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LIMINAIRE 1807 - 2007

Pierre-Jean Labarrière

- - LIMINAIRE 1807 - 2007 Pierre-Jean Labarrière Assoc. R.I.P. | Revue internationale de philosophie 2007/2

Assoc. R.I.P. | Revue internationale de philosophie

2007/2 - n° 240 pages 117 à 120

ISSN 0048-8143

Article disponible en ligne à l'adresse:

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http://www.cairn.info/revue-internationale-de-philosophie-2007-2-page-117.htm

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Pour citer cet article :

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Labarrière Pierre-Jean, « Liminaire 1807 - 2007 »,

Revue internationale de philosophie, 2007/2 n° 240, p. 117-120.

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La Phénoménologie de l’esprit, premier des grands ouvrages systématiques de Hegel, parut à « la foire de Pâques » de l’année 1807 ; fiévreusement achevé au bruit des canons de la bataille de Iéna 1 , l’ouvrage fut tiré à mille exemplaires sur les presses de l’éditeur Joseph Anton Goebhardt, à Bamberg et Würzburg. Vingt-deux ans plus tard, cette première édition étant sur le point d’être épuisée, Hegel entreprit d’en réaliser une nouvelle rédaction, preuve de ce que ce livre – que l’on voulut parfois réduire à un essai de jeunesse rendu obsolète par le développement de l’œuvre postérieure – gardait bien à ses yeux importance et actualité 2 . Ralenti par d’autres réalisations (mise au point de la troisième édition de l’Encyclopédie des sciences philosophiques et rédaction de la seconde version de l’Être), Hegel, au moment de sa mort le 11 novembre 1831, n’avait eu loisir de réviser que les premières pages de la Préface (une trentaine), n’apportant d’ailleurs à sa première version que de minimes corrections de style, sans véri- table portée spéculative. Mais l’intérêt des disciples immédiats et des interprètes de l’époque suivante (Rosenkranz dans les années 1850, Augusto Vera dans les deux décennies suivantes) se porta davantage vers les œuvres dites de la maturité ; et ce ne fut qu’en 1907, avec la fameuse « édition du centenaire » due à Georg Lasson, que l’on revint à la lecture de la Phénoménologie de l’esprit.

Cent autres années après ce premier anniversaire, l’on peut dire que l’atten- tion portée à cette œuvre ne s’est guère démentie et même n’a cessé de croître. L’histoire de cette lecture suit les méandres du développement de la pensée

1.

Philipp Marheinecke, un disciple proche du maître, raconte avec une certaine emphase tragique comment Hegel, à l’automne 1806, avait fui la ville à l’approche des armées napoléoniennes,

glissant entre les lignes de combat alors qu’avait à peine séché l’encre des derniè- res pages du Savoir absolu.

se

2.

A

propos de cette nouvelle édition, dont « le libraire Wesche » lui a fait savoir qu’elle était

« devenue nécessaire », Hegel écrit à son beau-frère Philipp Guido von Meyer, dans une lettre

en date du 9 août 1829, pour lui demander de protester contre le dit Wesche de ce qu’il n’ait

reçu de lui rien de précis concernant les conditions, financières et autres, de cette nouvelle ver-

sion. Il s’insurge contre le fait que l’éditeur pourrait se contenter d’une simple réimpression du texte (à moindres frais). « Je tiens pour nécessaire une refonte de l’ouvrage », écrit-il encore.

A cette refonte, il promet de s’attacher dès qu’il sera venu au clair sur les autres obligations

éditoriales qui pèsent alors sur lui (Hegel, Correspondance, traduite par Jean Carrère. NRF Gallimard, Paris 1967, III, p. 334).

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occidentale, qu’elle a profondément marqué 3 , avant d’étendre son influence à d’autres continents de l’esprit, Amérique Latine et Extrême Orient compris. En sorte que le second centenaire de cette parution qu’il nous revient de célébrer (2007) n’est pas sans revêtir une certaine importance pour l’actualité et pour l’avenir de la philosophie mondiale.

On a affirmé qu’il s’agit là du livre peut-être le plus étonnant, le plus inclas- sable, le plus ambitieux, et sans doute l’un des plus féconds de notre tradition de pensée occidentale. Et l’on est revenu de l’opinion qui crut voir en lui un ouvrage « de jeunesse », une œuvre de circonstance qui aurait perdu par après de son intérêt. La Phénoménologie de l’esprit, bien des études des dernières décennies ont su le montrer, est un livre dont la richesse est considérable, puis- qu’il expose déjà, dans l’« élément » de la dualité conscientielle, ce qui formera le contenu total de la Science de la logique et de l’Encyclopédie des sciences philosophiques. – 1807 : une année charnière peut-être dans l’histoire de notre continent, mais aussi dans l’aventure de la pensée occidentale : il se peut qu’une période s’achève là, mais à coup sûr une autre s’ouvre, dont l’on n’a pas fini de découvrir la fécondité. Par bien des côtés, il n’est pas jusqu’à l’intérêt que nos générations ont su porter aux « sciences humaines » qui ne trouve un ancrage majeur dans ce qu’implique ici d’exigence notre tradition spéculative la plus novatrice.

Les études retenues dans ce Cahier ont pour ambition de mettre en lumière quelques-uns des enjeux de cette fresque, de même ampleur que le système. Trois études d’ensemble analysent d’abord des caractéristiques générales de l’œuvre, dans son dessein et dans sa mise en œuvre : Gwendoline Jarczyk, spécialiste incontestée de la Science de la logique, montre à quel point « l’Odyssée de la conscience » – une expression souvent utilisée pour symboliser le procès de l’œuvre – est menée, comme l’écrit Hegel lui-même, par le « mouvement des essentialités pures » 4 qui « constitue la nature de la scientificité en général ». Ainsi la Logique est-elle à l’œuvre « derrière la conscience », déterminant une structuration rigoureuse du mouvement qui « reconduit » cette conscience de la Certitude sensible au Savoir absolu, en scandant les étapes d’une « présentation » de l’esprit selon toute son ampleur dans l’élément « plus complexe » 5 du devenir conscientiel. – David Wittmann, axant sa réflexion sur l’identité en advenir entre

3. Cf. en particulier Gwendoline Jarczyk et Pierre-Jean Labarrière, De Kojève à Hegel. 150 ans de pensée hégélienne en France. Albin Michel, 1996, pp. 17-36.

4. PhGGW9 28/33(96/1), – la citation suivante inclusivement (traduction française, dans la paren- thèse, par Gwendoline Jarczyk & Pierre-Jean Labarrière, NRF Gallimard, Paris 1993, et Folio

2002).

5. Cf. Enz., § 25, Remarque.

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substance et sujet dans le texte de la Préface (avec ses contrepoints d’accom- plissement dans le Savoir absolu), rappelle ensuite de façon convaincante que, au-delà de tout substantialisme ontologique, la substance « désigne l’élément dans lequel toute chose acquiert sa véritable teneur et son véritable subsister » ; c’est ainsi qu’elle peut et doit être dite sujet, par le jeu d’un procès qui dessine le mouvement du vrai dans sa nature logique et signe de la sorte l’accès à « la science ». – Jean-Michel Buée, pour sa part, met en lumière lui aussi un élément fondateur de cette œuvre et de la pensée de Hegel en sa totalité ; sous le titre :

« La critique du formalisme dans la Préface de la Phénoménologie de l’es- prit », il montre comment Hegel s’est situé à l’égard du « formalisme » (et de sa conséquence, un certain « dualisme ») qui ne prévalait que trop à cette époque, surtout dans la mouvance de « philosophes de la nature » qui se présentaient comme « élèves » de Schelling – celui-ci étant dédouané en principe de toute responsabilité directe dans un tel mésusage de ses propres positions. Même si – point capital – l’étude de J.-M. Buée montre que, dans la Préface de 1807, se trouve probablement dénoncée de façon quasi explicite l’inanité de la prétention schellingienne à arracher au dualisme « la dernière scission dans laquelle il se tient », au bénéfice d’une identité intérieure à soi qui ne manquerait pas de rester vide et abstraite. Un point sur la portée duquel demeure néanmoins une certaine ambiguïté, dans la mesure où Hegel ne voulait peut-être pas faire porter à l’ami le poids des perversions que l’on avait tirées de sa pensée 6 .

Après ces approches fondamentales, l’on a retenu ici, parmi d’autres possibles, quelques aspects peut-être moins souvent traités ou sur lesquels il a semblé que pouvait être jetée une lumière relativement nouvelle. Ainsi est-il montré

6. Hegel a-t-il lui-même, nonobstant ce rejet, succombé peu ou prou à pareille aporie lorsque,

à l’articulation entre chaque figure et celle qui la suit – et dans laquelle elle se sursume -, il a mis en lumière un retour à l’immédiateté originaire ? On entendra ce soupçon, tel qu’ex- primé dans cette étude, non sans faire remarquer que ce mouvement toujours repris qui va de l’immédiat premier (abstrait), par la médiation, à l’ « immédiat devenu » ressortit au rythme même du concept, présent dans la totalité du corpus hégélien – l’immédiat devenu récapitulant concrètement le procès qui mena jusqu’à lui et se posant dans une immédiateté nouvelle par rapport au procès qui le suit, un procès qui, en ampliation du même mouvement, porte plus

avant l’effectuation du concept (mettant le sceau sur sa concrétude réelle). Ce retour récurrent

à une immédiateté à la fois pro-duite et « purement et simplement donnée » exprime en fait

d’éloquente façon le souci de progressivité qui anime Hegel dans le par-cours du chemin qui mène à l’intelligence de la véritable concrétude du savoir. Une telle trans-formation, dans sa nécessaire lenteur, ne se réalise que par le jeu de reprises qui donnent à com-prendre à quel point tout ce qui est « donné » doit être engagé dans un même mouvement d’accomplissement logique. En définitive, pour reprendre un mot heureux de J.-M. Buée tiré d’une correspondance privée : « Seul le savoir absolu permet au discours philosophique de faire réellement droit à l’immédiateté, en voyant en elle le lieu de l’effectuation singulière et historique de l’universa- lité du concept. »

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par Remo Bodei (« La preistoria del rapporto Signoria-servitù ») comment la fameuse « parabole » Maîtrise et servitude s’inscrit dans une histoire, puisque, prenant à rebours une image plus figée héritée d’Aristote (caractère « normal » de la subordination entre les hommes, y compris sous la forme de l’esclavage), cette thématique d’une relation constitutive de l’humain, avant d’être traitée par Hegel avec l’éclat que l’on sait, avait été plusieurs fois abordée de façon plus ou moins explicite par d’autres auteurs dans les décennies précédentes. – Ainsi encore Jean-François Kervégan fait-il valoir que la Phénoménologie de l’es- prit porte déjà, dans plusieurs de ses figures majeures, des considérations que reprendront, en leur temps, les Principes de la Philosophie du droit : cette étude sur les « Figures du droit dans la Phénoménologie de l’esprit » manifeste à quel point le concept d’« esprit » s’y montre lourd d’une dimension subjectivo-objec- tive essentielle puissamment novatrice. – Enfin est souligné le fait que Hegel referme son ouvrage sur une citation de Schiller qui n’advient pas là par hasard ou par manière d’enjolivement pour le lecteur, mais comme une juste façon de rassembler sous une brachylogie évocatrice le sens même de l’œuvre en sa tota- lité (Pierre-Jean Labarrière, « Savoir absolu : sur deux vers de Schiller »). Une façon de souligner que cet ouvrage réellement atypique conjugue d’étonnante façon la rigueur du concept et le lyrisme discret ou éclatant d’une conscience historique éveillée à toutes les formes de l’esprit – qu’il s’agisse d’histoire, d’éthique ou de poésie. Il n’est que de songer à la charge affective et à la richesse littéraire dont portent témoignage, entre autres, les séquences consacrées au Monde grec, ou encore aux combats pour la reconnaissance, depuis Maîtrise et servitude jusqu’au dédoublement de la conscience dans le monde post-kantien (Le mal et son pardon), sans omettre cette véritable cosmogonie poïétique que décrit la Raison observante.

En produisant cet ensemble, qu’il nous soit permis d’espérer apporter une note originale parmi les publications que ne manquera pas de susciter le présent anniversaire.

Pierre-Jean Labarrière Centre-Sèvres (Paris)