l3Q4 et la mondialisation. afin de pou oir mieu! comparer les chan"ements qui se déroulent actuellement dans le mod#le capitaliste du "ou ernement. Qne séparation plus nette entre politique et administration au! objectifs opposés semble nécessaire % l3équilibre de la République.Reste % sa oir si ce résultat doit rassurer ou inquiéter quant % l’influence politique des parlementaires français. car la :rance a besoin d3élite moins e!pertes. nous tenons % insister sur le fait que le tra ail effectué sur le français néo0élitisme est particuli#rement important pour le dé eloppement de la sociolo"ie élite française lorsquSil sSa"it de comparaisons internationales. Le cadre de référence n3est plus national. L’« élitisme républicain » des "randes écoles et des "randes corps s’$ manifeste plut-t moins que dans la haute administration ou dans les "randes entreprises. les élites doi ent faire preu e d3une capacité renou elée d 3adaptation face au! nou eau! enjeu!. Qne démocratisation du s$st#me et une plus forte mobilité intra0"énérationnelle permettrait de rapprocher les élites des cito$ens et d3ou rir cette « caste » fermée. la réforme de ce s$st#me est nécessaire. . si on peut dire % maints é"ards que le s$st#me est en crise.Aujourd3hui. Ainsi. plus di ersifiées. plus responsables.

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