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Colloque

Quelles politiques
de JEUNESSE Intervention
pour nos territoires ? Joël Balavoine
Synthèse écrite : Patricia Jehanne, Conseillère d’éducation populaire et de jeunesse à la DRDJS

En introduction, M. Balavoine rappelle la stratégie de coopération instaurée depuis de nombreuses années


dans le Calvados. Plusieurs partenaires collaborent autour de la question de la politique éducative en direc-
tion des enfants et des jeunes, la porte d’entrée choisie étant les publics pré-adolescents et adolescents.
Deux approches structureront l’intervention : la rétrospective et l’actualité

Les origines des politiques éducatives


L’idée de politique jeunesse prend forme dans l’après guerre. Elle se conçoit dans une approche sanitaire.
La tuberculose est un véritable fléau autour duquel l’Etat et les mouvements d’Education Populaire se mobi-
lisent. La question de la démographie à l’échelle de la société est en jeu auprès d’une population marquée
depuis plusieurs décennies par une forte baisse démographique (première guerre mondiale, grippe espa-
gnole, tuberculose ). La société est en besoin d’hygiène sociale et il s’agit de mettre les enfants à l’abri des
contagions, loin des villes et de les garder en bonne santé.
A une approche sanitaire succède une politique de protection. Jusqu’en 1947, le ministère de la santé a la
tutelle des colonies de vacances.

L’approche éducative prend son origine dans l’évolution des divers mouvements d’éducation populaire :
Invention de nouvelles pédagogiques (émanant des mouvements laïques et confessionnels) et évolution des
termes (le surveillant va désormais s’appeler moniteur). Des pédagogies actives émergent ainsi que de nou-
velles attitudes en direction des enfants et des jeunes.
La civilisation des loisirs apparaît, avec l’arrivée massive de tranches d’âge chez la jeunesse issue du « baby-
boum »
Le Ministère de la Jeunesse et des Sports est un acteur de cette évolution, de par son rapport fusionnel avec
les mouvements associatifs et Maurice Herzog fut un des premiers architectes des politiques de jeunesse
mises en œuvre par ce ministère.

Quelques repères qui marquent l’évolution :


- La scolarisation obligatoire des garçons et des filles et l’école laïque.
- La formidable dynamique associative qui émerge, avec ses affrontements ( mouvement laïc et con-
fessionnel ) et aussi ses avancées (innovation pédagogique par exemple) dans l’investissement du secteur
associatif dans le temps libéré par l’école.
C’est dans ce mouvement de grands changements sociétaux, de nouvelles dynamiques, de nouveaux besoins
et d’évolution de la notion d’éducation que les politiques de jeunesse vont voir le jour à travers la succession
de dispositifs qui amèneront une réflexion collective et une approche partenariale et interministérielle.

Ces dispositifs nécessiteront la construction de dynamiques locales, laissant aux collectivités une place de
plus en plus grande pour penser leur politique éducative.
Durant 20 ans (1984 à nos jours ), divers dispositifs se succéderont. Ils permettront petit à petit la mise en
place de projets éducatifs et la définition de politique éducative en faveur des enfants et des jeunes.
Les dispositifs obligeront les acteurs locaux à penser en mode projet, à savoir à donner du sens aux actions
et activités mises en place qui doivent répondre à des besoins identifiés et à agir de manière concertée et
partenariale.
L’action publique se voit également soumise à l’idée d’évaluation. C’est dans ce contexte institutionnel en
pleine évolution que les dispositifs permettent de passer de la mise en place d’une politique d’aménagement
du temps à une politique beaucoup plus globale et locale qui implique les acteurs locaux de manière très
forte.

CAEN
Samedi 12 septembre 2009
Colloque
Quelles politiques
de JEUNESSE Intervention
Joël Balavoine
pour nos territoires ?
Quelles politiques de jeunesse pour nos territoires ?

Le titre du colloque mérite quelques remarques sur le choix de ses termes.

Quelles : On recherche, mais on ne part pas de rien. Un travail toujours en devenir.

Politiques : ambition, mobilisation de ressources (équipements, financières, humaines, logistiques) ce qui


implique un coût mais aussi nécessite une efficacité. Le choix aurait pu porter sur le terme « activités ». Ce
que l’on propose, ce sont des activités. On aurait également pu aborder la question avec le mot contrat. Il
renvoie très souvent à des dispositifs sectoriels et à leur superposition (CLAS, CLS, REAAP, accompagnement
éducatif…). Le terme de projet n’a pas été retenu. Même si l’action est pensée en mode projet, ce dernier
est difficile à mettre en place vis à vis d’une population (la jeunesse) qui a des besoins différents.
Le mot politique englobe à la fois de nouvelles intentions, celle de faire mieux. Il s’agit d’une volonté dura-
ble, vivante qui nécessite de la rencontre.

Jeunesse : C’est un terme assez confus toujours en évolution de définition. La convention internationale
des droits de l’enfant évoque une population entre 0 et 18 ans. Aujourd’hui, le terme « jeunesse » tend à
prendre en compte les 18/28 ans, englobant ainsi les jeunes adultes.
Des distinctions se font entre la petite enfance et l’enfance, renvoyant à des publics non autonomes et des
pré adolescents et des adolescents en besoin d’autonomie mais aussi d’accompagnement.
Autour de ces distinctions d’âge se jouent également des besoins, des pressions spécifiques. Il y a un dé-
calage entre le temps de classe et le temps de travail des parents. Le besoin de garde est pressant et les
collectivités locales sont interrogées pour harmoniser les besoins sociaux.
Quant aux pré adolescents et adolescents, il est noté le déficit d’actions en leur direction malgré le besoin
d’accompagnement afin de compenser le processus de socialisation par les pairs qui ne peut suffir.
Il s’agit, pour la jeunesse de penser une politique avec un sens partagé mais avec des actions différenciées.

Nos territoires : il faut y lire une co-responsabilité. Dire nous, c’est partager pour agir, c’est vouloir libé-
rer l’énergie des acteurs locaux. Le terme « territoire » pourrait renvoyer à une approche technocratique (
zonage administratif ), il renvoie plus à l’idée de pays, à savoir des lieux de vie identifiés, à la circulation des
publics et à l’environnement des familles et des jeunes qui peuvent faire l’objet d’une réflexion.

Qu’en est-il aujourd’hui des politiques de jeunesse ?

1. La place des différents temps et de leur interaction

Le temps scolaire : il est à la fois extrêmement concentré en France (le nombre de journées de classe le
plus petit et la journée de classe la plus longue en Europe ). Il n’est pas négociable et détermine tous les
autres temps (exemple de la semaine à 4 jours). Le temps scolaire impacte le temps social.
Le temps libéré est un temps qui présente des enjeux très forts : celui de compenser des inégalités sociales
et éducatives, celui d’avoir pour lui des ambitions, un sens avec des valeurs référentes. C’est un temps qui
permet l’exercice de la liberté et de la citoyenneté.
Il y a encore beaucoup à faire pour le développer en qualité.

Il est aussi facteur de dépense qu’il convient de mutualiser. Il a également un impact économique. Il est
facteur de la création d’un grand nombre d’emplois.

CAEN
Samedi 12 septembre 2009
Colloque
Quelles politiques
Intervention
de JEUNESSE Joël Balavoine
pour nos territoires ?
2. La place de la collectivité locale

Elle est incontournable mais elle pose le problème des inégalités entre elles (géographiques, économi-
ques…). Elle impose qu’un cadre de travail soit défini (à l’échelle de la commune ou infra-communal/quar-
tier ou coopération intercommunale).
Une collectivité qui souhaite mettre en œuvre une politique de jeunesse doit repérer qu’il existe des struc-
tures de coopération, à l’exemple de ce qui se passe dans le Calvados autour de la CAF, de la DRDJS et des
fédérations d’Education Populaire. Elle doit également inscrire son action dans le temps. Pour cela, elle peut
s’appuyer sur de nouveaux fonctionnaires territoriaux qui seront un gage de pérennisation.

Quant aux différents niveaux d’intervention, ils peuvent être définis de la sorte :
- L’échelon local est celui de l’action
- L’échelon départemental peut être celui de l’accompagnement
- L’échelon national concerne l’impulsion, l’encouragement. C’est le niveau qui permet également
l’observation sur les questions d’évolution et d’écoute des besoins sociaux.

CAEN
Samedi 12 septembre 2009