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La mondialisation du 15e au début du 20e s ou comment les Européens et le capitalisme se sont imposés par la violence au reste de la planète

Lire aussi : Eric Toussaint, "La globalisation de Christophe Colomb et Vasco de Gama à aujourd’hui", 6 février 2008, www.cadtm.org/La-globalisation-de-Christophe

Vasco de Gama à aujourd’hui", 6 février 2008, www.cadtm.org/La-globalisation-de-Christophe Éric Toussaint - .org

Éric Toussaint -

.org

En 1500, des niveaux de vie comparables

Quand les puissances d’Europe occidentale se lancent à la conquête du reste du monde à la fin du 15e siècle, le niveau de vie et le degré de développement des Européens n’étaient pas supérieurs à d’autres grandes régions du monde.

La Chine devançait incontestablement l’Europe occidentale en bien des points : conditions de vie des habitants, niveau scientifique, travaux publics, qualité des techniques agricoles et manufacturières.

L'Inde était plus ou moins à égalité avec l’Europe notamment du point de vue des conditions de vie de ses habitants et de la qualité de ses produits manufacturés (ses textiles et son fer étaient de meilleure qualité que les produits européens).

La civilisation inca dans les Andes en Amérique du Sud et celle des Aztèques au Mexique étaient également très avancées et florissantes.

Nota Bene: Il faut être très prudent quand il s’agit de définir des critères de développement et éviter de se limiter au calcul du produit intérieur brut par habitant.

Les grandes “découvertes” selon les Européens

Les grandes “découvertes” selon les Européens Le vol de l’Histoire Comment l’Europe a imposé le récit

Le vol de l’Histoire

Comment l’Europe a imposé le récit de son passé au reste du monde

Jack Goody

Gallimard, Paris, 2010

Le début de la mondialisation/globalisation remonte aux conséquences du premier voyage de Christophe Colomb qui l’a amené en octobre 1492 à débarquer sur les rivages d’une île de la mer Caraïbe.

C’est le point de départ d’une intervention brutale et sanglante des puissances maritimes européennes dans l’histoire des peuples des Amériques, une région du monde qui, jusque là, était restée à l’écart de relations régulières avec l’Europe, l’Afrique et l’Asie.

Les conquistadors espagnols et leurs homologues portugais, britanniques, français, hollandais1 ont conquis l’ensemble de ce qu’ils ont convenu d’appeler les Amériques2 en provoquant la mort de la grande majorité de la population indigène afin d’exploiter au maximum les ressources naturelles (notamment l’or et l’argent)3. Simultanément, les puissances européennes sont parties à la conquête de l’Asie. Plus tard, elles ont complété leur domination par l’Australasie et enfin l’Afrique.

1 Il faut y ajouter les Danois qui firent quelques conquêtes en mer Caraïbe sans oublier, au nord, le Groenland (« découvert » plusieurs siècles avant). Pour mémoire, les Norvégiens avaient atteint le Groenland et le « Canada » bien avant le 15e siècle. Voir notamment le voyage de Leif Ericsson au début du 11e s. aux « Amériques » (où il se déplaça du Labrador vers l’extrémité septentrionale de Terre–Neuve), où s’établit une brève colonisation, longtemps oubliée, à l’Anse aux Meadows.

2 Le nom Amérique fait référence à Amerigo Vespucci, navigateur italien au service de la couronne espagnole. Les peuples indigènes des Andes (Quechuas, Aymaras, etc.) appellent leur continent Abya-Yala.

3 Parmi les ressources naturelles, il convient d’inclure les ressources biologiques nouvelles

emportées par les Européens vers leurs pays, diffusées ensuite dans le reste de leurs conquêtes et puis au-delà. Il s’agit notamment du maïs, de la pomme de terre, des patates douces, du

manioc, des piments, des tomates, des arachides, des ananas, du cacao et du tabac.

Les 4 voyages de Christophe Colomb

Les 4 voyages de Christophe Colomb

À la fin du 15e siècle et au cours du 16e siècle, le commerce commence à emprunter d’autres routes. Au moment où le Génois Christophe Colomb, au service de la couronne espagnole, ouvre la route maritime vers les « Amériques »1 par l’Atlantique en prenant la direction de l’ouest, Vasco de Gama, le navigateur portugais cingle vers l’Inde en empruntant aussi l’océan Atlantique mais en faisant cap vers le sud. Il longe les côtes occidentales de l’Afrique, du nord au sud, pour ensuite prendre la direction de l’est après avoir croisé le Cap de Bonne Espérance au sud de l’Afrique2. La violence, la coercition et le vol sont au centre des méthodes employées par Christophe Colomb et Vasco de Gama afin de servir les intérêts des têtes couronnées d’Espagne et du Portugal.

1 Officiellement Christophe Colomb cherchait à rejoindre l’Asie (notamment l’Inde) en prenant la direction de l’Ouest mais on sait qu’il espérait trouver des terres nouvelles inconnues des Européens.

2 À partir du 16e siècle, l’utilisation de l’océan Atlantique pour se rendre d’Europe en

Asie et aux Amériques allait marginaliser la Méditerranée pendant quatre siècles jusqu’à la percée du Canal de Suez. Alors que les principaux ports européens se trouvaient en Méditerranée jusqu’à la fin du 15e siècle (Venise et Gênes notamment), les ports européens ouverts sur l’océan Atlantique allaient progressivement prendre le dessus (Anvers, Londres, Amsterdam).

Le voyage de Vasco de Gama vers l’Inde

Le voyage de Vasco de Gama vers l’Inde

Après un premier voyage vers l’Inde réalisé avec succès en 1497-1499, Vasco de Gama est envoyé une nouvelle fois en mission par la couronne portugaise vers ce pays, avec une flotte de vingt navires.

Il quitte Lisbonne en février 1502. Quinze bateaux doivent effectuer le voyage de retour et cinq (sous le commandement de l’oncle de Gama) doivent rester derrière pour protéger les bases portugaises en Inde et bloquer les bateaux quittant l’Inde pour la mer Rouge afin de couper le commerce entre ces deux régions.

De Gama double le Cap en juin et fait escale en Afrique de l’Est à Sofala pour acheter de l’or1. À Kilwa, il force le souverain local à accepter de payer un tribut annuel de perles et d’or et il cingle vers l’Inde. Il attend au large de Cannanora (à 70 km au nord de Calicut -aujourd’hui Kozhikode) les navires arabes au retour de la mer Rouge. Il s’empare d’un bateau qui rentre de la Mecque avec des pèlerins et une cargaison de valeur. Une partie de la cargaison est saisie et le bateau incendié. La plupart de ses passagers et de son équipage périssent.

1 Dans les villes côtières de l’Afrique de l’Est s’affairaient des marchands — Arabes, Indiens du Gujarat et de Malabar (= Kerala) et Perses — qui importaient des soieries et des cotonnades, des épices et de la porcelaine de Chine, et exportaient du coton, du bois d’oeuvre et de l’or. On y côtoyait aussi des pilotes de métier qui connaissaient bien les conditions de la mousson dans la mer Arabe et dans l’océan Indien.

Les 7 grandes expéditions maritimes chinoises au 15e siècle

Les Européens n’étaient pas les seuls à faire de longs voyages et à découvrir de nouvelles routes maritimes mais, manifestement, ils étaient les plus agressifs et les plus conquérants.

Plusieurs dizaines d’années avant Vasco de Gama, entre 1405 et 1433, sept expéditions chinoises prennent la direction de l’Ouest et visitent notamment l’Indonésie, le Vietnam, la Malaisie, l’Inde, le Sri Lanka, la Péninsule arabique (le détroit d’Ormuz et la mer Rouge), les côtes orientales de l’Afrique (notamment Mogadiscio et Malindi).

Les 7 grandes expéditions maritimes chinoises au 15e siècle (suite)

Sous le règne de l’empereur Yongle, la marine Ming « comptait approximativement 3800 navires au total, dont 1350 patrouilleurs et 1350 navires de combat rattachés aux postes de garde ou aux bases insulaires, une flotte principale de 400 gros navires de guerre stationnés près de Nankin et 400 navires de charge pour le transport des céréales. Il y avait en outre plus de 250 navires–trésor à grand rayon d’action »1. Ils étaient cinq fois plus gros que n’importe lequel des navires de De Gama, avec 120 mètres de long et près de 50 mètres de large. Les gros navires avaient au moins 15 compartiments étanches, de sorte qu’un bâtiment endommagé ne coulait pas et pouvait être réparé en mer.

1 Needham, 1971, p. 484

Les 7 grandes expéditions maritimes chinoises au 15e siècle (suite)

Les 7 grandes expéditions maritimes chinoises au 15e siècle (suite)

Les 7 grandes expéditions maritimes chinoises au 15e siècle (suite)

- La première expédition (1405 - 1407) compta 62 vaisseaux et 27 800 officiers et hommes

d'équipage. Elle dut intervenir dans une affaire de succession au trône au célèbre royaume

javanais de Majapahit, ainsi qu'à Palembang à Sumatra pour régler un conflit entre le pouvoir autochtone et la colonie chinoise locale.

- Dans la deuxième expédition (1407 - 1409), Zheng He fit dresser des stèles proclamant la vassalité des royaumes de Calicut, Cochin et Ceylan à l'Empire Ming.

- Dans la quatrième expédition (1413 - 1415), les troupes de Zheng He durent encore

intervenir dans des affaires intérieures de Sumatra. De là, une partie de sa flotte gagna directement la côte est de l'Afrique vers la Somalie actuelle, après quelque 6000 km de

voyage sans escale. Une mission fut ensuite détachée à la Mecque et en Égypte. À son retour en 1415, elle ramenait des envoyés de plus de trente États du sud et du sud-est asiatiques, venus rendre hommage à l'empereur.

- La cinquième expédition (1417 - 1420) fut la plus longue de toutes et gagna le Golfe Persique, Ormuz et l'Afrique.

- La sixième expédition (1421 - 1422) ramena chez eux les envoyés étrangers encore stationnés en Chine.

- La septième expédition, sans doute la plus éblouissante, emporta quelques 27 500 marins vers l'Arabie.

source : http://www.chine-informations.com/guide/expeditions-ming-de-amiral-zheng-he_1933.html

La supériorité technique chinoise

1- des instruments de navigation comme la boussole et le compas ;

2- l'utilisation de plusieurs mâts dès le IIIe siècle (l'Europe attendit le XVe pour les adopter) ;

3- le bateau à aubes mille ans encore avant l'Europe ; et

4- l’une des missions avait emmené avec elle 180 membres de la profession médicale. Par contraste, lors du premier voyage de Vasco de Gama vers l’Inde, son équipage se composait de 160 hommes environ, dont des artilleurs, des musiciens et trois interprètes arabes.

On peut se poser la question

Quel aurait été le monde à partir du 16e siècle, si les Chinois avaient continué leurs expéditions et avaient adopté les méthodes brutales des Européens avec un objectif de conquète, de colonisation et de pillage des autres parties du monde ?

Le commerce intra asiatique avant l’irruption des puissances européennes

En 1500, la population de l’Asie était cinq fois plus importante que celle de l’Europe occidentale. La population indienne à elle seule représentait le double de la population de l’Europe occidentale. La région représentait donc un très vaste marché avec un réseau de négociants asiatiques opérant entre l’Afrique orientale et les Indes, et entre les Indes orientales et l’Indonésie. À l’est du détroit de Malacca, le commerce était dominé par la Chine.

Les négociants asiatiques connaissaient bien la direction saisonnière des vents et les problèmes de navigation dans l’océan Indien. Les navigateurs expérimentés étaient nombreux dans la région, ils avaient à leur disposition un ensemble d’études scientifiques sur l’astronomie et la navigation. Leurs instruments de navigation n’avaient pas grand chose à envier aux instruments portugais.

Le commerce intra asiatique avant l’irruption des puissances européennes

De l’Afrique orientale à Malacca (dans le mince détroit séparant Sumatra de la Malaisie), le commerce asiatique était réalisé par des communautés de marchands qui menaient leurs activités sans navires armés ni ingérence marquée des gouvernements. Les choses changèrent radicalement avec les méthodes employées par les Portugais, les Hollandais, les Anglais et les Français au service de leur État et des marchands. Les expéditions maritimes lancées par les puissances européennes vers différentes parties de l’Asie augmentèrent considérablement comme le montre le tableau ci-dessous (tiré de Maddison, 2001). Il indique clairement que le Portugal était sans aucun doute possible la puissance européenne dominante en Asie au cours du 16e siècle. Il a été remplacé au siècle suivant par les Hollandais, lesquels sont restés dominants au cours du 18e siècle, les Anglais occupant la seconde position.

Nombre de navires envoyés en Asie par sept pays européens, 1500–1800

 

1500–1599

1600–1700

1701–1800

Portugal

705

371

196

Pays–Bas

65*

1 770

2 950

Angleterre

811

1 865

France

155

1 300

 

54

350

Autres pays Total

770

3 161

6 661

* années 1590.

Sources : Portugal 1500–1800, données tirées de Magalhâes Godinho dans Bruijn et Gaastra (1993), pp. 7 et 17 ; autres données tirées de Bruijn et Gaastra (1993), pp. 178 et 183. Les « autres pays » désignent les bateaux des compagnies de commerce danoises et suédoises et de la compagnie d’Ostende.

Certes, l’histoire qui a précédé le 15e siècle de l’ère chrétienne a été marquée à de nombreuses occasions par des conquêtes, des dominations et la barbarie, mais celles-ci ne concernaient pas encore toute la planète. Ce qui est frappant au cours des cinq derniers siècles, c’est que les puissances européennes sont parties à la conquête du monde entier et, en trois siècles, ont fini par mettre en relation de manière brutale (presque) tous les peuples de la planète. En même temps, la logique capitaliste a finalement réussi à dominer tous les autres modes de production (sans nécessairement les éliminer entièrement).

Comparaison entre l'évolution de la population

d'Europe (y compris la Russie)

et des Amériques entre 1450 et 1800 (en millions)

 

1450

1680

1800

Europe

55

100

187

Les Amériques*

60 à 80

10

25

*dont une proportion importante d'esclaves et de colons européens Calculs d'Éric Toussaint sur la base de F. Braudel, 1979

Autre estimation de l’évolution de la population de l’Europe occidentale et de celle de l’Amérique latine entre 1500 et 1820 (en millions)

 

1500

1600

1700

1820

Europe

57

74

81

133

Amérique latine

18

8*

12*

21*

* Ces chiffres comprennent les indigènes des Amériques, les colons européens et les esclaves amenés de force d’Afrique. Réalisé par Éric Toussaint sur la base de Angus Maddison, 2001

Cette deuxième estimation est produite par Angus Maddison qui minimise certainement la population native des Amériques au moment de l’arrivée des Européens

Traite des esclaves

Entre 1500 et 1870, 11 millions d’esclaves furent importés aux Amériques à partir de l’Afrique, dont :

4,6 millions par les négriers portugais; 2,6 millions par les Anglais; 1,6 millions par les Espagnols et 1,2 par les Français.

Source: Catherine Coquery-Vidrovitch, Petite histoire de l’Afrique, Edit. La Découverte, 2011 p. 126

Cargaisons d’esclaves à travers l’Atlantique entre 1701–1800

Angleterre Portugal France Pays-Bas Amérique du Nord Danemark Autres pays Total :

2 532 000 1 796 000 1 180 000 351 000 194 000 74 000 5 000 6 132 000 (Six millions cent trente deux mille)

Source : Lovejoy (1982), p. 483 in Angus Maddison

Traite des esclaves (suite)

Abolition du commerce des esclaves par la Grande-Bretagne en 1807 tandis que l’esclavage comme tel est resté légal dans l’empire britannique jusqu’en 1834. En réalité, le commerce des esclaves africains s’accroît dans la première moitié du 19e siècle. Abolition de l’esclavage: 1833 (Grande-Bretagne), 1848 (France); 1865 (États-Unis), 1886 (Cuba espagnol) et 1888 (Brésil).

Traite des esclaves (suite)

Entre 1801 et (au moins) 1866 2,6 millions d’esclaves ont été importés aux Amériques, principalement au Brésil.

Effets de la traite des esclaves sur l’Afrique

Vastes mouvements migratoires, les chefs africains ne vendaient pas leurs propres sujets mais leurs prises de guerre. La chasse aux esclaves provoquée par la demande européenne provoqua des guerres et généralisa l’économie de prédation, le tout avec les armes de traite importées massivement (notamment de Liège en particulier en 19e s.).

NB: Rwanda: zone refuge au coeur du continent.

Angus Maddison de l’OCDE :

« Si Paul Bairoch a raison, une grande partie du retard du tiers monde doit être attribuée à l’exploitation coloniale, et une bonne partie de l’avantage de l’Europe ne peut plus s’expliquer par son avance scientifique, des siècles de lente accumulation et la solidité de son organisation et de ses finances ».

Les explications

Angus Maddison (OCDE) essaye de démontrer que l’Europe occidentale ne doit pas sa suprématie après le 16e siècle au recours à la force. Pour cela, il essaye de démontrer que l’Europe occidentale avait rattrapé les pays les plus avancés d’Asie à la fin du 15e siècle avant de se lancer à la conquête militaire du reste du monde.

L'historien britannique Trevor-Roper dans son livre, The Rise of Christian Europe (1965)

“ Les nouveaux dirigeants du monde, quels qu'ils soient, hériteront d'une position qui a été construite par l'Europe, et par l'Europe seule. Ce sont les techniques européennes, les modèles européens, les idées européennes qui ont tiré le monde non européen hors de son passé - l'ont arraché à la barbarie, en Afrique, l'ont arraché à une civilisation bien plus ancienne, lente et majestueuse, en Asie. Et si l'histoire du monde a eu une quelconque influence, au cours des cinq derniers siècles, c'est dans la mesure où elle est européenne. Je ne crois pas que nous ayons à nous excuser d'aborder l'histoire d'un point de vue eurocentrique. ”

Discours du Président français, Nicolas

Sarkozy, prononcé à Dakar le 26 juillet 2007

“ Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne mais l’homme reste immobile au milieu d’un ordre immuable ou tout semble être écrit d’avance. Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin. Le problème de l’Afrique, et permettez à un ami de l’Afrique de le dire, il est là. Le défi de l’Afrique, c’est d’entrer davantage dans l’histoire. C’est de puiser en elle l’énergie, la force, l’envie, la volonté d’écouter et d’épouser sa propre histoire. ”

Source: http://www.afrik.com/article12199.html

Karl Marx : “ La découverte des contrées aurifères et argentifères de l’Amérique, la réduction des indigènes en esclavage, leur enfouissement dans les mines ou leur extermination, les commencements de conquête et de pillage aux Indes orientales, la transformation de l’Afrique en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires, voilà les procédés idylliques d’accumulation primitive qui signalent l’ère capitaliste à son aurore”.

Source: Karl Marx, 1867, Livre 1 du Capital, chapitre 31, édition de La Pléiade, Paris

Selon K. Marx, “ les différentes méthodes d’accumulation primitive que l’ère capitaliste fait éclore se partagent d’abord, par ordre plus ou moins chronologique, entre le Portugal, l’Espagne, la Hollande, la France et l’Angleterre, jusqu’à ce que celle-ci les combine toutes, au dernier tiers du XVIIe siècle, dans un ensemble systématique, embrassant à la fois le régime colonial, le crédit public, la finance moderne et le système protectionniste ”.

Des transformations décisives en Europe occidentale du 17 au début du 19e s.

Le mouvement d’enclosure en Angleterre. La création d’un prolétariat manufacturier puis industriel. L’extension de la révolution industrielle dans la première moitié du 19e s.

Entre le XVIe et la fin du XIXe siècle

se constitue progressivement une économie mondiale hiérarchisée où les différentes parties de la planète sont mises en relation de manière brutale par la vague d’expansion de l’Europe occidentale.

Ce processus a non seulement impliqué le pillage de peuples entiers par les puissances coloniales

d’Europe mais il a aussi entraîné la destruction progressive de civilisations avancées qui, sans cela, auraient pu suivre leur propre évolution dans un cadre pluriel sans nécessairement passer par le capitalisme. Les civilisations inca, aztèque, indienne (Inde),

africaines

détruites.

ont été totalement ou partiellement

Pour expliquer la suprématie de l’Europe, les partisans du capitalisme occidental affirment que les découvertes scientifiques, les améliorations techniques et le développement des marchés ont été décisives.

F. Braudel démontre que plusieurs grandes découvertes et améliorations techniques existaient bien avant qu’elles ne soient concrètement utilisées. De plus, Braudel comme de nombreux autres scientifiques, ont prouvé que la Chine disposait, par rapport à l’Europe, d’avantages techniques considérables. C’était aussi le cas de l’Inde, bien que dans une moindre mesure.

Dans le progrès technologique anglais, la concurrence des textiles indiens a joué un rôle très important. Celle-ci était telle que le gouvernement anglais a interdit l’entrée des cotons indiens en Grande-Bretagne, sauf pour leur réexportation. « Dans ces conditions, c’est peut-être moins la pression de la demande anglaise que la concurrence des bas prix indiens, comme l’avance K. N. Chaudhuri, qui a aiguillonné l’invention anglaise, d’ailleurs significativement dans le domaine du coton, non pas dans l’industrie nationale de grande consommation et de forte demande qu’étaient la laine et même le lin. La mécanisation ne touchera la laine que beaucoup plus tard ». (Braudel, p. 713)

Les textiles en coton produits en Inde étaient d’une qualité inégalée au niveau mondial. Les Britanniques ont essayé de copier les techniques indiennes de production et de produire chez eux des cotonnades de qualité comparable, mais le résultat a été pendant longtemps médiocre. Sous la pression notamment des propriétaires de manufactures textiles britanniques, le gouvernement de Londres a interdit l’exportation des cotonnades indiennes vers les territoires membres de l’empire britannique. Londres a également interdit à la Compagnie des Indes orientales de faire le commerce des cotonnades indiennes, en dehors de l’Empire. Ainsi la Grande-Bretagne a tenté de fermer tous les débouchés possibles pour les textiles indiens. Ce n’est que grâce à ces mesures que l’industrie britannique du coton a pu devenir véritablement rentable.

F. Braudel

Le coton fut travaillé en Europe dès le XIIe siècle. Au XVIIe siècle arrivent d’Inde de superbes cotonnades imprimées de beaux coloris alors que la qualité de la production européenne était médiocre. (p. 718) « La révolution du coton, en Angleterre puis, très vite, à l’échelle européenne, fut en fait une imitation d’abord, puis une revanche, le rattrapage de l’industrie indienne puis son dépassement » (p. 718). Il s’agissait de faire aussi bien et moins cher. « Moins cher, ce n’était possible qu’avec la machine, seule capable de concurrencer l’artisan indien ». (p. 718)

Selon Bayly, il est faux d’affirmer que l’Inde stagnait dès le début du 19e siècle. Celle-ci était très active jusqu'en 1820-1830. Idem pour la Chine jusqu’à la guerre de l’opium de 1839-

1842 (p.101).

Au 17e siècle, la productivité de l’agriculture était plus élevée en Inde et en Chine qu’en

Europe (p. 104).

Alors, qu’est-ce qui a avantagé l’Europe et l’Amérique du Nord dans leur développement ?

Selon Bayly, ce n’est pas l’incapacité intrinsèque et/ou le déclin des sociétés d’Asie et d’Afrique qui expliquent la victoire de l’Europe ; c’est l’irruption brutale et la domination guerrière réalisées par les Européens qui ont bloqué le développement des autres.

Le Japon

Le Japon, qui a réussi à se protéger, a connu lui-même un développement capitaliste comme les Européens tout en ayant un siècle de retard par rapport au développement et à l’agressivité des Européens.

Outre le pillage, la conquête territoriale, la surexploitation des peuples conquis, l’implantation de colonies d’expatriés, d’autres mécanismes de transferts de richesses de la Périphérie vers le Centre ont joué un rôle important :

1. L’échange inégal

2. Le libre échange imposé aux pays dominés combiné au protectionnisme des pays dominants

3. La dette publique

L’échange inégal

Les capitaux placés dans le commerce extérieur peuvent procurer un taux de profit plus élevé, parce qu’ils concurrencent des marchandises que les autres pays ne produisent pas avec les mêmes facilités, en sorte que le pays le plus avancé vend ses marchandises au-dessus de leur valeur, bien que meilleur marché que les pays concurrents. (…) La même situation peut se présenter à l’égard d’un pays dont on importe et vers lequel on exporte des marchandises. Ce pays peut fournir en nature plus de travail matérialisé qu’il n’en reçoit et recevoir cependant les marchandises à meilleur compte qu’il ne pourrait les produire lui-même.

Karl Marx, Livre III, p. 1021

Le libre échange imposé aux faibles, combiné au protectionnisme des pays riches

« Il ne fait aucun doute que le libéralisme économique imposé au Tiers Monde au 19e siècle est un des principaux éléments d’explication du retard pris par le processus d’industrialisation »

Paul Bairoch, p. 79

La dette publique

“ Le système de crédit public, c’est-à-dire des dettes publiques, dont Venise et Gênes avaient, au Moyen Age, posé les premiers jalons, envahit l’Europe

définitivement pendant l’époque manufacturière. (

)

La dette publique, en d’autres termes, l’aliénation de l'État, qu’il soit despotique, constitutionnel ou républicain, marque de son empreinte l’ère

La dette publique opère comme un

des agents les plus énergiques de l’accumulation

Avec les dettes publiques naquit un

capitaliste. (

)

primitive. (

)

système de crédit international qui cache souvent une des sources de l’accumulation primitive chez tel ou tel peuple”.

Karl Marx, Livre 1 du Capital

L’exemple de l'Égypte au 19e s.

L'Égypte, bien qu’encore sous tutelle ottomane, entame au cours de la première moitié du XIXe siècle un vaste effort de modernisation. George Corm résume l’enjeu de la manière suivante :

« C’est évidemment en Égypte que Mohammed Ali fera l’œuvre la plus marquante en créant des manufactures d'État, jetant ainsi les bases d’un capitalisme d'État qui ne manque pas de rappeler l’expérience japonaise du Meiji » . Cet effort d’industrialisation de l'Égypte s’accomplit tout au long de la première moitié du XIXe siècle sans recours à l’endettement extérieur ; ce sont les ressources internes qui sont mobilisées. À partir de la seconde moitié du siècle, l'Égypte adopte, sous la pression de la Grande-Bretagne, le libre-échange et démantèle des monopoles d'État.

Source: Georges Corm. 1982. « L’endettement des pays en voie de développement : origine et mécanisme » in Sanchez Arnau, J.-C. coord. 1982. Dette et développement (mécanismes et conséquences de l’endettement du Tiers-monde), Éditions PUBLISUD, Paris, p.39.

L’Égypte dans le piège de la dette au

19e s (suite)

C’est, d’après George Corm, le début de la fin. L’ère des dettes égyptiennes commence (1854) : la modernisation de l'Égypte sera abandonnée aux puissances occidentales, aux banquiers européens et aux entrepreneurs peu scrupuleux. Vingt-cinq ans plus tard (vers 1880), la souveraineté égyptienne est aliénée et en 1882, l'Égypte est occupée par l’Angleterre.

L’Égypte dans le piège de la dette et du libre-échange au 19e s (suite)

La guerre de sécession en Amérique du Nord fit monter très fortement le cours mondial du coton car les États sudistes étaient empêchés d’exporter celui-ci par un blocus naval appliqué par les nordistes. Les revenus d’exportation de l'Égypte productrice de coton, explosèrent. Cela amena le gouvernement d’Ismaïl Pacha à accepter de plus en plus de prêts des banques (britanniques e.a.). Lorsque la guerre de sécession prit fin, les exportations sudistes reprirent et le cours du coton s’effondra, ce qui provoqua la crise de la dette égyptienne. L'Égypte tomba directement sous la coupe de la Grande-Bretagne qui se présenta comme la puissance protectrice des créanciers.

L’Égypte dans le piège de la dette et du libre-échange au 19e s (suite)

La crise de la dette a frappé l’Égypte comme de nombreuses nations endettées aux quatre coins de la planète. En 1876, année où l’Égypte entre en état de cessation de paiements, la dette égyptienne atteignait 68,5 millions de livres sterling (contre 3 millions en 1863). Les dettes extérieures avaient été multipliées par 23 alors que les revenus augmentaient de 5 fois seulement. Le service de la dette absorbait deux tiers des revenus de l’État et 50 % des revenus d’exportation.

L’Égypte dans le piège de la dette au

19e s (suite)

À la suite de la cessation de paiement de 1876, les créanciers imposèrent une commission de la dette publique qui exerça de fait une tutelle étrangère sur l’économie et les finances égyptiennes. En 1882, la Grande-Bretagne prenait le contrôle du pays. Rosa Luxembourg conclut : « L’économie égyptienne a été engloutie dans une très large mesure par le capital européen. D’immenses étendues de terres, des forces de travail considérables et une masse de produits transférés à l'État sous forme d’impôts ont été finalement transformés en capital européen et accumulés » .

Rosa Luxembourg, 1913, Vol. II, p. 104.

L’utilisation de la dette extérieure comme arme de domination

L’utilisation de la dette extérieure comme arme de domination a joué un rôle fondamental dans la politique des principales puissances capitalistes à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle à l’égard de quelques puissances de second ordre qui auraient pu prétendre accéder au rôle de puissances capitalistes. L’empire russe, l’empire ottoman, la plupart des pays d’Amérique latine et la Chine ont fait appel aux capitaux internationaux pour accentuer leur développement capitaliste. Ces États se sont fortement endettés sous forme d’émission de bons publics d’emprunt sur les marchés financiers des principales puissances industrielles.

L’utilisation de la dette extérieure comme arme de domination (suite)

Dans le cas de l’empire ottoman, de l'Égypte, de la Chine, de l’Argentine (et d’autres pays latino- américains), les difficultés rencontrées pour rembourser les dettes contractées les ont mis progressivement sous tutelle étrangère. Des caisses de la dette sont créées, gérées par des fonctionnaires européens. Ces derniers ont la haute main sur les ressources de l'État afin que celui-ci remplisse ses engagements internationaux. La perte de leur souveraineté financière conduit l’empire ottoman, la Chine et l’Argentine à négocier le remboursement de leurs dettes contre des concessions d’installations portuaires, des lignes de chemin de fer ou des enclaves commerciales.

L’Égypte constitue un des exemples de tentatives au 19e siècle de développement économique partiellement autonome qui a été avorté.

Autre exemple : le Paraguay du début du 19e s. jusqu’en 1865

La Chine

L’endettement

La guerre de l’opium: les Britanniques ont déclaré, avec le soutien des États-Unis, la guerre à la Chine en 1832-1842 puis en 1855-1860 afin de forcer les autorités chinoises à ne pas interdire les importations d’opium en provenance de l’Inde britannique (tout cela au nom du libre-échange).

Selon Pomeranz, si l’Europe a « gagné » la course, ce n’est pas parce qu’elle avait une économie de marché

K. Pomeranz affirme que la Chine était au 18e siècle une économie plus proche d’une économie de marché que l’Europe (idem pour le Japon avec un bémol). K. Pomeranz analyse la question de la terre, puis celle du travail (y compris le droit de migrer et de s’établir), enfin le droit d’ouvrir un commerce ou une industrie. Ce que veut montrer Pomeranz, c’est que si l’Europe a « gagné » la course, ce n’est pas parce qu’elle avait une économie de marché.

K. Pomeranz explique que l’Europe occidentale a eu comme avantage sur la Chine et le Japon, un accès aux ressources d’outremer dû à la colonisation. Ce n’était pas le seul facteur mais celui-ci a joué un rôle important. Si l’Europe occidentale n’avait pas eu un tel accès, dit Pomeranz, son développement aurait été moins différent de celui de la Chine et du Japon. La localisation des mines de charbon a également joué un rôle clé. Avant 1800, le monde n’était pas dominé par l’Europe :

on avait un monde multipolaire, sans un centre dominant.

Selon Bayly, alors que dans la première moitié du 19e siècle, les écarts entre l’Europe et les États-Unis, d’une part, et l’Asie et l ‘Afrique, d’autre part, n’étaient pas énormes, à partir de 1851-1865 (en fait, la fin de la guerre de sécession), les jeux étaient faits. L’Europe occidentale et les États-Unis étaient en position de domination totale (il faudrait ajouter le Japon). Au cours des années 1850 et 1860, les Européens avaient massacré des populations locales en Inde (les Cipayes), dans la Caraïbe (contre les révolte d’esclaves), en Afrique du Sud (contre les Zoulous et les Xhosas) ; les États-Unis contre les Indiens des prairies et dans le Pacifique. Les Britanniques avaient fait la guerre aux Chinois pour renforcer le commerce de l’opium. L’écart allait atteindre son point culminant entre 1860 et

1900.

Bayly souligne le rôle des technologies militaires et navales, de l’industrie militaire, la suprématie britannique au niveau de l’armement pour imposer ses visées coloniales et impérialistes.

K. Pomeranz explique que la tendance dominante des années 1990 et 2000, est de faire remonter la supériorité européenne à une période lointaine y compris avant le 15e siècle.

Conquêtes coloniales au dernier quart du 19e siècle

La France en 1878 renforce sa domination sur l’Afrique de l’Ouest + l’Ouest du Soudan. Les Britanniques en 1882 :

invasion de l'Égypte, ils contrôlent le Nil + l’Afrique du Sud + l’Afrique de l’Est. Les Japonais, les Britanniques et les États-Unis (séparément) ont planifié de conquérir la Chine mais selon Bayly, leur rivalité les empêchait de mener à bien ce projet. La Russie se renforce en Asie centrale. Léopold II prend le Congo. L’Allemagne prend le Tanganyka, Burundi/Rwanda et Nouvelle-Guinée. Les Britanniques renforcent leur emprise sur le Golfe Persique, l’Afghanistan (qu’ils échouent à conquérir), le Tibet, le nord de la Birmanie et la Malaisie.

Résistance des régimes locaux

Bayly montre (p. 421 et 427) qu’en Égypte, au Soudan (p. 438), en Abyssinie, en Algérie, en Tunisie, en Afrique de l’Ouest (Mali, p. 427), les régimes locaux s’étaient fortement réformés et centralisés avant la domination coloniale « définitive », qu’elle soit britannique ou française. Bref, ces deux puissances ont eu à combattre des États centralisés pour s’imposer. Cela va à l’encontre de l’idée selon laquelle ils arrivèrent dans des régions où l'État était déliquescent et incapable d’organiser une résistance. Le chef algérien Abd El Kader organisa une armée moderne de 5000 soldats pour résister à l'État français et il opposa une longue résistance.

Des nouveautés au 19e siècle

S’ajoutent deux nouveaux acteurs dans le concert des puissances impérialistes : les États-Unis et le Japon (il faudra analyser la place particulière de l’empire russe qui est aussi une puissance européenne ; on pourrait le ranger d’emblée dans les puissances européennes conquérantes dès les 16 et 17e siècles, l’expansion russe se poursuivant jusqu’au 19e siècle. Bayly va dans le même sens). L’Afrique et la partie de l’Asie du Sud et du Sud-Est qui n’étaient pas encore colonisées, tombent sous la coupe des Européens (parmi lesquels de nouvelles puissances européennes comme l’Allemagne, la Belgique…) L’Amérique latine acquiert l’indépendance face aux puissances européennes déclinantes que sont l’Espagne et le Portugal mais rentre dans l’orbite de la Grande-Bretagne et des États-Unis.

Des nouveautés au 19e siècle (suite)

La révolution industrielle se traduit par :

a. le développement d’infrastructures et de moyens de

communication tels le chemin de fer, le télégraphe, l’électricité ;

b. le développement d’un prolétariat industriel à l’échelle

planétaire. De grandes entreprises privées construisent des empires économiques internationaux (et remplacent les anciennes Compagnies des Indes qu’elles soient anglaises, françaises ou hollandaises qui étaient des entreprises mixtes – public/privé – soutenues par des États et bénéficiant de monopoles). L’imposition du libre commerce par la Grande-Bretagne (+ la France), première puissance mondiale, à la Chine, à l’Empire ottoman, à l’Amérique latine. L’endettement des États que l’on voulait soumettre.

La propriété privée comme droit fondamental

Au niveau de l’idéologie, les libéraux affirment comme un

dogme que la propriété privée est un des droits fondamentaux de la personne, voire le plus fondamental. Les colonisateurs s’en sont servis pour affirmer que les peuples, chez qui la propriété privée n’existait pas ou était moins développée ou sacrée qu’en Europe civilisée, étaient barbares. Ils ont décrété que les êtres et les richesses

(terres, ressources naturelles,

usage, étaient des « terres n’appartenant à personne » (terra nullius), et ils les ont accaparées. Les colons australiens utilisèrent cet argument contre les aborigènes, les Yankees contre les Indiens d’Amérique du Nord, Léopold II contre les Congolais, les colons du Tsar contre les peuples chasseurs-cueilleurs de Sibérie.

)

dont ces peuples faisaient

La phase impérialiste

Fin du XIX - début du XXe siècle, trois pôles se hissent à la tête des nations de ce monde : le vieux continent européen avec à sa tête la Grande- Bretagne, les États-Unis (ex-colonies britanniques jusqu'à la fin du XVIIIe siècle) et le Japon. Ils forment le “ Centre ” par opposition à la “ Périphérie ” qu’ils dominent. À l’époque impérialiste, le développement de la Périphérie est déterminé par l’exportation de capitaux des pays impérialistes vers les pays de la périphérie (colonies ou pays indépendants). Cette exportation de capitaux vise à créer des entreprises répondant aux intérêts de la bourgeoisie des métropoles impérialistes.

Ce qui produit le « sous-développement »

Ce qui produit le « sous-développement », c’est un ensemble complexe de conditions économiques et sociales qui, bien qu’elles favorisent l’accumulation du capital-argent, rendent néanmoins, aux yeux des acteurs locaux, l’accumulation du capital industriel moins rentable et plus incertaine que d’autres champs d’investissement ou que la collaboration avec l’impérialisme dans la reproduction élargie de son propre capital. Il existe en effet des sphères d’investissement de capitaux qui rapportent plus et à moindres risques que l’investissement industriel : la spéculation foncière, l’import-export, la spéculation immobilière, le prêt-sur-gages, le placement des capitaux à l’étranger, le placement des capitaux en titres de la dette publique interne, le tourisme, la production et le commerce de drogues, le marché noir… Il ne s’agit donc pas de la disposition plus ou moins grande à l’esprit d’entreprise mais du contexte socio-économique d’ensemble.

Bien sûr, ce n’est pas seulement la domination coloniale qui empêcha le développement.

Ce qui produit le « sous-développement » (suite)

La domination du capital étranger conduit à ce que le développement économique du ou des pays de la Périphérie soit un complément du développement économique du ou des pays du Centre. C’est à la fois la domination de certaines classes qui ont des intérêts contraires au développement national et la domination des pays les plus industrialisés sur l’ensemble de l’économie mondiale.

F. Braudel

Le capital cherche constamment à contourner les lois du marché et de la libre concurrence pour faire des sur-profits.

Le capitalisme s’appuie sur l’État

Du début jusqu’à son extension au niveau de la planète, le capitalisme s’est constamment appuyé sur l'État, que ce soit la ville État (Venise, Gêne, Bruges) puis, à un stade intermédiaire, Amsterdam et les Provinces Unies pour arriver à l'État Nation :

l'Angleterre qui est ensuite détrônée par les États- Unis qui dominent la scène internationale à partir de la fin de la première guerre mondiale.

F. Braudel et d’autres auteurs de son époque considèrent que l'Europe affirme définitivement sa domination dans le cadre d'une économie-monde capitaliste (c.a.d. avec des centres qui se déplacent)

alors que K. Pomeranz affirme que la supériorité européenne définitive (et en particulier celle de l'Angleterre) ne s'impose qu'au début du 19ème siècle. Il donne trois raisons qui expliquent la victoire de l’Angleterre.

Selon Pomeranz, 3 raisons expliquent la victoire de l’Angleterre

1. Une raison écologique/géographique: face à l’épuisement des

ressources forestières, l’Angleterre a bénéficié d’un avantage décisif, la proximité des sources de matières premières, en particulier le charbon, par rapport aux centres manufacturiers Londres, Birmingham, Manchester. Ni la Chine ni l'Inde n’ont eu cette “chance”.

2. Une raison politique-économique: l'existence des colonies en

Amérique du Nord et ailleurs (Antilles, Inde, Indonésie

une moindre mesure Amérique Latine, dont l'Inde et la Chine ne

disposent pas non plus.

) et dans

3. Une troisième raison liée à la seconde, c'est la supériorité

militaire/guerrière à partir du 16e-17e s. (que la Chine n'a pas développé alors qu'elle aurait pu le faire si elle ne s'était pas repliée au 15e s. sur son énorme territoire). L'Inde n'a vraiment jamais développé ce facteur.

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