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AVRIL 2005 SUPPLÉMENT DNV N° 169

Dijon

Donnons un avenir
à notre histoire
Rénovation
de

des tombeaux
beaux-arts

des ducs
Muséedes

Entrée gratuite au musée des beaux-arts


et dans tous les musées de la ville
Repères chronologiques

1385 Philippe le Hardi, duc de Bourgogne depuis 1363, fonde la


chartreuse de Champmol, aux portes de Dijon, pour y abriter
son tombeau
Ludovic Charron

1384-1410 Réalisation du tombeau de Philippe le Hardi par


Jean de Marville, puis Claus Sluter et enfin Claus de Werve
et leurs ateliers
1404 Mort de Philippe le Hardi
Autour de la restauration
Dijon propose de marquer 1410 Installation du tombeau de Philippe le Hardi dans le chœur de
symboliquement la restitution la chartreuse de Champmol
au public de ces chefs-d’œuvre. 1419 Mort de Jean sans peur
1443-1470 Réalisation du tombeau de Jean sans peur et Marguerite de
Le samedi 30 avril
Accès exceptionnel aux tombeaux par Bavière par Jean de La Huerta puis Antoine Le Moiturier et
la cour d’honneur (salle des Armes) leurs ateliers
> 10 h – 12 h, un guide-conférencier se 1470 Installation du tombeau dans le chœur de la chartreuse
tient à votre disposition salle des de Champmol
tombeaux pour vous accompagner dans
1477 Mort de Charles le Téméraire et retour du duché de
la visite.
> 10 h – 19 h, accès exceptionnel à la Bourgogne au royaume de France
tribune de la salle des gardes pour une 1790 Suppression de la chartreuse de Champmol et départ des
vue unique sur les tombeaux. chartreux
> 14 h – 19 h, visites guidées gratuites, 1791 Vente du domaine à Emmanuel Crétet
départ toutes les 30 minutes de la salle
des armes. 1792 Transfert des tombeaux à la cathédrale Saint-Bénigne
> 19 h, visite en musique avec des élèves 1793 Destruction des gisants. Les autres sculptures, les pleurants
du Cnr de Dijon et les arcatures sont entreposés au palais abbatial de
> 15 h et 17 h, conférence publique Saint-Bénigne.
par Françoise Baron, Sophie Jugie et
1799 70 pleurants sont présentés au musée qui vient d'ouvrir
Benoît Lafay aux Cuisines ducales
> Fermeture exceptionnelle à 20 h.
au public
1819-1827 Restauration des tombeaux par l’architecte Claude Saint-Père,
Le mercredi 4 mai assisté du sculpteur ornemaniste Louis Marion et du statuaire
Visites en famille accessibles aux enfants Joseph Moreau. Les tombeaux sont remontés dans la salle des
à 14 h, 15 h et 16 h Gardes du musée des beaux-arts
Le vendredi 6 mai
1862 Classement des deux tombeaux au titre des Monuments
Atelier promenade pour adultes et historiques
adolescents à 14 h 30 1945 Remise en place de trois pleurants déposés par le musée du
Louvre, le musée de Cluny – Paris, actuel musée national
Le samedi 7 mai du Moyen Âge – et un donné par le collectionneur
Visites adultes à 14 h et 16 h
Percy Moore Turner
Toutes ces manifestations sont gratuites 1958 Mise en place des moulages des quatre pleurants conservés au
et ouvertes à tous. musée de Cleveland
Réservation vivement conseillée 2003-2005 Restauration successive du tombeau de Philippe le Hardi et de
au 03 80 74 52 09 celui de Jean sans peur

Musée des beaux-arts


Palais des États de Bourgogne
de 10 h à 17 h sauf le mardi
Tél. : 03 80 74 52 09 En couverture : photo Maud Grandjean - Dos de couverture : photo François Jay - © musée des beaux-arts de Dijon

PAGE 2 Les tombeaux des ducs après leur restauration supplément DNV 169
Donnons un avenir
à notre histoire

D ijon a entrepris de longue date la mise en valeur de son riche


patrimoine, niché au cœur de l’Europe et porteur du témoignage
d’une histoire, à bien des égards, exceptionnelle. Le rayonnement culturel de
la capitale des ducs autour de 1400 est au nombre de ces temps forts qui ont
laissé une empreinte durable sur la ville.
La restauration des Tombeaux de Philippe le Hardi et de Jean sans peur, après
celle du Puits de Moïse permet de mieux mesurer l’influence qu’ils y exercèrent
notamment dans le domaine des Arts et de la Culture, transformant leur ville,
par-delà leur règne, en une capitale européenne avant l’heure.
Cette restauration qui fait la fierté des Dijonnais a été
conduite par la ville en collaboration étroite avec les services
de l’État et le concours financier de la Fondation Getty que
je tiens à remercier chaleureusement. Une restauration qui
s’imposait pour redonner leur apparat d’origine à ces
œuvres magistrales.
Dijon, son musée des beaux-arts dont la complète
restauration a été engagée par la municipalité – leur sont
redevables d’une part appréciable de leur renommée
Ludovic Charron

internationale. On vient du monde entier à Dijon pour


admirer ces monuments funéraires parmi les plus
remarquables du Moyen Âge.
J’ai tenu, vous le savez, l’an passé, à restituer ce patrimoine à tous les
Dijonnais en rendant l’accès gratuit aux collections permanentes de nos cinq
musées municipaux. Le patrimoine pour rester vivant doit en effet
« parler » aux habitants de la ville qui l’abrite. C’est la condition de son
entretien sur la base d’une compréhension partagée de son intérêt.
Offrez-vous une visite à la salle des tombeaux et au musée, même si vous les
connaissez, amenez-y vos enfants, vos amis, vos hôtes. Vous serez surpris,
comme je l’ai été moi-même, par la qualité du travail de restauration effectué
et la vision nouvelle qu’elle autorise. Ce supplément de Dijon notre ville vous
en donne un avant-goût.

François Rebsamen
Maire de Dijon
Président de la communauté d’agglomération

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Les tombeaux des ducs
de Bourgogne

L
e tombeau de Philippe le Hardi
commandé dès 1381, réalisé sous
les directions successives des
« imagiers » (sculpteurs) Jean de
Marville, Claus Sluter et Claus
de Werve, est mis en place à la
chartreuse de Champmol en 1410 .
Celui de Jean sans peur, qui avait
exprimé sa volonté de se faire
construire un tombeau sur le modèle de
celui de son père, est réalisé entre 1443
et 1470 par Jean de La Huerta puis
Antoine Le Moiturier (fig. 1).

1. Gravure de Née d’après Lallemand,


L’intérieur de l’église de Champmol, vers 1780. Dijon,
musée des beaux-arts.

2. Joannès Lesage
Tombeau de Philippe le Hardi, face 2
Plume, lavis d'encre de Chine et gouache sur papier
Dimensions : H. : 42,5 cm – L. : 58 cm
Photo : François Jay
© musée des beaux-arts de Dijon

Les tombeaux des ducs de Bourgogne, en particulier celui Les anges reçoivent une importance nouvelle, agenouillés
de Philippe le Hardi, comptent parmi les monuments sur la dalle, ils veillent au chevet du duc, à la fois affligés
funéraires les plus remarquables du Moyen Âge. Ils et sereins. Le gisant n'est plus une statue verticale
renouvellent la composition traditionnelle du tombeau couchée, mais réellement un corps allongé, ce que
depuis le milieu du XIIIe siècle avec un gisant et un cortège confirme le système des plis de son manteau, étalés autour
de pleurants. Au soubassement, les pleurants ne sont plus de lui. Mais tout aussi hors du commun sont la
isolés, en demi-relief, dans leur arcature, mais semblent monumentalité du tombeau, qui place l'image du prince
glisser dans les galeries d'un cloître. Tous expriment leur presque hors d'atteinte du regard et sa somptuosité :
douleur par leur expression, un geste vers un voisin ou par préciosité du marbre et de l’albâtre, raffinement de la
l'éloquence de leurs drapés. polychromie, vibration de l’or.

PAGE 4 Les tombeaux des ducs après leur restauration supplément DNV 169
Création, destruction,
première restauration (1381-1827)

1791-1799 :
Destruction
Les deux monuments restent dans le
chœur de l'église de la chartreuse de
Champmol jusqu'à la Révolution. Lors de
la vente de la chartreuse comme bien
national, les tombeaux sont très soigneu-
sement remontés dans l’ancienne église
abbatiale de Saint-Bénigne, devenue
cathédrale. Mais dès l'année suivante, on
décide de détruire « les monuments des
despotes ». Les gisants des ducs et de la
duchesse sont détruits, les autres parties
sont démontées et entreposées dans
l’ancien palais abbatial de Saint-Bénigne.
Un certain nombre d'éléments disparais-
sent alors, dont des fragments d'architec-
ture et une dizaine de pleurants, que l'on
retrouvera ensuite chez des collection-
neurs.
statuaire et par le sculpteur ornemaniste une image très suggestive de la poly-
1819-1827 : Louis Marion pour l'architecture. Les chromie d'origine.
Restauration premiers restaurateurs n'ont pas disposé Les deux tombeaux sont remontés dans la
En 1819, l'architecte Claude Saint-Père de tous les documents figurés que l'on a salle des Gardes du palais des ducs,
prend l’initiative de restaurer les repérés depuis (fig. 2 et 3), aussi la rattachée depuis quelques années au
tombeaux. Avec l’aide de Févret de Saint- reconstitution des gisants n'est pas tout à musée des beaux-arts. La nouvelle pré-
Mémin, conservateur du musée de Dijon, fait exacte. En revanche, le travail sur les sentation est inaugurée en 1827 (fig. 3).
il regroupe les pièces conservées dans les arcatures – arcade décorative – est si Elle marque immédiatement les esprits,
dépôts et recherche les fragments qui soigné qu’on ne distingue pas la à une époque où l'on commence à redé-
étaient passés en mains privées. Les différence à l’œil nu. Les rehauts couvrir le Moyen Âge.
parties manquantes sont complétées par modernes de peinture et de dorure,
le sculpteur Joseph Moreau pour la parfois sur des traces anciennes, donnent

3. En haut, Auguste Mathieu


La Salle des Gardes au Musée de Dijon, en 1847
Huile sur toile
Dimensions : H. : 96 cm - L. : 115 cm
Photo : François Jay
© musée des beaux-arts de Dijon

4. Lesage muet
Tombeau de Jean sans Peur, face 2
Plume, lavis d'encre de Chine et aquarelle sur papier
Dimensions : H. : 42 cm – L. : 55 cm
Photo : François Jay
© musée des beaux-arts de Dijon

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Aux sources du projet
de restauration
Des interventions ponctuelles ont été menées sur le
tombeau de Jean sans peur par Benoît Coignard
en 1996 puis sur celui de Philippe le Hardi par
Jean Délivré en 1999, pour reprendre la fixation des
pleurants et recoller des fragments détachés. Il est
alors apparu que l'encrassement général des tombeaux,
ainsi que certains défauts, en perturbaient la vision.

L 'entreprise pouvait s'appuyer sur


une recherche menée par
Françoise Baron, conservatrice au
département des sculptures du musée du
Louvre et Sophie Jugie, conservatrice au
musée des beaux-arts. À l'occasion de
l’apparition dans le commerce de l’art
parisien d’un dais original du tombeau de
Philippe le Hardi, en 1990, acquis depuis
par le musée, une recherche a été menée
dans les sources historiques pour préciser
l'histoire de la destruction des tombeaux à
la Révolution et leur restauration au XIXe
siècle.
Une étude préalable à la restauration des
tombeaux a été réalisée en 2001-2002 par tombeaux ont été identifiés, les repères de Ensuite, il est apparu que le gisant de
le restaurateur Benoît Lafay. Elle a été suivie taille et de montage, ainsi que les traces Philippe le Hardi restitué par les restaura-
étape par étape par la conservation du de scellement d'origine au plomb. La poly- teurs du XIXe siècle était trop grand de
musée appuyée par un comité scientifique. chromie a fait l'objet d'analyses scienti- près de 40 cm. L'effet du gisant d'origine
Elle a permis de mener un examen très fiques, révélant parfois, sous les repeints et de ses anges, disposant de plus
approfondi des deux tombeaux, en du XIXe siècles, les couleurs d'origine. d'espace sur leur dalle de marbre noir,
confrontant les observations aux informa- Cette nouvelle approche a permis de faire devait donc être beaucoup plus
tions recueillies dans les sources histo- deux découvertes, les arcatures du harmonieux par rapport au soubassement.
riques. Elle a permis de déterminer, à tombeau de Philippe le Hardi étaient en Un relevé précis de l'état de conservation
chaque fois que cela était possible, les marbre. Comme elles ont été restaurées des différentes parties a enfin été mené.
éléments d’origine et ceux qui ont été en albâtre, il est possible d'établir la car- La restauration – nettoyage et petites
refaits. Tous les matériaux constituant les tographie précise des parties originales. réparations – pouvait alors commencer.

Jean de Marville, Claus Sluter et Claus de Werve Tombeau de Philippe le Hardi


Albâtre doré et polychromé ; soubassement et dalle de marbre noir de Dinant
Dimensions du tombeau : H. : 243 cm – L. : 360 – Pr. : 254
Photo : François Jay © musée des beaux-arts de Dijon

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Histoire d’une rénovation (2002-2005)

La restauration D'autre part, une vérification systématique la création du XVe siècle que les restaura-
et parfois une reprise des collages ou des teurs du XIXe siècle ont si bien comprise.
La restauration du XIXe siècle, désormais
rebouchages anciens a été menée, tant sur
mieux connue, peut être maintenant
les gisants et les pleurants que sur les ar-
pleinement appréciée. Elle constitue une
catures, afin de rendre les accidents moins
Les restaurateurs
restitution d'une fidélité tout à fait remar-
quable à l'aspect d'origine des
visibles. Les pleurants, parfois mal restau- et le financement
rés par le passé, ont particulièrement pro- L'étude préalable a été menée par Benoît
monuments. Il n'y avait donc pas lieu de
fité de cette opération. Les petits fragments Lafay, assisté pour l'étude de polychromie
« dérestaurer » les tombeaux.
Pour autant, un bon nettoyage s'imposait.
Les deux tombeaux se trouvaient dans un
état d'encrassement avancé. Ils étaient
recouverts d'un voile grisâtre, en particu-
lier les sculptures des parties supérieures.
Les valeurs de volumes et de couleurs
étaient altérées par cette saleté généra-
lisée : le blanc du marbre et de l'albâtre
était devenu gris, les rehauts de couleurs
et de dorure avaient perdu leur éclat. De
petits amas de poussière se voyaient dans
les dais et dans toutes les parties inacces-
sibles au ménage habituel.
Le nettoyage a été opéré avec les
procédés appropriés, nettoyage à sec
avec des pinceaux brosses, pour un
premier dépoussiérage ; nettoyage avec
une solution de savon légèrement
basique ; sur le marbre et l’albâtre,
d'architecture qui avaient pu se détacher par Dominique Faunières. La restauration
passage à la vapeur pour éliminer les
au cours des années ont tous été remis en a été menée par Benoît Lafay, assisté de
empoussièrements dans les zones peu
place. Ce nettoyage mené avec des procé- Irènes Antoine, Isabel Bedos, Nathalie
accessibles ; sur les parties polychromes
dés simples, avec beaucoup de patience, Bruhière, Isabelle Maquaire, Amélie
enfin, complément de nettoyage avec de
donne un résultat spectaculaire. Il nous Méthivier, Violaine Pillard et de Stéphane
la terre de diatomée.
permet de mieux percevoir la splendeur de Crevat, Bruno Perdu et Jean-François
Salles.
Le budget total de l’opération est de
237 236 € TTC dont 91 254 € pour la
restauration du tombeau de Philippe le
Hardi et 124 742 € pour celui de Jean
1. Photo : Maud Grandjean
sans peur. La restauration des tombeaux a
été soutenue par la Fondation Getty de Los
2. Tombeau de Philippe le Hardi, Angeles à hauteur de 100 000 € et sub-
Dimensions des pleurants :
H. : 39 à 41 cm ventionnée par la Direction régionale des
Photo : François Jay affaires culturelles de Bourgogne
© musée des beaux-arts de Dijon

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Dijon au temps
des ducs
Dijon, capitale des ducs de Bourgogne...
Le panneau se dresse fièrement à l'entrée de la ville !
C'est au temps des ducs, les Capétiens (1016-1361),
mais surtout les Valois (1364-1477) que Dijon
a pris son essor.

D
ijon est réellement la capitale de brillants foyers artistiques des années
Philippe le Hardi (règne de 1364 1400.
à 1404) et de ses successeurs, Pour ses séjours à Dijon, Philippe le Hardi
Jean sans peur (1404-1419), Philippe le a naturellement réutilisé l’hôtel des ducs
Bon (1419-1467) et Charles le Téméraire capétiens. Le palais des ducs, qui abrite
(1467-1477), même si les ducs, menant maintenant l'hôtel de ville et le musée des
une vie itinérante comme les princes de beaux-arts, est toujours le coeur vivant du
leur temps, parcourant leur duché, attirés centre-ville. Derrière ses façades clas-
par Paris et de plus en plus par les riches siques, le palais médiéval est toujours bien
villes de leurs états des Pays-Bas, n'y présent. Il ne reste du palais de Philippe le
résident pas en permanence. Hardi que la tour neuve, appelée depuis
C’est à Dijon que l’on devient duc de tour de Bar. Philippe le Bon édifia les
Bourgogne. Lorsque Philippe le Hardi Cuisines ducales vers 1430 puis l'impo-
reçoit le duché de Bourgogne, en 1364, il sant Logis ducal vers 1450 avec sa tour.
prête serment à Saint-Bénigne. En 1397, Philippe le Bon reprend aussi l'édification
il remet à l’abbé de Saint-Bénigne un de la chapelle du palais, la Sainte-
anneau orné d’un rubis qui devait être Chapelle – fondée par le duc Hugues III en
passé au doigt des futurs ducs en signe 1172 et encore inachevée –, reçoit une
d’alliance. C’est à Dijon, au palais, que précieuse relique, la Sainte-Hostie et
naissent ses trois successeurs. devient le siège de l'Ordre de la Toison
1. Jules Hardouin Mansart
C'est à Dijon, à la chartreuse que Philippe d'Or qu'il fonde en 1430.
La Sainte-Chapelle du palais des ducs le Hardi a fondée en 1385 à Champmol
de Bourgogne pour y abriter son tombeau, qu’ils
(détail d'une vue du palais en 1688)
Paris,bibliothèque de la Sorbonne devront être enterrés.
Cliché DR Toujours en place sur le site de la
chartreuse, devenu centre hospitalier
2. Claus Sluter spécialisé, le Puits de Moïse, autrefois
Buste du Christ provenant
du Puits de Moïse. au centre du cloître des chartreux, le
Dijon, Musée archéologique portail de la chapelle, avec le duc et
la duchesse présentés à la Vierge
par leurs saints protecteurs, rappel-
lent que Philippe le Hardi sut attirer à
son service, parmi beaucoup d'artistes
talentueux, un des sculpteurs les plus
talentueux de la fin du Moyen Âge, Claus
Sluter et que sa ville fut l'un des plus

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Un rayonnement exceptionnel
qui a profondément marqué la ville

Dijon est la capitale administrative du partir de 1448 à l'initiative de riches bour-


duché. Le Trésor des chartes du duché geois dijonnais, avec la participation finan-
était conservé à Dijon, la Chambre du cière de Philippe le Bon.
conseil et la Chambre des comptes y ont Dijon, capitale en fête des ducs de
leur siège. C’est à partir de ces institutions Bourgogne !
que la ville prit sa physionomie de capitale
administrative et judiciaire, qu'elle a
toujours aujourd'hui. En faisant installer en
haut de la façade de l’église Notre-Dame
de Dijon le Jacquemart saisi à Courtrai
après la bataille de Roosebeke en 1382,
Philippe le Hardi manifestait sa confiance
aux Dijonnais.
La présence de la cour et des artistes au
service du duc joua un rôle dans son
développement économique. En témoi-
gnent encore, au cœur de la ville, nombre
de maisons médiévales à pans de bois ou
en pierre. L'église Saint-Jean, maintenant
le théâtre Dijon-Bourgogne, fut édifiée à

Il faut flâner dans les rues de Dijon en pensant aux objets précieux et des bijoux au roi, aux princes de son
joyeuses entrées des ducs ou à la réception que Philippe le entourage, aux nobles des cours de France et des deux
Hardi donna à son neveu Charles VI, en février 1390. Les Bourgogne. Un grand banquet se tint dans le palais ducal
préparatifs commencèrent plus d’un mois à l’avance. Les somptueusement décoré. Pendant trois jours, des tournois
rues de Dijon furent nettoyées et décorées. Philippe et son eurent lieu dans les jardins de l’abbaye Saint-Étienne, sans
fils vinrent à la rencontre du roi à Tournus et les deux cours, oublier des réjouissances pour la population de la ville.
unies en un seul cortège, firent leur entrée à Dijon le Philippe fit visiter au roi le chantier alors en cours de la
dimanche 13 février. Une grande tente avait été dressée chartreuse de Champmol, avant de l’escorter sur la route
dans le jardin à l’arrière du palais ducal. La municipalité de Paris, du 17 au 20 février, jusqu’aux frontières de son
présenta six boeufs et cent moutons, Philippe offrit des duché.

3. La tour de Bar
Photo : Ludovic Charron

4. Jean de Marville et Claus Sluter


Portail de l'église de la chartreuse
de Champmol
Dijon, Centre hospitalier
© Inventaire général, A.D.A.G.P.

5. Les cuisines ducales


Photo : Philippe Bornier

supplément DNV 169 Les tombeaux des ducs après leur restauration PAGE 9
Le mécénat
gage de réussite

D
ans le cadre de la rénovation du don de l’impôt sur les sociétés, un parti- La contrepartie de ce soutien financier
musée des beaux-arts, l'appel au culier 60 % de son don de son impôt sur implique, outre la mention de la Fondation
mécénat par les entreprises et le revenu. Getty, la remise du compte-rendu de res-
les particuliers est indispensable. tauration pour la bibliothèque de l'Institut
C'est ainsi qu'une étude préalable à la Le mécénat au musée de conservation Getty.
restauration des deux grands retables de des beaux-arts
bois polychrome et doré qui proviennent
Le musée fait régulièrement appel au
de la chartreuse de Champmol vient d'être Les renseignements peuvent être
mécénat d'entreprise pour soutenir ses
menée. Un soutien financier sera particu- obtenus sur les sites Internet
expositions, ses acquisitions et ses res-
lièrement bienvenu pour une opération www.culture.gouv.fr
taurations. Dans ce domaine, plus de
qui, comme celle des tombeaux, s’an- et www.impots.gouv.fr
100 000 € ont été recueillis auprès de la
nonce longue, donc coûteuse, mais en ou auprès de la mission mécénat
BNP Côte-d’Or, de la Caisse d'Épargne de
même temps prestigieuse car elle du ministère de la Culture
Bourgogne, de la Fondation Carnot, de la
concerne des œuvres parmi les plus Fax . : 01 40 15 77 07
Fondation BMW et de Nippon Television
célèbres du musée. mission-mecenat@culture.gouv.fr
Network Europe.
Mais bien d'autres chantiers sont à mener,
particulièrement sur la collection médié-
vale et Renaissance, qui doit faire l'objet La Fondation Getty
de la première tranche de rénovation du pour les tombeaux
musée. La restauration des tombeaux des ducs de
Les dispositions de la loi du 1er août 2003, Bourgogne a bénéficié du mécénat de la
relatives au mécénat, aux associations et Fondation Getty de Los Angeles, qui déve-
aux fondations, ouvrent désormais des loppe un programme de soutien à d'im-
dispositifs attractifs pour les donateurs. portants projets de restauration ou de
Une entreprise peut ainsi déduire 60 % du conservation partout dans le monde. Jacques de Baerze
Retable de la Crucifixion, 1391 - 1399
Bois doré et polychromé
Dimensions : H. : 167 cm - L. : 252 cm
L. des volets : 125 cm
Photo : François Jay, lors de l’étude pour
la restauration
© Musée des Beaux-Arts de Dijon

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Rénovations restaurations

Dijon notre ville – La restauration des Actuellement, le cellier de Clairvaux subit


tombeaux est importante. Comment un profond remaniement par le dégage-
s’inscrit-elle dans la politique de sau- ment de ses fondations et la réouverture
vegarde du patrimoine ? des baies sur la ruelle du Suzon. Ce mou-
Jean-Pierre Gillot – La restauration des vement cistercien va prendre une nouvelle
Ludovic Charron

tombeaux de Philippe le Hardi et de Jean allure. À la fin de l’année 2005 les façades
sans peur ajoute maintenant un éclat sup- nord du palais des ducs seront nettoyées
plémentaire à cette merveilleuse salle des et enduites pour assurer l’étanchéité de la
Gardes qui sera ensuite entièrement chapelle des Élus qui sera entièrement
Jean-Pierre Gillot rénovée. Ces tombeaux précieux et rénovée. Ce regard sur les réalisations du
raffinés participent à une démarche patri- passé permet de les reconnaître comme
adjoint délégué
au patrimoine moniale au quotidien, à la mise au présent traduction de leur histoire politique et
du passé, question qui conditionne toute sociale. L’extrême diversité du patrimoine
approche du patrimoine et de la mémoire. local exprime le rapport étroit et solide de
L’ensemble du palais des ducs, devenu la société dijonnaise à son histoire et à sa
après 1477 palais des États, fait toujours mémoire.
l’objet de soins attentifs : après les travaux
spectaculaires sur le portique ouest Dnv – Et l’inscription au patrimoine
dominant la place de la Libération, c’est le mondial de l’Humanité dans ce
portique est qui sera dévoilé au mois de cadre…
juillet donnant ainsi le départ des transfor- J.-P. G. – La démarche de l’inscription de
mations du Mba installé dans le palais. Dijon et du vignoble des côtes de Nuits et
L’ensemble de la façade sud, avec cette de Beaune sur la Liste du patrimoine mon-
nouvelle patine retrouvée, met le dial de l’Humanité sous le patronage de
monument hors de l’oubli sans le faire l’Unesco, participe à l’histoire des usages
tomber dans la sacralisation patrimoniale. du passé autour de la vigne et du vin. Le
site de la côte, avec ses monuments,
Dnv – Quelles seront les réalisations existe dans le temps et dans l’espace ainsi
prochaines de la ville en faveur de son que dans un contexte culturel. Il a tissé des
patrimoine ? relations étroites avec le sol qui le porte,
J.-P. G. – Dans le cadre de la convention avec les villes et les villages, avec les pay-
de patrimoine signée entre la ville, l’État et sages humanisés et naturels dans lesquels
le département il s’agit bien sûr de il se situe pour devenir porteur d’un intérêt
conserver les traces du passé, de les valo- culturel, spirituel, historique et esthétique.
riser tout en gardant à l’esprit qu’il faut C’est la reconnaissance du regard de
construire la ville contemporaine, la ville l’Humanité vers un site d’une valeur ex-
d’aujourd’hui. L’ancienne église Ste-Anne, ceptionnelle qu’il s’agit maintenant de ga-
avec son tambour en pierre et son dôme gner avec l’adhésion la plus large possible
en cuivre, vient d’être restauré avec le de tous les acteurs attachés à cette terre
concours d’entreprises spécialisées. bourguignonne.

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