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Philosophie et Rationalité

PHI-G01-04

Dissertation : La Forme

Présenté à :
Louis-Philippe Blanchette

Collège Jean-de-Brébeuf Grégory Kudish

Groupe 1
Le 6 mai 2009
Platon (428 av J.C-348 av J.C) est un philosophe de la Grèce antique qui a consacré sa vie à

l’étude de questions fondamentales qui ont trait à l’humanité. Platon rencontre Socrate en 407 av

J.C, personnage qui a influencé une majeure partie de ses écrits. La mort de Socrate en 399 av

J.C, tout comme la défaite d’Athènes aux mains de Sparte, font partie des événements qui ont

bouleversé la vie de Platon. Lorsqu’il fonde L’Académie en 387 av J.C, Platon se méfie des

croyances communes et se tourne davantage vers la recherche de la connaissance. S’inspirant de

la doctrine de Parménide, Platon stipule l’existence d’un être immuable qui peut être atteint, non

pas par les sens, mais par l’intellect. Platon appelle cet « être » « Idée ». Afin d’éviter toute

ambigüité sémantique, les interprètes de Platon emploient le terme « Forme intelligible » pour désigner

l’ « Idée ». Une forme intelligible est une réalité présente dans le monde intelligible et qui est la cause des

êtres du monde sensible, notre monde. Cette hypothèse des formes intelligibles pose un véritable

problème pour l’humanité. En effet, si l’on admet l’existence de vérités présentes à l’extérieur du monde

sensible, cela présume-t-il alors que notre destin est régi par des forces qui nous sont inconnues? Et s’il

est vrai que nous sommes ignorants des formes intelligibles, quel chemin devons-nous entreprendre pour

les appréhender? Enfin, sommes-nous plus sages une fois les formes intelligibles intégrées à notre savoir?

Les formes intelligibles sont des réalités éternelles et indépendantes du monde sensible. En fait, le monde

est formé de deux mondes distincts : le monde sensible et le monde intelligible. Pour Platon, le monde

intelligible est le monde des Idées, ou dit autrement, le monde des formes intelligibles. Les formes

intelligibles n’ont été engendrées par aucun être supérieur; elles sont la cause de leur détermination. Les

formes intelligibles, ou réalités intelligibles, sont éternelles. Elles n’ont ni commencement, ni fin. Le

monde sensible, quant à lui, est le monde du devenir, du changement. Ainsi, une tulipe fait partie du

monde sensible car elle finit par faner. Cependant, la tulipe, en tant que type de fleur, fait partie du monde

intelligible. Les mondes sensible et intelligible ne sont néanmoins pas entièrement dissociés. En effet, les

formes intelligibles participent dans le monde sensible. Ainsi, les composantes du monde sensible sont les
copies des formes intelligibles. Prenons un exemple concret. Dans le monde des formes intelligibles, on

retrouve la forme de la beauté qui est éternelle. Par ailleurs, une toile de Rembrandt fait partie du monde

sensible. Dire que la toile de Rembrandt est belle, cela revient à dire que cette œuvre d’art présente des

caractéristiques de la forme de la beauté. Mais il ne faut surtout pas tomber dans l’erreur en affirmant

qu’une toile de Rembrandt EST la beauté. En conclusion, il est donc juste d’affirmer que les objets du

monde sensible sont les ombres, les images reflétées des formes intelligibles. Les formes intelligibles

déterminent donc les représentations du monde sensible. Comme le soutient Jean-François Pradeau, « La

forme est sans doute quelque chose de la réalité, mais quelque chose qui se transmet à la faveur d’une

relation causale qui met en rapport l’intelligible et le sensible : le premier est la cause du second, qu’il

détermine comme tel, au moyen de la forme. »1.

Pour l’Homme, prendre conscience du règne des formes intelligibles est un enjeu crucial. L’être humain

est caractérisé par un dualisme qui départage sa réalité en deux parties : l’âme et le corps. Pour Platon,

l’âme est le lieu de l’intellection, de la vérité, alors que le corps est une composante du monde sensible.

Pour connaître la vérité, l’Homme doit élever son âme vers les formes intelligibles. Mais il est déchiré

entre sa raison, propre à l’âme, et les sens, attributs du corps. Pour solutionner ce problème, l’Homme

doit apprendre à libérer son âme, gardée prisonnière dans son corps. Cet acte qui consiste à remonter

l’âme vers les formes intelligibles est la réminiscence. Pour appréhender cet apprentissage, l’Homme peut

avoir recours à la dialectique, science qui permet à l’individu de passer des apparences sensibles aux

Idées par l’intermédiaire du dialogue. Dans le livre VII de la République, Platon précise également que le

calcul, la géométrie et l’astronomie contribuent à l’ascension de l’âme vers les formes intelligibles

puisque ce sont des sciences qui ne dépendent pas du monde sensible. Tout individu est donc en devoir de

purifier son âme des opinions, des croyances du monde sensible pour entrer en contact avec le monde des

Idées.

Mais à quoi sert cet effort de réminiscence? Quel avantage peut bien tirer l’Homme de la connaissance

des formes intelligibles? Les formes intelligibles sont des réalités immuables, donc des vérités. Être en

mesure de reconnaître les formes intelligibles suppose donc une capacité à connaître les réalités
immuables qui conditionnent le monde sensible. La connaissance des formes intelligibles permet donc

l’élaboration d’une théorie de la connaissance. Mais en quoi une théorie de la connaissance attribue-t-elle

à l’Homme une plus grande sagesse? La question doit être comprise en termes ontologiques. Dans la

mesure où l’homme acquiert une plus grande connaissance de l’être, il peut dès lors analyser et interpréter

sa position face à l’être. Ainsi, la théorie de la connaissance offre à l’Homme la possibilité d’adopter une

éthique.

Les formes intelligibles constituent donc l’une des composantes essentielles de la doctrine de Platon car

elles lui ont permis d’élaborer une théorie de la connaissance, une éthique et une ontologie. Les formes

intelligibles sont donc des réalités universelles indépendantes du monde sensible. Pour élaborer une

théorie de la connaissance, l’Homme doit se détourner des opinions et des croyances fondées sur des

aspects du monde sensible afin que son âme se libère du corps pour monter vers les formes intelligibles.
1 Pradeau, Jean-François. Platon : les formes intelligibles. Presses Universitaires de France, 2001. P
53.