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QUY ATIL DERRIERE NOTRE PERSONNALITE APPARENTE? par André DUMAS Nous vivons a la surface de notre étre. William JAMES chapitre de la philosophie méta- physique, un ensemble de spécula- tions abstraites sur les facultés de l’Ame ; ces spéculations, basées unique ment sur l'introspection, sur l'auto- analyse de nous-mémes, ne menaient guére plus loin que le point de départ et, dans ces conditions, on pouvait considé- rer comme le génial et fin mot de la phi- losophie l'aphorisme de Descartes: «Je pense, donc je suis». Le Psychologie a été longtemps un Depuis que la Psychologie scientifique moderne, avec Théodule Ribot, a substitué aux spéculations métaphysiques la méthode expérimentale, en étudiant les maladies de la personnalité, les maladies de la mémoire, etc., on a découvert qu’«au-dessous» de la person- nalité superficielle dite «consciente», seule connue de Descartes, se cache quelque chose qu’on a appelé I' Inconscient, puis plus tard le Subconscient (sub : au-dessous), et dont le réle est apparu de plus en plus important. 11 faut souligner ici la nécessité de ne pas piétiner devant les mots et d’aller au-dela. Ce n'est pas ce «quelque chose» qui est incons- cient: c'est notre moi superficie] qui est géné- ralement inconscient de l'existence de ce «quelque chose», Et si celui-ci est caché et qu'on le dit «au-dessous» (sub), il faut com- prendre qu’il est au-dessus et derriére, et qu'il englobe entiérement notre conscience ordi- naire, notre petit «moi» de tous les jours Emile Coué, ce grand précurseur, écrivait dans La maitrise de soi-méme par l'autosug gestion consciente «L'Inconscient dirige le physique et le moral. C'est lui qui préside au fonctionnement de tous nos organes et méme de la plus petite cellule par V'intermédiaire des nerfs.» Et il indiquait que I’action de I'Inconscient, ce que les travaux de Frend ont bien illustré, peut étre a J’origine de nombreux troubles «La neurasthénie,le bégaiement, les pho bies, la kleptomanie, certaines paralysies, etc., ne sont autre chose que le résultat de l'incons. cient sur U'étre physique ou moral.» Coué, comme Freud, a employé le mot «in conscient » pour désigner cet aspect caché de notre étre. Mais déja, en 1873, le Dr A.-A. Li bault, dans son Ebauche de psychologie, mon- trait avec force que les manifestations dites «inconscientes» sont aussi des activités du «Moi», lequel est plus étendu que l’enseignait la psychologie classique : «dl faut le dire, le moi n’est pas réduit, ainsi qu'on l'enseigne encore, é la forme rétrécie de ce qui tombe sous la conscience au moment ot Ton s‘examine, il est surtout et avec raison représenté par tous les matériaux psychiques de nos connaissances qui, quoique inapergus dans la mémoire, y ont une existence réelle, puisqu’on peut ensuite les faire reparaitre par " QU'Y A-T-IL DERRIERE NOTRE PERSONNALITE APPARENTE? un effort: ce qui ne peut étre qu‘autant que la mémoire est douée d'une conscience latente pour conserver fixement ces matériaux. Ily a dans lesprit, dit Cudworth, une foule de cho- ses qu'il posséde sans s‘en apercevoir ; le géo- metre endormi n’en a pas moins sa science entiére : théorémes, problémes et figures ; et le musicien, pendant son sommeil, ne perd pas la mémoire des chants qu'il a appris. C'est que toute idée reste fixée, dans la mémoire avec urte vraie conscience, ou sans cela elle ne serait pas: seulement la conscience de cette idée étant permanente, non interrompue, nous ne nous doutons pas de son existence.» Ce moi est étendu non seulement dans le passé, avec toutes les acquisitions conservées a’état latent, mais encore dans toutes les par- ties de l'organisme que l'on pourrait croire inabordables a la conscience. Le Dr Liébault en citait des exemples véritables, bien avant que les expériences scientifiques réalisées avec les yogis aient établi la possibilité de sou- mettre la vie organique au domaine conscient du moi: «Dans certaines maladies inflamma- toires des os, des cartilages, des tendons, etc., on ressent des douleurs qui n’avaient jamais été éprouvées auparavant et qui ont pour ori gine des nerfs réputés ordinairement insensi: bles, lesquels transportent alors d la cons cience des sensations présupposant nécessai- rement une sensibilité antérieure quoique @uparavant inconsciente au moi actif.» Plus démonstratifs encore sont les effets produits par la suggestion sur les tissus de la voie végétative : «Quand la pensée consciente va y reproduire des mouvements, des hémor- ragies, des sécrétions plus ou moins abondan- tes, des états maladifs, des guérisons, etc., nest-ce donc pas que le moi embrasse et embrassait déja ces régions profondes?... La pensée, soumise ou non 4 wil de la cons cience ordinaire, est donc partout dans l'éco nomie.» Notre moi est donc omniprésent dans toutes les activités de notre organisme. Son omnipré sence se manifeste dans des circonstances ot. on le considére généralement assoupi, obs a rci, absent, pendant la distraction, le som- meil et le réve Ge qu'on appelle le «Subconscient» n'est pas constitué seulement par une zone «passive» de notre personnalité, obéissant aux suggestions, enregistrant les impressions et conservant les Goethe, dessiné ci-contre dans une attitude originale, a déclaré a propos de son célebre roman, Werther, qu'il 'avait écrit & peu prés inconsciemment, a la e d'un somnam. souvenirs. D'une zone «active», créatrice, sur- gissent des inspirations d’ordre intellectuel, des éclairs de génie, qui s'imposent au savant et au philosophe comme a lartiste et a I'écri- vain, On en a souvent cité de nombreux exem- ples. Schopenhauer disait que ses postulats phi- losophiques s'étaient formés en lui dans des moments ow sa volonté était comme endormie, oi son esprit ne suivait pas une direction pré- vue d’avance et oi sa personne était comme étrangére a I'ceuvre. Goethe a déclaré, a propos de son roman Werther, qu’ill'a écrit «a peu prés inconsciem- ment, dla maniére d'un somnambule », et qu'il s’en étonnait lui-méme, en le lisant. A Paul Valéry qui avait développé des con- sidérations sur l'activité spirituelle subcons ciente dans la création artistique et littéraire, le physicien Paul Langevin assurait que de tel. les circonstances se manifestaient aussi dans toute espace de création, en particulier dans la création scientifique «Chaque fois que Von pense avec intensité, et que l'on a, en quelque sorte, préparé le tra- vail subconscient, celui-ci se poursuit de lui- méme et quelque chose prévient quand il est terminé. J'ai des souvenirs trés nets de choc intérieur prévenant qu’a un moment donné la question est résolue et qu'il n'y a plus qu’d exprimer consciemment le résultat, cette opé- ration pouvant d’ailleurs étre différée. Dans mon souvenir, ce sont ces moments-lé qui apportent les vraies joies intellectuelles, celles de la fécondation. » On connait de nombreux écrivains et artis tes chez lesquels l'activite créatrice s'est manifestée pendant le sommeil: La Fontaine, composant en réve la fable des Deux Pigeons ; Tartini, révant que le Diable exécute sur son violon une sonate merveilleuse, se réveillant brusquement et l'écrivant de mémoire ; Vol- taire révant une nuit un chant complet de La Henriade autrement qu'il ne l’avait écrit ; Des- cartes recevant en songe I'illumination inté rieure qui est a l'origine de son Discours de la méthode L'existence de cette zone cachée de notre «Moi», est confirmée par les découvertes con- vergentes de I'hypnotisme, de la «psychologie des profondeurs», de la psychanalyse et de la métapsychique (ou parapsychologie) C'est la «Conscience subliminale» de Frédé- ric Myers, le «Cryptopsychisme» de Charles Richet, I'Héte Inconnu de Maurice Maeter linck, la «Subconscience supérieure» de Gus- tave Geley, ou le «Surconscient» de Shri Auro bindo. 13 est établi qu'il existe une une «mémoire intégrale» indestructible, comme Ta tous ceux qui, échappant de justesse a I'as phyxie ou a la noyade, ont vu se dérouler en leur esprit en quelques secondes Ie film com- plet de leur existence, depuis leur enfance et dans les moindres détails, comme le confirme la neurologie qui constate que, méme dans les amnésies profondes, comme celle de la démence sénile, ce qui est oublié aujourd'hui peut reparaitre demain sous I'influence d’ur emotion, par exemple. Car, comme le souligne le Dr Jean Delay, Professeur de la Faculté de médecine de Paris, dans son ouvrage sur Les maladies de la mémoire, «Les souvenirs ne sont pas détruits, ils ont seulement disparu». Le savant Oliver Lodge a comparé Iimpor. tance relative de notre personnalité apparente et de notre individualité totale, a liceberg dont la partie la plus importante est cachée sous les eaux. Il est curieux de remarquer que certaines particularités de I'évolution du langage sem blent exprimer une grande intuition : les mots 14 «personne», «personnalité» dérivent du latin persona, qui désignait le masque utilisé par les acteurs du Théatre Antique. Notre persona lité apparente - dite «consciente » et qui l'est si peu — n'est en effet qu'un «masque » qui cache notre veritable Moi ~ I'Héte Inconnu ~ et qui est bien plus vaste, plus riche, plus conscient plus puissant, que notre petite personnalité débile, dont \’équilibre est sans cesse menacé par les troubles de notre organisme. C’est seulement notre petit «Moi» apparent, superficiel et limité, qui est altéré par unc lésion cérébrale, l'ivresse alcoolique ou le délire de la fiévre C'est seulement aussi ce petit «Moi», le «Masque» qui est détruit par la mort, et non Vindividualité profonde et veritable Cette conclusion ‘impose davantage encore en considérant les enseignements de la recher- che métapsychique. Le Dr Eugene Osty, aprés de longues experiences poursuivies pendant des années, s‘exprimait ainsi dans La Connais. sance Supranormale : «Il n'est plus question de tenir l'étre humain pour un agrégat de mécanismes producteurs de pensées. L’évidence s'impose qu'on est