Rwanda: Barril enquête sur la boîte noire de l’avion présidentiel Le Monde 28 juin 1994 Qui a abattu, le 6 avril, l’avion

de 1′ ex-président du Rwanda Juvénal Habyarimana? Pour 1″instant aucune enquête officielle n’a été engagée, ni par les autorités rwandaises ni par les françaises, malgré la présence parmi les victimes de trois Français membres de l’équipage. Invité du Club de la presse d’Europe 1, Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères, déclarait .hier soir qu’il n’avait «à aucun moment été informé d’une initiative privée pour enquêter sur cette affaire », avant de rappeler que Boutros Boutros-Ghali, secrétaire général de l’ONU, avait été chargé parle Conseil de sécurité d’une enquête sur l’attentat. Pourtant, un officier français travaillant désormais dans le privé, le capitaine Paul Barril, ancien responsable du GIGN (Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale), a mené ses propres investigations à la demande de la veuve du président Habyarimana. Le quotidien le Monde révèle, dans son édition datée 28 juin, qu’il aurait notamment récupéré la fameuse «boîte noire» de l’avion dont certaines autorités françaises niaient jusqu’ici l’existence. Après l’avoir montrée à des journalistes dans les locaux de sa société de sécurité à Paris, il affirme la tenir «à la disposition des instances internationales ». Dans un communiqué publié hier dans la soirée, la société Dassault Falcon Service, qui assurait la maintenance du Falcon 50 du président rwandais, a assuré qu’aucun enregistreur de conversations n’avait été installé sur cet appareil tout en admettant qu’un dispositif similaire aurait pu être monté par le client. Toutefois, d’après Dassault Falcon Service, la • description de cette boîte noire ne correspond pas aux appareils d’enregistrement connus: «La marque Litton citée par le Monde est connue pour des instruments de radio-navigation, des centrales à inertie, mais pas pour des enregistreurs de paramètres de vol ou de conversation. » Reste que selon certaines sources militaires, une «boîte noire» aurait bien été récupérée par des soldats français qui assistaient l’armée rwandaise au titre de la coopération. Comment a-telle pu atterrir entre les mains du capitaine Barril? Au cours de l’enquête qu’il a menée au Rwanda – il s’y est rendu à deux reprises -, il aurait également récupéré des enregistrements des dernières communications entre la tour de contrôle de Kigali et l’avion présidentiel. Il dit avoir acquis la conviction que l’attentat était «le fait du Front patriotique rwandais» (FPR, guérilla hostile au régime Habyarimana), thèse de la famille du Président assassiné, qui a été recueillie par la France avant de partir pour un pays africain «ami». Selon le capitaine Barril. «l’attentat a été perpétré avec des missiles soviétiques SAM -7». tirés des abords de l’aéroport et faisait parti «d’un plan concerté des’Tutsis» (l’ethnie qui domine le FPR alors que le régime Habyarimana était dominé par la majorité hutue ndlr). En effet, selon les témoignages de la famille Habyarimana, dès la mort du Président rwandais, le palais présidentiel a reçu «une pluie de tirs de mortiers et de mitrailleuses soviétiques de 14.5 mm», provenant des position de FPR. Paul Barril met également en cause l’armée belge, puisque les tirs de missiles provenaient de la zone de l’aéroport placée sous le contrôle des troupes belges des Nations unies (Minuar). Toujours selon le capitaine Barril, il est peu probable que les rebelles rwandais aient possédé la formation nécessaire pour mettre à feu des missiles SAM sans assistance extérieure – ce qui laisse supposer une éventuelle implication «d’éléments étrangers»-qui aurait pu être apportée par des mercenaires. Cette enquête devrait avoir une suite judiciaire puisqu’une

avocate française, Me Hélène Clamigirand, a été chargée par la famille du président Habyarimana de constituer un dossier pour déposer plainte devant les tribunaux internationaux. S.Etr. avec AFP Lire également en page 15

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