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UNIVERSITÉ DE MARNE-LA-VALLÉE THÈSE Spécialité : Sciences de l'Information Géographique présentée par Julie
UNIVERSITÉ DE MARNE-LA-VALLÉE THÈSE Spécialité : Sciences de l'Information Géographique présentée par Julie

UNIVERSITÉ DE MARNE-LA-VALLÉE

THÈSE

Spécialité : Sciences de l'Information Géographique

présentée par

Julie CHARLEUX-DEMARGNE

Qualité des Modèles Numériques de Terrain pour l’Hydrologie Application à la Caractérisation du Régime de Crues des Bassins Versants

Soutenue le 29 juin 2001, devant le jury composé de :

Pierre Aurousseau

Professeur à l’ENSAR

Rapporteur

Peter Burrough

Professeur à l’Université d’Utrecht (Pays-Bas)

Examinateur

Bernard Cervelle

Professeur à l'Université de Marne-la-Vallée

Président

Didier Graillot

Directeur de Recherche à l’Ecole des Mines, St. Etienne Rapporteur

Robert Laurini Laurent Polidori Christian Puech

Professeur à l'Université C. Bernard, Lyon I Professeur associé à l’ESGT, Le Mans Directeur de Recherche au Cemagref

Directeur de thèse Examinateur Directeur de recherche

Thèse préparée au sein de l’Unité Mixte de Recherche « Structures et Systèmes Spatiaux » Cemagref-Engref, Montpellier

Remerciements

Une thèse est une longue traversée semée de découvertes et de difficultés. Je suis arrivée à bon port grâce à l’aide et le soutien de nombreuses personnes que je voudrais remercier ici.

Je tiens tout d’abord à remercier Christian Puech pour m’avoir soutenue et suivie tout au long de cette thèse. Grâce à lui, j’ai pu m’initier au vaste domaine de l’hydrologie, domaine qui m’a conquise !

Gilles Lechapt puis Sylvain Labbé m’ont permis de travailler dans l’Unité Mixte de Recherche « Structures et Systèmes Spatiaux » Cemagref-Engref de Montpellier (anciennement Laboratoire Commun de Télédétection) au sein de la Maison de la Télédétection, avec des conditions matérielles idéales.

Je remercie M. Laurini pour avoir accepté d’être le directeur de cette thèse, malgré les distances, et notamment de m’avoir « soufflé » le terme de ré-ingénierie.

Merci très sincèrement à tous les membres du jury d’avoir accepté de juger ce travail de thèse. J’ai beaucoup apprécié leurs remarques et leurs critiques qui m’ont permis, je pense, d’améliorer ce mémoire.

Tout au long de ces années de thèse, une étroite collaboration s’est établie avec l’Unité de Recherche Hydrologie – Hydraulique du Cemagref de Lyon, notamment grâce à leurs compétences dans la modélisation QdF. Je tiens à remercier ici Pierre Javelle, Gilles Galéa, Michel Lang, Etienne Leblois et Eric Sauquet pour toutes les discussions enrichissantes que nous avons eues.

J’ai également pu bénéficier au cours de cette recherche des conseils et des encouragements de Jean-Michel Grésillon, Roger Moussa ainsi que Laurent Polidori.

Cette thèse a été initiée dans le cadre du projet européen NOAH, ce qui m’a donné l’occasion de travailler avec des ingénieurs et des chercheurs de divers organismes : Spot Image, ISTAR, l’Institut Fédéral allemand d’Hydrologie BfG et l’Institut WL Delft Hydraulics aux Pays-Bas. Ce fut une expérience enrichissante sur le plan scientifique ainsi que culturel.

Je tiens à remercier Marc Bernard de Spot Image, pour m’avoir fait prendre du recul vis à vis des MNT, Stéphane Dupont d’Istar, pour ses commentaires et encouragements dans la dernière ligne droite, et Dominique Lépingle de l’Université d’Orléans - La Source, pour ses conseils en matière de probabilité.

J’ai pu apprécier durant ces quatre années les idées et compétences des personnes du laboratoire, certains ayant donné de leur temps pour relire ce travail : Sylvain Labbé, Pierre Maurel, Jean-Stéphane Bailly, ainsi que les docteurs et futurs docteurs Dunia Tabet, François Colin, Emmanuel Mushinzimana, Jean-Michel Martinez, Nicolas Devaux, Laurent Borgniet, Sylvain Payraudeau, Indarto et Damien Raclot. Un grand merci à Véronique Blanc, pour sa gentillesse et son efficacité dans les recherches bibliographiques, et à Laurent Albrech, pour ses nombreux coups de main en informatique et pour les mesures terrain en Moselle, malgré une pluie battante !

Merci à toutes les personnes de la Maison de la Télédétection que j’ai pu rencontrer durant ces années : Alice, Clarisse, Isabelle, Jean et tous les autres…

Merci enfin à mes parents et ma sœur, pour leur soutien, encouragements et conseils. Et pour terminer, une mention spéciale à Louis, mon mari, qui m’a soutenue dans cette aventure et qui a balayé les doutes que j’ai pu avoir.

Résumé

La prolifération des données géographiques ainsi que l’essor de l’informatique et des outils de construction de Modèles Numériques de Terrain (MNT) ont conduit à un usage très répandu des MNT dans des thématiques différentes. Cette multiplicité des utilisations, basées sur l’extraction de différents objets et paramètres à partir du plan altimétrique, pose des problèmes de qualité, la définition de la qualité étant fondamentalement liée au besoin particulier d’un utilisateur. En ce qui concerne la qualité des MNT, celle-ci est habituellement exprimée par rapport à la seule altitude, par une mesure statistique des écarts altimétriques à une surface de référence. Ce critère est insuffisant pour de nombreuses applications. En particulier, pour l’hydrologie, la qualité mérite d’être étudiée suivant les objets et paramètres hydrologiques extraits du MNT avec des critères spécifiques.

L’objectif de ce travail est d’intégrer les MNT et les données d’observation de la Terre dans un modèle hydrologique de synthèse du régime de crues des bassins versants. Il s’agit de régionaliser un modèle de type débit-durée-fréquence afin d’estimer les débits de crues en des sites non observés sur l’ensemble d’une région hydrologique homogène. On cherche donc à prédéfinir les paramètres d’entrée du modèle hydrologique grâce aux caractéristiques physiographiques du bassin versant déterminées à partir des données satellitaires. En particulier, le travail porte sur l’estimation de quantiles de crues par l’analyse statistique d’une cinquantaine de bassins versants, en s’intéressant à l’influence de la résolution et au changement des variables pertinentes en fonction de l’échelle temporelle (en terme de durée et de période de retour). La méthode de régionalisation nécessite l’extraction à partir du MNT du réseau hydrographique et des bassins versants qui structurent l’espace en hydrologie.

Ceci nous a conduit à analyser la qualité d’extraction du réseau hydrographique et des limites de bassins versants à partir d’un MNT de type raster, relative au schéma d’écoulement unidirectionnel. Une méthode originale de diagnostic qualité est proposée afin d’évaluer l’impact des biais introduits par l’orientation de la grille numérique sur les calculs. Le critère d’évaluation, quantitatif et spatial, est basé sur la représentation probabiliste du réseau hydrographique et des limites de bassin. Dès lors, la qualité d’extraction peut être analysée en fonction des caractéristiques du terrain modélisé et du MNT employé (mode de construction et source de données). Les limites intrinsèques du MNT au format raster et des algorithmes d’extraction automatique nous ont amené à utiliser des techniques de ré-ingénierie du MNT, permettant de modifier le plan altimétrique pour satisfaire à des critères de qualité d’ordre hydrologique. Le critère d’évaluation proposé est alors utilisé pour mesurer l’impact de la modification sous contrainte hydrologique du MNT, sur la qualité des extractions. La fiabilité des extractions hydrologiques à partir du MNT modifié permet de prendre en compte un facteur de distance au réseau hydrographique suivant les chemins d’écoulement, afin de définir des variables issues d’une vision distribuée du bassin versant.

Ce travail a été effectué sur le bassin versant de la Moselle avec des données issues des satellites SPOT, dans le cadre du projet européen NOAH (New Opportunities for Altimetry in Hydrology). L’objectif de ce projet était de développer l’utilisation des données d’observation de la Terre pour la connaissance des crues.

Mots clés : Modèle Numérique de Terrain, hydrologie, qualité, réseau hydrographique, bassin versant, ré-ingénierie, télédétection, régime de crues, régionalisation.

Abstract

The recent proliferation of geographic data coupled with the advances in computer technology and tools for the production of Digital Terrain Models (DTM) have lead to an ever-increasing use of DTMs in various thematic application domains. This diversity of applications, which rely on the extraction of various parameters from the elevation information, raises the question of how to evaluate data quality, since the very definition of quality depends largely on the needs of each end-user. Indeed, the quality of DTMs is often expressed simply as the accuracy of the elevation (z) information, that is to say as a statistical measure of the altimetric difference between the DTM and a reference surface. This criterion is largely insufficient for the requirements of a number of applications. In hydrology in particular, quality needs to be analysed with respect to the hydrological parameters that can be extracted from the DTM.

The aim of this work is to integrate DTMs and Earth observation data in hydrological models which synthesise the flood regime of watersheds. The application consists in the regionalisation of a Flow-Duration-Frequency model to estimate flood regimes of watersheds not previously measured and belonging to a same hydrologically homogeneous region. We seek to predetermine first the variables of the hydrological model using watershed descriptive parameters extracted from the remotely sensed satellite data. The work centres essentially on the estimation of flood quantiles through statistical analysis of some sixty watersheds, focussing on the influence of spatial resolution and on the changes in relevant variables depending on the flood duration and return period.

The regionalisation method requires the accurate extraction of drainage networks and watershed boundaries from the DTM. This has led us to analyse the quality of their extraction from a grid DTM, based on the unique flow direction method (designated D8). An original method of quality evaluation is proposed for analysing the impact of the bias induced by the grid orientation. This evaluation criteria is both quantitative and spatialised, and is based on the probabilistic representation of the extracted drainage networks and watershed boundaries. The quality of extraction can thus be evaluated as a function of the type of DTM (method of production and data source) as well as the characteristics of the observed terrain. Because of the inherent limitations of grid DTMs and automatic extraction algorithms, a technique for DTM re-engineering was devised, enabling us to modify the elevation data in order to satisfy certain hydrological quality criteria. The proposed evaluation criterion is then used to measure the impact of the DTM re-engineering on the quality of extractions. The enhanced reliability of the hydrological parameters extracted from the modified DTM enables us to consider other, spatially distributed variables, related to a downstream distance along a flow path, in order to increase the accuracy of results from the hydrological model regionalisation.

This work was performed on the Moselle River basin with data derived from SPOT satellite acquisitions, in the framework of the European NOAH project (New Opportunities for Altimetry in Hydrology). The main objective of this project was to develop the use of satellite Earth observation data in the study and understanding of floods.

Keywords : Digital Terrain Model (DTM), hydrology, quality, drainage networks, watershed boundaries, re-engineering, remote sensing, flood regime, regionalisation.

Table des Matières

Page

INTRODUCTION GENERALE……………………………………………………………………

CHAPITRE I

1

LES MODELES NUMERIQUES DE TERRAIN : UTILISATION EN HYDROLOGIE ET EVALUATION DE LA QUALITE

INTRODUCTION………………………………………………………………………………. 5

I.1.

LES MODELES NUMERIQUES DE TERRAIN : DIVERSITE ET INTERET…………………

6

I.2.

UTILISATION DES MNT EN HYDROLOGIE…………………………………………… 26

I.3.

EVALUATION DE LA QUALITE DU MNT RELATIVE A LA MODELISATION

HYDROLOGIQUE……………………………………………………………………….58

CONCLUSION…………………………………………………………………………………77

CHAPITRE II

OBJECTIFS ET DONNEES D’OBSERVATION DE LA TERRE

INTRODUCTION……………………………………………………………………………… 79

II.1.

OBJECTIF : CARACTERISER LE REGIME DE CRUES DES BASSINS VERSANTS A PARTIR DE DONNEES DOBSERVATION DE LA TERRE…………………………………………. 80

II.2.

SITE DETUDE ET DONNEES DISPONIBLES……………………………………………

91

II.3.

UNE PREMIERE ANALYSE DE QUALITE DES PRODUITS DERIVES DES IMAGES SPOT

99

CONCLUSION……………………………………………………………………………… 120

CHAPITRE III

METHODOLOGIE ET PROBLEMES DE QUALITE

INTRODUCTION…………………………………………………………………………… 121 III.1. METHODOLOGIE PROPOSEE…………………………………………………………. 122

III.2. EXTRACTION ET SELECTION DE PARAMETRES PHYSIOGRAPHIQUES………………… 129 III.3. MISE EN EVIDENCE DES PROBLEMES DEXTRACTION DU RESEAU HYDROGRAPHIQUE ET DES LIMITES DE BASSINS VERSANTS………………………………………………145

CONCLUSION……………………………………………………………………………… 156

CHAPITRE IV

NOUVELLE METHODE D’EVALUATION ET RE-INGENIERIE DU MNT POUR LA MODELISATION HYDROLOGIQUE

INTRODUCTION…………………………………………………………………………… 157

IV.1.

ELABORATION DU DIAGNOSTIC DE QUALITE DEXTRACTION A PARTIR DU MNT

RASTER AVEC LALGORITHME D8…………………………………………………

158

IV.2.

ANALYSE DE SENSIBILITE A LA METHODE DE CALCUL……………………………

166

IV.3.

APPLICATION DU CRITERE DE DIAGNOSTIC ET ANALYSE DE LINSTABILITE………

185

IV.4.

APPLICATION DU DIAGNOSTIC QUALITE : TEST DE TECHNIQUES DE RE-INGENIERIE

DU MNT……………………………………………………………………………. 202 CONCLUSION………………………………………………………………………………. 213

CHAPITRE V

CONSEQUENCES DE L’ADAPTATION DU MNT SUR LES RESULTATS DE LA MODELISATION HYDROLOGIQUE

INTRODUCTION…………………………………………………………………………… 215

V.1.

IMPACT DE LA RE-INGENIERIE DU MNT……………………………………………

216

V.2.

ELABORATION DU MODELE HYDROLOGIQUE REGIONAL…………………………… 222

V.3.

VERS UNE VISION DISTRIBUEE DU BASSIN VERSANT………………………………

243

CONCLUSION………………………………………………………………………………. 251

CONCLUSION GENERALE……………………………………………………………………. 253

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES………………………………………………………….259

ANNEXES

ANNEXE I : LE SYSTEME SPOT ET LES DONNEES UTILISEES ANNEXE II : LES METHODES DINTERPOLATION ANNEXE III : EXTRACTION DU RESEAU HYDROGRAPHIQUE PAR LES APPROCHES GEOMORPHOLOGIQE ET HYDROGEOMORPHOLOGIQUE ANNEXE IV : LE PROGRAMME AML (ARCINFO) POUR LE CACUL DU CRITERE DE QUALITE

INDEX DES FIGURES INDEX DES TABLEAUX LISTE DES SIGLES GLOSSAIRE

Le cycle de l'eau selon Escher (1961)

Le cycle de l'eau selon Escher (1961)

Introduction Générale

Introduction Générale

De l’information géographique à la prévention du risque d’inondation

Ces dernières quinze années ont été marquées par un essor de l’information géographique et un fort développement informatique, qui a donné lieu à l’avènement de la géomatique. Actuellement, les données géographiques, définies comme les données à référence spatiale, sont largement disponibles sous la forme traditionnelle de cartes, avec possibilité de numérisation manuelle ou automatique, sous forme de bases de données avec une volonté de normalisation pour un partage et un transfert des informations, et sous forme d’images.

Ce dernier type de données est acquis et traité par la télédétection, qui correspond à l’ensemble des connaissances et techniques utilisées pour déterminer les caractéristiques physiques d’objets, par des mesures effectuées à distance. Les données d’observation de la Terre sont caractérisées par leur homogénéité et leur objectivité, ainsi que leur disponibilité à une échelle mondiale ; la répétitivité des observations permet de mettre en oeuvre des analyses multi- temporelles. Les capteurs, de plus en plus variés et nombreux, permettent d’obtenir des images aériennes ou spatiales, relatives à des longueurs d’ondes, des résolutions temporelles et spatiales très différentes. Certains capteurs, tels que les satellites SPOT, offrent des possibilités d’acquisition de couples stéréoscopiques, conduisant à déterminer le relief d’un objet à partir de deux images prises de deux points de vue différents.

Cette nouvelle technologie a permis de construire de nombreux produits dérivés, dont le Modèle Numérique de Terrain (MNT), information numérique renseignant le relief de la surface topographique. Ce produit numérique offre des représentations du terrain variables suivant les données source utilisées (cartes, mesures, images) et sa méthode de construction (manuelle, semi-automatique, automatique). Il est utilisé dans des domaines applicatifs très variés tels que les sciences environnementales, ainsi que dans le domaine industriel pour les télécommunications et l’exploration pétrolière.

Ce boom de l’information géographique et de la géomatique a conduit dans de nombreuses applications à l’utilisation croissante des Systèmes d’Information Géographique (SIG). Ces systèmes d’information correspondent à des outils d’aide à la décision permettant l’acquisition, l’archivage, l’analyse et l’affichage des données, par abstraction afin de modéliser le monde réel. Ils sont notamment utilisés pour la cartographie des risques naturels, tels que le risque d’inondation.

Si l’homme a acquis, grâce à de nouveaux outils, une riche information sur son environnement, il reste soumis au risque naturel d’inondation. En France, la Délégation aux risques majeurs a évalué à 5% du territoire les zones inondables, ce qui touche 10% de la population, sachant que les inondations sont à l’origine de 80% des dégâts occasionnés par les catastrophes naturelles [Salomon 1997]. Les inondations représentent, par la gravité de leurs conséquences sur le plan

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Introduction Générale

humain et matériel, le risque naturel majeur dans le monde, comme nous le rappellent les événements passés (crue du Huang Ho en 1987, crue de l’Aude en novembre 1999) ou actuels (inondations dans la Somme et l’Ille-et-Vilaine au printemps 2001).

Pour faire face à ce risque d’inondation, il est nécessaire de se donner des outils pour répondre à trois objectifs complémentaires : la prévision des événements exceptionnels, pour pouvoir anticiper les inondations en temps réel, la gestion de crise, pour réduire au mieux les dégâts une fois l’alerte de crue donnée, et la prévention des inondations, pour déterminer quels sont les événements susceptibles de se produire dans le temps et dans l’espace (par exemple avec des cartes de risque).

Ce travail de thèse s’insère dans cette troisième approche de la gestion du risque d’inondation. L’objectif repose sur la prédétermination de la réponse d’un bassin versant à des événements pluvieux, afin de connaître l’évolution au cours du temps de ses caractéristiques d’écoulement. Or, la difficulté réside dans la non-reproductibilité de cette réponse du fait de la diversité des contraintes en jeu et de leur constante évolution [Ambroise 1998]. Pour une analyse du risque de crue, il s’agit d’estimer le plus précisément possible la probabilité de dépassement d’un débit donné ; une période de retour est alors associée à un débit de pointe de crue. Cette caractérisation de l’aléa hydrologique peut être complétée par une description synthétique prenant en compte la notion de durée pour caractériser les débits de crue. C’est l’approche hydrologique utilisée dans ce travail, dite approche débit-durée-fréquence (QdF), proposée par le Cemagref ([Galéa & Prudhomme 1997], [Javelle 2001]).

Objectifs de la thèse

Dans le cadre de la prévention du risque d’inondation, le défi de ce travail est de caractériser le régime de crues des bassins versants en intégrant les données d’observation de la Terre dans la modélisation hydrologique synthétique QdF. La thèse a été initiée au sein du projet européen NOAH (New Opportunities for Altimetry in Hydrology), financée en partie par la Commission Européenne, dans le but de promouvoir l’utilisation des données issues de la télédétection pour la gestion des risques d’inondation.

En ce qui concerne la caractérisation de l’aléa hydrologique, le bassin versant, système hydrologique spatialisé, est étudié d’une part par télédétection avec des données spatiales et d’autre part grâce à l’analyse fréquentielle des mesures de débit et des mesures de pluies disponibles. L’objectif est d’estimer les débits de crues grâce aux caractéristiques pluviométriques et aux caractéristiques physiographiques du bassin versant, déterminées à partir des produits issus de l’observation de la Terre. Les relations entre débits de crue et paramètres pluvio-physiographiques sont établies statistiquement sur un grand nombre de bassins pour lesquels les mesures de débit sont disponibles, dits bassins jaugés. Elles peuvent ensuite être transposées sur des bassins versants voisins, au comportement hydrologique similaire. Même si ce type de méthode ne s’appuie pas sur une modélisation fine des processus physiques du bassin versant, elle apporte des éléments utiles à la compréhension des processus hydrologiques.

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Introduction Générale

Cette méthode, qui appartient au domaine de l’hydrologie appelé régionalisation, est mise en œuvre depuis une trentaine d’années à partir des cartes traditionnelles sur support papier ( e.g. [NERC 1975]). Or, elle peut bénéficier des données d’observation de la Terre, pour caractériser la topographie, la géomorphologie, l’occupation et l’état des sols des bassins versants, comme le montrent certaines modélisations hydrologiques telles que TOPMODEL [Beven & Kirkby 1979]. Notre travail consiste alors à évaluer l’apport des nouvelles techniques d’observation de la Terre pour la prévention du risque d’inondation, en réponse à un besoin fort de la société. Plus particulièrement, une de nos motivations consiste à intégrer l’information géomorphologique issue des MNT pour la connaissance des chemins d’écoulement de l’eau et la structuration de l’espace par le réseau hydrographique et les bassins versants.

Or, cette utilisation des données d’observation de la Terre pour une modélisation hydrologique particulière suppose une réflexion sur la qualité des informations disponibles ou dérivées des données de base et sur les besoins thématiques à satisfaire. En effet, il est nécessaire de déterminer les caractéristiques de qualité des données géographiques, d’identifier les besoins thématiques propres à l’application considérée, et enfin d’avoir les moyens d’évaluer l’adéquation entre données et besoins, avec des critères objectifs et adaptés. Par conséquent, la caractérisation de la qualité des données géographiques doit s’établir en fonction de l’application thématique considérée afin de juger si la donnée employée est réellement apte à répondre aux exigences de l’utilisateur.

Pour l’application considérée dans cette étude, le MNT doit permettre de déterminer les chemins d’écoulement, afin d’extraire le réseau hydrographique et les bassins versants, les deux éléments fondamentaux qui structurent l’espace hydrologique. Or, généralement, la qualité du MNT est définie relativement à la seule information d’altitude, ce qui est insuffisant pour notre thématique hydrologique. Ce constat nous a conduit à proposer une méthode originale d’évaluation de la qualité des MNT, pertinente par rapport aux besoins de la caractérisation du régime de crues des bassins. Suite à cette analyse de qualité, il est apparu nécessaire d’adapter le MNT initial par des informations hydrologiques exogènes. Cette démarche relève du domaine de ré-ingénierie du MNT, qui nous permet de modifier le plan altimétrique pour satisfaire à des critères de qualité d’ordre hydrologique. La méthode d’évaluation proposée est alors utilisée pour tester l’impact de toute modification du MNT sur la qualité d’extraction du réseau hydrographique et des bassins versants. Une telle méthode d’analyse de la qualité et d’adaptation du MNT aux besoins thématiques permet de mettre en œuvre une méthode de régionalisation basée sur des informations pertinentes issues des données d’observation de la Terre.

Plan de la thèse

Dans une première partie, les MNT sont présentés suivant la source de données exploitée, la méthode de construction et la représentation finale de l’information de relief. Leur utilisation en hydrologie est exposée, en détaillant plus particulièrement les méthodes d’extraction des chemins d’écoulement de l’eau et du réseau hydrographique selon les différentes approches possibles. Ensuite, on s’intéresse aux problèmes de l’évaluation de la qualité du MNT et des informations dérivées du plan altimétrique, en fonction de l’application considérée. Ceci nous

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Introduction Générale

conduit à étudier des techniques mises en œuvre pour adapter le MNT aux besoins de l’utilisateur, notamment en hydrologie.

Dans un deuxième chapitre, nous présentons le contexte et les objectifs de ce travail : la caractérisation du régime de crues des bassins versants par l’approche synthétique QdF en intégrant des données d’observation de la Terre. Sur le site d’étude du bassin versant de la Moselle, on propose une première évaluation de la qualité des données satellitaires optiques qui seront les informations de base à l’application de régionalisation : un MNT et une carte d’occupation du sol issus d’images SPOT, à la résolution planimétrique de 20 m.

La troisième partie est relative à la méthodologie de régionalisation retenue, à partir des données issues des images SPOT et par régressions directes. Cette méthode suppose une homogénéité de comportement hydrologique des bassins versants au sein de notre zone d’étude. Elle a pour but d’établir des relations statistiques entre d’une part les débits de crue et d’autre part les variables climatiques et physiographiques. On propose alors d’extraire du MNT SPOT le réseau hydrographique et les limites de bassins versants grâce à l’algorithme automatique de schéma d’écoulement unidirectionnel en 8-connexité, noté D8. Cette méthode d’extraction, implémentée dans la majorité des SIG commerciaux, reste la technique la plus couramment employée par sa robustesse et malgré ses limites de précision. Les paramètres physiographiques décrivant les bassins sont ensuite sélectionnés suivant leur pertinence vis à vis des processus hydrologiques et leur stabilité en fonction de l’échelle d’analyse. Ceci nous conduit à mettre en évidence des incohérences d’extraction du réseau hydrographique et des bassins à partir du MNT, vis à vis de données hydrologiques exogènes.

Par conséquent, le quatrième chapitre propose une méthode originale pour évaluer la qualité d’extraction des deux éléments hydrologiques fondamentaux dans l’application considérée : le réseau hydrographique et les limites de bassin versant. Le critère, de type probabiliste, permet une analyse spatiale et quantitative de la qualité de ces deux types d’extractions à partir d’un MNT raster avec l’algorithme D8. Ce critère, comparé à une méthode de simulation de Monte- Carlo, permet d’analyser l’impact des biais de l’algorithme D8 en fonction du terrain étudié et du MNT employé (de sources et de modes de construction variables). Il est ensuite utilisé pour définir une technique d’adaptation du MNT raster aux besoins d’extraction du réseau hydrographique et des limites de bassin, par intégration d’informations hydrologiques exogènes.

Dans un cinquième et dernier chapitre, la technique d’adaptation du MNT est mise en œuvre pour le MNT SPOT grâce aux éléments hydrologiques de la BD Carthage (rivières et crêtes), pour construire un MNT adapté, dédié au seul calcul des directions d’écoulement. L’utilisation conjointe du MNT SPOT brut et du MNT adapté permet d’améliorer la qualité de détermination des paramètres physiographiques décrivant les bassins versants. Ensuite, les résultats de la caractérisation du régime de crues sont discutés par rapport aux processus hydrologiques et en fonction de l’échelle temporelle des débits de crue, en terme de période de retour et de durée. Finalement, la modification au préalable du MNT nous permet de proposer une approche distribuée du bassin versant, qui intègre le facteur de proximité à des éléments hydrologiques privilégiés tels que le réseau hydrographique.

4

Chapitre I

Les Modèles Numériques de Terrain :

utilisation en hydrologie et évaluation de la qualité

SOMMAIRE Chapitre I

 

INTRODUCTION

5

I.1.

LES MODÈLES NUMÉRIQUES DE TERRAIN : DIVERSITÉ ET INTÉRÊT

6

I.1.1.

Information géographique et modélisation spatiale

6

I.1.2.

Systèmes géodésiques, notion d’altitude et projections cartographiques

8

I.1.3.

Le MNT : une pièce maîtresse des Systèmes d’Information Géographique

9

I.1.3.1.

I.1.3.2.

I.1.3.3.

Définition du Modèle Numérique de Terrain

9

Richesse des MNT et multiplicité de leurs utilisations

11

Construction des plans dérivés du MNT

11

I.1.4.

Elaboration du MNT

14

I.1.4.1.

I.1.4.2.

I.1.4.3.

Diversité des données source et des méthodes

14

Méthodes de positionnement des points de référence

16

Mise en cohérence des systèmes cartographiques et systèmes d’altitudes

21

I.1.4.4.

I.1.4.5.

Choix du format du MNT

22

Nécessité d’interpolation

24

I.2.

UTILISATION DES MNT EN HYDROLOGIE

26

I.2.1.

Modélisation hydrologique et information spatiale

26

I.2.1.1.

I.2.1.2.

I.2.1.3.

I.2.1.4.

Modèle hydrologique

26

Notion d’échelle

28

Différents types de modèles hydrologiques

28

Utilité de l’information spatiale, notamment par télédétection

29

I.2.2.

Extraction du réseau hydrographique à partir du MNT

31

I.2.2.1.

I.2.2.2.

I.2.2.3.

Détermination des directions d’écoulement

34

L’extraction du réseau hydrographique

39

Quelle méthode choisir ?

42

I.2.2.4.

I.2.2.5.

I.2.2.6.

Difficultés rencontrées : les dépressions et les zones plates

44

Autres méthodes sur des MNT de format différent du raster

50

Conclusion

51

I.2.3.

Paramètres géomorphologiques extraits pour l’hydrologie

52

I.2.3.1.

I.2.3.2.

Descripteurs hydrologiques extraits du MNT

52

Nouvelle définition de la pente

53

I.2.3.3.

Un indice géomorphologique associé : l’indice topographique

54

I.2.4. Facteur d’échelle et paramètres géomorphologiques

55

 

I.2.4.1.

I.2.4.2.

Analyse de la dépendance vis à vis de la résolution

55

L’analyse fractale : source de nouveaux paramètres

57

I.2.5.

Conclusion

58

I.3.

EVALUATION DE LA QUALITÉ DU MNT RELATIVE À LA MODÉLISATION

HYDROLOGIQUE

58

I.3.1.

Définir la qualité de l’information géographique

59

I.3.2. Définir l’erreur

60

I.3.3.

Evaluer la qualité d’un MNT

61

I.3.3.1.

I.3.3.2.

I.3.3.3.

La nature du paramètre géomorphologique

62

Les données de contrôle

63

Méthodes d’évaluation de la qualité

65

I.3.4.

Rechercher les sources d’erreurs

68

I.3.5.

Analyser la propagation des erreurs

70

I.3.5.1.

I.3.5.2.

L’approche analytique

70

L’approche expérimentale

71

I.3.6.

Adapter le MNT aux objectifs de l’application

74

Chapitre I

Les MNT : utilisation en hydrologie et évaluation de la qualité

CHAPITRE I

Les Modèles Numériques de Terrain : utilisation en hydrologie et évaluation de la qualité

Introduction

Connaître et figurer la Terre a été de tout temps une préoccupation des hommes, comme le montrent les premières cartes topographiques grecques utilisant un canevas géométriquement construit. A partir du dix-septième siècle, les besoins militaires et administratifs exigèrent des cartes plus détaillées et à plus grande échelle, ce qui donna naissance à la cartographie topographique, dont l’un des exemples est la carte de Cassini de la fin du dix-huitième siècle.

Le développement de l’informatique a permis l’apparition de la cartographie numérique et d’un nouveau moyen de représenter la Terre : le Modèle Numérique de Terrain (MNT). Cette information spatialisée particulière aide à modéliser, analyser et représenter des phénomènes liés à la surface topographique ; c’est ainsi qu’il est utilisé depuis les années cinquante dans le domaine des géosciences [Miller & Laflamme 1958]. En particulier, bien des applications utilisent des procédures automatiques pour caractériser la surface topographique par extraction de paramètres géomorphologiques à partir de MNT. L’un des problèmes majeurs de cette extraction est que les résultats obtenus sont en partie dépendants de l’échelle de représentation, de la structure et des artefacts du MNT, alors que la caractérisation de la surface doit répondre aux besoins des utilisateurs indépendamment des contraintes liées au modèle de représentation. Par conséquent, l’utilisation raisonnée des MNT doit se baser sur l’analyse de la qualité des MNT avec des critères d’évaluation adaptés à l’application concernée ; ainsi, l’utilisateur peut choisir ou élaborer un modèle répondant à ses besoins thématiques en matière de précision et de représentation géométrique.

Le cadre de cette étude est de valoriser l’information des MNT pour la connaissance du comportement hydrologique de crues des bassins versants. La présentation de la problématique dans le chapitre II est précédée d’une analyse bibliographique sur l’utilisation des MNT en hydrologie et les méthodes d’évaluation de la qualité des MNT.

Dans cette analyse bibliographique, une première partie est dédiée à la présentation des MNT, de leur diversité en matière de mode de construction et de représentation, ainsi que de leur intérêt dans de nombreuses applications. La deuxième partie présente les utilisations des MNT dans certaines modélisations hydrologiques, notamment pour l’extraction du réseau hydrographique et des bassins versants. Enfin, la troisième partie porte sur les méthodes d’évaluation de la qualité et sur les approches possibles pour intégrer de manière pertinente le MNT dans des applications thématiques.

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Chapitre I

Les MNT : utilisation en hydrologie et évaluation de la qualité

I.1.

Les Modèles Numériques de Terrain : diversité et intérêt

I.1.1.

Information géographique et modélisation spatiale

L’information géographique se définit comme l’ensemble des données à référence spatiale dont une caractéristique essentielle est l’aspect multisource et multimédia [Laurini & Milleret- Raffort 1993]. La référence spatiale peut être qualitative (relative à la toponymie par exemple) ou quantitative (en donnant des coordonnées géographiques). Les données géographiques sont d’une sémantique très riche et leur représentation géométrique est multiple. Elles sont représentées par une modélisation spatiale, qui fait appel à des descriptions par intension : toute l’information n’est pas explicitée car un objet inclut une infinité de points. En effet, ne sont conservées que quelques informations pertinentes qui permettent de reconstituer l’ensemble de l’information en spécifiant les mécanismes de reconstruction [Laurini & Milleret-Raffort 1993].

La représentation des objets spatiaux utilise des concepts issus de la géométrie euclidienne, pour la localisation absolue des objets, la théorie des graphes et la topologie, pour étudier leur position relative et leurs relations spatiales. La représentation sera de type vecteur avec des données sous forme de points, lignes et polygones, ou de type raster avec des modèles matriciels [Laurini & Milleret-Raffort 1993].

Selon Tomlin (1990), on peut différencier deux types de modélisation spatiale : la modélisation descriptive et la modélisation prescriptive. Les procédures sont différentes si l’utilisateur cherche à connaître la localisation d’un phénomène ou s’il veut définir la localisation où une action doit être réalisée.

Le traitement des données spatiales en vue d’une modélisation est basé sur différentes étapes :

une étape d’acquisition de l’ensemble de données spatiales à partir de l’observation des phénomènes du monde réel (caractérisation par des attributs géométriques de position, de forme et des attributs non géométriques tels que les noms), une étape de structuration des données pour obtenir un modèle géométrique et enfin une étape d’extraction d’information de haut niveau pour construire un modèle conceptuel ([Falcidieno et al. 1993], cité par [Kettal 1996]) (Figure I-1).

La modélisation descriptive suit cette approche de construction du modèle conceptuel grâce à l’analyse et à la synthèse des informations provenant des observations et du modèle géométrique. Comme l’ont dit Falcidieno et al. (1992), la « modélisation descriptive a pour but principal la connaissance d’un phénomène naturel observé en extrayant l’information qui est implicitement contenue dans l’ensemble des données initiales ». Par exemple, la construction à partir de photos aériennes d’une carte topographique permet ensuite de définir les dépressions sur la zone considérée.

La modélisation prescriptive requiert une simulation de la réalité avec des concepts de haut niveau relatifs au modèle conceptuel pour la production du modèle géométrique adapté au choix d’une solution. Par exemple, à partir d’une description synthétique du paysage (deux montagnes

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Chapitre I

Les MNT : utilisation en hydrologie et évaluation de la qualité

séparées par une vallée), la décomposition du terrain en entités géométriques primitives va permettre de construire le modèle géométrique correspondant. Elle est mise en œuvre lors de l’analyse d’impacts d’un phénomène pour sélectionner des localisations afin de satisfaire au mieux certains critères thématiques. Elle repose sur la modélisation du phénomène étudié, de ses conditions d’apparition ou d’évolution (qui correspond à une tâche descriptive), et ensuite sur la proposition de solutions en évaluant l’effet potentiel de la solution choisie [Laurent 1996].

l’effet potentiel de la solution choisie [Laurent 1996]. Figure I-1 : Construction des modèles géométrique et

Figure I-1 : Construction des modèles géométrique et conceptuel [Kettal 1996].

On peut donc distinguer deux niveaux de représentation des données spatiales : le modèle géométrique (données de bas niveau) et le modèle conceptuel (données de haut niveau), construits par modélisation descriptive ou prescriptive. Ces représentations de données spatiales font appel à l’analyse spatiale pour déduire les caractéristiques descriptives ou spatiales d’un phénomène groupé ou isolé, réel ou simulé dans l’espace. Ces caractéristiques concernent pour des objets étudiés isolément la position spatiale (relative ou absolue), l’orientation, la taille et la forme spatiales, et pour un groupe d’objets l’ensemble des relations spatiales d’inclusion, de voisinage, d’intersection, de disjonction, d’égalité [Champoux & Bédard 1992].

La modélisation spatiale conduit à représenter la surface topographique et à s’intéresser au problème de géoréférencement des données spatiales, plus particulièrement aux systèmes géodésiques, aux projections cartographiques et à la notion d’altitude.

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Chapitre I

Les MNT : utilisation en hydrologie et évaluation de la qualité

I.1.2.

Systèmes géodésiques, notion d’altitude et projections cartographiques

La notion d’altitude, si couramment employée, est délicate et nécessite d’être clairement définie. Elle est étudiée en géodésie, science qui a pour objet l’étude mathématique de la forme et des dimensions de la Terre ainsi que de son champ de pesanteur. La représentation de la Terre fait appel à plusieurs surfaces de référence :

- la surface topographique, définie comme la surface physique de séparation entre l’atmosphère et la Terre solide, qui est une surface complexe difficilement modélisable,

- le géoïde, défini comme la surface équipotentielle du champ de pesanteur, qui est proche de la surface libre des océans prolongée sous les continents mais qui ne correspond pas à une surface géométrique simple,

- l’ellipsoïde, défini comme la surface géométrique simple approximant au mieux (suivant les besoins de l’utilisateur) le géoïde, globalement ou localement.

Les deux formes, géoïde et ellipsoïde, ne coïncident pas. La perpendiculaire en un point à l’ellipsoïde ne correspond pas strictement à la verticale au géoïde en ce point : c’est la déviation de la verticale. Par conséquent, les coordonnées d’un point par rapport au géoïde calculé dans un système de référence lié aux étoiles, appelées latitude et longitude astronomiques, sont différentes des coordonnées du point sur l’ellipsoïde, appelées latitude et longitude géodésiques [Donnay 1994]. Il existe plusieurs ellipsoïdes dont la forme s’approche au maximum en certains lieux de celle du géoïde. Ils sont définis par les valeurs de leur rayon équatorial ou demi-grand axe, noté a, et de leur rayon polaire ou demi-petit axe, noté b, ainsi que par leur orientation et centrage dans l’espace, donné par un point fondamental, lieu où géoïde et ellipsoïde sont tangents (en France, il s’agit de la Croix du Panthéon).

Le relief terrestre se définit comme l’écart entre la surface topographique et le géoïde. On appelle hauteur du géoïde, la distance entre le géoïde et l’ellipsoïde selon la verticale locale, qui dépasse rarement la centaine de mètres, et qui peut prendre des valeurs négatives. La notion d’altitude d’un point de la surface topographique est un indicateur de l’éloignement par rapport au géoïde, grandeur dynamique difficile à évaluer. Il existe différents systèmes d’altitudes, pour lesquels l’altitude est définie par la distance verticale du point à la surface de référence choisie (Figure I-2).

du point à la surface de référence choisie (Figure I-2). Figure I-2 : Hauteur h par

Figure I-2 : Hauteur h par rapport à l’ellipsoïde et altitude H par rapport au géoïde [Dufour 1997].

En France continentale, les altitudes fournies par l’IGN (Institut Géographique National) sont des altitudes normales, déduites d’un champ normal de pesanteur relatif à l’ellipsoïde GRS 1980 (le champ normal de pesanteur est un modèle du potentiel de pesanteur dont l’une des surfaces équipotentielles est l’ellipsoïde choisi comme référence). Par convention, on a choisi pour

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Chapitre I

Les MNT : utilisation en hydrologie et évaluation de la qualité

altitude zéro le niveau moyen des mers au marégraphe de Marseille, qui a permis de calculer le niveau moyen de la mer sur de longues périodes. Le système d’altitude ainsi défini est appelé système altimétrique IGN 1969.

Par ailleurs, la représentation plane de la surface topographique implique le choix de l’ellipsoïde le plus proche du géoïde sur la surface à cartographier. De plus, la projection de l’ellipsoïde sur un plan, appelée projection cartographique, induit des déformations de plusieurs types car l’ellipsoïde n’est pas développable. La projection sera dite conforme si elle conserve les angles, équivalente si elle conserve les surfaces, et aphylactique si elle n’est ni conforme, ni équivalente. La surface de projection de l’ellipsoïde pourra être un cône tangent ou sécant à la Terre, un cylindre ou un plan. L’orientation de la surface par rapport à l’axe des pôles déterminera la dénomination de projection directe, transverse ou oblique.

La modélisation spatiale fait appel à un système géodésique, un système d’altitude et une projection cartographique. Le terme de système cartographique peut être employé pour regrouper système géodésique et projection cartographique, les deux systèmes étant relatifs au choix d’un ellipsoïde de référence. Une des représentations de données spatiales correspond au Modèle Numérique de Terrain (MNT).

I.1.3.

Le MNT : une pièce maîtresse des Systèmes d’Information Géographique

I.1.3.1.

Définition du Modèle Numérique de Terrain

Le MNT est, comme son nom l’indique, une représentation numérique du terrain en termes d’altitude ; il fournit des renseignements sur la forme et la position de la surface topographique pour une zone géographique donnée. Un MNT sera donc défini relativement à un système d’altitude et un système cartographique spécifiques. Il permet ensuite de construire un modèle conceptuel riche employé dans de nombreuses applications analysant des processus liés à la surface topographique.

Le MNT consiste en un échantillon de données spatiales qui donne une représentation partielle du terrain réel : la représentation des valeurs de l’altitude par un MNT est effectuée de manière discontinue et par intension. Or, le relief est un phénomène géographique quantitatif spatialement continu, i.e. il présente des valeurs distinctes en chaque point de l’espace. L’altitude d’un point quelconque sera alors calculée par interpolation ou extrapolation à partir des altitudes connues des points voisins : les altitudes sont dites alors distribuées [Laurini & Milleret-Raffort 1993]. La fonction mathématique d’interpolation ou d’extrapolation est choisie pour reproduire à partir de l’échantillon les informations altimétriques nécessaires à une application donnée, et si possible pour un maximum d’applications différentes. L’échantillon des points X, Y, Z constituant la donnée initiale peut être une image matricielle du relief, avec Z l’altitude du point de coordonnées planimétriques (X,Y) dans une projection définie (Figure I-

3).

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Chapitre I

Les MNT : utilisation en hydrologie et évaluation de la qualité

: utilisation en hy drologie et évaluation de la qualité Légende Figure I-3 : Vue perspective

Légende

en hy drologie et évaluation de la qualité Légende Figure I-3 : Vue perspective d’un MNT

Figure I-3 : Vue perspective d’un MNT raster (altitudes en mètres, codées en couleurs).

La notion de résolution est fondamentale pour un MNT. Elle correspond à la plus petite distance entre deux éléments distincts 1 . Pour un MNT, on distingue résolution planimétrique, appelée également résolution spatiale, relative à la position planimétrique de deux points, et résolution altimétrique, relative à l’unité de mesure des valeurs d’altitude. Par exemple, lorsque le MNT est présenté sous forme d’une image matricielle, la résolution planimétrique correspond à la taille du pixel ou de la maille, qui est généralement de l’ordre de quelques mètres ; la résolution altimétrique est bien souvent inférieure, de l’ordre métrique, décimétrique ou centimétrique suivant le mode de mesure de l’altitude. Il faut noter que ces deux résolutions définissent une gamme d’échelles pour l’utilisation de ce modèle de surface.

Par ailleurs, suivant la technique de construction du MNT, celui-ci représentera uniquement le sol nu, ou bien le sol ainsi que de tous les objets au-dessus du sol : bâtiments, végétation, etc., que l’on appellera sursol ; dans ce cas, l’altitude renseignée par le MNT est celle du toit de l’ensemble des objets de la surface topographique. Pour différencier les modèles suivant l’information fournie, différents termes peuvent être attribués aux modèles numériques obtenus ou disponibles, mais ces termes peuvent malheureusement prêter à confusion. Certains auteurs emploient le terme Modèle Numérique de Terrain (MNT), en anglais Digital Terrain Model (DTM), lorsque le modèle informe sur les altitudes de la surface topographique sans les éléments du sursol, qu’ils différencient du terme Modèle Numérique de Surface (MNS) lorsque le sursol est pris en compte dans l’information altimétrique. Pour notifier que le modèle est utilisé pour sa seule information altimétrique, sont également employés les termes de :

Modèle Numérique d’Elévation (MNE) (par anglicisme) ou encore Modèle Numérique d’Altitude (MNA), en anglais Digital Elevation Model (DEM). Par la suite, nous conserverons le seul terme générique de MNT en spécifiant si nécessaire quelle est l’information altimétrique fournie par le modèle.

Les MNT sont considérés comme des objets de dimension 2 car, pour un point de coordonnées (X,Y), il n’est pas possible d’attribuer plusieurs valeurs d’altitude [Laurini & Milleret-Raffort 1993]. Ceci pose problème dans la représentation de surplomb ou de pont, mais certains systèmes, notamment en géologie, ont été développés pour représenter de tels éléments [Weibel

1 La notion de résolution est définie initialement pour une image. L’utilisation de ce terme pour un MNT peut être jugée abusive car il ne garantit aucun pouvoir séparateur.

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Chapitre I

Les MNT : utilisation en hydrologie et évaluation de la qualité

& Heller 1991]. Le MNT représentant une surface complexe dans un espace à trois dimensions, on lui attribue par abus de langage une dimension 2,5. Il faut distinguer les MNT, modèles surfaciques, des modèles 3D volumiques, représentations à partir d’unités élémentaires volumiques.

I.1.3.2.

Richesse des MNT et multiplicité de leurs utilisations

Les MNT fournissent les informations nécessaires à la visualisation, l’analyse et la modélisation de phénomènes liés au relief. En particulier, à partir du plan de base d’information altimétrique correspondant au modèle géométrique, de nombreux paramètres peuvent être extraits comme futurs éléments du modèle conceptuel. Le calcul de dérivées premières permet de définir les plans de pente et d’azimut, ceux de dérivées secondes définissent les plans de courbure ; ensuite, des calculs plus complexes peuvent permettre de construire des plans thématiques tels que les crêtes, les talwegs, les bassins versants, ou de mener des calculs d’intervisibilité ou d’ensoleillement. C’est grâce à cette richesse que les MNT sont utilisés dans de multiples domaines nécessitant une connaissance approfondie du relief et qu’ils sont intégrés dans des Systèmes d’Information Géographiques (SIG).

Les SIG offrent de nouveaux moyens pour intégrer, analyser et visualiser des données spatialisées, dont le MNT. Il faut remarquer qu’au sein d’un SIG, l’échelle est virtuelle : la représentation sous forme numérique d’une donnée géographique permet de modifier la résolution spatiale de la représentation par les fonctions de zoom avant et arrière. Ces fonctions permettent à l’œil humain de discerner plus finement les objets représentés. Mais, l’utilisateur ne doit pas oublier que les résolutions spatiale et altimétrique des données demeurent inchangées. On ne peut accéder à des informations plus fines que celles fournies par le MNT lui-même et l’utilisation d’une méthode d’interpolation ne donne qu’une estimation des informations manquantes. Ainsi, l’ensemble des paramètres calculés à partir du plan altimétrique est relatif à l’échelle du MNT employé.

Les MNT sont utilisés dans des applications telles que :

cartographie (spatiocartes), défense/intelligence,

aménagement et urbanisme, génie civil, télécommunications,

géomorphologie, hydrologie, géologie, prévention des risques naturels (inondations, érosion), prospection minière.

En particulier, ils permettent de construire, à partir d’images photographiques ou numériques, des orthophotos (images corrigées géométriquement, superposables à la carte), et des vues perspectives (projections perspectives d’une zone du 3D en 2D). Ils sont le support de nombreux produits cartographiques impliquant l’intégration d’éléments 2D ou 3D provenant des SIG.

I.1.3.3.

Construction des plans dérivés du MNT

Le grand intérêt de la représentation numérique du relief provient des possibilités de manipulation du fichier de base des altitudes, pour obtenir des informations sur le modelé du

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Chapitre I

Les MNT : utilisation en hydrologie et évaluation de la qualité

terrain. De nombreux paramètres sont donc extraits du MNT au sein de SIG pour être intégrés par la suite à une application. D’après Evans (1972), cette analyse d’ordre géomorphométrique peut être de deux formes : soit relative à la géomorphométrie générale, pour extraire des caractéristiques définies pour toute surface rugueuse, soit relative à la géomorphométrie spécifique, en rapport à des éléments topographiques d’une application particulière. Ce paragraphe traite de paramètres géomorphologiques généraux. Nous présenterons certains paramètres spécifiques au domaine de l’hydrologie dans le paragraphe I.2.3.

Les dérivations de premier ordre du plan altimétrique permettent de calculer les pentes et les azimuts, celles du second ordre des plans de courbure : horizontalement pour définir la courbure de la ligne de niveau et verticalement comme mesure de courbure de la ligne de plus grande pente. On peut ajouter une convexité transversale, définie comme la courbure perpendiculaire à la ligne de plus grande pente, et un encaissement qui est une moyenne des pentes sur un voisinage [Depraetere 1989].

Ces paramètres calculés sur l’ensemble du MNT sont appelés plans dérivés du MNT. L’hydrologie s’intéresse particulièrement aux problèmes de pente et d’orientation, puisqu’elle cherche à déterminer le réseau hydrographique, donc le chemin de l’eau, qui correspond localement à la ligne de plus grande pente. On définit, en un point, un plan tangent à la surface du MNT et son vecteur normal qui est caractérisé par deux paramètres : la pente et l’azimut. La pente (slope ou gradient en anglais) est égale à l’angle, dans un plan vertical, entre le vecteur normal et l’axe des Z. L’azimut, également appelé exposition (aspect ou exposure), est l’angle dans le plan horizontal entre le vecteur normal et une direction de référence ; dans les SIG, on utilise généralement un angle polaire relatif à l’axe des X.

Au point considéré, le calcul du vecteur normal à la surface s’effectue à partir de gradients locaux de surface suivant deux directions : les gradients suivant les axes (0X) et (0Y) (= Nord) donnent respectivement les coordonnées x et y du vecteur (à noter que ce vecteur n’est pas normé). La coordonnée z de ce vecteur normal est égale à 1. On a donc :

x =   ∂ Z

X

et

y =   ∂ Z

Y

(I-1)

d’où les définitions de la pente θ, en degrés, et de l’azimut α :

θ =

arctan(

2 2 x + y )
2
2
x
+ y
)

et

α = arctan (x y)

: θ = arctan( 2 2 x + y ) et α = arctan ( x

(I-2)

Pour calculer les deux gradients, à partir de MNT au format raster, une première méthode est basée sur un calcul de gradients discrets. On utilise alors des filtres, c’est-à-dire des fenêtres glissantes (appelées également éléments structurants), dont le centre chemine tout au long de la grille. Ces filtres permettent le calcul d’une valeur de gradient pour le centre de la fenêtre, par pondération des valeurs alimétriques des points. La taille de la fenêtre et les coefficients de pondération peuvent varier (se reporter aux filtres cités dans [Labbé 1992]), mais le calcul est de plus en plus lourd si la taille augmente. De plus, les grandes fenêtres entraînent un lissage plus important ; sur une fenêtre 3×3, les résultats restent plus proches des valeurs initiales. Les formes de fenêtre les plus employées sont des motifs en croix ou en carrés. Le calcul des plans

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Chapitre I

Les MNT : utilisation en hydrologie et évaluation de la qualité

dérivés pente et azimut ne dépend alors que des altitudes dans la fenêtre locale et de la

définition de la fenêtre. En notant de a à h les altitudes des cellules d’une fenêtre 3x3 avec :

a a b b c c d d o o e e f f g
a
a
b
b
c
c
d
d
o
o
e
e
f
f
g
g
h
h

la méthode de type différence finie du second ordre (implémentée dans le SIG Idrisi par exemple) utilise les deux gradients discrets suivants, où r est la résolution spatiale du MNT :

x = 1/2r . (e d)

et

y = 1/2r . (b g)

(I-3)

la méthode par différence finie du troisième ordre (implémentée sous ArcInfo) permet une

intégration plus homogène des valeurs d’altitude des points du voisinage, par l’emploi des deux gradients pondérés ci-dessous :

x = 1/8r . [(c + 2e + h) - (a + 2d + f)]

et

y = 1/8r . [(a + 2b + c) - (f + 2g + h)]

(I-4)

Un autre type de méthode est basée sur la construction d’une surface localement dérivable, également appelée méthode de lissage. La modélisation de la surface localement dérivable s’appuie sur les points d’un voisinage de taille variable. La technique la plus simple est celle du plan le plus proche calculé par la méthode des moindres carrés ou par des polynômes orthogonaux en utilisant un voisinage de quatre points si le modèle est maillé (ce sont les quatre points définissant la maille) ou neuf points pour le format raster. Le modèle donne alors directement les deux gradients :

Z

=

Z 0

+

Z

Z

X

Y

X

+

Y

+ ε

(I-5)

On peut également utiliser des polynômes de degré supérieur à 1 qui permettent alors de calculer des courbures.

Dans la littérature, de nombreuses méthodes de calcul ont été proposées et comparées par

exemple par Skidmore (1989) ainsi que par Weih et Smith (1996). La méthode par différence finie du troisième ordre, comme les méthodes de lissage, est moins sensible aux éléments suivants :

- les erreurs locales car elle prend en compte un grand nombre de cellules,

- les larges écarts altimétriques car elle n’est pas basée sur une pente maximale,

- les erreurs linéaires car elle ne considère pas une seule direction privilégiée.

Comme les plans dérivés sont calculés par analyse des variations locales des valeurs altimétriques, ils dépendent de la surface de voisinage considéré pour analyser ces variations. En particulier, pour des MNT raster, les paramètres de pente et d’azimut sont dépendants de la résolution spatiale du MNT. Puech (1993) a notamment souligné le changement de signification de ces paramètres lorsqu’ils sont calculés sur une surface de type « tôle ondulée » : à une résolution grossière, ces paramètres décrivent la pente globale de la tôle, alors qu’à la résolution plus fine, ce sont les différentes cannelures de la tôle qui sont considérés.

Par conséquent, le calcul des plans dérivés à partir du MNT doit tenir compte de l’influence déterminante de la résolution spatiale sur les valeurs et la signification des paramètres, ainsi que des choix de construction du MNT et du bruit de ce modèle de surface. Pour pouvoir utiliser de

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Chapitre I

Les MNT : utilisation en hydrologie et évaluation de la qualité

manière raisonnée le plan altimétrique et les plans dérivés du MNT dans des applications thématiques, il est nécessaire d’évaluer leur qualité afin que celle-ci réponde aux besoins de l’utilisateur, comme nous le verrons dans la partie 3.

I.1.4.

Elaboration du MNT

Les méthodes de construction des MNT sont nombreuses car elles dépendent de la source, la technique de saisie des données de référence, la méthode d’interpolation et le format final du MNT. Cette construction du MNT s’effectue en deux phases indépendantes : le calcul de la position d’un jeu de points relatif au système cartographique et au système d’altitude choisis, puis le ré-échantillonnage de ce jeu de points suivant le format choisi pour représenter le MNT.

I.1.4.1.

Diversité des données source et des méthodes

Le calcul de la position d’un jeu de points est effectué suivant diverses méthodes, à partir de sources différentes, suivant des techniques spécifiques, présentées ci-dessous (Tableau I-1).

Type de

Points cotés

Courbes de

Images optiques

Images radar

Mesures laser

données

niveau

 

cartes, mesures topométriques ou GPS, base de données

cartes,

capteur passif

capteur actif

capteur actif

Source

base de

aéroporté,

aéroporté,

aéroporté,

données

satellitaire

satellitaire

satellitaire

 

digitalisation,

digitalisation,

photogrammétrie,

radargrammétrie,

distance

Technique

profils

scannage +

clinométrie

radar-clinométrie,

optique

altimétriques

vectorisation

interférométrie

Tableau I-1 : Sources et techniques de calcul du positionnement d’un jeu de points de référence.

La diversité des documents source, des capteurs et des techniques de positionnement des points permet de choisir théoriquement la technique de construction de MNT la plus appropriée pour une utilisation donnée. Cependant, dans la pratique, les contraintes de disponibilité des données et des précisions, de coût et de temps réduisent les choix possibles. Ci-dessous (Tableau I-2), sont donnés des ordres de grandeur de résolution spatiale et de précision altimétrique (très variable puisqu’elle dépend de nombreux facteurs tels que l’échelle des données sources, le relief, la végétation de la zone observée), suivant les données généralement employées.

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Chapitre I

Les MNT : utilisation en hydrologie et évaluation de la qualité

 

Résolution

Estimation de la précision altimétrique

planimétrique

Cartes topographiques + Digitalisation

10-100 m

5-50 m

Photos aériennes + Photogrammétrie

2-30 m

< 4m

Images SPOT + Photogrammétrie

20-40 m

10-20 m

Images Radarsat + Radargrammétrie

30 m

15-25 m

Images radar ERS + Interférométrie

30-40 m

5-20 m

Tableau I-2 : Caractéristiques des MNT suivant les données source et les techniques utilisées [Dupont et al. 1998].

Trois sources de données sont utilisées : les levés terrain, la cartographie et la télédétection. Une grande part des MNT est générée par digitalisation des cartes topographiques. Cependant, sur certaines zones, la cartographie est ancienne, incomplète ou inexistante, ce qui nécessite le recours à la télédétection pour obtenir des images aériennes ou satellitaires. L’imagerie aérienne permet de produire des MNT de précision supérieure à l’imagerie spatiale mais sur des zones assez réduites. Grâce à la capacité d’acquisition tout temps du radar, l’imagerie radar est la méthode privilégiée de construction de MNT sur des zones à fort couvert nuageux en zone

tropicale, ainsi que pour les régions en hautes latitudes où le niveau d’ensoleillement trop faible

et le couvert nuageux empêchent d’avoir des acquisitions optiques fiables [Dupont et al. 1998].

A ces sources de données, on peut ajouter l’altimétrie par laser scanner aéroporté, technique très

prometteuse car la précision altimétrique est de l’ordre de 10 cm en terrain plat et inférieure à 20 cm dans des terrains pentus d’après [Gomes-Pereira et Wicherson 1999]. De plus, elle permet de restituer le relief sous un couvert forestier ; elle est également utilisée pour élaborer des MNT bathymétriques. Par ailleurs, il faut citer de nombreux nouveaux produits qui viennent révolutionner l’offre en informations spatiales. Premièrement, les photos numériques aériennes (produites par exemple par IGN, Geosys et ISTAR) dont le positionnement de la caméra numérique est assurée par GPS, permettent d’obtenir des données tridimensionnelles de précision de 15 cm à 25 cm (e.g. [Renouard et al. 2000]). Secondement, dans le domaine spatial, des satellites à haute et très haute résolution viennent ou vont être lancés : satellite indien IRS-1C, satellite américain Ikonos 2, les satellites Orbview 3 et 4 (prévus pour octobre 2001) et le satellite Spot 5 (prévu pour 2002).

Le calcul de l’altitude pour ces points de référence peut s’effectuer de deux manières différentes suivant la technique employée [Polidori 1995]. Tout d’abord, on peut calculer l’altitude pour un point du terrain indépendamment de ses voisins, comme dans le cas des techniques stéréoscopiques et de l’altimétrie laser ou radar. L’indépendance de la mesure altimétrique par rapport aux points voisins offre a priori une meilleure précision au calcul de l’altitude qu’à celui de ses dérivées. Une autre approche consiste à extraire l’altitude par intégration de pentes ou de dénivelées, pour des techniques telles que la topométrie, la clinométrie et l’interférométrie. Cette technique apparaît propice à la propagation de l’erreur altimétrique mais facilite le rendu du modelé.

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Chapitre I

Les MNT : utilisation en hydrologie et évaluation de la qualité

I.1.4.2.

Méthodes de positionnement des points de référence

Positionnement par mesures ponctuelles

Le positionnement de points peut s’effectuer par des mesures topométriques réalisées sur le terrain (par exemple avec un théodolite, en s’appuyant sur des points de référence, i.e. points géodésiques ou points de nivellement) ou des mesures GPS (Global Positioning System). La précision du positionnement par GPS peut être très variable suivant l’appareil employé, le temps de mesure et le terrain ; depuis l’arrêt de la SA (Selective Availability), la mesure directe, respectivement différentielle, a une précision de l’ordre de quelques mètres, respectivement métrique voire centimétrique. Il est à noter que la mesure par GPS permet de déterminer non l’altitude mais la hauteur des points, relativement à un ellipsoïde. Des modèles de géoïde permettent de traduire la hauteur en altitude sur certains outils.

Si l’on dispose de cartes topographiques, la technique de digitalisation des courbes de niveau et des points cotés est employée pour sa relative facilité de mise en œuvre, malgré son caractère fastidieux. La digitalisation manuelle des courbes et des points peut être automatisée par scannage, l’opération étant suivie d’une vectorisation, pour obtenir un segment à partir de la succession de pixels de l’image raster, puis d’une correction pour supprimer des éléments indésirables ou ajouter des courbes omises, et enfin d’une cotation des courbes. Cette opération est assez délicate car les courbes de niveau représentées sont parfois incomplètes et la cotation des courbes peut être entachée d’erreur (en particulier lorsque les courbes sont rapprochées).

(en par ticulier lorsque les courbes sont rapprochées). Intervalle total = ∆ Z+ ∆ H.tan α
(en par ticulier lorsque les courbes sont rapprochées). Intervalle total = ∆ Z+ ∆ H.tan α
(en par ticulier lorsque les courbes sont rapprochées). Intervalle total = ∆ Z+ ∆ H.tan α

Intervalle total = Z+H.tanα

Figure I-4 : Erreur altimétrique des courbes de niveau [Donnay 1994].

La précision obtenue à partir des cartes dépend de la déformation du papier, de la précision des tracés sur la carte et de la qualité de digitalisation. La précision des cartes IGN est définie par la précision de représentation graphique, estimée à 0,2 mm sur la carte, et par la précision des levés topographiques, qui est inférieure à l’erreur de représentation graphique. Donnay (1994)

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Chapitre I

Les MNT : utilisation en hydrologie et évaluation de la qualité

montre que la précision altimétrique d’un point quelconque situé entre deux courbes consécutives (Figure I-4) dépend de :

- l’intervalle d’indécision pour les deux valeurs des courbes,

- l’erreur graphique sur la position du point, fonction de l’échelle,

- l’assimilation à une droite de la ligne de plus grande pente passant par ce point, qui est permise pour une faible équidistance. Cependant, la précision altimétrique d’un point entre deux courbes est généralement considérée de l’ordre de la valeur de demi-équidistance des courbes de niveau.

Toutefois, les problèmes liés au format papier des cartes topographiques sont aujourd’hui minimisés grâce à la disponibilité de bases de données numériques : par exemple en France, la BD Altiet la BD TOPOde l’IGN.

Photogrammétrie et radargrammétrie

La photogrammétrie, à partir de photos aériennes (numériques ou non) ou d’images satellitaires, ainsi que la radargrammétrie exploitent la vision stéréoscopique d’un couple d’images optiques ou d’images d’amplitudes en radar (le signal radar est un signal complexe, comprenant un module et une phase). L’information topographique est déterminée à partir du calcul de la parallaxe 2 d’un couple de points homologues. L’appariement des points est visuel, réalisé avec des stéréo-restituteurs analytiques ou numériques ; ou bien il est automatique grâce à un algorithme de mise en corrélation, c’est ce qu’on appelle la corrélation automatique. Ces techniques sont mises en œuvre pour des images obtenues par des capteurs aéroportés depuis longtemps et des capteurs spatiaux depuis le lancement du satellite SPOT en 1986 (Figure I-5) (cf. Annexe I).

En photogrammétrie, d’un point de vue géométrique, plus grande est la différence d’angle d’incidence entre les deux images, meilleure sera la restitution de la parallaxe et donc également la précision altimétrique (jusqu’à une certaine limite). La configuration stéréoscopique est caractérisée par le rapport B/H (ratio base de prise de vue sur hauteur du capteur) défini par :

B H
B
H

=

tan(

α

g

)

+

tan(

α

d

)

, avec α l’angle d’incidence de l’image.

Ce rapport donne la parallaxe pour une hauteur de terrain de 1m. On peut définir la précision théorique de restitution stéréoscopique par σ×R, avec σ précision de mise en corrélation de deux points exprimée en fraction de pixel et R résolution de l’image [Tannous et al. 1997].

2 La parallaxe se définit comme la variation apparente de la position d’un objet résultant d’un changement du point de vue de l’observation. En particulier, la parallaxe binoculaire donne la sensation du relief.

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Chapitre I

Les MNT : utilisation en hydrologie et évaluation de la qualité

Passage au jour J Passage au jour J+4 sens du déplacement élévation parallaxe
Passage au jour J
Passage au jour J+4
sens du déplacement
élévation
parallaxe
au jour J+4 sens du déplacement élévation parallaxe Figure I-5 : Principe d’acquisition d’images

Figure I-5 : Principe d’acquisition d’images stéréoscopiques du satellite SPOT à gauche. Comparaison avec la stéréoscopie radar à droite [Dupont 1997].

Le radar (Radio Detecting And Ranging), généralement de type SAR (Synthetic Aperture Radar ou Radar à Ouverture Synthétique), est un émetteur d’impulsions hyperfréquences qui sont réfléchies par les points visés après un temps de propagation proportionnel à la distance entre l’antenne et la cible ; l’image radar obtenue est donc le résultat de l’interaction de l’onde émise avec les points du sol, dont les paramètres sont l’intensité et la polarisation de l’onde rétrodiffusée par l’antenne. Cette technique permet d’obtenir grâce à la radiométrie et la géométrie des images des données très fines concernant la topographie [Dupont et al. 1997]. De la même façon qu’en optique, on définit un rapport B/H par :

B H
B
H

= arctan(

θ

1

)

+

arctan(

θ

2

)

,

dans le cas des acquisitions du même côté avec une image droite et une image gauche, où θ est l’angle d’incidence de l’image radar.

Pour ces deux techniques, d’un point de vue géométrique, plus B/H est grand, i.e. plus l’angle d’intersection (défini comme la différence entre les deux angles d’incidence des images) est grand (cas des acquisitions du même côté), meilleur sera l’effet stéréoscopique. Cependant, d’un point de vue radiométrique, il est préférable que les deux images soient acquises sous des angles d’incidence proches, car l’angle d’incidence entraîne des variations radiométriques par des effets d’ombrage, des parties cachées plus importantes ou des inversions de relief. Il faut également tenir compte du relief : sur des zones de relief modéré, la corrélation est plus facile car les distorsions radiométriques et géométriques sont moindres ; sur terrain plat, la corrélation est facilitée si les zones sont texturées, avec des éléments urbains, des rivières, des routes ; par contre, sur les zones fortement accidentées, les distorsions radiométriques et géométriques vont réduire l’efficacité de la corrélation automatique [Dupont et al. 1997, 1998]. L’utilisateur est donc conduit à faire un compromis dans le choix des angles d’incidence des deux images, en fonction du type de relief : si les pentes sont fortes, on recherchera une moins grande dissemblance radiométrique en choisissant un B/H faible, et si le relief est modéré, on pourra choisir un B/H important.

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Chapitre I

Les MNT : utilisation en hydrologie et évaluation de la qualité

Généralement, pour le radar, on privilégiera les acquisitions du même côté (deux orbites ascendantes ou descendantes) [Marinelli et al. 1997]. Par exemple, avec le satellite ERS, pour une image acquise en mode normal (incidence de 23°) et une deuxième image acquise en mode Roll Tilt (incidence de 35°), on obtiendra une précision de 20 m [Dowman et al. 1997]. Cependant, en pratique, on utilise généralement les données Radarsat qui, grâce à la multi- incidence, permettent de construire des MNT par radargrammétrie à partir de couples d’images en mode « standard » dont la différence d’angle d’incidence sera de préférence supérieure à 20°.

Une des limitations de la photogrammétrie et de la radargrammétrie, utilisant un même satellite sur deux orbites différentes, est due aux changements pouvant intervenir sur la scène entre les deux dates de prises de vues. Ces changements entraînent des dissimilitudes radiométriques entre les images d’un même objet, ce qui rend plus difficile l’appariement des pixels homologues. Le bruit sur la parallaxe est donc augmenté, l’estimation de l’altitude est ainsi dégradée ([Leberl 1990] et [Greve 1996] cités par [Tannous et al. 1997]). Ces zones bruitées peuvent être détectées grâce au coefficient de corrélation calculé lors de la mise en correspondance des pixels homologues. En effet, le calcul des images de parallaxe peut être accompagné d’une image de corrélation. Un point et son homologue sont alors considérés comme corrélés que si le coefficient de corrélation est supérieur à 0,5 ; sinon, ils sont dits non corrélés et la valeur du coefficient de corrélation est ramenée à 0 [Beauvillain 1993].

Par ailleurs, les images radar peuvent être dégradées par le phénomène de speckle ou chatoiement, qui leur donne un aspect « poivre et sel ». En fait, lorsque l’onde radar illumine une surface uniforme mais rugueuse, l’onde rétrodiffusée est issue des contributions des différentes facettes de la surface, ce qui génère des écarts de phase aléatoires. Cet effet peut être réduit par lissage ou en sommant différentes images indépendantes de la même zone.

Interférométrie

L’interférométrie exploite la différence de phase entre deux images radar complexes préalablement recalées et prises dans les mêmes conditions géométriques. Chaque pixel comporte une information radiométrique et une information de phase. La phase est la somme d’une phase propre du pixel, aléatoire par rapport à la phase des pixels voisins mais invariante entre deux prises de vues identiques (avec un même positionnement du capteur), et du déphasage correspondant au temps aller-retour de l’onde. La différence de phase, calculée pixel à pixel à partir des deux images radar, informe donc uniquement sur la distance entre le capteur et la cible aux deux instants de prise de vue. Pour cela, il faut que les deux orbites soient suffisamment proches l’une de l’autre (quelques centaines de mètres). La mesure de distance cible-capteur est précise mais connue à un multiple de longueur d’onde près. C’est pourquoi un interférogramme, qui est l’image de la différence de phase, présentera des «franges».

Le MNT est construit à partir d’un interférogramme en connaissant le positionnement du capteur lors des deux prises de vues. Cependant, il faut lever l’indétermination liée aux franges, ce qui nécessite un déroulement de la phase. Ceci est effectué par le calcul de l’altitude correspondant à un tour de phase (2π) qui est inversement proportionnel à l’écart entre les deux orbites du capteur lors des deux prises de vue. La précision de restitution altimétrique sera

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Chapitre I

Les MNT : utilisation en hydrologie et évaluation de la qualité

caractérisée par l’altitude d’ambiguïté (c’est la hauteur qui fait tourner la phase de 2π) [Adragna

1997].

Cette technique a des limites de plusieurs types ([Massonnet & Rabaute 1993], [Adragna 1997], [Dupont 1997], [Pichon et al. 1997]) :

- limites déterministes liées à l’angle d’incidence local, qui influe sur la phase propre du pixel (aléatoire mais qui doit être similaire dans les deux images).

- Plus la pente est forte, plus le décalage fréquentiel est important et entraîne une perte de cohérence entre les deux images. Donc, l’altitude d’ambiguïté doit être adaptée au relief : si le relief est accidenté, une altitude d’ambiguïté forte sera meilleure.

- limites aléatoires issues de deux origines différentes.

Tout d’abord, une variation de l’indice de réfraction entraîne des fluctuations de phase. En effets, de fortes variations de l’indice de réfraction existent dans la troposphère (de 0 à 15 km) et, dans la ionosphère (au-delà de 50 km). Ceci met en défaut l’aspect « tout temps » du radar lorsque l’on veut utiliser l’information de phase du signal car ces effets atmosphériques modifient la phase. Pour limiter cette perturbation, l’altitude d’ambiguïté doit être la plus faible possible, donc l’écart orbital doit être important. Dupont propose comme palliatif, l’utilisation d’un quicklook interférométrique (basé sur deux interférogrammes) pour détecter la présence de ces artefacts afin d’éliminer les images altérées par ces phénomènes. Par ailleurs, les états de surface doivent être inchangés géométriquement entre les deux dates de prises de vues des images (le cas aéroporté simultané permet de pallier ce problème). Les changements du terrain entraînent une perte de cohérence (augmentation du bruit sur la différence de phase des signaux) ce qui dégrade l’estimation de l’altitude. Les zones bruitées dues aux changements de terrain peuvent être identifiées grâce au coefficient de cohérence. Ceci est particulièrement vrai pour les zones de végétation dense dont la géométrie fluctue sous l’effet du vent.

La contrainte de cohérence des signaux exige une différence d’angle d’incidence la plus petite possible sinon la phase du pixel se construit trop différemment dans les deux images. Suivant le type de relief, l’utilisateur doit faire un compromis lors du choix de la différence d’angle d’incidence (choix du couple d’images radar) pour avoir une altitude d’ambiguïté adéquate, qui permette également de limiter les perturbations atmosphériques. Cette altitude d’ambiguïté est généralement choisie entre 50 m et 150 m pour des reliefs accidentées et entre 15 m et 20 m en terrain plat, ce qui permet d’obtenir une précision plus forte. Cependant, en pratique, le choix des couples interférométriques est limité du fait par exemple que l’orbite du satellite oscille autour de son orbite nominale.

Malgré des résultats initiaux spectaculaires, la technique interférométrique présente plusieurs limitations quasiment incontournables pour la production opérationnelle de MNT.

Clinométrie et radar-clinométrie

La technique de clinométrie extrait le relief à partir de la radiométrie d’une image, en se basant sur une reconstruction par ombrages. Elle est adaptée pour une restitution du relief qui est locale car elle nécessite l’homogénéité de la réflectance sur l’ensemble de la scène (de sorte que les

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Chapitre I

Les MNT : utilisation en hydrologie et évaluation de la qualité

variations radiométriques soient uniquement dues à la pente). Elle est particulièrement valable par exemple en forêt tropicale. Elle permet de construire une ébauche de MNT à des coûts relativement faibles pour des applications dont les exigences en précision demeurent modestes ([Tannous et al. 1997], [Nocéra 1993], [Paquerault & Maître 1997]).

La technique laser : le Lidar

C’est une technique de relevés topographiques utilisant la technologie laser avec un capteur généralement aéroporté. Le Lidar (Light Detection And Ranging) comporte un système actif émetteur d’ondes laser qui sont réfléchies par les points d’impact. L’utilisation de miroirs réflecteurs permet d’orienter et de balayer le signal au sol avec une fréquence modulable, cette technique étant appelée laser scanning. L’altimètre laser déduit du temps de parcours du signal rétrodiffusé la distance entre la plate-forme et le point d’impact du laser. En combinant un système GPS et un système de navigation inertielle, on en déduit les coordonnées tridimensionnelles de la cible. La précision altimétrique obtenue est forte, de l’ordre de 10cm à 50cm, mais reste sensible à l’altitude de vol, comme pour la technique photogrammétrique. En fait, on enregistre de multiples échos pour chaque impulsion émise, en fonction des objets du sursol ; de plus, le signal laser se caractérise par un fort pouvoir de pénétration. Ce système est donc particulièrement adapté aux zones difficiles telles que les zones forestières : il est possible d’obtenir des mesures entre les arbres si la densité de points est suffisamment forte et si le couvert forestier le permet. Cette technique est également utilisée pour extraire les formes et contours des objets du sursol (e.g. routes, lignes à haute tension). De plus, elle est relativement indépendante des conditions météorologiques, de la position du soleil et l’acquisition des données est très rapide ([Petzold et al. 1999], [Barreau 2000]).

Le choix de l’une de ces techniques déterminera la qualité du positionnement du jeu de points. Il doit être guidé par des contraintes thématiques ainsi que des contraintes de construction fonction de la zone d’étude (relief, sursol), de la qualité des données source (cartes ou images), des coûts, des disponibilités des données et du temps.

I.1.4.3.

Mise en cohérence des systèmes cartographiques et systèmes d’altitudes

Le jeu de points saisi doit être défini dans le système cartographique et le système d’altitude choisis pour le MNT que l’on cherche à produire, pour permettre de « caler » le MNT.

Le système cartographique pourra être nécessaire d’utiliser les fonctions de passage d’un système géodésique à un autre et de changement de projection cartographique. En particulier, le changement d’un ellipsoïde à un autre s’effectue par une similitude spatiale, généralement par une transformation de Helmert, définie par sept paramètres : trois paramètres de translation pour fusionner les centres des deux référentiels, trois paramètres de rotation pour fusionner les axes du repère, enfin un paramètre d’homothétie ou de changement d’échelle. Quant au système d’altitude, il faut bien différencier les deux notions d’altitude et de hauteur. En effet, la plupart des techniques permettent d’obtenir une information de type géométrique, donc de calculer une hauteur et non pas une altitude. C’est l’utilisation de points nivelés, repérés sur la carte ou sur le terrain grâce au réseau de nivellement, qui permet de recaler l’information géométrique pour obtenir une information gravimétrique, c’est à dire une altitude. Cette étape de calcul du jeu

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Chapitre I

Les MNT : utilisation en hydrologie et évaluation de la qualité

final de points de référence relatif au système cartographique et au système d’altitude choisis est également un des facteurs de la qualité finale du MNT produit.

Par la suite, après cette phase de détermination de la position du jeu de points de référence, il est nécessaire de ré-échantillonner les données grâce à une méthode d’interpolation afin de construire le MNT suivant un format spécifique. Comme la fonction d’interpolation sera choisie en fonction du format final du MNT, le paragraphe suivant présente les différents formats possibles.

I.1.4.4.

Choix du format du MNT

Un MNT peut être représenté sous différentes formes et suivant son exploitation, il sera nécessaire de passer d’un format à un autre. Généralement, le terrain est subdivisé en éléments de nature géométrique simple formant une tessellation, qui peut être régulière ou irrégulière :

pour le premier type de tessellation, tous les éléments géométriques sont identiques alors que pour le second, ils peuvent varier en taille et en forme. On peut aussi construire des modèles dits hybrides, en combinant des éléments réguliers et irréguliers [Kettal 1996]. Les représentations les plus courantes sont les suivantes (Figure I-6).

les plus courantes sont les suivantes (Figure I-6). Courbes de niveau Profils Figure I-6 : Les

Courbes de niveau

courantes sont les suivantes (Figure I-6). Courbes de niveau Profils Figure I-6 : Les différents formats

Profils

Figure I-6 : Les différents formats de MNT.

niveau Profils Figure I-6 : Les différents formats de MNT. Format TIN 720 763 772 768

Format TIN

720

763

772

768

714

742

759

779

719

734

748

765

692

711

736

742

Format maillé ou raster

Courbes de niveau : ce sont les courbes d’iso-altitude, chacune étant représentée comme un ensemble fini de points constituant une polyligne fermée ou ouverte. Souvent, les courbes de niveau sont définies suivant une équidistance fixe (i.e. une même différence altimétrique entre deux courbes successives). La répartition est donc très irrégulière car les données sont importantes le long d’une même courbe et nulles entre deux courbes. Cette représentation s’adapte mal à la morphologie du terrain : les points caractéristiques du terrain sont rarement représentés (à moins qu’ils se trouvent sur une courbe de niveau) ainsi que les lignes de rupture ; de plus, on dispose de peu d’information dans les zones de pente peu variable.

Profils : l’altitude est représentée par des points situés le long de profils dans une direction horizontale donnée. L’intervalle entre deux points cotés d’un même profil est variable et pourra s’adapter à la morphologie locale.

Réseau de triangles irréguliers, appelé Triangular Irregular Network (TIN) : la surface topographique est représentée par une succession de facettes triangulaires adjacentes, de forme et de taille variables, construites à partir d’un nuage de points (correspondant généralement au

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Chapitre I

Les MNT : utilisation en hydrologie et évaluation de la qualité

jeu de points de référence). Ce format permet la prise en compte la plus forte de la morphologie terrain grâce à l’intégration de l’information donnée par des points caractéristiques (éléments de l’orographie tels que sommets, cuvettes, cols) ou des lignes caractéristiques (lignes de crêtes, talwegs, lignes de rupture, contour de lac). Par le choix des éléments de segmentation, la représentation du TIN peut s’effectuer suivant des considérations thématiques, en privilégiant la vision de chemin de l’eau dans le cadre d’une application hydrologique par exemple. Un triangle est un objet facilement représenté en trois dimensions et de manière précise, par son seul vecteur pente. Ce support à mailles triangulaires apporte une facilité d’interpolation, au sein de la facette. Il offre donc une grande adaptabilité de la quantité d’information stockée en fonction des variations du terrain, et facilite une mise à jour locale [Falcidieno & Spagnuolo

1991].

Pour que le choix des triangles perturbe au minimum la connaissance du relief et également de réduire la quantité d’information stockée, on utilise souvent le critère de la triangulation de Delaunay. Ce critère permet de créer des triangles les plus proches de l’équilatéralité, en évitant les triangles longs et fins. Cependant, la réduction du volume de stockage doit être dépendante des contraintes de précision de la représentation de l’application concernée et non pas soumise à des contraintes informatiques. L’extraction des paramètres de pente ou d’écoulements par exemple peut conduire à conserver certains éléments caractéristiques de terrain.

Grille, carrée régulière (format dit raster ou maillé) ou irrégulière (de type arbre quaternaire) :

la valeur de l’altitude est donnée en chaque point d’intersection du maillage ou bien la valeur d’altitude attachée à chaque maille est supposée représentée l’ensemble de la surface élémentaire ; ces deux visions dépendent du mode de construction du MNT. Les grilles régulières permettent un gain de mémoire sur certaines zones puisque le positionnement planimétrique est nécessaire pour un point seulement, les coordonnées des autres points se déduisant de la résolution de la grille. Les croisements d’information avec des données raster sont faciles et les algorithmes basés sur ces maillages sont simples à implémenter. Mais le point faible de ce type de format est la liaison difficile avec la morphologie du fait de la structure régulière. La représentation des changements brusques de relief est inexistante, par contre l’information dans les zones de doux relief est redondante ; la représentation des lignes caractéristiques du paysage est très difficile. La détermination de chemins d’écoulement est délicate et de très nombreuses études soulignent l’influence de la taille de la grille sur les résultats des calculs de paramètres (e.g. [Kienzle 1996], [Lagacherie et al. 1996], [Montgomery & Zhang 1994]). Afin de mieux adapter le maillage à la morphologie locale, le stockage tétra- arbre ou quad-tree définit un maillage carré irrégulier, sachant qu’une maille est subdivisée à nouveau en quatre mailles carrées si l’information topographique nécessite d’être stockée plus précisément en cette zone.

Il est évident qu’une grille irrégulière est mieux adaptée aux variations du relief et cette adaptation peut être exprimée par la loi de Shannon : la fréquence d’échantillonnage optimale pour un signal, dite fréquence de Nyquist, est égale au double de la plus haute fréquence de ce signal. Pour un MNT, la fréquence d’échantillonnage doit donc être augmentée lorsque le terrain est plus accidenté. En fait, le problème de l’optimisation de l’intervalle d’échantillonnage est de déterminer les points critiques de changement de pente. Cette reconnaissance des points

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Chapitre I

Les MNT : utilisation en hydrologie et évaluation de la qualité

et des lignes critiques est délicate et doit utiliser des critères objectifs. Elle peut se baser sur la classification des formes de terrain, utilisée pour la généralisation de la surface topographique [Polidori 1991].

Les trois premiers formats sont relatifs à une représentation vecteur de l’information, contrairement à la représentation raster de la grille. [Burrough 1986] par comparaison du vecteur et du raster a souligné l’adéquation du vecteur à une analyse en réseau, mais avec une structure de données complexe, des croisements cartographiques et une analyse spatiale difficiles ; au contraire, le raster représente une structure simple avec des facilités d’analyse spatiale, mais une liaison délicate avec les réseaux et une perte d’information due à la taille des pixels. Dans le cas des MNT, Weibel et Heller (1991) indiquent que les qualités du TIN et de la grille sont complémentaires et qu’il peut être nécessaire de passer d’un format à un autre, suivant les exigences de l’application, en matière de modélisation et de contraintes de mémoire ou de calcul (par exemple, pour n points, que le TIN contient environ 2n triangles et ne requiert aucune interpolation, contrairement au raster).

I.1.4.5.

Nécessité d’interpolation

Pour un paramètre donné, une interpolation est une transformation appliquée à un ensemble de points dans l’objectif d’estimer les valeurs du paramètre dans les zones où aucune donnée n’existe ; elle établit un lien continu entre les valeurs connues. Pour l’altitude, elle permet soit de construire le MNT à partir du jeu de points de référence et en fonction du format choisi, soit de changer le format d’un MNT, soit d’estimer la valeur d’altitude d’un point qui n’est pas explicitement représenté par le MNT.

On peut différencier les méthodes d’interpolation exactes qui permettent de conserver les valeurs présentes dans les données initiales dans l’information finale et les méthodes d’interpolation approximatives qui induisent une erreur résiduelle en chaque point de l’échantillon initial [Lam 1983]. Dans la littérature, de nombreux travaux proposent et analysent les différentes méthodes d’interpolation (cf. références dans [Weibel & Heller 1991]) Les principales méthodes d’interpolation sont schématisées dans la figure ci-dessous (Figure I-7) et décrites dans l’annexe II.

ci-dessous (Figure I-7) et décrites dans l’annexe II. Figure I-7 : Exemples de méthodes d’interpolation

Figure I-7 : Exemples de méthodes d’interpolation [Laurini & Milleret-Raffort 1993].

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Chapitre I

Les MNT : utilisation en hydrologie et évaluation de la qualité

Interpolation lors de la construction du MNT

Lors de son élaboration, le calcul des points du MNT final est basé sur l’interpolation des coordonnées tridimensionnelles des points à partir du jeu de points de référence. Le choix de l’interpolation est lié à la source utilisée, à la structure finale du MNT désirée et à la fidélité recherchée par rapport à la surface topographique. Il faut rappeler que les résultats dépendent du terrain, de la structure des points de référence et de la méthode choisie et qu’il n’existe pas une unique méthode d’interpolation supérieure à toutes les autres et convenant pour toutes les applications [Lam 1983]. D’après [Weibel et Heller 1991], le choix d’une méthode est relatif au degré de prise en compte des éléments caractéristiques et au degré d’adaptabilité de la fonction d’interpolation au terrain; il doit être guidé par les exigences thématiques de qualité du MNT (e.g. interpolation suivant la ligne de plus grande pente pour l’hydrologie). Par ailleurs, quelle que soit la méthode d’interpolation employée, il est primordial de sélectionner les points suivant leur importance morphologique dans le paysage, notamment en introduisant les lignes caractéristiques et les points singuliers du paysage avant d’interpoler la surface.

Interpolation lors de l’utilisation du MNT

Le MNT ainsi obtenu, sous forme d’un ensemble de points et/ou de lignes, constitue une approximation du terrain réel. Or, le terrain est une surface constituée d’une infinité de points mesurables qui ne peuvent être tous stockés. L’objectif est donc d’utiliser un modèle qui reproduise à partir de l’échantillon les informations de relief nécessaires à une application donnée, et si possible pour un maximum d’applications différentes. Pour représenter les ondulations du terrain sur l’ensemble de la surface, une fonction d’interpolation est à nouveau utilisée pour recréer artificiellement la continuité de l’information altimétrique.

Comme Monier (1997) le rappelle, cette étape repose sur l’hypothèse selon laquelle les variations de relief peuvent être approchées d’une manière satisfaisante par des fonctions mathématiques localisées à de petites surfaces. La validité d’une telle approche dépend de la variabilité locale du relief. Or, Rost (1987) souligne la nature sporadique du terrain : les phénomènes naturels n’apparaissent pas et ne se produisent pas d’une manière régulière et constante dans le temps et dans l’espace. On peut en déduire une impossibilité d’utiliser une unique fonction d’interpolation afin de définir le relief en tout point. Pourtant, dans la pratique, une seule méthode d’interpolation est utilisée pour donner une représentation continue du relief, mais les estimations altimétriques ainsi obtenues sont plus ou moins précises. Cette représentation peut être améliorée si des informations sur la variation locale du relief permettent d’adapter la fonction d’interpolation.

En conclusion, le MNT, par sa description numérique de l’altitude, est utilisé dans diverses applications pour le calcul de paramètres géomorphologiques ou l’élaboration de produits cartographiques. La technique de production d’un MNT est très variable suivant la source de données et le mode de construction, le format et la fonction d’interpolation utilisés, ce qui conduit à une précision altimétrique de l’ordre du décimètre à quelques décamètres. La fidélité avec laquelle le MNT représente la surface topographique dépend également de la variabilité du relief naturel et de la résolution du MNT. Le MNT modélise implicitement la surface topographique à une certaine échelle, correspondant à sa résolution spatiale ; tout calcul mené à

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Chapitre I

Les MNT : utilisation en hydrologie et évaluation de la qualité

partir de ce modèle est relatif à cette échelle de représentation. Il est essentiel de connaître la technique d’exploitation du MNT dans l’application concernée, afin d’élaborer ou de choisir un MNT adapté aux objectifs thématiques ; si nécessaire, l’utilisateur lui-même apportera des modifications au MNT, comme le suggèrent Weibel et Heller (1991), ou combinera plusieurs sources d’informations pour répondre à ses besoins. Ce type de techniques sera discuté à la fin de ce chapitre.

Suite à cette présentation des MNT, nous nous intéressons aux informations spatiales nécessaires à l’hydrologie et à l’utilisation des MNT en réponse à ces besoins.

I.2.

Utilisation des MNT en hydrologie

I.2.1.

Modélisation hydrologique et information spatiale

I.2.1.1.

Modèle hydrologique

La modélisation des phénomènes naturels a un double objectif : la représentation abstraite de ces phénomènes et l’amélioration de leur compréhension, afin de pouvoir analyser l’environnement et définir les actions à entreprendre. On appelle modèle une représentation qui décrit les relations entre les différents éléments d’un système. En particulier, un modèle hydrologique de bassin versant 3 est une représentation simplifiée du cycle de l’eau à l’échelle du bassin versant, afin d’expliquer la réponse du bassin aux différentes conditions auxquelles il est soumis. Il est constitué de variables d’état pour la description du bassin, de variables d’entrée pour la description de son environnement et de variables de sortie pour la description du problème, et définit des relations mathématiques paramétrées entre ces variables [Gineste

1998].

Un modèle est indissociable de son objectif car la complexité du milieu naturel et les possibilités limitées de la modélisation conduisent à des choix concernant la structure, les équations définissant les relations entre les différentes variables, choix qui sont guidés par l’objectif final. On jugera la qualité du modèle à partir de la justesse des réponses et de ses prédictions concernant le problème posé. Les objectifs d’un modèle hydrologique peuvent être de connaître le fonctionnement d’un bassin versant, prévoir des débits en fonction de scénarii météorologiques ou d’aménagement, simuler des débits sur des cours d’eau où les mesures sont insuffisantes, modéliser le transport de polluants. L’applicabilité de la modélisation dépend de l’étalonnage (i.e. l’ajustement aux paramètres d’entrée), de la validation (qui permet d’évaluer les possibilités d’utilisation) et de la mesure de la sensibilité du modèle (i.e. l’étude de l’influence des variations des paramètres d’entrée sur les paramètres de sortie). Mais l’hydrologie des bassins n’est pas une science expérimentale car chaque événement hydrologique est unique de par l’unicité des précipitations, de l’état hydrique du bassin, des sols

3 Le bassin versant correspond à la surface d’interception des précipitations relative à un point de la rivière, appelé exutoire.

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Chapitre I

Les MNT : utilisation en hydrologie et évaluation de la qualité

et de la végétation, et donc non reproductible. Les études de sensibilité du modèle seront alors délicates, comme le souligne Saulnier (1996).

Les différents processus intervenant lors du cycle hydrologique sont les suivants : les précipitations, l’interception, l’évapotranspiration, l’écoulement à surface libre, l’écoulement en milieu non saturé et l’écoulement en milieu saturé [Moussa 1991] (Figure I-8).Ces phénomènes naturels liés à l’eau sont complexes et nécessitent une variété d’approches différentes pour approfondir notre connaissance. Le processus de ruissellement désigne souvent les écoulements à la surface des sols et dans les rivières, ainsi que les écoulements souterrains. La complexité de ce processus a conduit à différentes représentations telles que le ruissellement hortonien, les écoulements sub-superficiels et le ruissellement par saturation.

sub-superficiels et le ruissellement par saturation. Figure I-8 : Le cycle hydrologique [Moussa 1991].

Figure I-8 : Le cycle hydrologique [Moussa 1991].

Différents facteurs influencent la variabilité spatiale et temporelle des processus [Ambroise 1991] :

- les conditions aux limites, i.e. la chronique de pluie dans son ensemble

- les conditions initiales, i.e. l’état hydrique initial du bassin

- la variabilité spatio-temporelle des caractéristiques des sols et de la végétation

- les caractéristiques géométriques du bassin.

La topographie est essentielle vis à vis des écoulements car elle modifie la répartition spatiale

des facteurs précédemment cités par le biais de l’orographie et de la morphogénèse des sols. En effet, relief et ruissellement sont intimement liés puisque si un écoulement est suffisamment important et fréquent, il finira par sculpter le paysage et donc se traduira morphologiquement par un talweg [Depraetere & Moniod 1991] et inversement, la trajectoire de l’eau est dépendante de la topographie.

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Chapitre I

Les MNT : utilisation en hydrologie et évaluation de la qualité

I.2.1.2.

Notion d’échelle

Les notions d’espace et de temps sont essentielles pour la modélisation hydrologique car la complexité des phénomènes naturels correspond à une synergie de différents mécanismes, dont l’importance relative dépend de l’échelle d’étude [Saulnier 1996]. De façon générale, les objets de la surface terrestre présentent de nombreux niveaux d’organisation ; un niveau d’organisation se définit par un ensemble de liens et de fonctionnements entre éléments présentant une cohérence géométrique, sémantique et fonctionnelle qui conduit à définir un nouvel objet. Mering (1990) parle de hiérarchie structurelle où l’espace est découpé suivant les concepts « pères » et les concepts « fils ». Le passage d’un niveau organisationnel au suivant peut se faire avec des seuils ou de façon continue, les processus dominants étant fonction de l’échelle considérée. Une modélisation propose alors une représentation des phénomènes à une échelle spécifique, les lois physiques utilisées n’étant valables qu’à une échelle particulière : par exemple, les lois d’infiltration à l’échelle du bassin ne sont pas comparables avec la loi d’hydrodynamique locale [Puech 1993].

Les systèmes hydrologiques sont des systèmes complexes, hétérogènes et très variables. La dynamique dépend des interactions entre les rivières, les versants, la plaine d’inondation, auxquelles s’ajoutent des échanges avec l’atmosphère et le milieu souterrain, avec une variabilité aux échelles annuelle, saisonnière et journalière. Décamps et Izard (1992) distinguent quatre ordres de grandeurs dans les processus hydrologiques : les processus mégacosmiques (évolution de l’hydrosphère, tectonique, changements climatiques) responsables de l’évolution des bassins dans leur ensemble, les processus macroscopiques concernant les modifications des caractéristiques hydrologiques des bassins versants et des rivières, les processus mésocosmiques liés à l’érosion et la sédimentation, avec modification des conditions d’écoulement localement, et enfin les processus microscopiques.

Le bassin versant apparaît comme un système multiscalaire, plurifactoriel, multidimensionnel et dynamique. En effet, il fonctionne suivant différents niveaux de complexité donc peut être étudié à différentes échelles. Il dépend de nombreux facteurs relatifs au climat, à la géologie, à la géomorphologie, à la topographie et à l’occupation du sol. Il est le lieu d’échanges et de flux de matière d’amont en aval, du lit mineur du drain au versant et de la surface au sous-sol. Enfin, il est soumis à des dynamiques diverses, en réponse à diverses perturbations : dynamique courte de quelques heures, relative à des événements locaux brefs et aléatoires, dynamique saisonnière de cycle annuel, dynamique de quelques dizaines d’années, conduisant à des modifications locales des cours d’eau et enfin dynamique longue liée aux changements climatiques et aux cycles géomorphologiques agissant sur de larges zones [Pella 1997]. C’est pourquoi une modélisation hydrologique est relative à une certaine échelle spatio- temporelle qui détermine le niveau de perception du paysage.

I.2.1.3.

Différents types de modèles hydrologiques

Les processus hydrologiques sont décrits par plusieurs types de modèles, classées selon Clarke (1973) de la façon suivante : Déterministe / Stochastique ; Conceptuel / Empirique ; Distribué / Global.

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Chapitre I

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Un modèle sera dit stochastique si l’une des grandeurs est définie comme une variable aléatoire, ayant une distribution de probabilité spécifique ; sinon, le modèle sera déterministe. Les modèles conceptuels cherchent à modéliser les processus physiques du bassin versant, alors que les modèles empiriques considèrent le système comme une boîte noire, ne cherchant à reproduire qu’un certain débit. Certains modèles conceptuels pourront être définis à partir de lois physiques contenant des paramètres empiriques. Le modèle distribué ou spatialisé est un modèle dont les paramètres d’entrée, de sortie et les caractéristiques du système sont distribuées dans l’espace. L’espace est alors découpé suivant des unités plus petites, sous-bassins ou aires contributives par exemple. Au contraire, un modèle global ne considérera aucun découpage de l’espace et aucune variabilité spatiale des paramètres et caractéristiques.

Pour Beven (1989), les modèles distribués sont des modèles globaux à des échelles différentes ; en effet, un modèle distribué se base généralement sur un découpage de l’espace en mailles, chaque maille étant considérée comme un système global. La discrétisation du bassin « en des unités plus petites à l’intérieur desquelles on pourra de nouveau négliger les variations spatiales des entrées et des paramètres » [Kuark Leite 1990] implique alors une notion de niveau de représentation. Pour un modèle distribué à base physique, l’un des problèmes est de savoir si l’on peut considérer les équations physiques établies en laboratoire comme valides à l’échelle de la maille de discrétisation de l’espace et s’il est légitime de transférer l’information contenue dans une mesure ponctuelle à l’ensemble de la maille [Laurent 1996]. De plus, l’interdépendance de paramètres de calage du modèle peut conduire au problème d’équifinalité lorsque différents jeux de paramètres conduisent à des résultats équivalents [Beven 1993], qui nécessite le recours à une méthode telle que la méthode GLUE (Generalised Likelihood Uncertainty Estimation) pour choisir un jeu de paramètres optimal ([Beven & Binley 1992], [Gineste 1998]).

I.2.1.4.

Utilité de l’information spatiale, notamment par télédétection

Les MNT constituent une nouvelle source précieuse d’information topographique, concernant en particulier les réseaux hydrographiques et les bassins versants. Ils sont utilisés en amont des modélisations, pour extraire des paramètres d’entrée, et en aval, comme modèle géométrique de simulation. En amont, les paramètres d’ordre hydrologique peuvent être locaux (e.g. pente et orientation), ou globaux avec une définition qui est soit intrinsèque (e.g. surfaces amont drainées), soit relative à un exutoire choisi (e.g. distance à l’exutoire). L’information géomorphologique issue des MNT peut être complétée par des données de télédétection sur l’occupation du sol et les états de surface.

La télédétection offre à une date donnée une vision globale de l’environnement, de ses objets géographiques ainsi que de son organisation ; elle peut permettre d’analyser l’évolution temporelle d’un phénomène en combinant des images prises à différentes dates. L’information spatiale fournie sur de larges zones est homogène en terme de format, de résolution spatiale et de précision et acquise dans un temps relativement court. Dans le domaine de l’hydrologie, la télédétection représente un moyen de recueillir des informations valables et pertinentes sur les bassins versants et de caractériser un contexte spatial, comme le montrent différents travaux (e.g. [Weesakul 1992], [Puech 1993], [Viné 1997], [Gineste 1998]). Elle conduit à mieux

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Chapitre I

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appréhender les conditions initiales et conditions aux limites des modèles spatialisés. Elle permet de définir des paramètres pertinents, elle limite les incertitudes sur la paramétrisation du modèle et enfin améliore la transposition du modèle grâce à des descripteurs géomorphologiques [Gineste 1998]. Cependant, d’après le rapport de réunion « Hydrologie- Gestion de l’eau » (journées « Espace et Société », mars 1999), la télédétection apparaît comme une technique prometteuse mais insuffisamment utilisée pour collecter des informations sur le territoire dans le domaine de l’eau.

Une des raisons de cette sous-utilisation est que la télédétection apporte une nouvelle vision de l’environnement qui nécessite de repenser les modélisations des processus physiques [Puech 2000]. Il faut en effet adapter la formulation des processus physiques aux données disponibles et à la description spatiale [Maidment 1996]. De plus, la télédétection doit être considérée comme une source d’information complémentaire [Puech 2000]. Elle suppose une réflexion approfondie sur les problèmes d’échelles spatiale et temporelle relatives aux processus physiques considérés. Par ailleurs, les instruments spatiaux évoluent et peuvent être élaborés en fonction des problèmes spécifiques de gestion de l’eau : on peut citer les images SPOT 4 comprenant quatre bandes spectrales, dont le proche infrarouge (PIR) et le moyen infrarouge (MIR) permettant l’analyse de l’humidité du terrain (l’eau ayant la propriété d’absorber les proche infrarouges).

Le couplage télédétection / gestion de l’eau suppose donc un travail pluridisciplinaire et nécessite une adaptation entre d’une part les moyens techniques pour obtenir et traiter les données d’observation de la Terre, et d’autre part les modélisations hydrologiques et hydrauliques existantes.

L’information spatiale acquise en particulier grâce à la télédétection et requise par la modélisation hydrologique va dépendre du type de modèle hydrologique employé. Les premiers modèles hydrologiques informatisés sont apparus dans les années soixante et étaient essentiellement globaux, i.e. les bassins dont les débits étaient simulés étaient considérés comme un tout non subdivisé. D’autres modèles ont ensuite permis de prendre en compte la variabilité des phénomènes hydrologiques, fonction de la variabilité spatio-temporelle des données météorologiques et de l’occupation du sol, ainsi que de la variabilité spatiale de la topographie et de la nature du terrain (e.g. modèle SHE [Abbott et al. 1988]). Certains de ces modèles ont alors tenté de tirer parti des informations numériques provenant de données de télédétection et traitées par l’outil SIG, en particulier les données des MNT (e.g. HYDROTEL [Fortin et al. 1995] et TOPMODEL [Beven 1986]).

Dans le domaine de géomorphologie spécifique [Evans 1972], l’une des grandes utilisations des MNT en hydrologie est l’extraction et la caractérisation du réseau hydrographique. De nombreuses méthodes ont été proposées pour extraire automatiquement cet élément hydrologique.

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Chapitre I

Les MNT : utilisation en hydrologie et évaluation de la qualité

I.2.2.

Extraction du réseau hydrographique à partir du MNT

L’extraction du réseau hydrographique à partir du MNT suppose que l’information topographique seule permet de déterminer les rivières, même si d’autres facteurs (climat, végétation, géologie…) interviennent dans l’apparition d’un écoulement concentré. D’ailleurs, l’ensemble de ces facteurs, notamment la pluviométrie, rendent problématique la localisation d’un réseau hydrographique de type statique, surtout au voisinage des zones d’émergence des rivières. En fait, de nombreux modèles hydrologiques acceptent l’hypothèse que la topographie représente un bon indicateur des potentiels gravitationnels mis en jeu dans les processus d’écoulement de surface et proches de la surface, à l’échelle du bassin versant 4 . Cette hypothèse semble réaliste pour des systèmes où le processus de ruissellement de surface est le processus d’écoulement dominant [Crave 1995]. On suppose alors qu’un écoulement suffisamment concentré, fréquent et important finit par se traduire morphologiquement par l’apparition d’un talweg [Depraetere & Moniod 1991].

Un talweg (ou thalweg) est une ligne joignant les points les plus bas du fond de vallée. Comme pour la crête, cet objet géographique n’a pas de définition mathématique simple, alors que les lignes d’écoulement de l’eau ont une explication physique forte qui s’impose : « le talweg est le lieu concave de convergence du ruissellement » [Riazanoff 1989]. Cette double caractéristique géomorphologique et hydrologique des talwegs a donné lieu à trois grandes familles d’extraction du réseau de talwegs à partir d’un MNT raster : celles de type hydrologique en se basant sur le suivi du ruissellement de l’eau, celles de type géomorphologique par caractérisation locale des variations altimétriques, et celles combinant les deux, utilisant des points remarquables du paysage comme sources de ruissellement.

La diversité des méthodes d’extraction automatique du réseau hydrographique proposées dans la littérature conduit à d’autres critères de distinction entre les méthodes, donnés dans [Wood 1996] : topologique / géométrique, globale / locale, exacte / approximée, directe / indirecte, systématique / récursive.

Intérêt et limites de l’extraction à partir du MNT

Même si le réseau hydrographique peut être extrait d’autres sources de données (cartes topographiques, images spatiales ou aériennes), son extraction à partir de MNT offre de nombreux avantages. Tout d’abord, les informations géométriques obtenues sur le réseau et les bassins sont tridimensionnelles. De plus, pour certaines techniques, l’information numérique obtenue à partir du MNT permet d’extraire automatiquement les limites de la zone amont drainée et ses caractéristiques en tout point de la zone étudiée ; à partir de la seule information altimétrique du MNT, un grand nombre de caractéristiques de réseau et de bassin peuvent alors être définies (longueur de rivière, pente, surface amont drainée, etc.). On peut remarquer que les méthodes d’extraction automatique permettent de définir les objets et paramètres hydrologiques avec vitesse et reproductibilité, notamment pour des grands bassins où une extraction manuelle est longue et soumise aux erreurs de l’opérateur [Martz & Garbrecht 1998].

4 Cependant, le MNT propose initialement une représentation des altitudes géométriques (relatives à un ellipsoïde) et non gravitationnelles (relatives au géoïde).

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Chapitre I

Les MNT : utilisation en hydrologie et évaluation de la qualité

L’extraction automatique du réseau de talwegs à partir d’un MNT raster est une opération complexe puisque la grille régulière ne permet pas de conserver explicitement des lignes caractéristiques ; de plus, le MNT est généralement construit à des fins généralistes, préalablement à son exploitation d’ordre hydrologique. Cependant, comme cette structure est la plus utilisée pour des raisons pratiques, de nombreux algorithmes ont été développés pour extraire le meilleur réseau possible de ce type de MNT, tout en connaissant les limites des données et de leurs structures. Pour améliorer la qualité des extractions automatiques, certaines techniques utilisent des informations exogènes concernant le réseau hydrographique pour incorporer des lignes caractéristiques et ainsi renforcer les propriétés de drainage du MNT (e.g. [Hutchinson 1989], [Maidment 1996], [Aurousseau & Squividant 1997], [Sauquet 2000]).

Des méthodes d’extraction répondant à différents objectifs

Les modélisations hydrologiques ont des besoins divers. Déterminer le réseau hydrographique ou les limites du bassin versant relatif à tout point de la rivière peut être un premier objectif. Certains modèles s’appuient sur d’autres paramètres comme la surface amont drainée et l’indice topographique [Beven & Kirkby 1979]. Si, pour extraire le réseau hydrographique, les méthodes d’inspiration géomorphologique n’utilisent pas les directions d’écoulement, le calcul de certains paramètres nécessite un premier travail : la détermination des directions d’écoulements en chaque pixel. Les méthodes hydrologiques exposées ici proposent différentes techniques pour tenter de définir un plan des directions d’écoulements le plus réaliste possible.

Il faut noter que la plupart des modèles de réseau hydrographique naturel acceptent l’hypothèse suivante : pour n 2, n rivières peuvent se rejoindre en un seul point mais une rivière ne peut se séparer en n rivières indépendantes. Le réseau hydrographique est assimilé à une arborescence parfaite. Cependant, dans certaines conditions notamment de faibles pentes, le réseau naturel peut présenter des bifurcations dans le sens amont-aval (réseaux en tresse, delta) ; par ailleurs, lorsque la zone étudiée est fortement anthropisée, il semble nécessaire d’ajouter les fossés et canaux aux rivières naturelles pour prendre en compte l’ensemble des écoulements concentrés ([Carluer 1998], [Colin 2000]) ; dans ce cas, l’hypothèse n’est plus vérifiée. Cette hypothèse d’arborescence parfaite du réseau peut correspondre effectivement à la réalité pour une certaine échelle d’analyse et doit être vérifiée sur la zone étudiée.

Cette contrainte topologique d’arborescence du réseau hydrographique naturel, traduisant qu’un point de la rivière ne draine qu’un unique point vers l’aval, peut également être prise en compte en tout pixel de la zone étudié. Cette hypothèse transposée aux cellules d’un MNT (toute cellule ne draine qu’une unique cellule aval) semble raisonnable si la résolution du MNT est suffisamment fine par rapport au bassin versant étudié et au réseau hydrographique cherché [Peckham 1995]. L’arborescence de l’écoulement se définit par un arbre hiérarchisé de la manière suivante : une cellule a une unique cellule à l’aval, appelée cellule père, et de zéro à sept cellules à l’amont (la cellule ayant huit voisins), appelées cellules fils 5 . Ce type de méthode d’écoulement, avec unicité de la cellule à l’aval, est dit unidirectionnel ou mono-directionnel.

5 Avec ce vocabulaire, le flux, s’écoulant de l’amont vers l’aval, part des cellules fils pour atteindre les cellules pères.

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Chapitre I

Les MNT : utilisation en hydrologie et évaluation de la qualité

Pour extraire le réseau en ayant déterminé les directions d’écoulement pour chaque cellule du MNT, il reste à identifier les cellules sources, correspondant à la zone d’émergence de chaque rivière. Ensuite, à partir de ces cellules sources qui appartiennent au réseau hydrographique, toutes les cellules père de cellules appartenant au réseau appartiennent également au réseau hydrographique. Ici, l’opération est de retrouver les successeurs des cellules sources. Pour extraire un bassin versant relativement à une cellule exutoire (correspondant à l’exutoire du bassin et appartenant au bassin), toutes les cellules fils d’une cellule appartenant au bassin appartiennent elles-mêmes au bassin. Dans ce cas, c’est l’opération inverse qui est effectuée : il faut retrouver les prédécesseurs de la cellule exutoire.

Il faut noter que dans ce cas, on détermine le bassin versant topographique grâce aux deux lignes de plus grande pente aboutissant à l’exutoire et à la ligne de crête les joignant (Figure I- 9). Cette définition est exacte dans les conditions de ruissellement de l’eau mais ne tient pas compte des écoulements souterrains (e.g. dans les zones karstiques).

écoulements souterrains ( e.g. dans les zones karstiques). r é s e a u exutoire hydrographique

réseau

exutoire hydrographique
exutoire
hydrographique

Limites du bassin

Figure I-9 : Définition du bassin versant topographique [Roche 1963] et exemple d’extraction à partir d’un MNT raster (altitude croissante codée du jaune au vert).

Cependant, cette méthode de type unidirectionnel convient mal à l’analyse de surfaces aux écoulements divergents (comme un cône) et pose problème lorsque plusieurs cellules en aval sont candidates. C’est pourquoi d’autres méthodes ont été proposées pour tenter de déterminer des chemins de l’eau et des paramètres géomorphologiques plus réalistes, comme nous le verrons par la suite.

La synthèse bibliographique ci-dessous présente l’approche la plus commune pour extraire le réseau de talwegs à partir d’un MNT de type raster : il s’agit de l’approche de type hydrologique basée sur le suivi de l’écoulement de l’eau. Les deux autres approches, de type géomorphologique par caractérisation locale des variations altimétriques, et de type hydrogéomorphologique, utilisant des points remarquables du paysage comme « têtes » de talwegs, sont présentées dans l’annexe III. Par la suite, des solutions pour répondre à des problèmes de détermination liés à la morphologie du terrain étudié et au MNT employé seront

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Chapitre I

Les MNT : utilisation en hydrologie et évaluation de la qualité

exposées et enfin, nous verrons rapidement les avantages d’utiliser d’autres types de format de MNT que celui de grille régulière.

I.2.2.1.

Détermination des directions d’écoulement

Les méthodes de type hydrologique s’appuient sur la détermination des directions d’écoulement de l’eau en chaque pixel à partir des valeurs altimétriques du MNT par simulation de l’écoulement de l’eau en surface, sachant que l’eau emprunte le chemin défini par la ligne de plus grande pente. C’est pourquoi nous exposerons d’abord les différents algorithmes de calcul des directions d’écoulement puis les méthodes d’extraction du réseau lui-même par identification des cellules sources des rivières.

Les algorithmes de détermination des directions d’écoulement sont de trois types :

unidirectionnel, multi-directionnel et bi-dimensionnel. Par la suite, nous appellerons les directions cardinales celles du Nord, Est, Sud et Ouest et les directions diagonales celles du Nord-Est, Sud-Est, Sud-Ouest et Nord-Ouest et l’azimut sera l’orientation du vecteur pente mesuré à partir de la direction du Nord.

Pour le schéma unidirectionnel, deux approches sont envisageables : la direction d’écoulement est basée soit sur un calcul de descente maximale, soit sur un calcul d’azimut. La seconde méthode repose sur un calcul d’azimut sur une fenêtre de voisinage du point considéré, puis le choix du pixel aval dont la direction est la plus proche de l’azimut théorique. Le principal problème de cette méthode est dû à l’apparition de boucles d’écoulement (retour du flux à un pixel précédent après un certain cheminement), du fait de l’approximation de la valeur d’azimut. La méthode basée sur la descente maximale consiste à explorer le voisinage immédiat de la cellule pour calculer les descentes altimétriques entre la cellule centrale et ses différentes cellules adjacentes et choisir la cellule aval correspondant à la descente maximale 6 . Ces directions d’écoulement qui pointent vers la cellule correspondant à la descente altimétrique maximale peuvent alors être conservées dans une matrice raster, appelé plan des directions d’écoulement. L’algorithme de [Jenson & Domingue 1988], d’après l’approche de [O’Callaghan & Mark 1984], considère un schéma unidirectionnel en 8-connexité, en prenant en compte les huit cellules voisines du point considéré avec des distances différentes suivant les directions cardinales et diagonales : distance égale à la résolution pour les premières et pour les secondes, distance égale à 2 résolution (Figure I-10).

Du fait de la 8-connexité, les directions de drainage sont multiples de π/4 et représentent une approximation entre 0 et ± π/8 de la direction d’écoulement effective. Notamment, si l’azimut est égal à (2n + 1)π/8 + ε avec n nombre entier, alors l’erreur sur cet azimut est de π/8 - ε. Cette discrétisation grossière des directions d’écoulement est critiquée par de nombreux auteurs ([Band 1989], [Fairfield & Leymarie 1991], [Tribe 1992], [Tarboton 1997]). De plus, comme le calcul est effectué indépendamment d’une cellule à une autre, les erreurs sur les directions d’écoulement se cumulent d’une cellule à sa cellule aval, ce qui peut provoquer une dérive

6 Tarboton (1997) emploie également le terme de « pente » au lieu de descente. Pour ne pas donner lieu à des confusions entre le calcul de pente locale avec un élément structurant, nous préférons conserver le terme de descente altimétrique plutôt que celui de « pente ».

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Chapitre I

Les MNT : utilisation en hydrologie et évaluation de la qualité

importante de l’écoulement ([Band 1989], [Fairfield & Leymarie 1991], [Depraetere & Moniod 1991], [Tribe 1992]). Par exemple, cette méthode ne permet pas de définir fidèlement les écoulements sur un plan incliné dont l’azimut n’est pas multiple de π/4 : pour un azimut de 25° vers l’Est par rapport au Nord, toutes les cellules du plan ont une direction d’écoulement vers le Nord-Est (d’azimut égal à 45°), avec un biais systématique de 20°.

h a b o r g c f e d
h
a
b
o
r
g
c
f
e
d

Direction cardinale : ( Z o - Z i ) / r

Direction diagonale : ( Z o - Z j ) / 2r

pour i = a, c, e ou g pour j = b, d, f ou h

Figure I-10 : Détermination de la directions d’écoulement par comparaison des descentes altimétriques sur huit cellules selon la méthode D8.

Par ailleurs, le choix d’une seule direction est problématique dans le cas de coexistence de différentes directions d’écoulements possibles, lorsque les descentes altimétriques de certaines cellules adjacentes en contrebas de la cellule centrale sont égales. Cette situation peut être due soit à une homogénéité du terrain étudié soit à la discrétisation verticale et planimétrique du MNT qui ne permet pas de révéler la variabilité altimétrique locale. Dans ce cas, il est nécessaire de faire des choix arbitraires parmi les cellules candidates : [O’Callaghan & Mark 1984] et [Skidmore 1990] ont suggéré de choisir arbitrairement la direction la plus proche du Nord dans le sens horaire. [Jenson & Domingue 1988] font également un choix arbitraire entre les cellules candidates, suivant les conditions de voisinage exposées dans [Greenlee 1987] avec dans certains cas des règles de logique (e.g. si trois cellules voisines sont candidates, on choisit celle du milieu) ; la direction d’écoulement choisie dépend alors de la position des cellules candidates et non pas de la topographie. Tribe (1992) cite également d’autres techniques (e.g. [Bevacqua & Floris 1987], [Morris & Heerdegen 1988]). Il faut reconnaître que dans de telles situations, l’écoulement représenté peut être incorrect. Cette méthode notée D8 (choix déterministe entre huit directions) lorsque l’on choisit entre huit directions d’écoulement possibles peut être plus restrictive lorsque l’on considère des directions en 4-connexité : seules les directions cardinales sont prises en compte, ce qui conduit à une approximation de la direction d’écoulement effective entre 0 et ± π/4.

Pour diminuer le cumul des erreurs de cette méthode tout en conservant une unique direction d’écoulement, Fairfield et Leymarie (1991) introduisent une composante probabiliste dans le calcul des pentes entre la cellule considérée et ses voisines. La détermination des directions d’écoulement reste indépendante d’une cellule à l’autre mais le biais systématique est éliminé grâce à ce processus stochastique (Figure I-11). En fait, les descentes altimétriques des cellules diagonales sont multipliées par une variable aléatoire entre 0 et 1, notée p, les quatre autres descentes altimétriques des cellules cardinales étant multipliées par 1 – p. A partir de ces nouvelles valeurs de descentes altimétriques, les directions sont déterminées selon D8, la méthode étant alors nommée Rho8 (respectivement Rho4 pour la méthode D4 en 4-connexité). Leblois et Sauquet (2000) proposent, dans le logiciel HydroDem, une méthode similaire basée sur la comparaison de deux valeurs d’azimut, le choix final étant déterminé par un nombre

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Chapitre I

Les MNT : utilisation en hydrologie et évaluation de la qualité

aléatoire. Dans l’exemple ci-dessous du plan incliné d’azimut égal à -20°, les directions d’écoulement sont aléatoirement le Nord et le Nord-Ouest ; l’erreur d’approximation par rapport

à la méthode D8 est réduite car la direction moyenne de l’écoulement est préservée (Figure I-

11).

Direction d’écoulement