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rns*iptions

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. et de l,Académie Française

on ,1856 et en ,1959

\ LE GRAND PNIX GODERT

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Dnputs LES TEMPS LES PLus RscuuÉs Jusou'EN {?89

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QUATRIÈME

ren'orto'bi'lur'

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FURNE, LIBRAIRE-NOTTNUN

So réserve le clroit 'ls

trÀiluction et tle reproductiou

I l'Étranger'

M Dccc txv

HISTOIRE

DE FRAI\CE

TRoISIÈun PÀRTIE.

X'RANCE DU MOYEN AGE. -

GUERRES DNS ANGLAIS.

$aIrE.)

LTVRE XXXIV.

Nouvslr,r rNvasroN ANGLÂrsE. Cnlnr,rs YI (suite). Eenri Y de Lancastre descend

en Normandie. Prise de Harfleur. Désastre d'Azincourt.- Guerre civile et guerro

étrangèro. Lutte de Jean-sans-Peur.et de Bernard d'Armagnac. - Conquête de la Nornandie par les Anglais. - Les Cabochiens recouvrent Paris. Armagnac égorgé. Massacres des prisons. L'a guorre civile continus hors Paris. Dauphinois et Bourguignons. - Défense héroique de Rouen conl.re les Anglais. Rouen suc-

combe. Alain Blanchard. -

Traité de réconciliation entre le dauphin et Jean-

sans-Peur. Entrevue de Montereau. Assassinat de Jean-sans-Peur. L'héritier de Jcan-sansrPeur, Philippe le Bon, s'unit.aux Àngleis. La reine Isabeau de Bavière

s'unit'aux Anglais.lrailé de Troies. Le dauphin exhérédé au nom de Charles\lI

et Henri Y déclaré héritier de la couronue de France. Paris subi[ et un simulacre

d'États-Généraux ratite le traité.

Baugé. -

-

Prise de Melun. -

Victoire des Dauphinois a

Prise du Meaux par Henri Y. -

Mort de Henri Y.- Mort de Charlos TI.

Deux rois en Franee : Charles YII et Henri YI de Lancastre.

1415- t422.

Les catastrophes politiqucs s'étaient précipitées en Xrrance pen- dant la longue session du concile de Constance. La paix d'Arras

avait été à peine une trêve de quelques jours et n'avait rien changé

à la situation, toujours enfermée dans le même cercle : aucun

des deux partis, Armagnacs et Bourguignons, faction du sud et

YI.

GUERRES DES ANGLAIS.

faction du nordn ne pouvait écraser I'autre, Les forces de la I'rance s'usaient de plus en plus; la dissolution sociale semblait ne pou-

voir plus s'accroltre e[ pourtant s'accroissait sans cesse; I'autorité

souveraine se donnait à chaque instant de sanglants démentis à

elle-même; on ne savait plus ce qui était crime ou devoir : ce

qui était fdautéla veille devenait fëlonie le lendemain. Jusqu'alors

nn concours de circonstances singulières avait mis les nations étrangères hors d'état de proliter de la désorganisation de la X'rance; ces circonstances n'existaient plus : I'Angleterre, sous le

gouvernement énergigue des Lancastre, sorlait retrempée de ses

crises intérieures, tandis que la n'rance s'abimait dans les siennes.

Tout le règne de Henri IV avait été employé à I'affermissement

de

lt4t5l

la nouvelle dynastie I Henri Y put reportcr au dehors les forces de la nation. Henri IV avait jugé d'un ferme coup cl'æil la posi- tion de I'Angleterre, profondément remuée par les Lollards ou disciples de Wickleff: il avait recollnu dans le wicklefisme I'ctl- nemi de la société féodale et catholique tout entière, et il n'avait pas voulu se lancer dans I'inconnu ù la tête des novateurs. Frince et chef de parti, il les avait protégés; roi, iI s'associa contre eux au clergé, et les grands lalques suivirent I'exemple clu roi : ils commcnçaient à se sentir aussi menacés que les gens d'église par Ies prédicants d'égalité. Les principales forces de la propriété

passèrent ainsi à la disposition de la couronne; le clergé seul possédait au moins la moitié du territoire anglaisr. En vain les

communes, gagnées sinon par les théories religieuses, itu moins

par certaines idées politiques des Lollards, voulurent-elles en-

gaser le ioi à s'emparer des revenus du clergé; Henri IV resta

fidèle à l'alliance ecclésiastique2 et lui donna un gage sanglant

par le supplice il'un célèbre prédicatcur wicklefite. Henri V con-

tinua ln politique de son père. Durant son orageuse jepnesse,

dans les intervalles des bruyantes débauches qui semblaient an-

noncer à I'Angleterre un Charlcs YI ou un Louis d'Orléans, il

1. 28,000 ffefs de haubert sur 53,0001 Turner, cité par Michelet' t.IY, p.276.

2. Il déclsra qu'il ne demsnderait rien e l'Égliso que ses prières. lbid.p.277.

nationalisa son clergé en

collations ds bénéflcos faites b Rome, et en soutenant les évêques

En nôme leutps,

comme le renarque M. Michelet,

il

repoussant les

conrre lcs niôines.0ter au pape toutes colletions de bénéllces était une très grande

révol'ution.-'

tr4rbl

IIENAI V'

3

s,était afflIié ûux conciliabules des Lollards et s'était étroitement

lié avec leur principal chef,

après la mort oe

s,ïntoura des

clévotion

plus

père,

John gldcastle,lortt Cobham' Aussitôl

it congérlia ses compagnons de plaisir,

graves conseillers de llenri IV, affecta une

rigoureusel rentlir des statuts terribles contre I'hérésie'

de le ramener clans le livré au tribunal clu pri-

manda Olclcastle e iryinosor et s'efforça

;i;;;;,I,Église. gldcastle refusa et fut

rnat d'Angleterre:

condamné, il s'échappa' appela aux armcs les

tenta d,'enlever le roi et de s'emparer de Londres.

avant rl'avoir pu se réunir en corPs d'ar-

et clispersôes par Henrl V (7 janvier tr,4|4).

wicklefites et

Les bandes wicklefites,

mée, furent surprises

. 0ldcastle subit le supplice réservé aux criminels de lèse-majesté{ '

Lafactionwicklefiteneserelevapasdecegrandrevers:une

législation de fer acheva l,æuvre

bè, lor, llenri V eut les

mêlange

Richaù

était sùr cl'acquérir

par la g

urr,

de la victoire.

bras libres. II avait éteirrt, pûr un

restes dcs vieux partis de crergé lui était dévoué; il

de clémence et de sévérité,Ies

II et du comte de Marchl re

la noblesse et la portion énergique du peuple

étrangère : il se rejeta avec allégresse dans la voie

d'lldouard III, clont iI avait le génie'

ce qui se passait

un. nôunelle

d'Qrlêans et

duc de Bourgogne,

fir.r.n.oru].'il

des princes,

reine

en n'rance élait bien propre à I'encourager:

révolution de palais venait de ravir aux princes

à leurs alliés le pouvoir dont ils avaient dÔpouillé le

et le gouvernement se trouvait en des maius

êtait possible, Le duc de Guyenne,las du contrôle

Ies attira tous à lrlelun, résidence habituelle de la

Isabeau, sous pré,texte d'affaires importantes; puis, dit

$[onstrelel, < tanrlis que lcsdits seigneurs étoient en besogne avec

s'en alla à Paris, tl'où il tt savoir aux

la reine,le duc d'Aquitaine

seigneurs tlessusdits que

taoi que

un

point ne retournassent à Paris jusques ù

le roi ou lui les mandât, et qu'ils s'en allassent chacun

pays (avrit l4l5). Et, après, il fit appeler au Lo*vre les,

t. Les cnncmis ilu parti veincu travestirent ls nom et la mémOire rl'Oldcastle'

st en ffrent I'ivrogno'ef

duus le vieur rnoftre

libertiu Falstafr, oe grotesque

p-ersonnage si populaire

anglais (Lingard ,Ilisr.

d'Angbt. Y,op' 4, trad' ds M' de

Roujour).ouregrettequ-'st'"t

souvenir d,un honmo

luste envers une

peareaitadoptécettetraditioninjurieuseau

tle sonviction et de courage. Sbakespears

n'& pas été plus

utrtJre bien autrement illustre, notre imutortelle Jeanne Darc'

GUERRES DES ÀNGLÀIS.

tt415I

prévôts de Paris et des marchands avec l'université et grand nombre de bourgeois >, et l'évêque de Chartres, chancelier de

Guyennel, exposa à I'assemblée comment, depuis le sacre du roi

ré'gnant, < toute la Iinance.du roi et du royaume avoit été traite (soutirée) et exilée (perdue) D par le fait des ducs d'Anjou, de Bour$ogne et d'Orléans trépassés, et des ducs de Berri et de Bourgogne présentement vivants,,,et conclpt o que ledit duc

d'Aquitaine, dauphin'de Viennois, ne'vouloit plus souffrir si

grand destructionrdes'biens du royaume, et prenoit le gouver- nement et la régence d'icelui afin d'y pourvoir seul >. Le duuphin commença la réformation financière par enlever à main armée

tout le trésor e[ < chevance > de sa mère, qu'elle avait déposé

chez trois bourgeois de Paris. Les grandes somrnes amassées par

Iavare Isabeau furent bientôt gaspillées en tournois, en banquets, en profdsions de tout genre. C'était tout ce qu aimait le jeune

prince dans I'exercice du pouvoir : il avait les affaires en horreur, et ne tarda pas à rappeler le duc de Berri, malgré les invectives

qulil lui avait adressées, et à lui rendre la direction du conseil.

Le duc de Guyenne ne craignait pas d'avoir beaucoup de repré-

sentations à essuyer de la part de ce vieillard vicieux et rapace, pourru qu il lui flt part au butin. Il redoutait et haissait au con-

traire le sombre duc de-Bourgogne, père. de sa femme, {u'il

tenait dans une sorte d'exil à Saint-Germain.

Jean-sans-Peur avait toujours différé de jurer la paix d'Arras

jusqu'à ce qu'on.l'eût modiflée dans le sens de ses réclamations : il

pria ou plutôt somma le duc de Guyenne de révoquer les sentences

de proscription portées contre les cinq cents bannis du parti de Bourgogne, de reprendre sa femme et de c débouter de sa com-

pagnie une sienne amie qu'il tenoit en lieu de sa dite femme >.

Les envoyés bourguignons signifièrent au jeune prince que, s'il refusait, leur seigneur ne tiendrait pas la paix d'Arras et ne s'ar- rnerait pas pour servir I'héritier, du trône < s'il étoit travaillé des

Anglqis >. Le jeune prince erlt peut'être cédé sur le rappel des

t. Juvènal des Unins venait il'ôtro révoqué de la chancellerie pour avoir refusé

do sceller les dons exorbitants quo le due faisait chaquo jour b, ses familiers aux dépens du peuple, sur lequel on levait <r tailles grandes et exccssivesu. (Juvénol; ap. collection Micbat:il et Poujoulat' t. II, p. 502.)

(14151

LE DUC DE GUTENNE.

bannis; mais la sommation de renvoyer sa maitresse le mit en fureur, et il ne répondit aux Bourguignons qu'en faisant pro- clamer à son de trompe dans Paris la contrmation du bannisse-"

ment des cinq cents (2.3 juillet t415).

Jean-sanrPeur ne se contenta pas < de ne point s'armer pour

servir le duc de Guyenne D : il renoua avec le roi d'Angleterre des

relations qui avaient été poussées fort avant I'année précédente, à

l'époque des siéges de Soissons et d'Arras. Rymer (t. IX, p. 138)

cite des pouvoirs donnés par llenri V, le 4 juin 1414, à plusieurs

prélats et seigneurs anglais pour recevoir I'hommage-lige du duc de Bourgogne, hommage qui toutefois ne fut point accordé. Henri Y, depuis un an, poursuivait avec le conseil de Charles YI des 4égociations qui n'avaient d'autre but que de persuader au

peuple anglais la nécessité de la guerre et d'endormir la Brance sur les vasles préparatifs qui la menaçaient. Il avait débuté, durant

le siége d'Arras, par réclamer non pas telle ou telle cession de territoire, non pas même le retour au traité de Bretigni, mais la

couronne et le royaume de France, qui lui appartenaient, disait-il, du chef d'Édouard III; puis ses ambassadeurs s'étaient rabattus sur le rétablissement du traité de Bretigni, plus la cession de la

Norn:andie, de la Picardie maritinne, de ÏAnjou, du Maine et de

la Touraine, la suzeraineté de la Bretagne et de la F'landre et le

paiement de 1,600,000 écus d'or que Henri V prétendait redus à

I'Angleterre sur la rançon du roi .Iean ; les |,600,000 écus en

dehors de la dot de Catherine de n'rance, Iille de tharles Y[, dont

Henri Y demandait la main. Le vieux duc de Berri, à qui les

ambassadeurs s'étaient adressés, écouta sans colère ces insolentes

propositions et offrit, au nom du roi son neveu, toutes les régions aquitaniques au.midi de la Charente, y compris le Rouergue et le Querci, plus qu'on n eùt dù céder après une guerre malheureuse,

avec 600,000 écus d'or de dot pour la fille du roi. Une seconde

ambassade anglaise vint débattre'ces offres, en février 1415, sans rien conclure, et les deux rois échongèrent des lettres où Henri V

protestait de son amour pour la paix et l'union de I'llglise et des

couronnes chrétiennes; mais ses actes démentaient ses paroles :

il ne cessait< de préparerprovisions, deleverfinances,

d'assembler

gens d'armes, de louer navires en llollande et err Zélande r; il

GUERNES DES ANGLÀIS.

exerçait en tous lieux, privilégiés ou non, la prcsse non-seulemenl

des matelots, mais des faiseurs d'arcs, cles charpentiers, des ser-

'ruriers, des maçons, de toute espèce d'ouvrieri nécessaires à la

suite d'une armée. La noblesse, le clergé,-la jeunesse cles com- rnunes secondaient le roi avec une égale ardeur. Des le mois

I14r5l

d'avril, Henri annonça ouvcrternent au parlement anglais

gu'il

ferait une prochaine descen[e en I'rance pour.recouvrer son héri- tage, et publia son ban de guerre. Le parlement avait voté, dès le mois de novembre précédent, un énorme subsider. Les négociatious continuaient toutefois : les ducs de Guyenne

et de Berri envoyèrcnt à Ieur tour une grande ambassade proposer

à Henri v le Limousin pour compléter la restitution des prorin.u, aquitaniques au sud de la charente, et une dot de gb0,000 écus

d'or pour la princesse catherine, sans les joyaux

e[ le trousseau.

Ilenri parut un moment disposé à accepter, et demanda q^ue les

villes et pays, deniers et joyaux qu'on lui offrait fussent remis en , ses mains avant la saint-André (80 novembre); le mois ile juillet

, une trêr,e de

était déjà commencé. Henri accordait, à ce prix

ciuquante ans, sous toute réserve de son droil et de celui de ses

successeurs à Ia couronne de n'rance. Les pouvoirs cles ambassa_

{eurs

s'ils

levé quelque difliculté nouvelre. Il se hâta ae tes

erlt probablemen[ sou-

congédier, en

n'étaient pas suffisants pour conclure à cle telles conditions;

y cussent souscrit,le roi d'Angletene

leur déclarant qu'il les suiwait cle près, et expédia à charles vI

une dernière somrnation de lui restituer ( son

lettre de charles YI accepta Ia guerre dénoncée

héritage r. une

par l,Ànglaiss;

mais, le 23 aott, jour cette lettre fut écrite, lo

déjà commencé, et les Anglais étaient descendus sur le sol de la trIrance depuis une semaine entière. Henri v, après avoir muni

ses frontières contre les Écossais et les rebelles gallois, conclu

gr.rr. avait

f. Bymer, l. XXXV, c. 1.

_

'

t.Ir, p.200-312. -

Rerïgîeua de saint-Denis, r. xxxlv, c. 1g;

2, Religieuæ de saint--Denîs, l.

aur.r'e

xxxv,

ch. 2-8.

-

Les

historieus

tendent que le duc de Guyenno ne répondil oux menaces do llenri

euroyant des balles de paume, par allusion aux

nesse. Heuri aurail réptiquê qu'il porterait Iui-même bioo

anglais

vio'ro

pré-

toi

dissipations de sa premi'ère jeu- "

eonemi

dei

balles

diune.

cspèce, et que lris portes do paris ne seraient pas des raquettes capables de

les reuvoyer.

u4151

DESCENTE DES ÀNGLAIS.

une trève avec le duc de Bretagne et confié la rêgence d'Àngle-

terre au duc de Beclforcl, un de ses frères, s'était embarqué, le 13 aoùt, à Southampton avec six mille lances et vingt-quatre mille

archers, tous gens d'élite, engagés pour un an à la solde du roi,

sans les canonniers et c autres usant de fondest et engins rlont ils avoient grande abondance >. I)es milliers d'artisans et < de menues

gens I suivaient cette armée, la plus redoutable qui fùt encore iortie des ports d'Àngleterre. Lû mer était couverte, I'espace tle

plusieurs lieues, par la multitude des navires de guerre et de

iransport : les ports anglais n'avaient pu en fournir un nombre

suffisant, et plusieurs centaines de vaisseaux avaient été loués par

les armateurs de Hollanrle et de Zélande, sujets du comte de

Hainaut, }eau-père du second fils du roi de X'rance. La flotte

anglaise aborda clès le 14 aorlt,le lendemain de son départ, u à

un havre étant entre Harfleur et llonfleur, où I'eau de Seine chet en la mer >. L'armée d'invasion descendit sur la plage

devait s'élever, un siècle après, la cité du [Iavre-de-Grôce, et

investit. sur-le-champ Harfleur, qui disputait alors à Dieppe le

premier rang

Personne

entre les ports de la Normandie.

n'essaya d'empêcher le débarquement des Ànglais;

l'armée française n'était pas prête : Eroique les préparatifs de.

Henri Y eussent durê plusieurs mois' aucune mesure n'avait été

prise par le conseil avant le retour des ambassadeurs (lin juillet)'

la n'rance ne s'était trouvée dans de pareilles mains : au

moment d'être assaillie par un nouvel Édouarrl III, elle ne se voyait de chefs et cle défenseurs qu'un jeune libertin hébêté par

la débauche et qu'un égolste et lôche vieillard qui n'avait de son ôge que la faiblesse, mais non la prudence ni I'expérience. Philippe dà Valois et le roi Jean avaient été du moins des chevaliers, des

soldats ! Le trésor était virle : on se hâta de le remplir par de

Jamais

exactions; c'était la seule partie du gouvernement que

larges

comilrissent les princes. 0n leva une décime sur le clergé, des

emprunts forcés sur les préJats et les gros bourgeois, et I'on écrasa

l, Fonde (frontle) cst ici

pour t')ute espèce ile ma-chine- propre b lsneer dos

qui nous a fgurni le chifrre rle I'armés

pierres. C'est trlonsirelet (1. i,

inglaise. I)'autres lui donnent 30,000,

est évidemment exagéré.

ch. 149)

4Or0O0 et iusqu'b 60'000 arehers, ee qui

GUBRRES DtsIJ ANGLAIS.

tr4t57

le peuple sous une taille énorme, qui ne sauva pas les campagnes

des déprédations des gens cle guerre. Les

hommes d.'armur, ù ,.

que le 28 aorlt,

rendant au ban du roi, (trui n'avait été publié

pillaient tout sur leur passage, jusqu'aux églises: Ies paysans

s'enfuyaient dans les bois; Ie plat pays subissait cl'avance tous les

maux de I'invasion, et les peuples ne pouvaient rien craindre de

plus

c.4.)

de leurs ennernis que de leurs défenseurs. (Relig. l. xxxv,

Le duc de Guyenne e[ le conseil du roi essayèrent cle regagner

Jean-sans-Peur, accordèrent enfin I'amnistie aux bannis, iauÊ aux quarante-cinq les plus cornpromis, Iïrent quelques autres

concessions à Jean et lui envoyèrent une députation,

dans la forêtd'Argilli, près de Beaune, vivant sous la tente un

qui le trouva

mois durant et passant ses nuits à < oulr les cerfs bramer au foncl

des bois I r- Jean s'était, à ce qu'il semble, éloigné à dessein du

théâtre des événements: il consenrit enfin à jurer la paix d.'arras

(4 septembre); mai's ne rompit point ses secrètes relations avec le

roi d'Angleterre. La direction de la guerre,' confiée à ses plus

grands ennemis, n'était pas propre à le ramener à de nreillèurs sentiments :'le conseil du roi venait de clécider que < messire

charles d'Albret, connétable cle Erance, auroit en cette guerre

semblable puissance comme le roi pour ordonner et clisposer tout

à sa pleine volonté u. Boucicaut, maréchal de France, fut fait gou-

verneur dd Normandie, et I'amiral ctignet de Brabant fut gou- verneur de Picardie (Mdnstrelet). on ne pouvait s'arrêter à un plus mauvais choix que celui d'Albret, qui n'avait eu d'autre titre au rang de connétable que sù parenté alec la nraison royale.

c'était un petit homme de mauvaise mine, chez gui le detlans

répondait au dehors; il n'avait ni les qualités cl'un capitaine ni

même celles d'un soldat. Ld meilleur lristorien.du temps, le Reli- ,

gieux de saint-Denis, prétend qu'Albret erlt pu opposer de sérieux i obstacles à la descente des anglais, rien qu'en armant les popu-

lations maritimes de la Normandie, qui se montraient pleines

de zèle: il n'en fit rien, resta inactif à Rouen et se conduisit de manière à se faire accuser publiquement de trahison, bien qu'il

1. Lefèvre de Saint-Remi, c. ô1.

Itzr l5]

n'y eùt de sa

SIÉGE DE I{ABFLEUR.

part que négtigence et incapacité. (Relig., I' XXXV,

c, 4.) Les Normands ne s'abandonnèrent pas eux-mêmes: la garnison

et les bourgeois de Harfleur se défendirent avec une extrêmc

vaillance; trois cents chevaliers et écuyers, l'élite. de la noblesse

normande, s'étaient jetés dans Ia place, sous les ordres du sire d'Estouteville, et semblèrent se multiplier dans les assauts et dans les sortics. La garnison et les habitants, halassés, épuisés, ne se décidèrent à capituler qu'au bout d'un mois de siége; lorsqu'ils virent une grande partie de leurs tours, de leurs portes et de leurs

murailles abattues par la puissante artillerie des Anglais.;HdnriY avait des pierriers qui lançaient des pierres grosses comma des

meules de moulin et qui écrasaient tout, retnparts et maisons. Les

gens de la ville avaient député à plusieurs reprises vers le conseil de

t'rance, sans obtenir autre chose que de belles paroles : < Frcnez courûge, leur tlisait-on, fiez-vous à Ia prudence du roi. > Sanglante

dérision ! Le roi , qui était dans un intervalle lucide , alla enfin

chercher I'oriflamme à Saint-Denis le 10 septembre, et vint joindre sorr fils ainé à Yernon, où était assigné le rendez-vous général de I'armée de n'rance. Le roi et le duc de Guyenne ne tardèrent pas

à voir paraître à Yernon de nouveaux députés de Harlleur, qui

annoncèr'ent que ( ceux dela ville'> avaient promis, le 18 sep-

tembre, de rcndre Harfleur et de se rendre, ( sauves leurs vies r, |e 22, s'ils n'étaient secourus dans I'irttervalle.

Plus de quatorze rnille lances, sans les autres milices, couvraient

lo pays entre Yernon et Rouen. L'armée anglaise souffraitbeaucoup d'une épidémie meurtrière: il y avait bonne chance à I'attaquer, et

Ie salut de Harfleur valait bien qu'on risquôt une bataille. Aucun

ordre ne fut donné : les troupes françaises restèrent immobilesr. Les défenseurs de Harfleur ne'pouvaient croirc à ce lâche aban-

don : le jour fatal arrivé, ils ne voulaient pas encore se rendre,

bien qu'ils eussent prêté serment et donné des otages; une partie de la garnison rcfusa de livrerles portes; les Anglais furent obligés

1. Henri Y avait écrit le 16 au duc de Guyenne, qu'il qualifiait seulement de dauphin, pour lui proposer un duel qui déciderait de leurs.lroits respectifs b la

couronne de France. Henri Y voulait, bien attendre la nort de.Charles V[ pour se mettre en possession de la couronne, si le sort, du soulbat la lui adjugeait. Ryû\er?

10 GUERRES DES ÀNGLAIS.

tr.t15l

de recourir à la force e[ commencèrent un assaut qui ne cessa

que par I'ouverttrre d'une porte, de l'autre côté de la ville. Les

plus détenninés des assiégés se retirèrent dans <deux tours moult

fortcs qui étoient sur la mer >, €t y tinrent encore deux jours.

Henri Y cependant observa la capitulation : il voulait gagner les

cæurs de c ses sujets de Normanclie >; les anglais, en recevant à

reddition les gens de Harfleur, avaient affecté de dire c qu ils

étoient bons chrétiens et qu'on ne feroit pas cornme à Soissons I r (Juvénal).

<r 0n ne fit pas comme à Soissons >, mais on fit comme à Calais :

tout ce qui ne voulut pas prêter serment à Henri V, c roi de X'rance

et d'Angleterre r, ful expulsê de la ville; tous les biens trouvés

dans Harfleur furent parta$és entre le roi n les capitaines et les

soldats anglais; les gentilshommes e[ les principaux bourgeois furent envoyés lllisonniers à Calais. ou en Angleterre pour être

mis à rançon. Le reste des citoyens qui préférèrent la ['rance à

leur ville natale quittèrent Flarfleur avec leurs femmes, leurs

enfants et les prêtres : il sortit plus de quinze cents femmes. 0n

ne leur laissa emporter à chacun que cing sous avec leurs vêle- rnents et ce qu'ils pouvaient prendre sur eux ( sans fardeaux ni

charretles z p. Quand on vit arriver àRouen ces malheurcux exilés, un long cri d'indignation s'éleva dans toute la Normandie contre le connétable et le conseil du roi. La noblesse française, qui n'a-

vait pas sccoul"u Harfleurr.( en fut moquée, sifflée, chansonnée

chez les nations ôtrangèresB r.

C'était un J:eau succès pour I'Angleterre, un succès plus impor-

tant même que la prise de Calais; Harlleur, rnoins facile à garder

1. ?. notre