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UN MONDE SÉPARE TOUT CELA D'HÉRACLITE

Yves Meessen Centre Sèvres | Recherches de Science Religieuse
2005/3 - Tome 93 pages 331 à 353

ISSN 0034-1258
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-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Meessen Yves, « Un monde sépare tout cela d'héraclite », Recherches de Science Religieuse, 2005/3 Tome 93, p. 331-353.

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UN MONDE SÉPARE TOUT CELA D’HÉRACLITE
Yves MEESSEN Université de Metz
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n monde sépare tout cela d’Héraclite » 1 affirme Heidegger dans son Introduction à la métaphysique pour dire combien le Λο ´ γοσ de la Croix est éloigné du λο ´ γοσ grec. Par cette affirmation, Heidegger s’oppose à une conception de l’histoire qui fonderait la « classicité » 2 de la philosophie grecque à partir de la Vérité révélée dans le Christianisme. Selon cette conception, le λο ´ γοσ d’Héraclite serait précurseur du Λο ´ γοσ johannique et l’être de Parménide, une notion nécessaire qui ne serait devenue réalité que dans le Christianisme 3 . Toute la philosophie grecque trouverait son accomplissement dans la Révélation. Si la « métaphysique de l’Exode » 4 a été la réponse la plus pertinente à un moment donné du dialogue entre la philosophie et la théologie, l’apport de la science phénoménologique nous propose d’opter aujourd’hui pour une autre voie. La phénoménologie étudie avant tout, non pas ce qui se manifeste, mais le mode de la manifestation, la loi de l’apparaître. Son but n’est donc pas de démontrer mais de montrer 5 . La démonstration utilise la causalité tandis que la « monstration » (Ausweisung) s’en tient à la mise en lumière du « phénomène » (uαινο ´ µενον vient du verbe uαινεσθαι qui veut dire se

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1. « Eine Welt trennt all dieses von Heraklit » (M. HEIDEGGER, Einführung in die Metaphysik (1935), Niemeyer, Tübingen, 1952, p. 103 ; trad. fr. par G. Kahn, Introduction à la métaphysique, Gallimard, Paris, 1967, p. 142). 2. Ibid., p. 97 ; trad. fr., p. 135. 3. Cf. E. GILSON, Constantes philosophiques, Vrin, Paris, 1983, p. 193. 4. E. GILSON, L’esprit de la philosophie médiévale (1932), Vrin, Paris, 2e éd., 1944, p. 50. Cf. P. CAPELLE, Philosophie et théologie dans la pensée de Heidegger, Cerf, Paris, coll. « Philosophie & Théologie », Nouvelle éd., 2001, pp. 80-83. 5. Sur cette distinction entre démontrer et montrer, cf. J.-L. MARION, Étant donné, Essai d’une phénoménologie de la donation, PUF, Paris, coll. « Epithémée », pp. 13-17.

RSR 93/3 (2005) 331-353

Bœhm et A. La raison qu’en donne Heidegger est que le Λο ´ γοσ de Jean ne signifie pas « la recollection des forces antagonistes. Dieu ne peut être appelé « cause » que dans la mesure où cette notion reste en cohérence avec l’Écriture. mais cela suppose un renouvellement de mentalité. consiste à se situer de plain-pied avec la méthode phénoménologique. 112s. 45.193. HEIDEGGER. d’où la difficulté d’entrer dans un véritable dialogue avec la phénoménologie.cairn. Sein und Zeit (1927). HENRY. Heidegger dénie au Λο ´ γοσ johannique la possibilité de présenter une phénoménologie digne de ce nom. qui est le Christ. La démarche d’emprunter une méthode à la philosophie n’est donc pas une nouveauté radicale qui serait à proscrire d’emblée. coll. Cela dit. L’autre voie. la manière d’intégrer la méthode d’une science dans une autre science est primordiale. 1990.24/01/2013 00h30. mais un étant particulier : le Fils Document téléchargé depuis www. « Epithémée ». p. PUF. Cf. Phénoménologie matérielle. Le Λο ´ γοσ de saint Jean est discrédité d’emblée au profit du λο ´ γοσ héraclitéen.332 Y. mais aussi qu’il advient selon un mode de dévoilement dont lui seul a le secret. Pour le phénoménologue. Cela pose une question épistémologique.. par R.. Une science peut-elle adopter la méthode d’une autre science sans se dénaturer ? En préambule.116 . à savoir. © Centre Sèvres .Université de Nanterre .info .Paris 10 . Gallimard.24/01/2013 00h30. l’être ne peut se trouver dans une région au-delà de l’apparence. se pose la question pour le théologien : un tel axiome est-il applicable à l’interprétation de l’Écriture ? Autrement dit. Ce critère fondamental doit aussi être appliqué avec la méthode phénoménologique.Université de Nanterre . Document téléchargé depuis www. MEESSEN 6. La « métaphysique de l’Exode » restait attachée à la démonstration.140. 28 .193. la démonstration.116 . Niemeyer. pour le théologien d’aujourd’hui. 1941. Halle. Dès lors. était déjà un emprunt à la philosophie.140. § 7.cairn. le texte de l’Écriture peut-il devenir le lieu d’une exploration particulière et même privilégiée du mode de manifestation de l’être ? Que Dieu se révèle signifie non seulement qu’il se montre dans cet « étant » particulier. aussi le commentaire de M. 1964. la théologie n’a pas identifié Dieu à une cause purement immanente. M. En posant cette affirmation. il nous faut d’abord dire que la méthode précédente utilisée par la théologie.50. fr. p. p.50. trad. nous nous sommes déjà avancés sous le feu de la critique heideggérienne. © Centre Sèvres montrer en venant dans la lumière) 6 . En adoptant la notion de causalité. L’Être et le Temps. L’enjeu de l’être se situe à même son apparaître. Paris. mais de le laisser exprimer son « dévoiler » le plus lumineux. Waelhens. Il n’est donc pas question de lui appliquer une grille d’interprétation qui viendrait d’ailleurs.Paris 10 .info .

Dans l’ensemble deutéronomique. 2 . Le Λο ´ γοσ johannique. der Gebote und Befehle vermittelt . comme le rappelle Heidegger. Document téléchargé depuis www. celui qui annonce les commandements de Dieu 10 . 1957. 2) Tandis que le λο ´ γοσ de Philon est un démiurge utilisant une matière préexistante. La parole y présente un « double aspect dynamique et noétique : le dabar fait l’histoire et la rend intelligible » (A. Einführung in die Metaphysik. récolter. J. 47) pour signifier que les lois sont données dans une relation d’alliance qui se raconte dans un récit. Préalablement.140.info .. au singulier. 42.. fr. 103 . p.. soit le Code de l’alliance (Ex 20). au pluriel. La notion de « langage » ou de « discours » s’en trouve relativisée au point d’être dévaluée. le Λο ´ γοσ de saint Jean est le Fils de Dieu incarné (Jn 1. le vocabulaire sapientiel remplace l’expression « Dieu dit » par l’usage du substantif « parole » (19x). Or. Il faut aussi ajouter que le dabar de l’A. 142). die Gesammeltheit des Gegenstrebigen.. article « Logos » in Dictionnaire de la Bible. c. 3).50.116 . le terme λο ´ γοσ utilisé dans les Septante désigne la « parole » dans sa fonction de commandement 9 . les récits du Sinaï emploient le mot debarîm. pour désigner soit la législation (Ex 34). rassembler.info . Quant à l’influence du λο ´ γοσ de Philon sur le Λο ´ γοσ de saint Jean. STARCKY. p.Paris 10 .50. tandis que le Λο ´ γοσ de saint Jean est le fils unique de Dieu. trad. « Weil λο ´ γοσ in der griechischen Übersetzung des Alten Testaments (Septuaginta) der Name für das Wort ist und zwar ‘Wort’in der bestimmten Bedeutung des Befehls. 142). colliger. p. plus originairement que la notion de « raison » ou de « parole » à laquelle l’opinion le ramène. λο ´ γοσ του ˜ σταυρου ˜ ist das Wort vom Kreuz » (M. Le verbe λε ´ γειν signifie à l’origine : cueillir. elle doit être relativisée en raison des différences essentielles qui séparent les deux doctrines : 1) Alors que le λο ´ γοσ de Philon est un mixte entre l’entité stoïcienne qui assure la cohésion du monde et l’idée platonicienne d’un monde intelligible.193. des Gebotes . Ibid. Ensuite. Cette nouvelle signification se prolonge dans les écrits prophétiques où l’usage du terme dabar est nettement majoritaire (216x contre 6x dans la Tôrah). l’expression « la parole » (adabar). Paris. 449).Université de Nanterre .140. 14). nämlich den Sohn Gottes » (M.T. Heidegger a montré que..cairn. côtoie le Memrâ du judaïsme palestinien qui exprime l’oracle divin sans pour autant atteindre le statut d’hypostase divine (cf. Bote.. 30. 10.24/01/2013 00h30.193. trad. αγγελοσ. οι δε ´ κα λο ´ γοι heiβen die zehn Gebote Gottes (Dekalog). le monogène Document téléchargé depuis www. HEIDEGGER. serait alors ramené au rôle de héraut (κη ˜ ρυξ).Université de Nanterre . en personnifiant la « parole » via l’influence de Philon. Les affirmations de Heidegger appellent quelques éclaircissements. 95 . 3) Le λο ´ γοσ de Philon est fils de Dieu au même titre que le monde.UN MONDE SÉPARE TOUT CELA D’HÉRACLITE 333 7. sondern Logos meint ein besonderes Seiendes. Künder. ROBERT. le Λο ´ γοσ johannique est créateur de toutes choses (Jn 1. Einführung in die Metaphysik.cairn. 8. 132. Letouzey et Ané. « Logos meint im Neuen Testament von vornherein nicht wie bei Heraklit das Sein des Seienden. fr. So bedeutet λο ´ γοσ : der κη ˜ ρυξ.24/01/2013 00h30. ce qui favorisera ultérieurement le processus de personnification que la synagogue ne suivra pas. trad..116 . p. fr. HEIDEGGER. article « Logos » in Ibid. p. 472). 9. © Centre Sèvres de Dieu » 7 . © Centre Sèvres .Paris 10 . la signification fondamentale du terme λο ´ γοσ est « collection » 8 (Sammlung) . 14 . fait son apparition (Dt 4. c. 103 . Dans l’Ancien Testament. p.

40. Cf. M.. 11. « Qu’est-ce que la métaphysique ? » in Questions I. l. trad. Préau. Document téléchargé depuis www. p.50. 420. Cf. Gallimard. une conséquence directe de la « double tâche » annoncée dans Sein und Zeit 15 . c. p.. III. fr. Le mot « ontothéologie » est inventé par Kant pour désigner un certain panthéisme ontologique. 290 et 306. KANT.50. nous devrons à la fois nous expliquer avec la face destructive et avec la face constructive de l’élaboration de la question de l’être.140. 14. 41. 45. cit. p. p. éd.116 . où Heidegger traite de « la délimitation de l’être » (Die Beschränkung des Seins). Ce cours du semestre d’été 1935.Paris 10 . Pour Heidegger. Identität und Differenz (1957) ..Paris 10 . Pacaud.140. 15-27 . HEIDEGGER. 1950. en fait. mais que le λο ´ γοσ του ˜ σταυρου ˜ a une véritable portée phénoménologique.193. par A. © Centre Sèvres En réduisant le Λο ´ γοσ à la position d’un « étant particulier » (ein besonderes Seiendes) chargé d’annoncer la Rédemption. Tremesaygues et B. Ibid. MEESSEN (Jn 1. corrélatif à la uυ ´ σισ. Sein und Zeit. Académie de Berlin..info . seul le λο ´ γοσ d’Héraclite. 479). il ne s’agit pas là d’une simple pétition de principe. HEIDEGGER. P. A l’opposé de ce « dimorphisme » 14 .Université de Nanterre . 140. le Christianisme développerait une pensée qui fait elle-même obstacle à l’épreuve de l’être. Cette affirmation s’enracine dans sa dénonciation de « la constitution onto-théologique de la métaphysique » 12 . § 5 et 6.info . M. 28 . 13. nous procéderons en deux étapes. la science théologique est aussitôt réduite à une science « positive » de la foi. in Questions I. Cf.. trad. Pour effectuer cette explication. Le concept d’onto-théologie apparaît chez Heidegger dès 1930-31 dans le cours intitulé « Hegels Phänomenologie des Geistes ». Le discrédit du Λο ´ γοσ johannique pour une véritable phénoménologie est. PUF. p.24/01/2013 00h30.cairn. « Identité et Différence ». CAPELLE. Ibid. En présentant « d’une double manière l’étantité de l’étant » 13 .. p. trad. pp. 447.24/01/2013 00h30.193. GA 32. op.116 . Si nous voulons faire valoir que la dimension kérygmatique du Λο ´ γοσ n’est pas seulement limitée à la transmission des commandements et des ordres de Dieu. permettrait au questionnement de l’être de se déployer de manière authentique.Université de Nanterre . Dans la première. Kritik der Reinen Vernunft. de manière à mieux le combattre (cf. en lui donnant une signification spécifiquement chrétienne. 31-43.cairn. 12. A. la théologie se trouve donc disqualifiée concernant la recherche phénoménologique qui s’attache au « comment de la monstration » 11 . Il est sans doute plus probable que saint Jean ait emprunté le terme Λο ´ γοσ au mouvement gnostique. nous apparaît comme le plus explicite et le plus élaboré concernant la position de Heidegger vis-à-vis de la métaphysique qu’il entend Document téléchargé depuis www. c’est-à-dire à une science qui s’occupe exclusivement d’un positum historique.. Paris.334 Y. Orientée uniquement sur « ce qui se montre ». nous optons pour une relecture du chapitre IV de l’Introduction à la métaphysique. p. fr. © Centre Sèvres . 15. 18).

19.193. Le texte de l’Écriture nous met en présence d’un cadre spatio-temporel concret. Paris. 12 . vorin das Ständige sich hält » (M.info . mais aussi Jean-Luc Marion. nous rappelant par-dessus tout que « Christ est mort et ressuscité ». Nous continuerons cette approche par une petite incursion dans un cours de 1939 sur La Physique d’Aristote 17 . fr.116 . Einführung in die Metaphysik. Bien que Sein und Zeit fasse déjà référence à Parménide et Héraclite. lequel est en même temps un « retour de la grandeur » 16 . Avant de développer la délimitation de l’être. 1996. Ricœur ».Paris 10 . © Centre Sèvres dépasser. p. fr. le se-posséder dans lequel le stable se tient » 18 .... nous procéderons à une lecture phénoménologique de l’Évangile de saint Jean en considérant le Prologue comme son portail herméneutique. note 8). M. trad. 46 . 315-119. Marion et P. in Questions II. Dans une seconde étape. pp. trad. Die Physis bei Aristoteles (1939) . Il n’y a pas lieu de choisir entre une phénoménologie herméneutique. Francfort. Cf. 1989. Nous sommes redevable à Michel Henry. de nous être avancé dans une phénoménologie qui scrute le texte de l’Écriture 19. Henry. J. trad. Paris. HENRY.50.140.cairn. 1982 .. « Die Krise des phänomenologischen Philosophiebegriffs » (1929).24/01/2013 00h30.24/01/2013 00h30. das Sich-Haben. C’est dans ce vecteur que nous voulons nous tenir. Pöggeler (dir. Nouvelle Revue Théologique. MARION.Paris 10 . Phänomenologie im Widerstreit. 124 (2002). Citons par ex. Entre 1929 et la parution de l’Introduction à la métaphysique. 17. J. J.193. 2004.UN MONDE SÉPARE TOUT CELA D’HÉRACLITE 335 16. Document téléchargé depuis www. 70). pp. Einführung in die Metaphysik. Fédier. on constate un trou dans la « production scientifique » de Heidegger. Jamme et O. à la manière de P. L’articulation entre ces deux textes nous est suggérée par Heidegger lui-même. il nous paraît important de coupler deux approches phénoménologiques. et d’autres.). p. « Ce qu’est et comment se détermine la uυ ´ σισ ». 165-276. GILBERT. par F. HEIDEGGER. M. Document téléchargé depuis www. 28. Nous avons donc accès à une expérience matérielle à travers une herméneutique. aussi P. Suhrkamp. « Der von der Grenze her sich bändigende Halt. fr. L’une ne va pas sans l’autre. Communio/Fayard. Paul Ricœur. HEIDEGGER.cairn.-L. in Ch. 18. Seuil. Les presses de l’Université de Montréal. Otto Pöggeler fait remonter la « crise essentielle » de Heidegger à la parution de Qu’est-ce que la métaphysique ? en 1929 (Cf.info . Dieu sans l’être. Cf. Ce silence serait significatif d’une remise en question essentielle et d’un nouveau départ. « Un tournant métaphysique de la phénoménologie française ? M. à la manière de M. ce cours amorce de façon décisive le retour au « commencement de la philosophie grecque ». Leur intrication est vecteur de vérité. Dans une réflexion à leur suite. Introduction à la métaphysique. Ricœur. 255-276). M. C’est moi la vérité. p.Université de Nanterre . © Centre Sèvres . HEIDEGGER.. p. 597-617.116 . pp. Henry.-L. GRONDIN. Heidegger le définit comme « la rétention à partir de la limite. pp. et une phénoménologie matérielle.Université de Nanterre .50. C’est aussi de cette période que date l’élaboration du concept d’onto-théologie (cf.140.

c’est-à-dire à Parménide et à Héraclite. S’il existe une phénoménologie de l’appréhension et de la compréhension. Heidegger tourne le dos à la coutume d’opposer brutalement l’être de Parménide. jene Kluft.Université de Nanterre .50. 21.24/01/2013 00h30. 74 . L’enjeu du choix entre ces deux logiques est radical. Nous soulignons). trad.info .24/01/2013 00h30. 23. © Centre Sèvres À travers ce parcours. elle ne domine pas tout le champ du possible. Heidegger s’en prend d’abord à une autre 20. Document téléchargé depuis www. Reprenant une expression de Nietzsche. 22.116 .140. « Die Kluft.193. Ibid. χωρισµο ´ σ wird aufgerissen zwischen dem nur scheinbaren Seienden hier unten und dem wirklichen Sein irgendwo droben. le Λο ´ γοσ johannique se manifeste comme « parole » qui sort vers l’autre. dans un « se-dessaisir » qui rompt avec la définition de l’être grec. in der dann die Lehre des Christentums unter gleichzeitiger Umdeutung des Unteren zum Geschaffenen und des Oberen zum Schöpfer sich ansiedelt. Pour exposer la métaphysique dans laquelle l’être et le devenir ne se limitent pas l’un par l’autre. « la solidité propre du stable rassemblé sur soi ». nous voulons faire valoir que le christianisme peut élaborer une métaphysique qui ne se laisse pas enfermer dans la dénonciation de l’onto-théologie. trad. 80 . fr. Une phénoménologie basée sur la foi présente une logique dont la cohérence échappe d’emblée à l’appréhension. Nietzsche sagt daher mit Recht : Christentum ist Platonismus fürs Volk » (Ibid.116 . Heidegger considère que le christianisme n’est pas autre chose qu’un « platonisme pour le peuple » parce qu’il installe sa doctrine de l’être dans l’intervalle entre le « ici-bas » et le « là-haut » 21 .. Par là.50.. Heidegger est revenu à l’intuition originaire des Grecs. MEESSEN 1. p.. au devenir d’Héraclite pour qui « tout est écoulement » (πα ´ ντα ρει ˜) 23 . Par cette distinction.. qui perdure à travers toute la pensée occidentale.Paris 10 . fr. mit den also umgeschmiedeten Waffen sich gegen Antike (als das Heidentum) stellt und sie verstellt.193. p.Université de Nanterre . Au contraire d’une « recollection » en soi. p.cairn. Son tour de force majeur est de les réunir en affirmant qu’ils disent « la même chose » 22 . Il en va du τε ´ λοσ de l’existence. Pour répondre à cette métaphysique qu’il qualifie de « dimorphe » (zweigestaltig). 114.. Ibid.info .140. nous chercherons à mettre en évidence en quoi la définition de l’être comme « se-posséder ». colore la phénoménologie de Heidegger par son alliance avec le λο ´ γοσ héraclitéen..cairn. Le λο ´ γοσ héraclitéen et le « se-posséder » La métaphysique heideggérienne s’est érigée en opposition à la scission (χωρισµο ´ σ) platonicienne de l’être en deux régions 20 .336 Y. p. Document téléchargé depuis www. Ibid. © Centre Sèvres .Paris 10 . 106.

. p. cet épanouissement de l’être se réalise toujours par un retrait dans la latence. trad. correspond à la « recollection » (Sammlung) qui rassemble tout ce qui se perd en s’écoulant dans « l’Un (qui) est le Tout » 27.. p. pour atteindre l’être dans son dé-voilement (α Qλη ´ θεια). Chez Héraclite. 50) » (Ibid.. « Eines ist alles (Frg. il faut faire encore un pas de plus en arrière. h. il s’y épanouit.cairn. fr. le penser (νοει ˜ν) de Parménide s’enrichit de son rapprochement avec le λο ´ γοσ d’Héraclite. identique (το ` αυ Qτο ´ ) à l’être (ειναι) dont la définition est la perdominance dans l’unité. p.Paris 10 . en tant qu’« épanouissement ». 111 . p. En effet. Ce qui perdure n’est pas à confondre avec un Être permanent qui se situerait dans un « au-delà ». « Das aufgehend-verweilende Walten ist in sich zugleich das scheinende Erscheinen » (Ibid. appartient à la uυ ´ σισ » 26 . Chez Parménide. la scission de l’être et de l’apparence. fr.. car « l’appréhension n’est pas un mode de comportement que l’homme Document téléchargé depuis www.. 98 . 28. p. p.Université de Nanterre .. ce dict revient à dire que « appréhension et être sont dans un lien d’appartenance réciproque » 30 . En effet. 123) : uυ ´ σισ κρυ ´ πτεσθαι uιλει ˜: Sein (aufgehendes erscheinen) neigt in sich zum Sichverbergen » (Ibid. Dès lors. trad. © Centre Sèvres . s’articule une troisième scission où le rapprochement entre Parménide et Héraclite se fait davantage explicite. p.140. p. p. 87 . d. la pensée.193. Ces deux notions se conjuguent dans le dict parménidien : το ` γα ` ρ αυτο ` νοει ˜ν Q εστι ´ν τε και ` ει ˜ναι 29 . trad. se tenant ensemble en soi » 28 . Mais.cairn. 153).Université de Nanterre . Penser consiste donc.24/01/2013 00h30. Le « perdominant » (Durch-walten) est le stable qui domine (walten) le temps en se déployant à travers (durch) chacun de ses moments. L’être s’exprime dans le déploiement de son apparaître.116 . pour l’homme. De ce fait. p. ou λο ´ γοσ. L’être ne se situe pas au-delà de l’apparence. Pour Heidegger. l’être est « la perdominance εν ξυνεχε ´ σ. « Wir beschlieβen die Aufhellung des Gegensatzes.info . la scission entre l’être et l’apparence est ramenée à la scission entre l’être et le devenir. 77 . trad. 27.50. il faut le chercher dans « ce qui perdure dans l’épanouissement » 25 .Paris 10 . Document téléchargé depuis www. 29.116 . Ibid.UN MONDE SÉPARE TOUT CELA D’HÉRACLITE 337 24.50. fr. © Centre Sèvres scission. zugleich der Einheit von Sein und Schein mit einem Wort Heraklits (Frg. fr. trad. 109). « Andererseits gehört jedoch das Werden als ‘Aufgehen’zur uυ ´ σισ » (Ibid. 87 . 136).193. fr. Il s’agit de la scission entre être et penser.. aussi ancienne que la première. 26. « le devenir... fr. Mais.info . 30.. trad. « Zusammengehörig sind Vernehmung wechselweise und Sein » (Ibid. Ibid.. Sur ces deux premières scissions. Heidegger fait sienne la déclaration d’Héraclite selon laquelle « la uυ ´ σισ aime se cacher » 24 . 25. p..24/01/2013 00h30. 123). p. 104 . 144. à vouloir appréhender la totalité de l’être en le colligeant en soi. 122)...140.

Le néo-platonisme. Aristote opte pour l’identité de l’Un et de l’être 37 .info . 137 d. trad.140. quant à lui. le dict parménidien « être et penser sont en effet la même chose » Document téléchargé depuis www. Paris. © Centre Sèvres possède comme une propriété. 142 d 36. 34. chez Plotin. Le fait que l’Un ou le Bien soit « au-delà de l’essence » ne signifie pas pour autant l’abandon du rassemblement dans l’Un. L’« Un » de la première hypothèse est laissé intact dans sa réalité indivise 36 . Essais sur le penser à l’autre. Grasset & Fasquelle. D’autre part. Cf. Livre de Poche. « De l’Un à l’Autre. D’une part. 108 . 32. Le « parricide » 33 . Parménide.Paris 10 .193. Plotin et le christianisme. p. sondern umgekehrt : Vernehmung ist jenes Geschehnis.116 . PLOTIN. 2 1003 b 23-24. ne fait que confirmer cette dimension du rassemblement de l’être dans l’Un. Ibid.116 .140. 38.. Ibid.. die der Mensch als Eigenschaft hat. mais inversement : l’appréhension est l’événement qui possède l’homme » 31 .. 8. 1991. Transcendance et temps ». Dans cette alternative. nous ne pouvons pas ne pas être frappé par sa tonalité déterminante : « être » (Sein) et « appréhension » (Vernehmung) sont identiques. Par là. in Entre nous.. Document téléchargé depuis www. 24-29.. 1.. 52-54. ARISTOTE. s’organise autour de la transposition en hypostases des hypothèses du Parménide 38 . Ennéades.Université de Nanterre . la pensée philosophique occidentale ne remet pas en question cette identité du penser et de la totalité dans l’Un. il y a rupture parce que Heidegger refuse que « être » et « penser » se situent l’un face à l’autre comme dans la tradition occidentale redevable de la cassure platonicienne. Cette identité est la conséquence à la fois d’une rupture et d’une continuité avec la philosophie antérieure. Métaphysique. 241 d. la dialectique hégélienne et même l’intentionnalité husserlienne sont particulièrement visées par ce refus. Sophiste. Paris. 148). 35. das den Menschen hat » (Ibid.338 Y. Outre la scolastique médiévale. la seconde hypothèse du Parménide 35 . LÉVINAS. 1992. AUBIN. Heidegger est résolument parménidien. L’admission du non-être comme délimitation de l’être 34 se présente au niveau de l’« un qui est ». C’est même un axiome fondamental du patrimoine philosophique grec. En effet.info . comme en témoigne Emmanuel Lévinas 32 .Paris 10 . P.cairn.Université de Nanterre . G. 143-164. Beauchesne.cairn. PLATON. p. « Vernehmung ist nicht eine Verhaltungsweise. 257 b. mais il n’est pas le seul. PLATON. MEESSEN 31. © Centre Sèvres .. Que. loin de détruire cet axiome.50.50. il y a continuité parce que Heidegger ne peut envisager le « penser » autrement que comme le « rassemblement » de la totalité dans l’Un. V. fr. p. En faisant cette relecture.24/01/2013 00h30.193. 33. éd. pp.24/01/2013 00h30. E. 37. Cf.

Was dergestalt zum Stand kommt. Elle est encore bien moins un manque. das Sich-Haben. das in sich hoch gerichtete Da-stehen. 41. d’un seul tenant » (ξυνεχε ´ σ) 40 . 1. L’être parménidien doit sa stabilité au fait d’être « tout entier. Et cela ne signifie ni le but visé ni le propos mais le terme. Deshalb ist ein Grundcharakter des Seien- Document téléchargé depuis www. ist das Sein des Seienden. une amputation. s’installe par là de soi-même dans la nécessité de sa limite. macht vielmehr erst das Seiende zu einem solchen im Unterschied zum Unseienden. comme si par là quelque chose n’allait pas loin. PARMENIDE. C’est à partir de là qu’il faut comprendre l’appellation suprême utilisée par Aristote pour l’être. « Mais ceci. Der von der Grenze her sich bändigende Halt.116 . 25. il n’a d’autre acte. Ibid. in sich ständig wird..193.193. tel est l’acte que Heidegger dévoile en analysant « la grammaire et l’étymologie du mot ‘être’ » au chapitre II de l’Introduction à la métaphysique. © Centre Sèvres . se délimiter. verstehen die Griechen als Sein. Document téléchargé depuis www. C’est pourquoi un caractère fondamental de l’étant est : το ´ τε ´ λοσ. le fait de se tenir là dressé de soi. Avec Heidegger. 42.50. VIII.. l’Q εντελε ´ χεια – le se-tenir-(garder)-dans-la-terminaison (limite) » 42 . on assisterait à l’affleurement explicite d’une notion qui dominerait dans toute la tradition philosophique grecque. Noch weniger ist sie ein Mangel im Sinne einer abträglichen Beschränkung. en se colligeant en soi. © Centre Sèvres continue à fonctionner au niveau de la seconde hypostase. Le terme est terminaison au sens d’accomplissement. en le différenciant du non-étant.info . les Grecs le comprennent comme être. L’arrêt. was zum Seienden erst von auβen hinzukommt.UN MONDE SÉPARE TOUT CELA D’HÉRACLITE 339 39. que de se posséder lui-même. vorin das Ständige sich hält. L’importance de ce texte nous semble telle que nous ne pouvons que le citer largement. le Νου ˜ σ 39 .50.Université de Nanterre . ne marchait plus. « Dieses aber. le se-posséder (das SichHaben) dans lequel le stable se tient. zum Stand kommen und im Stand bleiben. 8. s’arrêtait. πε ´ ρασ. 40. Diese ist nichts. V.24/01/2013 00h30. πε ´ ρασ. schlägt sich dabei von sich her frei in die Notwendigkeit seiner Grenze. ‘Terme’n’est nullement compris ici en un sens négatif.24/01/2013 00h30. Fragm.Université de Nanterre . de venir à stance et de demeurer en stance. signifie plutôt que cette dualité doit être dépassée pour une unité ineffable de laquelle tout provient et où tout retourne. er-grenzen.info . De ce fait.140. Zum stand kommen heiβt darnach : sich Grenze erringen.Paris 10 ..cairn.. La limite et le terme sont ce par quoi l’étant commence à être. la rétention dans la limite. pour se tenir dans sa limite (πει ´ρατοσ) 41 . 15-20. Ce qui venant en stance devient en soi stable. 31.140. c’est cela qui est l’être de l’étant. et qui constitue d’abord l’étant comme tel.cairn. Venir à stance signifie par suite : conquérir pour soi une limite. Ibid. Celle-ci n’est rien qui ne vienne d’abord de l’extérieur s’ajouter à l’étant. « Le se-posséder » (das Sich-Haben).Paris 10 .116 .

. Ibid. trad.Université de Nanterre . Le rapport entre repos et mouvement chez Aristote permet de mieux percevoir le rapport être et temps chez Heidegger. HEIDEGGER. se « possède » : Q εν τε ´ λει Q εχει : Q εντελε ´ χεια — « se-posséder-dans-la-fin » (M. HEIDEGGER. die Q εντελε ´ χεια.. Das Ende ist Endung im Sinne Vollendung. Einführung in die Metaphysik.cairn. cite in Ibid. 248. 246. « La mobilité d’un mouvement consiste alors éminemment en ceci que le mouvement de ce qui est mû se reprend en sa fin.116 . dans son entrée dans la présence.140. c’est-à-dire à son « accomplissement » (Vollendung). in Questions II. 243. Document téléchargé depuis www. womit das Seiende zu sein beginnt. als ob mit ihm etwas nicht mehr weiter gehe.340 Y. Questions II. il doit « se-tenir-(garder)-dans-laterminaison (limite) ». p.info .Paris 10 . ARISTOTE. Pour que l’être puisse aller à son τε ´ λοσ. L’être ne peut en aucun cas se présenter comme un visage (ειδοσ) permanent.116 . p. « Ce qu’est et comment se détermine la uυ ´ σισ ».24/01/2013 00h30.50. 246). 193 b 7-8. cité in Ibid. Grenze und Ende sind jenes. MEESSEN den το ` τε ´ λοσ. 43. 249.das Sich-in-derEndung (Grenze)-halten (wahren) » (M. ni clôture. et en tant qu’ainsi repris. plutôt que lorsqu’il est sur le mode de la δυ ´ ναµισ » 44 . fr.info . 46 . p. M. sondern Ende bedeutet. La uυ ´ σισ caractérise l’ου Qσι ´α dans sa mobilité. inactive. HEIDEGGER. dans la fin. HEIDEGGER.. G.cairn. p. I. den Aristoteles für das Sein gebraucht. 165-276. 70). L’être n’est pas une entité neutre. Le τε ´ λοσ ne signifie pas l’arrêt du mouvement mais l’« emprise (Anfang) de la mobilité comme reprise et sauvegarde du mouvement » 46 . Parce que « le se-posséder-en-fin (Q εντελε ´ χεια) est le déploiement intime de la mobilité » 48 . © Centre Sèvres Cette notion de l’être comme « rétention dans la limite » et « seposséder » est prolongée par l’interprétation que fait Heidegger de la uυ ´ σισ chez Aristote. 201 b 4.140. p. Il faut renoncer à quitter le « commencement » de la philo- Document téléchargé depuis www. p.. ARISTOTE. Physique.Université de Nanterre . Heidegger a poursuivi cette recherche le semestre suivant dans son cours sur La Physique d’Aristote 43 .. 44. Ni conclusion finale.193.. Von daher ist der höchste Titel zu verstehen. Nous soulignons. B. M. © Centre Sèvres . L’être ne se situe jamais en deçà ou au-delà des étants mais à même leur ek-sistence. « Dans le repos de cette station (Stand) se rassemble et se possède comme sa fin l’être-approprié (δυ ´ ναµισ) de ce qui est approprié » 47 . se faisant encore plus explicite que précédemment. 45. I.. Il se présente comme un acte. p. τε ´ λοσ. Or. L’étant est « véritablement étant lorsqu’il est sur le mode de l’Q εντελε ´ χεια. ‚Ende’ist hier keineswegs im verneinenden Sinne gemeint.193. Questions II.Paris 10 . il faut dire que l’être se déploie à travers le temps. Physique. was nicht Ziel und nicht Zweck. Heidegger traduit l’Q εντελε ´ χεια par « se-posséder-dans-la-fin » (Q εν τε ´ λει Q εχει) 45 .50. p. le τε ´ λοσ signifie l’œuvre dressée dans sa plénitude (Q ενε ´ ργεια). 46.24/01/2013 00h30. versage und aufhöre. 48. 47.

Document téléchargé depuis www. « L’installation qui se compose dans le visage (µορuη ´ ). HÉRACLITE. Autrement dit. le mouvement vers la possession serait exclu sans une dépossession préalable. et cela veut maintenant aussi dire uυ ´ σισ – elle est interpellée doublement . le recueillement n’est pas une simple mise ensem- Document téléchargé depuis www. 51. c’est-à-dire êtreen-chemin. lui laisse place. on serait dans une constance.Paris 10 .Paris 10 . p. une « dépossession ». p..116 . La στε ´ ρησισ fait intimement partie du déploiement de la uυ ´ σισ.UN MONDE SÉPARE TOUT CELA D’HÉRACLITE 341 49. Mais. il faut qu’un retrait. Étonnamment. Le devenir advient par une contrariété 50 . on s’en tiendrait au versant parménidien en oubliant le versant héraclitéen. © Centre Sèvres sophie grecque comme le fait Platon. Ce double mouvement de l’être annonce le drame de l’homme. nous en tenir au seul versant de la « possession » serait falsifier l’interprétation heideggérienne d’Aristote. le déploiement de la uυ ´ σισ est « double » (διχω ˜ σ) 49 . Pour que l’être paraisse.Université de Nanterre . 4.50. p. 177). Sans cette contrariété. une « privation ». Fragm.24/01/2013 00h30. Ibid. Cette contrariété première est « l’impossibilité absolue de posséder » (Métaphysique.cairn. Parce que l’homme « este » dans le devenir. Comme pour le Λο ´ γοσ héraclitéen. Chez le Stagirite. Cette « dépossession » est nécessaire à l’entrée en présence (στε ´ ρησισ zur Anwesung) 51 . 193 b 18-20. I.193. © Centre Sèvres . son effort d’appréhension doit affronter la résistance de l’être qui apparaît en se cachant.116 .. Le τε ´ λοσ de l’être est de se-posséder dans le rassemblement dans l’Un. 52.50. un « dépouillement » (στε ´ ρησισ). corrélativement et nécessairement. Physique. non pas toute privation mais celle qui est privation parfaite..193. 1055 b 4).24/01/2013 00h30.140. « La contrariété première est la possession et la privation. nous constatons à quel point l’avènement de l’être est déterminé par le « se-posséder ». En relisant Aristote à travers Heidegger. cité in HEIDEGGER. nous voici chez Heidegger avec un double mouvement : possession et dépossession. une stabilité. sans devenir. Comme Heidegger n’hésite pas à le rappeler à partir d’Héraclite : « L’être aime son propre retrait » (Φυ ´ σισ κρυ ´ πτεσθαι uιλει ˜) 52 .. Mais. Tous les autres contraires dérivent de cette contrariété première » (Métaphysique.info . Heidegger voit donc à travers la στε ´ ρησισ aristotélicienne le moyen de concilier les deux présocratiques. cité in Ibid.cairn. I.140. la « possession » serait pleinement accomplie et le « devenir » n’aurait pas lieu. Questions II. Le mouvement de l’être vers sa pleine « possession » implique. B. car la ‘dépossession’ (στε ´ ρησισ) aussi est quelque chose comme un visage (ειδοσ) » (ARISTOTE.Université de Nanterre . 269.info . 123. 50. Sans la « privation ». cependant. 275. Il est µορuη ´ . 4. Le visage existe à l’intérieur même du mouvement vers la possession complète. I. 1055 a 33-35).

c’est dans cette défaite de l’être-Là que se situe la victoire de l’être 56 . 204. Préau. pp. 57. CAPELLE. 60. La recollection contre et pour le prépotent est donc une nécessité qui incombe à l’homme 54 . p.Paris 10 . in Questions III. sind eine Not und eine Gewalt-tat gegen das überwältigende. E. © Centre Sèvres . sondern es ist diese Möglichkeit..50.Université de Nanterre . in Revue des Sciences Religieuses 70/1 (1996).140. Il s’agit de la Gelassenheit 57 . cf. à toute pensée représentative : « dans la Gelassenheit la pensée se transforme. p. Pfullingen. l’homme est justement la seule possibilité pour l’être de se recueillir. 59. en dehors de toute connotation optimiste ou pessimiste. « Das Dasein hat diese Möglichkeit nicht als leeren Ausweg. pp. « Pour servir de commentaire à Sérénité ». 54. denn als Dasein muβ es in aller Gewalt-tat am Sein doch zerbrechen » (Ibid. 1966. p. le Document téléchargé depuis www. ce qui va désormais retenir l’attention de Heidegger. 135 .342 Y. fr. « Heidegger et Maître Eckhart ». 183-225.50. in Gelassenheit. en tant qu’il est le « Là » de l’être (Da-sein). P.193. Cette attitude de déprise que manifeste la Gelassenheit doit être rattachée à l’analyse heideggérienne de la uυ ´ σισ. il n’a plus qu’à se laisser « assimiler » (ver-gegnen) par elle 60 . HEIDEGGER. HEIDEGGER.info .116 . fr. « Λε ´ γειν und νοει ˜ν. on s’engage sur un chemin où il faut renoncer à tout vouloir.cairn. En tant qu’il est sa possibilité. Les premiers écrits sur la Gelassenheit datent de 1944-45 : « Zur Erörterung der Gelassenheit ».. une passivité est nécessaire. Ibid. Einführung in die Metaphysik. MEESSEN 53. l’être-Là ne peut que se briser sur l’être 55 . 56.24/01/2013 00h30.. 58. d’une part.info . 142. d’autre part. Pour que cette Vergegnis puisse avoir lieu. 451-453. fr. Si. Document téléchargé depuis www. Mais. BRITO. p. in Questions III. passant d’une telle activité représentative à l’attente tournée vers la libre Étendue » 59 . Cette référence à Eckhart doit être lue « à la conjonction de ces deux plans : celui du diagnostique onto-théologique et celui d’une nouvelle quête du divin » 58 . « Pour servir de commentaire à Sérénité ». pp. Par la Gelassenheit. fr.. Pour les Grecs.. trad.24/01/2013 00h30. p. sofern es ist . Dans le passage de sa possibilité à la compréhension. Dans ce combat inégal. 182). 120. par A.116 . 135 . p. trad. p. pp. Peu à peu se fait jour l’usage d’un nouveau vocabulaire que Heidegger emprunte à Maître Eckhart. Sur l’importance de ce terme chez Heidegger. et que. 1999. © Centre Sèvres ble pacifique mais « la recollection de forces antagonistes » 53 . Gallimard..193. l’être se temporalise en étants par une « dépossession ». Neske.Université de Nanterre .. 181). University Press & Peeters. 203-204. Heidegger et l’hymne du sacré. dabei aber immer auch nur für dieses » (Ibid. M. trad..140. M. Comme l’homme est déjà « ap-proprié » (Ge-eignet) à la « libre Étendue » (Gegnet). 1959. Ibid.cairn. p. 29-73 . 55. Leuven.Paris 10 . Sammlung und Vernehmung. 103 . trad. seul l’être peut sortir vainqueur. c’est le mouvement que doit opérer le Da-sein.

Il y a une donation. Il n’y a plus de rétablissement ultérieur mais seulement le jeu intime du néant au cœur de l’être.Université de Nanterre . p.193. à la donation de l’Ereignis. « Penser. p.info . selon une double Entäusserung. de surmonter le moment négatif. 272. . 1807. HEIDEGGER. pour aboutir au Concept. dans la Gelassenheit. quelque chose de similaire à la double Entäusserung hégélienne 62 .140.F. Meiner. on peut considérer l’avènement de l’Ereignis comme allant de soi dans l’évolution de la pensée de Heidegger.. p. 55). in Questions IV. La dépossession est le mouvement privatif nécessaire à la possession. comme c’est la cas chez Hegel. Sur ces bases. 62. Il ne s’agit pas. Dans son tournant herméneutique.50. Fédier. De ce fait. ce n’est pas d’abord comprendre quelque chose mais comprendre que l’on est déjà pris » (J.-P. Voir la notion du « laisser-appartenir » (Das Gehören-lassen) dans « Identité et différence ». 45). 63. au lâcher de l’étant par l’être doit correspondre un lâcher de l’étant pour l’être. fr. indissociable de son événement-avénement (Ereignis).Paris 10 ..24/01/2013 00h30. l’être et la pensée sont co-propriés l’un à l’autre. Privat. Elle est l’absentement de la mise en présence. Cette donation est là comme l’événement qui desserre l’entrave de l’être pour qu’il puisse se temporaliser en étants.Université de Nanterre .cairn. in Questions I.24/01/2013 00h30. Mais.116 . 1971. Mais. Le travail nécessaire du négatif est inséré dans l’advenue de l’être à lui-même sans qu’il ne soit un moment.. pris avant de prendre. Chez Hegel.193. la substance doit se dessaisir pour devenir conscience de soi et inversement.info . RESWEBER.cairn. trad. Document téléchargé depuis www. Es gibt. le retrait corrélatif de la monstration. G. Chez Heidegger. l’étant n’a d’autre possibilité que ce qu’il est lui-même : comprendre. Des Phänomenologie des Geistes. Heidegger découvre qu’une « désappropriation » (Ent-eignung) doit précéder l’« appropriation » (Zueignung) pour que l’être-là soit ouvert à la grâce de l’« événement » (Er-eignis) 61 . il n’a d’autre issue pour faire advenir le projet qu’il est à lui-même que de se laisser prendre 63 .116 . p. « A l’appropriation-Ereignis comme telle appartient la désappropriation » (M. Zeit und Sein (1962) . On retrouverait ici. Autrement dit. © Centre Sèvres .W.50. il faut nécessairement retrouver une forme de « dépossession » dans le mouvement de l’étant vers l’être. Voilà qui situe le rôle de la Gelassenheit.Paris 10 . « Temps et Être ». Document téléchargé depuis www. doit répondre un « détachement » (Gelassenheit) sans lequel la « recollection » (Gesammeltheit) ne se réalise pas.. Cf. © Centre Sèvres τε ´ λοσ de l’être est la « possession ». HEGEL. La pensée de Martin Heidegger.140. 525b. mais selon un mode tout différent. par F.UN MONDE SÉPARE TOUT CELA D’HÉRACLITE 343 61.

« Je suis » est incompréhensible non parce que l’étant est déjà compris par « Je suis » mais parce que « Je suis » ne doit sa stabilité à aucune com-préhension de lui-même. p. par M. Loin de nous situer face à « être-constamment-sous-les-yeux » 66 . la foi se présente comme un acte de déprise.24/01/2013 00h30. qui est une forme de déprise. comme l’appropriation par la désappropriation. Sachant la place que Heidegger réserve à l’« écoute » au détriment du « voir » dans son analyse phénoménologique 65 . La foi conviendrait au « Je suis » parce qu’elle le rejoindrait dans l’acte même qu’Il est. se situe dans la logique même du « Je suis » vers lequel il se tourne. § 34. Paris.116 .Université de Nanterre .cairn. fr. l’ontologie et la noétique coïncident. « Ce qu’est et comment se détermine la uυ ´ σισ ». souvent. HEIDEGGER. 66.116 . © Centre Sèvres . De ce fait. 202).193..50. c’est seulement dans la mesure où elle abandonnerait toute compréhension. n’est-ce pas le moment de mettre ce principe en application ? Nous pouvons rester fidèle au dict de Parménide. p. Le « Je suis » (Jn 8. GA 60. in Questions II. La pensée de Martin Heidegger.140.Paris 10 . Document téléchargé depuis www. HEIDEGGER.140. Autrement dit – telle est l’hypothèse que nous cherchons à vérifier –. Il convient donc de se mettre à l’« écoute » du Λο ´ γοσ qui se dit à travers l’Écriture. est-ce intelligible ? C’est intelligible mais non pas compréhensible. « L’ouïr constitue même l’ouverture primordiale et authentique de l’être-là à l’égard de son savoir-être inaliénable . celui-ci est ouïr de la voix amie que tout être-là porte en lui-même » (M. Cf. p. 28) qu’elle vise s’annonce in-compréhensible. Simon. 163 . Sein und Zeit. Der Denkweg Martin Heideggers. 1967. l’acte de foi.cairn. Cours du semestre d’été à Fribourg-en-Brisgau. Un cheminement vers l’être. Si la foi doit déboucher sur une vision.Paris 10 ..50. HEIDEGGER. trad. O. Par la foi. Aubier. dans un acte simple qui n’est pas « double » (διχω ˜ σ) 64 . © Centre Sèvres Document téléchargé depuis www.193. D’emblée.24/01/2013 00h30. 1921. Le Λο ´ γοσ johannique et le « se-dessaisir » Si maintenant. Augustinus und der Neuplatonismus. ce terme est mal interprété. M. p. MEESSEN 2. 1-2). Ce don se manifeste dans le temps par un « se-dessaisir ». mais dans le dessaisissement. fr. nous remettons en cause le présupposé de l’être comme le « se-posséder dans lequel le stable se tient ». qu’arrive-t-il à la métaphysique ? Est-ce seulement pensable ? Que le stable se tienne à même le « se-dessaisir ». M. PÖGELLER. Selon cette hypothèse. Or. mais d’une manière inversée. trad.info .. la foi ne serait pas un mode de connaissance pauvre en attente de compréhension. 55.Université de Nanterre . nous nous laissons interpeller par la « manifestation » du Λο ´ γοσ (1Jn 1. 270. non dans la Vernehmung comme le voudrait Heidegger.info . 159-298. Pfüllingen. 1963 . 65. Gunther.344 Y. p. 64. « Je suis » ne siste pas par une possession compréhensive de lui-même mais par le don total de lui-même.

24/01/2013 00h30. © Centre Sèvres Tout d’abord. peut-il se présenter comme un « étant » parmi d’autres ? En faisant cela.Paris 10 . Document téléchargé depuis www.140. ni une quelconque réduction de Dieu à un état inférieur à ce qu’il est en lui-même. En effet. En effet.cairn. Paris.116 .24/01/2013 00h30. ou plutôt des paroles qui peuvent. le Λο ´ γοσ devenu chair est dépossédé de son statut de Λο ´ γοσ qui contient tous les étants en lui et qui les fait ek-sister. qui est de l’ordre du dire et donc corrélativement de l’écoute. Cette transition s’amorce déjà au dernier verset du Prologue. © Centre Sèvres . l’Incarnation n’est ni un accident. Dans l’Évangile de saint Jean. Recherches sur Husserl-Heidegger et la phénoménologie. en accueillant le Λο ´ γοσ dans le « comment de sa monstration ». par qui toutes choses sont faites (Jn 1. le terme Λο ´ γοσ est uniquement employé 68 dans le Prologue . le Λο ´ γοσ de saint Jean conjugue en lui deux positions : le Λο ´ γοσ est Dieu. Parce qu’il est l’expression du Père. Réduction et donation. il est question du Fils et de sa relation au Père. et le Λο ´ γοσ s’est fait chair (Jn 1. PUF. aussi déroutant que cela puisse paraître. le fait qu’il se manifeste comme un étant fait partie de l’expression de Dieu. C’est bien là que se situe le scandale et la folie. Il est déchu de son statut de recollection et d’épanouissement.-L. par sa vie.140.116 . 14). S’il est véritablement le Λο ´ γοσ de Dieu.Université de Nanterre . Notre méthode phénoménologique. Il se réduit à un étant capable de prononcer une parole. s’envisage en même temps comme une « chair » qui se montre et qui donne à voir. J. la venue du Λο ´ γοσ dans le monde doit être considéré comme telle. 1 . renvoyer à un être permanent situé dans une région ontologique séparée des étants. 1). Jn 1. pour le croyant. 14 . Ap 19. tout au plus. Le Prologue Document téléchargé depuis www. consiste à mettre en évidence comment la « Parole ». 1990.cairn. ne se destitue-t-il pas lui-même en quittant le « manifester » vers un « manifesté » ? Heidegger n’a-t-il pas raison de lui attribuer seulement la place d’un positum inapte à rendre compte d’une phénoménologie/ontologie ? À cette question. Sur l’importance de la « donation » (Gegebenheit) en phénoménologie.193. nous devons avancer dans une autre direction. 1 Jn 1. a fait l’exégèse (Q εξηγη ´ σατο) de celui que personne n’a jamais vu (Jn 1. 3). Le mouvement par lequel l’être immuable se fait étant éphémère n’est pas à excepter de l’exégèse du Λο ´ γοσ. 1 (3x) .UN MONDE SÉPARE TOUT CELA D’HÉRACLITE 345 67. MARION. il faut répondre par l’affirmative si l’on s’en tient au présupposé de l’être comme possession. Le Fils. vu sous l’angle de la possession. C’est en tant que Fils monogène qu’il est véritablement Λο ´ γοσ. Le terme Λο ´ γοσ se retrouve six fois dans les écrits johanniques : Jn 1. 13. Mais. Comment le Λο ´ γοσ.Université de Nanterre .info .50.info . 68.. le Fils s’identifie au Λο ´ γοσ. Ailleurs. à la fois herméneutique et matérielle. dans sa « donation » 67 . Au contraire. cf.193.50.. 18). auprès de Dieu (Jn 1.Paris 10 .

Université de Nanterre .cairn. la δο ´ ξα θεου.140. qu’il se soit « dessaisi » librement de sa vie (Jn 15.116 .24/01/2013 00h30.24/01/2013 00h30.nous le Père » ? Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis.116 .info . Dans son comportement visible. Cf.50. Le fait que le Fils soit « élevé » sur la Croix ne fait pas exception à sa dépendance ontologique mais. son anéantissement. Jésus répond : « Celui qui m’a vu a vu le Père.50. le Fils est complètement transparent à l’action du Père invisible. Le Λο ´ γοσ nous raconte le Père en montrant qu’il demeure constamment en lui. sa stabilité éternelle. Si nous nous en référons à Heidegger.346 Y.Paris 10 .140. Document téléchargé depuis www. © Centre Sèvres annonce que cet entrelacement entre le dire et le voir sera une constante du quatrième Évangile.info . 19). 14 : ’Eγω ´ ει Qµι ο ων. ce texte nous donne à entendre que voir le Fils.. 45 : « celui qui me voit.193. « c’est. c’est le Père qui. la terminologie johannique de la « Gloire » (δο ´ ξα) est primordiale. 10). Pour que le Fils de l’homme puisse être « élevé ». 13). car ce que fait le Père.193. l’exprime avec plus de luminosité : « Lorsque vous aurez élevé le Fils de l’homme. Cette dépendance dans le comportement renvoie à une dépendance ontologique. Pourquoi dis-tu : « Montre . en Document téléchargé depuis www.Paris 10 .Université de Nanterre . il tient du Père » (Jn 1.. au contraire. Quelle est l’intention de l’Évangéliste lorsqu’il rassemble ces deux mouvements (anéantissement-stabilité) en un seul terme : « élevé » (υψω ´ σητε) ? Voudrait-il révéler qu’il s’agit d’une seule et même réalité vue sous deux angles différents ? Pour analyser cette question. et la révélation de « Je suis » (’Eγω ´ ει Qµι) 70 . accomplit ses propres œuvres » (Jn 14. Dans un raccourci étonnant. Aucun des actes humains de Jésus n’échappe à cette dépendance : « Le Fils ne peut rien faire de lui-même mais seulement ce qu’il voit faire au Père . je ne les dis pas de moi-même ! Au contraire. voit Celui qui m’a envoyé ». 10). Est-ce aussi immédiat ? La suite du texte nous apprend que l’écoute des « paroles » prononcées et la vue des « œuvres » opérées par Jésus renvoient au dire-action du Père. L’expression ’Eγω ´ ει Qµι renvoie à Ex 3.cairn. Fils unique plein de grâce et de vérité. 28). 14). c’est aussitôt voir le Père 69 . À Philippe qui lui demande « montre-nous le Père ». Ce terme apparaît déjà au verset 14 du Prologue : « Et le Λο ´ γοσ fut chair et il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire que. demeurant en moi. le Fils le fait pareillement » (Jn 5. vous connaîtrez que ‘Je suis’et que je ne fais rien de moi-même : je dis ce que le Père m’a enseigné » (Jn 8. il faut qu’il se soit livré volontairement aux hommes. © Centre Sèvres . aussi Jn 12. L’élévation dont parle saint Jean est à la fois le dessaisissement de la vie de Jésus. 70. le « demeurer » réciproque du Père et du Fils (Jn 14. MEESSEN ∩ 69.

30). » (M. d’un seul tenant »(ξυνεχε ´ σ) 72 . « In der hellenistischen Theologie und im Neuen Testament ist δο ´ ξα θεου ˜. 1991. Autrement qu’être ou au-delà de l’essence.Paris 10 . Einführung in die Metaphysik.193. 72. PARMENIDE. Il ne doit sa stabilité qu’au fait d’être « tout entier.50. l’être » 71 .info . de toute éternité (Jn 17. trad. Le Fils tient sa gloire du Père. C’est ainsi que le Fils peut. p. parce qu’il est Dieu. 31. Le Λο ´ γοσ johannique dévoile une tout autre logique.cairn. 78 . En effet. procurer la stabilité (Ständigkeit). Si « Je suis » est prononcé simultanément par le Père et par le Fils. PARMENIDE. 47-49. c’est-à-dire montrer aux hommes en quoi consiste la « stabilité » de Dieu. en raison de sa transcendance. il y a. PARMENIDE.116 . nous sommes un (εν Q εσµεν) » (Jn 10. 74. Sein verschaffen. VIII. © Centre Sèvres pensant grec : installer dans la lumière et. en tant qu’il est Dieu et auprès de Dieu. VIII. Fragm. auprès de Dieu. Sur la distinction entre de « dire » et le « dit ». que de se posséder lui-même. mais sous la forme d’un « Je suis » (’Eγω ´ ει Qµι).50. L’être dont il est question à partir du Λο ´ γοσ se révèle comme présentant une altérité à l’intérieur de son unité : « le Père et moi. non seulement un « dire » et un « dit » 74 . 111).. Jésus insiste pour dire qu’il ne tient pas sa gloire de lui-même mais d’un autre. en se colligeant en soi. à partir du moment où il y a « parole ». cf. Dordrecht. il n’a d’autre acte. gloria Dei. ce qui suppose une relation de personne à personne. l’être johannique ne se révèle jamais comme un neutre impersonnel. © Centre Sèvres . De ce fait. L’être parménidien n’admet aucune altérité en lui. un « cela est » (ωσ εστιν) 75 . C’est pourquoi.24/01/2013 00h30. le Λο ´ γοσ se maintient dans le « dire ». qui est le Père : « Si je me glorifiais moi-même. HEIDEGGER. Ansehen zuweisen und aufweisen.UN MONDE SÉPARE TOUT CELA D’HÉRACLITE 347 71. Kluwer Academics Publisher. par là. LÉVINAS. pour se tenir dans sa limite (πει ´ρατοσ) 73 . le Fils affirme en même temps qu’il tient sa « stabilité » sans se contenir dans sa propre limite. En déclarant qu’il ne se glorifie pas lui-même mais qu’il est glorifié par le Père. Fragm. C’est mon Père qui me glorifie.Université de Nanterre . Fragm. 2. 73. p. fr. Ce « Je suis » est prononcé par le Λο ´ γοσ. Ce non-dit est la manière dont le Document téléchargé depuis www.info . Or. 54).140. E. heiβt griechisch : ins Licht stellen und damit Ständigkeit. La glorification du Fils ne serait rien (ου Qδε ´ν Q εστιν) s’il se la donnait à lui-même en propre. Il y a là quelque chose de déroutant pour la métaphysique grecque.. lui dont vous affirmez qu’il est votre Dieu » (Jn 8. A la différence de Lévinas pour qui le « dit » échappe au « dire ». ma gloire ne signifierait rien. p.cairn. à son tour. 75. 25.Université de Nanterre .193.. Document téléchargé depuis www. il est aussi prononcé par Celui que saint Jean ne mentionne pas lorsqu’il parle de la demeure réciproque du Père et du Fils. glorifier le Père. mais également une sortie de soi vers l’autre. die Herrlichkeit Gottes. VIII.Paris 10 .140. Das Rühmen.24/01/2013 00h30. 5).116 .

LÉVINAS. 1965. c’est-à-dire de « seposséder » 78 .24/01/2013 00h30.348 ∩ Y. elle demande encore à être reconsidérée.Université de Nanterre .. Husserl.116 . ινα µη ` ετερο ´ τησ » (Enn. d’une recollection en soi. l’« autre » (ετερον) désigne le « non-être » (µη ` ον) (Sophiste. Or. pour nous rejoindre. l’Un ne pense pas sinon il y aurait en lui une quelconque altérité : « ου Q δε ` νο ´ ησισ. L’effacement manifeste le contraire d’une fermeture sur sa propre limite. hors de l’unité de l’être 77 . Chez Platon. où se présente l’alternance entre « se-dessaisir » et « (re)prendre ». a toujours exclu l’altérité. La présence de l’altérité au sein de l’être signifie l’impossibilité de se rassembler dans sa limite. un passage de l’Évangile de Jean. 17-18). Cf.116 . E. Martinus Nijhoff. Il s’agit là d’une incompatibilité radicale avec l’ontologie grecque qui. 257 b). le Fils est vraiment autre que le Père sans quoi il ne pourrait s’adresser à lui en lui disant : « Père ».140. Quant à la solution heideggérienne. MEESSEN 76.50. 8s. et donc aussi toute personnalité. pourrait faire question : « Le Père m’aime parce que je me dessaisis (τι ´θηµι) de ma vie pour la prendre (λα ´ βω) ensuite. Emmanuel Lévinas a été attentif à la mise en lumière de ce vocabulaire de la « possession » pour caractériser la pensée du « Même » (Hegel. D’une part.24/01/2013 00h30. © Centre Sèvres .Université de Nanterre . le Père et le Fils seraient soit deux forces antagonistes qui constituent l’Un (Héraclite). depuis son début parménidien. et tu entends sa voix. 9. VIII. que de raconter Dieu invisible Document téléchargé depuis www..cairn. En effet. 42). 77. 2e éd. l’Ereignis comme « appropriation » (Zueignung) par une « désappropriation » (Ent-eignung). 8).. La Haye. 22). 6. j’ai le pouvoir de m’en dessaisir (θει ˜ναι) et j’ai le pouvoir de la prendre (λαβει ˜ν) : tel est le commandement que j’ai reçu de mon Père » (Jn 10.cairn. L’alternance des verbes τι ´θηµι et λαµβα ´ νω peut nous introduire dans une conception dualiste contraire à la simplicité de Dieu. le Fils ne présente aucune résistance au Père mais fait tout ce qu’il fait . l’être « est tout entier identique » (πα ˜ν Q εστιν οµοι ˜ον) sinon cela empêcherait sa « cohésion » (συνε ´ χεσθαι) (Fragm. soit un bloc monolithique où se tient « l’Un continu » (Parménide). Chez Plotin.193. soit les deux en même temps (Heidegger). Document téléchargé depuis www. « L’Esprit souffle où il veut. Personne ne me l’enlève mais je m’en dessaisis (τι ´θηµι) de moi-même . © Centre Sèvres Souffle Saint (το ` πνευµα το ` αγιον) se manifeste.Paris 10 . Comment expliquer ces deux mouvements qui semblent contradictoires ? Le Fils ne peut faire autrement. Heidegger) qui suspend la relation à l’« Autre ». Totalité et Infini. d’autre part.193.50. Chez Parménide. 78.140. Sa manifestation est le « se-dessaisir » 76 .Paris 10 . Si le « Je suis » était un « se-posséder ».info . p. mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va » (Jn 3.info . aucune des deux premières solutions n’est envisageable. VI.

Ce déroulement est la manifestation du « Je suis » de Dieu. du présupposé de l’être comme « se-posséder ».116 . © Centre Sèvres dans une histoire. le mouvement poussé à son accomplissement. son acte simple et immuable. Dieu ne se ravise pas après s’être donné. Dans son Fils. la manifestation de Document téléchargé depuis www. Cela n’est intelligible qu’à une seule condition. Dans le déroulement temporel. en déposant sa vie.50. c’est uniquement parce qu’il n’a cessé de la recevoir du Père dans un engendrement permanent. La mort de Jésus n’est pas une feinte de Dieu. Dieu pose le fondement de son être. nous avons cherché à montrer.Université de Nanterre . il ne doit sa stabilité qu’à lui seul. Cette simplicité immuable interdit l’alternance de la déprise et de la reprise de soi. 13). S’il en était ainsi le don ne serait pas un don total. à son terme (ει Qσ τε ´ λοσ). © Centre Sèvres .info .Paris 10 .193. Au contraire de l’interprétation heideggérienne de l’Q εντελε ´ χεια d’Aristote. S’il a le pouvoir de prendre sa vie après s’en être dessaisi. Le verbe τι ´θηµι signifie à la fois poser (un fondement) et déposer.info . Le Fils manifeste qu’il ne fait rien et n’est rien par lui-même. Le verbe λαµβα ´ νω. Jésus doit d’abord se dessaisir de sa vie pour « ensuite » (πα ´ λιν) la prendre en Dieu.140.UN MONDE SÉPARE TOUT CELA D’HÉRACLITE 349 Document téléchargé depuis www. n’est pas le « se-posséderdans-la-fin » (Q εν τε ´ λει Q εχει) mais le « se-dessaisir » : « nul n’a de plus grand amour que celui qui se dessaisit (du verbe τι ´θηµι) de sa vie pour ceux qu’il aime » (Jn 15. Il faut sortir de la conception qui veut que l’être soit « Un » solitaire. signifie aussi bien prendre que recevoir ou accueillir. Dans la simplicité de son acte. un don est un don . Pas plus que deux actes antithétiques en alternance (Hegel). si l’être est seul. que le « se-posséder » était absent de « Je suis ».116 . c’est le problème du dessaisir) du même acte ? A rapport entre être et temps qui est posé.193. qui avait aimé les siens qui sont dans le monde. l’agonie de Jésus précède sa Résurrection. Chez saint Jean.50.140. Il reste maintenant à nous avancer vers une autre question fondamentale : comment expliquer cette bipolarité (être/se` travers cette question.Paris 10 .. et donc. Or. quant à lui. le message de l’Évangile est inverse. 1).. Or. Dieu va jusqu’au bout de son don : « lui. à partir de la manifestation du Λο ´ γοσ. En effet.Université de Nanterre . donner et reprendre ne vaut. Se conjuguent ainsi les deux acceptions du verbe λαµβα ´ νω. il ne s’agit de deux actes opposés qui se coappartiennent (Heidegger). Le rapprochement paradoxal des verbes τι ´θηµι et λαµβα ´ νω fait percevoir que la vie du Λο ´ γοσ fait chair ne débouche pas purement et simplement sur le néant mais dans la Gloire. que « Je suis » et le « se-dessaisir » n’entretenaient pas d’antagonisme l’un par rapport à l’autre. autrement dit. La polysémie des verbes τι ´θηµι et λαµβα ´ νω vient encore compléter cette interprétation.24/01/2013 00h30.cairn. Jusqu’à présent.cairn. les aima jusqu’à l’extrême (ει Qσ τε ´ λοσ) » (Jn 13.24/01/2013 00h30.

En venant dans la chair. 53-54. fr.116 . La « possession » impose une délimitation qui empêche l’unification dans l’être.info . « les siens ne l’ont pas accueilli » (Jn 1. Il n’a pas véritablement quitté un état de stabilité pour un état de précarité qui lui permettrait ensuite de retrouver son état antérieur. le Λο ´ γοσ est dans le devenir. En déposant sa vie dans le temps. du côté de la « possession ».140. mais en route vers son accomplissement. le se-posséder Document téléchargé depuis www.193. « Réflexion sur les rapports de la philosophie et de la théologie ». s’il doit y avoir une force privative. le Λο ´ γοσ révèle que le « se-dessaisir » n’est pas contraire au « Je suis ». Le Λο ´ γοσ. Venu dans le « monde » (κο ´ σµοσ).Université de Nanterre . PÖGELLER. Cela veut dire que le monde n’a pas voulu de la dépendance ontologique manifestée par le Λο ´ γοσ. le Λο ´ γοσ poursuit le même acte par lequel ` proprement parler.24/01/2013 00h30. p. DE ANDIA.info . supra. 80. sans qu’aucune faille ne s’y glisse. Cf.cairn.50. Le Λο ´ γοσ révèle les deux forces antagonistes. Cette dépossession est donc la face temporelle de la stabilité éternelle. Quand le Λο ´ γοσ est venu dans le monde. dans le temps. sa gloire. au contraire. Der Denkweg Martin Heideggers .193. Chez Aristote.. Or. c’est-à-dire là où une privation existe par rapport à l’acte. A en Dieu parce que le déposer est identique au poser. le Λο ´ γοσ est Dieu.140. Nous pouvons appliquer un raisonnement analogue à celui que nous avons appliqué avec la uυ ´ σισ 80 aristotélicienne .. Ce qui « devint » (Q εγε ´ νετο) est en tension vers la plénitude ontologique. Devenu chair. Mélanges de Science Religieuse.350 Y. a maintenu sa stabilité éternelle. 141. Par conséquent. Le Λο ´ γοσ fait chair se retrouve donc au cœur de cette tension. Il s’agit donc d’un retournement radical de l’être grec. 32/3 (1975).Université de Nanterre . © Centre Sèvres . Il en est le révélateur. le monde a voulu trouver sa stabilité. 10-11). c’est-à-dire ce qui n’est pas encore au terme.cairn. la privation est une « dépossession ». « le monde ne l’a pas reconnu ».116 . unique. laquelle. le « se-dessaisir » n’a pas de place « Je suis » se pose. Cette exégèse va évidemment à l’encontre de la distinction luthérienne entre la « théologie de la croix » et la « théologie de la gloire » dont Heidegger a hérité.Paris 10 . p. s’est présentée comme un « se-dessaisir ». tourné vers Dieu (προ ` σ το ` ν θεο ´ ν). Au commencement (’Εν α Q ρχη ˜).24/01/2013 00h30.. Autrement dit. MEESSEN 79. le Λο ´ γοσ fait maintenant partie de « tout ce qui devint par lui » (Jn 1. le Λο ´ γοσ n’a pas cessé d’être Dieu. Le devenir n’est possible que là où la stabilité n’est pas installée. Au contraire du Λο ´ γοσ qui agit continuellement « tourné » vers Dieu. © Centre Sèvres la Gloire trouve son plein accomplissement à l’heure de la Croix 79 . auprès de Dieu. aussi Y. chez saint Jean. en lui-même. 3). elle ne doit pas être cherchée du côté de la « dépossession » mais. O.Paris 10 .50. trad. Cf. le « se-dessaisir » n’est pas la perte de l’état de stabilité. Cf. Document téléchargé depuis www.

tout simplement parce qu’il rompt totalement avec la conception de l’être comme « se maintenir dans sa limite. se-posséder ». « Sein ist die Gesammeltheit dieser gegenwendigen Unruhe » (Ibid. Ibid. selon le Λο ´ γοσ johannique.. Fragm. Il en va donc tout autrement du Λο ´ γοσ héraclitéen qui est le recueil des opposés se portant l’un vers l’autre 81 .140. et la mort est en même temps vie » 83 . 141). p.. fr.info . Λο ´ γοσ » (M. C’est par le 81.24/01/2013 00h30.Université de Nanterre .. le Λο ´ γοσ johannique exprime quelque chose de ce rapport étrange qui n’est pas fondé sur la rétention dans la limite. p. Ce laisser. fr. 100 . Le combat se gagne par une défaite de l’homme qui n’a plus qu’à entrer dans une dépossession. trad. trad.cairn.116 . p.info . 102 ..193. p. l’autre en Dieu. Rien de comparable chez saint Jean ! L’être s’y dit comme « Je suis ».24/01/2013 00h30.. « l’être de la vie est en même temps mort... Remarquons que.. dont Heidegger reprend le terme à Eckhart. es sammelt sich aus sich’. En lui-même. das eine zum anderen. in Ibid. « Heraklit sagt Frg. fr. Cette limite est aussi rompue entre le monde et Dieu. mais seulement les étants dans le temps. De la sorte. 141. trad. hinüber und herüber. 102 . Document téléchargé depuis www. Nous avons déjà touché un mot de la conception héraclitéenne à travers le combat du Da-sein pour la compréhension. p. p. 82. HÉRACLITE. 83. 84. 100 . Se dévoilant dans l’acte du dessaisissement. fr.Université de Nanterre . 139). l’être n’étant pas autre chose que « la recollection de cette agitation antagoniste » 82 . découlent deux conceptions de la vie bien différentes. vient en quelque sorte en contrepoint du Es Gibt pour que l’être puisse se colliger dans son Λο ´ γοσ. l’appropriation face à la désappropriation. trad. Das Gegenstrebige ist sammelnde Gesammeltheit. © Centre Sèvres * * * De la logique héraclitéenne et de la logique johannique.. HEIDEGGER. en termes heideggériens. ou.116 . Il ne doit pas sa stabilité au fait de se maintenir dans une limite qui le séparerait des étants limités..UN MONDE SÉPARE TOUT CELA D’HÉRACLITE 351 face au se-dessaisir. p. Einführung in die Metaphysik. le Λο ´ γοσ se trouvant à la fois dans l’un et l’autre. ces deux forces antagonistes n’affectent pas « Je suis » en lui-même. ou cette Gelassenheit. déjà.Paris 10 . 139.193. 8 : ‘Das Gegeneinanderstehende trägt sich.cairn.50.Paris 10 . Il n’est pas l’être permanent de l’ontothéologie.140. Pour Héraclite. La beauté est un combat gagné sur le désordre : « le monde très beau est semblable à un tas de fumier répandu en désordre » 84 .. p. Document téléchargé depuis www. la défaite et la victoire coalisent dans une agitation antagoniste. 124. cette limite éclate par la présence du Λο ´ γοσ. © Centre Sèvres .50.

info . combien l’identité de l’être et du penser est réalisée dans le don ou l’amour. le Fils n’a pas de connaissance de « Je suis » indépendamment du Père..info .Paris 10 . la philosophie va jusqu’au bout de sa logique. avonsnous définitivement congédié la philosophie grecque ? Tel n’est pas notre propos. non seulement comme sa pensée ou sa raison. et qu’ils contemplent la gloire que tu m’as donnée » (Jn 17. ne se clôt pas sur une limite. cette coïncidence ne pouvant être que la recollection dans l’unité à l’exclusion de l’altérité.Université de Nanterre .116 . consiste à être parvenu dans la stabilité de Dieu. de double extériorisation comme chez Hegel. dans la pensée de la pensée comme chez Aristote. ceux que tu m’as donnés soient aussi avec moi. En effet. dans un mouvement de procession et de retour comme chez les néo-platoniciens. Pour parvenir à cette stabilité.Paris 10 .116 .140.cairn. Le Λο ´ γοσ révèle « le chemin » (η οδο ` σ) à suivre pour que tout ce qui est en devenir arrive « là où je suis » (οπου ει Qµ` ιQ εγω ` ) : « Père. De ce fait.cairn.24/01/2013 00h30. l’ontologie et la noétique coïncident dans une voie qui diffère du désir de se colliger dans un « se-posséder ». La manifestation suprême de cet amour est le dessaisissement du Christ sur la Croix. En raison de leur unité ontologique. Autrement dit.24/01/2013 00h30. tout homme est invité à entrer dans le même mouvement que le Fils : « Celui qui aime sa vie la perd. mais véritablement comme un autre en lui-même.Université de Nanterre . © Centre Sèvres contraire d’une rétention. d’une recollection dans l’Un. Ce point de départ consiste à affirmer l’identité de l’être et du penser. © Centre Sèvres . Que ce soit dans une adéquation comme chez Platon. que le Λο ´ γοσ manifeste la stabilité de « Je suis ».193. Le fait que le Fils puisse s’adresser au Père dans une relation je-tu (Jn 17) manifeste cette altérité personnelle.140. de ce fait.352 Y. et celui qui cesse de s’y attacher en ce monde la gardera pour la vie éternelle » (Jn 12. L’être et la pensée sont effectivement appelés à coïncider mais d’une manière qui déroute la logique grecque.50.50. il s’agit toujours d’aboutir à la coïncidence complète des deux termes. dans la « demeure ». 24). 25). la Révélation vient faire basculer ce schème. le Λο ´ γοσ manifeste que l’identité de l’être et du penser passe par sa relation au Père et. mieux que toute explication. Cette identité de l’être et du penser se révèle à travers l’innommé du don réciproque du Père et du Fils.193. En fonction du point de départ qui lui est propre. L’effacement de l’Esprit dit. ou alors dans une appartenance réciproque comme chez Heidegger. le Λο ´ γοσ est proféré par Dieu. par l’amour qui est « se-dessaisir » pour l’autre.. Document téléchargé depuis www. Sans l’ignorer ni le nier. je veux que là où je suis. MEESSEN Document téléchargé depuis www. En mettant en lumière l’opposition radicale des deux Λο ´ γοσ. « Contempler la gloire » que le Fils a reçue du Père.

24/01/2013 00h30. Pfister.50.116 . que l’on ne s’y trompe pas. préface de M.Paris 10 .info . 1997. Sermon 5b .50. 86. 61.116 . par J.140.Université de Nanterre . Ruh. Ancelet-Hustache. © Centre Sèvres 85. Arfuyen.info . p. De la sorte. trad. fr. fr. in Initiation à Maître Eckhart. . I. le Père engendre son Fils en la source la plus intime. ¶ Document téléchargé depuis www. Mais. Seuil. le véritable sens eckhartien de la Gelassenheit est mis en lumière.Université de Nanterre . p. 25-31. 6-8 . le Λο ´ γοσ johannique n’invite pas les hommes à accomplir un acte qui soit contraire à la stabilité de « Je suis ». Sich lassen consiste à tout laisser et se laisser soi-même pour s’abîmer dans « le cœur du Père d’où à grand-joie sans trêve flue le Verbe ! » 86 . 2004. Sur la naissance de Dieu dans l’âme.24/01/2013 00h30. Là s’épanouit l’Esprit Saint » (MAÎTRE ECKHART. trad. Editions Universitaires/Fribourg.-A. 1974.cairn. Cerf/Paris. 79). dans le fond de l’âme). MAÎTRE ECKHART.Paris 10 . Vannier in MAÎTRE ECKHART.. I.cairn. Cf.193. de la Gelassenheit. © Centre Sèvres Document téléchargé depuis www. C’est dans le τε ´ λοσ de l’acte du « se-dessaisir » que l’homme rejoint l’« Un » 85 . Paris.193.UN MONDE SÉPARE TOUT CELA D’HÉRACLITE 353 Nous voici de nouveau tout proche du vocabulaire eckhartien du « lâcher prise ». « Dans cet Un (c’est-à-dire dans l’image. trad. t..140. pp. Granum sinapis. par K. par G.