Les livres numériques de Libération

L'essentiel sur un sujet.

Répartis en quatre collections - Actu, Magazine, Archives, Idées - chacune symbolisées par un code couleur sur la couverture.

Les articles, analyses et enquêtes les plus significatifs publiés dans le journal ces derniers mois, enrichis d'éléments de contexte inédits.

Réforme de l'école, montée du racisme, Syrie ou débat sur la prostitution pour l'Actu; reprise des séries du cahier été, sélections de portraits de “der”, de formats longs ou de pages gastronomiques pour la partie Magazine; retour sur quelques pépites du journal retrouvées dans nos archives, telles la rencontre avec Jacques Mesrine, l'interview de Michel Platini par Marguerite Duras ou la mort de Claude Lévi-Strauss...

Le meilleur de Libération, à lire sur tous supports, écran, tablette, mobile ou liseuse.

Droite, un an de confusion
Si le gouvernement n'était pas lui-même aussi mal en point, on aurait volontiers titré: «Droite, un an de chaos», tant les débuts de l'UMP dans l'opposition ont été médiocres.
Passons sur la tragi-comédie de l'automne dernier pour désigner le président du parti ou le calamiteux épisode des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy invalidés, suivi d'un appel à la générosité publique.
Le plus inquiétant à droite semble être aujourd'hui la perte des valeurs, les mots qui s'envolent, le racolage actif vers le Front national, les prises de positions contre le mariage pour tous...
Au final, des dirigeants à l'image abîmée, un Sarkozy qui piaffe, aucune autocritique... Etat des lieux d'une maison qui brûle.

Table des matières

Couverture

Les livres numériques de Libération

Droite, un an de confusion

Table des matières

Une sale année dans la maison UMP

L'UMP à mots couverts vers l'inventaire

Le coût de massue de Sarkozy

«C’est lui le chef, et il reviendra!»

Les ardoises de la présidentielle

Souvenirs d'une élection de folie

UMP: Copé et Fillon ont l'accord au cou

Guerre de tranchées à l'UMP

Le bal des prétendants

La méthode Copé

Sarkozy-Fillon, le choc de deux ambitions

La droite à l’école buissonienne

Une sale année dans la maison UMP
ETAT DES LIEUX. Le parti est loin d'être refait à neuf, un an après l'élection ratée à la présidence.
Par Laure EQUY
(Paru le 18 novembre 2013)

C’était il y a pile un an mais on doute que Jean-François Copé célèbre l’anniversaire. Le 18 novembre 2012, les militants de l’UMP étaient appelés à voter pour désigner qui, du député-maire de Meaux ou de François Fillon, prendra la présidence de l’UMP. Accusations de triche, nuit de recomptage des voix, autoproclamations de victoire, groupe parlementaire dissident, menaces de scission et on en passe... le parti, lancé dans une incroyable guérilla, a failli exploser. Un an après, Copé a fini par l’obtenir - ou plutôt l’arracher de haute lutte -, son fauteuil de patron de l’UMP. Secrétaire général dès 2011, Copé occupait déjà le 7e étage du siège de la rue de Vaugirard. De retour comme président, il retrouve un certain nombre de vices, plus ou moins cachés. Tour du propriétaire.
Des fissures dans les caisses
L’UMP a vu fondre sa dotation publique en 2013 à cause d’un résultat moyen aux législatives et faute d’engagements tenus sur la parité. L’invalidation, début juillet, des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy ont pour de bon plombé les finances. Copé, avec l’ex-candidat à la présidentielle, a dû lancer une grande souscription pour trouver les 11 millions d’euros de frais de campagne non remboursés par l’Etat. Un succès, la somme ayant été collectée en deux mois. Copé aurait aimé s’en attribuer les mérites. Las. Sarkozy, le jour où l’objectif du «Sarkothon» a été atteint, s’est empressé de remercier «ses» donateurs. Le parti n’est pas, loin de là, tiré d’affaires selon le Canard Enchaîné, qui évoque une dette de 108 milliards d’euros. Chiffre démenti par l’entourage de Copé.
Des fondations branlantes
Copé s’est félicité du référendum de juin qui approuvait, à plus de 90%, les nouveaux statuts et son maintien à la tête du parti. Il a voulu y voir un plébiscite pour sa personne. Sauf que les militants ont aussi par ce vote adopté l’idée d’une primaire ouverte pour choisir leur candidat à la présidentielle. S’il s’y est plié, Copé reste perplexe sur le principe. Surtout, cette désignation a tout du casse-tête. Entre les uns qui estiment que Sarkozy, s’il revient, doit pouvoir s’y soustraire et les autres qui remettent déjà en cause le calendrier. Alain Juppé, Laurent Wauquiez et Eric Ciotti proposent ainsi d’avancer la primaire début 2016, voire en 2015. Injouable, selon les proches de Copé.
Un ancien président dans le placard
La droite n’en a pas fini avec son champion. L’élection ratée à la tête de l’UMP et l’incapacité  des prétendants à la succession de Sarkozy à s’imposer, semblent même avoir remis l'ancien président en selle. Lui, en tout cas, le croit, qui se répand en privé sur les ratés des responsables UMP. Ses visiteurs, rue de Miromesnil, ne doutent guère de son désir de retour. Un «ex» toujours plus embarrassant pour Copé président du parti, à la légitimité fragile. Comment asseoir son autorité quand les très nombreux sarkozystes ne reconnaissent qu’un seul chef? Copé, durant la campagne interne, avait lui-même campé le fervent supporter allant jusqu’à renoncer à ses ambitions pour 2017 pour céder la place à l’ancien président. Guère récompensé, il a marqué ses distances.
Fillon sur le palier
Le fiasco de l’élection interne à l’UMP semble singulièrement avoir donné un coup de fouet à l’ex-Premier ministre, qui s’est longtemps vu reprocher son manque de pugnacité. S’il laisse finalement le parti à Copé, c’est pour mieux se lancer dans la course à l’investiture pour 2017. Depuis novembre dernier, les relations entre les deux ennemis de 2012 se sont plutôt apaisées et c’est désormais avec Sarkozy que l’ex-Premier ministre est entré en conflit. Quand aux fillonistes, ils ont intégré l’équipe pléthorique de Copé à l’UMP. Mais rien n’est oublié.
Juppé au grenier
Même si sa médiation, au plus fort de la guerre Copé-Fillon, a échoué, Alain Juppé a réussi à s’imposer comme un possible recours pour 2017. Lui-même laisse planer le doute. Auréolé de son statut de vieux sage, il se mêle aussi des affaires du parti et se permet de fréquentes critiques sur l’action de son président. Récemment il a dit son aversion pour sa formule de «droite décomplexée» et déconseillé à Copé qui proposait de réformer la politique d’immigration dans la foulée de l’affaire Léonarda, de «réagir fébrilement». Et pour la mairie de Pau, le maire de Bordeaux soutiendra François Bayrou alors que Copé se fait un principe de barrer la route au traître de la présidentielle.
Des quadras courant d'air
S’il n’y avait que ces trois poids lourds… Les quadras boudent aussi l’UMP pour peaufiner leur stratégie, chacun de leur côté. Tous n’ont pas la même détermination mais la crise de leadership à droite les a autorisés à croire en leurs chances. Xavier Bertrand est officiellement en lice pour la primaire, Bruno Le Maire se prépare. NKM, à ce jour, n’a d’yeux que pour Paris mais rien n’est exclu. Et Laurent Wauquiez et François Baroin, sans être candidats à rien, ont de l’ambition. En premier lieu, celle de contrer le président de l’UMP dont ils ne cessent de contester la légitimité.
Des cagibis dans tous les coins
C’est la conséquence de ces appétits multiples: plus grand monde ne traîne rue de Vaugirard. Fillon tente de faire vivoter son club «Force républicaine» et les sarkozystes leur amicale à la gloire de leur Président. Chacun son écurie, en marge de l’UMP. Résultat: la droite ne semble pas capitaliser sur les déboires actuels de la majorité. Pour tenter d’inciter les contestataires à se tourner vers le premier parti d’opposition, Copé tentera de mettre tout le monde au travail, le 18 décembre au cours d’un séminaire de type gouvernemental. Un rendez-vous qui doit fixer les «grandes lignes d’un projet d’alternance»… et révéler si le parti sait encore jouer collectif.
Des Tabarot livrés avec les meubles
Président, Copé est redevable à ceux qui l’ont épaulé… Mais aussi à leur famille. Il n’a eu d’autre choix que de soutenir, à Cannes, pour les municipales de mars 2014, Philippe Tabarot, petit frère de Michèle Tabarot, son bras droit dans la douloureuse bagarre pour la conquête du parti. Et ce malgré les protestations des fillonistes qui défendent la candidature de David Lisnard, dauphin du maire sortant. La commission des investitures n’a pas réglé le conflit et les deux rivaux devraient donc faire campagne avec l’étiquette UMP. De quoi raviver les tensions entre les deux clans.
Une perspective pas dégagée
Les élections intermédiaires sont souvent une épreuve pour le parti au pouvoir. Pas sûr pour autant que les muncipales et encore moins les européennes de 2014 redonnent le sourire à Copé. Déjà plus personne ne fanfaronne sur la perspective d’une «vague bleue» en mars. La droite devrait reprendre plusieurs villes moyennes conquises par la gauche en 2008, mais concernant les grandes villes, la moisson sera limitée. La très probable montée du Front national, aux municipales et surtout aux européennes, devrait empoisonner le PS comme l’UMP. La cantonale partielle de Brignoles (Var) en a donné un avant-goût: la gauche a certes été éliminée dès le premier tour mais le candidat UMP a été battu par celui de l’extrême droite.
L’Alternative en vis-à-vis
Pendant ce temps, les voisins centristes bâtissent sous les fenêtres de l'UMP. L'UDI de Borloo, en nouant une alliance avec le Modem de Bayrou risque d'affaiblir la droite aux européennes. Dans de nombreuses villes, cette toute nouvelle Alternative ne va pas remettre en cause les accords déjà conclus avec l'UMP. En revanche, sans liste commune aux élections de mai, le centre et l'UMP ne se donnent guère de chances de devancer le Front national.
Une popularité au plancher
Rien n’y fait, Copé est le mal aimé. Au début de l’année, une étude Harris lui a décerné le titre de «personnalité politique la plus agaçante» de 2012. C’était peu après la fin du psychodrame à l’UMP. Depuis il n’a pas décollé. Le baromètre Ifop-Paris Match le classe au 37e rang (34% d’opinions favorables), loin derrière Juppé (60%), Sarkozy (45%) ou Fillon (47%). Copé se console en se disant que les Français ne le connaissent pas vraiment. Il n’empêche. «C’est très rare d’avoir une image aussi catastrophique pour une personnalité issue d’un parti classique», s’étonne Eric Bonnet, de BVA: en octobre, l’institut, dans un sondage pour le Parisien, créditait de 73% de mauvaises opinions le patron de l’UMP jugé, au choix, trop perso (78%), arrogant (66%), arriviste (70%). N’en jetez plus.

L’UMP à mots couverts vers l’inventaire
RECIT. Après avoir repoussé l’échéance pendant plus d'un an,  le parti d’opposition  se résout à faire  le périlleux bilan du quinquennat Sarkozy.
Par Antoine GUIRAL
(Paru le 20 août 2013)
En politique, un débat peut en cacher un autre. Peu portée sur l’introspection - encore moins sur l’autoflagellation - la droite vient pourtant d’entrouvrir la porte pour jeter un regard sur le quinquennat Sarkozy. Certes, le président de l’UMP, Jean-François Copé, a ses pudeurs : au droit «d’inventaire» réclamé par les plus facétieux de son parti, il a opposé un simple «débat» (avant la mi-octobre) qui devra servir «exclusivement l’avenir». Pas question d’instruire un début de procès des années Sarkozy, ni d’hypothéquer les conditions d’un éventuel retour. Mais qu’importe ces précautions de langage. Pour tous à droite, le message est clair : Nicolas Sarkozy n’est plus intouchable. Et derrière l’inventaire, c’est bien sa place et son avenir dans la boutique UMP qui seront le véritable enjeu du débat.
«Nuls». A quelques mois des élections municipales et européennes, la nécessité de purger Le sujet qui hante les rangs de la droite était - question de point de vue - un mal ou un bien nécessaire. Car la paralysie actuelle de la principale force d’opposition est en grande partie liée au petit jeu de cache-cache de l’ancien chef de l’Etat. Pas une semaine ne passe depuis sa défaite sans qu’il ne s’entretienne avec des dirigeants de la droite, ne convoque à son bureau un député battu ou un ancien ministre à qui il promet un avenir radieux. Ses états d’âme, ses critiques, ses «inquiétudes pour la France» sont distillés dans les médias avec une précision d’horloger par ses fidèles. Objectif : entretenir la flamme et faire passer les autres, tous les autres, pour des incapables, des «nuls» ! Dernière confidence en date de Nicolas Sarkozy, qui en dit long sur la vanité d’un homme supportant mal son (faux) silence : «L’UMP est un parti vérolé.»
Aujourd’hui pourtant, nombre des grands malades du parti ne croient plus du tout aux potions miracles du docteur Sarkozy. Non content de leur avoir coûté 11 millions d’euros par amateurisme avec l’invalidation de son compte de campagne présidentielle, il s’est rendu au siège du parti le 8 juillet pour leur faire la morale. Toujours ce même culot, cette même arrogance.
Mais depuis l’hommage convenu, voire embarrassé, qui s’en était suivi, les langues se sont déliées. Et pas seulement celles de François Fillon qui, trois jours plus tard, mettait en garde contre les hommes providentiels et réclamait de «méditer le passé». L’effet «disque rayé», selon l’expression d’un ancien ministre, du discours sarkozyste devant son auditoire début juillet n’a séduit que les groupies inconsolables. Ce sont ces mêmes fans qui ont déboursé force euros durant l’été pour apurer la dette de leur star envers le parti.
C’est bien là le problème de Nicolas Sarkozy, dont ses anciens fidèles les plus lucides ont pris conscience : il ne rassemble guère au-delà des inconditionnels de la droite dure, emballés par la stratégie Buisson… Or, sur ce point capital de la «droitisation», la fracture est complète avec les anciens Premiers ministres (Raffarin, Juppé, Fillon), les centristes de l’UMP et bien des électeurs modérés de la droite. Mais pour des raisons tactiques et de basse politique, cette orientation - absolument stratégique pour l’UMP - n’a toujours pas été tranchée. Impensable qu’elle ne s’invite pas, elle aussi, au débat sur l’inventaire…
Arrière-pensées. En attendant que Jean-François Copé en précise les modalités et le calendrier, il produit déjà des effets collatéraux type «retour vers le futur» au moment où le gouvernement tente de projeter le pays dans la prochaine décennie. La perspective de ce débat permet aussi d’apprécier les arrière-pensées des uns et des autres. Où les facteurs générationnels et de pure opportunité politique l’emportent souvent sur les convictions.
Les «anciens» comme Fillon, davantage encore Juppé, ont bien compris qu’il leur était nécessaire d’éliminer définitivement tout retour de Nicolas Sarkozy pour jouer leur ultime chance en 2017. Les gardiens du temple (Brice Hortefeux, Nadine Morano et autres «amis de Nicolas Sarkozy») s’opposent à cet inventaire : sans leur mentor protecteur, ils seraient menacés de disparition.
Les «jeunes» de la Droite forte - Guillaume Peltier et Geoffroy Didier - souhaitent, eux, changer le logiciel idéologique de l’UMP façon Buisson. Ils ne veulent surtout pas que la génération des Le Maire, Wauquiez, NKM, Copé et autres Bertrand ne s’impose d’ici à 2017 en éradiquant Sarkozy, leur maître à penser.
Parmi les ambitieux, tout est affaire de positionnement. Bruno Le Maire, par exemple, s’est fixé comme ligne de conduite de ne jamais dire du mal de l’UMP. Il ne réclame pas ouvertement d’inventaire, mais la lecture de son ouvrage Jours de pouvoir (Gallimard) présente un remarquable état des lieux de la folie sarkozyste. Laurent Wauquiez, lui, s’est embarqué sur le créneau de la rédemption en politique. L’ancien ministre dénonce donc les «réformettes» passées et veut expier à travers l’inventaire.
Quant à Jean-François Copé - sarkozyste de circonstances depuis mai 2012 -, il compte rappeler au «collaborateur» Fillon son bilan de Premier ministre tout en cajolant le vaste socle de militants nostalgiques de l’ex-grand chef. A l’été 2013, l’UMP tourne toujours autour de son astre sarkozyste. Mais sa phase d’extinction est peut-être amorcée.

Le coût de massue de Sarkozy
DÉCOUVERT. En invalidant les comptes de campagne du candidat en 2012, le Conseil constitutionnel met l’UMP, déjà exsangue, dans le rouge.
Par Alain AUFFRAY
(Paru le 5 juillet 2013)
Et voici que se réalise le scénario catastrophe, celui auquel les dirigeants de l’UMP avaient jusqu’au bout refusé de croire. Hier, le Conseil constitutionnel a estimé que «c’est à bon droit» que la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) avait rejeté, le 19 décembre, les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy.
Prise à l’issue d’un examen exceptionnellement long et approfondi du dossier, cette décision de la haute juridiction est jugée injuste et scandaleuse par les proches de l’ancien président. «Ulcéré», Brice Hortefeux y voit l’expression d’un «acharnement de tous les instants». Selon l’ex-ministre de l’Intérieur, on veut «asphyxier» et «bâillonner» l’ancien chef de l’Etat pour l’empêcher de revenir.
Depuis quelques semaines, c’est le refrain des sarkozystes : une «immense coalition» de juges, de politiques et de journalistes se serait constituée pour empêcher le retour du grand homme. «La chasse à l’homme», titre cette semaine l’hebdo Valeurs actuelles. Hortefeux confie en outre qu’il «ne peut s’empêcher» de remarquer que cette décision, «politique à l’évidence», intervient après «la nomination par la gauche de trois nouveaux membres du Conseil constitutionnel».
Après le rejet de ses comptes de campagne, l’ancien président a annoncé à l’AFP qu’il démissionnait «immédiatement» du Conseil constitutionnel dont il est membre de droit, «afin de retrouver sa liberté de parole». Après un long tête-à-tête avec Nicolas Sarkozy, Jean-François Copé a fait, depuis le siège du parti, une déclaration grave, aux accents quasi gaulliens : «L’heure est à la mobilisation, la voix de l’UMP ne s’éteindra pas !» Le président de l’UMP a annoncé le lancement d’une «grande souscription nationale» auprès des «militants», «sympathisants» et de tous les Français qui voudront «barrer la route» à ceux qui rêvent de «voir l’espace politique français monopolisé par la gauche et par les partis extrémistes».
«Solidaire». Sauf à se résigner à une austérité mortifère, l’UMP n’a d’autre choix que de faire appel à la générosité de ses électeurs. Après la décision des sages de la rue Montpensier, le parti se voit privé du remboursement forfaitaire de 10,6 millions, la moitié des frais engagés pendant la campagne de son candidat. Pour l’entreprise UMP, financièrement exsangue, cette rentrée d’argent était vitale.
Après ses échecs électoraux, sa dotation publique est passée de 35 millions d’euros à 21 millions. Lourdement endettée, l’UMP a contracté un emprunt de 55 millions et vise le retour à l’équilibre en cinq ans. L’abondance de la décennie 2002-2012 n’est déjà plus qu’un souvenir : le premier parti de France a dû se séparer de la quasi-totalité de ses salariés en CDD, annuler ses universités d’été, installer des distributeurs de café payants, remplacer la Citroën C6 de Copé par une plus modeste C5.
François Fillon a appelé sa «famille politique» à «assumer de manière solidaire les conséquences financières» du rejet du compte de la campagne présidentielle 2012. Précision utile, puisqu’en droit, c’est à Sarkozy en personne, et non au parti, de payer les comptes invalidés. Outre les 10,6 millions qui ne seront pas remboursés à l’UMP, l’ex-candidat doit «restituer au Trésor public» une avance forfaitaire de 150 000 euros ainsi que 363 615 euros correspondant au «dépassement du plafond» des dépenses constaté par la Commission des comptes de campagne.
«Échec cinglant». L’avocat de Sarkozy, Philippe Blanchetier, a vainement souligné le caractère selon lui assez modeste du dépassement constaté, qui ne représente que 2,1% du plafond autorisé. Il espérait - ou laissait croire - que le Conseil constitutionnel pourrait se contenter d’imposer le règlement de quelques centaines de milliers d’euros, sans aller jusqu’à l’invalidation de l’ensemble des comptes de campagne. «Nous prenons acte de la décision du Conseil constitutionnel qui annule l’intégralité du compte de campagne […] pour un dépassement de 2,1%», disait hier soir Copé, soulignant combien la décision lui paraissait disproportionnée.
Le premier secrétaire du PS, Harlem Désir, a parlé hier soir d’un «échec cinglant pour Jean-François Copé». Il a rappelé que le PS avait «mis en garde l’UMP» pendant la présidentielle : «Nous avions dit qu’il y avait une absence de respect des règles […], il y a eu une débauche de moyens de la part de Nicolas Sarkozy pendant cette campagne.» Le député (PS) Jean-Marie Le Guen a, lui, qualifié de «régression incroyable» les mises en cause par la droite du Conseil constitutionnel. Ajoutant : «On n’est pas en Egypte…»

 «C’est lui le chef, et il reviendra!»
DÉJÀ VU. Alors que ses comptes de campagne viennent d'être invalidés et que certains à l'UMP sont tentés par l'inventaire, l'ancien président tente un acrobatique retour de  l'homme providentiel.
Par Alain AUFFRAY et Geoffrey LIVOLSI
(Paru le 9 juillet 2013)
«Ceci» n’était pas sa «rentrée politique». C’est par ces mots, prononcés le plus sérieusement du monde, que Nicolas Sarkozy a amorcé hier son discours devant les cadres de l’UMP. Une cérémonie surréaliste, en principe à huis clos mais dont l’ancien chef de l’Etat a lui même organisé la publicité sur son compte Twitter réactivé pour la circonstance. En fait, «ceci» était aussi peu une rentrée politique que la pipe de Magritte n’était pas une pipe.
Tout en affirmant qu’il y a «quelque chose d’indécent à parler du rendez-vous de la présidentielle alors que les Français souffrent», Sarkozy a parlé de tout, sauf de la ruine de son parti pour cause d’invalidation de ses comptes, jugés par le Conseil constitutionnel insincères et au-delà du plafond autorisé. Pas l’ombre d’une autocritique. Rien. Victime d’une décision qui porte atteinte au «pluralisme», il a soutenu que l’on peut «respecter» les institutions mais ne pas en «accepter toutes les décisions».
Les nombreux parlementaires qui l’ont vu ces derniers mois sont unanimes : l’ancien président n’a fait que répéter devant 500 personnes et dans un long monologue de quarante minutes ce qu’il leur a dit en tête à tête dans son bureau de la rue de Miromesnil. Convoquée par Jean-François Copé, cette réunion extraordinaire a réuni tous les dirigeants de la droite, y compris Alain Juppé et François Fillon. A son arrivée au siège du parti, l’ancien Premier ministre, candidat déclaré à la présidentielle de 2017, a été accueilli par des «Nicolas président» scandés par les groupies massées sur le trottoir.
«Péché». Comme toujours, Sarkozy a parlé de lui, mais aussi des affaires du monde, du progrès, des ravages du principe de précaution, de «l’idéal européen» dont la préservation lui tient tant à cœur, de la crise des «idées politiques» et l’incapacité à se défaire des «idéologies du XXe siècle», de la droite et de ses divisions «inacceptables». Dans un petit élan de sincérité, il a d’ailleurs suggéré qu’ayant lui-même «beaucoup péché en la matière» il n’a pas de leçon de morale à donner aux ambitieux qui se disputent aujourd’hui sa succession.
Mais il ne s’est pas privé, comme le rapportait un haut responsable du parti, de «passer à la sulfateuse» ses bêtes noires du moment. «Cela ne sert à rien de rabaisser les politiques», a-t-il envoyé, visant l’opération mains propres que Laurent Wauquiez appelle de ses vœux. François Fillon, sa cible préférée, a été particulièrement soigné en conclusion de son allocution. «Ça me fait plaisir de te voir ici, François !» a-t-il commencé, d’un ton doucereux, avant de lancer ses flèches contre celui qu’il désigne en privé comme un «traître» : «Il faut toujours être fier de ce qu’on a fait ensemble. Tu vois, François, moi je suis fier de ce qu’on a fait ensemble…» Dans l’assistance, les antifillonistes ont bu du petit-lait.
A part ça, donc, ce n’était «pas le moment de [sa] rentrée politique». Quand le jour viendra, «je vous préviendrai… et ce sera pour parler aux Français», a-t-il explicité. En attendant, il entend «continuer [son] chemin, avec le souci du recul, de la réflexion, de l’écoute, de la paix».
Les élus et cadres rassemblés au siège du parti, rue de Vaugirard à Paris, auront noté que Sarkozy ne prenait même plus la peine de laisser planer le doute sur son retour. D’ailleurs, comment parler de retour quand on n’est jamais parti ? Une seule question reste en suspens : celle de sa rentrée, idéalement programmée après les élections municipales, européennes et sénatoriales de 2014.
«Bateleur».«Il nous a fait comprendre qu’il reviendra. Mais pas maintenant, c’est trop tôt», se réjouissait, après la séance, la députée européenne Françoise Grossetête. L’ultrasarkozyste Guillaume Peltier, lui, ne cachait pas sa joie : «C’est lui le chef, et il reviendra, cela ne fait pas de doute.»
Cette rentrée annoncée est toutefois loin de faire l’unanimité. «Il est déterminé. Reste à savoir si tout le parti l’est autant», avançait une parlementaire. Un ancien ministre constatait qu’au-delà de son «talent de bateleur toujours intact», Sarkozy n’avait pas prouvé grand-chose : «Il nous parle du progrès, de ce que nous devons changer, mais sans rien dire de la façon de faire.» Un autre, plus sévère, estimait que «la magie Sarko» n’a pas opéré à l’occasion de cette étrange cérémonie, suspendue, hors du temps politique.

Les ardoises de la présidentielle
FACTURES. Après avoir récolté 11 millions d’euros pour son «Sarkothon», le parti est confronté à de nouvelles dettes.
Jonathan BOUCHET-PETERSEN
(Paru le 11 septembre)
Nicolas Sarkozy a la reconnaissance coûteuse. En prenant la plume pour exprimer sa gratitude aux 100000 donateurs du «Sarkothon» - qui ont permis à l’UMP de recueillir les 11 millions d’euros rendus nécessaires par l’invalidation des comptes de campagne du candidat Sarkozy lors de la dernière présidentielle -, l’ex-chef de l’Etat a laissé une nouvelle ardoise : environ 15000 euros, selon la trésorière de l’UMP, Catherine Vautrin, qui doivent couvrir les «31000 ou 32000 exemplaires papier [de la lettre] à poster». Et autant de timbres à 46 centimes.
A l’UMP, dont les caisses sont durablement vides et qui reste lestée par une dette abyssale de 44 millions d’euros, pas question de régler la note. La rue de Vaugirard souhaite que ce soit l’Association des amis de Nicolas Sarkozy, présidée par Brice Hortefeux, qui paye ces chers remerciements de «Nicolas».
Couac. Ce dossier pas encore soldé, un nouveau couac financier entre l’UMP et Nicolas Sarkozy se profilerait, selon le Canard enchaîné, qui souligne que ce n’est pas une ardoise mais trois que l’ex-chef de l’Etat a laissées à son parti après la présidentielle.
La première concerne le non-remboursement des frais de campagne, à hauteur de 10,57 millions d’euros : c’était l’objet du Sarkothon, dont le succès est repeint par les sarkolâtres en preuve d’amour quand ce n’est pas en désir de retour.
Mais d’après le Canard, les deux autres dettes (de 153 000 et 363 615 euros) sont plus problématiques. Il s’agit en effet de «pénalités» visant personnellement Nicolas Sarkozy. Celle de 153 000 euros concernant le remboursement de l’avance forfaitaire reçue par chaque prétendant officiel à l’Elysée, il n’est pas certain qu’il soit légal pour l’UMP de la payer, comme s’y est engagé Jean-François Copé.
Plafond. Plus embêtant encore pour l’ancien président, les 363 615 euros représentent une sanction à caractère personnel infligée par le Conseil constitutionnel au candidat pour s’être affranchi du plafond légal des dépenses. Et selon un ancien membre de l’institution, cité par le Canard : «En principe, personne n’a le droit de payer cette somme à sa place.» Contactée par Libération, la trésorière de l’UMP n’a pas donné suite. Au Canard enchaîné, Catherine Vautrin a avoué sa gêne et son incapacité à dire si l’UMP a le droit de régler pour Nicolas Sarkozy. Et si tel était le cas, ce dernier pourrait voir cette somme réintroduite dans son revenu fiscal imposable.
Pour les 7 500 euros qu’il a versés au Sarkothon, l’ancien locataire de l’Elysée aura au moins droit à 5 000 euros d’abattement fiscal.

Souvenirs d'une élection de folie
PSYCHODRAME. Fraude, intox, recomptages, scission et insultes... Pendant un mois, l'UMP s'est éparpillé par «petits bouts façon puzzle».
Par Laure EQUY
(Paru le 17 décembre 2012)
C’était il y a un mois pile. On attendait le nom du nouveau président de l’UMP. Certains l’espéraient même pour le journal de 20 heures… Les journalistes massés rue de Vaugirard, au siège de l’UMP, étaient loin, très loin d’imaginer les trente jours de psychodrame qui allaient suivre.
Contre toute attente, le score est extraordinairement serré. Mauvaise surprise pour les fillonistes. Il est 23 h 30, ce dimanche 18 novembre, lorsque Jean-François Copé, descendu de son bureau, se proclame gagnant. Les partisans de François Fillon sont effarés. Depuis le café où il attend les résultats, l’ex-Premier ministre prend la parole pour se targuer d’une avance sensible et refuser qu’on «vole leur victoire aux militants». Une demi-heure plus tôt, les deux camps ont déjà commencé à pointer les irrégularités et afflux suspects de procurations dans des bureaux de vote favorables à l’adversaire.
Recomptage. La grande intox peut commencer… et l’ineffable Cocoe (Commission d’organisation et de contrôle des opérations électorales) entrer en scène. Une journée de recomptage et de tractations avec les lieutenants des deux candidats, pour confirmer la victoire de Copé à 50,03% des voix. Son rival en prend douloureusement acte mais diagnostique la «fracture politique et morale» qui lézarde l’UMP.
Tout aurait dû s’arrêter là. Mais, deux jours plus tard, coup de théâtre. Alors que Copé vient de vivre son premier bureau politique de président de l’UMP, le camp Fillon fait, par hasard, cette découverte sidérante : trois fédérations ultramarines ont été oubliées dans les résultats. Une omission qui renverserait la donne. Fillon demande que sa victoire soit reconnue. Livide, Copé s’accroche. Il est président proclamé. Qui veut le contester doit saisir la commission des recours. Outrés, les parlementaires fillonistes en appellent à Alain Juppé.
Les belligérants paraissent tous deux accepter la sage médiation du fondateur de l’UMP. Mais, en réalité, ils n’envisagent pas du tout le même scénario de sortie de crise. Arc-bouté sur les statuts, Copé décide de déposer un recours contre sa propre élection, assuré qu’il est de se voir sacré une seconde fois par une commission qu’il sait à sa main. Le soir du dimanche 25 novembre, la rencontre avec Juppé est expédiée en une demi-heure. Pour Copé, l’UMP n’a pas besoin de l’autorité d’un «sage». Il qualifie de «cordial» son échange glacial avec le maire de Bordeaux.
Le lendemain, comme prévu, le député-maire de Meaux est proclamé président par la commission des recours. Dans son troisième discours de victoire, il appelle, la main sur le cœur, à «choisir le pardon plutôt que la division». Le matin même, Fillon faisait envoyer un huissier au siège de l’UMP. La fièvre n’est pas près de retomber.
Perle. Les fillonistes d’ailleurs ne tardent pas à mettre leur menace à exécution : la création d’un groupe alternatif à l’Assemblée nationale au nom fort adéquat, le Rassemblement-UMP, qui, promis juré, sera dissous dès qu’une nouvelle élection sera acceptée par le «président proclamé». Cette proposition d’un «revote» gagne du terrain.
Tandis que les députés sécessionnistes expliquent, salle des Quatre-Colonnes à l’Assemblée, qu’ils ne divorcent pas du parti mais font provisoirement «chambre à part», le bruit court d’un entretien fructueux entre Copé et Fillon, dans les murs même du Palais-Bourbon. Les deux ex-candidats semblent prêts à accepter la proposition que leur a soufflée Nicolas Sarkozy. Une perle : faire voter les militants pour savoir s’il est utile de revoter. Dans chaque camp, on applaudit la trouvaille de l’ex-président de la République qui s’agite en coulisse pour éteindre le feu. En vain.
Le soulagement est de courte durée. Les conditions posées par les uns et les autres sont, en fait, inconciliables. Devant ce nouvel échec, les non-alignés, autour de Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Le Maire, agitent tant qu’ils peuvent le drapeau blanc, lancent un appel pour la réunification du groupe UMP à l’Assemblée et un nouveau scrutin, mais personne ne veut lâcher prise. Le premier à fulminer est Sarkozy qui menace les belligérants, le 30 novembre, de les «disqualifier» s’ils ne s’entendent pas. Alors que les communications sont coupées, une nouvelle phase s’ouvre, déroutante. Fillon et Copé se voient en tête à tête. Souvent. Sans avancer d’un pouce. L’objectif est surtout de calmer le jeu pour laisser passer les trois législatives partielles.
Echéance. Les non-alignés et autres ténors du parti, qui se sont improvisés casques bleus, sont sur le point de renoncer, convaincus que Copé joue le pourrissement, quand survient l’initiative qui va débloquer la situation. L’ex-président de l’Assemblée Bernard Accoyer veut consulter les parlementaires UMP sur l’utilité d’un nouveau vote. Les copéistes redoutent cette échéance qui risque fort de les mettre en minorité. C’est notamment le cas de Jean-Pierre Raffarin, qui s’autoproclame médiateur et obtient la concession cruciale : de guerre lasse, Copé accepte un nouveau vote en septembre 2013…

UMP: Copé et Fillon ont l'accord au cou
GUEULE DE BOIS. Après une victoire serrée et contestée pour Jean-François Copé, après comptages et recomptages, le bilan de la crise pour les deux candidats à la présidence du parti, Copé et Fillon,  est calamiteux.
Par Alain AUFFRAY
(Paru le 18 décembre 2012)
Les plus péremptoires les jugent tous deux «cramés». D’autres, plus prudents, estiment que François Fillon et Jean-François Copé sont «très abîmés» et qu’ils auront fort à faire pour réparer les dégâts. Au lendemain du fragile armistice signé lundi soir entre les deux candidats à la présidence de l’UMP, la droite veut croire à une trêve de quelques mois, en attendant la reprise des hostilités. «Tout le monde a intérêt à ce qu’on ne parle pas de cette échéance», expliquait Jean-Pierre Raffarin, interrogé hier sur la nouvelle élection à la présidence de l’UMP, prévue à la fin de l’été 2013.
Peine perdue. Hier, à l’Assemblée nationale, on ne parlait pas d’autre chose. Copé peut-il gagner à la loyale ? Fillon sera-t-il candidat ? Existe-t-il un troisième homme, ou femme, capable de mettre tout le monde d’accord ? Après cinq mois d’une campagne acharnée couronnée par un mois de psychodrame, l’UMP est loin d’en avoir terminé avec ce que Valérie Pécresse décrit pudiquement comme un «apprentissage douloureux de la démocratie».

Le désastre Copé

Pour Copé, le bilan est calamiteux. A l’occasion de la bataille de l’UMP, il se voyait parti à la conquête du cœur des Français. On ne l’aime pas ? A force d’engagement sur le terrain, il allait au moins forcer le respect. D’abord celui des militants. Puis, plus largement, celui des électeurs de droite. Alors que les sondages auprès des sympathisants le mettaient plus de 20 points derrière Fillon cet été, Copé ne doutait pas que l’écart allait se resserrer.
La campagne permettrait à chacun de comparer, et donc de constater la supériorité du député de Seine-et-Marne sur celui de Paris. Car il est le meilleur, c’est l’axiome de base. Comme souvent, Copé a sous-estimé l’adversaire. Et il le paie très cher. Dans la dernière enquête BVA pour le Point, il est derrière Marine Le Pen avec seulement 16% d’opinions positives, dégringolant de 29 points auprès des sympathisants de droite.
Cette sanction de l’opinion réduit à néant son relatif succès électoral du 18 novembre. Abstraction faites des fraudes éventuelles, l’ancien secrétaire général de l’UMP a montré qu’il n’était pas loin de faire jeu égal avec l’ex-Premier ministre. Certains de ses amis en sont même à regretter qu’il ne se soit pas contenté d’une défaite à la loyale, avec près de 45% des suffrages. Cela aurait fait de lui l’homme fort du parti. Le leader incontesté de sa génération.
Sur son champ de ruines, Copé se console d’avoir sauvé l’essentiel : il reste, pour huit mois encore, le président proclamé de l’UMP. Ses amis lui font confiance : matin, midi et soir, il rappellera que c’est bien lui le chef de la droite. Il va «remonter sur son cheval» et sera «évidemment candidat à l’élection de septembre», assure son ami Marc-Philippe Daubresse. Car Copé est le meilleur, ses amis font le pari que cela finira par se voir.

La déception Fillon

Hier, ses amis ne cachaient pas leur inquiétude. L’ancien Premier ministre n’a-t-il pas signé un peu vite, lundi soir ? Tout ça pour ça ? Copé et ses amis «décomplexés» gardant le contrôle de l’appareil puis se faisant réélire en septembre 2013 ? Pour rassurer les députés de son groupe R-UMP, effarés par cette perspective, Fillon a laissé entendre qu’il pourrait, réflexion faite, être de nouveau candidat : «Je ne me défilerai pas si, en juin, ma candidature est nécessaire et utile. Nous en parlerons ensemble.»
Ainsi va François Fillon, tantôt inquiétant, tantôt rassurant. Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez, François Baroin, Xavier Bertrand, ces quadras porteurs des espoirs de la droite l’ont choisi pour deux raisons: il est la meilleure chance de succès à l’élection présidentielle de 2017 et, du haut de son autorité d’homme d’Etat, il est le seul capable de barrer la route au vorace Copé qui les condamne tous aux seconds rôles, y compris les non-alignés Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Le Maire.
Quand il est apparu, contre toute attente, que Fillon n’avait pas clairement dominé son rival, les premières déceptions ont pointé : il n’avait pas été assez pugnace au début de la campagne. Jamais il n’aurait dû accepter que Copé reste seul patron du parti pendant toute la durée du processus électoral. Déçus, les fillonistes ont ensuite été bluffés par leur leader. Scandalisé par la «fraude industrielle» dont il se dit victime, vexé de découvrir que son rival l’a roulé dans la farine, le Sarthois s’est brutalement métamorphosé en un intraitable lutteur. Copé croyait l’avoir à l’usure. Il n’a rien lâché. N’hésitant pas à faire sécession au Parlement et à brandir la menace d’une plainte en justice.
Cette posture de guerrier a toutefois été sanctionnée par l’opinion. Dans la dernière enquête de BVA, François Fillon perd 10 points auprès des sympathisants de droite. Longtemps en tête du palmarès, il est désormais dépassé par Alain Juppé et Nicolas Sarkozy.
Hier soir, sur France 2, il a indiqué qu’il ne «regrettait rien» de ce combat pour «les valeurs» et «les principes». Il veut même croire qu’en s’imposant une «refondation démocratique», ce que le PS n’a, selon lui, pas osé entreprendre, l’UMP «rend service» à la République. Sur de son avenir personnel, Fillon reste, comme toujours, énigmatique. Il parle de se consacrer «à un dialogue plus direct avec les Français». Nul ne sait comment il s’y prendra.

Guerre de tranchées à l'UMP
ANALYSE. Après l’élection abracadabrantesque de Jean-François Copé à la présidence un an plus tôt, le parti, divisé, est rattrapé par les ambitions de ses leaders.
Par Alain AUFFRAY
(Paru le 18 novembre 2013)
On ne commémore pas un jour de honte. Mais personne, à droite, ne peut oublier le cataclysme de novembre 2012. Ils seront nombreux, ce matin, à se refaire le film : Copé le soir du 18, se proclamant vainqueur d’une élection digne d’une république bananière, Fillon le lendemain, livide, parlant de «mafia» et de «fracture morale». Et le pire était à venir : le 21, les fillonistes révèlent que trois départements n’ont pas été comptabilisés. Ils se proclament à leur tour vainqueurs. L’inoubliable Cocoe, commission chargée du contrôle des opérations électorales, confirme pourtant Copé à la présidence de l’UMP. La farce amuse la France entière.
Après un mois de négociations tendues, le parti échappe in extremis à la scission. Dans ce Yalta de la droite, chacun a le sentiment d’avoir sauvé l’essentiel. Copé garde le titre de président jusqu’en novembre 2015, terme de son mandat de trois ans. Fillon a obtenu que soit gravée dans le marbre l’organisation d’une «primaire ouverte» pour la présidentielle. Consultés en juin, les militants exaspérés ont approuvé à plus de 90% cet accord de sortie de crise.
Microparti. C’est ainsi que la droite s’est installée dans un paysage inédit. Pour la première fois de son histoire récente, une demi-douzaine de candidats potentiels peuvent prétendre au leadership. Chacun a son think tank ou son microparti pour financer son activité.
Pour l’écrivain-député Bruno Le Maire, portraitiste à succès de sa famille politique, trois dénouements peuvent être envisagés. Si le pays s’enfonce toujours plus dans une inextricable crise sociale et politique, l’UMP devra se résoudre au «scénario du recours» et donc au retour du retraité Sarkozy. Mais dans un contexte plus apaisé, il n’est pas impossible que d’autres leaders soient capables d’éveiller, à droite, un peu d’espoir et d’adhésion.
Dès lors, selon Le Maire, les sympathisants auront le choix entre «le chemin de l’expérience et celui du renouvellement». Le premier se jouerait entre les deux ex-Premiers ministres, Juppé et Fillon ; le second entre les quadragénaires qui se bousculent au portillon. Bruno Le Maire, bien sûr, ainsi que Xavier Bertrand. Ils sont déjà en campagne. Et il y a aussi Laurent Wauquiez et Nathalie Kosciusko-Morizet.
On oublierait presque Copé l’entêté. L’Elysée ? Il y pense toujours, persuadé qu’après l’avoir tant détesté, les Français finiront bien, un jour, par le trouver aimable. En dehors de lui et Sarkozy, tous les prétendants se sont convertis à l’idée d’une primaire ouverte.
Autorité. Appliquée par le PS en 2011, cette procédure était en débat, à droite, depuis plus de vingt ans. Pourtant, si le principe est acquis, la mise en œuvre reste incertaine. Au top des sondages, Alain Juppé suggère que le choix du candidat soit avancé au début 2016. Cela permettrait, selon lui, d’abréger la féroce compétition ouverte depuis la défaite de 2012. Fillon est sceptique. Bruno Le Maire et Xavier Bertrand soutiennent que la primaire doit être programmée à l’automne 2016, pour lancer la dynamique de 2017.
La décision finale n’appartient, en principe, ni aux uns ni aux autres. Les nouveaux statuts de l’UMP prévoient l’installation d’une haute autorité indépendante. Présidée par une personnalité non encartée, elle est seule maîtresse de l’organisation et du calendrier. Mais à ce jour, cette autorité censée faire oublier l’inénarrable Cocoe n’a toujours pas été constituée. Pas plus que le nouveau bureau politique. Fillon et Copé ont, semble-t-il, quelques difficultés à se mettre d’accord sur la composition de ces instances.

Le bal des prétendants
CATALOGUE. Un an et demi après la défaite de Nicolas Sarkozy, l'UMP regorge de candidats au leadership et surtout à la présidentielle de 2017. Même si la perspective de plus en plus probable d'une primaire ouverte ne réjouit pas tout le monde.
Par Alain AUFFRAY
(Paru le 18 novembre 2013)

Copé l'entêté

Le chef, c’est lui. Qu’importe si la plupart des leaders de la droite ne lui reconnaissent aucune autorité, Jean-François Copé ne rate pas une occasion de s’affirmer comme le président de l’UMP. Il l’est juridiquement. Pas politiquement.
Demain, il profitera de la réunion annuelle de l’Association des maires de France pour réunir au siège parisien du parti un maximum de maires de droite. Il en espère près de 400, qu’il promet de soutenir dans leur combat contre la réforme des rythmes scolaires. Puis, le 18 décembre, il a bon espoir d’associer tout le gratin de l’UMP à un «séminaire» censé définir «les grandes lignes d’un projet d’alternance».
Ainsi va Copé, pas découragé par son impopularité chronique. Il y voit un mal nécessaire. Le prix à payer pour le pouvoir suprême. Chirac et Sarkozy ne sont-ils pas passés par là ? Copé s’obstine. Il gagnera parce que la politique récompense, croit-il, ceux qui savent chasser en meute, sans jamais lâcher les petits camarades.
C’est cette logique clanique qui l’a conduit à soutenir, à la stupéfaction de tous ses ex-compagnons du RPR, la candidature du petit frère de Michèle Tabarot contre la liste du maire de Cannes sortant, un chiraquien. Tabarot a soutenu Copé dans sa guerre contre Fillon. Sa famille mérite d’en être récompensée.

Fillon le roué

Bien sûr, sa confuse improvisation de septembre sur le sectarisme des candidats du FN et du PS a fait des dégâts. «Il y a, c’est vrai, moins d’allégresse dans les rangs», reconnaît un filloniste. Mais, selon lui, «le noyau dur a tenu» et aucune défection majeure ne serait à déplorer, à l’exception de celle de Christian Estrosi.
Dans l’entourage du député de Paris, les optimistes trouvent des leçons positives à tirer de «l’accident industriel» qui l’a fait dévisser dans les sondages: «Il était au tapis, il s’est relevé.» L’orgueilleux ex-Premier ministre aurait tiré profit de cette «leçon d’humilité». Un proche se réjouit de le voir engagé dans un «travail sur lui-même», redécouvrant les joies simples du militantisme. Après Matignon, il trouverait de l’intérêt dans de modestes débats avec quelques dizaines de sympathisants.
Il a confié l’organisation de son association, Force républicaine, à l’ancien directeur de campagne de Jacques Chirac, Patrick Stefanini. A Sarkozy et aux apôtres d’une «petite alternance», il prétend opposer «le courage du changement radical». Ses détracteurs ironisent sur l’ambition de cet «éternel second». Fillon renvoie à son modèle, Pompidou, pour défendre l’idée que l’on peut devenir numéro 1 sans nécessairement y avoir pensé dès l’adolescence… comme les Chirac et autre Sarkozy.

Juppé le miraculé

Il affiche une sérénité à toute épreuve. Philosophe sur cette vie politique qui réserve décidément tant de surprises. «En politique, on n’est jamais fini : regardez-moi», lâche-t-il d’un ton badin. Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, vient de battre le record d’impopularité qu’il avait établi il y a près de vingt ans et le maire de Bordeaux se fait un plaisir de rappeler ce jeune député socialiste, François Hollande, qui l’accusa jadis «d’incarner physiquement l’impôt».
Officiellement, il s’interdit de parler d’autre chose que de Bordeaux et de sa campagne municipale. Mais ceux qui ont pu recueillir quelques confidences sont persuadés qu’il ne laissera pas passer sa chance si elle se présente. L’Elysée ? Il en rêve. Mais pas à n’importe quel prix. «Jamais il n’ira contre Sarkozy. Parce qu’il sait de quoi il est capable. Juppé a trop pris de coups. Il ne veut plus souffrir», assure un député UMP.
Tout indique, en revanche, qu’il ne s’interdirait pas de défier François Fillon. D’autant que dans cette hypothèse, il devrait pouvoir compter sur le soutien de Nicolas Sarkozy, bien décidé à faire battre celui qui a osé le défier. Alain Juppé aura 72 ans en 2017. «Pas nécessairement un handicap», lui disent ses partisans, car les Français auront besoin de se rassurer avec une figure paternelle. Il veut bien se laisser convaincre, mais pose tout de même quelques limites : «Sage d’accord, mais pas vieux sage !»

Bertrand le rusé

Tout se passe, assure-t-il, «exactement» comme il le souhaite. Il est «archi-challenger», passe «sous les écrans radars» des observateurs et cela lui va «très bien». Candidat déclaré à la primaire pour la présidentielle de 2017, Xavier Bertrand a fondé sa petite «boutique», la Manufacture, censée préparer un projet et financer ses pérégrinations dans la France profonde.
Face à la cohorte des énarques, le petit assureur de province se prétend le mieux placé : qui d’autre pourrait prétendre incarner le «p» comme «populaire» de l’UMP ?
Il travaille discrètement et tient les médias à l’écart, ce qui n’est pas dans ses habitudes. «L’opposition, c’est comme la première année de fac. Tu n’es pas obligé, mais si tu ne bosses pas, ça finit par se voir», explique-t-il.
Pour se distinguer, il cultive quelques propositions originales. Il veut remplacer le quinquennat par un septennat non renouvelable. A l’inverse de la plupart de ses concurrents, il prétend que le renforcement du couple franco-allemand n’est plus la solution. Se pense-t-il vraiment mieux placé que François Fillon ou Nicolas Sarkozy pour l’emporter en 2017 ? «J’ai ce sentiment, oui», répond-il sans hésiter, comme pour faire monter les enchères. Dans la compétition qui s’engage à droite, il se voit, à l’évidence, dans un rôle de troisième homme. Celui qu’a joué Arnaud Montebourg en 2011 dans la primaire socialiste.

Sarkozy l'enchanté

A-t-on jamais vu campagne plus confortable ? A grand renfort de confidences soi-disant «privées» à ses innombrables visiteurs, il a pris soin de faire savoir à la terre entière qu’il voulait être candidat en 2017. Cela posé, il n’a plus rien à faire. La machine promotionnelle tourne seule, à plein régime.
Le 5 novembre, 1,5 million de téléspectateurs ont regardé, en prime time, Campagne intime, film bienveillant tourné par la témoin de mariage du couple Sarkozy-Bruni et vendu par la chaîne D8 comme un «documentaire» sur la touchante intimité de l’ancien chef de l’Etat. Depuis le début du mois, les électeurs sont abreuvés de comptes rendus attendris des apparitions de «Carla et Nicolas». Elle, sur scène, chante à la gloire de son «Raymond». Lui, dans la salle, reçoit les ovations du public.
Le tour de chant «Nicolas revient» trace un chemin très politique, dans les fiefs des bons amis de l’ancien président. Après Courbevoie et Longjumeau en région parisienne, le couple passera mercredi à Troyes, dans l’Aube. Cela fera des images : Sarkozy, radieux, au côté du maire de la ville, François Baroin. «Son futur Premier ministre», dira-t-on.
Dix ans plus tard, Nicolas Sarkozy retrouve l’engouement médiatique qui l’a porté dans sa conquête du pouvoir. «C’est la ronde des médias: léché, lâché, lynché… puis de nouveau léché», constate, pour s’en désoler, un élu copéiste.

La méthode Copé
RENCONTRE. Malgré une image désastreuse et une légitimité douteuse, le patron de l’UMP, toujours plein d’aplomb, s’imagine très bien à l’Elysée.
Par Alain AUFFRAY
(Paru le 8 octobre 2013)
«Maintenant, j’ai le temps», souffle Jean-François Copé. Il s’enfonce, soulagé, dans son grand fauteuil de cuir blanc. Un an après le féroce psychodrame qui l’avait laissé en lambeaux, le voilà président pour de vrai, derrière son bureau de la rue de Vaugirard, entouré de collaborateurs dévoués, au 7e étage de l’immeuble de l’UMP. Toujours contesté, certes, par ceux qui n’oublient pas les conditions de son élection du 18 novembre. Mais le temps passe. Et l’obstination du patron de l’UMP, accroché à son titre comme la bernique à son rocher, commence à payer. Non pas dans les sondages qui confirment, semaine après semaine, son impopularité, mais dans les instances du parti où ses nombreux détracteurs, de guerre lasse, le laissent jouer son rôle.
Le vent tourne, Jean-François Copé n’en démord pas. «Quand je vois ce que j’ai enduré, ces torrents de boue… J’espère qu’on voudra bien me rendre justice», lâche-t-il. Copé persécuté, Copé martyrisé ? Il ne prend pas la peine de préciser à quelles injustices il pense. Aux images largement diffusées de son séjour dans la piscine du sulfureux entremetteur Ziad Takkiedine ? Au procès en populisme islamophobe après sa parabole du pain au chocolat ? Aux accusations de tricherie dans l’élection à la présidence de l’UMP ? «Il a l’étiquette "tricheur" collée au front et il n’est pas près de s’en débarrasser», jure un ancien ministre.
Voyez comme je suis sympathique ! Dans un entretien avec le psychanalyste Jacques-Alain Miller publié au début de l’année par le Point, Copé se décrivait comme revenant d’un «long voyage» et même d’un «parcours initiatique» : «Les épreuves se sont succédé, avec de belles rencontres, mais aussi des moments de tension très durs. Et je suis revenu plus fort de ce voyage. J’ai appris à remettre les péripéties en perspective, à voir plus loin que les bouillonnements de l’actualité.» Quand il parle de lui-même, il ne craint ni les grands mots ni les superlatifs.
«Les Français veulent me voir souffrir», disait Nicolas Sarkozy. Copé reprend à son compte cette formule mégalomaniaque. Avec une assurance hors du commun, il explique que c’est justement parce qu’il a toutes les qualités du leader que tant d’épreuves lui sont imposées. Son histoire est une épopée douloureuse et glorieuse qui finit nécessairement, tôt ou tard, au palais de l’Elysée. L’acharnement de ceux qui veulent le détruire serait, en somme, la mesure de sa puissance. Y croit-il vraiment ? Ou met-il en œuvre, avec professionnalisme, le storytelling préparé avec les experts qui l’entourent ? Difficile de répondre. Cette communication hypercontrôlée ne laisse rien paraître de ses états d’âme.
Mais ces sondages désespérément mauvais ? En septembre, selon l’institut BVA, il était le plus mal noté des responsables de droite, très loin derrière Alain Juppé, François Baroin et François Fillon. Pire : en février, une étude réalisée par Harris pour VSD lui avait valu le titre de «personnalité politique la plus agaçante» de l’année 2012, avec 81% des suffrages. Il faut beaucoup de temps pour corriger une image aussi désastreuse, assurent les spécialistes. Mais cela ne décourage pas Copé. «Les Français me testent», explique-t-il. Son impopularité tenace, il la met sur le compte de la «méconnaissance» : «Ma relation avec les Français commence seulement maintenant à se construire. Ils se demandent comment je suis dans les crises. Je suis au début d’une nouvelle étape de mon parcours initiatique.»
Tout va s’arranger, il en veut pour preuve les sondages qui enregistrent un énorme écart entre l’opinion des militants et celle des sympathisants. Les premiers le connaissent et lui font confiance, les seconds sont sévères parce qu’ils ne le connaissent pas encore. Voyez comme je suis sympathique ! semblait leur dire l’élu mal aimé sur la grande photo que publiait Paris Match en février : on le découvrait dans la cuisine familiale, prenant le thé avec sa souriante épouse, Nadia, qui l’accompagne dans presque tous ses déplacements.
Cette impopularité n’est-elle pas le prix à payer pour celui qui prétend au pouvoir suprême ? Avant d’y accéder, Sarkozy et Chirac ne sont-ils pas passés, eux aussi, par des périodes de basses eaux dans les sondages ? Les copéistes fondent leurs espoirs sur ce scénario qu’ils croient immuable : d’abord s’assurer du soutien du noyau dur des militants et ensuite, seulement, partir «à la conquête du cœur des Français». Pour ce jeune loup chiraquien, la spectaculaire remontée de son mentor face à un Balladur réputé imbattable reste une référence absolue. Ce qui fait dire à certains de ses anciens conseillers que le député et maire de Meaux est «un archaïque» aux fausses allures d’homme moderne. «Il fonctionne sur des logiciels du siècle passé», dit un ancien ministre.
«Moi, je rassemble» Au bureau politique du 18 septembre, ce fut une sorte de consécration : «Je voudrais remercier Jean-François d’avoir à nouveau protégé l’unité de l’UMP hier», a déclaré le président du Conseil national de l’UMP, Jean-Pierre Raffarin, l’arbitre des élégances. La veille, les principaux dirigeants de l’UMP avaient approuvé à l’unanimité une déclaration commune pour en finir avec la cacophonie sur les consignes de votes en cas de duels PS-FN. «Finalement, on a un chef, on a un président, on est organisé. Le problème, c’est qu’on a trop de sous-chefs», avait conclu Raffarin sous les applaudissements reconnaissants des copéistes.
Un mois plus tôt, un tel adoubement aurait déclenché une cascade de sarcasmes chez les cadres de l’UMP. Mais cette fois, personne ne s’est risqué à ironiser. Entre-temps, François Fillon avait rendu un inestimable service à son rival : avec son tortueux argumentaire sur le sectarisme comparé des candidats du PS et du FN, l’ancien Premier ministre avait profondément troublé ceux qui voient en lui une autorité politique et morale. Dans ce contexte, Copé faisait presque figure de repère.
Depuis plusieurs semaines, il s’applique à ne plus rien laisser voir de la morgue et l’agressivité qui lui ont attiré tant de détestation. Très méthodiquement - selon son habitude -, le député et maire de Meaux joue son nouveau rôle de composition. Le voilà rassembleur, consensuel et tolérant. Fillon dérape en Russie en critiquant la diplomatie française devant son «cher Vladimir» ? Copé refuse de livrer le moindre «commentaire public», même s’il laisse dire par son entourage que tout cela n’est «pas conforme à l’idée qu’il se fait de la parole de la France à l’étranger».
«Moi, je rassemble», répète-t-il obstinément. Il revient avec délice sur le petit-déjeuner à huis clos des principaux leaders de la droite, le mardi 17 septembre : «J’avais autour de moi 30 barons de l’UMP. Je leur ai dit : on ne sort pas de cette pièce tant qu’on n’a pas réaffirmé le ni-ni [ni PS ni FN, avait posé Sarkozy lors des cantonales en 2011, ndlr]. Personne n’a donné raison à Fillon», triomphe-t-il.
Depuis ce «mardi structurant», Copé croit voir son leadership «s’installer naturellement» au sommet du parti. Il estime que les militants, eux, l’ont définitivement légitimé par leur vote du 30 juin : «Ils ont été 92% à souhaiter que je reste président de l’UMP jusqu’à la fin de mon mandat.» Il imagine déjà ses futurs biographes soulignant le caractère «historique» de ce succès.
Les fillonistes en font une tout autre lecture. Les adhérents de l’UMP n’auraient fait que valider le principe d’une primaire pour choisir le candidat de la droite à la présidentielle. Le soir de ce vote, Fillon se félicitait que le parti soit «désormais remis sur des rails démocratiques solides», même si «le report de l’élection pour la présidence de l’UMP n’efface pas le passé».
Quoi qu’il en dise, le leadership de Copé est très loin de «s’installer» chez des barons du parti. A l’exception de Luc Chatel et du fidèle Raffarin, ex-Premier ministre dont il fut le porte-parole pendant plus de trois ans, aucun poids lourd de la droite ne soutient le président de l’UMP. Les uns sont à leur compte (Bruno Le Maire, Laurent Wauquiez et Xavier Bertrand), les autres restent très majoritairement fidèles à Fillon.
Copé assure que ce relatif isolement ne l’inquiète pas. Si tant d’anciens ministres le combattent, c’est tout simplement parce qu’ils sont «jaloux». «Je peux les comprendre», ajoute Copé, magnanime. En attendant, il se dit «très fier» d’avoir le soutien de Christian Jacob, Michèle Tabarot, Nadine Morano ou encore Brice Hortefeux, feignant d’oublier que les deux derniers se consacrent exclusivement à la préparation du retour de Nicolas Sarkozy.
«Loyal, pas vassal» Jean-François Copé, lui, ne fera rien pour favoriser ce scénario. Certes, il a proclamé à longueur de meeting qu’il serait «aux côtés» de l’ancien chef de l’Etat s’il décidait de revenir. Mais c’était pour gagner le vote des militants. Aujourd’hui, il se dit «loyal, pas vassal» et il n’a pas l’intention de passer les deux ans qui viennent à chauffer les salles sur le thème du «retour» de l’homme providentiel. Nicolas Sarkozy l’a bien compris. C’est pourquoi il ne le ménage guère. Dans ses confidences à ses visiteurs, il ne le distingue pas des «nuls» et des «connards» qui peuplent la droite française.
«Oui, je me prépare», confirme Copé. En se proposant de procéder à l’«évaluation» du sarkozysme, il a fait comprendre qu’il se voyait, lui aussi, dans la course pour 2017. Il rappelle d’ailleurs qu’il est le premier à s’y être lancé dès 2006, avec son think tank Génération France, qu’il s’amuse de voir «copié et pillé». Il se dit que ses talents d’organisateur feront la différence, surtout face à Fillon : «Moi, depuis mon stage en préfecture pour l’ENA, je dis que la clé de tout, c’est l’organisation. On ne fait rien de grand si on ne vérifie pas qu’il y a de l’essence dans les voitures.»
Lors de sa grande rentrée télévisée, demain, sur le plateau de l’émission Des paroles et des actes, sur France 2, le maire de Meaux a prévu de présenter le livre qu’il écrit sur la bataille de la Marne, une «victoire surprise» arrachée par le maréchal Joffre, autre grand organisateur. Jean-François Copé veut faire de ce texte une illustration de son «engagement personnel sur le devoir de mémoire». Il s’interroge sur ce qu’il appelle «le sursaut Français» : «Pourquoi tient-on en 14 ? Pourquoi capitule-t-on en 40 ?» Dans son grand fauteuil de président de l’UMP, il évoque juin 1940 : «De Gaulle d’un côté, Laval de l’autre, Reynaud au milieu… On a un peu ça, aussi, le mardi matin, au petit-déjeuner du comité politique de l’UMP», sourit l’incorrigible. On devine sans peine le rôle qu’il se voit jouer.

Sarkozy-Fillon, le choc de deux ambitions
FACE A FACE. Entre l’ex-président libéré de l’affaire Bettencourt et son Premier ministre, la rivalité s’exacerbe. Point d’étape.
Par Alain AUFFRAY
(Paru le 9 octobre 2013)
Le choc. Sur le tarmac cabossé de la droite française, deux ambitions se télescopent en pleine phase de décollage. Comme s’il craignait de ne pas être entendu, François Fillon répète, de plus en plus fort, son absolue détermination à proposer aux électeurs un projet de vraie rupture pour la prochaine présidentielle.

Innombrables. De son côté, Nicolas Sarkozy, innocenté dans l’affaire Bettencourt, vient de voir tomber un obstacle important sur le chemin de son retour. Aux innombrables visiteurs qui défilent dans son bureau de la rue de Miromesnil, il ne cache plus rien de sa volonté de revenir sur la scène politique. Dix-huit mois après sa défaite face à François Hollande, la démonstration n’est-elle pas faite qu’aucun leader de l’UMP n’est capable de s’imposer ? Il est donc le meilleur, l’unique, et «le traître» Fillon sera balayé.

«Sommes-nous devenus fous?», s’interroge sur son blog Alain Juppé, effaré par les «chicaïas internes» et les «rivalités de personnes» qui menacent, selon lui, «la survie de l’UMP». Pour de nombreux responsables du parti, il ne fait guère de doute que le maire de Bordeaux sera volontaire pour mettre tout le monde d’accord au lendemain des élections municipales.

Fillon, lui, semble imperméable à toutes les consignes de prudence, au risque d’effrayer ses amis qui sont, pour la plupart, d’un naturel assez pacifique. Après avoir expliqué au début de l’été que tous les prétendants au leadership étaient «au même niveau» et qu’aucun ne pouvait s’autoproclamer «homme providentiel», l’ancien Premier ministre a annoncé dans le Journal du dimanche qu’il allait sans doute devoir «casser un peu de vaisselle» pour changer son image, trop lisse à son goût.

«Bras d’honneur». Il passe à l’acte aujourd’hui, avec des confidences off à Valeurs actuelles, le très sarkozyste hebdomadaire de la droite extrême. «Je crois que je suis mieux placé que Nicolas Sarkozy pour l’emporter en 2017», confie Fillon, qui s’étonne même que l’ancien président envisage de se présenter : «Quand on perd une élection, il est impossible de dire qu’on a fait une bonne campagne […]. On est obligé de se remettre en cause, sinon, c’est un bras d’honneur aux Français.»
Comme il le faisait déjà quand il était à Matignon, l’ex-Premier ministre insiste sur sa différence : «Pour moi, la vie politique, ce n’est pas un spectacle. Un homme politique n’est pas une star.» C’est pourtant bien lui, ces derniers jours, qui fait le spectacle.

La droite à l’école buissonienne
CONTAGION. De l'anecdote du «pain au chocolat» de Copé aux propos de Fillon attribuant davantage de «sectarisme» au PS qu'au FN, l'influence de Patrick Buisson, l’ancien conseiller maurrassien de Sarkozy, continue d’irriguer l’UMP.
Par Alain AUFFRAY et Nathalie RAULIN
(Paru le 17 Septembre 2013)
Face au FN, on n’a pas tout essayé. Telle est la conviction de François Fillon, hanté comme bien d’autres avant lui par la question qui taraude la droite depuis plus de trente ans : comment ramener au bercail les électeurs qui s’égarent à l’extrême droite ? Au-delà de la tempête déclenchée par la sortie de l’ancien Premier ministre sur ces élus FN qui seraient parfois «moins sectaires que des socialistes», on assiste depuis l’automne 2012 à une droitisation de ceux qui, à l’UMP, nourrissent des prétentions présidentielles.
La radicalité du discours prononcé par Nicolas Sarkozy à Grenoble en 2010 a manifestement contribué à désinhiber des leaders conservateurs, jusque-là attentifs à ne pas mordre la ligne qui sépare les républicains des autres. Bien sûr, certains, comme Alain Juppé, prennent leurs distances face à l’emballement des mots. Mais Jean-Pierre Raffarin et ses amis «humanistes» paraissent désormais bien seuls avec leurs critiques de la dernière campagne de Nicolas Sarkozy.
A l’automne 2012, lors du congrès de l’UMP, le score que s’était arrogé la motion de la Droite forte, son courant le plus dur, avait déjà montré que nombre de militants approuvaient la dérive droitière. Contre le communautarisme et l’assistanat, pour les frontières et l’ordre moral : les combats chers à Patrick Buisson, ex-conseiller néo-maurassien de Sarkozy, sont, un an plus tard, plus que jamais à l’ordre du jour.
Chacun à leur manière, les leaders de l’UMP musclent donc leur discours. «Voyez comme je suis de droite !» disent-ils en substance. A l’attention des sympathisants du FN sans doute, mais aussi, et désormais surtout, des électeurs de la droite traditionnelle, déboussolés par les guerres intestines au sein de leur parti et ulcérés par les lois et projets de l’actuel gouvernement, entre mariage homo, politique fiscale et réforme pénale. En quête de marqueurs de droite incontestables pour leur électorat, les responsables de l’UMP semblent avoir engagé un véritable concours Lépine de la proposition la plus réac dans les domaines prisés par un électorat réputé vieillissant, catholique et libéral.
L’inventaire ? Plus tard… C’est d’abord vrai de la logique sécuritaire, thématique récurrente du FN. Dans le plus pur style de l’extrême droite, certains à l’UMP pratiquent désormais couramment l’amalgame entre sécurité et immigration, ou même, le cas échéant, entre sécurité et islam.
En octobre 2012, en campagne pour prendre la tête de l’UMP, Jean-François Copé avait ouvert ce dangereux bal en disant «comprendre l’exaspération de certains de nos compatriotes, pères ou mères de famille, rentrant du travail le soir et apprenant que leur fils s’est fait arracher son pain au chocolat à la sortie du collège par des voyous qui lui expliquent qu’on ne mange pas pendant le ramadan».
L’inspiration buissonienne du chantre de la «droite décomplexée» avait alors fait s’étrangler jusqu’à François Fillon. Mais un an plus tard, les racines gaullistes sociales de ce dernier semblent à leur tour se racornir. Ainsi, parmi ses 35 propositions dévoilées en juillet, on trouve pêle-mêle l’extension des peines planchers, la remise en question du droit du sol, la mise en place de quotas de migrants, et une limitation de l’accès aux prestations sociales pour les migrants légaux présents depuis plusieurs années sur le territoire…
L’inventaire du sarkozysme ? Ce sera pour une autre fois. Et puisque la stratégie chiraquienne du cordon sanitaire et du front républicain n’a pas freiné la progression du FN, puisque le «ni FN ni PS» sarkozyste n’a pas fait de miracle en 2012, il va falloir trouver autre chose. Pour Eric Woerth, l’un des soutiens de François Fillon, l’objectif est «de convaincre les électeurs qu’il n’y a pas d’UMPS», un slogan frontiste qui a «fait trop de ravages».
Alors tout le monde cherche : François Fillon comme Jean-François Copé, Bruno Le Maire comme Laurent Wauquiez ou Xavier Bertrand. Nicolas Sarkozy, lui, a déjà trouvé. La seule solution à ses yeux, c’est son retour, qui s’imposera naturellement quand aura été démontré qu’il est le seul capable d’empêcher un deuxième tour Le Pen-Hollande en 2017…
Même des personnalités plus modérées comme Nathalie Kosciusko-Morizet, pourtant auteure en 2011 du Front antinational, n’échappent pas à la dérive. Hier, la candidate UMP à la mairie de Paris a fait de la sécurité «le premier sujet» de sa campagne, proposant de doubler le nombre de caméras de vidéosurveillance, de créer une police de quartier et de rétablir les «arrêtés anti-mendicité agressive».
Mais c’est encore bien peu de choses au regard des sorties de ceux qui étalent leur cousinage. Comme le maire de Nice, Christian Estrosi : s’élevant le 7 juillet contre l’occupation illégale de terrains par des gens du voyage, il avait promis de «mater» les «délinquants» qui installent leurs caravanes sans autorisation. Et proposé de fournir à tous les maires de France son «mode d’emploi» pour combattre la présence d’itinérants - celle-là même que, quelques jours plus tôt, Jean-Marie Le Pen avait qualifiée d’«urticante» et «odorante». L’excès avait fait sortir de ses gonds le socialiste Eduardo Rihan-Cypel, qui avait accusé le maire de Nice d’«appeler carrément à des pogroms». «On a l’impression d’avoir un milicien et non pas un élu de la République qui s’exprime», s’était-il insurgé.
Disciples. De l’idéologie infusée par Patrick Buisson au cœur de la droite française, on peut enfin citer la contestation de l’administration et de l’Etat providence. Et partant, de son cortège «d’assistés». Les leaders de la Droite forte, Guillaume Peltier et Geoffroy Didier, disciples buissoniens revendiqués, en avaient fait un point saillant de leur motion de l’automne 2012, affirmant la nécessité de «lutter contre les fraudeurs et l’assistanat qui abîment la solidarité nationale». Depuis, les relais n’ont pas manqué. Ce sont les ex-ministres Bruno Le Maire et Laurent Wauquiez qui dénoncent une inspection du travail tatillonne. Ou François Fillon qui prône la suspension des prestations sociales pendant un an pour les fraudeurs. Quitte à s’aligner sur Jean-François Copé…

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