Monsieur Peter A. Hall Madame Rosemary C. R.

Taylor

La science politique et les trois néo-institutionnalismes
In: Revue française de science politique, 47e année, n°3-4, 1997. pp. 469-496.

Résumé On peut mieux appréhender le « néo-institutionnalisme » en science politique comme le développement de trois écoles de pensée distinctes : institutionnalisme historique, institutionnalisme des choix rationnels, et institutionnalisme sociologique. Les auteurs résument les intuitions centrales de chaque école, en portant une attention particulière à la dualité entre les approches « culturelle » et « calculatrice » et évaluent les avantages et les faiblesses de chaque école de pensée en soulevant deux questions clés : comment les institutions influencent le comportement et où se situent l'origine et le changement de ces institutions. En conclusion, ils explorent, pour chaque école, les possibilités d'intégrer certaines de ces intuitions les unes aux autres, de façon à favoriser un dialogue plus fécond entre elles. Abstract Political science and the three new institutionalisms The "new institutionalism" in political science can best be understood as the development of three separate schools of thought : historical institutionalism, rational choice institutio-nalism and sociological institutionalism. The authors summarize the core insights of each school, with particular attention to the duality between a "cultural" and a "calculus" approach and compare the advantages and disadvantages of each school of thought for addressing two key issues : how do institutions affect behavior and how do institutions ori-ginate and change ? They conclude by exploring the potential for integrating some of the insights of each school with those of the others in order to encourage greater dialogue among them.

Citer ce document / Cite this document : Hall Peter A., Taylor Rosemary C. R. La science politique et les trois néo-institutionnalismes. In: Revue française de science politique, 47e année, n°3-4, 1997. pp. 469-496. doi : 10.3406/rfsp.1997.395192 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsp_0035-2950_1997_num_47_3_395192

LA SCIENCE POLITIQUE ET LES TROIS NÉO-INSTITUTIONNALISMES PETER A. HALL, ROSEMARY C.R. TAYLOR

Le terme « néo-institutionnalisme » est aujourd'hui de plus en plus souvent utilisé en science politique pour désigner une perspective théorique qui attire beaucoup de louanges, mais aussi certaines cri tiques. Toutefois, la plus grande confusion règne concernant le sens précis du terme «néo-institutionnalisme», les différences qui le distinguent d'autres démarches, et le genre d'espoirs et de problèmes qu'il fait naître. L'objet du présent article est de fournir quelques réponses provisoires à ces questions en recensant quelques-uns des travaux représentatifs de cette école naissante. Une grande partie de la confusion qui entoure le néo-institutionnalisme s'évanouira si nous admettons qu'il ne constitue pas un courant de pensée unifié. Au contraire, au moins trois méthodes d'analyses différentes, qui revendiquent toutes le titre de «néo-institutionnalisme», sont apparues ces quinze dernières années. Nous appellerons ces trois écoles de pensée l'institutionnalisme historique (IH), l'institutionnalisme des choix rationnels (ICR) et l'institutionnalisme sociologique (IS) '. Ces différentes méthodes se sont développées par réaction contre les perspectives behavioristes qui furent influentes dans les années soixante et soixante-dix, et elles cherchent toutes à élucider le rôle joué par les institutions dans la détermination des résultats sociaux et politiques. Toutefois, elles dépeignent le monde politique avec des couleurs très différentes. Dans les sections qui suivent, nous exposons brièvement la genèse de chacune de ces écoles, et nous définissons succinctement ce qui distingue leur manière d'aborder les problèmes sociaux et politiques. Nous comparons ensuite les forces et les faiblesses théoriques des ces trois écoles de pensée, en nous intéressant particulièrement à l'attitude adoptée par chacune d'entre elles concernant deux questions qui devraient être fondamentales dans toute analyse institutionnelle, à savoir: (1) comment construire la relation entre institution et comportement, (2) comment expliquer le processus par lequel les institutions naissent ou se modifient. Étant donné les objets qu'elles ont en commun, il est paradoxal que ces trois écoles de pensée se soient développées indépendamment l'une de l'autre, du moins si l'on en juge par la rareté des références croisées dans 1. En principe, il serait envisageable d'identifier une quatrième école, à savoir le «néo-institutionnalisme» en économie. Toutefois, il aurait beaucoup en commun avec l'institutionnalisme des choix rationnels, ce qui explique que nous les traitons sous la même rubrique dans l'espace de ce bref article. Une analyse plus étendue pourrait obser ver que l'ICR insiste davantage sur l'interaction stratégique, tandis que le néo-institu tionnalisme en économie privilégie les droits de propriété, les rentes, et les mécanismes de sélection compétitive. Cf. Th. Eggertsson, Economie Behaviour and Institutions, Cambridge, Cambridge University Press, 1990 et L. Putterman (éd.), The Economie Nature of the Firm, Cambridge, Cambridge University Press, 1986. 469

Revue française de science politique, vol. 47, n° 3-4, juin-août 1997, p. 469-496. © 1997 Presses de la Fondation nationale des sciences politiques.

Ainsi. Structuring Politics.. 1963. de la distribution inégale du pouvoir et des ressources2.. Chilcote. un de nos soucis principaux est de nous demander ce que ces trois écoles pourraient avoir à apprendre l'une de l'autre et. Ils trouvèrent ces explications dans la façon dont l'organisation institutionnelle de la communauté politique et les structures économiques entrent en conflit de telle sorte que certains intérêts sont privilégiés au détriment d'autres intérêts. Boulder. Il a emprunté à ces deux méthodes tout en cher chant à les dépasser. University Press of America. psychologiques ou culturelles des individus comme les paramètres régissant une bonne partie du fonctionnement du système. 1981. G. Jr. 2. Washington. D. Hardgrave. dans notre conclus ion. New York. G. 1956. 4. L'INSTITUTIONNALISME HISTORIQUE L'institutionnalisme historique s'est développé en réaction contre l'ana lyse de la vie politique en termes de groupes en politique et contre le structuro-fonctionnalisme qui dominaient la science politique dans les années soixante et soixante-dix1. cf. Almond. nous posons la question de savoir dans quelle mesure il serait possible de synthétiser leurs apports respectifs. Au contraire. Jusqu'à une époque récente. Eckstein. Little Brown. mais ils recherchaient de meilleures explications permettant de rendre compte des situations politiques nationales. elles ont peu échangé. Ces théoriciens furent également influencés par la conception propre aux structuro-fonctionnalistes de la communauté politique comme système global composé de parties qui interagissent4. L. Boston. Pour une synthèse qui a fait date. mais crit iquaient la tendance de nombreux structuro-fonctionnalistes à considérer les caractéristiques sociales. 1992. Steinmo et al. Bill.R. Pour plus de détails. Par nécessité. Comparative Politics. Ses théoriciens retenaient de l'approche par les grou pes l'idée que le conflit entre groupes rivaux pour l'appropriation de ressources rares est central à la vie politique. Bingham Powell. ils pri vilégiaient le «structuralisme» inhérent aux institutions de la communauté politique de préférence au «fonctionnalisme» des théories antérieures qui considéraient les situations politiques comme la réponse aux exigences fonc tionnelles du système. 1981 et J. 470 . Cambridge University Press.. Apter (eds). En consé quence. Free Press. Rosemary C. et. Ils s'inspiraient en cela d'une tradition plus ancienne de la science politique qui accorde de l'importance aux institutions politiques officielles tout en développant une conception plus étendue des institutions qui ont de l'importance et de la façon dont cette importance se manifeste 3. c'est là un exposé excessivement synthétique de développements multiples et complexes. A. Cf. 1. ils considéraient que l'organisation institutionnelle de la commun auté politique ou l'économie politique était le principal facteur structurant le comportement collectif et engendrant des résultats distincts. Theories of Comparative Politics. Hall. Comparative Politics. Jr. Taylor la littérature. Ils acceptaient ce principe. Historical Institutionalism in Comparative Analysis.Peter A. Glencoe. R. A Developmental Approach. H. Westview. Nous empruntons le terme « institutionnalisme historique» à S. Comparative Polit ics. en particulier. 3. voir R.

aux organisations patronales et aux systèmes financiers de divers pays5. En particulier.). S. «Wage Determination. P. Cela peut aller des règles d'un ordre constitutionnel ou des procédures habituelles de fonction nement d'une administration jusqu'aux conventions gouvernant le comporte ment des syndicats ou les relations entre banques et entreprises. Between Power and Plenty. Do Institutions Matter? Washington. Brookings. A. 1990. Comment les théoriciens de l'institutionnalisme historique définissent-ils les institutions ? Globalement. Soskice. Peu de temps après. New York. Cela a donné lieu à des rapprochements significatifs avec la littérature concernant le néo-corporatisme. Fontana. Hall. J. 1972. Princeton. Kent Weaver. 11. les théoriciens de cette école commencèrent à examiner comment d'autres institutions sociales et politi ques. Cf. y compris celles qui structurent les relations entre les législateurs. Cambridge Uni versity Press. New York. Madison. qui n'était plus un agent neutre arbitrant entre des intérêts concurrents. comme les procédures. Order and Conflict in Contemporary Capitalism. Oxford. Governments. Ph. 5. University of Wisconsin Press.). A. Ithaca. cit. (eds). 1978. p. Structuring Politics. Structuring Politics. et R. Cf. 1. op. Steinmo. Patterns of Corporatist Policy-Making. protocoles. 2 et suiv. mais un complexe d'institutions capable de structurer la nature et les résultats des conflits entre les groupes2. The State and Political Theory. Zysman. (eds). Block. 471 . G. ils conduisirent nombre de ses théoriciens à accorder une attention particulière à l'État. comme celles qui sont associées à l'organisation du travail et du capit al.. S. 3. Cf. Nombre de ces travaux portent sur des comparaisons transnationales ou sur l'étude compar ée des politiques publiques et soulignent généralement l'impact des institu tions politiques nationales.). 1985. K. (eds). «Historical Institutionalism in Comparative Politics» dans S. Berkeley. Bringing the State Back In. p. Ideology and Social Sciences. ces théoriciens ont tendance à associer les institutions aux organisations et aux règles ou conventions édictées par les organisations formelles6. Evans et al. En général. Philadelphie. 1992. Cf. D. Princeton University Press. Thelen. Governing the Economy. Krasner. S. Sage.La science politique et les trois néo-institutionnalismes Le structuro-fonctionnalisme et les théories des conflits entre les grou pesse présentaient aussi sous la forme de variantes pluralistes et néomarxist es. R. les intérêts organisés. 1984.. Londres. Cornell University Press. l'électorat et le pouvoir judi ciaire4. Polity. Steinmo et al. cit. Crisis and Choice in Social Democracy. P. The Chan ging Role of Institutions in Advanced Industrialized Countries». Cf. 1983. op. Princeton University Press. Blackburn (éd. chap. Beverly Hills. et les débats concernant ces dernières jouèrent un rôle particulièrement déterminant dans le développement de l'institutionnalisme historique au cours des années soixante-dix [. F. Une importante littérature secondaire dans le domaine de l'économie politique comparative étend de telles analyses aux mouvements ouvriers. J. 6. F. Goldthorpe (éd. 1980 et P. pouvaient structurer les interactions sociales de façon à engendrer des situations politiques et économiques propres à chaque pays3. B. . Schmitter. Hall. Revising State Theory. Oxford Review of Eco nomic Policy. A. Steinmo et al. 1993. Markets and Growth. Uni versity of California Press. 1982 et P. 1987 et M. Defending the National Interest. Carnoy. normes et conventions officiels et officieux inhérents à la structure organisationnelle de la communauté politique ou de l'économie politique. 36-61. 6 (4). 1986. 4. 1984. Rockman (eds). Lehmbruch (eds). Katzenstein (éd. Cambridge University Press. Temple University Press. Scharpf. Cf. 2. Princeton. The Politics of State Intervention in Britain and France.

. 1. J. Taylor Par rapport aux autres écoles recensées ici. «Conclusion: An Institutional Approach to American Foreign Policy» dans J. ces théoriciens ont tendance à conceptualiser la relation entre les institutions et le comportement individuel en des termes assez généraux. Mais le point central est qu'elles affectent les comportements des individus en jouant sur les attentes d'un acteur donné concernant les actions que les autres acteurs sont susceptibles d'accomplir en réaction à ses propres actions ou en même temps qu'elles. cf. ils soulignent les asymétries du pouvoir associées au fonctionnement et au développement des institutions. Ikenberry. qu'on pourrait désigner. En deuxième lieu. les objectifs ou préférences de l'acteur sont définis de manière exogène par rapport à l'analyse institutionnelle. «What is Institutionalism Now?». ils ont le souci de combiner des explications de la contribution des institutions à la détermination de situations politiques et une estimation de la contribution d'autres types de facteurs. que font les institutions. cit. tels que les idées. J. Cornell University Press. 226. Ensuite. Governing the Economy. op. Chacune répond de façon légèrement différente à trois questions capitales : comment les acteurs se comportent-ils. (eds). ils adoptent un comportement stratégique. communication pré sentée à une réunion sur l'institutionnalisme aujourd'hui. c'est-à-dire qu'ils examinent tous les choix possibles pour sélectionner ceux qui procurent un bénéfice maximal. Enfin. ils ont ten dance à former une conception du développement institutionnel qui privilé gie les trajectoires. Développons brièvement chacun de ces points l. selon la perspective calculatrice? Elles affec tent les comportements d'abord en procurant aux acteurs une certitude plus ou moins grande quant au comportement présent et à venir des autres acteurs. Que font les institutions. Plus précisément.elles le comportement des individus? Après tout. p. «History's Heavy Hand: Institutions and the Politics of the State». les néo-institutionnalistes fournissent deux types de réponses à cette question. ce faisant. respectivement. les situations critiques et les conséquences imprévues. 1988. Comme exemple de conception plus large. pourquoi les institutions durent-elles? Pour répondre à la première de ces trois questions. Pour une synthèse excellente dont notre analyse a tiré parti.Peter A. cf. sous le terme de «pers pective calculatrice» et «perspective culturelle». c'est en dernière analyse par l'intermédiaire d'actions des individus que les institutions exercent une influence sur les situations politiques. les partisans de la perspective «calculatrice» privilégient les aspects du comportement humain qui sont instrumentaux et orientés dans le sens d'un calcul stratégique.R. Cette formulation exprime bien le rôle central que l'interaction str atégique joue dans de telles analyses. 19. octobre 1994. les institutions peu vent fournir des informations concernant le comportement des autres. Ikenberry et al. Université du Maryland. les pénalités en cas de défection. Rosemary C. Hall. quatre caractéristiques pro pres à celle que nous venons de décrire sont relativement originales. p. Ils postulent que les individus cherchent à maximiser leur réussite par rapport à un ensemble d'objectifs définis par une fonction de préférence donnée et que. les mécanismes d'application des accords. Une question cruciale pour toute analyse institutionnelle est la suivante: comment les institutions affectent. En général. The State and American Foreign Policy. En premier lieu. Ikenberry. 472 . Ithaca. De façon générale. à ces mêmes processus. etc.

Political Science. Que font les institutions? De ce point de vue. Free Press. p. p. elle privilégie le fait que les individus recourent souvent à des protocoles établis ou à des modèles de comportement familiers pour atteindre leurs objectifs. les institutions fournis sent des modèles moraux ou cognitifs permettant l'interprétation et l'action. En d'autres termes. R. La perspective culturelle. «The Rational Choice Theory of Social Institutions». Cent ral Problems in Social Theory. En d'autres termes. Pour une analyse plus générale de ces problèmes. 51-81. Elle tend à considérer les individus comme des satisficers plutôt que comme des gens qui cherchent à maximiser leur uti lité. alors que l'existence de l'institution elle-même dépend habituellement de la présence de ces modèles de comportement et. Calvert.P. Hanushek (eds). cf. de la disposition des acteurs à se comporter d'une certaine façon. 216-266. Agathon. Kenneth Shepsle a ajouté l'observation selon laquelle les acteurs hésiteront à changer les règles institutionnelles parce que. et à souligner à quel point le choix d'une ligne d'action dépend de l'interprétation d'une situation plus que d'un calcul purement utilitaire. explique la persistance des institutions en relevant que beaucoup de conven1. Pour une description particulièrement pénétrante de cette position. Modern Political Economy. mais elles affectent aussi l'identité. ils sont confrontés à de grandes incertitudes concernant l'impact des nouvelles règles sur des décisions qui ne sont pas encore prévues. «Institutional Equilibrium and Equilibrium Institutions». cf. à savoir: comment on peut dire d'une institution qu'elle structure l'action humaine. Le problème consiste à exprimer simultanément le caractère volontaire et déterministe de ces institutions.S. par conséquent. Giddens. 1989. Macmillan. Il en découle que. Banks. 1986. de façon à produire un modèle normalisé de comportement. 473 . The Science of Politics. Shepsle. The Organizational Basis of Politics. Pour un exposé radical de ce point de vue. New York. Londres. en revanche. Rediscovering Institutions. plus une institution contribue à résoudre des dilemmes portant sur une action collective. Il est intéressant de relever que ces deux démarches fournissent des explications différentes du fait que les modèles normalisés de comportement que nous associons aux institutions manifestent une indéniable continuité au cours du temps2. 4. On peut aussi voir en elles des réponses à la dimension la plus importante du pro blème de la structure et de l'agent. A. L'individu est conçu comme une entité profondément imbriquée dans un monde d'institutions composé de symboles. dans H. cf. La perspective calculatrice suggère que les institutions per durent parce qu'elles réalisent quelque chose de l'ordre d'un équilibre de Nash. applicables à la situation ou à soi-même. A. 1978. F. tout en reconnaissant que le comportement humain est rationnel et orienté vers des fins. New York.). à partir desquels une ligne d'action est définie. plus elle sera robuste4. A. K. dans un sens plus ou moins déterministe. Weisberg (éd. March. Cf. New York. les individus adhèrent à ces modèles de compor tement parce que l'individu perdra plus à s'en écarter qu'à y adhérer3. ou plus elle rend possibles les gains procurés par des échanges. 2. Olsen. J. L. Cambridge University Press. Non seulement les institutions fournissent des informations utiles d'un point de vue straté gique. mais limité par la vision du monde propre à l'individu. en souli gnant à quel point le comportement n'est jamais entièrement stratégique. 1995.La science politique et les trois néo-institutionnalismes La perspective culturelle aborde ces questions différemment. J. de scénarios et de protocoles qui fournissent des filtres d'interprétation. A cet argument. l'image de soi et les préférences qui guident l'action1. E. 3. dans J. bien qu'une réforme puisse leur permettre de réaliser un gain immédiat lié au contexte actuel.

Quiescence and Rebellion in an Appalachian Valley. cf. Hall. Pour une critique radicale qui prend cette analyse comme point de départ pour la dépasser largement. New York. Power: A Radical View. Power and Powerlessness. les institutions résistent à toute remise en chantier radicale parce qu'elles structurent les décisions mêmes concernant une réforme éventuelle que l'individu est susceptible de prendre1. 3. Social and Political Const raints on Rational Actors. Son analyse repose sur une démarche calculatrice classique. C. Graftstein. 1993. certaines institutions sont si «conventionnelles» ou vont tellement de soi qu'elles échappent à toute remise en cause directe et. V. 1972 et J. Londres. Gaventa. En bref. quand elle affirme que le pouvoir établi du pouvoir judiciaire a conduit le mouvement ouvrier américain à abandonner des stratégies qui risquaient de tomber sous le coup de la révision judiciaire. Princeton University Press. Mais les théoriciens de l'institutionnalisme historique ont surtout prêté attention à la façon dont les institutions répartissent le pouvoir de manière inégale entre les groupes sociaux. Ainsi. 1992. R. Hattam emploie une démarche similaire. il est possible d'y voir un effort d'élucidation des «deuxième» et «troisième» dimensions du pouvoir identifiées voici quelques années au cours du débat sur le pouvoir dans les commun autés locales4. Au contraire. S. comme de nombreux théoriciens de cette école. 474 . Ellen Immergut. explique les différences entre pays en matière de réforme du système de soins par le degré auquel les groupements de médecins sont disposés à composer avec les partisans de la réforme. New Haven.R. en tant que composantes élémentaires à partir desquelles l'action collective est élaborée. Lukes. Ce genre d'analyses suggère que les stratégies induites par un contexte ins titutionnel donné peuvent se fossiliser au cours du temps et devenir des visions du monde. The Origins of Business Unionism in the United States. Cambridge University Press. 1980. Yale University Press. La deuxième propriété remarquable de l'institutionnalisme historique est l'importance qu'il accorde au pouvoir et en particulier aux relations de pou voir asymétriques. et elle relie cela à la façon dont la structure institutionnelle du système politique affecte les attentes de ces groupements concernant leur chances de succès dans le cas où ils feraient appel d'une décision qui ne leur conviendrait pas2. au lieu de fonder leurs scénarios sur la liberté des individus de passer des contrats. Toutefois. Hattam. Urbana. Cf. Toutes les études institutionnelles ont une portée directe sur les relations de pouvoir. University of Illinois Press. Les théoriciens de l'institutionnalisme historique ont recours à ces deux perspectives quand ils abordent la relation entre institutions et actions dans leurs analyses. Immergut. Taylor tions liées aux institutions sociales ne peuvent pas être l'objet explicite de décisions individuelles. Interests and Institutions in Western Europe. 4. Rosemary C. en tant que constructions collectives. Victoria C. elles ne peuvent pas être transformées du jour au lendemain par la simple action individuelle. Labor Visions and State Power. Macmillan. 1992. par exemple. Princeton.Peter A. elle va plus loin en examinant la façon dont les différences de contexte institutionnel aux États-Unis et en Grande-Bretagne ont donné lieu à des mouvements ouvriers liés à des visions du monde très différentes. Institutional Realism. E. qui sont propagées par des organisations officielles et finissent par façonner l'image de soi et les préférences des intéressés3. 2. ils postuleront de préférence un monde où les institutions confèrent à certains groupes ou 1. Health Politics. De fait.

La science politique et les trois néo -institutionnalism. «Ideas and the Politics of Bounded Innovation». 1991 . Canadian Journal of Political Science. Princeton. Princeton Uni versity Press. 2. World Politics. 188-216. Pantheon Books. R. par exemple.. et S. 5. Les adeptes de l'institutionnalisme historique sont aussi étroitement atta chés à une conception particulière du développement historique. Shaping the Political Arena. Bringing the State Back In. M. juillet 1993. J. op. Evans et al. Cf. D'autres insistent sur la façon dont les politiques adoptées dans le passé conditionnent les politiques ultérieures en encourageant les forces sociétales à s'organiser selon certaines orientations de préférence à d'autres. Yale University Press. «Paradigms and Political Discourse. P. 3. Britain and the United States». op. ils ont tendance à insister sur le fait que certains groupes sociaux se retrouvent perdants. tandis que d'autres sont gagnants. Collier. Sven Steinmo. explique les différences entre pays en matière de politique fiscale en fonction de la manière dont les institutions politiques structurent les catégories d'intérêts sociaux qui sont les plus susceptibles d'être représentées dans le processus de décision '. propriétés héritées du passé. p. à adopter des identités particulières. Cambridge Univers ity Press. Th. Urban Politics and the Patterning of Class in the United States. 4.es intérêts un accès disproportionné au processus de prise de décision. Katznelson. 22. The Military Revolution and Political Change. D. au lieu de rechercher dans quelle mesure une situation donnée profite à tout le monde. Steinmo et al. dans P. Krasner. 1994 et «When Effect Becomes Cause. S. Weir.. Jenson. «State Structures and the Possibility for Keynesian Response to the Great Depression in Sweden. Ils se sont fait les ardents défenseurs d'une causalité sociale «dépendante du trajet par couru» en rejetant le postulat traditionnel selon lequel les mêmes forces actives produisent partout les mêmes résultats. Weir. 21. Protective Legislation in France and the United States before 1914». p. cit. Les institutions apparaissent comme des composantes relativement permanentes du paysage de l'histoire en même temps qu'un des principaux facteurs qui maintiennent le développement historique sur un ensemble de «trajets»3. 1988. ou à développer des intérêts dans des politiques dont l'abandon présenterait un risque électoral5. Swedish. Steinmo. 1993. City Trenches. M. juin 1989. Cf. Pierson. ces théoriciens insistent particulièrement sur les conséquences 1. 1992. 107-163. Dans le domaine de la politique économique des États-Unis. En conséquence. «Sovereignty: An Institutional Perspective». Les premiers théoriciens soulignèrent la façon dont les «capacités de l'État» et les «politiques héritées» existantes structurent les décisions ultérieures4. New York. Margaret Weir a montré comment la structure du système politique plaide en faveur de la constitution de certai nes coalitions sociales au détriment de certaines autres2. Structuring Politics. au profit d'une conception en vertu de laquelle ces forces sont modifiées par les propriétés de chaque contexte local. En outre. Cf. I. Dans de nomb reux cas. p. Policy Feedback and Political Change». cit. Princeton University Press. British and American Approa ches to Financing the Modern State. 1981. les adeptes de l'institutionnalisme historique ont cher ché à expliquer comment les institutions produisent de tels trajets. 45(4). 66-94. Taxation and Democracy. 475 .. p. Skocpol. New Haven. Collier. c'est-àdire comment elles structurent la réponse d'une nation donnée à des défis nouveaux. Downing. Bien entendu. Comparative Political Studies. p.. M. Dismantling the Welfare State? Cambridge. 595-628. Princeton. les plus important es de ces propriétés sont considérées comme de nature institutionnelle. Ori gins of Democracy and Autocracy in Early Modern Europe. 235-258 . dans S.

March. bien qu'ils attirent l'attention sur le rôle des institutions dans la vie politique. Cambridge University Press. «Ideas and Politics: The Acceptance of Keynesianism in Britain and the United States». Ils cherchent en général à situer les institutions dans une chaîne cau sale qui laisse une place à d'autres facteurs. il est rare que les théoriciens de l'institutionnalisme historique affirment que les institutions sont l'unique facteur qui influence la vie poli tique. M. Ce point n'a pas encore reçu toute l'attention qu'il mérite. et les théoriciens insistent généralement sur l'impact des crises économiques et des conflits militaires3. Le principal problème consiste évidemment à expliquer ce qui pro voque les situations critiques. op. en particulier les développements socio-économiques et la diffusion des idées. p. New York. Developmentalism in Brazil and Argentina. Ideas and Institutions. de nombreux théoriciens de cette école ont ten dance à distinguer dans le flot des événements historiques des périodes de continuité et des «situations critiques». J. et pourquoi son influence n'y a pas été de même durée4. En parti culier. Sikkink. Institutional Change and Economic Performance. Taylor imprévues d'institutions existantes et sur les défauts qu'elles produisent. Enfin. créant par là des «bifurcations» qui engagent le développement historique sur un nouveau trajet2. A. par exemple. American Political Science Review. Weir. L'INSTITUTIONNALISME DES CHOIX RATIONNELS Un fait curieux de la science politique contemporaine est le développe ment relativement indépendant d'un deuxième « néo-institutionnalisme » 1.). 4. Cornell University Press. et Margaret Weir sou tient que les différences structurelles qui distinguent les systèmes politiques britannique et américain contribuent à expliquer pourquoi le keynésianisme n'a pas eu le même impact sur les politiques menées dans les deux pays. ils se sont souvent montrés attentifs aux relations entre les institu tions et les idées ou les croyances. p. De ce point de vue. 3. 476 . 1990. Judith Goldstein. 734-749 et D. North. Organizational Factors in Political Life». «Ideas. P. Cf. p. Princeton University Press. J. Cornell University Press. Goldstein. Ithaca. s'opposant ainsi à l'image de maîtrise et d'efficacité que beaucoup d'écono mistesproposent de la création institutionnelle l. Hall (éd. et S. C. Collier. Rosemary C. P. 1991. Skocpol. Princeton. The Political Power of Economic Ideas. 179-217. 53-86. Institutions and American Trade Policy». Institutions. K. montre comment la structure institutionnelle mise en place pour élaborer la polit iquecommerciale des États-Unis tend à renforcer l'impact de certaines idées en matière de commerce tout en nuisant à d'autres. Ithaca.R. Dans le même esprit. 1989. Cf. Krasner. New York. 78. cependant Th. Collier. 223-246. 42(1).Peter A. c'est-à-dire des moments où des changements institutionnels importants se produisent. Cambridge University Press. D. «The New Institutionalism. A. Cf. 1988. p. ils présen tent un monde plus complexe que l'univers de préférences et d'institutions souvent postulé par les théoriciens de l'école des choix rationnels. 1986. Olsen. R. Shaping the Political Arena. septembre 1984. States and Social Revolutions. 1979. S. 1984. Politics in Hard Times. International Organization. J. cit. Gourevitch. dans P. 2. «Approaches to the State». Cf. Hall. Comparative Politics.

op. The Science of Politics. «Intransitivities in Multidimensional Voting Models and some Implications for Agenda Control». Papers and Proceedings. ce qui rendait possible l'adoption de lois stables. on expliqua que les insti tutions du Congrès abaissaient les coûts de transaction liés à la conclusion d'accords de façon à permettre aux parlementaires de tirer des bénéfices de l'échange. 1988. 1(2). «The Industrial Organization of Congress». Certaines de ces règles permettent de fixer l'ordre du jour de façon à limiter l'éventail des décisions soumises au vote des représentants. K. les institutions résolvent une grande partie des problèmes d'action collective ordinairement rencontrés par les législateurs3. cité. A. 96(1). p. 74. Moe. 1984. par exemple 1 . p. les théoriciens de l'école des choix rationnels commencèrent à se demander comment cette anomalie pouvait être expliquée. 12. A. aussi R. dans H. A l'origine. F. B.). M. 432-447. des rentes et des coûts de transaction pour le développement et le fonctionnement des institutions4. 1976. les théoriciens de l'école des choix rationnels ont importé de manière féconde dans le domaine de la science politique des outils théoriques empruntés à la «nouvelle économie de l'organisation». où les multiples ordres de préférence des législateurs et le caractère multidimensionnel des questions devraient rapidement entraîner des cycles. 472-482 et J. Si les postulats classiques de l'école des choix rationnels étaient exacts.es parallèlement à l'institutionnalisme historique. «Purposive Models of Legislative Behav ior». Weingast. cit. 1989. 4. 28. 2. Cf. Riker. l'institutionnalisme des choix rationnels est apparu dans le contexte de l'étude des comportements au sein du Congrès des États-Unis. 477 . Political Science. Shepsle. p. American Journal of Political Science. 131-147. 3. Marshall. Marshall. Weisberg (éd. Le texte fondamental est de W. McCelvey. art.. D'autres attribuent la responsabilité de questions clés à des commissions structurées de façon à servir les intérêts électoraux des membres du Congrès ou produisent des mécanismes d'adoption des lois qui facilitent le marchan dage entre les parlementaires. Some Lessons from the Rational Choice Approach». «Studying Institutions.La science politique et les trois néo -institutionnalism. dans l'observation d'un paradoxe significatif. W. American Political Science Review. 407-415. «The New Economies of Organizat ion». En pratique. « Implications from the Disequilibrium of Majority Rule for the Study of Institutions». 65. Journal of Economic Theory. «The Industrial Organization of Congress». Deux articles fondamentaux sont: T. Plus généralement. p. pour qui le développement d'une institution donnée. Journal of Theoretical Politics. Shepsle. Beaucoup se mirent à affirmer que l'existence de majorités stables en matière de législation s'expliquait par la manière dont les règles de procédure et les commissions du Congrès structurent les choix et les informations dont disposent ses membres2. Vers la fin des années soixante-dix. il devrait être difficile de réunir des majorités stables pour le vote des lois au sein du Congrès américain. «Institutional Equilibrium and Equilibrium Institutions». Cf. American Economic Review. les décisions du Congrès sont d'une stabilité remarquable. p. qui insiste sur l'importance des droits de propriété. 51-81 et K. 739-777. Une thèse particulièrement influente fut celle développée par Oliver Wil liamson. p. Ferejohn. 1975. p. Comme on le voit. dans une large mesure. chaque nouvelle majorité invalidant les lois votées par la major ité précédente1. 1980. W. Jour nalof Political Economy. Fiorina. 132-163. et B. Il trouva son inspiration. Toutefois. Ils cherchèrent une réponse du côté des institutions. Weingast.

Weingast. Th. 1975 et O. Adam Przeworski. Toutefois. John Ferejohn a commencé à examiner les relations entre le Congrès et les tribunaux. p. 49. New York. A. C. p. cité. Shepsle. 5. p. C. M. B. 28. parmi lesquels le comportement des coali tions selon les pays. dans J. T. 1992. New York. Cambridge University Press. décembre 1989. McCubbins. peuvent se comprendre comme un effort pour réduire les coûts de transaction liés au fait d'entreprendre la même activité sans passer par cette institution1. 1973. D. Congress: Structure and Policy. D'une manière générale. «Congressional Oversight Overlooked. Pratt. Gary W. Milgrom. Weingast. D. Moe. S. cit. Zeckhauser. North. février 1984. 478 . les théoriciens de l'école des choix rationnels se sont aussi intéressés à l'explication d'un certain nombre d'autres phénomènes politiques. Principals and Agents. New York. McCubbins. New York. McCubbins. T. au cours de ces dernières années. liamson. P. McCubbins ont tenté de déplacer le débat en s'intéressant à la façon dont les partis politiques structurent les délibérations. Sullivan (eds). Prentice-Hall. ces travaux cherchent à expliquer comment les règlements du Congrès affectent le comportement des législa teurset pourquoi ils ont été adoptés. 803-832. Thomas. 1990. University of California Press. J. se sont révélées extrêmement utiles pour comprendre comment le Congrès peut structurer ses commissions ou ses relations avec les autorités administratives indépendantes qu'il supervise3. K. 12(4). Cox et Mathew D. Williamson.R. 165-179. A. 2. Schwartz. p. qui s'intéressent aux mécanismes institutionnels par lesquels des principaux peuvent exercer un contrôle sur l'activité et l'obéissance de leurs mandataires. «Coalitions and Cabinet Government». M. 843-890. Journal of Economic History. D. Legislation and Positive Political Theory». A. R. Legislative Studies Quarterly. Free Press.Peter A. et un débat animé s'est développé au sujet de la capacité du Congrès à encadrer les autorités administratives5. Shepsle. 1987. Free Press. American Poli tical Science Review. «An Assessment of the Positive Theory of "Congressional Dominance"». Hall. La floraison de travaux sur le pouvoir législatif américain inspirés par la théorie des choix rationnels est bien représentée dans des recueils récents4. Harvard Business School Press. North. J. Organization and Management. Enfin. 1987 et Legislative Studies Quarterly. P. Hanushek (eds) Modern Political Economy. The Rise of the Western World. Cf. B. «Law. Laver. Police Patrols versus Fire Alarms». New York. Plus récemment. le développement historique des institutions politiques et l'intensité des conflits ethniques6. Gary 1. 191-215. 475-520. E. Economics. O. mai 1994. Barbara Geddes. «Constitutions and Credible Commitments : The Evolution of Institutions Governing Public Choice in 17th Century England». Weingast. Ferejohn. 4. D. 6. en accordant une attention particulière au système des commissions du Congrès et aux relations entre le Congrès et les autorités administratives indépendantes. 1991. «Institutionalizing Trust: The Political and Economic Roots of Ethnic and Regional Conflict». les théo ries de l'action. R. Berkeley.W. 3. Taylor les aspects organisationnels d'une entreprise. 84. M. Legislative Studies Quarterly. Rosemary C. Camb ridge University Press. p. Wil The Economic Institutions of Capitalism. op. Banks. American Journal of Political Science.. «Positive Theories of Congressional Institutions». K. communication présentée au Congrès «What is Institutionalism Now?». M. 1987. mai 1994. North appliqua des thèses similaires à l'histoire des institutions politiques2. Roberts. Boston. G. Legislative Leviathan. Douglas C. J. W. Markets and Hierarchies. B. 1985. Cox. D.

Przeworski. B. ils postulent que les acteurs per tinents ont un ensemble déterminé de préférences ou de goûts (se confor mant habituellement à des conditions plus précises telles que le principe de transitivité) et se comportent de façon complètement utilitaire pour maximis er la satisfaction de ces préférences. Berkeley. la recherche des points communs révèle quatre propriétés attachées à cette démarche qui sont pré sentes dans la plupart des analyses. En général. 2. Parmi les exemples classiques. Reformers and Reactionaries. «The Power of the European Parliament as a Conditional Agenda Setter». Martin. Hylland (eds). mars 1987. p. 1991 . commun ication présentée au Congrès «What is Institutionalism Now?». Cambridge Uni versity Press. 1985. 795-815. Généralement. L. Chicago. Krasner. «Delegation to International Organizations». 1994. Marks. «Rational Sources of Chaos in Democratic Transitions». 88(1). American Political Science Review. O. L. et il existe certaines variantes d'une analyse à l'autre. A. Oye (éd. L. G. Cambridge. Martin. American Behavioral Scientist. A. Princeton. p. M. Democracy and the Market. Y. de Nardo.es Marks et d'autres auteurs analysent les transitions vers la démocratie selon le modèle de la théorie des jeux1. A. Shepsle. Cambridge University Press. Princeton. les plus connus 1. Power and Multilateralism». l'institutionnalisme des choix rationnels abrite un certain nombre de débats internes. enfin. K. Cohen. cité. Power in Numb ers.). 765-792 . B. S. Martin. p. 1986. J. Foundations of Social Choice Theory . 43. A. le type de responsabilités que les États délèguent aux organisations internationales et la forme de ces organisations3. Elster. Toutefois. 33(4/5). Cf. avril 1991. ces théoriciens emploient une série caractéristique de présupposés comportementaux. Chicago University Press. 1994. 336-366. 397-421 . souvent à un haut niveau de stratégie qui présuppose un nombre important de calculs4. 479 . Harvard Center for European Studies Working Paper. Cambridge. «Global Communications and National Power: Life on the Pareto Frontier». 1994. University of California Press. 46(4).La science politique et les trois néo -institutionnalism. 4. Pollack. Harvard Center for International Affairs Working Paper. des chercheurs spécialisés dans les relations internatio nales ont commencé à employer les concepts de l'institutionnalisme des choix rationnels pour expliquer l'ascension ou la chute des régimes interna tionaux. 1992. R. p. Princeton University Press. 1993. Radicals. Comme toutes les écoles de ce genre. En premier lieu. G. American Political Science Review. Cooperation Under Anarchy. George Tsebelis et d'autres auteurs étu dient les conséquences de la réforme institutionnelle au sein de l'Union européenne2. Politicians Dilemma. «The Institutional Foundations of Committee Power». «The Influence of National Parliaments on European Integration». Princeton Univers ity Press. 85-104. Keohane. International Organization. les théoriciens de l'école des choix rationnels ont ten dance à considérer la vie politique comme une série de dilemmes d'action collective. J. K. 1994. World Politics. cf. automne 1992. 81. Geddes. pareils dilemmes se produisent parce que l'absence d'arrangements institu tionnels empêche chaque acteur d'adopter une ligne d'action qui serait pré férable au niveau collectif. Tsebelis. p. 1995. définis comme des situations où des individus qui agissent de façon à maximiser la satisfaction de leurs propres préférences risquent de produire un résultat sous-optimal pour la collectivité (au sens où il serait possible de trouver un autre résultat qui satisferait davantage au moins un des intéressés sans qu'aucun des autres n'en soit lésé). 3. «Inter ests. En second lieu. Weingast. «Obedient Servant or Runaway Eurocracy?».

2. deuxièmement. ces théoriciens soulignent le rôle de l'interaction stratégique dans la détermination des situations politiques. Cambridge University Press. qu'il est vraisemblable que le comportement d'un acteur est déterminé. O. Comme on pouvait s'y attendre. mais par un calcul stratégique. cit. Les institutions structurent cette interaction. Ostrum. Williamson. Ils expliquent ensuite l'existence de l'institution par référence à la valeur que prennent ces fonctions aux yeux des acteurs influencés par l'institution. Roberts. Taylor sont le «dilemme du prisonnier» et la «tragédie des biens». tandis que les analyses portant sur les institutions économiques insistent davantage sur la sélection concurrentielle. Perspectives on Positive Political Economy. Collective Action . Cf. ou en procurant des informations ou des mécanismes d'adoption qui réduisent l'incertitude concernant le comportement des autres tout en permettant aux acteurs de tirer «des gains de l'échange». Il y a place pour bien des débats à l'intérieur de ce cadre général.Peter A. les institutionnalistes de cette école ont développé une démarche qui leur est propre concernant l'explication de l'origine des institutions. cit. On pourrait multi plier les exemples.. . mais de nomb reuses situations comportent pareils dilemmes l. P. 3. Economies. Baltimore.R. ils commencent par utiliser la déduction pour arriver à une classif ication stylisée des fonctions remplies par une institution. Enfin. J. en influen çant la possibilité et la succession des alternatives dans l'ordre du jour. J. E. Organization and Management. op. Rosemary C. Roberts. 12431248. p. Leurs intuitions fondamental es sont. Les règlements du Congrès américain sont expliqués en fonction des gains tirés de l'échange entre ses membres. elle doit d'abord sa survie au fait de procurer davantage de bénéfices aux acteurs intéressés que les formes institutionnell es concurrentes2. p. de production ou d'influence3. A. New York. 480 . Ainsi. op. P. C'est là une démarche «calculatrice» classique pour expliquer l'influence des institutions sur l'action individuelle. les analyses portant sur les législatures ont ten dance à souligner l'importance de l'accord volontaire. Hardin. Milgrom. Science. plus haut). mais ils portent habituellement sur le fait de savoir si les 1. ce qui les incitera à se diriger vers certains calculs ou actions précis. Shepsle (eds). «The Tragedy of the Commons». Johns Hopkins Press. Hall. Governing the Commons. Cambridge. dans J. la forme de l'organisation de l'entreprise est expliquée par réfé rence à la façon dont elle minimise les coûts de transaction. 57-89. 1982. G. 1968. que ce calcul est fortement influencé par les attentes de l'acteur concernant le comportement probable des autres acteurs. Si l'institution est soumise à un processus quelconque de sélection concurrentielle. 162. Markets and Hierarchies. Les dispositions constitutionnelles adoptées en Angleterre en 1688 sont expliquées par réfé rence aux avantages qu'elles procurent aux propriétaires. Influence Costs and the Organization of Economic Activity». R. Cambridge University Press. Ensuite. premièrement. Hardin. Ainsi. non par des forces historiques impersonnelles. Cf. Milgrom. En général. 1990. «Bargai ning Costs. le processus de création d'institutions est généralement centré sur la notion d'accord volontaire entre les acteurs intéressés. Cette formulation présuppose que les acteurs créent l'institution de façon à réaliser cette valeur. Alt. et. K. que les théoriciens conceptualisent la plupart du temps comme un gain tiré de la coopération (cf. 1990.

Keith Krehbiel a ouvert un débat animé sur la question de savoir si les commissions du Congrès américain ont pour tâche première de procurer aux membres des gains tirés de l'échange ou des informations sur les conséquences de la législation proposée '. les groupes d'intérêts. Contre cette tendance. Crane (éd. 481 .). Dobbin. Shepsle. cf.. Ils estimaient que la forme organisationnelle de ces structures était pratiquement la même en raison de la rationalité ou de l'efficacité inhérentes à ces formes et nécessaires pour remplir ces tâches2. Information and Legislative Organization. Ainsi. cf. dans D. Depuis Max Weber. les entreprises. au moment où certains sociologues se mirent à contester la distinction traditionnelle entre la sphère du monde social réputée être le reflet d'une rationalité abstraite des fins et des moyens (de type bureaucratique). art. comparables aux mythes et aux cérémonies élaborés par de nombreus es sociétés. par conséquent. Ce que nous appelons institutionnalisme sociologique a fait son appari tion dans le cadre de la théorie des organisations. que. et les sphères influencées par un ensemble varié de pratiques associées à la culture. Oxford. les néo-institutionnalistes commencèrent à soute nir que beaucoup de formes et de procédures institutionnelles utilisées par les organisations modernes n'étaient pas adoptées simplement parce qu'elles étaient les plus efficaces eu égard aux tâches à accomplir. 2. mais en raison du même type de proces sus de transmission qui donne naissance aux pratiques culturelles en géné1. Comme les autres écoles de pensée. «Cultural Models of Organ ization. La culture leur apparaissait comme quelque chose de tout à fait différent. de nombreux sociolo gues considéraient les structures bureaucratiques qui dominent le monde moderne. p. Toutefois. Ann Arbor.La science politique et les trois néo-institutionnalismes fonctions remplies par l'institution concernée sont définies correctement. que ce soit dans les ministères. cité. 1991. il est agité de débats internes. Pour une présentation plus développée. les écoles. The Social Construction of Rational Organizing Principles». Weingast. non pas nécessairement parce qu'elles en accroissent l'efficacité abstraite (en termes de fins et de moyens). Selon eux. comme l'impli que la notion d'une «rationalité» transcendante. Blackwell. un néo-institutionnalisme s'est développé en sociologie. elles étaient incorporées aux organisations. ces formes et procédures devaient être considérées comme des pratiques cultur elles. K. «Positive Theories of Congress ional Institutions». 117-153. The Sociology of Culture. ses partisans ont développé une série de théories qui devraient être d'un intérêt considérable pour les chercheurs en science politique. Ce mouvement remonte à la fin des années soixante-dix. L'INSTITUTIONNALISME SOCIOLOGIQUE Parallèlement à ces développements de la science politique. Krehbiel. K. University of Michigan Press. F. 1994. B. en revanche. etc. A. comme le produit d'un effort intense d'élaboration de structures toujours plus efficaces destinées à accomplir les tâches formell es liées à ces organisations.

«Organizational Isomorphism in East Asia». B. Cette position entraîne deux conséquences importantes. 83. 2. Chicago. Powell. 1. American Journal of Sociology. op. J. mais les systèmes de symboles. 1991. et W. Meyer et W. Orru et al. Hall. D'autres l'appliquent à l'explication des isomorphismes institutionnels en Extrême-Orient et de la diffusion relativ ement aisée des techniques de production de cette zone à travers le monde4. et Yasemin Soysal pour expliquer la politique d'immigration actuelle en Europe et en Amérique5.. J. Limits of Citizenship. à expliquer les similarités frappantes. ou entre des entreprises appartenant à des secteurs industriels dif férents.. 1990. les sociologues institutionnalistes choisissent généralement une problématique qui cherche à expliquer pour quoi les organisations adoptent un ensemble donné de formes. entre les ministères de l'Éducation à travers le monde. les théoriciens de cette école ont tendance à définir les institutions de façon beaucoup plus globale que les chercheurs en science politique. DiMaggio (eds). communication présentée au séminaire sur l'État et le capitalisme depuis 1800. Ainsi. cit. DiMaggio. Harvard University Press. cf. p. The Transformation of Corporate Control. R. Étant donné l'optique qui est la leur. en insistant sur la diffusion de ces pratiques. p. Strategies for Industry: SmallGroup Activities in American.. 11 et 12. dans W. 1983. The New Institutionalism in Organizatio nal Analysis. 3.W. Cambridge University Press. p. Scott. Cf. procédures ou symboles institutionnels. 1994. Neil Fligstein s'en sert pour expliquer la diversification de l'industrie amér icaine. W. P. Richard Scott l'utilisent pour expliquer la prolifération de programmes de formation dans les entreprises américaines3. 1995. Rowan. Dobbin. Sage.W. p. Soysal. dans W. J.R. Y. Cf. Trois caractéristiques de l'institutionnalisme en sociologie lui confèrent une certaine originalité par rapport aux autres variétés de « néo-institutionnalisme».R. N.W. Meyer et al. P. Thousand Oaks. Berkeley. 55-80. procédures ou normes formelles. Cambridge. Beverly Hills.W. Meyer. Ils cherchent. D'abord. de façon à inclure non seulement les règles. Powell. Scott. «Institutional Analysis and the Role of Ideas in Political Eco nomy». Scott. 6. quel que soit le produit qu'elles fabriquent. Meyer. 1989. Sage. quelles que soient les différences de contexte. W. 1994. Taylor rai.W. Chicago. Pour une très bonne vue d'ensemble. 1994. Frank Dobbin utilise cette approche pour montrer comment des conceptions culturellement déter minées de l'État et du marché ont conditionné la politique des chemins de fer en France et aux États-Unis au 19e siècle2. dans W. Les premiers à défricher ce terrain furent des sociologues de Stanford.. 482 . Fligstein. du point de vue de la forme et de la pratique organisationnelles. Rosemary C.. Japanese and Swedish Industry. Ritual and Rationality. E. J. Harvard. Forging Industrial Policy. R. cit. 340-363.R. 5. University of Chi cago Press. Organizational Environments. F. op. Scott. 1977. P. Cambridge. Formal Structure as Myth and Ceremony».. University of California Press. on devait expliquer même la pratique apparemment la plus bureaucratique en fonction de cette grille culturaliste1. «Institutions and Organizations: Towards a Theoretical Synthesis». W. Campbell. Powell. les schémas cognitifs et les modèles moraux qui fournissent les «cadres de signification» guidant l'action humaine6. 361-389 et R. M.W.W.. par exemple. Cole. «Institutionalized Organizations. 4. chap. J.. L.Peter A. «Introduc tion». DiMaggio (eds). Meyer et al. John W. 1-40. Institutional Environments and Organizations. Institutional Environments. University of Chicago Press.

The New Institutionalism in Organizational Analysis. ils insistent sur la façon dont les institutions influencent le comportement en fournissant des schémas. Rediscovering Institutions. P. Zucker. cit. Verba. op. Swidler. Meyer. 51. mais qui développe certaines nuances parti culières. tournant consistant à s'écarter de conceptions qui associent la culture aux normes. 3. A. chap. W. «The Role of Institutionalization in Cultural Persistence». J. Meyer et al. Boston. «Culture in Action: Symbols and Strategies». p. A cet égard. ces deux notions en venant à s'interpénétrer. 2. Cf. chap. The Civic Culture. J. March. de valeurs et de démarches communes face aux problèmes1. Olsen. cit. de symboles et de scénarios qui fournissent des modèles de comportement3. dans J.La science politique et les trois néo-institutionnalismes En premier lieu. Scott et al. 472-474). Dans de nombreux cas. R. Governing the Economy. G. S. W. catégories et modèles cognitifs qui sont indispensa bles à l'action. Cf.. on peut constater l'influence du constructivisme social sur le néo-institutionnalisme en sociologie. l'une des raisons principales étant que sans eux. Une école d'analyse sociologique plus ancienne résolvait le pro blème des relations entre les institutions et l'action en associant les institutions à des «rôles» auxquels des «normes de comportement» prescriptives étaient attachées. Bien que certains continuent à utiliser de telles conceptions. qui considèrent les institutions comme les règles ou les pro cédures instituées par les organisations. de nom breux théoriciens insistent désormais sur ce que nous pourrions appeler la «dimension cognitive» de l'impact des institutions. «Ontology and Rationalization in the Western Cultural Account». et c'est de cette façon que les institutions sont suppo séesinfluencer le comportement. P. P.. Institutional Environments and Organizations. A. cette démarche a tendance à redéfinir la «culture» comme synonyme d'« institu tions » 2. op. Nous pourrions désigner cette conception comme la «dimension normative» de l'impact des institutions. cette démarche met en péril la distinction que beaucoup de spécialistes de science politique aiment à établir entre les «explications ins titutionnel es ». qui est une conséquence de la «démarche culturaliste » grossièrement décrite plus haut (p. cit.. il serait impossible d'interpréter le monde et le comportement des autres acteurs4. En conséquence. 1963 et P. 273-286 et J. American Sociolo gical Review.W. cit. 483 . «Introduction». 4. les insti1. qui renvoient à la culture définie comme un ensemble d'attitudes. Les institutions influencent le comportement non pas simplement en préci sant ce qu'il faut faire. op. DiMaggio..W. Powell. elle brise la dichotomie conceptuelle qui oppose les «insti tutions» et la «culture». Selon ce point de vue.. Cf. Almond. 3. 83-107. Hall. DiMaggio (eds). les individus auxquels leur socialisation fait jouer des rôles particuliers intériorisent les normes associées à ces rôles. Little Brown. elle reflète un « tournant cognitiviste » au sein même de la sociologie. pour se rap procher d'une conception qui considère la culture comme un réseau d'habi tudes. cité. En d'autres termes. Les néo-institutionnalistes en sociologie se distinguent également par leur façon d'envisager les relations entre les institutions et l'action indivi duelle. op.W. Cf. mais aussi ce qu'on peut imaginer faire dans un contexte donné. et les «explications culturelles». 1986. En deuxième lieu. 1. aux attitudes affectives et aux valeurs. Ici. L. p.W. Powell. dans W.

P. Hall. Ainsi.Peter A. Cf. Si les théoriciens de l'école des choix rationnels postulent souvent un univers d'individus ou d'organisations cherchant à maximiser leur bien-être matériel. Quand ils agis sent selon une convention sociale. l'individu doit trouver un moyen de l'identifier aussi bien que de réagir à cette situation. Zucker et R. Wendt. dans P.. La relation qui lie l'ind ividu et l'institution repose donc sur une sorte de «raisonnement pratique» par lequel. l'individu utilise les modèles institutionnels disponibles en même temps qu'il les façonne2. moins parce qu'elle accroît 1. comme le soutiennent les théoriciens de l'école des choix rationnels. ou sont irrationnels. 41(3). DiMaggio. les néo-institutionnalistes en sociologie se distinguent par leur façon d'aborder le problème de l'explication de la naissance et de la modif ication des pratiques institutionnelles. Il s'ensuit que les institutions n'influencent pas seulement les calculs stratégiques des individus. en revanche. W. p. les théoriciens de l'institutionnalisme sociologique soutiennent que. Rien dans tout cela ne suggère que les individus ne sont pas doués d'intentions. En conséquence. Au contraire.. op. Rosemary C. images et signes institutionnels fournis par la vie sociale1. Anchor.W.. DiMaggio. et les scénarios ou modèles inhérents au monde de l'institution lui procurent les moyens d'accomplir l'une et l'autre de ces tâches. 2. les institutionnalistes en sociologie soutiennent que les organisations adoptent souvent une nouvelle pratique institutionnelle. 335-370. le classique de P.Structure Problem in International Relations Theory». Jepperson dans le même ouvrage. 22-24 et les essais de L. de nombreux institutionnalistes insistent sur la nature hautement interactive de la relation entre les institutions et l'action indivi duelle. The Social Construction of Reality. L'identité et l'image de soi des acteurs sociaux sont elles-mêmes censées être constituées à partir des formes. «Introduction».J. Un corollaire fondamental de cette vision des choses est l'idée que l'action est étroitement liée à l'interprétation. 484 . les sociologues décrivent un univers d'individus ou d'organisations cher chant à définir ou à exprimer leur identité selon des modes socialement appropriés.. p.W. les individus se constituent simultanément en tant qu'acteurs sociaux. Taylor tutions sont censées procurer les conditions mêmes de l'attribution de la signification dans la vie sociale. W. Luckmann. cit. Powell. relation dans laquelle chaque pôle constitue l'autre. «The Agent. été 1987. 1966 et son application plus récente à la science politique par A. les théoriciens de l'institutionna lisme sociologique soulignent que ce qu'un individu tend à considérer comme une «action rationnelle» est un objet lui-même socialement consti tué. Th. pour mettre au point une ligne d'action. The New Institutionalism. Cf. Interna tionalOrganization. mais aussi leurs préférences les plus fondamentales. Po well. New York. et ils conceptualisent les objectifs que se donne un acteur selon une grille beaucoup plus vaste que d'autres théoriciens. Berger. c'est-à-dire qu'ils entreprennent des actions dotées d'une signification sociale et renforcent la convention à laquelle ils obéissent. souvent de façon relativement simultanée.R. Enfin. Toutefois. Comme nous l'avons vu. lorsqu'il est confronté à une situation.J. beaucoup de théoriciens de l'institutionnalisme des choix rationnels expliquent le développement d'une institution par référence à l'efficacité avec laquelle elle sert les finalités matérielles de ceux qui l'acceptent.

Powell. Cf. Campbell exprime bien cette façon d'envisager les choses en parlant d'une «logique des convenances sociales» par opposition à une «logique instrumentale» '. En d'autres termes. cit. Fligstein. Dans d'autres cas. 2. qui concrétisent l'intuition des pratiques institutionnelles appropriées. dans W. Powell. 3 et 8. cit. En dernière analyse. cit. les dimensions interactive et créative du processus par lequel les institutions sont socialement constituées 1.W. par opposition aux théoriciens qui expliquent la diversification des entreprises américaines dans les années cinquante et soixante comme une réaction fonctionnelle à des exigences économiques ou technologiques. que parce qu'elle renforce leur légitimité sociale ou celle de leurs adhérents. Olsen.W. De la même manière. op.L.W. The Transformation of Corporate Control. En sociologie. Ainsi. non parce qu'elle était la plus fonctionnelle pour chaque État. N. qui sont ensuite largement diffusées. W. op. op. 3. certains institutionnalistes insistent sur le fait que l'expansion du rôle régulateur de l'État moderne impose. P. nomy».. Dans certains cas. 4. par voie d'autorité. Y. Neil Fligstein soutient que les entrepreneurs ont fait ce choix en raison de la valeur qui a fini par être attachée à cette notion dans les nombreux forums professionnels auxquels ils participaient.J. 2. Campbell. La question fondamentale. Cf.La science politique et les trois néo-institutionnalismes leur efficacité. March.J. dans cette optique. «Institutional Analysis and the Role of Ideas in Political Eco cité et J. DiMaggio. «The Iron Cage Revisited: Institutional Is omorphism and Collective Rationality» et W. 485 . chap. chap. En pareil cas. cit. il peut arriver que ces pratiques soient aberrantes si on les rap porte à l'accomplissement des objectifs officiels de l'organisation. cette question implique une réflexion sur les sources de l'autorité culturelle. «Expanding the Scope of Insti tutional Analysis. DiMaggio. Yasemin Soysal soutient que la politique d'immigration adoptée par de nombreux États fut poursuivie. John L. qui vont de l'école de gestion au colloque international. leur interprétation et leur résolution).P. est évidemment de savoir ce qui confère de la «légitimité» à certains arrangements institutionnels plu tôt qu'à d'autres. Powell. Pareils échanges sont censés procurer aux acteurs des schémas cognitifs communs. J. et parce que ce choix apportait une caution à leur rôle social et à leur vision du monde2. les organisations adoptent des formes ou des pratiques institutionnelles particulières parce que celles-ci ont une valeur largement reconnue dans un environnement culturel plus large. mais parce que la nouvelle conception des droits de l'homme proclamée par les régimes internationaux faisait apparaître cette politique comme appropriée alors que d'autres paraissaient illégitimes aux yeux des autorités nationales3. Rediscovering Institutions. de nombreuses pratiques aux organisat ions. . D'autres soulignent que la -professionnalisation croissante de nombreus es sphères d'activité donne naissance à des communautés professionnelles dotées d'une autorité culturelle suffisante pour imposer à leurs membres cer taines normes ou certaines pratiques4. P. des pratiques inst itutionnelles communes sont censées naître d'un processus de discussion plus interprétatif entre les acteurs d'un réseau donné (portant sur les problèmes communs. Soysal. The New Institutionalism in Organizational Analysis. op. Limits of Citizenship. et ayant lieu sur divers forums. J.

Mais ces microfondations tellement vantées reposent sur une image relativement simpliste des motivations humaines. Chicago.. dans W. à nos yeux. les images qu'ils proposent du monde politique ne sont nullement identiques. cit. puisque nous estimons que ce sont deux approches à la fois convaincantes et importantes.W. ainsi qu'un ensemble généralisable de concepts qui se prêtent à l'él aboration d'une théorie systématique.W. 1990. 486 . Mansbridge (dir. J. Sur ce point.W. Campbell dans «Recent Trends in Institutional Analysis». Beyond Self-interest. Meyer. Levi (eds). qu'il convient de juger non pas tant d'après l'exactitude de leurs postulats qu'à l'aune de la 1. ce qui. cf. 2. Scott. Considérons d'abord le problème consistant à définir les relations entre les institutions et le comportement. et où les échanges qui ont lieu sous l'égide des régimes internationaux encouragent des accords qui diffusent des pratiques commun es au-delà des frontières nationales2. 11. 1. Sur ce point. M. Pour des analyses plus développées. LES INSTITUTIONNALISMES : ESSAI DE COMPARAISON Dans leurs multiples variantes. «Rationali zed Environments». image qui risque de passer à côté de certaines de ses dimensions les plus importantes3.R. l'éclectisme a ses inconvénients : l'institutionnalisme historique a accordé moins d'attention que les autres écoles de pensée au développement d'une compréhension fine de la façon précise dont les institutions influencent le comportement. et certains travaux ne définissent pas avec tout le soin requis l'enchaînement causal précis par lequel les institutions qu'ils identifient comme importantes influencent le comportement qu'elles sont censées expliquer. Cook. Toutefois. The Limits of Rationality.L. K. J. Institutionalized Environments and Organizations. Strang. Meyer. «Institutional Conditions for Diffusion». L'institutionnalisme des choix rationnels. chap. Certains affirment que nous pouvons même obser ver ces processus à l'échelle transnationale. Les théoriciens de cette tendance utilisent fréquemment les appro ches «calculatrice» et «culturaliste». J..Peter A.). 1990. op. University of Chicago Press. L'institutionnalisme historique offre la conception la plus large de cette relation. Cf. J. Les défenseurs de cette approche sont enclins à la comparer à un ensemble d'équations à forme réduite. «Ontology and Rationalization». Hall. 2 et 5. Rosemary C. Meyer et al. où les concepts habituels de la modernité confèrent un certain degré d'autorité aux pratiques des États les plus «développés». Taylor apparaissent nettement1.W. est une vertu non négligeable. University of Chicago Press. S. 3. nous sommes redevables à l'analyse pénétrante développée par J. en revanche. a développé une conception plus précise des relations entre les institutions et le comporte ment. Toutefois. les « néo-institutionnalismes » font pro gresser de façon significative notre compréhension du monde politique. l'institutionna lisme historique pourrait tirer parti d'échanges plus développés avec les autres écoles. et D.R. Chicago. et chacune présente des avantages et des faiblesses particuliers. p. Meyer. J.

Friedman. étant donné que les prédictions engendrées par ces modèles sont souvent sensibles à de petites modifications portant sur les matrices de gains. Shepsle d'avoir attiré notre attention sur ce point. cf. qui sont souvent arbitraires ou sans fonde ment empirique2. sous la forme du calcul stratégique. l'institutionnalisme des choix rationnels a contribué dans une large mesure à son analyse. Les tenants de cette école soulignent que l'action politique implique la gestion de l'incertitude. de nombreus es solutions d'équilibre peuvent se présenter. en particulier en attirant l'attention sur des aspects fondamentaux de la vie politique. Yale University Press. en particulier dans des situations empiriques où ces préférences présentent des facettes multiples et sont ambiguës ou difficiles à identifier ex ante. dans Essays in Positive Economies. «The Methodology of Positive Economies». étant donné que les comportements instrumentaux sont une donnée majeure de la vie politique. New Haven. Cette démarche représente un progrès considérable par rapport aux démarches traditionnelles qui expliquent les situations politiques comme résultant de l'application de forces que des variables structurelles. Plus important. Pathologies of Rational Choice Theory. sont supposées exercer directement sur le comportement individuel. ils démontrent l'importance des flux d'information aussi bien pour les relations de pouvoir que pour les situations politiques. ils attirent notre attention sur le rôle de l'interaction stratégique dans la détermination des situations politiques. Cf. sous-estimés par les autres approches. telles que le niveau de développement socio-économique. Plus généralement. Toutefois.La science politique et les trois néo-institutionnalismes capacité de prédiction de leurs modèles '. ni correctement modélisées par les théories des choix rationnels. le niveau d'éducation ou l'insatisfaction matérielle. tout en faisant jouer un rôle aux variables structurelles. P. Nous remercions Kenneth A. évidemment. leurs théories définissent les voies par lesquelles les institutions 1. L'inconvénient.. Green. les analyses des théoriciens de l'école des choix rationnels accordent beau coup plus de place à l'intentionnalité humaine dans la détermination des situations politiques. D'une part. 1994. Shapiro. Le problème est amplifié par le fait que dans une situation donnée. 1953. 2. Il suffit d'avoir attendu à un feu rouge sans personne autour pour reconnaître qu'il y a des dimensions de la relation entre les institutions et l'action qui ne sont peut-être pas très utilitaires. et en procurant des outils permettant de les analys er. est que ce progrès est réalisé au prix d'une conceptualisation de l'intentionnalité à partir d'une théorie relativement légère de la rational ité humaine. University of Chicago Press. Chicago. etc. qui est restée longtemps un des aspects les plus fondamentaux et les plus négligés de la réalité politique. 487 . De plus. Les théoriciens de l'institutionnalisme en sociologie sont souvent mieux placés pour éclairer ces dimensions-là. I. sous la forme des institutions. comme le suggère le «théorème des gens ordinaires» (folk theorem). Mais c'est un terrain glissant. Au contraire. On peut résumer cette différence par le passage de modèles où la causalité est représentée par les coefficients de variables structurelles dans des équations de régression à des modèles inspirés de la théorie des jeux. M. les structures de préférences. L'utilité de cette approche est encore limitée par la nécess ité de préciser les préférences ou les objectifs sous-jacents des acteurs de façon exogène par rapport à l'analyse.

Toutefois. les nombreux exemples d'inefficacité que présentent bien des institutions restent inexpliqués. D'abord. 116-153. c'est une approche souvent rétrospective: l'origine d'une inst itution donnée est expliquée pour une large part à partir des effets de son existence. c'est une approche très «fonctionnaliste». Johnson. étant donné les conditions initia les qui pouvaient être mises en place de façon réaliste pour accomplir la tâche visée. et qu'ils les créent 1. Moe. cf. les sociologues expriment des aspects de l'impact des institutions qui sont peut-être un préalable néces saire à l'action instrumentale1. Towards a Theory of Public Bureaucracy ». De notre point de vue. largement maîtrisé par les acteurs qui ont une percep tion correcte des effets des institutions qu'ils créent. dans O. Organi zational Theory from Chester Barnard to the Present and Beyond. remonter des conséquences aux origines est une voie hasardeuse2. Les institutionnalistes de l'école des choix rationnels ont produit les explications les plus élégantes de l'origine des institutions. D'autre part. en s'intéressant surtout aux fonctions qu'elles remplissent et aux avantages qu'elles procur ent. T. 16. De plus. Ensuite. «The Politics of Structural Choice. la théorie risque d'exagérer l'efficacité réelle de certaines d'entre elles3. Bien qu'il soit possible que ces effets contribuent à la perma nence de l'institution. certaines caractéristiques de cette approche réduisent considé rablement sa capacité à servir de cadre théorique permettant d'expliquer l'origine des institutions. une approche «intentionnaliste». 2. 387-401. New York. il ne faut pas confondre l'explication de cette perma nence et l'explication de l'origine de l'institution.). étant donné que cette permanence dépend souvent des avantages que l'institution peut procur er. En d'autres termes. Pour une tentative impressionnante d'affronter ce problème sans renoncer aux postulats de la théorie des choix rationnels. Rosemary C.R. Hall. Some Reflections on the New Institutionalism». En un certain sens. cette approche est d'une force incontestable lorsqu'il s'agit d'expliquer la permanence des institutions. Cf. Bates. que les institutionnalistes de l'école des choix rationnels doivent accepter comme une donnée. p. «Symbolic Dimensions of Social Order».Peter A. C'est ce qu'affirme R. nous observons encore des avantages et des faiblesses propres à chacune de ces approches dans leur explication de l'origine et des modifications des institutions. 488 . Williamson (éd. Taylor peuvent influencer les préférences ou identités sous-jacentes des acteurs. «Contra Contractarianism. communication présen tée au Congrès sur l'actualité de l'institutionnalisme. Dans certains cas. «What is Institutionalism Now?». cité. Oxford University Press. c'est. Elle postule souvent que les ins titutions existantes sont les plus efficaces. dans une large mesure. Cependant toutes les applications des théories du choix rationnel ne sont pas également fonctionnalistes. 1990. Parce que le monde social offre de nombreux exemples de conséquences non voulues. J. Deuxièmement. elle a tendance à postuler que le processus de création d'une institution est fo rtement intentionnel. 3. Si nous examinons maintenant le second point qui nous préoccupait. p. ils nous apprennent que même un acteur fort ement utilitariste peut choisir des stratégies (et des concurrents) dans des répertoires qui ont une spécificité culturelle et par là ils identifient de nou velles possibilités pour l'environnement institutionnel d'influencer les choix stratégiques des acteurs. Politics and Society.

font qu'il est encore plus difficile de comprendre pourquoi il arrive que les institu tionschangent4. cf. op... bien que l'institutionnalisme des choix rationnels puisse contribuer à expliquer pourquoi les institutions continuent à exister. New York. Pour une analyse pénétrante qui tente d'introduire une prise en compte des asy métries du pouvoir dans l'analyse de la création d'institutions en termes de choix ration nels. il n'est pas du tout évident que les acteurs devraient se mettre d'accord pour chan ger les institutions existantes. Cf. G. les efforts de Kenneth A. 2. R. comme l'affirme Robert Bates. North. Cambridge University Press.. pareilles analyses impliquent souvent des postulats héroïques concer nant la prescience des acteurs historiques et leur capacité à maîtriser les événements. tout à fait du genre de ceux qu'on trouverait dans F «état de nature»2.. cf. d'une théorie des équilibres dynamiques beaucoup plus robuste. «Institutional Equilibrium and Equilibrium Institutions». Ainsi.voir J. Institutional Realism. 489 . Bien que l'existence d'un élément d'intentionnalité dans la genèse des institutions ne fasse aucun doute. Comme exemple. cit. 3. R. 4. cité. cité. «Contra Contractarianism. quand on y regarde de plus près. Cf. Ces réflexions suggèrent que. Shepsle. Cf. ces analyses imputent également des inten tions excessivement simples aux acteurs historiques qui. Weingast.». art. op. l'analyse par ailleurs valable développée dans D. «Contra Contractarianism. C. Shepsle et d'autres auteurs pour montrer que les institutions sont stables. Legislative Leviathan.». W. ces analyses sont souvent nettement «volontaristes». art. cit. Une des implications de cette appro che est en effet que la situation initiale à partir de laquelle une institution est créée a toutes chances de refléter un équilibre de Nash. art. il est pos sible que de nombreuses analyses de l'école des choix rationnels postulent trop rapide mentque la présence de problèmes d'action collective engendre automatiquement une «demande» de création d'institutions. Pour des correctifs. Enfin. Paradoxalement. Cette approche a besoin. Bien que pareille description puisse rendre compte de façon adé quate de certains cas. Knight. pour le moins. De même. 1992. op. en invoquant l'incertitude qui entoure le changement institutionnel. Plus précisément. 3. B. Institutions and Social Conflict. cit. M. sa portée théorique est la plus grande dans des contextes où le consensus entre des acteurs rompus à l'action stratégique et de statut relativement identique est indi spensable pour assurer un changement institutionnel comme dans certaines 1.D. Institutions and Social Conflict.A.es justement dans le but précis d'obtenir ces effets. cité et J. cité et R. elles ont tendance à présent er la création des institutions comme un processus quasi contractuel carac térisé par un accord volontaire entre des acteurs relativement égaux et indépendants. le postulat d'« équilibre» de cette approche conduit les théoriciens dans une contradiction. «Constitutions and Credible Commitments». Cox. Grafstein. l'explication qu'il propose de leur genèse ne s'applique avec succès qu'à un nombre limité de contextes.La science politique et les trois néo -institutionnalism. semblent agir en fonction d'un ensemble de motivations beau coup plus complexes l. Bates. Bates.. En d'autres termes. même dans une législature. chap. Cela peut constituer un problème. pour beaucoup d'autres. elle risque de sous-estimer le fait que l'asymétrie des relations de pouvoir confère beaucoup plus d'influence à certains acteurs qu'à d'autres dans le processus de création des institutions3. où des majorités peuvent souvent imposer des changements institutionnels aux minorités. comme le montrent des études portant sur le gouvernement des partis. K. Knight. Quatrièmement. McCubbins. Dans certains cas.

et G. cette théorie peut s'appliquer à des contextes où une concurrence intense entre diverses formes d'organisation sélectionne celles qui sont dotées d'une certaine efficacité qu'il est possible de définir avec précision ex ante. Cette approche permet d'aller très loin dans l'explication des nombreux cas d'inefficacité constatés dans des institutions sociales et politiques 2. Meyer. conception qui va bien au-delà des seules considérations d'efficacité pour englober le rôle que des efforts interactifs d'interprétation et un souci de légitimité sociale peuvent jouer dans ce processus.. Taylor assemblées législatives ou dans des arènes internationales. 1984. Root. G. cit. Institutions. Rosemary C. 1987. University of California Press. Hall. T. les néo-institutionnalistes en sociologie semblent pri vilégier tellement les processus macro. Dans certains cas. Ainsi. Institutions and Social Conflict. North.R. 1 et D. Toutefois. C. par exemple dans certaines situations concurrentielles de marché1. elle peut tout à fait passer à côté du fait que les processus de créa tion ou de réforme institutionnelle impliquent un conflit de pouvoir entre des acteurs dont les intérêts entrent en concurrence3. Institutional Structure: Constituting State. et plus généralement. Fligstein. Cambridge. les institutionnalismes historique et sociologique ont une tout autre approche de l'explication de l'origine et du changement des insti tutions. mais c'est une remarque lourde de conséquences. B. The Transformation of Corporate Control. Cambridge University Press. art. 490 . 1994. l'approche de l'institutionnalisme en sociologie semble souvent étrangement éthérée. J. Berkeley. Ertman. et les initiatives de réforme engendrent souvent des luttes de pouvoir entre ces acteurs. Cambridge University Press. op. 3. W. cit. Sage. «Institutionalized Organizations».Peter A. les recherches menées sur ce point sont en nombre étonnamment réduit. op. Knight. ils font porter leur attention sur les processus par lesquels les acteurs qui créent de nouvelles institutions font des «emprunts» aux modèles institutionnels existants. op. J. Society and the Individual. 1997.. Birth of the Leviathan. Les sociologues de cette école développent eux aussi une conception plus large des raisons pour lesquelles une institution particulière peut être choisie. H. ce qu'une trop grande insistance sur les processus de diffusion risque de négli ger.sociologiques que les acteurs 1. chap. Thomas et al. que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur d'une organisation. L'un et l'autre commencent par souligner que les institutions nou velles sont créées et adoptées dans un monde qui en contient déjà beaucoup. Rowan. cit. Institutional Change and Economic Performance. Cela peut paraître anodin. du point de vue de la science politique. cité.W. Bien que certains chercheurs aient soutenu que la concurrence entre États-nations ou élites politiques tend à sélectionner certains types d'institutions de préférence à d'autres. Cette démarche souligne utilement le fait que le monde institutionnel existant ci rconscrit l'éventail des créations possibles. En revanche. 2. En sociologie. En d'autres termes. les institutionnalistes partent de ce constat pour examiner la façon dont les institutions existantes structurent le champ de vision des acteurs qui envisagent une réforme institutionnelle. ont en jeu des intérêts profonds liés à ce que l'entreprise ou le gouverne ment adopte ou non de nouvelles pratiques institutionnelles. A Treatise in Social Theory. Cf. Fountain of Privilege. de nom breux acteurs. Il y a des exceptions importantes: par exemple N. Beverly Hills. Runciman. Après tout. En revanche. M. New York.

op. P. T. Institutions and Social Conflict. Rothstein. «Constructing an Organizational Field as a Professional Project». 149-171. Holt. ils rejoignent les institutionnalistes de l'école des choix rationnels. à savoir un monde saturé d'institutions. mais aussi des processus de conflit1. A cet égard. p. World Politics. Cf. p. les théoriciens de cette école fouillent les archives historiques à la recherche d'indices des raisons pour lesquelles les acteurs historiques se sont comportés comme ils l'ont fait. Généralement. Les institutionnalistes qui adoptent une approche historique partent du même constat. cit. Moe et J. Si la présentation qui est faite de l'origine des institutions dans l'opti que des choix rationnels est dominée par la déduction. «The Politics of Structural Choice». 43(4). Knight. 3. Edelman. The Semi-Sovereign People. Toutefois. Taxation and Democracy. Swenson. ils combinent avec ce point de vue une conception de l'influence du parcours qui reconnaît également l'importance des modèles institutionnels existants dans les processus de création et de réforme institu tionnelle. New York. DiMaggio. les scénarios et les symboles naissent non seulement des pro cessus d'interprétation.. op. En général. En conséquence. op. Cf. 1991. «Bringing Capital Back In or Social Democracy Reconsidered». 95. Mais cette insistance sur l'induction est une faiblesse autant qu'une force: les inst itutionnalistes qui adoptent une approche historique ont mis moins de temps que d'autres chercheurs à rassembler leurs résultats dans des théories systé1. American Journal of Sociology. E. leur approche pourrait tirer profit d'une plus grande attention prêtée à la façon dont les cadres de signification. 267-292. comme beaucoup de choses en politique.J. Schattschneider. cité et J. qui s'ins pirent du célèbre constat résumé par une génération antérieure de théoriciens dans la formule selon laquelle «l'organisation est la mobilisation du parti pris»3. Cf. celle de l'institutionnalisme historique semble souvent reposer fortement sur l'induction. art. ils ont provoqué des révisions parfois déchirantes de notre compréhension habituelle de l'origine de certai nes institutions. The Transformat ion of Corporate Control. 1991. Moe. N. 513-544 et B. Fligstein. Scandinavian Political Studies. cit. Powell. 1990. cit. DiMaggio. 4. «Legal Environments and Organizational Governance». P. dans W.La science politique et les trois néo-institutionnalismes concernés semblent s'évanouir dans le lointain. pour attirer notre attention sur la façon dont les relations de pouvoir inscrites dans les institu tionsexistantes confèrent à certains acteurs ou intérêts davantage de pouvoir qu'à d'autres concernant la création de nouvelles institutions2. Leur insistance sur les avantages collect ifs procurés par les institutions semble souvent masquer à quel point celles-ci. 1960. p.W. P. 2. 1401-1440. 497 . et elle leur permet de choisir entre des explications concurrentes quand le calcul déductif lié au postulat d'acteurs rationnels aboutit à plus d'une situation d'équilibre. op. p. Comme T. p. Pour certains travaux exceptionnels qui accordent davantage d'attention à cette dimension de l'institutionnalisation. The New Institutionalism in Organizational Analysis. 14(2). Steinmo. Rinehart.. 7 et E. Cette insistance néo-webérienne sur la signification prêtée par les acteurs historiques à leurs propres actions accroît considérablement le réalisme des analyses produites par ces théori ciens. S. résultent de conflits pour le pouvoir et les ressources. Knight l'ont signalé. comme par exemple le corporatisme suédois4. et le résultat finit par re ssembler à «une action sans acteurs». cit. et L. «Explaining Swedish Corporat ism: The Formative Moment». de nombreuses analyses de l'école des choix rationnels sont curieusement apolitiques.

ces deux caractéristiques des institutions du mouvement ouvrier français. ou si l'on peut postuler l'existence d'une sorte d'action rationnelle ou stratégique homogène quel que soit le contexte culturel. nous sommes partisans de pousser ces échanges aussi loin que possible. la raison la plus fondamentale étant que chacune des ces éco les semble révéler des aspects importants du comportement humain et de l'impact que les institutions peuvent avoir sur lui. à partir duquel 1. En résumé. De plus. Taylor matiques portant sur les processus généraux impliqués par la création et le changement institutionnels. chacune révélée par une école de pensée différente. A.Peter A. Hall. Comment aller de l'avant? De nombreux auteurs prônent l'adoption d'une seule de ces approches au détriment des autres. Governing the Economy. les idéolo gies syndicalistes de nombreux syndicats français militaient également contre toute coopération entre eux dans une telle entreprise1. 492 . les représentants extrêmes de chaque école adoptent des positions radicalement différentes sur des questions aussi fondamentales que celle de savoir si on peut désigner l'identité des acteurs de façon exogène en vue d'une analyse institutionnelle. De plus. Le présent article s'efforce de suggérer que le temps est venu d'intensifier les échanges entre ces différentes écoles. C'est ainsi que le comportement d'un acteur peut être influencé en même temps par les stratégies probables des autres acteurs et par la réfé rence à un ensemble familier de modèles moraux ou cognitifs. Toutefois. la structure divisée du mou vement ouvrier français décourageait une stratégie d'adhésion parce qu'elle favorisait un comportement de passager clandestin. D'une part. Chacune a passé son temps à affiner son propre paradigme. Prenons le cas des ouvriers français qui s'interrogeaient sur l'adhésion à une politique des revenus dans les années cinquante. chacune semble fournir une explication partielle des forces à l'œuvre dans une situation donnée. Le plus souvent. non pas à un seul « néo-institutionnalisme » mais à trois. op. voir P. aient influencé les comportements. ou exprimer des dimensions différentes du comportement humain et de l'impact des institu tions. il est frappant de cons tater à quel point ces écoles de pensée sont restées cloisonnées. Aucune de ces écoles ne semble aller dans une mauvaise direction ou reposer sur des postulats fon cièrement erronés. Il est possible qu'à l'époque. Peut-on aller plus loin? Chacune de ces écoles pourrait-elle emprunter aux autres certaines de leurs intuitions ? Pareille démarche sera nécessaire ment limitée. Au niveau hautement théorique des premiers principes. si on assouplit les postulats extrêmes des théories propres à chaque école. Hall. chaque fac teur étant lié à la configuration des institutions existantes.R. Au mini mum. nous suggérons qu'une meilleure connaissance réciproque permettrait aux tenants de chacune d'elles de mieux percevoir les questions sousjacentes à leur propre paradigme. Rosemary C. 247-249. p. Pour davantage d'information sur cet exemple.. la science politique est aujourd'hui confrontée. D'autre part. on peut dégager un terrain théorique commun. cit.

A. ces «styles» peuvent 1. Fritz Scharpf montre comment le comportement peut être déterminé à la fois par les «règles de décision» qui représentent les incitations que les institutions peuvent propos er aux acteurs considérés comme des calculateurs rationnels. Keohane (eds). 90-143. Perspectives on Positive Political Economy. G. Dans un cas. par exemple. définie comme un ensemble de modèles d'action collectifs. dans l'autre. cité. affirment que les normes ou les idées favori sées par un environnement institutionnel donné fournissent souvent les points locaux qui permettront aux acteurs rationnels de converger en direc tion d'un seul des divers équilibres possibles2. ce qui rend pareilles synthèses très prometteuses. Shepsle. 1993. R. D.La science politique et les trois néo-institutionnalismes les intuitions de chacune de ces approches pourraient être utilisées pour compléter ou renforcer celles des autres.. élargit son approche de manière à englober la «culture d'organisation». 493 . K. mais que l'éventail des possibilités envisagées par un acteur stratégique est susceptible d'être circonscrit par un sentiment culturellement déterminé de ce qu'il est approprié de faire. il ne serait pas difficile pour les tenants des approches calculatrice et culturelle de reconnaître qu'une bonne partie des comportements sont stratégiques ou gui dés par des objectifs. Life on the Pareto Frontier». même si les modèl es qu'elles proposent de l'origine de ces attentes sont légèrement différents. Ithaca. dans J. p. Cornell University Press. Geoffrey Garrett et Barry Weingast. cit. par quoi on peut comprendre les croyances portant sur les comportements appropriés qui font l'objet des ana lyses culturalistes. les approches «calculatrice» et «culturelle» de la relation qui lie les institutions et l'action constatent toutes les deux que les institutions influencent l'action en structurant les attentes concernant les actions futures des autres acteurs. art. D'autres chercheurs de l'école des choix rationnels ont commencé à intégrer dans leurs travaux la «culture» ou les «croyances» pour expliquer pourquoi les acteurs s'orientent vers une situation donnée quand une analyse conventionnelle définit plusieurs équilibres possibles. Dans ces conditions. Kreps affirme que pareilles «cultures» peuvent suppléer de manière efficace aux mécanis mes traditionnels d'observation et de régulation dont dispose une organisat ion. Alt. «Ideas. en particulier quand elle n'est pas en mesure de définir immédiatement les comportements appropriés à toutes les éventualités l. David Kreps. Dans une analyse particuli èrement suggestive des jeux à équilibres multiples. Interests and Institutions: Constructing the European Community's Internal Market». D. il y a place pour un dialogue fructueux. Weingast. 173-206 et S. Ainsi. Pour prendre un seul exemple. op. et par les «styles de décision» de ces acteurs. étudiant la façon dont les organisations observent et régulent les comportements de leurs employés. Un certain nombre de théoriciens ont déjà commencé à intégrer des notions stratégiques et culturalistes dans leurs analyses. Kreps. p. Ideas and Foreign Policy. 2. ces attentes sont censées être déterminées par ce que l'autre acteur devrait considérer comme approprié du point de vue social. dans J. Cf. Goldstein. la théorie affirme que ces attentes sont déterminées par ce que l'autre acteur devrait considérer comme viable du point de vue instrumental. Garrett. Ainsi. dans une analyse par ailleurs conforme à la théorie des choix rationnels. Krasner. «Global Communication and National Power. «Corporate Culture and Economie Theory». De même. B.

Après tout. Labor Visions and State Power. par exemple lorsque. et P. op. C. A. On retrouve à peu près la même thèse défendue par Robert Putnam. Journal of Theoretical Politics. cit. 1(2). Hattam. Cf. Th. pour des exemples du deuxième cas. Comme nous l'avons observé plus haut. cit. Bates. Civic Traditions in Modern Italy. B. «Decision Rules.R. Integrating Rational Choice and Interpretivist Perspectives». et il y a beaucoup à dire en faveur d'un débat soutenu. New York. Harvard Center for International Affairs Working Paper. «The Political Foundations of Democracy and the Rule of Law» (à paraître). et. 1989. cit. Ce que nous voulons dire. sa période d'incubation. Weingast. «Central Bank Independence and Coordinated Wage Bargaining. Weingast soutiennent que les interactions stratégiques sont des jeux de signalisation. V. et S. p. tandis que d'autres présentent une tendance certaine à s'ouvrir au néo-institutionnalisme sociologique3. Harper Collins. Qu'on nous comprenne bien: notre intention n'est pas d'affirmer qu'une synthèse grossière des positions développées par chacune de ces écoles est immédiatement réalisable ou même nécessairement souhaitable. cit. cit.Peter A. Steinmo. c'est précisément parce que le débat implicite qui a eu lieu entre elles a été si éclairant que nous avons tenté ici de le rendre plus explicite. Health Politics. 3. Cf. le temps est venu pour elles de développer des échanges plus explicites et plus soutenus. Hattam. c'est surtout que. J. Princeton. Monroe (dir. Les meilleures de ces analyses intègrent déjà des éléments empruntés aux autres écoles. qui affirme que les régions d'Italie qui ont un passé relat ivement riche d'expérience de l'association collective constituent un meilleur terrain pour les efforts collectifs. R. Rosemary C. Scharpf. automne 1994. Ferejohn. «Rationality and Interpretation: Parliament ary Elections in Early Stuart England». 149-176. après quelques années pendant lesquelles chacune de ces écoles a connu. C. Decision Styles and Policy Choices». The Inte rdependence in Germany and Europe». Nombre de thèses récemment proposées par cette école pourraient facilement être traduites dans le langage des choix rationnels. que les régions dépourvues de cette expérience. voir E. op. op. Pour des exemples du premier cas. Weingast. R. op. R. Hall. à la façon des théoriciens de l'école des choix rationnels. Hall. B. isolée. même des siècles plus tard. ils vont même plus loin en suggérant que l'objet de nombreuses catégories d'interaction stratégi que est précisément d'influencer ces croyances2. 1991. 4. Ertman. d'autres travaux sont allés encore plus loin en suggérant que les réactions stratégiques à un environnement institutionnel donné peuvent finir par engendrer des visions du monde et des pratiques organisationnelles qui continuent à conditionner l'action alors que l'environnement institutionnel initial s'est modifié5. Princeton University Press. L'institutionnalisme historique est placé dans une position particulièr ement cruciale. «A New Comparative Politics. Labor Visions and State Power. dont la signification et les enjeux ne sont compréhensibles qu'à condition de comprendre le contexte culturel qui assigne une signification à des symboles précis. Bates et B. F. 5. Making Democracy Work. De la même manière.). Birth of the Leviathan. cf. Immergut. 2. elles montrent comment les acteurs historiques sélectionnent de nouvelles institutions dans un but instru mental. Putnam. German Politics and Society. dans K. Cf. V. A. Taylor déterminer si l'acteur attache une plus grande valeur aux gains absolus ou relatifs quand la matrice de gains impose de choisir entre les deux1. The Economic Approach to Politics. Il y a toutes 1. Taxation and Democracy. mais en les choisissant dans une liste d'alternatives historiquement déterminées par les mécanismes que décrit l'institutionnalisme sociologique4. 1995. op. R. 1993. 494 .

avec V.J.R. 495 . 1993. Hayward et H. Cambridge. James Ennis. Machin. Rogers Smith. décembre 1996. Peter Gourevitch. HEA. Princeton. "Policy Para digms. Paris. Polity. 1989 . MA 02138 États-Unis). avril 1993 . 27 Kirkland Street. Lichbach. * Cet article a été publié en anglais dans Political Studies. en Europe de l'Ouest et aux États-Unis. 1979. Taylor est professeur de sociologie et de santé publique à l'Université de Tufts et chercheur associé au Center for European Studies de l'Université de Harvard.La science politique et les trois néo-institutionnalismes les raisons de penser que nous avons à apprendre de toutes ces écoles de pensée. Les développements politiques en France. elle a dirigé Coops.). comme chacune d'elles a à apprendre des autres*. PUF. Elle travaille aussi sur un nouveau projet. Beardshaw et D. et lors d'une réunion sur «l'institutionnalisme aujourd'hui» («What is Institutionalism Now?») à l'Université du Maryland (octobre 1994). parmi lesquels Governing the Economy: The Politics of State Intervention in Britain and France. en collaboration avec J. Cambridge. Ses recherches portent sur la politique de déve loppement de Y État-providence et les politiques publiques. Mark Pollack. Harvard Univers ity. nous remercions Robert Bates. Barry Weingast. le Stanford Center for Organizations Research et le Center for Advanced Study in the Behavioral Sciences. ainsi que de nombreux articles sur les politiques de santé publique et de soins . Case. qui étudie les modèles d'une politique sociale et d'une solidarité sociale dans une Europe en mutation (Center for European Studies. Bo Rothstein. Il travaille sur la comparaison des politiques publiques et sur l'économie politique de l'Europe (Center for European Studies. Comparative Politics. dans M. Traduit de l'anglais par Jean-François Bâillon Peter A. en Angleterre et aux États-Unis. Rosemary C. avec J. Soysal. Commun es and Collectives. Nous voudrions remercier. Marc Smyrl. New York. Il a aussi dirigé The Political Power of Economic Ideas. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages. Adria Warren. A. MA 02138 États-Unis). Paul DiMaggio. New York. The Future of Comparative Politics. Londres. Zuckerman (dir. avec Y. Une première version a été présentée en 1994 au Congrès annuel de l' American Political Science Association. Lisa Martin. Deborah Yashar et Martha Zuber. Elle a publié. un ouvrage intitulé Local AIDS Poli cies. surtout dans le domaine de la santé. Hunter. «The Role of Interests. 1986. Cathie Jo Martin. Cambridge Univers ity Press. 27 Kirkland Street. Kenneth Shepsle. Barbara Geddes. Elle termine actuellement un livre sur les politiques publiques face au SIDA en France. Harvard University. Social Learning and the State". Pantheon. Institutions and Ideas in the Comparative Political Economy of the Industrialized Nations». Nous sommes très reconnaissants envers Paul Pierson pour avoir souvent discuté de ces questions avec nous. Princeton University Press. Frank Dobbin. Pour leurs commentaires écrits sur cette première version. pour leur hospitalité et pour les encouragements qu'ils nous ont apportés pendant la préparation de cet article. Ian Lustick. et. 1993. Paul Pierson. 1997. Cambridge. Hall est professeur de science politique et chercheur au Center for European Studies de l'Université de Harvard.

en portant une attention particulière à la dualité entre les approches « culturelle » et « calculatrice » et évaluent les avantages et les fai blesses de chaque école de pensée en soulevant deux questions clés : comment les institu tions influencent le comportement et où se situent l'origine et le changement de ces institutions. institutionnalisme des choix rationnels. The authors summarize the core insights of each school. et institutionnalisme sociologique.RESUME/ ABSTRACT LA SCIENCE POLITIQUE ET LES TROIS « NEO. pour chaque école. rational choice instituti onalismand sociological institutionalism. ils explorent. En conclusion. 496 . POLITICAL SCIENCE AND THE THREE NEW INSTITUTIONALISMS The "new institutionalism" in political science can best be understood as the development of three separate schools of thought : historical institutionalism. Les auteurs résument les intuitions centrales de chaque école.INSTITUTIONNALISMES » On peut mieux appréhender le « néo-institutionnalisme » en science politique comme le développement de trois écoles de pensée distinctes : institutionnalisme historique. de façon à favoriser un dialogue plus fécond entre elles. les possibilités d'intégrer cer taines de ces intuitions les unes aux autres. with particular attention to the duality between a "cultural" and a "calculus" approach and compare the advantages and disadvantages of each school of thought for addressing two key issues : how do institutions affect behavior and how do institutions ori ginate and change ? They conclude by exploring the potential for integrating some of the insights of each school with those of the others in order to encourage greater dialogue among them.