Vous êtes sur la page 1sur 7
Henri-Charles Puech Georges Vajda André Dupont-Sommer Chronique In: Revue de l'histoire des religions, tome 135

Chronique

In: Revue de l'histoire des religions, tome 135 n°1, 1949. pp. 123-128.

Citer ce document / Cite this document :

Puech Henri-Charles, Vajda Georges, Dupont-Sommer André. Chronique. In: Revue de l'histoire des religions, tome 135 n°1, 1949. pp. 123-128.

135 n°1, 1949. pp. 123-128. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhr_0035-1423_1949_num_135_1_5645

Chronique

île(XXV,etphéniciencomplèteTyr),— Sur1946-1948,également: le*lemonographiedieudieu Melqartpp.Melqart.appelé205-230),à Ba'al(melek-qart,l'une— M.DansdessorRenéplusoula« Ba'alleDussauddifficilesdernièreroi dede laTyr.figuresconsacrelivraisonVilleIl y»,duétudiec'est-à-direunepanthéonde ampleSyriasuc

cessivement la nature de ce dieu, le rôle qu'il a joué dans la religion phénicienne, l'expansion de son culte, son assimilation à Héraclès.

Le personnage de Melqart est né d'un syncrétisme entre Ba'al

^Hadad) et Yam, le dieu-Mer. D'où son double caractère, maritime et

iigvaire : les anciennes monnaies de Tyr le représentent chevauchant

«

■un hippocampe ailé, et, d'autre part,

la cérémonie, souvent mal comp

rise,

de Yégersis qui se célèbre en son

honneur au mois de Péritios

i février-mars) atteste sa qualité de dieu de la végétation hivernale et de dispensateur de la fertilité mourant et renaissant chaque année. Son type s'est constitué à une époque relativement basse, au début de l'âge du fer. La plus ancienne mention de son nom se rencontre dans une dédicace royale d'un Bar-Hadad, roi de Damas, trouvée à Breidj, près d'Alep, inscription surmontée d'un relief où le dieu figure seul, debout, coiffé d'un bonnet conique bas et, comme Ba'al, armé du foudre ou, plus exactement, tenant sur l'épaule gauche une hache de forme semi-circulaire ; la date du monument paraît devoir être fixée à la seconde moitié du ixe siècle (sur le problème, v. dans le même numéro, pp. 329-330, une note de Mlle A. Herdner). Melqart est également mentionné dans les textes bibliques, qui, sous le nom de ha-Ba'al, le confondent parfois avec Ba'al, et dans le traité conclu par Assarhaddon avec le roi Ba'al de Tyr. Certains savants ont voulu l'identifier soit avec Mélicerte, soit avec" « l'inexistant Moloch » et le

dieu phénicien Milk : ces hypothèses, qui manquent de toute base solide, sont à « écarter résolument ». « La fortune de Melqart a suivi celle de Tyr, c'est-à-dire qu'elle a été considérable. Il est devenu Varchégétès {CIS, I, 122) de tout un peuple, on peut même dire d'un empire. » II a vu son culte se répandre et devenir populaire en Afrique jusqu'à Gadès et à Lixus, à 'Carthage, notamment, « la nouvelle Tyr », où il forme triade avec Astarté et Iolaos (Eshmoun), en Sardaigne, où l'occupation phénicienne, suc cédant à l'invasion des Shardanes, amène la superposition- de sa légende à celle du héros éponyme Sardos, dont, sous le nom de Makéris,

. ft-

124 -

REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS

il passe désormais pour être le père, à Leptis Magna, dont, associé à Liber Pater (Shadrafa, « le dieu guérisseur », autrement dit : Eshmoun- Asclépios), il est le patron, dans l'île de Chypre, à Amathonte, à Idalion, à Larnax-Lapethos, à Citium. Les monnaies du royaume phénicien dont cette dernière ville était la capitale le représentent sous les traits d'Héraclès barbu, coiffé de la peau de lion, tenant l'arc delà

main gauche tendue en avant, tandis que la droite brandit la massue au-dessus de sa tête. Un tel type, qui paraît s'être fixé dès le vie siècle, ne peut avoir été emprunté, comme le pensait E. Babelon, au mon

nayage tyrien, qui n'en fera

usage qu'à partir de 126 avant J.-G. et

sous une forme assez différente (peau de lion simplement nouée autour du cou du dieu et massue reportée au revers ou, plus tard, figurée soit isolément et surmontée du monogramme de Tyr, soit à l'entrée du temple de la divinité, soit entre les urnes des jeux donnés en l'honneur de celle-ci). En réalité, la représentation chypriote de Melqart en Héraclès combattant le lion résulte de l'action combinée des diverses influences artistiques et religieuses — babyloniennes, assyriennes, hit tites, égéennes, égyptiennes — qui ont convergé dans .la grande île. On y décèle, entre autres, certains emprunts à l'art assyrien et une assimilation d'Héraclès à Bès : d'où le caractère apotropaïque de l'Héraclès chypriote en sa qualité de dompteur de fauves et, à ce titre, sa fonction de protecteur des troupeaux apparentée à l'aspect agraire de Melqart et qu'illustrent les monnaies au nom de Ba'ana portant au droit Héraclès-Melqart brandissant sa massue et tenant un lionceau par la queue, tandis que le revers figure en contre-partie une vache allaitant son veau. De Chypre, le type divin parvient à la côte syrienne, toute voisine, ainsi qu'en témoigne la stèle dite d'Amrit (ve siècle, probablement) qui nous met « en présence d'un syncrétisme secondaire entre l'Héraclès-Melqart de Citium et le dieu debout sur ил lion à la mode assyrienne ». Nous sommes, au reste, à même de constater et de suivre, jusqu'à basse époque, la fortune de l'Héraclès tyrien à la massue à travers la Syrie et la Palestine : à Philadelphie ('Amman) de la Décapole de. même qu'à Béryte, où le dieu a pour parèdre, ici Astronoé, là Astéria, c'est-à-dire Astarté, à Gadara, à 'Aqraba, dans le Ledja à Nedjrân, dans le Haurân à Nawa, et jusqu'à Palmyre. « Ainsi, bien que Melqart soit une figure relativement récente du panthéon phénicien — d'où sa place secondaire dans la théologie de Philon de Byblos — , la diffusion de son culte a été considérable dans le ■ monde méditerranéen touché par l'expansion tyrienne. L'identification avec l'Héraclè§ chypriote lui a permis de conserver sa vogue, même après le déclin de Tyr, et de se perpétuer sous cette forme nouvelle dans une Syrie fortement hellénisée, jusqu'à la fin du paganisme. »

En appendice, M. Dussaud, tout en limitant son examen aux textes de langue phénicienne et de dialectes voisins, étudie les cas où le nom de Melqart est associé à un autre nom divin pour former un

CHRONIQUE

125

complexe d'explication difficile et, d'ailleurs, controversée : ainsi le binôme Eshmoun-Melqart, qu'il propose de résoudre en « Eshmoun Tils de) Melqart »; Mlk-'Ashtart, où Mlk serait une abréviation de Melqart (melek-qari) et qui grouperait, par une copule latente, le dieu et sa parèdre Astarté ; Sid-Melqart, interprété « provisoirement » comme une association du même genre entre le dieu Sid et notre dieu ; Melqart-Resef, qui est sans doute à comprendre « Melqart (fils de) Reshef », etc.

Henri-Charles Риксн.

— Découverte ďanciens manuscrits hébreux en Palestine. — Dans Г été de 1947 des Bédouins découvrirent dans une grotte au sud-ouest de la Mer Morte des jarres, entières et brisées, contenant des rouleaux de peau, enveloppés primitivement d'étoffe imbibée d'un mélange de bitume et de cire, ce qui en explique la conservation malgré le climat défavorable de la Palestine. Ces rouleaux, plus ou moins endommagés, et les fragments de rouleaux sont au nombre de onze. Des mains des découvreurs, ils passèrent au monastère syrien orthodoxe de Saint- Marc à Jérusalem, où certains ont pu être photographiés par J. G. Tre- ver, de Г American School of Oriental Research. Une partie de ces documents a été mise en sécurité dans un pays du Moyen Orient jusqu'ici non spécifié.' Une autre partie a été acquise pour le Musée Juif de Jérusalem par M. E. L. Sukenik, professeur d'archéologie à l'Université Hébraïque de la ville, qui vient de publier une plaquette de 43 pages en hébreu concernant les manuscrits qu'il a pu examiner jusqu'à présent1. Parmi les documents (dont aucun de ceux qui ont pu les voir ne conteste l'authenticité) figurent : a) Un exemplaire du livre d'Isaïe en hébreu ; b) Une sorte de commentaire sur le livre de Habacuc ; c) Un code de lois d'une secte juive ; d) Un récit (histo-

-rique ?) relatant « le combat des enfants de la lumière avec les enfants dss ténèbres » (titre donné par Sukenik à un rouleau qui n'en comporte pas) ; e) Plusieurs hymnes (psaumes). Tous ces textes, rédigés en hébreu presque biblique, sont en écriture carrée, présentant de nomb

reuses

trouvaille (région d'Engadi, peuplée jadis par des groupes d'Essé- niens) suggèrent qu'ils ne sont pas postérieurs à la destruction du Sscond Temple (70 ap. J.-C), la rédaction de b-e pouvant d'ailleurs remonter à l'époque machabéenne 'ou prémachabéenne. La publication de Sukenik ne s'occupe que des deux derniers documents et du manuscrit d'Isaïe (description sommaire et quelques

ligatures ; les indices paléographiques, ainsi que le lieu de la

1) Megillôl genuzôt mitôk genïza qedûma senimse'â bemidbar Yehuda. Seqïra

(Rouleaux apocryphes, provenant d'une ancienne ghénizah découverte dans

l: désert de Judée. Rapport préliminaire), Jérusalem, 1048, in-4°, 43 pages et 13 planches. ,

r'Sôna

126 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS

spécimens en reproduction photographique et en transcription). Nous- ne connaissons lesarticles d'Albright (BASOR, 110, 1948, 2 sq.),. de

J. C. Trever et de Millar Burrow {Tht Biblical Archeologist, 11, 1948,. pp. 46-57 et 57-61) que par la brève note du P. A. Bea dans Biblica,

, Le livre d'Isaïe est bien celui de nos Bibles; sa découverte ne jette done pas de nouvelles lumières sur les problèmes de haute critique, concernant les élargissements du recueil primitif des prophéties-

d'Isaïe par des morceaux insérés dans la première partie et l'adjonction des chap. 40-66. Tout autre est son importance pour la critique du texte hébreu reçu. Nous sommes, dans ce texte biblique, comme dan& les autres documents, en présence d'un système orthographique sens iblement différent de celui qui a prévalu chez les Masorètes. Il est caractérisé par l'abondance des maires lectionis dont ces derniers se montrent en général plus sobres. Nulle trace de scriplio continua, fait qui imposera de repenser certaines hypothèses quant aux rapports des LXX avec le texte hébreu. Les variantes de détail sont nomb reuses ; nous en avons compté . une cinquantaine dans les deux chapitres 42-43 publiés par Sukenik ; la plupart n'influent d'ailleurs pas sur le sens général du texte, mais il y a quelques leçons nettement supérieures à la version masorétique. Dans la majorité des divergences, le nouveau texte a contre lui non" seulement TM, mais LXX, Tg- et Syr. ; néanmoins les cas d'accord avec une ou plusieurs versions ne manquent pas, et ce sont les accoTds avec Syr. qui apparaissent rel

ativement

29,, 1948, pp. 446-448.

les plus nombreux. Le « combat des enfants de la lumière avec les enfants des ténèbres »

semble mettre aux prises les Juifs revenus d'exil avec les nations voi

sines.

érentes catégories d'officiers et de soldats ; armement, étendards «t trompettes portant des inscriptions qui proclament la victoire du peuple de Dieu et la déconfiture de ses ennemis ; description du départ, solennel au combat, précédé d'une belle prière du grand-prêtre, une autre étant prononcée par lui au retour des armées victorieuses. Jusqu'à plus ample informé, il nous semble y avoir là une composition de caractère plutôt utopique, dont les préceptes du Deutéronome sur la conduite de la guerre forment une des trames.

, Les hymnes (psaumes d'action de grâces) sont de très belle venue littéraire ; ils traitent le thème de la délivrance du psalmiste (au sin

gulier) des persécutions de ses ennemis perfides. La phraséologie et les idées sont en gros celles qui sont bien connues par les Psaumes du eanon biblique, mais leur cachet personnel et maintes nouveautés de vocabulaire et d'imagerie empêchent d'y voir un simple centon. La publication intégrale deá documents, que nous espérons prochaine, ouvrira sans aucun doute un champ d'investigation vaste et nouveau aux hébraîsants, philologues ou historiens. ,

Leur organisation militaire est décrite en grand détail ; diff

'

i Georges Vajoa.

CHRONIQUE

12.7

"— Note sur les manuscrits hébreux récemment découverts en Palest ine.— Dans la revue américaine The Biblical Archaeologist,;vol. XI, rï° 3. (septembre 1948), ont été publiés deux articles sur ces nouveaux

documents. Le premier, intitulé The Discovery of the Scrolls (p. 46-57)r est de John G. Trever, membre de l'École américaine de Jérusalem; c'est à ce savant que le Métropolite du Couvent orthodoxe syriaque de Saint-Marc, à Jérusalem, présenta, en février, 1948, les rouleaux qu'il venait d'acquérir : l'auteur raconte en détail eette entrevue mémor able» ainsi que ses premiers travaux de déchiffrement et de photo

graphie

des documents. Le second article a pour titre : The Contents

and Significance of the Manuscripts (p. 57-60) ; il est de Millar Bur rows, le directeur de l'École américaine. C'est un inventaire et une , analyse sommaire du lot appartenant au couvent syriaque et dont la publication est confiée aux savants américains ; ce lot comprend :

1° Le rouleau d'Isaïe ; 2° Un rouleau contenant un commentaire (ou « midrash »), section par section, du livre d'Habacuc (chap. I et II) ; 3° Un rouleau — en deux morceaux — présentant les règles d'une secte juive plus ou moins apparentée aux Esséniens ou aux « sado- qites » du fameux « Écrit de Damas » ; 4° Un rouleau très détérioré, probablement en araméen^ et qui n'a pas encore été développé. On trouvera dans la même publication la photographie des col. 32 et 33

du rouleau d'Isaïe (fîg. 2) et celle des col. 1 et 2 du rouleau d'Habacuc (flg- 6).

,-

Dans le Bulletin of the American Schools of Oriental Researches,

111

(octobre 1948),

a

paru

un second article

du

Dr Trever :

Preliminary Observations on the Jewish Scrolls (рГЗ-16) ; cet article donne divers renseignements sur chacun des rouleaux énumérés ci- dessus et est illustré de 3 planches très nettes donnant de nouveaux spécimens du texte des rouleaux d'Isaïe et d'Habacuc, ainsi qu'un spécimen du troisième rouleau (« Sectarian Document », col. 1). Suit une étude extrêmement intéressante de M. Burrows, Variant Rea

dings

in the Isaiah Manuscript (p. 16-24) ; c'est un classement métho

dique des variantes du nouveau texte hébreu d'Isaïe par rapport au

texte hébreu massorétique (cette étude sera continuée). Le numéro suivant du même Bulletin (n° 112y décembre 1948) contient un article de \V. H. Brownler, The Jerusalem Habakkuk

Scroll (p. 8-18) ; l'auteur présente une première traduction du texte entier du rouleau d'Habacuc, accompagnée de quelques notes. Mal

il ne donne le texte hébreu que pour les 2 premières

colonnes ; il faudra sans doute attendre la publication définitive pour avoir le texte hébreu des 11 autres, colonnes. Suit, dans le même numéro, un article de H. L. Ginsberg sur le lot de rouleaux acquis par l'Université hébraïque de Jérusalem [Th& Hebrew University scrolls from the sectarian cache, p. 19-23). Ce lot, en <téfmitive, comprend : 1° Un recueil de Cantiques d'action de grâces 3 rouleaux) ; 2° Le livre de lk « Guerre des enfants de la lumière et

heureusement,

128 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS

des enfants des ténèbres» (1 rouleau) ; à quoi s'ajoutent deux autres rouleaux qui n'avaient pas encore été développés au moment où Sukenik rédigea sa publication préliminaire (août 1948). L'étude de Ginsberg est surtout un compte rendu de cette publication de Sukenik (voir plus haut la note de G. Vajda), accompagné sur plusieurs points d'intéressantes remarques. Signalons, en outre, que, dans Semilica, II (Paris, Adrien-Mai- sonneuve), paraîtra très prochainement un article de .1. Schirmahn, •professeur à l'Université hébraïque de Jérusalem. L'auteur y analyse, comme Ginsberg, la publication de Sukenik ; il présente, en outre, la traduction française d'un des deux psaumes d'action de grâces reproduits dans cette plaquette.

A. Dupont-Sommer.

P.-S. — Dans The Jewish Quarterly Review, vol. XXXIX, n° 3

íw %

(janvier 1949), le Pr Solomon Zeitlin, de Dropsie College, vient de

faire paraître

Habakkuk, Important discovery or hoax ? (p. 235-247). L'auteur pense que le Commentaire d'Habacuc récemment découvert n'est pas antérieur au Moyen Âge, pas plus que le « Document de Damas » auquel il est apparenté ; et il ne cache pas son scepticisme concernant l'ensemble de la trouvaille : « It seems that the entire find is not an important discovery but possibly a hoax. » On est pour le moins surpris que l'auteur ne dise pas un seul mot de l'écriture des documents ; cette écriture est certainement archaïque, probablement du ne ou Ier siècle avant l'ère chrétienne, en tout cas antérieure à l'époque médiévale : une telle écriture suffît à écarter la date proposée par Zeitlin, ainsi que tout soupçon de « mystification ».

Commentary of the Book of

une étude intitulée

:

Л

A. D.-S.

Le gérant : P. Angoulvent.

1SM9. — Imprimerie des Presses Universitaires de France. — Vendôme (Franct)

ÉDIT. № 21.786

Dépôt légal : 3-1949

IMP. № 11.920