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École des hautes études en sciences de l'information et de la communication

Université de Paris-Sorbonne (Paris IV)

MASTER 1 - Option JOURNALISME -


Mention : Information et Communication
Spécialité et Option : Journalisme

"Le Zapping de Canal Plus : simple best of du PAF ou exercice éditorial ? "

Préparé sous la direction de Madame le Professeur Véronique Richard

Nom : PEZERAT
Prénom : Thibaut
Promotion : 2008 - 2010

Soutenu le :
Mention :
Note du mémoire : /20

1
Je remercie le Celsa et tout particulièrement Coline Ferro. Je remercie aussi Eric
Chataignon d'avoir accepté d'être mon rapporteur professionnel. Merci également
à Jean-François Guennoc pour ses conseils. Un grand merci enfin à Patrick
Menais pour sa disponibilité, à Colombe Schneck, ainsi qu’à Raphaël Garrigos.

2
Introduction.................................................................................................................................4
Le Zapping, de la genèse aux 20 ans, du programme au phénomène.........................................8
I/ Le succès et le phénomène Zapping....................................................................................8
Les tout débuts....................................................................................................................8
Des inspirations à l’étranger ?.............................................................................................9
Banalisation, diversification, exportation.........................................................................10
II/ Le programme de Canal Plus inspirateur du phénomène du même nom ?......................11
III/ Des zappings sur tous les écrans.....................................................................................12
Deuxième partie : Fabrication et construction du Zapping.......................................................14
I/ Le Zapping du soir : fabrication et rituel...........................................................................15
La fabrique du Zapping.....................................................................................................15
Le Zapping : une émission particulière de par son horaire et ses conditions de fabrication
...........................................................................................................................................16
B/ Les correspondances avec la revue de presse...................................................................18
III/ Le conducteur type du Zapping et les exemples tirés du corpus....................................20
L’ouverture quasi-constante sur des grands titres de l’actualité.......................................21
Long format, divertissement, humour généralement placés en deuxième partie de
Zapping.............................................................................................................................21
La fin du Zapping : sport, vulgarité, humour....................................................................22
Ouverture sur l’actualité....................................................................................................22
Deuxième partie du Zapping : long format, divertissement, humour...............................23
Fin du Zapping : sport , spectaculaire, vulgarité...............................................................23
Troisième partie : De l’influence du montage sur la perception des images............................24
I/Les effets de sens du montage............................................................................................25
1/ Un Zapping pour contredire..........................................................................................25
La méthode........................................................................................................................25
Les exemples et leur signification:....................................................................................25
2/ Un Zapping pour se moquer.........................................................................................26
La méthode........................................................................................................................26
Les exemples et leur signification.....................................................................................27
II/Une réflexion sur le métier de journaliste.........................................................................30
III/ Un programme engagé ?.................................................................................................32
Annexes :...................................................................................................................................36
Entretien avec Patrick Menais, responsable de la chronique :..............................................36
Entretien Raphaël Garrigos, Libération, spécialiste des médias...........................................42
Entretien avec Colombe Schneck, journaliste médias France Inter et iTélé :.......................43
Conducteurs des zappings étudiés.........................................................................................44
Résumé......................................................................................................................................57
Mots-clés:..................................................................................................................................58

3
Introduction

20 ans déjà. 20 ans que le Zapping de Canal Plus ponctue les soirées des
téléspectateurs français, soulignant le meilleur, mais aussi le pire de ce que l’on
appelle le PAF (Paysage Audiovisuel Français). Critiquée par Nicolas Sarkozy
comme étant un programme dont la construction et la sélection des images sont
1
très « politiques » (comprendre ici non-neutre et orienté, voire engagé), cette
émission longue de cinq minutes, de par sa longévité, l’heure et la chaîne à
laquelle elle est diffusée, possède une visibilité que peu d’entre elles peuvent se
vanter d’avoir.

Mais il est pourtant difficile de définir Le Zapping clairement, tant le programme


apparaît comme un objet hybride répondant à plusieurs logiques. En effet, cet

1
« Sarkozy et la télévision », L’Express, Juin 2008

4
assemblement d’images de toutes les chaînes (même les chaînes câblées), qui
n’ont parfois rien à voir entre elles, sans aucun commentaire pour les expliquer,
ne ressemble à aucun autre programme. Le Zapping ne produit pas
d’information, il les retransmet. Le Zapping ne créé pas d’images, il les reproduit
et les assemble. En cela, l’exercice est intéressant en tant qu’il n’est pas
proprement journalistique, mais qu’il donne justement à réfléchir sur cet exercice
là.

Difficile de trouver des ancêtres du Zapping, très facile en revanche de trouver


des programmes, à la télévision comme sur Internet, qui s’en inspirent.
Programmé à l’origine pendant une émission de Michel Denisot, puis très
longtemps entre les deux parties de Nulle Part Ailleurs et aujourd’hui du Grand
Journal , deux émissions phares de la chaîne, le Zapping est présenté sur le site
Internet de la chaîne (www.canalplus.fr) comme « le meilleur de toutes les
chaînes, tous les jours » 2. Il peut donc s’apparenter à ce qu’on appelle un « best
of ».

Voici ce qui est précisé sur le site de Canal Plus :

« Douze mois par an, l’équipe visionne une trentaine de chaînes pendant vingt
heures, soit environ cent trente heures de programmes décortiqués, disséqués,
juxtaposés et compilés pour cinq minutes détonantes. Un montage quotidien
d'images dures, drôles, graves ou légères, pour mieux comprendre les
événements et mettre en perspective leur traitement télévisuel. »3

Il est donc censé répondre à deux ambitions : Tout d’abord, il sélectionne pour le
téléspectateur ce que les zappeurs, ouvriers du Zapping, considèrent comme les
« meilleurs » moments de la journée télévisuelle passée. Aucun point sur la
méthode et les critères de sélection ne sont donnés sur le site Internet, mais
nous supposons que les images « hors du commun » (« dures, drôles, graves ou
légères « ) trouvent les faveurs de ceux-ci. Le Zapping propose également un
regard subjectif et en retrait, non seulement du traitement de l’actualité par les
2
http://www.canalplus.fr/c-infos-documentaires/pid1830-c-zapping.html
3
http://www.canalplus.fr/pid2235.htm

5
canaux d’information que sont les grandes chaînes hertziennes, les chaînes de la
TNT et du câble, mais aussi la télévision plus généralement, incluant ses
programmes de divertissement (les jeux télévisés en premier lieu).

La problématique de ce mémoire porte justement sur l’oscillation permanente


qu’opère le Zapping. Une oscillation entre une synthèse de l’actualité, présentée
par les journaux télévisés (JT) et les magazines d’information, comparable de
près ou de loin à l’exercice de la revue de presse (avec en supplément quelques
extraits d’émissions de divertissement), et la vision que porte une équipe de
professionnels des médias, sur le traitement de ces grands sujets d’actualité et
sur le PAF en général.

Alors, Le Zapping de Canal Plus est-il un simple « best of » du PAF ou un


véritable exercice éditorial?

Pour répondre à cette question, il faudra d’abord définir clairement les concepts
de zapping, de « best of », et de revue de presse.

Devant l’absence d’ouvrages scientifiques sur l’objet d’étude, devant la rareté


d’articles de presse consacrés au Zapping, il a fallu adopter une démarche
empirique. Afin d’appuyer notre analyse, nous avons regardé, enregistré, et
analysé deux semaines de Zapping. Nous avons choisi une période de l’année
durant laquelle aucun fait d’actualité majeur ne puisse « inonder » le programme
du début à la fin de la semaine.

Les semaines du 26 janvier et du 2 février 2009 ont pour cela été sélectionnées.
Les différents zappings étudiés étaient plutôt diversifiés4. En effet, pour mener à
bien l’analyse, certaines périodes de l’année ont été disqualifiées d’emblée. Celle
de l’investiture du nouveau président américain Barack Obama a par exemple été
écartée, étant donnée sa trop forte présence dans les différents zappings de la
semaine.

4
Voir en annexe les conducteurs des douze zappings étudiés

6
L’étude de ce corpus et les brèves recherches préliminaires nous ont amenés,
pour répondre à la problématique, à poser les hypothèses suivantes :

- Le Zapping de Canal Plus, est un programme qui vu sa longévité et sa


forte présence dans le PAF a donné naissance au nom commun, le
zapping.
- Le Zapping est un programme qui est comparable à la revue de presse
radiophonique, le divertissement en plus.
- Le Zapping de Canal Plus s’adresse au téléspectateur pour l’interpeller sur
les grands thèmes de l’actualité et le traitement de ces informations par
les journalistes.

Ces hypothèses seront traitées selon le plan suivant :

La première partie traitera du Zapping sur le plan historique : quand a-t-il été
créé ? Sur quelles bases ? Quel avenir pour le Zapping ? La seconde partie
analysera, sur la base du corpus précédemment cité et sur la base d’un entretien
avec Patrick Menais, rédacteur en chef du Zapping, la fabrication de ces cinq
minutes d’extraits et la composition de ce programme : Dans quel contexte
télévisuel le Zapping s’inscrit-il ? Quel dosage entre information et divertissement
est opéré ? Quelle hiérarchie de l’information ? La troisième partie s’attachera à
voir si un message est transmis au téléspectateur via le montage des images, sur
la base du corpus et d’entretiens menés avec des journalistes spécialistes des
médias.

7
Première partie :

Le Zapping, de la genèse aux 20 ans, du


programme au phénomène

I/ Le succès et le phénomène Zapping

Les tout débuts


Le Zapping fait son apparition en septembre 1989 sur l’antenne de Canal Plus,
dans le cadre de l’émission Demain de Michel Denisot. Pour les besoins d’une
chronique sur les meilleures audiences de la veille, les meilleurs moments des
émissions étaient rediffusés afin que les téléspectateurs qui n’avaient pu voir ces
images au moment de leur diffusion puissent le faire après coup, selon Patrick
Menais : « On est partis du principe que les gens, une fois sur deux au boulot,

8
discutent des programmes télévisés de la veille. Nous étions donc là pour
alimenter le manque d’image »

Sur le principal inspirateur de l’émission et de son concept, les théories


divergent. A Canal Plus, le nom de Michel Denisot est donné par Patrick Menais
et Alain de Greef. Patrick Menais le cite par exemple comme ayant donné son
« espace » au Zapping : « Denisot avait dit « on enregistrera les grands prime-
time de la veille, on passera des extraits de ces émissions pour alimenter un peu
le propos. »

Michel Denisot est donc considéré comme l’homme ayant permis au Zapping
d’exister. Il n’est pas pour autant cité comme l’homme ayant inventé le
programme.

Des inspirations à l’étranger ?


Patrick Menais estime que ce programme a été bâti par les zappeurs eux-mêmes,
ayant inventé de toute pièce la chronique : « Ce programme a été fait par les
gens qui ont travaillé dessus. Le programme a été esquissé avec les zappeurs
qui ont travaillé sur ce format là. »

Plusieurs articles de presse ne sont pourtant pas du même avis. Un article


espagnol publié sur le site internet de Cafebabel5 affirme qu’Alain de Greef, qui
en 1989 était directeur des programmes de Canal Plus, s’est inspiré d’une
émission italienne pour créer son Zapping (joint par téléphone, Alain de Greef
affirme ne même pas être à l’origine du programme…). Cette émission appelée
Blob nous présente une succession de séquences de la télévision italienne,
d’actualité ou d’archive, sans commentaire. Le correspondant en Italie de France
Inter Eric Valmir a justement publié un « post » sur son blog à propos de cette
émission. Elle est selon lui un peu comparable dans la forme au Zapping de
Canal Plus, mais elle va bien plus loin selon lui :

« Blob n’a pas d’équivalent dans le monde. Dans la forme, on peut le rapprocher
du zapping de Canal Plus en France. Mais là où le zapping se contente de
5
« Le Zapping : une émission qui s’exporte bien » Café Babel, 18 Novembre 2008
http://www.cafebabel.com/fre/article/27398/zapping-en-europe-emissions.html

9
reprendre en vrac ce qu’il faut retenir d’une journée sur la télévision française,
Blob préfère reprendre un ou deux thèmes de l’actualité du jour et les décliner
sans commentaire à travers les extraits classiques de journaux télévisés, mais
aussi images d’archives, documents amateurs, scènes de film ou pièces de
théâtre. »6

Le travail est en effet différent sur les deux programmes. Les zappeurs de Canal
Plus ne peuvent extraire d’images d’archives, à moins qu’elles aient été diffusées
la veille par une chaîne dans une autre émission. Si le journaliste de Radio
France critique notre Zapping national et qualifie Blob de « pépite audiovisuelle
unique au monde », il reconnaît tout de même des similarités formelles entre les
deux programmes.

Banalisation, diversification, exportation


C’est en 1990 que le Zapping de Canal Plus prend toute son ampleur. Il sera
diffusé chaque vendredi, sur une durée de 10 minutes, les images étant
sélectionnées par une équipe de trois personnes, dont Patrick Menais faisait déjà
partie à l’époque. En 1991, le Zapping devient quotidien. L’équipe s’agrandit, le
format rallonge (4 minutes environ). Depuis, le Zapping s’étend sur 5 minutes et
15 secondes environ.

En 1996, Canal Plus et Solidarité Sida ont l’idée d’organiser une soirée en
commun intitulée La nuit du Zapping. L’évènement, d’une durée de six heures
aura lieu dans une salle de concert. La première édition se tient au Bataclan, la
dernière à Bercy, en 2006. L’année du Zapping fait à chaque fois salle comble,
les bénéfices étant à chaque fois intégralement distribués à l’association
Solidarité Sida. Patrick Menais explique que certaines images sélectionnées au
cours de l’année sont mises de côté, c'est-à-dire qu’elles ne sont pas diffusées
pendant le Zapping quotidien, et qu’elles sont ensuite diffusées lors de la
Semaine du Zapping (le dimanche matin), ou lors de la Nuit du Zapping.

La réussite du programme n’aurait pas été si importante si il n’avait pas dépassé


les frontières françaises. C’est chose faite depuis plusieurs années déjà, et ce
6
« Fan di Blob », le blog de Eric Valmir, France-inter.com : http://radiofrance-blogs.com/eric-
valmir/2009/01/08/fan-di-blob/

10
dans plusieurs pays, parallèlement à l’exportation de la chaîne elle-même. En
effet, le Zapping français a été adopté, dans son principe comme dans son
habillage, dans plusieurs pays. En Allemagne, la chaîne Premiere a repris
l’émission, en la baptisant Premiere Zapping en 1993. Lapu Capu fait son
apparition sur Canal+ Pologne, et le Zapping est intégré au magazine Lo Mas
Plus de la chaîne Canal Plus Espana.

II/ Le programme de Canal Plus inspirateur du phénomène du


même nom ?

Le Zapping désigne aujourd’hui deux choses bien distinctes. D’abord, le


programme de Canal Plus, 130 heures de programmes télévisuels quotidiens
sélectionnés et condensés par ceux que l’on appelle les « zappeurs » et objet
d’étude de ce mémoire. Le zapping,désigne également un phénomène
sociologique, une pratique née de l’apparition de la télécommande, à savoir le
fait de changer rapidement et systématiquement de chaîne.

L’origine du mot « zapping » est trouble et plusieurs théories sont avancées. Il


semblerait que le mot « zap », qui figure dans la langue anglaise sous la forme
d’onomatopée (et qui peut être comparé au « paf » de la langue française), ait
été importé des comics (bande dessinées) américains. Philippe Vandel,
journaliste à Canal Plus, aurait selon lui inspiré les programmateurs de la chaîne
7
pour donner un nom à cette chronique. Selon le CNTRL (Centre National de
Ressources Textuelles et Lexicales, affilié au CNRS), le mot « zapper », vient du
mot argentin d’origine nord-américaine «zap », dérivé de l’onomatopée « zap »
qui signifierait « annuler, changer » ou encore « faire une action de manière très
rapide ». D’où la liaison avec le changement de chaîne très rapide. Le mot
« zapper » est selon le CNTRL apparu dans la langue française en 1986, date de
son apparition dans le dictionnaire Le Petit Robert.

Concernant le terme « zapping », l’académie française ne l’a pas encore intégré à


son dictionnaire, d’autant qu’elle le considère comme un anglicisme. C’est en fait
un faux anglicisme, puisque ce mot n’existe pas dans la langue anglaise.
L’Académie française ne compte apparemment pas l’intégrer dans son

7
http://www.cnrtl.fr/etymologie/zapper

11
dictionnaire, puisqu’elle le classe dans la catégorie « phénomène de mode » et
« terme anglais récent ».

Un livre consacré au phénomène, écrit en 1992 par Jean-Louis Chabrol et Pascal


Périn, définit dans les premières leur objet d’étude8. Ils citent de nombreux
ouvrages empruntant le mot « zapper » ou « zapping », parmi lesquels un livre
de Ségolène Royal intitulé Le Ras le bol des bébés zappeurs publié en 1989.
Même s’ils ne donnent pas de date précise concernant l’apparition du mot
zapping, ils font clairement référence à de nombreux ouvrages empruntant ce
terme.

Au vu de ces nombreux éléments nous pouvons supposer que le mot « zapping »


est apparu dans la première moitié des années 1980, qu’il s’est ensuite un peu
propagé avec l’apparition du phénomène du même nom. Il a ensuite été
largement popularisé par l’émission de Canal Plus. Contrairement à ce qui a été
supposé en introduction, le Zapping de Canal Plus n’a donc pas donné son nom
au nom commun largement utilisé par la suite. L’existence de nombreux
ouvrages consacrés à ce phénomène et son entrée dans le dictionnaire en 1986
attestent que le Zapping s’est plutôt inspiré du nom commun plutôt que l’inverse.

III/ Des zappings sur tous les écrans

Le Zapping de Canal Plus, avec l’émergence de grands sites d’information, a fait


des petits ces dernières années. Lemonde.fr, lefigaro.fr, ou encore tele7.fr (le site
internet de l’hebdomadaire Télé 7 Jours ) ont tous leur propre zapping. Zap Télé
est un site uniquement consacré à des images tirées de la télévision. Sur les
chaînes télévisées, notons l’existence du zapping de Direct 8, dans l’émission de
Jean-Marc Morandini. C’est surtout sur Internet que les nouveaux zappings ont
pris leur place.

D’autres sites Internet ont été spécialement créés pour rassembler au sein d’une
même vidéo, les images les plus marquantes rencontrées sur des plateformes
vidéo telles que Youtube ou Dailymotion. Le Zapping du Web et Le Zapping du
Net sont deux exemples de sites spécialement consacrés à l’actualité du web. Ils

8
Jean-Louis Chabrol, Pascal Périn, Le Zapping, CNET 1991

12
recensent par exemple les vidéos qui font le « buzz » (par exemple, le 9 avril
2009, sur Le Zapping du Web un faux Jésus en figurine qui frappe un faux Pape,
toujours en figurine, et qui se coiffe d’un préservatif en guise d’auréole), ou qui
font polémique (le ministre de l’Immigration Eric Besson, qui, au micro de France
Inter, assimile immigration et délinquance). A noter que le site internet de Canal
Plus a son propre zapping, « Le meilleur de hier », qui compile des extraits des
émissions en clair de la chaîne. Les programmes des autres chaînes de télévision
ne sont pas choisis. Les extraits y sont beaucoup plus longs que dans le zapping
originel, et peu de correspondances sont faites entre les images.

Dans la plupart de ces zappings, la présentation est, semble-t-il, directement


inspirée du Zapping de Canal Plus. Prenons l’exemple du télézapping du
monde.fr : les images présentées sont chacune séparées par un très bref
brouillage du son et une torsion de l’image. Sur Le Zapping du Web, l’inspiration
est encore plus manifeste : le son comme l’image sont très rapidement brouillés,
comme sur Canal Plus. Il est donc clair que, en plus d’avoir emprunté le nom de
l’émission de la chaîne cryptée, ces différents zappings ont copié, ou en tout cas
se sont clairement inspirés de l’habillage et de la présentation du premier
programme.

A la différence du Zapping de Canal plus cependant, ces zappings ne semblent


pas établir une ligne éditoriale. Pour garder les exemples précédents, le
télézapping du monde.fr se présente comme « la revue de presse des JT ». Nous
sommes ici loin de ce que prétend faire le Zapping originel. « LZW », soit Le
Zapping du Web, prétend regrouper les « meilleures vidéos du web ». Rien ne
nous indique sur quelle base sont sélectionnées ces images.

S’il fallait prendre un exemple précis, celui du télézapping du site internet


lemonde.fr est intéressant. D’abord parce qu’il est hébergé par un site d’un
média de référence, puis parce qu’il se présente lui-même, en début de
programme, comme la « revue de presse quotidienne des JT de la mi-journée. »
Ce programme édité quotidiennement sur le site d’information se concentre sur
un thème majeur de l’actualité, mais ne fait pas à proprement parler de « revue
de presse ». En effet, nous pourrions croire qu’une « revue de presse » sert à
nous présenter une sorte de synthèse de l’actualité. Ici, ce n’est pas le cas.

13
Lemonde.fr choisit de décliner le même thème ( par exemple la manifestation
des médecins et des infirmières des hôpitaux publics le 28 avril) sous différents
angles. Dans le cas du 28 avril, nous voyons que plusieurs avis sont
représentés : les opposants à la réforme (parmi lesquels se trouve d’ailleurs un
député UMP), les tenants de celle-ci (directeurs d’hôpital). Difficile donc de savoir
si l’on peut vraiment parler de revue de presse, puisque celle-ci est tout de
même censée donner une sorte de synthèse de l’actualité d’une journée, le
télézapping ne proposant qu’un thème décliné sous différents points de vue.

Ces différents zappings sont donc assez éloignés pour la plupart de la méthode
qu’utilise le programme de Canal Plus. Patrick Menais, son responsable, porte
d’ailleurs un jugement sévère sur ces différents zappings. Il estime que ceux-ci
ne portent pas de jugement critique sur l’actualité et le traitement de celle-ci par
les médias, ce qu’est censé faire le sien.

La première partie de ce mémoire s’est attachée à faire connaître l’histoire de


l’objet d’étude. De sa création en 1989 à aujourd’hui, où il est décliné par
différents sites Internet et chaînes de télévision, le terme « zapping », apparu
avant la création du programme, a été popularisé. Voyons maintenant comment
est fait le Zapping, le contexte dans lequel il s’inscrit et ce qu’il contient.

Deuxième partie : Fabrication et construction du


Zapping

Nous allons maintenant nous attacher à lister dans un premier temps le contexte
télévisuel dans lequel s’inscrit le Zapping. Effectivement, diffusé le matin, le midi
et le soir, le programme est toujours diffusé pendant une émission en clair de la
chaîne (La Matinale, L’édition spéciale, Le Grand Journal), la « vitrine de Canal »
Nous nous intéresserons particulièrement à la diffusion du soir, parce que c’est
durant celle-ci que l’audience du Zapping est la plus grande . Ensuite, nous
verrons en détail quel type d’images contient l’émission et la façon dont celles-ci
sont agencées et hiérarchisées.

14
I/ Le Zapping du soir : fabrication et rituel

La fabrique du Zapping

L’équipe de 10 personnes chargée d’enregistrer et de visionner jusqu’à 130


heures d’images travaille jour et nuit. Dans ces 130 heures de programmes ne
sont pas inclus les programmes de fiction. La publicité est parfois reprise, malgré
les remontrances du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA). Patrick Menais
estime que la publicité est « porteuse de sens » sur l’époque actuelle, et prend
l’exemple d’une publicité présentant des traders en cure de désintoxication, pour
au final vendre une voiture.

Voici une construction du Zapping qui revient assez régulièrement: tout d’abord,
un sujet domine plusieurs minutes du programme. Les différents extraits qui
abordent ce sujet sont ponctués par d’autres sujets, souvent plus légers, parfois
drôles (l’analyse en détail de cette architecture interviendra plus tard dans ce
mémoire). Les émissions les plus reprises par le Zapping sont bien évidemment
les journaux télévisés des chaînes hertziennes, les magazines d’information de
tous types et sur toutes les chaînes, des documentaires (notamment des extraits
de la chaîne Planète, qui propose parfois des images « choc » qui se fondent
particulièrement bien dans le Zapping), mais aussi du divertissement. Par
exemple, La roue de la fortune sur TF1 est régulièrement reprise, sûrement pour
la bêtise de certaines réponses de candidats. Des extraits d’autres émissions
comme Les Z’amours sont parfois repris, notamment quand ils ont trait à la
sexualité.

La parité entre les chaînes est globalement bien respectée. Tout d’abord, aucun
privilège n’est notable à l’égard de Canal Plus et d’iTélé. Patrick Menais ne
s’interdit pas de reprendre des critiques faites à l’encontre de sa chaîne. Par
exemple le 6 février, un extrait du Grand Journal nous présente une étudiante en
lutte contre la réforme de Valérie Pécresse qui fait irruption sur le plateau pour
critiquer la télévision. Ses termes : « TF1, Sarkozy, France 2, Sarkozy, France 3,
Sarkozy, Canal Plus ? Valérie Pécresse » Pas sûr que cette jeune femme souhaite
faire l’éloge d’une chaîne qui invite la ministre de l’Enseignement supérieur,
contre laquelle elle lutte. Pour revenir à la parité entre les chaînes, sur

15
l’information (JT), les trois premières chaînes sont majoritaires dans le choix
d’images, même si les chaînes d’information en continu sont très présentes (iTélé
et BFM TV). Il semble que lorsque l’image n’est pas « exceptionnelle », qu’elle
n’est ni spécialement drôle ni choquante, la parité est respectée. Cependant, une
large part du Zapping est consacrée aux images « hors du commun ». Cette
parité ne peut alors être respectée. Par exemple, une chaîne d’information en
continu comme BFM TV ne laisse pas vraiment de place au divertissement ou à
l’humour. Il n’est donc pas étonnant de voir que les chaînes hertziennes sont plus
souvent reprises : leur grille de programmes sont plus diversifiées (elles
proposent à la fois des journaux télévisés, des magazines d’information, des jeux
télévisés ou encore des documentaires).

Le Zapping : une émission particulière de par son horaire et


ses conditions de fabrication

Le Zapping « du soir », c'est-à-dire celui qui est visionné par le plus de


téléspectateurs, est diffusé aux alentours de 19h50, horaire sensible dans le PAF
s’il en est. En effet, le programme est diffusé à la fin de la première partie du
Grand Journal, consacrée à l’actualité, et donc très souvent à la politique. Les
invités sont parfois invités à réagir par Michel Denisot, présentateur de
l’émission. L’horaire de la première diffusion est également important en
examinant la grille des différentes chaînes de télévision. Effectivement, comme le
dit Colombe Schneck, journaliste à iTélé et France Inter spécialisée dans le
domaine des médias, le Zapping est diffusé en pleine coupure publicitaire des
premières chaînes, entraînant avec lui le flot des spectateurs « zappeurs ». Les
audiences sont donc en moyenne meilleures que le reste de ce que fait Canal
Plus en « clair ». C’est la « grand-messe » du journal télévisé (JT) qui démarre
quelques minutes plus tard sur les deux premières chaînes. Ces journaux seront
eux-mêmes repris le lendemain par le Zapping. Autre indication importante sur
l’esprit dans lequel s’inscrit le Zapping, il est diffusé avant l’émission mythique
Les Guignols de l’info, réputée pour son impertinence à l’égard du pouvoir
politique.

16
Colombe Schneck est encore une fois en accord avec Patrick Menais sur le fait
que le Zapping ne pourrait exister que sur Canal Plus. Il y a plusieurs raisons à
cela. Tout d’abord, « diffuser des extraits d’autres chaînes de télévision que la
sienne est un tabou» dans la télévision française. Canal Plus est selon elle la
seule chaîne à pouvoir se permettre cela : malgré quelques émissions de médias,
notamment sur France 5 (Médias, Revu et corrigé) où des extraits d’autres
chaînes sont proposés, Canal Plus reste en effet pionnière en ce qui concerne
l’observation des autres chaînes. Toujours selon la journaliste, le zapping est
symbolique de l’audace dont peut faire preuve Canal Plus depuis sa création (elle
cite pêle-mêle les reportages en plan-séquence, l’irrévérence à l’égard du
pouvoir, ou les émissions de médias). C’est un avis que partage Patrick Menais,
qui est aux commandes du Zapping. Selon lui, cette chaîne « décalée » est la
seule à pouvoir offrir une telle liberté de production à l’équipe des zappeurs. Le
fait que Le Zapping soit programmé juste avant les Guignols de l’info démontre
également que l’émission s’inscrit dans un créneau que respecte Canal Plus
depuis très longtemps, celui de l’humour et de l’impertinence à l’égard du
pouvoir (politique en particulier).

Patrick Menais en est justement très fier : Le Zapping, avant sa diffusion, n’est
visionné que par lui-même et ses zappeurs. Aucune censure n’est donc possible.
Depuis une dizaine d’années, la bande finale est envoyée dix minutes avant
l’antenne. Avant cette période, le Zapping était conçu en collaboration avec le
rédacteur en chef de l’émission dans laquelle il s’inscrivait. Les zappeurs ne
construisent plus la chronique dans ces conditions, une garantie d’indépendance,
selon Patrick Menais, le responsable de l’émission.

A noter la présence systématique des grandes polémiques présentes dans


l’actualité. Même si le Zapping ne se résume pas à une compilation d’images
choquantes de la télévision française. Les différentes polémiques qui
interviennent dans l’actualité sont régulièrement reprises par l’émission. Le
meilleur exemple du corpus est celui de la sortie du livre de Pierre Péan, Le
monde selon K., à propos de Bernard Kouchner, dans lequel le journaliste accuse
le ministre des Affaires étrangères de conflit d’intérêts. La polémique est
largement reprise au cours du Zapping du 5 février, mettant en scène
successivement l’accusé et l’accusateur. Mais ce n’est pas le seul exemple.

17
Lorsque l’annonce par Nicolas Sarkozy de la suppression de la taxe
professionnelle fait débat, le sujet est largement repris par l’émission. Le 27
janvier, la tempête ayant ravagé le sud-ouest de la France est également traitée
sous l’angle de la polémique. Après la présentation des déclarations de François
Fillon, la parole est donnée à Henri Emmanuelli, accusant le gouvernement
« d’inaction et d’effets d’annonce ». Cette manière de traiter le sujet n’est pas
étonnante au vu des déclarations de Patrick Menais lors de notre entretien :

« En tant que citoyen, j’aimerais par exemple pouvoir m’arrêter sur des
informations, sur certaines polémiques. Par exemple, le récent tremblement de
terre en Italie est terrible, mais cela reste un phénomène naturel, et ça nettoie
tout ! On ne peut plus parler d’autre chose. Alors bien sûr, on va me répondre
« Mais t’es dégueulasse ! Il y a des morts et tout… ». Mais quelle est la
hiérarchie entre les 250 personnes mortes en essayant de rejoindre les côtes
italiennes sur leur bateau et les 250 morts en Italie ? »

Il ne faut cependant pas croire que le Zapping est uniquement porté sur la
polémique. De nombreuses images sont purement informatives (l’exemple des
ouvertures des JT), d’autres simplement drôles (Patrick Menais, dans ses
motivations lors du montage, reconnaît tout juste « une volonté de se marrer »)
ou choquantes.

B/ Les correspondances avec la revue de presse

Yves Decaens, ancien revuiste de France Inter, définit cet exercice comme une
« compilation de morceaux choisis de l’actualité »9. Il reconnaît donc la
subjectivité du genre journalistique qu’est la revue de presse, puisqu’il choisit les
sujets à mettre en lumière. Mais Ivan Levaï, de France Musiques, reconnaît que
certaines fois, une « info cannibale » s’impose à tous les revuistes et les force à
la traiter. Les catastrophes naturelles, par exemple, qui font régulièrement
l’ouverture des journaux, sur lesquelles les médias s’étendent longtemps. Entre
subjectivité et besoin de couvrir l’actualité, entre envie de mettre en lumière

9
Mémoire Revue de Presse Celsa

18
certains sujets et nécessité de dire ce que les auditeurs veulent voir ou entendre,
le Zapping et la revue de presse partagent donc de nombreux point communs.

Patrick Menais confie le besoin de synthétiser l’actualité en utilisant les


ouvertures des JT lors de l’entretien. Le mécanisme est le même pour la revue de
presse. Généralement, les revues de presse des grandes radios françaises
commencent par de l’actualité pure pour ensuite dériver dans des notes plus
légères. Par exemple, le 23 avril 2009, sur France Inter, où Frédéric Pommier
ouvre sa revue de presse sur un scandale au sein de la banque Dexia, et la clôt
sur une mini-polémique à propos de l’effacement d’une cigarette sur une affiche
de film. Le 28 avril toujours, Pascale Clark, de RTL, ouvre sur la grippe A H1N1
qui a traversé l’Atlantique, et referme sa revue de presse sur les salaires des
footballeurs, citant certains chiffres éloquents, en terminant sur une comparaison
des salaires des footballeurs avec ceux des journalistes d’RTL…

Au niveau de l’architecture du Zapping et de la revue de presse, des


correspondances sont donc bien notables. La structure est grossièrement, la
suivante : actualité pure, dominante, pour commencer, puis basculement vers
plus de légèreté, même si les revuistes restent inspirés par plus d’actualité que
les zappeurs (les journaux sont quand même généralement moins enclins à
tomber au niveau de certaines émissions de divertissement à la télévision
française).

Autre point commun entre l’exercice de la revue de presse et celui du Zapping,


l’amour de la polémique et des idées en général. En effet, les revuistes ont pour
coutume de citer les éditorialistes de presse quotidienne régionale et nationale.
Le Zapping retransmet également régulièrement des extraits de débats
enflammés à la télévision, où d’éminents personnages (rédacteurs en chef,
hommes politiques, éditorialistes, syndicalistes…) font part de leur sentiment par
rapport à l’actualité. Les revuistes ont très souvent pour matériau les éditoriaux,
mais la diversité de la presse (presse nationale de droite ou de gauche, locale…)
est largement suffisante pour exposer les différents points de vue par rapport à
telle ou telle polémique.

19
Le Zapping, comme cela a déjà été écrit plus tôt, a coutume de distiller quelques
touches de divertissement, voire de vulgarité, souvent vers la fin du programme.
Les revuistes procèdent parfois au même choix, même s’ils se tiennent éloignés
des blagues parfois graveleuses que l’on peut trouver dans le Zapping. En effet,
Frédéric Pommier, de France Inter, cite souvent les études les plus insolites
réalisées par les scientifiques du monde entier. La dernière en date ? Le 30 avril,
où il rapporte une étude affirmant que « s’embrasser est bon pour la santé ».

Cependant, la revue de presse n’a pas le regard critique que peut avoir le
Zapping sur le médium qu’est la télévision. Les revuistes critiquent rarement les
articles qu’ils citent (puisqu’ils les choisissent). Le regard du Zapping est bien
plus acerbe sur la télévision.

III/ Le conducteur type du Zapping et les exemples tirés du


corpus

Le corpus choisi contient certains sujets longuement repris au cours du


programme. Nous noterons par exemple les suivants :
-La journée de mobilisation des salariés du public et du privé du 29 janvier 2009:
ce sujet apparaît à plusieurs reprises au cours des zappings du 29 janvier (pré-
sujets de la veille) et du 30 janvier (revue des manifestations en France et
différents débats sur différents aspects de la grève).
-La sortie du livre de Pierre Péan à propos du ministre des affaires étrangères
Bernard Kouchner et d’un supposé conflit d’intérêt apparaît à plusieurs reprises
lors du Zapping du 5 février 2009.
-L’intervention télévisée de Nicolas Sarkozy sur les grandes chaînes hertziennes :
Le 6 février, le Zapping est très régulièrement ponctué par cette longue interview
et par les attentes et réactions des citoyens français. Le lendemain, l’une des
mesures annoncées par le président est reprise par le Zapping : la suppression
de la taxe professionnelle.

Mais voyons d’abord quelle architecture, quel « chemin de fer » ou quel


« conducteur » suit généralement le Zapping (attention, le corpus n’est que de
deux semaines de Zapping, les analyses sont donc soumises à variation en
fonction des numéros étudiés):

20
L’ouverture quasi-constante sur des grands titres de
l’actualité

Nous remarquons, lors du visionnage du corpus, que beaucoup de zappings


ouvrent sur de l’information pure, et ensuite basculent sur des extraits de
magazines, de talk-shows, voire d’émissions de divertissements.

En début de programme, les informations sont extrêmement majoritaires : Sur


les douze zappings étudiés, dix d’entre eux ouvrent sur des images de JT ou de
chaîne d’information en continu ( trois fois sur TF1, trois fois sur France 2, trois
fois sur France 3, une fois sur BFM TV). Le Zapping ouvre d’ailleurs à plusieurs
reprises sur les grands titres des journaux télévisés de France 2 et TF1. Un choix
qui a l’avantage de synthétiser le principal des informations en peu de temps,
selon Patrick Menais :« Ce n’est pas une chose qui est voulue a priori mais c’est
vrai que les titres d’ouverture des JT nous permettent de synthétiser
l’information assez rapidement, c’est parfois utile. Je regarde également les
titres des deux JT pour voir comment l’actualité est hiérarchisée sur les deux
grandes chaînes. Ce n’est pas systématique, mais c’est utile pour ouvrir le
Zapping. »

Long format, divertissement, humour généralement placés en


deuxième partie de Zapping

Après l’ouverture sur les très gros titres de l’actualité, le Zapping continue en
général sur des sujets un peu moins importants, et parfois drôles (même s’il
arrive qu’il fassent l’ouverture du Zapping, de façon un peu moins régulière).
Dans la deuxième partie du programme, les extraits tirés des JT de TF1, France 2
et France 3, sont moins nombreux mais toujours présents. On bascule sur des
extraits d’émissions plus longues mais traitant de thèmes d’actualité (Par
exemple Combien ça coûte, Mots Croisés, Les Infiltrés, Le Grand Journal…)
Même si le début du Zapping est consacré à l’information la plupart du temps, il
est très fréquent qu’une image très courte de divertissement soit présente parmi
les premières d’entre elles. Ainsi, à huit reprises sur douze, un extrait d’émission

21
« divertissante » est sélectionné (documentaires, jeux télévisés…) parmi les cinq
premiers du programme. Le divertissement est ensuite plus présent au fil du
Zapping. A noter que l’humour est particulièrement présent à la fin du Zapping.
Patrick Menais, dans ses motivations au moment du montage, confesse
effectivement « une volonté de se marrer ».

La fin du Zapping : sport, vulgarité, humour

La dernière image de l’émission est quasiment toujours basée sur le


spectaculaire, l’humour, ou la vulgarité. En dehors du sport, la bêtise de
certaines émissions de télé-réalité est parfois mise en lumière. Dans presque
tous les cas, le Zapping se termine sur une image hors du commun, qu’elle soit
drôle, impressionnante ou complètement idiote. Il me semble que ce choix n’est
pas anodin.

Cette façon de terminer sur des images éloquentes traduit selon moi une volonté
de marquer le téléspectateur. La dernière image est souvent celle que l’on retient
le mieux. Les zappeurs veulent ici, lorsqu’ils estiment qu’une balle de tel joueur
de tennis est remarquable et doit être retenue, ils la placeront en fin de Zapping.
Lorsqu’ils sont choqués par la bêtise de certaines émissions, ils pourront
également la sélectionner pour fermer le Zapping, de manière à ce que le
téléspectateur puisse ensuite réfléchir à ce qu’il vient de voir.

Voyons désormais sur quels exemples tirés du corpus nous pouvons appuyer nos
affirmations :

Ouverture sur l’actualité


Dans le corpus étudié, rares sont les fois où le Zapping ouvre sur une émission
autre que le journal télévisé : le 30 janvier, c’est La boîte à questions sur Canal
Plus qui est choisie : Bruno Solo et Yvan Le Bolloch chantent une chanson à
chanter lors de la journée de manifestations faisant écho au slogan de campagne
de Nicolas Sarkozy sur les Français qui se lèvent tôt (« je me lève à la bonne
heure, je me couche à la bonne heure »).

22
Les thèmes choisis en ouverture sont justement souvent ceux qui font également
l’ouverture des journaux télévisés, par exemple la tempête dans le Sud-Ouest de
la France les 26 et 27 janvier, l’intervention de Nicolas Sarkozy à la télévision les
6 et 7 février, ou encore la sortie du livre de Pierre Péan, accusant Bernard
Kouchner de corruption le 5 février.

A noter que l’information développée en première image est souvent développée


au fil du Zapping. Par exemple, « l’affaire Kouchner », qui ouvre le Zapping du 5
février, est ensuite reprise trois fois sous différents angles (B. Kouchner qui
s’adresse au Parlement, ensuite sur France 2, enfin l’auteur du livre et principal
accusateur Pierre Péan qui parle de « l’intérêt pour l’argent de Bernard
Kouchner »). Le 31 janvier, Barack Obama ouvre le Zapping à propos de
« l’irresponsabilité des banquiers », sur France 2. L’image suivante aborde le
même sujet sous un angle différent. C’est cette fois-ci la banque Citigroup qui
est visée. Plus tard, le sujet est encore une fois abordé, cette fois sur France 3.

Deuxième partie du Zapping : long format, divertissement,


humour

En deuxième partie de Zapping, l’actualité est un peu moins présente pour


donner place à des sujets moins primordiaux, parfois insolites : par exemple, le
26 janvier 2009, un extrait de l’émission « Sept à Huit », où l’on voit Roger
Karoutchi parler de son homosexualité pour la première fois publiquement. Le 27
janvier, une information selon laquelle l’entreprise Viagra (du nom des pilules
bleues pour l’érection) est en plein plan de rigueur. Ou encore la procédure à
suivre aux Etats-Unis pour faire un « bébé éprouvette » sur « Enquêtes et
Révélation » sur TF1.

Fin du Zapping : sport , spectaculaire, vulgarité

Les images spectaculaires peuvent être tirées d’un match de tennis, à l’image du
Zapping du 28 janvier 2009, qui se clôture sur une balle de match de Roger
Federrer dans un grand tournoi international. Le 2 février, le Zapping se ferme

23
sur un essai très spectaculaire d’une équipe de football américain lors de la finale
du Super Bowl (un tournoi mythique aux Etats-Unis). Le 31 janvier, c’est l’image
de deux hommes en plein défi qui est sélectionnée. Le perdant, qui ne pouvait
plus garder la tête sous un liquide pour le moins étrange, finit par vomir devant
la caméra.

Encore une image qui peut être considérée comme choquante, l’animateur de
radio et de télévision Sébastien Cauet, visiblement très énervé, qui interpelle une
dame jointe pour un canular téléphonique, en lui disant d’aller se faire
« enculer ». Dernier exemple, le Grand Journal sur Canal Plus, qui fête la victoire
de l’équipe de France de handball aux championnats du monde.

Pour résumer, le Zapping est un programme original de par sa visibilité et la


chaîne sur laquelle il passe. Son architecture correspond à peu près à un journal
classique : après avoir ouvert sur de l’actualité, le Zapping s’oriente sur plus de
divertissement et d’information insolite vers la fin du programme. Le Zapping est
une sorte de « revue de télé » : c’est une revue de presse ré-inventée, qui va
plus loin que celle-ci : en plus de synthétiser l’actualité, il porte un regard
critique sur la télévision.

Troisième partie : De l’influence du montage sur


la perception des images

La troisième partie de ce mémoire s’intéressera au montage du Zapping et à la


façon dont les images sont agencées à l’intérieur du programme. Cela m’a paru
intéressant, du fait des nombreuses résonances créées par les zappeurs. Les
juxtapositions d’images peuvent créer de la contradiction, de l’ironie, ou encore
du dépit. Pour appuyer ces affirmations, l’étude de plusieurs images du corpus,
ainsi que d’un Zapping en particulier, celui du 6 février au lendemain de
l’intervention de Nicolas Sarkozy à la télévision, sera menée. Un entretien avec
deux journalistes spécialistes des médias (Colombe Schneck de France Inter et
Raphaël Garrigos de Libération) viendra compléter notre analyse.

24
I/Les effets de sens du montage

1/ Un Zapping pour contredire

La méthode
Plusieurs exemples peuvent être extraits des zappings étudiés pour analyser la
façon dont sont agencées ces images. A commencer par les images qui sont
directement liées entre elles, qui ont trait au même sujet, mais qui sont
contradictoires. La façon dont les zappeurs procèdent est la suivante : une image
d’un politicien, d’un journaliste ou autre personnage public qui affirme quelque
chose, directement contredite par l’image suivante. Sur cette image, un politicien
du bord opposé le plus souvent, mais pas systématiquement, qui affirme
exactement le contraire de ce qui a été dit précédemment.

Les exemples et leur signification:

-26 janvier 2009 : « l’image du jour » selon la journaliste du 19/20 sur France 3
nous présente Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP (« un sarkozyste de
choc ») au côté d’Eric Besson, ancien socialiste devenu depuis 2007 ministre du
gouvernement Fillon (donc classé à droite) et membre du parti présidentiel (« un
socialiste converti au sarkozysme » selon la journaliste). Ils sont présents
ensemble au conseil national, visiblement très à l’aise. L’extrait suivant est
également tiré de France 3, mais cette fois-ci du journal du soir, Soir 3. Est
reproduite sur les images une citation du secrétaire général adjoint de l’UMP Axel
Poniatowski, selon lequel « Besson est un socialiste qui ne partage pas nos
valeurs. L’UMP n’est pas un parti ramasse-miettes ». La contradiction est ici
criante.

La juxtaposition de ces images décrédibilise le message de la première image, ou


en tout cas le nuance fortement. Dans la première image, l’idylle semble parfaite
entre le tout nouveau sarkozyste et son parti d’adoption. Dans la deuxième
image, l’on s’aperçoit que des voix discordantes se font entendre : il s’agit là,
selon nous, d’une critique de la mise en scène effectuée lors du meeting et plus
généralement de la communication politique. C’est également un moyen pour le

25
Zapping de montrer à quel point le traitement journalistique de la politique peut
être subjectif (une sous-partie reviendra dessus plus loin)

Sur le plan du montage et du message qu’il peut envoyer, Patrick Menais,


reconnaît qu’il y a là un point de vue qui est donné. Si les extraits sont, selon lui,
montés de manière à ne pas détourner le message initial, ce sont justement les
« résonances », « contrepoints » et autres « images de coupe » qui peuvent
suggérer le point de vue des zappeurs. Ces images lui servent de
« ponctuation »:

« Le Zapping n’est pas un espace de règlement de compte, de jugement, nous


essayons d’avancer objectivement sur des extraits factuels (c’est une partie du
travail que de ne pas détourner le message, nous pouvons très vite en
démarrant un extrait plus tôt ou plus tard, détourner le sens de l’extrait) en
prenant des bouts d’information. Nous donnons notre subjectivité en créant des
résonances, des contrepoints, avec par exemple un extrait de divertissement, ou
un autre extrait de politique. »

Les extraits de divertissement introduisent justement un message différent de


celui qui nous est transmis dans le cas étudié plus tôt, à savoir la contradiction.
Bien souvent, le Zapping ironise sur certaines phrases prononcées avec aplomb,
en les superposant à des extraits de jeu télévisé futile, ou des extraits d’émission
de variété française. De cette façon, le Zapping ne contredit plus, il ironise, voire
pire, il tourne au ridicule.

2/ Un Zapping pour se moquer

La méthode

Ces successions d’images peuvent également suggérer d’autres sentiments. En


effet, il est possible pour les zappeurs de mettre directement les personnages
médiatiques face à leurs contradictions (journalistes, hommes politiques,

26
artistes…), en superposant deux images totalement contradictoires, diffusées
dans la même journée (Patrick Menais évoque le « choc des images »). Lorsque
l’image contradictoire ne se trouve pas dans les programmes de la journée, il est
plus difficile pour les zappeurs de créer cet effet. Pour exprimer leur point de vue
sur les sujets, les zappeurs peuvent par exemple avoir recours à un extrait
d’émission de divertissement, qui vient introduire de l’ironie par rapport aux
propos précédents.

Les exemples et leur signification

-Le Zapping du 3 février nous présente une image de Jean-Luc Delarue, co-
présentateur de la cérémonie des « Globes de cristal » diffusée sur France 3, qui
propose à sa collègue Carole Gaessler de lui « tenir la jambe ». A cette image
succède celle de Valérie Bataille chantant sur un plateau télévisé (l’image est
vieille, elle est en noir et blanc) sa chanson Pas besoin d’éducation
sexuelle (pour tomber amoureuse de toi). Juste ensuite, une jeune femme
candidate au jeu télévisé Attention à la marche doit répondre à la question:
« Qu’est-ce qu’un homme polygame? ». Elle répond: « un homme qui fait
beaucoup de photocopies ». L’ironie est claire.

Il me semble que les zappeurs ont voulu là mettre en évidence le manque de


tact et de finesse de la part du présentateur, et tout simplement de culture de la
jeune femme, en les mettant en relief avec la chanson. Ils encadrent la naïveté
feinte de la jeune chanteuse par une blague un peu vulgaire d’un animateur de
télévision et par un manque flagrant de culture (alors que c’est précisément en
cours d’éducation sexuelle que l’on apprend les comportements sexuels).

-Le Zapping du 7 février. On y apprend que Michael Phelps, le célèbre nageur


américain ayant remporté un record de médailles aux derniers jeux olympiques,
a été suspendu par la fédération américaine de natation pendant trois mois pour
avoir été pris en photo en train de fumer du cannabis. Toujours selon le
journaliste de Télématin, cette mise à pied lui a été adressée car le nageur doit
être « un exemple pour la jeunesse. » Si le Zapping s’était arrêté là, il n’y aurait
eu aucun message de transmis.

27
Or, l’image suivante est extraite d’une émission de télé-réalité pour le moins
« légère », sur la chaîne américaine MTV ( Tila célib‘ et bi‘), où les candidats et
les candidates, pour prouver leur amour à une jeune femme, doivent
respectivement manger des pénis de bœuf pour les hommes et un vagin de truie
pour les femmes.

Les zappeurs dénoncent ici clairement la bêtise du programme, mais nous


pensons qu’ils vont plus loin que cela. Il nous semble que c’est l’hypocrisie
américaine qui est dénoncée ici, de façon extrêmement ironique, voire grinçante.
D’un côté, un nageur est suspendu trois mois pour avoir fumé du cannabis, car il
doit être exemplaire. De l’autre, la télévision américaine n’a aucun scrupule à
faire manger à ces mêmes jeunes, des choses pour le moins rebutantes, tout
cela pour finir par obtenir une « date », c’est-à-dire un rendez-vous. Ces deux
images collées l’une à l’autre nous présentent une Amérique moraliste et
puritaine à l’égard de ses jeunes, puis celle d’une Amérique aux mœurs
« débridées » (il n’est pas courant de manger des pénis et des vagins
d’animaux), sur la chaîne emblématique de la jeunesse américaine.

- Le 30 janvier 2009, un extrait d’une émission de la chaîne NRJ 12 (TNT) est


proposé. Cette émission s’appelle Sexy Staff et l’on y voit un homme en caleçon
sur un podium en train de danser. Cette image succède à un sujet du journal de
13 heures de TF1 lors duquel nous voyons des policiers manifester pour une
hausse des salaires. Sur l’extrait de NRJ 12, nous apprenons que l’homme
déshabillé est en fait un policier, qui fait cela probablement pour gagner de
l’argent (c’est un concours télévisuel). Ici, ce n’est probablement pas de la
moquerie que les zappeurs ont voulu exprimer. Ils ont sûrement pré-sélectionné
les deux images, se sont ensuite rendu compte qu’elles pouvaient facilement être
liées par le métier qu’elles mettent en scène, et les ont ensuite agencées de
manière à construire une narration. Intéressant, l’ordre dans lequel les extraits
sont mis en place.

En effet, après avoir abordé le sujet par l’angle de la manifestation pour la


hausse des salaires, le candidat de l’émission Sexy Staff est présenté. Ensuite
est présenté un extrait de sujet du journal de Canal Plus sur la mutation d’un

28
préfet par la volonté du président de la République. Enfin, le sujet des policiers
est clos par la victoire du candidat. La narration est intéressante. L’ouverture sur
une problématique sociale est contrecarrée par du divertissement pur, à la limite
de la bêtise, ensuite est opéré un retour sur une problématique politique (la
polémique sur la mutation du préfet), puis enfin pour terminer le résultat du
concours de NRJ 12. Ici, le Zapping ne se moque probablement pas de la
profession de policier. Nous pensons qu’il est plutôt en train de se moquer de la
télévision elle-même. Le Zapping souhaite ici plutôt pointer le fait que certaines
personnes sont capables d’aller très loin (y compris danser à moitié nu devant un
public) pour pouvoir passer à la télévision, ou gagner de l’argent (en
l’occurrence, cette émission est simplement un concours visant à élire la
profession la plus « sexy »).

-L’exemple du 6 février: intervention télévisée de Nicolas Sarkozy


L’exemple de ce numéro du Zapping est éloquent. En effet, tout au long de ce
numéro, des extraits de l’interview présidentielle ponctuent le reste des images
choisies. Cela résulte en un Zapping traitant presque exclusivement de politique
ou d’économie. Presque à chaque fois que la parole est donnée à Nicolas
Sarkozy, l’extrait suivant est en relation avec la déclaration précédente, par
différents moyens. Par exemple lorsqu’il estime qu’une augmentation du SMIC
est exclue, sa déclaration est encadrée par un sujet du journal de Canal Plus
narrant l’histoire de new-yorkais faisant la queue dans le froid pour raconter leur
histoire à « Bill le renfloueur », un homme qui distribue des billets de 50$ aux
gens qui l’ont ému, et qui s’avère être en fait une opération publicitaire destinée
à créer le « buzz ».

Lorsque Nicolas Sarkozy estime qu’il faut « aller plus loin dans l’indemnisation du
chômage partiel », l’extrait est suivi d’un extrait d’une émission de variété où l’on
voit le groupe Madness chanter son tube « One Step Beyond » (autrement dit
« un pas en avant » ou « aller plus loin »). La déclaration de Nicolas Sarkozy est
quelque peu tournée en dérision. Le « choc des images » oppose un homme
politique annonçant une mesure sociale à des artistes en train de chanter et de
danser sur un plateau de télévision. Le contraste est saisissant. Lorsque le
président déclare qu’il doit obtenir des « résultats sur la régulation du secteur
financier », l’extrait suivant est celui d’Edwy Plenel, directeur du site

29
d’information en ligne « Médiapart », révélant que le groupe Bolloré est
soupçonné de fraude fiscale au Lichtenstein. Nous ne pouvons nous empêcher de
penser : soit les zappeurs ont voulu dire « il y a beaucoup à faire », soit « on
attend de voir… ».

II/Une réflexion sur le métier de journaliste

Les questions que se posent les journalistes au quotidien dans leur métier sont
souvent les mêmes que celles que se pose Patrick Menais lorsqu’il prépare le
Zapping. En terme de hiérarchisation des informations d’abord : lorsque Patrick
Menais se demande lors de l’entretien « quelle hiérarchie entre 250 morts entre
un tremblement de terre et 250 autres alors qu’ils tentaient de rejoindre l’Italie à
la nage », la concordance avec les questions que peuvent se poser des
journalistes en exercice ou des étudiants en journalisme est flagrante. Ensuite, le
Zapping peut se plaire à relever les différences de traitement d’une même
information. Pour une même information, l’information relevée peut être
différente, voire contraire : grâce au Zapping, ces contradictions n’en sont que
plus visibles.
Cependant, le travail de zappeur ne peut être assimilé à celui de journaliste pour
différentes raisons. D’abord, ils ne produisent pas d’information : un zappeur ne
part pas en reportage, n’écrit pas, n’interroge pas. Il commente. Deuxièmement,
les zappeurs n’ont aucune contrainte d’objectivité. Idéalement, le journaliste se
doit de respecter une certaine distance, en accord avec la ligne éditoriale de son
journal. Le Zapping n’a aucune contrainte de ce type : de l’aveu de Patrick
Menais, il n’y a pas de ligne éditoriale du Zapping comme il peut y avoir une
charte éditoriale d’un journal. La construction se fait au jour le jour, sans cahier
des charges. Le responsable du Zapping ne se considère d’ailleurs pas comme un
journaliste, c’est en tout cas ce qu’il nous confie lors d’un entretien. Il se pose en
tout cas exactement les mêmes questions que les journalistes : quelle hiérarchie
de l’information ? Comment ne pas tomber dans l’info spectacle ? Quel regard
porter sur la télévision, capable du meilleur comme du pire ?

26 janvier 2009 : ici, la journaliste présente Eric Besson comme très à l’aise lors
d’un meeting de l’UMP. Aucun doute n’est possible. La seconde image, issue de la
même rédaction mais d’un journaliste sans doute différent, nous dit exactement

30
le contraire : un cadre de l’UMP, non-cité par la journaliste précédente, fustige
l’ancien socialiste.

Il semblerait que le Zapping ironise ici sur le traitement de l’information. Au sein


d’une même rédaction, le traitement est différent, les informations privilégiées
sont totalement contradictoires.

-Zapping du 5 février 2009 : Le Zapping s’ouvre sur un sujet du journal télévisé


de TF1 dans lequel nous est présentée la polémique naissante à propos du livre
de Pierre Péan consacré à Bernard Kouchner et à des accusations de conflit
d’intérêt. L’image suivante, tirée de l’émission Questions au gouvernement sur
France 3, nous présente Bernard Kouchner en train de contester les accusations
faites à son encontre.

Ici, il nous semble que la succession de ces deux images, si elle n’est pas le fruit
du hasard, n’en est pas pour autant accusatoire à l’égard du traitement
journalistique de l’information. Les images du ministre se justifiant à l’Assemblée
étaient peut-être présentes dans le sujet du journal de TF1, mais il est sûrement
mieux pour Le Zapping de présenter des images courtes et tirées de plusieurs
émissions différentes.

-Zapping du 6 février : En dernière image, un extrait d’une journaliste de BFM TV


interrogeant Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP, après l’intervention
télévisuelle de Nicolas Sarkozy. Elle lui demande pourquoi le sujet de la
Guadeloupe, très présent à l’époque dans l’actualité, n’a pas été abordé par les
journalistes, insinuant peut-être que le président n’a pas voulu aborder ce
thème. L’extrait suivant nous présente Nicolas Domenach, journaliste à Canal
Plus et Marianne, expliquant que le président de la République devra à présent se
déplacer lui-même dans les studios de télévision, insinuant clairement que les
journalistes ne peuvent pas bien travailler (et donc poser les bonnes questions) à
l’Elysée.

Cet extrait apparaît en toute fin de Zapping. Ce choix n’est sûrement pas anodin.
La narration tout le long du Zapping nous présente un président de la République

31
constamment contredit par les images qui lui succèdent, et se termine par ce
que l’on peut comparer à la « morale » de l’histoire, à savoir que de telles
interviews ne peuvent plus avoir lieu « chez » le président de la République. Il
apparaît que les zappeurs ont estimé que l’interview était mal menée et
partagent l’avis de Nicolas Domenach.

III/ Un programme engagé ?

La question d’un engagement, ou plutôt d’un positionnement sur l’échiquier


politique, se pose. Le Zapping traite régulièrement de politique, remet très
souvent en question les déclarations des politiciens, comme expliqué ci-dessus.
Avec un Président de la République et une majorité actuelle de droite, le
programme apparaît « mécaniquement » comme de gauche. En effet, le Zapping
a pour habitude de contredire les hommes politiques. La situation politique
actuelle fait que les déclarations les plus importantes retenues par les médias
émanent souvent d’hommes et de femmes de droite. Ces déclarations sont
ensuite mises en contradiction à l’intérieur du Zapping, le programme est donc
naturellement classé à gauche. Patrick Menais en revanche ne revendique aucune
appartenance politique. Il estime ne pas faire une émission « particulièrement à
charge contre Nicolas Sarkozy » mais reconnaît se poser « quelques questions
sur l’exercice actuel du pouvoir ». Il continue : "Sur la politique, le seul point de
vue a priori que nous devrions avoir, c’est avoir un regard critique sur l’exercice
du pouvoir, qu’il soit de gauche ou de droite."
Cependant, la prégnance de thèmes comme l’actualité sociale avec par exemple
la large place faite aux manifestations laisse à penser que Patrick Menais et ses
zappeurs ont une sensibilité de gauche. Cependant, l'actualité sociale, très
souvent reprise par le Zapping et dont Raphaël Garrigos fait mention lors de
notre entretien, est également très présente cette année dans les journaux
d'information.
Une analyse d’ailleurs partagée par Colombe Schneck, journaliste à France
Inter : "Je pense que Patrick Menais délivre un message politique. C’est assez à
gauche, impertinent." Raphaël Garrigos, spécialiste des médias pour Libération,
classe même le Zapping « à la gauche de la gauche » : " Je ne sais pas si c'est à
charge (contre Nicolas Sarkozy, NDLR), moi à la limite je trouve cela objectif!

32
Mais engagé certainement. Peut-être qu'il (Patrick Menais) n'a pas envie de le
dire mais les images parlent pour lui. »
Le Zapping apparaît donc comme un programme de gauche, à nos yeux, mais
également aux journalistes spécialisés dans le domaine des médias. Cependant,
il est fort probable qu’une fois la majorité parlementaire passée à gauche, le
Zapping gardera un certain esprit d’impertinence et de contradiction
systématique comme il le fait actuellement.

Conclusion :

Par sa forme originale, son contenu inédit, par son intention comme par sa
démarche, le Zapping de Canal Plus fait figure d’objet télévisuel non identifié.
Une chronique de cinq minutes, c’est, mais c’est également très peu au regard
de la visibilité que possède l’émission (horaire de diffusion, chaîne, audience).

Le paradoxe des zappeurs est le même que celui du Zapping lui-même : le


Zapping critique la télévision tout en étant un pur produit télévisuel, incapable de
fonctionner sans celle-ci.

Les hypothèses formulées en début de mémoire ne peuvent pas toutes être


confirmées. En effet, le Zapping de Canal Plus est né bien après l’apparition du
mot : 1986 marque l’officialisation par Le Petit Robert du terme « zapping », le
Zapping naît trois ans plus tard. Sans doute l’émission a-t-elle popularisé le
terme pour l’inscrire dans le langage courant, et a ensuite inspiré de nombreux
médias, amenés par la suite à créer leur propre zapping.

33
Sur la revue de presse, le Zapping est en effet comparable à la chronique des
matinales des grandes radios françaises. Sur plusieurs points, les deux
programmes se rejoignent : nécessité d’une certaine synthétisation de l’actualité
(et présence « d’information cannibale »), architecture même du programme,
amour des idées et des polémiques. Cependant, le Zapping ne peut se résumer à
une revue de presse qui retient également le divertissement à la télévision. Il va
plus loin que la revue de presse car, en plus des objectifs cités auparavant, il
ajoute celui de proposer un regard critique sur l’exercice journalistique et la
télévision en général. On peut imaginer que le Zapping est « une revue de télé »,
s’il fallait inventer un genre.

C’est justement sur ce point que la troisième hypothèse portait. Effectivement, le


Zapping porte un regard critique sur la télévision et invite le téléspectateur à
faire de même.
Le Zapping, par sa richesse de contenu et son ambition, de par le niveau de plus
en plus désolant de certaines émissions, a encore de beaux jours devant lui.
Vingt ans après sa naissance, il prouve que malgré les efforts, beaucoup reste
encore à faire.

34
Bibliographie :

1/ Sarkozy et la télé, in L’Express n°2973

2/ http://www.canalplus.fr/c-infos-documentaires/pid1830-c-zapping.html

3/ http://www.canalplus.fr/pid2235.htm

5/« Le Zapping : une émission qui s’exporte bien » Café Babel, 18 Novembre
2008
http://www.cafebabel.com/fre/article/27398/zapping-en-europe-emissions.html

6/ « Fan di Blob », le blog de Eric Valmir, France-inter.com : http://radiofrance-


blogs.com/eric-valmir/2009/01/08/fan-di-blob/

7/
http://www.cnrtl.fr/etymologie/zapper

8/
Jean-Louis Chabrol, Pascal Périn, Le Zapping, CNET 1991

9/
Mémoire Revue de Presse Celsa

Autres lectures :

35
- Comment manipuler les médias/ 101 Recettes subversives, Patrick Farbiaz, Ed.
Denoël

« Zapping de Canal Plus : dix-huit ans après, zapper reste un métier. », Rue 89
http://www.rue89.com/2007/09/17/zapping-de-canal-dix-huit-ans-apres-zapper-
reste-unmetier?page=0#comment-81659

« Zig Zap. Le sale air du Zapping », in Libération, 2 janvier 1998


http://www.liberation.fr/medias/0101235925-zig-zap-le-sale-air-du-zapping

Le Zapping, Jean-Louis Chabrol, Pascal Périn, CNET 1991

La télévision dans le miroir, Virginie Spies, L’Harmattan

L’aventure vraie de Canal Plus, J. Prob, P. Mérigean, Fayard

Le roman de Canal Plus, Valérie Lecasble, Graset

Annexes :

Entretien avec Patrick Menais, responsable de la chronique :

Qui est à l’origine de la création du Zapping ?

Michel Denisot a donné l’espace au zapping. Avant même le zapping qu’on voit
aujourd’hui, un chroniqueur de son émission Demain parlait des plus grosses
émissions de la veille. Denisot avait dit « on enregistrera les grands prime-time
de la veille, on passera des extraits de ces émissions pour alimenter un peu le
propos. » On est donc partis du principe que les gens, une fois sur deux au
boulot, discutent des programmes télévisés de la veille. Nous étions donc là pour
alimenter le manque d’image. Essentiellement sur les prime-time, puisqu’il y a
20 ans, il n’y avait que six ou sept chaînes. A partir de cette idée, des
intermittents qui travaillaient pour Canal + lançaient des bandes (enregistraient)
mais ne les visionnaient pas nécessairement. Ils récupéraient simplement les
images. L’année suivante, une équipe de trois personnes a été mise en place,
dont je faisais partie. On a décidé de se donner les moyens d’enregistrer plus de
choses. C’était un Zapping hebdo de 10 minutes qui passait le vendredi.
Personne n’avait jamais vraiment travaillé sur cette matière. On s’est rendu

36
compte qu’il y avait du potentiel pour travailler sur la matière télévisuelle. On
avait des journées assez chargées, l’année suivante, c’est devenu quotidien. Je
suis devenu responsable de cette chronique. On est devenus 4 ou 5 à l’époque.
Le format était passé à 3 voire 4 minutes quotidiennes.

Cela a donc changé depuis…

Oui, aujourd’hui nous sommes plutôt aux alentours de 5 minutes 15 secondes.


Au départ, nous étions très impressionnistes. Nous étions collés aux news, en
essayant de ne pas faire de doublon sur certaines images. Parfois, nous faisions
des petites résonances sur des extraits. Les années passant, nous sommes
devenus de plus en plus indépendants : au départ, le zapping était visionné par
soit l’animateur, soit le rédacteur en chef. Nous décidions ensemble, par
exemple, de terminer par une image en particulier pour faire réagir l’invité de la
journée. Nous compositions avec l’éditorial de l’émission dans laquelle Le
Zapping s’inscrivait. Depuis 10 ans, nous sommes totalement autonomes,
totalement indépendants. Nous enregistrons de manière totalement exhaustive,
totalement indépendante, les sept grandes chaînes, mais également le câble et le
satellite, dans lequel nous enregistrons énormément de choses aussi. Nous
donnons la bande avant l’antenne, elle n’est pas visionnée, à part par moi et
l’équipe), et par personne d’autre.

Qui a créé le mot « Zapping » ?

Je ne sais pas. Philippe Wandel disait qu’il avait importé cela des Etats-Unis, car
on trouvait le mot « zap » dans les comics sous forme d’onomatopées. Le mot
« zapping » a été vulgarisé par notre chronique, nous trouvons des zappings
partout d’ailleurs. Je ne sais pas vraiment qui a créé ce mot…

Y a-t-il eu des inspirations à l’étranger ?

Non, ce programme a été fait par les gens qui ont travaillé dessus. Le
programme a été esquissé avec les zappeurs qui ont travaillé sur ce format là.

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Y a-t-il eu des évolutions concernant le contenu même du Zapping, par
exemple sur les images choisies ?
Nous ne nous disons jamais : « On mettra plus de ci, plus de ça ». Nous nous
laissons porter par ce que nous recevons. Depuis 10 ans, il y a une matière
d’information et d’actualité qui est très importante dans le Zapping parce que
l’actualité nous a complètement digérés. Le monde de l’image dans lequel nous
sommes aujourd’hui et beaucoup de format de télévisions se nourrissent de cette
actualité (talk-shows, reportages, documentaires…). Lorsqu’il y a une actualité
très forte, nous sommes effectivement sur l’actualité. Nous essayons d’avoir un
point de vue sur ce qui est donné à voir de l’actualité.

Concernant « l’architecture » même du zapping, en tout cas sa


composition, vous respectez un règlement bien précis ? J’ai notamment
remarqué que la première partie concerne exclusivement l’acutalité
(avec en ouverture du programme les titres des deux grands JT), la
deuxième partie glisse vers plus de magazine, de divertissement. Y a-t-il
également des thèmes privilégiés par la rédaction ?

Ce n’est pas une chose qui est voulue a priori mais c’est vrai que les titres
d’ouverture des JT nous permettent de synthétiser l’information assez
rapidement, c’est parfois utile. Je regarde également les titres des deux JT pour
voir comment l’actualité est hiérarchisée sur les deux grandes chaînes. Ce n’est
pas systématique, mais c’est utile pour ouvrir le Zapping.
Concernant les thèmes privilégiés, nous sommes énormément portés par ce que
nous recevons. Le Zapping est simplement un point de vue sur le monde de
l’image tel qu’il est aujourd’hui en tout cas à travers l’outil de la télévision. La
télévision récupère d’ailleurs les images les plus chargées du web. Dans toutes
les chaînes, il y a des chroniques dédiées à l’Internet. Nous pouvons donc
diffuser les polémiques. Je ne me dis pas : « Demain, je ferai ça. » Demain, je ne
sais pas du tout ce qu’il y aura dans le Zapping ! Nous nous tenons simplement
au courant de l’actualité.

Mais comment faites-vous pour privilégier une information plutôt qu’une


autre ?

38
Nous faisons des choix. Nous nous basons sur notre point de vue. Il y a peut-être
plus de sensibilité sur telle ou telle problématique, mais je ne saurais pas en citer
une plutôt qu’une autre. Par exemple, sur la politique (j’aime beaucoup la
politique), le seul point de vue a priori que nous devrions avoir, c’est avoir un
regard critique sur l’exercice du pouvoir, qu’il soit de gauche ou de droite. Le
Zapping n’est pas un espace de règlement de compte, de jugement, nous
essayons d’avancer objectivement sur des extraits factuels (c’est une partie du
travail que de ne pas détourner le message, nous pouvons très vite en démarrant
un extrait plus tôt ou plus tard, détourner le sens de l’extrait) en prenant des
bouts d’information. Nous donnons notre subjectivité en créant des résonances,
des contrepoints, avec par exemple un extrait de divertissement, ou un autre
extrait de politique. Ce qui est intéressant, c’est le choc des images, c’est là-
dessus que nous intervenons. Nous donnons aussi à voir ce qui a été, à notre
sens, le plus intéressant de la veille, le meilleur comme le pire. Après, nous
agençons tout cela en essayant de donner du sens à ce robinet qui n’en a pas
tellement, en tout cas de moins en moins. Il y a tellement d’émotionnel
aujourd’hui dans l’image… En tant que citoyen, j’aimerais par exemple pouvoir
m’arrêter sur des informations, par exemple sur certaines polémiques. Par
exemple, le récent tremblement de terre en Italie est terrible, mais cela reste un
phénomène naturel, et ça nettoie tout ! On ne peut plus parler d’autre chose.
Alors bien sur, on va me répondre « Mais t’es dégueulasse ! Il y a des morts et
tout… ». Mais quelle est la hiérarchie entre les 250 personnes mortes en
essayant de rejoindre les côtes italiennes sur leur bateau et les 250 morts en
Italie ? Il y a quand même à mon sens beaucoup plus de questions à se poser
sur la première information, même si un tremblement de terre, c’est terrible.
Cette société du spectacle est souvent dépassée par son propre spectacle.
Les gens n’ont pas le temps de tout visionner, et mon programme est là pour
comparer parfois le traitement de certaines informations (on a parfois des
surprises) et dire au téléspectateur : « Attention, il faut toujours se méfier de ces
courroies d’information. » C’est un réflexe intellectuel. Nous travaillons là-
desssus. Si nous pouvons arriver à pousser les gens à avoir un pied en arrière
sur la réception de tout ce champ d’images, et bien tant mieux. Aussi, nous
exposons parfois certains extraits d’émissions qui nous semblent intéressants
mais qui sont vus 10 fois plus au Zapping que lors de leur première diffusion.
Mais tout cela très humblement !

39
Un article du Point sur Nicolas Sarkozy et la télévision rapporte des
propos du président de la République. Il trouve que les messages sont
détournés et que le programme est engagé…
Engagé ? Je ne sais pas ce que cela veut dire. Peut-être que ça le dérange, mais
je n’ai pas l’impression de faire un programme à charge contre Nicolas Sarkozy.
Mais il y a tout de même des questions que l’on peut se poser sur l’exercice du
pouvoir actuel. Je me les pose, de manière peut-être un peu plus visible.

Concernant le montage des images, j’ai remarqué que vous ponctuiez


souvent des extraits d’actualité par des images plus légères, par
exemple par des extraits d’émissions de variété datant des années 70.
En ce moment pas tellement, mais c’est vrai que cela peut nous servir de
transition. Lorsque nous avons des écrans qui se libèrent un peu, nous allons
piocher sur Melody (chaîne de variété française)

C’est vraiment des transitions ? ça ne sert pas plutôt pour envoyer un


message ?
La transition peut introduire un message. C’est de la ponctuation. Par exemple,
lorsque nous avons choisi de mettre un extrait de Valérie Bataille chantant « Pas
besoin d’éducation sexuelle » après un extrait de Jean-Luc Delarue proposant à
Carol Gaessler de lui tenir la jambe, et avant un extrait d’Attention à la marche
où la candidate répond à la question « Qu’est-ce qu’un homme polygame ? » que
c’est un homme qui fait beaucoup de photocopies… Nous sommes tombés
dessus, c’est aussi le hasard qui fait cela.

Il y a de l’ironie là-dedans !

Oui bien sur, enfin de l’ironie je sais pas... Enfin, le sens de ce que tu fais est
toujours donné par le récepteur et pas par l’émetteur. Il y a certes une volonté
de se marrer un peu quand même, évidemment.

Le Zapping correspond-il à ce que l’on a appelé « L’esprit Canal » ?

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C’est un programme qui, aujourd’hui, ne pourrait être que sur Canal Plus. Nous
avons mis un certain nombre d’années à trouver une liberté totale, nous étions
déjà libres mais aujourd’hui nous sommes vraiment autonomes : nous donnons
notre bande, elle est diffusée dix minutes plus tard, sans être visionnée. Cela
n’existe plus à la télévision. Déjà Canal était un peu à part, c’était une chaîne un
peu décalée, un peu plus proche de la façon dont les gens se parlaient et
voyaient les choses dans la vie réelle. Mais l’esprit Canal… Je suis à Canal depuis
20 ans, et l’esprit Canal c’est simplement des gens qui sont dans une aventure
tous ensemble au départ, et qui font la fête une fois par semaine au minimum
ensemble. Toutes les problématiques professionnelles se règlent autour d’un
verre (voire plus). L’esprit Canal, c’est rien d’autre ! Quand il y a eu un peu
de sous, ça a été partagé. Il y a eu certainement un peu de jalousie. Les gens de
Canal ont peut-être un peu fanfaronné à un moment donné. Ça ennuyait
tellement tout le monde que le retour de bâton a été aussi disproportionné que
l’idée qu’on véhiculait sur l’esprit Canal. L’esprit Canal, c’est juste ça. Lorsque
quelqu’un qui est en bas de la hiérarchie sociale croise un autre qui gagne trois à
cinq fois plus, il participait aussi au succès, il en avait aussi un peu. Et il pouvait
parler normalement à la personne au-dessus de lui autour d’un verre, voilà c’est
tout simple, c’est simplement plus humain !

Vous vous considérez comme un journaliste ?

J’ai trop de respect pour ce métier. On m’a proposé la carte de presse à une
époque, je l’ai refusée. Peut-être par humilité au départ, mais en fait je m’en
fiche.

Vous diffusez parfois de la publicité, pourquoi ?

On s’était fait taper sur les doigts par le CSA, mais je reviens à la publicité. Parce
que la pub synthétise un sens de l’époque très fort. Par exemple, une pub
actuelle pour Wolfswagen présente des traders en réunion comme aux
Alcooliques Anonymes, pour au final vendre une bagnole ! C’est vrai que je suis
très attentif aux messages publicitaires. Les grandes chaînes privées vivent
quand même de ça, et c’est très porteur de sens, il y a parfois de vrais bijoux.

41
Entretien Raphaël Garrigos, Libération, spécialiste des médias

Qu'est-ce que le Zapping représente pour vous?


C'est peut-être la plus vieille émission de Canal. Canal Plus est la seule chaîne à
pouvoir faire cette émission, comme elle a été la première à faire des émissions
de médias. C'est la seule chaîne qui a été capable de se dégager des
contingences de confraternité. Le Zapping n'est pas un outil agréable pour les
autres chaînes généralement.

Y a-t-il un message qui se dégage du Zapping ?


C'est certainement le JT le plus engagé de tout le PAF. Ils montent les extraits et
en font un JT engagé. C'est en majeure partie de l'actualité, puisqu'ils
n'enregistrent pas tout ce qui est de l'ordre de la fiction. Ils enregistrent ce qu'on
appelle le « flux », c'est à dire toute l'information et le flux. Selon moi, c'est un
JT, une vision du monde, qui ne me déplaît pas.

Où situeriez-vous le Zapping sur l'échiquier politique?


Plutôt vers la gauche de la gauche! Tout prend sens, c'est d'ailleurs quelque
chose qu'on peut leur reprocher. Lorsqu'on additionne quatre infos annonçant

42
des plans sociaux: un chez Continental sur TF1, 10 secondes chez Moulinez sur
France 2 etc... On a un effet de sens qui est terrible!Ils manipulent -enfin ils font
du montage!

Pourtant lors de mon entretien avec Patrick Menais il déclairait « Je n'ai


pas l'impression de faire un programme particulièrement à charge
contre Nicolas Sarkozy »...
Je pense que ça doit lui ressembler. Je ne sais pas si c'est à charge, moi à la
limite je trouve cela objectif! Mais engagé certainement. Peut-être qu'il n'a pas
envie de le dire mais les images parlent pour lui.

Selon vous, une ligne éditoriale claire se dégage du Zapping ?


Oui, moi elle m'apparaît très claire. C'est à chaque fois mettre des images qui
vont être scandaleuses et à chaque fois remettre en face des images de ... C'est
un peu un exercice d'intox et de désintox.

Entretien avec Colombe Schneck, journaliste médias France Inter


et iTélé :

En quoi le Zapping est-il symbolique de ce qu’on a appelé « L’esprit


Canal » ?

Je pense que c’est la seule chaîne où on peut se permettre de passer des extraits
d’autres chaînes. Je ne vois vraiment aucune autre chaîne française où l’on
pourrait mettre des extraits de TF1, France 2, enfin de chaîne concurrente. C’est
un sujet tabou, or à Canal on le fait sans problème.

Mais c’était quoi selon vous l’esprit Canal au moment de la création du


Zapping?

C’est une télévision qu’on ne voyait pas ailleurs. Par exemple je me souviens de
reportages avec de très longs plans-séquences. Canal est également la première
chaîne à avoir fait des émissions de médias. L’irrévérence à l’égard du pouvoir
comme on peut l’avoir dans Les Guignols de l’info , on ne voyait pas ça ailleurs

43
non plus. Aujourd’hui par exemple, il y a une fiction sur la politique d’aujourd’hui,
Arte en fait un peu, mais c’est typiquement Canal.

19h50 comme horaire de diffusion pour le Zapping, c’est un horaire


stratégique ?

Déjà, c’est juste avant le 20h, donc pendant la publicité ou les bandes-annonces
sur les autres chaînes. Les gens vont aller voir le Zapping car il n’y a rien ailleurs

Le montage du Zapping délivre-t-il un message, ou en tout cas un


sentiment?

Je pense que Patrick Menais délivre un message politique. C’est assez à gauche,
impertinent.

Comment cela s’opère-t-il ?


On rapproche des images d’autres images qui n’ont rien à voir!
Analyse des épisodes du zapping du 26 janvier 2009 au 7 février 2009 :
Conducteurs des zappings étudiés

26 janvier 2009 :
-Titre JT 20h TF1 : Claire Chazal parle de la tempête
-Sujet F2 JT Nuit : images des ravages de la tempête (forêts)
-Sujet TF1 20h : images immeuble ravagé
-France 2 « Incroyables expériences : un homme fait de l’électricité avec ses
mains
-France 5 Ripostes Serge Moati/Nathalie Kosciusko Morizet : débat sur l’image de
la jeune ministre (polémique sur un propos de Jean-Louis Borloo à son propos, il
l’aurait traitée de garce selon le canard enchaîné. NKM s’explique sur la phrase)
- France 2 Télématin : des Allemands dans une place tropicale artificielle
-F3 19/20 : Conseil national de l’UMP : Sarko égratigne le PS sous les
applaudissements de
-F2 Mot de Passe : un homme imite un bruit d’alarme sur un plateau de jeu
télévisé
-F3 19/20 : l’ « image du jour », Xavier Bertrand et Eric Besson ensemble

44
-Soir 3 : Relaie les propos d’un député UMP hostile à l’intégration d’Eric Besson à
l’UMP
-Paris Première : Images Rodéo (« déjection terrible »)
-France 5 « Médias » : Etude INA sur la présence de Sarkozy à la télévision (3
fois plus présent que Jacques Chirac)
-TF1 Sept à Huit : Roger Karoutchi fait son « coming-out » et raconte comment
Sarkozy a accepté son homosexualité
-Stade 2 : Images Football américain, essai particulièrement impressionnant
-Barack Obama : (faute d’orthographe dans l’incrustation d’I-Télé) Position de
Barack Obama sur l’IVG : « le droit des femmes à choisir »
-100% Foot : La France peut-elle se qualifier pour la coupe du monde 2010 ?
« Yes we can », fin du spot retour plateau « C’est ridicule »
-Combien ça coûte ? Enquête sur les privilèges des députés retraités
-Groland : blagues : « la bite avec laser pour ne pas pisser sur la lunette »

27 Janvier 2009 :
-Ouverture Titres F2 Pujadas : Tempête, déclarations Fillon
-19/20 Interview Fillon
-L’édition spéciale : duplex tempête salle communale pleine de frigos pour
conserver la nourriture
-Service Maximum : Courbet appelle les téléspectateurs à appeler F2, numéro
surtaxé
-19/20 : Interview Henri Emmanuelli, président du conseil général des Landes :
accuse le gouvernement d’inaction et d’effets d’annonce
-Six’ : Ravages de la tempête, interview sylviculteur
-20h TF1 : coût des dégâts de la tempête pour les assureurs : plusieurs
centaines de millions d’euros
-Attention à la marche : une jeune femme confirme la « réputation des
personnes de peau noire » pendant la « question coquine »
-Questions de générations, France 4 : Copé affirme que la première fois qu’il a
voulu être président de la république était à l’âge de huit ans
-SAV des émissions : Fred suce une banane
- LCI Journal : Vaste mouvement de grève annoncé pour le 29 janvier
- Matinale Canal+ : Raffarin affirme que le mouvement social ne durera pas
longtemps

45
-MTV Parental Control : Un jeune montre sa sœur en train de se frotter à un
homme à ses parents en les accusant de se moquer du fait que leur fille soit une
« femme facile »
-Mots croisés : sondage 69% d’adhésion au mouvement de grève. François
Chérèque affirme qu’il n’est pas étonné
-Soir 3 : Plan de rigueur chez Viagra
-Retour Mots Croisés : Une journaliste relate les propos de Nicolas Sarkozy :
« Vous nous avez emmerdés avec Le Pen, je vais vous niquer avec Besancenot »
- La boîte à questions : Cinq actrices font un doigt d’honneur à Nicolas Sarkozy
-Open d’Australie : Tsonga demande trois balles d’un coup au ramasseur, Ace set,
match…
-100% Mag : les filles d’Obama Sasha et Malia ont une poupée à leur effigie
-Zap Net LCI : images de catch ultra-spectaculaire, le combattant censé dominer
tombe en dehors du ring

28/01/09 :
- Journal Télématin : Le PS dépose une motion de censure, aucune chance d’être
votée
-France 3 : Assemblée nationale : Jean-Marc Ayrault (PS) interpelle Fr. Fillon sur
les tensions sociales
-France 5 Au cœur des tribus : documentaire, un européen arrive dans une tribu
africaine et subit le rituel du sang : quelqu’un lui crache du sang au visage
-Retour F3 Assemblée Nationale : JM Ayrault continue son discours : accuse le
gouvernement de bafouer tous les contre-pouvoirs, prend l’exemple de la loi sur
l’audiovisuel + limitation droit d’amendement, essouflé
-Koh Lanta : des jeunes femmes retrouvent un slip par terre…
- Réponse Fillon : « motion de censure pour masquer les blessures du congrès de
Reims »
-19/20 : statistique chômage « rien que sur la journée d’hier, plus de 70000
postes supprimés aux USA »
- TF1 20h : étapes de la production du porc : augmentation considérable du prix
- F2 13h : à peu près la même chose pour le bœuf
- SAV des émissions : ironise sur le pouvoir d’achat des français qui « vont
manger de la terre »

46
- 19/20 : F. Lefebvre propose de sanctionner les syndicalistes qui « abusent du
droit de grève »
-Pascal le grand frère : le « grand frère » tente de raisonner deux jeunes
hommes en froid : ça termine en bagarre
-Soir 3 : R. Bachelot parle de M. Aubry. Au début, plutôt sympathique, ensuite
« Je lui souhaite de tout cœur qu’elle se casse la gueule »
-Toute une histoire : Delarue cite Fénélon : « C’est une perfection de n’aspirer
point à être parfait ».
-JT Canal + : Barack Obama parle de laïcité et du monde musulman
-BFM TV Midi : Une américaine donne naissance à huit bébés
-Canal+ Sport : Belle balle de Federrer

29/01/09 :
-BFM TV : Sarkozy : « Désormais, quand y a une grève en France, personne ne
s’en aperçoit »
-Bande Annonce « Des chiffres et des lettres » : la dame chante « Happy
birthday M. President » à Nicolas Sarkozy
-BFM TV : Union syndicale , à propos de la journée de mobilisation à venir
- Assemblée nationale : L’AN est presque vide, plusieurs députés ont choisi de ne
pas participer à la séance
-C A Dire : Cambadélis : « notre manière de faire la grève à nous »
-L’édition spéciale : Montage : « J’écoute, mais je tiens pas compte » puis
« J’écoute les inquiétudes, j’en tiens compte »
- Divertissements TF1 : un homme fait un bruit d’oiseau
- Questions au gouvernement : Devedjian parle de la crise : « L’état est
debout ». Pendant ce temps là, un député s’endort…
-France 5, documentaire animalier : des éléphants de mer se prélassent au soleil
-19/20 : McDo, résultats en hausse (+80%)
-Les infiltrés : Un DRH explique qu’il va faire craquer une employée pour la faire
démissionner
-France 3 : Commando. Massage d’un homme qui se fait craquer le coup
violemment.
-66 minutes : Une employée se fait proposer une mutation à Hénin-Beaumont
alors qu’elle n’a pas le permis. Si elle refuse, c’est la porte.

47
-LCI : Un homme de l’armée américaine a été suspendu 6 mois pour avoir salué
Barack Obama lors de sa cérémonie d’investiture
-Les infiltrés : Pujadas présente des statistiques du travail précaire : en forte
augmentation ces dernières années.
-Boxe : Un homme se fait violemment boxer
-Soir 3 : Dégâts humains et matériels à Madagascar. Images de corps calcinés
-Coupe de France : Violent choc entre le gardien lyonnais et un attaquant
marseillais
-France 5 : Inflammation des tétons des joueurs de guitare. Des guitaristes
décident de renvoyer une fausse étude sur l’inflammation du scrotum des
joueurs de violoncelle. L’article est publié…dans le British Medical Journal
-France 3 : Commando : Un soldat suspendu à une corde se casse la figure par
terre

30/01/09 :
-Canal + La boîte à questions : Slogan pour la grève ? Chanson inspirée du
slogan de Nicolas Sarkozy « La France qui se lève tôt »
-TV5 Monde : Reportage manifestations à Paris, statistiques et composition des
cortèges
- TF1 : Reportage manif à Marseille. Faux couple Sarkozy/Carla Bruni:
-F2 13h : Marseille 1000 pertes d’emploi dans la région, forte mobilisation
-BFM TV : Comment écrire ses doléances à Nicolas Sarkozy
-M6 12/50 : Un homme avec un masque de Sarko : « lorsque les français
manifestent, on ne s’aperçoit de rien »
-Arte Paris/Berlin : Augmentation des revenus en haut de la pyramide des
salaires (managers/finance) : Le PDG le mieux payé de France a gagné 907
années de SMIC
-F2 13h : Manifs à Nice : Salariés de Sofia Antipolis eux aussi en grève. 5000
salariés licenciés, argent redistribué aux actionnaires
-M6 Six minutes : Accident de bus rentré dans une banque
-Arte Paris/Berlin : USA Revenus de 90% des américains ont stagné depuis 30
ans, 1% les plus riches ont vu leur revenu progresser. France, la même chose
- F2 A vous de juger : L. Joffrin constate un profond sentiment d’injustice. Crise
mondiale, fond de l’affaire : population sent l’injustice à l’égard des dirigeants
économiques, même les cadres

48
-BFM TV : La reporter parle de « manifestants d’extrême gauche »
-TF1 13h : Policiers qui manifestent pour une hausse des salaires
-NRJ 12 Sexy Staff : un homme défile en caleçon, il s’avère qu’il est policier
(incrustation)
-Canal + JT : Vœux du président à l’éducation nationale perturbés par manifs.
Sarko n’aurait pas appréciés. Aurait réclamé le licenciement du préfêt. Il a été
muté
-NRJ 12 Sexy staff : le policier a gagné le concours du « plus sexy »
-LCI : le président juge « légitime l’inquiétude provoquée par la crise ».
Détermination à agir. Annonce la tenue d’une réunion sociale
-C dans l’air : Calvi parle de la réaction de Fillon aux grèves : 1000 mesures de
soutien sont proposées
-TF1 Roue de la fortune : « Très bavarde : de quoi ? de tout : filles, fringues, cul,
de tout ! »
-M6 Six ‘ : Images évasion à deux ratée
-Voyage : Un homme sur la banquise s’énerve du fait de ses conditions de vie
« This movie is simply over »

31/01/09 :
-France 2 20h : Obama parle de l’irresponsabilité des banquiers qui demandent
des bonus en période de crise, une « honte » selon lui.
-TF1 20H : Affaire Citigroup, suppressions d’emploi, mais fabrication d’un jet
privé en France pour les dirigeants du groupe.
-LCI Zap Net : deux jeunes dans une attraction, on voit leurs têtes se tordre de
peur
-France 3 12/13 : Retour même interview de B. Obama : demande plus de
retenue et de responsabilité de la part de wall street.
-M6 12/50 : Erection à Tikrit (Irak) d’une statue de chaussure en l’honneur du
journaliste ayant balancé sa chaussure sur Bush
-France 3 Comme un vendredi : JF Copé à propos de F. Bayrou « c’est pas une
invitation au rêve »
-La boîte à questions : Deux syndicalistes choisiraient de ne pas partir en
vacances s’ils devaient être avec Sarko ou Parisot
-F3 Championnats du Monde handball, match France Danemark : un attaquant
français tire dans le visage du gardien danois, sonné

49
-TF1 La roue de la fortune : Une femme n’arrive pas à trouver le rapport entre
« culotte » et « ozone »
-Arte Global Mag : comment l’industrie du tabac fait sa pub en Afrique, ex :
Certaines marques de Philipp Morris qui s’appellent Visa
-TF1 La soirée de l’étrange : une comédienne célèbre a peur et hurle
-Paris Première, Cactus : C. Bravo parle du 9 septembre 2001 au lieu du 11
- TF1 la soirée de l’étrnage : B. Solo évoque un passage durant l’enregistrement
de l’émission, pendant lequel un membre de la production lui aurait demandé
d’arrêter de poser des questions sur les sujets à l’antenne
-M6 Un dîner presque parfait : un candidat accueille ses invités en leur chantant
l’Ave maria
-TF1 A prendre ou à laisser : une jeune femme évoque son surnom en chantant
-Canal + Sport : Open d’Australie, superbe balle de Nadal
-TF1 Sans aucun doute : faux « hors antenne »
-Virgin 17 : deux hommes s’amusent à plonger leur tête dans un liquide étrange,
un des hommes vomit

02/02/09 :
-Vendée Globe : arrivée Michel Desjoyaux
-F2 Stade 2 : France championne du monde de Handball, images de liesse
-Vendée Globe : interview M. Desjoyaux « c’est magique »
-Canal+ Sport : Open d’Australie : Ovation du public à Federrer, qui vient de
s’incliner face à Nadal (il pleure)
-JT F2 : l’équipe de France de Handball chante en duplex de Croatie pour le JT
-Canal Football Club : Dugarry parle de Domenech alors qu’il est sur le plateau :
« Avec Raymond on parle jamais football, il essaye de nous enfumer
-SLT : Ardisson dit à Besancenot qu’il manque de « dimension personnelle »,
moue de Besancenot
-JT F2 : Delahousse à S. Marceau : « ça vous arrive souvent de jouer au loto
avec les bulletins de vote ? » des regrets ? « non »
-JT TF1 : Reportage dans un magasin qui récupère les aliments périmés,
réduction de 30 à 70%
-L’objet du scandale (F2) : Barbelivien : « nos campagnes françaises ressemblent
un peu à la Roumanie que j’allais visiter »
-TF1 CçC : coiffeuse de chiens, 80€ pour la coupe d’un yorkshire…

50
-Arte Info : Affaire Tarnac, une adjointe PC à la mairie de Tulle manifeste pour
protester contre la mise en détention de Coupat, « prisonnier politique »
-F3 Questions pour un champion : un candidat avec des dreadlocks choisit le
thème « L’herbe dans tous ses états » Réponse : « Mais bien sur ! » de
l’animateur
-JT TF1 : caméra cachée dans un commissariat. Un homme s’est fait arrêter par
les flics car il ne traversait pas sur les clous. Les passants prennent « fait et
cause » en sa faveur, arrêté pour « appel à l’émeute ». « Il parait que j’ai dit
totalitaire, c’est bien possible. Ils me mettent les menottes immédiatement »
-JT F2 : Parti républicain, chef noir Michael Steel
-F2 Super Bowl : un essai absolument magnifique

03/02/09 :
-F3 19/20 : A. Pulvar commente les chiffres du chômage, 200 000 chômeurs de
plus
-JT F2 : Titres 1000 chantiers pour la relance
-19/20 : Maryse Dumas de la CGT « ni pouvoir d’achat ni investissement »
-JT TF1 : discours F. Fillon « réponses de bon sens, opérationnelles »
-M6 Coûte que coûte : une « journaliste » spécialiste du pouvoir d’achat enfile
des perles « j’aime à dire qu’il est plus difficile de vivre avec 500€ qu’avec
20 000€ »
-F5 On n’est pas que des parents : blague potache sur le couple Sarkozy et les
hémoroïdes
-Les guignols : mini Sarko débarque en Guadeloupe « j’appellerai cette terre la
Guadeloupe » 2009 : découverte de la Guadeloupe par Nicolas Sarkozy
-19/20 : une manifestante guadeloupéenne commente les mesures du
gouvernement : « nul »
-itélé journal : un journaliste en duplex d’une usine est dérangé par un monsieur
qui se met dans le cadre : il le repousse de la main en s’excusant
-F3 Soir 3 : des salariés d’une raffinerie Total en Angleterre manifestent pour « la
priorité aux travailleurs britanniques »
-Planète : docu « Expérience Cannabis » : la journaliste fume un joint pour
essayer
-F3 Globes de cristal : Delarue « vous voulez que je vous tienne quelque chose ?
la jambe ? » à Carol Gaessler

51
-Melody : Sheila chante « pas besoin d’éducation sexuelle pour tomber
amoureuse de toi »
-TF1 Attention à la marche : qu’est-ce qu’un homme polygame ? la jeune femme
répond « un homme qui fait beaucoup de photocopies »
-Les globes de cristal : Delarue « c’est bien la mode, c’est court ! »
-L’édition spéciale : Chris Esquerre pour la revue de presse des journaux qu’on
ne lit pas, « un homme est poursuivi pour viol de poupées », il faut demander
l’autorisation
-Retour Cannabis : la journaliste est complètement défoncée
-Téléshopping : l’animateur est très fier de sa poubelle
-Globes de cristal : delarue s’adresse à Jacques Attali : « ça fait du bien d’être
président ? vous avez été tout près d’un président pendant longtemps ! »
-F3 Se soigner autrement : malades font l’exercice du grain de raisin
-Globes de cristal : Delarue critique Cauet
-Le Grand journal : le public et tout le monde fait la fête avec l’équipe de France
de Handball

04/02/09 :
-12/13 : 3,5 millions de personnes mal logées dont beaucoup de retraités
-19/20 : reportage chez des anciens ouvriers à la retraite, très mal logés
-Paris Première : Claude François chante « le plus malheureux c’est celui qui
reste, c’est moi »
-F2 JT nuit : EN Espagne 13,9% de chômage, du jamais vu depuis 12 ans
-F2 Télématin : Plus de 20 millions de paysans chinois contraints au retour à la
campagne à cause de la crise, équivalent population active française
-iTélé : reportage, un responsable anti-drogue : « 49% des français ne savent
pas qu’il est interdit de fumer du cannabis à la maison»
-TF1 13h : Pernaut parle des « tisanes » qui reviennent à la mode
-Koh Lanta : une candidate « il faut qu’on se ressaisisse », jusqu’à « mourir pour
l’épreuve »
-F2 Télématin : le PM chinois se fait traiter de dictateur par un étudiant qui lui
jette sa chaussure
-F2 20h : des professeurs d’université lancent leur chaussure contre une ministre
imaginaire

52
-iTélé : Sarkozy qui dit « le fleuve est fidèle à sa source en allant vers la mer, pas
en remontant vers la source »
-JT F2 : le manifestant condamné en appel pour avoir brandi « casse toi pauvre
con » à Sarkozy pour outrage
-F2 Toute une histoire : delarue se fait hypnotiser en direct
-F3 Ce soir ou jamais : un homme raconte que Sarko aurait dit en campagne
« l’homme n’est pas une marchandise comme les autres »
-TF1 Enquêtes et Révélations : un homme raconte la procédure pour ramener un
bébé américian en France
-JT F2 : H. Clinton parle de son mari : « vie très variée », allusion à l’affaire
Levinsky
-F2 C’est au programme : les animateurs chantent « ho les filles ho les filles »
-F5 Passions sauvages : des femelles singes se fabriquent leurs propres
préservatifs
-F3 12/13 : l’Iran procède à un lancement de satellite sur orbite
-F2 Télématin : les jeunes passant trop de temps devant leur écran sont
déprimés, selon une étude américaine

05/02/09 :
-JT TF1 : livre de Péan qui accuse Kouchner d’avoir profité de son statut de
ministre pour se faire signer des factures antérieures
-F3 Questions au gouvernement : Kouchner se justifie à l’AN : « je n’ai jamais eu
besoin d’user de mes fonctions ministérielles »
-12/13 : Deux secrétaires d’Etat d’Obama ont fraudé avec le Fisc et sont
renvoyés : I screwed up ! »
-F2 JT Nuit : Péan : « intérêt pour l’argent de Kouchner »
-F2 JT : Kouchner invité : calomnier ma femme et ce que je fais, c’est honteux
-F2 JT Nuit : Obama bloque les salaires des patrons des sociétés renflouées
-F2 : Vannes qualifié pour la finale de la coupe de la Ligue face à Nice
-12/13 : IBM réduit de 15% le salaire de ses commerciaux
-Soir 3 : reportage dans une fac à Strasbourg
-M6 66 minutes : une manifestante gueule « on en a ras le bol »
-JT Nuit F2 : reportage des syndicalistes de Gandrange déposent une stèle pour
le deuil des promesses de Sarkozy

53
-TF1 Attention à la marche : une vieille dame raconte que son mari lui a ramené
un godemiché
-F2 JT Nuit : images des promesses de Sarkozy à Gandrange
-Attention à la marche : « je ne le sors jamais, il m’en faut un plus petit »
-F2 JT Nuit : un syndicaliste raconte que lorsqu’on a mis Sarkozy face à ses
promesses non tenues, il s’est vexé et est parti.
-TV Melody : « viens mon corps expire, mon cœur délire, je n’en peux plus »
-A prendre ou à laisser : vous êtes célibataire ? demande Arthur. Oui, euh, non
répond la candidate. Pour vous oui !
-F2 Les temps changent : Différence de la crise écologique actuelle par rapport
aux précédentes : elle est beaucoup plus rapide et est dûe à une espèce, la notre
-F3 19/20 : images d’une toile d’araignée cosmique

06/02/09 :
-TF1 13h : Deux retraités achètent au marché « du solide » car ils s’attendent à
voir « du vent » ce soir à la télévision (intervention Sarkozy)
-M6 « Les Français face à la crise » : Un syndicaliste dit que le gouvernement
« mégote » pour des mesures de soutien au pouvoir d’achat et distribue « des
milliards » aux banques, « c’est indécent »
-F2 Intervention de N. Sarkozy : l’argent prêté aux banques rapportera au
budget de l’Etat 1,4 milliards d’euros, utilisés pour financer des mesures sociales
-Canal+ JT : A New York, « Bill le renfloueur » distribue des billets de 50$ aux
gens qui font la queue pour obtenir de l’argent
-M6 Intervention de N. Sarkozy : 17% des Français au SMIC, si on l’augmente,
83% seront laissés de côté
-Canal+ JT : Retour « Bill le renfloueur », un conte de fées trop beau pour être
vrai, buzz autour d’un site internet de petites annonces, moins cher qu’une
annonce publicitaire
-F2 Intervention Sarkozy : Partenaires sociaux d’accord pour que le chômage
partiel soit indemnisé à 60%, je trouve qu’on doit aller plus loin
-Melody : Madness chante « One step beyond » (un pas en avant, plus loin)
-TF1 Intervention de N. Sarkozy : Propose la suppression du deuxième tiers de
l’impôt sur le revenu pour les moins fortunés des contribuables
-Melody : Retour Madness
-TF1 Sarkozy : « Je vous l’annonce, on supprimera la taxe professionnelle »

54
-TF1 A prendre ou à laisser : Arthur : Vous allez faire quoi de l’argent gagné ce
soir ?
Candidate : « ça dépend combien, mais au départ je veux payer mes études,
c’est pour ça que je suis ici »
-Canal+ Le Grand Journal : Une étudiante squatte le plateau où se trouve Valérie
Pecresse : « TF1 Sarkozy, F2 Sarkozy, F3 Sarkozy, Canal+ Valérie Pécresse »
-France 5 C dans l’air : Yves Calvi : Comment va s’appeler le nouveau parti de
Besancenot ? NPA, ça fait très Canal+. Est-ce qu’ils l’ont fait exprès ?
-TF1 Sarkozy : « Avec la gravité de la crise, si on n’obtient pas des résultats sur
la régulation financière les gens se révolteront et ils auront raison. Ma marge de
négociation est nulle, nous voulons des résultats » (parle du G20)
-F2 Débat : Edwy Plenel raconte que Mediapart révèle que le groupe Bolloré ainsi
que plusieurs banques ont des niches au Lichtenstein
-TF1 N. Sarkozy : « La règle des 3 tiers est bonne : sur 100 de bénéfices, 33
doivent revenir aux salariés, 33 aux actionnaires, 33 à l’investissement. »
-Canal+ JT : soupçons de fraude fiscale par Total en Suisse
-Arte « Le retour des bœufs musqués » : deux bisons se rentrent dedans en
pleine vitesse
-BFM TV : L. Parisot : il n’est pas normal que l’Etat fixe le salaires des dirigeants
des entreprises
-TF1 N. Sarkozy : Pujadas demande à N. Sarkozy s’il compte se représenter en
2012 : « Oh que oui, j’ai des doutes »
-BFM TV : la journaliste interpelle F. Lefebvre, porte-parole de l’UMP, sur le fait
que la Guadeloupe n’ait pas été citée pendant l’entretien au président de la
République
-F2 Débat : N. Domenach demande à ce que le président soit la prochaine fois
interviewé non pas à l’Elysée mais dans les studios des chaînes de télévision

07/02/09 :
- F3 12/13 : Sujet sur la taxe professionnelle : N. Sarkozy chiffre la disparition
de la TP à 8 milliards pour les collectivités, en réalité 28 milliards selon
l’Association des maires de France
- iTélé Journal : Chartres de Bretagne, 7000 habitants, 9 millions de budget dont
2 provenant de la taxe professionnelle, la ville est menacée de disparition de
plusieurs installations sportives et culturelles

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- F3 12/13 : un monsieur : « Encore un cadeau au patronat ! Qui va payer ? Les
citoyens ? Une hausse des impôts locaux ? »
- NT1 Catch Attack : Un catcheur frappe le président de la compétition
- F2 Service Maximum : Julien Courbet s’exprime sur l’arrêt de l’émission : « ça
n’a rien de politique, ce n’est ni le président ni la ministre de la Culture qui a
demandé l’arrêt de l’émission. On fait juste pas assez d’audience. »
- TF1 La roue de la fortune : Un candidat : « oui, je vais devenir trader, un
métier qui marche très très bien en ce moment » Dechavanne répond : « enfin il
y a eu quelques boulettes, des petites boulettes qui ont coûté quelques centaines
de milliards au monde entier. »
- F3 19/20 : Présentatrice : déficit commercial historique de près de 56 milliards
d’euros, en raison de la facture énergétique
- F2 Télématin : Reportage dans un restaurant où l’on paye ce que l’on veut à
Londres.
- MTV « Tila, célib et bi » : des jeunes boivent des « shots » d’alcool et de
boissons dégoûtantes (huile de colza…). Tout le monde se met à vomir
- F2 Télématin : Michael Phelps est suspendu pendant trois mois pour avoir fumé
du cannabis, car « il doit être un modèle pour la jeunesse »
- MTV « Tila, célib et bi » : Les hommes, pour « prouver leur amour » à Tila,
doivent manger un pénis de bœuf, et les femmes un vagin de truie
- iTélé journal : Un nouveau mode de contestation apparaît, le lancer de
chaussures. L’ambassadeur d’Israël en Suède s’est fait lancer des chaussures par
une femme
- Canal + JT : Obama a maintenant son cigare au Nicaragua. Déjà 20 000
vendus aux Etats-Unis.
- F2 13h : confrontations tendues entre les écologistes et les pêcheurs dans
l’Antarctique : un bateau d’une association a été éperonné par un chalutier
japonais
-MTV « Tila célib et bi » : les femmes doivent manger le vagin de truie, les
candidates vomissent
- LCI Zap Net : L’animateur de télé et de radio Cauet s’énerve en pleine émission
de radio. Il veut faire « une blague » en se faisant passer pour un agent de
recensement, la personne au bout du fil ne veut pas, il lui répond en hurlant « va
te faire enculer », visiblement très énervé.

56
Résumé
La première partie de ce mémoire s'attache à exposer l'historique du Zapping,
mais également le contexte dans lequel il s'inscrit. En effet, vingt ans après sa
création, le zapping est désormais un mot faisant partie du langage courant (il
désigne le comportement des téléspectateurs comportant à "zapper" c'est à dire
changer de chaîne, très rapidement et de façon un peu systématique), sans
doute popularisé par le programme du même nom. Pour preuve, la multiplication
des différents zappings proposés par les sites d'information et par d'autres sites
uniquement consacrés à cela.

Ensuite, il est démontré dans le mémoire le contexte télévisuel dans lequel


s'inscrit le Zapping. 19h50 est un horaire stratégique, mais plus globalement le
zapping fait partie des émissions "en clair" de la chaîne, considérées comme la
"vitrine" de Canal Plus, poussant les téléspectateurs à s'abonner. Il y est expliqué
la façon dont les "zappeurs" travaillent pour construire ces cinq minutes de
programme. Il y est également précisé l'architecture du Zapping, ce qui donne
globalement: de l'actualité en ouverture, avec beaucoup d'extraits des journaux
télévisés. Ensuite, plus de divertissement, mais également des sujets de
magazines. Enfin, presque toujours du divertissement ou du sport en cloture de
Zapping.

Enfin le mémoire s'attache à démontrer en quoi le Zapping délivre un message


au moyen du montage des images. Il est expliqué que la façon dont les images
sont agencées créé du sens: contradiction ou ironie notamment. Cette analyse
est avalisée par deux journalistes spécialistes des médias, Colombe Schneck et
Raphaël Garrigos.

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Mots-clés:

1/ Zapping

2/ Canal +

3/ Télévision

4/ Revue de presse

5/ Ligne éditoriale

6/ Humour

7/ Documentaire

8/ Divertissement

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