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CCP:BA/TF 03/15

Octobre 2003

CCP:BA/TF 03/15 Octobre 2003 F COMITÉ DES PRODUITS GROUPE INTERGOUVERNEMENTA L SUR LA BANANE ET LES

F

COMITÉ DES PRODUITS

GROUPE INTERGOUVERNEMENTAL SUR LA BANANE ET LES FRUITS TROPICAUX

Troisième session

Puerto de la Cruz (Espagne), 11-15 décembre 2003

FRUITS TROPICAUX – LEURS VALEURS NUTRITIONNELLES, LEUR BIODIVERSITÉ ET LEUR CONTRIBUTION À LA SANTÉ ET À LA NUTRITION

Table des matières

I. INTRODUCTION

II. IMPORTANCE ET UTILISATION DES VALEURS NUTRITIONNELLES

III. VALEUR NUTRITIONNELLE DES FRUITS TROPICAUX

Paragraphes 1 - 2

3 - 6

7 - 19

IV. FRUITS TROPICAUX ET ALLÉGATIONS NUTRITIONNELLES

20

V. BIODIVERSITÉ DES FRUITS TROPICAUX ET IMPLICATIONS

NUTRITIONNELLES

21 - 28

VI.

RÔLE DES FRUITS POUR LE MAINTIEN DE L'ÉQUILIBRE

NUTRITIONNEL ET POUR LA SANTÉ

29 - 30

VII. APPROVISIONNEMENT ET CONSOMMATION VIII. SÉCURITÉ SANITAIRE DES ALIMENTS, CODEX ET FRUITS TROPICAUX

31 - 34 35 - 36

IX.

AMÉLIORER LA SÉCURITÉ SANITAIRE ET LA QUALITÉ DES

PRODUITS FRAIS

37 - 38

X.

CONCLUSION

39 - 41

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1

I.

INTRODUCTION

1. Les fruits tropicaux constituent une ressource nutritionnelle et économique importante

pour les pays en développement. Les principaux fruits tropicaux, comme la banane, la papaye, l'ananas, la mangue et l'avocat, sont généralement ceux qui ont le plus de poids en termes économiques et commerciaux. Toutefois, si la classification de "principaux fruit tropicaux" peut être pertinente d'un point de vue économique, elle ne tient pas toujours compte de la contribution ou de l'importance des milliers d'autres fruits tropicaux cultivés et consommés dans le monde entier.

2. Le présent document indiquera quels sont les éléments nutritifs importants des principaux

fruits tropicaux et des fruits tropicaux mineurs (aussi appelés fruits exotiques) tels que la goyave, le mangoustan, la lime, la carambole, le longane, le ramboutan, le durion, le litchi et le fruit de la

passion. Nous tenterons également d'expliquer comment les valeurs nutritionnelles peuvent différer selon les variétés, la transformation et d'autres facteurs. Le document fournira des données sur l'approvisionnement et la consommation en les confrontant aux recommandations alimentaires actuelles, et examinera brièvement certaines questions touchant la sécurité sanitaire et la qualité des fruits tropicaux au stade de la production, de la manipulation et de la transformation 1 .

II. IMPORTANCE ET UTILISATION DES VALEURS NUTRITIONNELLES

3. Les informations relatives à la composition des aliments figurent dans les tables de

composition nationales et sont utilisées principalement pour convertir les aliments ingérés en apport de constituants alimentaires. Ces données sont importantes pour l'évaluation nutritionnelle, la recherche des liens entre le régime alimentaire et les maladies, les politiques et les programmes en matière de santé et de nutrition, les politiques agricoles, l'étiquetage des denrées alimentaires et l'éducation des consommateurs. Des erreurs systématiques ou aléatoires au niveau des valeurs nutritionnelles peuvent fausser les estimations de l'apport en nutriments. De telles erreurs pourraient altérer les résultats des recherches, les estimations de la disponibilité énergétique alimentaire et la prévalence de la malnutrition. Le choix des programmes nutritionnels pourrait en être influencé. La disponibilité de données de qualité concernant la composition des aliments revêt donc une importance majeure pour toutes les activités susmentionnées. Pourtant, dans le passé, les utilisateurs des tables de composition des aliments ont accordé peu d'attention aux différences dans les valeurs nutritionnelles indiquées dans les tables (Baghurst et Baghurst, 1990) et les ont utilisées comme s'il s'agissait de mesures scientifiques précises.

4. En général, les utilisateurs des tables de composition des aliments s'intéressaient aux

valeurs moyennes. Depuis quelques années, grâce aux possibilités offertes par les analyses statistiques probabilistes, ils veulent en savoir plus sur la fourchette de valeurs. Cette fourchette,

qui indique la valeur minimale et maximale et l'écart ou l'erreur type, donne aux utilisateurs une indication de la variabilité des nutriments présents dans les aliments.

5. La variabilité biologique naturelle de la teneur en éléments nutritifs des aliments peut être

due à des différences au niveau des conditions climatiques et du sol, de l'état de maturation et des cultivars. Ces différences sont considérées comme des variations vraies entre les aliments. En revanche, l'introduction de variations artificielles est attribuable aux méthodes d'analyse, à la

définition des nutriments, au facteur des déchets et à la reprise de valeurs issues de sources différentes.

1 Veuillez consulter le document CCP:BA/TF 03/CRS 7 pour les références, les tableaux techniques et autre documentation d'appui au présent document Des informations supplémentaires sur ce thème sont disponibles sur le site de la Division de l'alimentation et de la nutrition de la FAO, à l'adresse www.fao.org.

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6. Comme indiqué plus haut, le deuxième élément à prendre en compte aux fins de la

conversion d'un aliment en apport nutritionnel est le facteur des déchets, aussi appelés résidus ou parties non comestibles. Il s'agit des parties non consommées des aliments tels qu'achetés, comme les os, la peau, les pépins, le noyau, les coques, etc. La soustraction des déchets est nécessaire car la plupart des tables de composition des aliments indiquent les valeurs nutritionnelles pour 100 g de produit comestible. Malheureusement, les valeurs des déchets ne sont pas du tout indiquées dans certaines tables de composition, et pourtant l'apport en éléments nutritifs des fruits tropicaux peut varier considérablement selon la façon dont ces valeurs sont calculées.

III. VALEUR NUTRITIONNELLE DES FRUITS TROPICAUX

7. La composition en éléments nutritifs des fruits tropicaux figurant dans le présent

document (pour des références complètes, voir CCP:BA/TF 03/CRS 7) est établie sur la base des valeurs nutritionnelles publiées. La table française de composition des fruits exotiques et des fruits de cueillette d'Afrique (Favier et autres, 1993) a été choisie comme référence principale

pour la composition des fruits tropicaux. Pour ce qui concerne les lipides, nous nous sommes également appuyés sur les tables thaïlandaises de composition des aliments (1999).

8. Les valeurs des déchets oscillaient entre 10 et 20 g, ce qui influe considérablement sur

l'estimation de l'apport en éléments nutritifs. Si une légère variation des macronutriments est prévisible, en revanche la teneur en éléments minéraux et en vitamines est très variable, pouvant être jusqu'à 10 fois et 400 fois supérieure, respectivement. La maturation modifie les valeurs nutritionnelles des fruits. On observe le plus souvent une augmentation de la teneur en eau, en éléments minéraux, ainsi qu'en la plupart des vitamines et en carotène. Une exception est la banane dont la concentration en carotène diminue avec le mûrissement (Rodriguez-Amaya, 1987). En outre, une partie de l'amidon qui contribue au contenu en fibres de ce fruit, est transformée en sucres. Avec la transformation, par exemple lors de la mise en conserve ou du séchage, les vitamines sont en partie détruites. Les fruits tropicaux ont généralement une teneur en énergie et en macronutriments de faible à moyenne, mais ils peuvent être riches en micronutriments. Dans la section suivante, on trouvera les valeurs nutritionnelles intéressant les nutritionnistes ou les consommateurs. Elles sont toutes exprimées pour 100 g de partie comestible.

Énergie

9. La plupart des fruits tropicaux fournissent environ 200-280 kJ (40-70 kcal). Certains

fruits sont plus énergétiques, comme la banane avec 379 kJ (89 kcal), l'avocat 572 kJ (139 kcal) et

le durion 536 kJ (126 kcal). La lime, la goyave et la carambole ont une faible valeur énergétique:

91 kJ (22 kcal), 132 kJ (31 kcal) et 121 kJ (29 kcal), respectivement. Les fruits séchés ont une valeur énergétique élevée oscillant entre 1100 et 1450 kJ (260-340 kcal) en raison des concentrations de sucre. Les jus apportent environ 230 kJ (54 kcal).

Protéines et lipides

10. La teneur en protéines et en lipides des fruits tropicaux est très faible, le plus souvent

inférieure à 1g. Font exception l'avocat (protéines 1,8 g et lipides 14,2 g), le durion (protéines 2,4 g et lipides 2-5 g) et le fruit de la passion avec les pépins (protéines 2,6 g et lipides 1,2 g).

Glucides

11. Les données indiquées se rapportent aux glucides disponibles en équivalent

monosaccharides, c'est-à-dire que les fibres ne sont pas comprises tandis que le poids de l'eau d'hydratation des monosaccharides est inclus. La plupart des fruits tropicaux fournissent entre 10 et 15 g de glucides, mais certains ont une teneur plus élevée, par exemple la banane (environ 20 g) et le durion (26,3 g). La teneur en glucides des fruits séchés est beaucoup plus élevée (60-80 g). Celle de l'avocat, de la goyave, de la lime et de la carambole est très faible. Dans les fruits, les glucides sont presque toujours du sucre. Seuls certains fruits tropicaux contiennent de l'amidon: la banane (1,5-5 g), la carambole (0,3 g), la mangue (0,1-0,3 g) et l'avocat (0,1 g) pour 100 g

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d'aliment comestible. Dans l'ananas et la mangue, il s'agit le plus souvent de saccharose, avec du glucose et du fructose en quantité inférieure. En revanche, dans la banane, la papaye, l'avocat, la goyave, la lime et le longane, les quantités de glucose et de fructose sont supérieures à celles de saccharose.

Fibres alimentaires

12. Les fibres alimentaires sont indiquées en combinant plusieurs méthodes d'analyse même

si celles-ci donnent des valeurs différentes. Pour le jus de mangue, la lime et les fruits de la passion, seules sont disponibles les valeurs en fibres brutes, qui peuvent être sensiblement inférieures à la teneur en fibres alimentaires. La plupart des fruits tropicaux contiennent 1 à 2 g de fibres alimentaires. Les fruits séchés en contiennent davantage, comme l'avocat (3,0 g), la goyave (6,0 g), le durion (4,3 g) et le fruit de la passion avec les pépins (7,3 g).

Minéraux (calcium, fer, potassium, zinc)

13. Les fruits tropicaux fournissent entre 10 et 20 mg de calcium et de 0,2 à 0,4 mg de fer;

font exception la mangue (1,2 mg), l'avocat (1,0 mg), la goyave (0,8 mg), le durion (1,0 mg), le ramboutan (1,0 mg) et le fruit de la passion (0,8 mg). La banane, l'avocat et le durion apportent la plus grande quantité de potassium (400-570 mg), tandis que les autres fruits tropicaux présentent

des valeurs en potassium oscillant entre 100 et 250 mg. Les fruits séchés peuvent constituer une source très concentrée de minéraux. La banane séchée contient plus de 1 000 mg de potassium, et le longane séché 660 mg.

Équivalent en bêta-carotène

14. L'équivalent en bêta-carotène est calculé conformément aux recommandations FAO/OMS

(1967) en tenant compte de la teneur en vitamines des différents carotènes. Les carotènes et les équivalents en bêta-carotène ont une variabilité particulièrement élevée. Dans certains aliments comme la mangue, les valeurs oscillent entre 355 et 12 950 mcg, ce qui rend impossible l'attribution d'une valeur moyenne. En règle générale, la teneur en bêta-carotène et autres caroténoïdes est plus élevée dans les fruits de couleur foncée et très faible dans les fruits clairs comme le litchi ou le ramboutan.

Vitamine E

15. La teneur en vitamine E, exprimée en équivalent tocophérol, oscille entre 0,1 et 1,8 mg.

En règle générale, les fruits consommés avec leurs pépins ont une teneur en vitamine E plus élevée, mais on manque de données pour la plupart des fruits.

Thiamine, riboflavine, niacine

16. La teneur en thiamine de la plupart des fruits tropicaux oscille entre 0,01 et 0,04 mg. Ces

valeurs sont plus élevées pour l'avocat (0,07 mg), l'ananas (0,08 mg) et le durion (0,28 mg). La teneur en riboflavine est légèrement supérieure, allant de 0,02 à 0,1 mg. La teneur en niacine s'établit entre 0,2 et 1,3 mg. L'avocat, le longane, le durion et le fruit de la passion présentent des valeurs de riboflavine et de niacine plus élevées.

Folate

17. Certains fruits, comme la mangue, l'avocat, la papaye, le longane et le litchi, représentent

une source de folate (30-60 mcg). Les autres fruits pour lesquels des données sont disponibles, se situent en dessous des 25 mcg.

Vitamine C

18. Les fruits tropicaux représentent pour la plupart une source élevée de vitamine C, avec

des valeurs supérieures à 20 mg. La carambole, le fruit de la passion, le ramboutan, le durion et la

mangue mûre contiennent entre 20 et 50 mg de vitamine C. La papaye, la lime et le litchi en fournissent environ 50-60 mg. Certains fruits comme la mangue non mûre mangée avec sa peau et

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la goyave, ont une teneur en vitamine C très élevée (> 200 mg). D'autres ont des valeurs inférieures à 20 mg (banane, avocat, ananas et mangoustan).

Acides organiques et substances phytochimiques

19. Dans certains fruits, la teneur en acides organiques est élevée: lime 5,1 g, fruit de la

passion 3,5 g, goyave 1,2 g et avocat 0,2 g. Les fruits tropicaux contiennent, en quantité variable,

d'autres éléments potentiellement bons pour la santé. Il s'agit notamment de pigments antioxydants du groupe des caroténoïdes, de phénols, de flavonoïdes et autres substances. Bien qu'elles ne soient pas considérées comme des nutriments, les substances phytochimiques favorisent toutefois un meilleur état de santé et contribuent à réduire les risques de nombreuses maladies, y compris celles qui comptent parmi les principales causes de décès dans les pays développés – cancer, diabète, maladies cardiovasculaires et hypertension. Ces substances interviennent dans diverses réactions métaboliques comme celles qui préviennent ou limitent la détérioration des cellules, empêchent la reproduction des cellules cancéreuses et abaissent les taux de cholestérol et les plaques d'athérosclérose.

IV. FRUITS TROPICAUX ET ALLÉGATIONS NUTRITIONNELLES

20. Le Codex Alimentarius a fixé des normes pour l'étiquetage nutritionnel des aliments. Ces

normes tiennent compte de deux variables: i) la valeur nutritionnelle de référence pour un adulte de constitution normale, et ii) les conditions requises pour pouvoir déclarer qu'un produit possède des propriétés nutritionnelles particulières (Codex Alimentarius, 2001). Par exemple, pour qu'un produit puisse être considéré comme ayant une teneur "faible" en matières grasses, celle-ci ne doit pas être supérieure à 3 g pour 100 g de partie comestible. De même, pour représenter une "source" d'un élément nutritif particulier, le produit doit contenir 15 pour cent de la valeur nutritionnelle de référence, tandis qu'une "source élevée" en contiendra 30 pour cent. Le tableau ci-après illustre les allégations nutritionnelles possibles pour divers fruits tropicaux. Pour tous les fruits indiqués, à l'exception de l'avocat, il est possible de déclarer une faible teneur en matières grasses et que le produit représente une source ou une source élevée de vitamine C. La mangue et la papaye fournissent par ailleurs des quantités notables de folate et de bêta-carotène (convertis en équivalents vitamine A), tandis qu'il peut être déclaré que la carambole, la goyave, la lime et la papaye sont des aliments à faible valeur énergétique.

Allégations nutritionnelles concernant les fruits tropicaux frais

Teneur en éléments nutritifs

 

Énergie

Matières

Vitamine A

Folate

Vitamine C

 

grasses

Avocat

Source

Source

Banane

Faible

Source

Carambole

Faible

Faible

Élevée

Durion

Faible

Élevée

Goyave

Faible

Faible

Élevée

Lime

Faible

Faible

Élevée

Litchi

Faible

Élevée

Élevée

Longane

Faible

Source

Élevée

Mangue

Faible

Élevée

Source

Élevée

Papaye

Faible

Faible

Source

Source

Élevée

Fruit de la passion

Faible

Élevée

Ananas

Faible

Élevée

Ramboutan

Faible

Élevée

Source: Codex Alimentarius

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V. BIODIVERSITÉ DES FRUITS TROPICAUX ET IMPLICATIONS NUTRITIONNELLES

21. Plus de 7 000 espèces végétales ont été cultivées à des fins alimentaires, et pourtant on

estime que 90 pour cent de l'apport alimentaire énergétique mondial provient de 30 espèces (FAO, L'état des ressources phytogénétiques pour l'alimentation et l'agriculture dans le monde, 1998). Des milliers d'espèces rentrent dans la catégorie des cultures sous-utilisées ou négligées, que les chercheurs en matière d'agriculture et de nutrition tendent à mettre en marge. L'aspect

économique et le volume des échanges commerciaux sont deux des éléments qui ont induit à mettre au premier plan un très petit nombre d'espèces de fruits tropicaux. D'un point de vue nutritionnel, toutefois, de nombreuses espèces de fruits tropicaux et variétés différentes de ces espèces sont utilisées par les communautés pour diversifier leur régime alimentaire traditionnel.

22. Du fait de l'attention insuffisante que les professionnels accordent aux fruits tropicaux, il

existe de profondes lacunes dans les connaissances scientifiques concernant la composition des fruits tropicaux en éléments nutritifs et leur contribution alimentaire à la nutrition humaine. Plusieurs raisons peuvent être invoquées, toutefois ces lacunes tiennent le plus souvent à des omissions de la part de ceux qui sont chargés de recueillir des renseignements nutritionnels sur les aliments et des données concernant l'apport alimentaire. On manque d'informations sur la teneur en éléments nutritifs de nombreuses espèces sous-utilisées (Kuhnlein, 2003) et de leurs différentes variétés. Sur le plan de la consommation alimentaire et pour ce qui est des fruits en général, l'enregistrement de données précises concernant les quantités consommées par les groupes de population comporte souvent des erreurs (Pomerleau, Lock et Mc Kee, 2003), avec un manque d'attention quant aux espèces ou sous-espèces consommées en particulier (Kennedy et Burlingame, 2003).

23. Ces facteurs ont donné lieu à la production de données insuffisantes sur la composition en

éléments nutritifs et l'apport alimentaire de ces produits, pour pouvoir en évaluer la contribution réelle et potentielle aux fins d'une meilleure nutrition. L'attention unidimensionnelle donnée aux micronutriments pris individuellement et les fonds limités destinés à l'analyse des éléments nutritifs, limitent l'envergure de la composition nutritionnelle disponible pour les fruits tropicaux moins connus, avec une documentation encore plus réduite quant aux différences nutritionnelles

entre les espèces (ou les différentes variétés d'une même espèce de fruit tropical).

A.

EXEMPLES DE COMPOSITION NUTRITIONNELLE SELON LES VARIÉTÉS

24.

La mangue et la banane constituent deux exemples de l'existence de différences

importantes entre les espèces et les cultivars quant à la teneur en éléments nutritifs. Le choix de se concentrer sur les différences entre les espèces plutôt qu'au sein d'une même espèce (cultivars),

sera lié à l'importance régionale du produit en termes de production et de consommation.

Mangue

25. La mangue est un exemple de fruit tropical présentant une diversité considérable au sein

d'une même espèce, mais pour lequel il existe une documentation très limitée concernant les propriétés nutritionnelles de chaque cultivar. Il existe 69 espèces recensées de Mangifera et plusieurs centaines de cultivars connus, dont la plupart appartiennent à l'espèce Mangifera indica (Rao. R et Bhag Mal, 2002). En Inde seulement, 1 000 cultivars locaux ont été caractérisés, et pourtant une seule entrée de Mangue mûre figure dans la table indienne de composition des aliments. La table ci-après illustre les différences dans la teneur en carotène du fruit au fur et à mesure de sa maturation et révèle de grands écarts au sein de la même espèce.

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Teneur en carotène de différentes variétés de mangue

Variété et carotène

Fruit non mûr (mcg/100g pulpe)

Fruit partiellement mûr (mcg/100g pulpe)

Fruit mûr

(mcg/100g pulpe)

Mangue Badami

- bêta-carotène

20

1130

4520

- gamma-carotène

traces

10

20

bêta-cryptoxanthine Mangue Keitt

-

traces

50

40

- bêta-carotène

170

420

670

- bêta-cryptoxanthine

traces

traces

20

Mangue Tommy Atkins

- bêta-carotène

200

400

580

- bêta-cryptoxanthine

10

10

30

Source: adapté de Rodriguez-Amaya (1987).

Banane

26. Bien que la banane ne soit généralement pas tenue pour une culture sous-utilisée ou

négligée, bon nombre des centaines de variétés existantes pourraient toutefois être considérées comme telles. Il existe plus 1 000 types de banane, mais l'on en sait peu sur l'importance des différences entre les variétés quant à la teneur en éléments nutritifs, ou encore sur la mesure dans laquelle les différentes variétés contribuent à satisfaire les besoins alimentaires des divers groupes de population.

27. Cela est dû en partie à la popularité internationale d'un nombre restreint de variétés. La

plupart des exportations mondiales concernent une seule variété de banane, la Cavendish. La diversité de la banane est pourtant importante aussi bien pour la plante même, que pour la santé humaine. La récente baisse de production de la banane Cavendish due à la cercosporiose noire et à la race 4 de la maladie de Panama, montre combien le maintien d'une base génétique saine de la plante est important. D'autre part, de nouvelles recherches conduites en Micronésie montrent que l'existence de différents cultivars est précieuse pour la nutrition humaine.

a)

Exemple de caroténoïdes dans la banane

28.

En Micronésie, des chercheurs ont récemment entrepris de constituer une documentation

sur la teneur en caroténoïdes des espèces traditionnelles de banane. Cinq variétés de Musa sp. et trois de Musa troglodytum ont ainsi été analysées pour en établir la teneur en caroténoïdes globalement et plus spécifiquement en bêta-carotène, alpha-carotène, lutéine et zéaxanthine. Cinq cultivars dont la teneur en bêta-carotène était 25 fois supérieure à celle des cultivars de banane analysés aux États-Unis et en Grande-Bretagne (de la variété Cavendish, très probablement) ont été identifiés et plus important encore, il a été établi que ces ressources vivrières présentes en Micronésie pouvaient couvrir jusqu'à 30 pour cent des besoins quotidiens en vitamine A des enfants et des adultes (Englberger et autres, 2003). Plusieurs facteurs font obstacle à une augmentation de leur production et de leur consommation, notamment l'influence des produits importés, considérés comme modernes, et des idées fausses de type culturel (Englberger et autres,

2003).

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Teneur en éléments nutritifs des cultivars de banane

Source

Variété

Portion

Eau

kcal

Calcium

Phos

Fer

ß carotène

 

comestible

g

mg

mg

mg

mcg

Phil a

Cavendish

64

74,4

104

139

20

0,8

75

Phil

Suaveolens

67

73,3

106

16

44

0,5

60

Phil

Botoan

57

74,4

101

21

27

0,4

25

Phil

Ternatensis

62

66,3

132

15

19

0,9

370

Phil

Lacatan

69

68

126

21

34

0,8

360

Phil

Cinerea

73

73,4

105

17

34

0,7

30

Phil

Violacea

67

73,1

107

19

21

0,7

285

Phil

Compressa

57

72,2

110

23

36

0,9

190

Phil

Ternatensis

64

66,2

134

11

24

0,7

325

Phil

Tuldoc

76

74,8

99

26

28

1,6

1370

Englb b

Uht Karat

67,0

68,6

21

0,2

520 c

Englb

Usr

Taiwang

73,6

6,5

18

0,1

270 c

Englb

Uht

en yap

69,5

2780 c

Englb

Usr in yeir

 

67,3

340

a Source: The Philippine Food composition tables, 1997. Food and Nutrition Research Institute, Department of Science and

Technology.

b Source: Englberger et autres, 2003. Further analysis on Micronesian banana, taro, breadfruit and other foods for provitamin A

carotenoids and minerals, Journal of food composition and analysis (16) 219-236.

c Source: Englberger et autres, 2003. Micronesian banana, taro and other foods : newly recognized sources of provitamin A and other carotenoids Journal of food composition and analysis (16) 3-19.

VI. RÔLE DES FRUITS POUR LE MAINTIEN DE L'ÉQUILIBRE NUTRITIONNEL ET POUR LA SANTÉ

29. La plupart des directives alimentaires nationales et internationales recommandent la

consommation de fruits ou de fruits et légumes. Les directives FAO/OMS sur les régimes alimentaires conseillent un apport d'au moins 400 g de fruits et de légumes par jour. Celles des États-Unis recommandent la consommation de 2 à 4 portions, soit environ 500-700 g ou trois fruits de taille moyenne par jour (Département américain de l'agriculture, 2002). Des recommandations analogues, préconisant la consommation de 2-3 portions de fruits par jour, sont établies dans le monde entier (Lowik et autres, 1999, Nutriweb Malaysia, 2003, Ministère de la santé et de la protection sociale (Grèce) 2003, Université chinoise de Hong Kong, 2003).

30. De nombreuses populations du monde entier ne consomment pas suffisamment de

micronutriments, ce qui peut entraîner une détérioration de l'état de santé, une perte de productivité et dans les cas les plus extrêmes, des altérations physiques et mentales permanentes, voire la mort. Non seulement les fruits frais contiennent des éléments nutritifs divers en grandes quantités, contribuant ainsi à prévenir les carences en micronutriments, mais ils ont également une faible teneur en énergie et en matières grasses et sont riches en fibres et autres substances bénéfiques, ce qui les rend conformes à la plupart des directives nutritionnelles et alimentaires actuelles. D'autre part, il est de plus en plus largement reconnu que la consommation de fruits contribue à la prévention des maladies. Le récent rapport FAO/OMS sur l'alimentation et les maladies chroniques indique clairement que la consommation de fruits peut diminuer les risques

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d'obésité et de maladies cardiovasculaires; elle contribue aussi probablement à réduire les risques de diabète de type 2 et de cancer (FAO/OMS, 2003).

VII. APPROVISIONNEMENT ET CONSOMMATION

31. Les disponibilités mondiales de fruits par habitant ont constamment augmenté dans le

temps, jusqu'à atteindre le niveau actuel de 61 kg par habitant et par an, soit 167 g par habitant et par jour. Les chiffres ci-après illustrent les tendances de l'approvisionnement en fruits depuis 1996 jusqu'à nos jours, et révèlent une importante variabilité régionale des disponibilités par habitant.

L'approvisionnement en fruits par habitant le plus élevé est enregistré en Amérique centrale et du Nord et en Amérique du Sud (114 et 199 kg par habitant et par an, respectivement) et le plus faible en Afrique et en Asie (54 et 46 kg par habitant et par an, respectivement).

Approvisionnement en fruits par région 140 120 100 Asie kg/hab/an 80 Afrique Europe 60 America
Approvisionnement en fruits par région
140
120
100
Asie
kg/hab/an
80
Afrique
Europe
60
America centrale
et du Nord
Océanie
Amérique du Sud
Monde
40
20
0
1961
1963
1965
1967
1969
1971
1973
1975
1977
1979
1981
1983
1985
1987
1989
1991
1993
1995
1997
1999
2001

Source: FAO.

32. En dépit des recommandations alimentaires actuelles et bien que les données FAOSTAT

indiquent un approvisionnement accru en fruits, la plupart des études concernant l'apport alimentaire montrent que la consommation de fruits demeure insuffisante. Malgré une campagne de santé publique rigoureuse visant à inciter les Américains à consommer 5 portions de fruits et de légumes par jour, des enquêtes révèlent que la plupart d'entre eux n'atteignent pas cet objectif nutritionnel (Krebs-Smith et autres, 1995). Une analyse de la consommation de fruits dans huit pays d'Europe a permis d'établir que celle-ci se situe pour les hommes entre 454 g par jour (Murcie, Espagne) et 122 g par jour (Umea, Suède), et pour les femmes entre 400 g par jour (Raguse, Italie) et 151 g par jour à Malmö (Suède) (Agudo et autres, 2002).

33. Le calcul de l'apport en fruits effectué à partir du poids des aliments sur 24 heures à

Manikganj et Mymensingh, deux communautés rurales du Bangladesh, a révélé un apport maximum de 7 g (écart type 2,2) et de 9 g (écart type 2,3) de fruits par unité de consommation et par jour (Hels et autres, 2003). Les enquêtes sur la consommation alimentaire réalisées en Inde ont révélé un apport en fruits et légumes oscillant entre 39 g et 105 g par unité de consommation et par jour, respectivement, dans le Maharashtra et le Kerala (FAO, 1998). Par ailleurs, dans les provinces des Philippines, l'apport s'établissait dans une fourchette de 118 g d'aliments tels

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qu'achetés par jour (Tagalog sud) à 51g par jour (vallée de Cagayan) (Food and Nutrition Research Institute, 2001).

34. Ces exemples montrent bien que la consommation de fruits (ou de fruits et légumes) de la

plupart des groupes de population demeure largement inférieure aux niveaux recommandés.

VIII. SÉCURITÉ SANITAIRE DES ALIMENTS, CODEX ET FRUITS TROPICAUX

35. Le Codex Alimentarius, le Programme mixte FAO/OMS sur les normes alimentaires, est

une référence mondiale pour l'élaboration de normes alimentaires internationales. Son rôle est de protéger les consommateurs et d'assurer des pratiques commerciales loyales. Des normes individuelles ont été rédigées pour plusieurs fruits tropicaux et sont présentées dans le document CCP:BA/TF 03/CRS 07 (Tableaux techniques). Les normes individuelles peuvent être consultées sur Internet à l'adresse suivante: http://www.codexalimentarius.net/index_en.stm. Chaque norme contient une définition du produit et des dispositions concernant la qualité, la classification, le calibrage, la tolérance, la présentation, l'étiquetage et l'hygiène.

36. Parallèlement aux normes nationales et internationales de qualité et de sécurité sanitaire

des produits alimentaires, on constate au sein de la chaîne d'approvisionnement et de valeur du commerce des fruits et des légumes une influence nouvelle des supermarchés et autres parties

prenantes du secteur privé, en matière de normalisation.

IX. AMÉLIORER LA SÉCURITÉ SANITAIRE ET LA QUALITÉ DES PRODUITS FRAIS

37. La FAO, qui accueille le Secrétariat du Codex Alimentarius, prend également part à de

nombreuses activités et projets destinés à renforcer la capacité des organismes de réglementation, des producteurs et autres parties prenantes, d'améliorer la qualité et la sécurité sanitaire des fruits frais. Le Service de la qualité des aliments et des normes alimentaires de l'Organisation participe à de nombreuses activités de renforcement des capacités consistant à resserrer les liens tout au long de la filière, "de la ferme à la table", afin d'assurer l'observation par les agriculteurs des normes de sécurité sanitaire des produits alimentaires, telles que les dispositions du système HACCP d'analyse des risques - points critiques pour leur maîtrise, les bonnes pratiques agricoles et les bonnes pratiques d'hygiène, et d'améliorer ainsi la qualité et la sécurité sanitaire des produits frais.

38. On trouvera dans l'encadré ci-après l'exemple d'un projet en cours. Des détails concernant

d'autres activités de la FAO relatives à la qualité et à la sécurité sanitaire des fruits frais, sont

donnés dans l'article de Kenny (2002), qui offre une analyse approfondie des projets d'assistance technique de la FAO.

Améliorer la qualité et la sécurité sanitaire des fruits et légumes frais

Un projet de deux ans, prévoyant l'établissement d'un inventaire mondial, de documents de référence et d'un programme de formation en matière de sécurité sanitaire des aliments, dans le but d'améliorer la qualité et la sécurité sanitaire des fruits et légumes frais, est actuellement en cours d'exécution. Le principal objectif de ce projet est d'améliorer l'accès aux informations et de fournir du matériel documentaire et des modules de formation aux pays qui souhaitent renforcer la qualité et la sécurité sanitaire de leurs produits frais. Le projet a dressé un inventaire du matériel didactique disponible concernant la sécurité sanitaire des fruits et légumes frais, et a mis au point des modules de formation de formateurs destinés à faciliter la formation des petits producteurs. Un projet de manuel de formation est disponible en espagnol sur Internet à l'adresse suivante:

http://www.fao.org/es/ESN/CDfruits_es/lunch.html.

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X.

CONCLUSION

39. Le présent document met en relief l'insuffisance des données analytiques dont on dispose

concernant la composition en éléments nutritifs de certains fruits tropicaux et, notamment, des variétés au sein des espèces. Pour accroître la quantité d'informations sur la teneur en éléments nutritifs des aliments dans les tables de composition, une solution pourrait être d'instaurer une coopération plus étroite avec des universités ou des entreprises privées disposées à partager leurs données analytiques au niveau national ou même international. En outre, une plus grande attention dans les études sur la consommation alimentaire, à la collecte de données sur l'apport de fruits et légumes, assurerait une meilleure évaluation nutritionnelle. Les fruits tropicaux constitueraient ainsi un élément plus apprécié du régime alimentaire, dans bien des pays développés et en développement.

40. D'autre part, les différences dans la composition selon les variétés pourraient être prises

en compte au niveau des politiques agricoles et des avis fournis aux agriculteurs. De bonnes données analytiques, y compris sur les aliments transformés, pourraient ouvrir de nouveaux marchés d'exportation pour de nombreux pays.

41. Les producteurs et les négociants en fruits peuvent tirer avantage des preuves

scientifiques de plus en plus nombreuses qui mettent en évidence le rôle joué par les fruits et les

légumes dans la prévention des maladies et la protection de la santé. Le moment est propice pour un renforcement de la coopération multisectorielle afin d'accorder une attention accrue à l'utilisation des fruits tropicaux, et pour en documenter et en promouvoir la contribution à l'amélioration de la santé et de l'état nutritionnel des populations du monde entier.