26/2/2014

Dans le sud du Tchad, la grande détresse des réfugiés centrafricains

Dans le sud du Tchad, la grande détresse des réfugiés centrafricains
LE MONDE | 26.02.2014 à 15h01 • Mis à jour le 26.02.2014 à 16h30 | Charlotte Bozonnet (Sido, envoyée spéciale)

Camp de déplacés à Bangui, mercredi 26 fév rier. | REUTERS

La fouille est minutieuse. Il y a quelques semaines, des armes et des tenues militaires ont été découvertes dans un véhicule. Sur le bord de la route, les valises sont descendues des camionnettes surchargées de bidons, de matelas. De temps en temps, un pick-up transportant des soldats tchadiens passe en trombe. A quelques centaines de mètres, dimanche 23 février, une cinquantaine de véhicules de l'armée française et près de 200 hommes attendent, en route vers Bangui. Lire le récit : Centrafrique : l'opération « Sangaris » entre dans sa 2e phase (/a fr i qu e/a r t i cl e/2014/02/12/l -oper a t i on -sa n ga r i s-da n sl e-ch a os-cen t r a fr i ca i n _4363404_3212.h t m l )

Sido, ville frontalière tchadienne, vit à l'heure du conflit en Centrafrique (RCA). De l'autre côté, sa ville jumelle, Sido RCA, serait encore contrôlée par les rebelles de la Séléka. La localité est un point de passage majeur entre les deux pays. Depuis le début du conflit centrafricain, en décembre, 35 000
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personnes, principalement des musulmans chassés par les violences des milices chrétiennes anti-balaka, sont arrivées là, à pied, et surtout dans des convois escortés par l'armée tchadienne. Une partie a poursuivi vers d'autres villes du Tchad, mais 14 000 réfugiés s'entassent ici, privés de tout. Leurs abris de fortune s'étendent à perte de vue. Les naufragés ont pris tout ce qui leur tombait sous la main – des bouts de bois, de la paille, du tissu – pour se protéger un peu d'un soleil de plomb. Depuis le 20 décembre, huit convois de l'armée tchadienne ont fait le voyage depuis Bangui. « Les soldats sont allés chercher tous ceux qui étaient menacés, et pas seulement les Tchadiens », souligne le sous-préfet, Bouba Lawane. VENTE DE FAGOTS Tous ont échoué à Sido après une éprouvante odyssée. « Notre convoi a été attaqué trois fois par les anti-balaka », explique Kaltouma Bello, assise sous un arbre avec une vingtaine d'autres réfugiés. Le groupe est arrivé il y a deux jours dans un convoi de l'armée tchadienne qui transportait plus de 3 000 personnes. Originaire de Yaloké, en Centrafrique, la jeune mère de famille a d'abord passé trois semaines cachée en brousse après l'attaque de son village par les milices chrétiennes, avant que les soldats français de l'opération « Sangaris » ne la mettent à l'abri à la mosquée, puis à l'aéroport de Bangui. « Quand les camions partent, tu te hisses dessus comme tu peux », raconte-t-elle. Partie sans son mari et son fils, elle ignore s'ils sont toujours vivants. Ramatou Moussa, elle, est là depuis un mois. Assise dans une hutte de bois, elle raconte qu'un samedi de décembre les anti-balaka ont attaqué son quartier à Bangui, le PK12, tuant son mari et sa mère à la machette. Elle s'est enfuie avec ses cinq enfants. En sécurité au Tchad, ces femmes ont aujourd'hui une autre urgence : trouver de quoi faire vivre leur famille. Chaque jour, elles ramassent du bois aux alentours et vendent les fagots au marché pour une misère. « Comment va-t-on donner à manger à nos enfants ? », demande l'une d'elles. Après des semaines de trajet, les réfugiés arrivent épuisés. Dans le centre de consultation monté par Médecins sans frontières (MSF), une jeune femme de 26 ans, amaigrie, est allongée, après trois jours de vomissements et de diarrhées. Malgré une perfusion pour la réhydrater, elle ne survivra pas. 13 000 PERSONNES, QUATRE POINTS D'EAU, AUCUNE DOUCHE A Sido, un peu moins de 300 tentes ont été distribuées pour loger les réfugiés. On compte vingt latrines pour 13 000 personnes, quatre points d'eau, aucune douche. Surtout, la nourriture manque. Le Programme
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alimentaire mondial (PAM) n'a fait que deux distributions de vivres. Hamid, représentant local du ministère tchadien de l'action sociale, ne cache pas son inquiétude. Il a cent sacs de riz à distribuer. Il en faudrait 1 800. « Une prise en charge a minima a été assurée au début, mais, depuis le 20 janvier, il n'y a plus assez de vivres », confirme Sarah Chateau, chef de mission pour MSF au Tchad. Lire l'interview du responsable des opérations d'urgence de MSF : «Il y a plus de morts par défaut de soins que par violence» (/a fr i qu e/a r t i cl e/2014/02/26/r ca -i l -y -a -pl u s-de-m or t s-pa r -defa u t de-soi n s-qu e-pa r -v i ol en ce-sel on -m sf_4373501_3212.h t m l )

Pour le pays, qui a accueilli 70 000 réfugiés en deux mois, le fardeau est lourd. Outre les ponts aériens entre Bangui et N'Djamena, qui ont amené 15 000 personnes dans la capitale tchadienne, six villes du sud tchadien accueillent aujourd'hui des réfugiés : ils sont près de 7 000 à Doba, 4 000 à Goré, 18 000 à Doyaba. Le gouvernement a ouvert des camps de transit qui ne désemplissent pas. Le manque de ressources n'est pas la seule difficulté. « La prise en charge de ces gens passe aussi par le statut qui leur est octroyé. Or, un vide juridique est en train de se créer », explique Sarah Chateau. Une grande partie d'entre eux sont en effet considérés comme des « retournés » par le gouvernement tchadien. N'Djamena propose de financer leur trajet pour rejoindre leur famille d'origine quelque part au Tchad, et de leur donner un mois de nourriture. Sauf que ces « retournés » étaient installés en Centrafrique depuis des générations, sans lien avec leur pays d'origine. « La question du statut n'est pas un détail, souligne la responsable de MSF. S'ils sont réfugiés, ils doivent être pris en charge par le Haut-Commissariat des Nations unies aux réfugiés et leur fournir des conditions de vie décentes. » A Sido, le maire du village a proposé 3 000 lopins de terre à ceux qui voudraient rester. Tout autour du camp de réfugiés, des cahutes en bois se montent. L'initiative ne suffira pas à contenter les 13 000 réfugiés présents. Et chacun scrute le ciel avec angoisse. Dans un mois commencera la saison des pluies. Regarder notre carte interactive Pourquoi la France intervient en Centrafrique
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Charlotte Bozonnet (Sido, envoyée spéciale) Journaliste au Monde

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