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Ce que veut vraiment Bruxelles

C'est à croire que la Commission de Bruxelles a pris en charge la campagne électorale des
souverainistes pour les élections européennes de juin prochain. Comme dit Philippe de
Villiers, « Prodi et ses commissaires sont mes meilleurs directeurs de campagne ».

Ces messieurs ne cessent de donner des arguments aux détracteurs du super Etat fédéral
européen. Ce furent d'abord les projets Fischler sur la pêche et l'agriculture. En septembre,
Mario Monti, commissaire à la concurrence, prit le relais en tirant une salve d'oukases contre
le gouvernement français tentant de défendre notre tissu industriel (affaires Alstom, Pechiney,
EDF).

En octobre, ce fut au tour de Pedro Solbes, commissaire aux affaires économiques, qui lança
force fatwas contre les gouvernements français et allemand pour infraction au pacte de
stabilité. Il est vrai que les Etats y avaient souscrit par traité mais, lorsque le Conseil des
ministres Ecofin du 25 octobre assouplit ces engagements, M. Solbes, qui se croit ou se sait
supérieur aux Etats démocratiques, parvint à convaincre son collège de traîner les Etats devant
la Cour de justice des Communautés européennes. Ahurissant spectacle : imagine-t-on le
collège des directeurs d'un ministère assigner leur gouvernement en justice ?

L'apogée fut le sommet de Bruxelles en décembre qui, annoncé comme historique, préparé un
an et demi par une grande Convention présidée par M. Giscard d'Estaing en personne et suivi
par une conférence intergouvernementale, n'accoucha, en fait de "Constitution européenne",
d'à peu près rien.

Ces pantalonnades cachent hélas de bien sérieuses intentions, la dissolution des Etats-Nations,
de la démocratie et finalement de la civilisation européenne, comme il est revenu au président
de la Commission de Bruxelles, Romano Prodi, d'en faire la démonstration, voici quelques
jours, lors d'un étonnant voyage en Turquie. Il y annonça que la Commission était satisfaite
des « progrès impressionnants » accomplis par la Turquie et se montrait disposée à « accueillir
à bras ouverts un pays qui accroîtrait, à ses yeux, le poids politique de l'Union européenne
grâce à sa position géopolitique ».

Président d'une assemblée de fonctionnaires, M. Prodi n'a pas le droit de tenir de tels propos,
l'élargissement relevant des Etats membres. Certes, la plupart de ceux-ci y sont favorables (et
même, selon un sondage publié par le Figaro Magazine du 17 janvier, 50 % des Français…),
de sorte que l'entrée de la Turquie peut être tenue pour acquise.

Mais l'empressement de M. Prodi en dit bien davantage. Il dit l'obsession de la Commission


de substituer aux vieux peuples européens, dotés chacun de sa civilisation et de sa politique,
un nouveau peuple obtenu par le grand mélange universel des races et des religions. Seule
maîtresse des flux migratoires depuis le 1er janvier dernier, au terme du traité d'Amsterdam de
1997, la Commission montre déjà par mille signes sa volonté de favoriser l'immigration extra-
européenne. Celle de faire rentrer la Turquie s'inscrit dans la même stratégie.

Car, en dépit des apparences, les deux problèmes majeurs de la France, d'une part la dilution
de sa politique dans l'Europe, d'autre part la dilution de sa civilisation par le
multiculturalisme, sont les deux faces d'une même offensive dont l'affaire du voile n'est qu'un
épiphénomène.
La position de la Commission en faveur de la Turquie révèle que la prétendue construction
européenne poursuivra jusqu'au bout un objectif précis : diluer les vieux Etats-Nations, leurs
civilisations et leurs origines chrétiennes, qui furent pendant des siècles l'humus et la grandeur
de l'Europe.

Paul-Marie Coûteaux, Député européen (EDD).

Source : Site de PM Couteaux.