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Colloque

Quelles politiques
de JEUNESSE Table ronde 2
pour nos territoires ?
Témoignage de jeunes : participation et implication
des enfants et des jeunes à la vie locale,
de la responsabilité au choix de vie

Animateur : Philippe Clément, secrétaire général de la Ligue de l’enseignement du Calvados

Rapporteur : Véronique Gaillard, déléguée régionale des Eclaireuses Eclaireurs de France (EEDF)

Synthèse écrite : Philippe Clément et Véronique Gaillard

Témoignages : Guillaume Masson Blin, responsable régional (bénévole) des EEDF


Samuel Hyler, Junior Association «Les lumières du canton de Canisy»
Alexandre Outrequin, Junior Association «Les lumières du canton de Canisy»

Thématique développée :

Un animateur issu d’un parcours au sein de politiques de jeunesse


La construction de l’autonomie et la conquête des responsabilités au sein de la vie associative
Les conseils municipaux de jeunes en lien avec un politique jeunesse

Dans les politiques de l’enfance et de la jeunesse, cette question est objectivement ancienne et subjective-
ment récente.
Objectivement ancienne :
UNE JEUNESSE ACTIVE MAIS TRES ENCADREE
- scoutisme laïque ou confessionnel,
- patronages laïques ou confessionnels,
- organisations de jeunesse liées aux partis politiques, de l’extrême droite à l’extrême gauche,
- fortement teintée, selon les cas de morale religieuse, de morale tout court, de propagande, d’idéologie.
Jusqu’à la fin des années 60, on peut dire que la participation et l’implication de la jeunesse dans la vie locale
était un enjeu idéologique et politicien majeur, approprié par des partis, des églises, des associations,
bref des personnes morales privées, enjeu laissé de côté par les pouvoirs publics.

Subjectivement (c’est-à-dire dans les politiques publiques) récente :


UNE JEUNESSE QUI EMERGE, QUI S’AFFIRME D’ELLE-MEME
Dans les politiques publiques d’intérêt général, cette question est un peu la dernière née. Là aussi, c’est 1968
qui donne le signal au terme d’un mouvement social et d’une révolte de masse de la jeunesse qui prend la
parole, conteste, revendique et propose, prenant de court la quasi-totalité des partis politiques et des
organisations traditionnelles de la jeunesse, confessionnelles ou non.

UNE JEUNESSE QU’IL FAUT CANALISER


Début dans l’Education nationale des dispositifs de participation des jeunes (lois Edgar Faure) :
- les conseils de délégués d’élèves,
- les délégués aux conseils d’administration,

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Samedi 12 septembre 2009
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- les Foyers Socio-éducatifs,
- les coopératives scolaires.
Dans le champ de Jeunesse et Sports, développement important des Maisons de Jeunes et des Foyers de
Jeunes et d’Education Populaire, des Clubs de jeunes....structures auxquelles les collectivités locales
commencent à apporter des moyens.

Nous connaissons aujourd’hui les limites et les bénéfices de cette première histoire de la participation et de
l’implication des jeunes dans la vie locale.
La principale de ces limites : une sourde et tenace opposition à la participation des jeunes : la parole, les
propositions des jeunes ne sont pas prises en compte, ni mises en débat, marginalisées jusqu’à l’envi dans
les établissements scolaires et dans les collectivités locales.
Le principal de ces bénéfices : à côte de l’engagement politique et syndical (syndicalisme lycéen étudiant, par
exemple), la formation de jeunes, sans doute moins politisés, qui participent, proposent, organisent, appren-
nent la responsabilité, l’exercent et, ce faisant, acquièrent une légitimité, une compétence démocratique.
Quand on observe attentivement les parcours des chefs d’entreprise, des cadres, des responsables associa-
tifs, politiques ou syndicaux, des élus locaux, régionaux ou nationaux, des animateurs socioculturels, d’un
grand nombre d’artistes dramatiques, on s’aperçoit presque immanquablement qu’ils ont pu s’engager plus
ou moins longuement dans un parcours de participation, d’implication favorisé par une commune, une ville,
un établissement scolaire, des associations d’éducation populaire.

La donne a changé à partir du début des années 80 :


UNE JEUNESSE DANGEREUSE OU EN DANGER QU’IL FAUT CONTROLER
- développement d’un chômage structurel de masse : installation dans la crise sociale,
- développement du chômage des jeunes,
- allongement des études et élévation du niveau de formation,
- réapparition de la pauvreté, notamment chez les jeunes,
- pertes significatives d’implantation des partis politiques, des mouvements d’éducation populaire, des
organisations confessionnelles dans la jeunesse, à la faveur de la dépolitisation de la société,
- durée croissante de la jeunesse, de plus en plus autonome dans sa tête, de moins en moins indé-
pendante dans sa réalité socio-économique ou, en tous cas, indépendante de plus en plus tard.
Une importante population remuante voire dangereuse pour les uns : contrôle social.
Une importante population remuante voire ressource pour les autres : accompagnement des initiatives des
jeunes, développement local.

La réflexion sur la participation et l’implication des jeunes est véritablement relancée au début des années
1990 suite à divers mouvements de jeunes, notamment contre les premières tentatives de mise en place de
contrats de travail spécifiques inscrivant la précarité et consacrant la perte de droits des jeunes par rapport
au droit du travail, également contre les réformes de l’université tendant à limiter l’accès des jeunes bache-
liers dans le premier cycle universitaire. Elle est relancée également en raison de révoltes et de violences
urbaines apparues dès la fin des années 70.
L’Association nationale des Conseils d’enfants et de jeunes est crée en 1991.
Fort développement des Conseils municipaux ou communaux de jeunes, de conseils d’enfants, de conseils de
la jeunesse dans les quartiers. L’Anacej regroupe aujourd’hui 450 villes, départements et régions tentant de
gérer une politique de la participation des jeunes.
Refonte de la participation des collégiens et des lycéens : création des Maison des lycéens, des Conseils de la
Vie lycéenne, des Conférences de délégués d’élèves.

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Création par 4 fédérations d’éducation populaire du Réseau national des junior-associations au milieu des
années 1990 : par exemple, il existe aujourd’hui 35 Junior-associations en Basse-Normandie, associations de
mineurs, qui participent à la vie locale, dans des domaines comme les loisirs des jeunes, la mémoire histori-
que, les pratiques artistiques, les pratiques sportives, l’éducation à l’environnement, etc.
Lancement en 2006 de l’opération nationale « Jeunesses en Région », projet de participation des jeunes à la
vie régionale et donc à la conception des politiques des régions qui concernent la jeunesse (lycées, formation
professionnelle, culture, éducation à l’environnement et au développement durable, etc.), collaboration entre
l’Association des Régions de France et 3 mouvements d’éducation populaire.

Pour de bonnes (la jeunesse comme ressource) ou de moins bonnes (la jeunesse comme danger) raisons, la
participation et l’implication des jeunes dans la vie locale ou régionale s’imposent progressivement comme
des enjeux politiques, tant de la jeunesse que de la société civile.

Présentation des témoins :


Guillaume Masson-Blin, responsable régional des EEDF : témoignage d’un parcours d’implication en tant que
jeune, puis animateur et directeur de séjour de vacances, formateur BAFA..., puis responsable d’une associa-
tion de jeunesse et d’éducation populaire. Parcours ayant canalisé les choix de formation professionnelle.

Samuel Hyler, Alexandre Outrequin, Junior-Association « Les Lumières du canton de Canisy » (50) : témoi-
gnage d’un parcours, de la participation à des structures de loisirs à la conception / création d’une Junior-as-
sociation (apprentissages, obstacles, points positifs) qui a pour projet l’organisation de sorties familiales, de
concerts ainsi qu’un projet humanitaire avec le Burkina-Faso.
Céline Marc, déléguée départementale des Junior-associations, Ligue de l’enseignement de la Manche.

Témoignages

Guillaume : animateur EEDF depuis quelques mois après avoir été délégué régional des EEDF, représen-
tant les bénévoles du réseau.
A bénéficié à partir de l’âge de 10 ans d’accueils en CLSH, rencontre dans la foulée avec les Eclaireurs, puis
aide-animateur à l’âge de 17 ans avant d’être animateur et de suivre la formation préparatoire au Bafa puis
Bafd.
Se considère comme un lycéen modèle... bien que perdant sa motivation scolaire au fil du développement de
son engagement en direction des enfants et des jeunes dans la cadre de l’animation volontaire.
Rencontre avec des associations à l’Université, découverte de l’animation avec l’encadrement de classes de
découverte puis de l’encadrement de centres de vacances pour personnes handicapées mentales.
Au contact de cette réalité associative et militante, il a au fur et à mesure vécu une perte de motivation pour
les études universitaires.
Ses actions lui ont permis de s’orienter vers une formation professionnelle dans le champ de l’éducation spé-
cialisée (moniteur-éducateur).
Parallèlement, à 25 ans il a été élu et a pris en charge une responsabilité militante au sein du réseau des
EEDF : responsable régional des bénévoles du mouvement (similaire au conseil d’administration local,
échelon essentiel dans une association nationale à entité unique)

Guillaume considère qu’il a pu dans ce parcours apprendre à choisir en découvrant progressivement ses ap-
pétences et ses compétences dans le cadre de projets. Aujourd’hui animateur, il pense que son rôle est d’ac-
compagner les jeunes dans leurs choix en les aidant à concevoir des projets à court puis à moyen puis à long
terme, à s’approprier ainsi la question des droits et des devoirs (le vrai choix se fait au contact de la réalité

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par l’intermédiaire du projet). C’est un choix individuel exercé dans le cadre d’un collectif.

Véronique Gaillard (Déléguée régionale des EEDF) insiste sur cette question d’une éducation au choix très
tôt dans le parcours de l’enfant, en tenant compte bien sûr de l’âge et de l’évolution du jeune. Toute activité
proposée n’a de sens que si elle s’inscrit dans un projet, si petit soit-il, qui permet à l’enfant de commencer
à mesurer les tenants et les aboutissants de son choix. « Aller au parc d’attraction », pourquoi pas si c’est
plus qu’un acte de consommation, si l’enfant est amené à réfléchir sur « pourquoi et comment on fait pour
y aller ? » : horaires, transports, activités proposées, contraintes de retour, avis des autres enfants, possibi-
lité de tous d’y participer, combien ça coûte (pour les plus grands) ?

Samuel et Alexandre de la junior association ont fait part de leur parcours. Lycéens, ils avaient un
projet, ils ont été orientés vers la création d’une junior association. Ils ont été mis en relation avec une
coordinatrice qui les accompagne. Le fonctionnement statutaire des juniors associations a été présenté.
Samuel est le président. Il estime que ce type d’organisation leur a permis d’être autonome dans leur pro-
jet. Ils ont appris à discuter avec le maire et le conseil municipal pour défendre leur projet et obtenir des
subventions, par exemple. Les relations sont très bonnes. Une confiance semble s’être installée. L’autre
jeune, est arrivé dans l’association par relations. Il a insisté sur le fait qu’il était coutumier du centre de
loisirs dans sa commune. Mais à l’age de la préadolescence, il n’y avait plus de propositions pour lui, dans
sa commune et qu’il n’y avait pas de transport pour participer aux activités proposées dans la commune
proche ; il trouvait cela dommage.
A une question de la salle sur ce point, il a mis en évidence qu’il n’avait pas encore été voir les élus de sa
commune pour faire évoluer les choses en ce sens avec les élus, mais, que maintenant qu’on le lui
soumettait, il allait y réfléchir. Ce jeune homme constatait que depuis qu’il était membre de la junior as-
sociation, il était beaucoup plus sûr de lui, notamment dans ses études. Il pouvait prendre la parole plus
facilement. Il a développé plus de confiance en lui.

Les échanges avec la salle


Au cours de la discussion, il est apparu que chacun des témoins avait eu une responsabilité au collège
ou lycée en étant délégué de classe, voire au conseil d’administration. Chacun faisait facilement le lien
de ce fait avec le développement de leur engagement associatif, par ailleurs.

La question de la place et l’adhésion de la famille était un point important. Ce point semble être à
travailler dès les premiers accueils pour favoriser cette participation familiale, souvent primordiale dans la
confiance et paradoxalement l’autonomie du jeune. Les EEDF se sont permis de souligner que dans le scou-
tisme par exemple, l’engagement de la famille est une des socles de la méthode.

Si l’éducation aux choix est à privilégier, des personnes ont, par ailleurs, alerté sur la nécessité de faire dé-
couvrir des nouveautés. L’enfant peut facilement être dans la reproduction. Il est aussi important que les
équipes adultes permettent et favorisent la découverte.

Une difficulté de l’engagement est apparue : la continuité. Ce point est l’un des facteurs de « réussite »
d’un projet collectif. Aujourd’hui, dans une société du « zapping », l’engagement des enfants est difficile
à obtenir dans la durée, ce que nécessite pourtant nombre de projets. De plus, pour l’un des objectifs de
l’apprentissage du vivre ensemble, ce point est primordial. Le parallèle sur le point de la place des familles
a été fait. En effet, si celles-ci adhèrent et participent alors l’enfant, le jeune est plus assidu et les projets
peuvent d’autant plus prendre d’ampleur.

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Les conseils municipaux de jeunes sont des exemples d’engagement des collectivités locales pour dé-
velopper l’engagement, l’implication et la participation. L’intérêt parait être unanime avec cependant, un «
bémol » sur les réalités de la délégation existante. Les limites de la manipulation ou fausse démocratie ont
été abordées. Il parait essentiel que pour être dans une démarche sincère de l’éducation à la démocratie et
à la responsabilité, un accompagnement est nécessaire. Cela demande des efforts importants aux adultes,
aux élus, quant à l’autonomie nécessaire à ce type d’instance.

La question de la valorisation des engagements a été abordée. Si ceux-ci favorisent le développe-


ment personnel que ce soit pour la confiance en soi et aussi pour des compétences acquises, cela reste du
ressort privé (personnel ou en petit cercle). Beaucoup de jeunes ne se permettent pas d’inscrire ces enga-
gements sur leur CV, par exemple. Hors, ils sont très souvent des plus notables.
La question d’un passeport d’engagement ou livret de compétences a été suggérée.
Les EEDF ont témoigné sur ce point. Ils ont mis en place ce type d’outil. Mais, il s’avère qu’il est peu utilisé.
Ce n’est pas culturel, chez les jeunes de faire vivre ce type de document. Il est toutefois utile mais il est
nécessaire de l’accompagner. Cela demande une rigueur. Son efficience est difficile à mesurer.

Il existe beaucoup de propositions pour que l’enfant, le jeune participe et s’implique dans la vie locale. Mais
la jeunesse ne s’arrête pas à l’âge de la majorité. Après 18 ans, les terrains d’engagement sont parfois
difficiles à trouver. Des associations du type de l’AFEV développent ces pratiques avec de jeunes majeurs.
Le réseau des étudiants permet à des jeunes de poursuivre des engagements non plus pour eux-mêmes
mais le plus souvent dans des projets d’aide aux personnes (aide aux devoirs, par exemple). Mais quel est le
pourcentage de la jeunesse estudiantine ? Comment permettre à cette tranche d’âge (18-25 ans et plus) de
poursuivre des engagements sur le plan local. Quelle place les collectivités peuvent-elles permettre ?

En conclusion
Ce sujet requiert le plus souvent l’adhésion en terme de démarche et d’objectifs pour l’éducation de la jeu-
nesse,
Les freins à la mise en œuvre sont connus et demandent une constante ré-interrogation des méthodes
appliquées. L’accompagnement par des équipes adultes formées est fondamental. Cela représente effective-
ment un coût avec des effets souvent sur le long, voire le très long terme.
Cette démarche de la participation des jeunes participent fortement au développement de l’engagement
citoyen des personnes (nombres d’élus actuels ont pris des responsabilités dans leur jeunesse dans les asso-
ciations locales). Elle favorise aussi la capacité d’initiative.
Un effet important a été « revendiqué » par nos témoins : l’intérêt de cette démarche pour leur développe-
ment personnel (confiance et soi et développement de compétences).

Ce type de démarche est un réel choix. Elle doit être en cohérence avec une volonté politique d’éducation,
parfois dissonante aux évolutions plus consuméristes de notre société.

CAEN
Samedi 12 septembre 2009