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7 ju in 1940

Ca h ie r Co m m é m o ra tif d e s 7 0 a ns
B o m b a rd e m e nt d e S a inte -G e ne v iè iè v e M o rt d e l’ a u ric e B le d l ’ ins titu te u r M

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Préface du Président :
L’objet de ce cahier est principalement de faire référence à l’engagement de Maurice et Olga BLED à Sainte-Geneviève et aux faits que nous essayons de traiter et relater, soit de 1938 à 1940-44. Les documents que nous utiliserons en référence seront parfois postérieurs à cette période mais ils auront pour vocation de poser les éléments historiques reconnus dans la période considérée. Il a été choisi d’aborder le couple de Maurice et Olga BLED, tant leur implication était associée. Si Maurice BLED est mort en protégeant ses élèves dans la tranchée par respect de sa fonction et des valeurs humaines et sociales qu’il y attachait, Olga continua ce « combat ». Elle en subira des difficultés de vie et sera déportée pour l’attachement à ces mêmes valeurs. Les deux personnalités sont indissociables, leurs combats furent communs. Cette publication éditée à l’occasion du double 70ème anniversaire du bombardement de Sainte-Geneviève et de la mort de Maurice BLED ne peut être exhaustive. Elle peut même comporter quelques erreurs ou omissions. Nous avons cherché à les atténuer. Pour ses auteurs, d’ailleurs, cette édition ne saurait que constituer le début d’un travail qu’ils savent long, difficile, nécessaire voire indispensable pour l’histoire et l’identité de notre commune.

Jean-Jacques MARCHAIS Président de la Maison des Associations Génovéfines

Sommaire :
- Le bombardement de Sainte-Geneviève : des maisons détruites, les victimes - Trois témoignages d’enfants de l’époque - Maurice et Olga BLED, un couple militant dans la vie départementale et sur la commune de Sainte-Geneviève - La résistance dans le Canton de Noailles

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Le 7 Juin 1940 : Le bombardement de SainteSainte-Geneviève
Le 7 juin 1940, l’aviation nazie pilonne de ses bombes la Commune de Sainte-Geneviève. Les avions sont venus par le nord, ils auraient participé à une opération, précédemment, sur Beauvais. Ce bombardement touchera les rues (noms actuels) du canton de Beaupréau, Maurice BLED, et du 7 Juin, jusque la Route nationale, ainsi que le haut de la rue de l’Eventail. Les raisons de ce fait ne sont pas connues. De nombreuses maisons sont touchées. Certaines sont complètement détruites. Le village est marqué. La reconstruction ne se fera qu’au début des années 1950.
Une maison détruite située à l’angle de la rue du Canton de Beaupréau et de la Rue des James. On peut reconnaître très clairement le calvaire qui situe le lieu.

Une maison du haut de la rue du Placeau (à l’angle de la Place de la Mairie) entièrement détruite.

Les victimes du bombardement: Anatole QUENNEHEN, le « bedeau », est tué par un éclat de bombe sur les marches de l’église d’où il est sorti, alerté par le bruit Adrienne LEMAIRE Régis LEBEL, un enfant resté chez lui est tué devant la boucherie laquelle est complètement détruite (HAINQUE jusque fin des années 1990, située Rue du Canton de Beaupréau à côté de l’actuelle Salle
polyvalente)

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Claude BINET, Roger PAUCHET, élèves, et Maurice BLED, instituteur, sont tués alors qu’ils se sont réfugiés dans une tranchée. Les frères Michel et Jean-Jacques DECAGNY et Daniel HENRY seront blessés. (Ces faits seront repris de façon plus approfondie dans la suite de ce livret).

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Trois témoignages :
Ils avaient une dizaine d’années, parfois moins, ils ont connu Maurice et/ou Olga BLED, ont été de ses élèves, ont vécu ou non le bombardement. Ils étaient à Sainte-Geneviève. 70 ans après, ils s’expriment et parlent de leurs souvenirs. Témoignage de Claudette THOMASSIN – HAMET, née le 21 mars 1934, à Sainte-Geneviève
Lors d’une rencontre de près de 2 heures, le 17 avril 2010, , Claudette évoque ses souvenirs. Certains convergent avec les informations que nous détenons, d’autres diffèrent, d’autres sont nouvelles. Toutes sont importantes car elles expriment son ressenti. En voici l’essentiel. Elle transmettra, par ailleurs, deux photos de maisons détruites par le bombardement. Deux bombes sont tombées sur la maison THOMASSIN, à l’angle de la rue des James. Le père de Claudette THOMASSIN avait creusé une tranchée dans le chemin en face la maison (actuelle impasse du Château), afin de s’y cacher en cas de menace d’avions. Le frère et la sœur de Claudette, Hervé et Raymonde, se sont protégés en se plaçant dans l’arrondi de la maison ODOUL, sa mère n’a pas eu le temps de sortir de la maison qui fut complètement détruite. Elle sortit indemme. Malgré les deux bombes lâchées et la maison complètement détruite, à cet endroit, il n’y eut pas de victime. La famille THOMASSIN fut hébergée dans une maison en face de la sienne. Claudette pense que ce sont des Italiens qui ont bombardé la Commune. Elle ne connaît pas de cause à ce bombardement mais évoque la présence de troupes, notamment les Tunisiens. Elle parle également du Château DE BERGHE que les occupants allemands ont commencé à saccager. Elle a plus connu Olga BLED que Maurice. Une cantine avait été organisée par la Mairie, « on payait à la Mairie » dit-elle. Les filles étaient réquisitionnées pour éplucher les légumes et participer à la préparation des repas. Mais elle a peu de souvenirs précis sur l’activité sociale d’Olga. Elle ne se souvient pas de sa déportation mais se souvient de son emprisonnement à Beauvais. Elle parle des maisons qui ont été détruites et dont la reconstruction n’aura lieu qu’au début des années 1950. Certains habitants seront fortement déçus de la reconstruction. Elle énumère les différentes victimes et cite le commis du boucher (nommé DUBOIS, dont on n’a pas mémoire, par ailleurs) qui fut amputé d’un bras.

Témoignage de Jean-Jacques MARCHAIS, né le 15 novembre 1927, après avoir quitté Sainte-Geneviève au début de l’occupation, en 1941-42, tout en gardant un lien avec la commune, il y est revenu définitivement à la fin des années 1980.
Au début de l’été 1940, des soldats sénégalais stationnaient à Sainte Geneviève ; avant de s’en aller se battre en Belgique, ils avaient creusé une tranchée abris derrière l’église ; les nouvelles de combats difficiles amenèrent la municipalité à creuser également une tranchée abri dans un jardin proche, pour notre école ; les exercices d’alerte étaient l’occasion de chahuts. Nous n’avions pas conscience des dangers à venir possibles, pas plus que du risque d’un bombardement. Rapidement les premiers militaires en déroute apparurent par la route nationale, fuyant à pied ; certains avaient les pieds enveloppés de chiffons, un fusil et un bâton leur servant de cannes; des éléments de toutes les armes stationnaient sur la place de la mairie, un officier cherchant à les regrouper, vainement, sans arme, ils n’avaient plus aucun moral. -4-

Témoignage Michel DECAGNY, né le 14 mai 1934, il habite à Clermont de l’Oise – son frère JeanJacques, demeure à Ponchon et est son aîné de 22 mois
Michel DECAGNY était dans la tranchée lors du bombardement Michel est resté 27 jours dans le coma – puis 3 ans d’hôpital. Il ne se souvient pas des périodes antérieures – sa mère, en revanche, lui a souvent raconté les circonstances de l’attaque. Michel se souvient des denières paroles de Monsieur BLED « les enfants restez calmes – vous êtes tous là ». Michel DECAGNY a ramassé le béret de Maurice BLED – celui-ci contenait une partie du crâne. Après son séjour à l’hôpital – Michel se souvient de l’obligation d’aider sa famille – notamment pour la garde des chevaux – les chevaux étaient réquisionnés – il fallait les cacher. Michel conduisait le corbillard dans la rue MONTE A REGRET – au coin de celle-ci se tenait la Kommandantur. Il se souvient qu’il allait chercher du sucre à Bresles – on cachait les sacs sous du fumier – se nourrir était difficile pour beaucoup – lui-même bénéficiait de l’exploitation agricole de sa famille – Son grand père était boucher Certains n’avaient rien à manger

La présence des tirailleurs inspirent les enfants du village. A gauche : les frères DECAGNY déguisés A droite : Daniel HENRY entouré de deux tirailleurs

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Maurice et Olga Olga Bled Bled, led, un couple militant:
Maurice BLED est né le 30 août 1900 à Argenteuil (Val d’Oise actuel). Son père y était tonnelier. Ses parents s’installent à Crèvecoeurle-Grand et gèrent la « Coopérative de Beauvais ». Il sortit Major de l’école normale de Beauvais. Saulchoix-Gallet (1922-23), à Roy-Boissy à Milly-sur-Thérain (1929-38).
(1923-29)

et

Maurice BLED n’était pas seulement instituteur à Sainte-Geneviève, il participait au Comité des Fêtes, il jouait du violon, il animait des représentations à la salle des fêtes de la Mairie et avait fondé une chorale. Dans le préau de l’école, il accueillait les jeunes qui jouaient au ping-pong. L’implication du couple Maurice et Olga BLED était importante dans le village. Son épouse était également secrétaire de Mairie. Elle organisa la restauration des élèves le midi. Certains amenant leurs gamelles pleines, d’autres se la voyant remplir par l’apport de ce que pouvait faire la famille BLED ou la commune. Olga se situait ainsi dans un certain accomplissement des idées sociales du couple. Maurice BLED était, par ailleurs, militant syndical, il fut fondateur du Syndicat des Membres de l’Enseignement Laïc dont il fut ensuite un secrétaire actif. Il eut des relations avec la militance communiste.

Maurice BLED (au centre) sorti « major » de l’Ecole normale de Beauvais

Il épouse Olga DELACROIX, née à Lalande en Son (Oise) le 6 avril 1901, avec qui il a trois enfants : Gabrielle, Mauricette et Jean. Il est nommé, en 1938, à Sainte-Geneviève en qualité de Directeur de l’Ecole des garçons puis maintenu comme « affecté spécial ». Précédemment, il avait occupé le poste d’instituteur à Fontainay-Torcy(1920-22), au
La carte d’alimentation de Maurice BLED, à noter qu’elle est datée de 10 jours avant le bombardement

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En 1939, l’ancienne usine LESIEUR, 96 Route Nationale, accueillait des « tirailleurs tunisiens », Maurice BLED leur donna des cours pour qu’ils

lisent et écrivent le Français. Une dizaine de ces tirailleurs suivait régulièrement ces cours.

Photo de classe de Maurice BLED (à droite sur la photo) à Roy-Boissy où il enseigne de 1923 à 1929, à gauche, Olga, sa femme.

Militant laïc, Maurice BLED jouait régulièrement aux échecs avec l’Abbé BELDIQUE avec qui il avait des discussions serrées. De véritables liens de sympathie s’étaient tissés entre les deux personnalités, l’abbé considérant l’instituteur comme un modèle. L’Abbé fut mobilisé en 1939, il mourut au combat le 26 mai 1940. Après la mort de Maurice, Olga continua à occuper la fonction de secrétaire de Mairie. Elle s’installa au Déluge, ayant dû quitter le logement

de fonction attaché au poste de directeur d’Ecole dès la rentrée 1940. Olga fut dénoncée par un habitant « pour faits de résistance » et arrêtée le 20/11/1943 pour avoir attribué des cartes d’alimentation aux maquisards donc à la résistance. Elle fut ensuite déportée à Ravensbrück où elle passa vingt mois. Elle fut rapatriée en mai 1945 et ne dut, sans doute, de sauver sa vie qu’à la fin proche du conflit international.

La mort de Maurice BLED, le 7 juin 1940 :
Ce jour là, Olga BLED s’occupe de la section des « petits », l’adjointe étant absente. Maurice BLED décide de passer l’après-midi dans le petit bois situé derrière l’école (l’actuel presbytère). Des soldats y avaient creusé des tranchées restées ouvertes et installé des abris. Les alertes sont fréquentes. Maurice BLED a fait répéter ses élèves : chacun connaît sa place en cas d’alerte. Vers 15h, les avions arrivent du nord de la commune. Ils survolent la rue du Canton de Beaupréau et lâchent leurs bombes de la rue des James à la Route Nationale. L’instituteur crie aux enfants « Les enfants restez calmes-vous êtes tous là ? » Les élèves s’y précipitent mais les bombes explosent en touchant la cime des arbres et leurs éclats s’abattent. Claude BINET et Roger PAUCHET, deux élèves, sont tués sur le coup, Maurice BLED qui s’est couché sur -7certains des enfants pour les protéger est touché. Il succombe quelques instants plus tard. D’autres enfants, sur place, sont blessés.

Une lettre d’Olga à sa mère, datée du 27/07/1940, soit un peu plus de 6 semaines après le bombardement et la mort de Maurice BLED, montre comment après le drame, elle fut abandonnée et combien elle eut de difficultés.

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Copie de la fiche de déportée politique de Olga BLED

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La résistance sur SainteSainte-Geneviève et ses environs :
Pour aborder la résistance locale, il faut apprécier plusieurs points. Tout d’abord, le Canton de Noailles est déjà traversé par la route nationale 1, qui est un point stratégique, et sur laquelle Sainte-Geneviève est un lieu important. Elle est la voie de liaison entre la capitale et le chef lieu de département. Ensuite, avant 1940, le Canton de Noailles est un canton ouvrier comme ses voisins de Méru et Mouy. La gauche y est fortement implantée. Le Parti radical socialiste, en particulier à Sainte-Geneviève, la SFIO et surtout le Parti Communiste à Hermes, l’instituteur Maurice BLED et le responsable des Jeunesses communistes sont installés sur Sainte-Geneviève. De plus, les forces nazies sont très présentes sur le canton : le tunnel de GOERING au Coudray-sur-Thelle, le château de Merlemont à WARLUIS et aussi celui de MOUCHY LE CHATEL. Il existe dans le canton deux principaux mouvements agissant au niveau départemental : le FN (fondé par le Parti Communiste) et l’OCM (fondé par deux instituteurs de Creil, Rolande DELNEF et Marcel SAILLY, ce mouvement est bien installé en Préfecture). Ils recrutent essentiellement parmi les milieux enseignants mais leur représentation est bien plus large, c’est ainsi que Michel LUCAS, employé, les représente à Cauvigny, Fernand RUELLE, artisan, à Hermes, Louis CARLIER et André LENAIN, directeur du gaz à Noailles, et René SERRES, thermométriste à Sainte-Geneviève. A partir de 1944, le Canton de Noailles est un des centres de la résistance clandestine communiste. René IMBERT alias « GASTON », industriel de Cauvigny est le responsable du PC de l’Oise, Michel LEGRAND et Louis MILLERY, autres responsables, résident dans le secteur. L’OCM est représentée par les frères Marcel et Camille ANNOEPEL et par Arnaud BISSON (Noailles). Les principaux actes de résistances connus sur le Canton : - Incendie de meules à Sainte-Geneviève en Septembre et Novembre 1943 - Sabotage des voies ferrées à Hermes en juillet 1943 - Les lignes téléphoniques en gare de Hermes en juin 1944 - Attaques de Mairie pour dérober des tickets d’alimentation ou cachets : Silly Tillard en juillet 1943 et janvier 1944 Le Déluge en juillet 1943 Cauvigny en mars 1944 - Attaques contre des collaborateurs ou personnes accusés de se livrer au marché noir : Exécution d’un commerçant à Cauvigny en avril 1944 Exécution d’un couple qui « professait les mêmes idées que le Maréchal » le 14 août 1944 - Attaques contre les troupes d’occupation - Le 20 juin 1944, attentat contre un motocycliste allemand, à Sainte-Geneviève, en représailles : 14 hommes sont arrêtés transférés à Agel puis à Paris, trois sont domiciliés à Sainte-Geneviève : FLOUZAT, BERSON, LECONTE
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- Le 11 août 1944, à 15h, à Noailles un militaire allemand est abattu sur le chemin qui relie le CD 44 au Château de Parisis Fontaine. Une formation allemande cerne les bois, Alexandre PERROTE est abattu. - Le 13 août 1944, 300 à 400 allemands cernent la commune de Noailles vers 3h du matin, chez BERTRAND, rue de Bonvillers, un important dirigeant de la résistance communiste est tué, un autre le sera après avoir été incarcéré au château de Parisis Fontaine. - Attaque d’une voiture allemande : deux officiers allemands sont tués par le maquis de Château Rouge - Ces opérations conduisent à aborder la répression dans le Canton de Noailles : - 9 août 1944 : Commandos SAS exécutés dans le bois de Parisis Fontaine à Noailles - Répression d’otages à Sainte-Geneviève et Noailles - Le 25 juillet 1944, les allemands déposent les cadavres de Vladimir RIGOTTI et Bruno GAMBA devant la Mairie de Noailles, tués lors d’un sabotage dans le bois de l’épine à Warluis - Le 27 août 1944, parmi les 20 fusillés de Château Rouge, 8 sont des résistants

Informations issues de la conférence animées à Sainte-Geneviève, le 3 juin 2004, par Jean-Pierre BESSE, historien

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Ce cahier a été réalisé par le Comité mémoire constitué par la Maison des Associations Génovéfines (MAG) :

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Ont participé à sa réalisation Gérard CHATIN Jean-François CHEVALIER Roselyne LEGRAND Jean-Jacques MARCHAIS Marie-Hélène PERSYN En relation avec Anne HOECKE-BLED et Marie-Noëlle BLAIN, petites filles de Olga et Maurice BLED

Le texte « Maurice et Olga BLED » est très largement inspiré d’un écrit de l’Abbé Pierre BONNIER paru dans l’Echo Génovéfain dans le début des années 1990 Les photos du bombardement de la page ont été procurées par Claudette HAMET, née THOMASSIN Les pages sur la résistance dans le Canton de Noailles avaient été produites, en 2004, par Gilbert LEGRAND pour le site internet du Centre Yves MONTAND

Le Comité mémoire remercie toutes celles et tous ceux qui ont apporté des éléments pour réaliser ce document. Il souhaite poursuivre les travaux sur ce sujet et envisage la publication d’un ouvrage. La contribution de chacun sera la bienvenue.

Contact : Tél : 03 44 08 66 63 Courriel : magste-genevieve@hotmail.fr

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