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Caractérisation du

déploiement optique
résidentiel en France

Septembre 2009

Master 2
Économie et conseil en TIC et e-business

Maître de stage: Thomas Renault, Responsable Mission développement


numérique régional

Tuteur: Raphaël Suire, Maître de Conférences

« Redouté par les uns et adulé par les autres, le réseau des ré-
seaux présente un double visage : ce peut être à la fois un dan-
ger et un vecteur de liberté. » [Elisabeth Guigou]
2
Caractérisation du
déploiement optique
résidentiel en France

Septembre 2009

Master 2
Economie et conseil en TIC et e-business

Maître de stage: Thomas Renault, Responsable Mission développement


numérique régional

Tuteur: Raphaël Suire, Maître de Conférences

« Redouté par les uns et adulé par les autres, le réseau des ré-
seaux présente un double visage : ce peut être à la fois un dan-
ger et un vecteur de liberté. » [Elisabeth Guigou]

3
> remerciements
Je tiens à remercier toutes les personnes de la MINUM (Conseil régional de
Bretagne) pour m’avoir accueilli: Thomas Renault pour avoir supporté mes
questions tout au long des journées, Laurent Flamand pour m’avoir aidé et
baladé en Rav4, Emmanuelle Botta pour avoir corrigé mes fautes
d’orthographes, Céline Galland pour la rédaction et son humour, Maïwenn
Lebeller pour sa relecture.

Je souhaiterais remercier également ma famille et amis pour leurs encoura-


gements et leurs relectures, et Katell pour m’avoir soutenu, supporté et aidé
pendant la rédaction de ce mémoire.

Mes remerciements vont également aux responsables de ma formation


« Economie et conseil en TIC et E-business » qui ont su apporter à la promo-
tion un enseignement pertinent et intéressant.

4
> sommaire
> remerciements ___________________________________________4
> sommaire _______________________________________________5
> introduction _____________________________________________6
> Notions de base sur les réseaux très haut débit _________________9
Première partie : Analyse du marché du très haut débit _______________12
Chapitre 1 > Condition de base du marché du très haut débit ____ 13
Chapitre 2 > Environnement institutionnel et juridique _________ 26
Chapitre 3 > Structure du marché du très haut débit ___________ 45
Deuxième partie : Analyse du déploiement optique ___________________54
Chapitre 1 > Présence de rétroactions positives ________________ 55
Chapitre 2 > L'adoption du très haut débit par les consommateurs 57
Chapitre 3 > Comportements des acteurs privés _______________ 62
Chapitre 4 > Prévision sur les stratégies des opérateurs très haut
débit____________________________________________________ 67
Troisième partie : État des lieux du déploiement optique en France et ses
conséquences _________________________________________________87
Chapitre 1 > Des antagonismes au niveau européen_____________ 88
Chapitre 2 > Les taux de pénétration du très haut débit en France 90
Chapitre 3 > Les cartes des déploiements effectifs ______________ 92
Chapitre 4 > L’efficacité financière des opérateurs. _____________ 96
Chapitre 5 > Un ralentissement des investissements ___________ 100
> conclusion ____________________________________________104
> table des matières _______________________________________108
> Bibliographie/Sitographie ________________________________ 111
> annexes_______________________________________________ 116

5
> introduction
Depuis quelques temps, Internet est montré du doigt, car il serait la source
des problèmes actuels des industries de contenus : il rend le partage de don-
nées plus facile par l’affranchissement des barrières géographiques. Mais
d’un autre côté, ce bouc émissaire des politiques est un formidable relais de
croissance pour les entreprises. En effet, Internet est un canal de communi-
cation et de ventes performant par son faible coût, sa présence dans les
foyers et surtout le profilage des individus. Le Net est également une ré-
ponse à la fermeture temporaire ou définitive de certains établissements. La
grippe H1N1 va sûrement renforcer la formation à distance qui s’avérera
nécessaire en cas de fermeture des établissements scolaires. De même de
nombreux services s’arrêtant dans les zones rurales, comme les bureaux de
poste, peuvent être remplacés par des services en ligne. Internet permet
donc au secteur public comme au secteur privé de fournir des services à dis-
tance.

Mais encore faut-il avoir un accès Internet (seulement 58%1 des français
sont connectés) et bénéficier d’une connexion de qualité. Or aujourd’hui, la
qualité d’une connexion varie selon l’endroit où l’on se trouve. La technolo-
gie DSL2, majoritairement employée (cf. graphique 1), passe par le réseau
cuivré de France Télécom qui n’est originellement pas destiné à transporter
des données numériques. L’élément paradoxal de cette histoire : les zones
les plus reculées souffrent d’un accès médiocre alors qu’elles en auraient lo-
giquement le plus besoin.

1 Selon une étude du CREDOC


2 Digital Subscriber Line, technologie qui permet le transport numérique des données sur la paire de cuivre utilisée pour le
téléphone fixe.

6
Graphique 1 Nombre d’abonnés haut débit pour 100 habitants, par technologie en Europe (juin 2008)

Une solution serait de remplacer le cuivre par un matériau réellement adap-


té au transport de données numériques. Le plus prometteur d’entre eux et
dans lequel les opérateurs investissent est la fibre optique : un filin de verre
par lequel les données numériques passent à la vitesse de la lumière, sans
déperdition de données ou très peu. La technologie optique est la solution
actuelle permettant un accès à Internet en très haut débit.

Le problème de cette technologie est qu’elle sous-entend la construction d’un


nouveau réseau. Cela représente un investissement très lourd poussant les
opérateurs à localiser leurs infrastructures dans les lieux rentables. Ainsi
une inégalité de traitement des territoires de la part des opérateurs existe,
amplifiant l’attractivité de certaines zones au détriment des autres.

Partant de ce constat, les collectivités peuvent agir dans un souci


d’aménager équitablement leur territoire et réduire ainsi les disparités.

Dans cette optique, la Région Bretagne réfléchit sur les moyens à mettre en
œuvre afin d’aider les collectivités bretonnes à mieux prendre en compte
l’aménagement numérique de leur territoire. Ma mission dans le Conseil ré-
gional fut de travailler sur la mise en place d’un guide sur les fourreaux, de
réfléchir sur un système d’information géographique, mais également de
participer à la veille et la préparation d’une conférence entre les collectivités
bretonnes sur ce thème.

7
Une bonne compréhension du marché du très haut débit est primordiale
pour pouvoir bien en saisir les caractéristiques particulières et apprécier les
enjeux de chacun des acteurs privés. Ces derniers ont déjà entamé le dé-
ploiement dans les grandes métropoles.

Le sujet de ce mémoire aura donc pour objectif de souligner les caractéristi-


ques du déploiement optique résidentiel en France à l’aide d’outils économi-
ques. Cette analyse sera divisée en trois parties.

La première étudiera de façon statique le déploiement optique en faisant


ressortir l’offre, la demande ainsi que l’environnement institutionnel et juri-
dique qui conditionnent le marché du très haut débit. De cette manière, je
pourrai en faire apparaître la structure particulière.

La deuxième partie sera une réflexion plus dynamique du marché très haut
débit en considérant le déploiement du réseau de fibres. Il y sera question
des interactions entre l’offre et la demande, mais aussi des mécanismes
d’adoption du très haut débit, des comportements actuels des acteurs sur le
marché et d’une analyse stratégique des déploiements privés.

La dernière partie fera un état des lieux actuel du déploiement optique en


France. J’y replacerai, entre autres, le déploiement français parmi ceux de
ses voisins européens, je parlerai des aspects financiers, des taux de péné-
trations du très haut débit et de leurs impacts sur les futurs investisse-
ments.

Mais je commencerai tout d’abord avec quelques notions de base sur les ré-
seaux très haut débit.

8
> Notions de base sur les réseaux
très haut débit
Le marché du très haut débit est un marché émergent qui propose des offres
s'appuyant actuellement sur des réseaux de fibres optiques. L'ARCEP3 défi-
nit ces offres très haut débit (THD) comme des « offres de services de com-
munications électroniques proposées sur le marché de détail et incluant un
service d’accès à Internet avec un débit crête4 descendant supérieur à 50
Mbit/s5 et un débit crête remontant supérieur à 5 Mbit/s.»

Les offres THD proposées se concrétisent actuellement par :

> Un accès Internet avec un débit descendant supérieur à 50 Mbit/s et


un débit montant supérieur à 2 Mbit/s,

> Un service de télévision en numérique,

> Un service de téléphonie

Bien que l'utilisation de la transmission de données par la lumière soit ré-


cente pour le grand public, la technologie optique ne l'est pas. En effet, cette
technique est utilisée depuis une cinquantaine d'années notamment dans le
transport de données entre les continents où elles sont envoyées à travers
les fibres par de puissants signaux laser.

3 Autorité de régulation des communications électroniques et des postes


4 Un débit crête est le débit maximum théoriquement atteignable par la connexion.
5 Corresponds à 1000000 bits transmis en une seconde. Un bit est un chiffre correspondant à 0 ou 1 dont l’assemblage per-
met de coder une donnée. Il faut savoir que un octet égale 8 bits. Pour avoir une idée 100 mbits/s égale 12.5Mo/s.

9
Le marché du THD se basant sur un nouveau réseau, il en possède donc la
morphologie particulière. Un réseau est structuré en trois couches6
(cf.Figure 1) :

Figure 1 Décomposition d'un réseau

1. Infrastructure. C'est la couche basse du réseau, la couche physique.


Dans notre cas, il est constitué de fibre optique (+ câble coaxial7 dans
certains cas) ainsi que de matériel générant et traitant les signaux
optiques. C'est une couche qui présente donc des coûts fixes impor-
tants, néanmoins indispensables à la mise en place d'un réseau THD.

2. Infostructure. C'est la couche médiane qui va traiter et acheminer les


données sur l'infrastructure. Cette infostructure se concrétise par la
mise en place de protocoles comme le protocole IP8 qui va définir des
paquets de données, et le protocole BGP9 qui va définir les chemins
que vont emprunter ces paquets. Cette création de flux de données
ainsi que son aiguillage vont constituer un coût marginal qui va croî-
tre avec le nombre d'abonnés.

6 Nicolas Curien « Économie des réseaux » (2005)


7 Câble permettant le transport de données numériques de façon asymétrique. Notamment utilisé pour transmettre la télévi-
sion câblée.
8 L’ « Internet Protocol » est un protocole de communication de réseau informatique.
9 Le« Border Gateway Protocol » est un protocole d'échange de route utilisé notamment sur le réseau Internet.

10
3. Service. Cette couche correspond aux services finaux vendus aux
consommateurs sur ce réseau. Ils peuvent prendre la forme d’offres
nues comme un accès à Internet, à la télévision ou au téléphone...
mais également la forme de « pack » à l'instar des offres triple-play10.
C'est dans cette couche qu'il y aura création de fortes valeurs ajou-
tées.

Remarque : dans ce mémoire, je ne prendrai en compte que la technologie


optique que je considère être la seule technologie actuelle permettant de
fournir un accès très haut débit. En effet, d’autres technologies seraient sus-
ceptibles de fournir de tels débits comme le prometteur LTE11, plus commu-
nément appelé 4G, permettant le très haut débit mobile.

10 Offre qui comprend la téléphonie sur IP, la télévision et un accès Internet en illimité. Je rajouterai que le WIFI fait implici-
tement partie de cette offre.
11 LTE (Long Term Evolution) est une nouvelle norme de réseau mobile permettrai d’atteindre les 40 mégabits à l'horizon
2009-2010. Les industriels et opérateurs pensent peut être atteindre les 80 mégabits et peut être plus à plus long terme.

11
Première partie : Analyse du marché
du très haut débit

D
ans un souci de clarté, je séparerai cette partie en trois points.
J'aborderai en premier lieu les caractéristiques de l'offre et de la
demande qui sont les bases de tout marché. Je parlerai ensuite
de l’environnement institutionnel et juridique qui l’entoure. Je termi-
nerai cette partie en soulignant la structure du marché de l’accès très haut
débit.

12
Chapitre 1 > Condition de base du marché du très haut
débit

1.1 > Caractérisation de l’offre


L'offre THD est pour l'instant produite par deux techniques différentes : le
FTTB12/FTTLA13 et le FTTH14. La première amène de la fibre jusqu'au der-
nier amplificateur (ou jusqu'au pied du bâtiment), le reste du chemin est
complété par un câble coaxial qui est généralement utilisé pour transmettre
des chaînes de télévision. La seconde technologie amène une fibre optique
directement jusqu'à l'abonné.

1.1.1 Une différenciation peu prononcée par rapport aux technologies déjà
existan
exista ntes
Alors que des énormes débits permettraient d'apporter des services à fortes
valeurs ajoutées comme des chaînes de TV en trois dimensions ou des servi-
ces de sauvegardes de données en ligne..., le seul atout de la fibre vient pour
l'instant uniquement de sa vitesse de connexion (plusieurs chaînes TV nu-
mériques en simultanées, navigation plus rapide...). Les offres THD sont
donc très peu différenciées des offres « classiques » DSL, proposées dans les
grandes villes. Je suppose que la couche « services » de ce réseau nouvelle
génération n'est pas réellement développée : les opérateurs se concentrant
sur la construction de leur réseau, ils ne fournissent pour le moment qu'une
formule triple-play classique, le standard actuel.

1.1.2 Une structure de coût caractéristi


caractéristique des réseaux
Les offres « fibre » s'appuient sur le déploiement d'un ou plusieurs nouveaux
réseaux qui sous-entendent de lourds investissements. En effet, les réseaux
ont une structure de coût particulière se caractérisant par des coûts fixes
très importants qui peuvent être irrécupérables si plusieurs opérateurs dé-
ploient parallèlement leur réseau (Sunk-Cost). L'opérateur doit également

12 Fiber To The Bulding : Fibre jusqu’au bâtiment


13 Fiber To The Last Amplifier : Fibre jusqu'au dernier amplificateur.
14 Fiber To The Home: Fibre jusqu'à l'abonné

13
assurer la maintenance et la gestion du réseau qui constituent des coûts
supplémentaires croissant plus que proportionnellement avec le nombre
d'utilisateurs15 comme l'explique Nicolas Curien dans son livre Économie
des réseaux (2005). De là, un coût moyen peut être dégagé et prend la forme
d'un « U » (cf. Graphique 2). Nicolas Curien (2005) nous montre que celui-ci
est supérieur au coût marginal dans un premier temps, c'est-à-dire que l'ex-
ploitation du réseau va présenter de forts rendements croissants qui vont
générer des économies d'échelles.

1.1.3 Existence de seuil de rentabilité


Cette forme en « U » sous-entend également que l'opérateur devra atteindre
un certain nombre d'utilisateurs pour que l'exploitation de son réseau soit
viable. Par exemple, sous l'hypothèse que les utilisateurs ont une disposition
à payer pour utiliser le réseau égale à C1 et que l'opérateur pratique une ta-
rification lui permettant un équilibre budgétaire c’est-à-dire égal à son coût
moyen C(n)/n 16 . L'opérateur devra atteindre une base d'utilisateurs au
moins égale à N1 afin de recouvrir les coûts de construction du réseau et de
son exploitation (cf. Graphique 2).

15 Si on prend comme principe élémentaire que la gestion d'un réseau correspond à mettre en relation une entrée avec une
sortie : plus le réseau s'étend et plus cela devient complexe de trouver la bonne entrée pour la bonne sortie et donc la com-
mutation unitaire devient plus coûteuse.
16 C (n) représente l’ensemble des coûts d’un réseau, c’est à dire les coûts de mise en place de celui-ci (travaux
et mise en service) et l’ensemble des coûts lié à son exploitation.

14
Graphique 2 Représentation du coût marginal C'(n) et du coût moyen C(n)/n

Remarque: Le coût marginal17 C’(n) coupe le coût moyen C(n)/n en son mi-
nimum c'est-à-dire à l'endroit où l'opérateur est le plus efficace.

1.1.4 Des coûts qui sont fonctions de la localisa


localisation
Le coût de construction d'un réseau vient principalement du génie civil mis
en œuvre pour son déploiement : cela représente environ 80 % du montant
total (cf. Figure 2).

17 Le coût marginal correspond au coût d'ajouter un utilisateur supplémentaire sur le réseau.

15
Figure 2 Représentation des différents coûts de déploiement d’un réseau optique (Source : Région Aquitaine)

Son coût moyen est de l'ordre d'une centaine d'euros18 par mètre linéaire19 et
varie selon le lieu des travaux : le coût sera par exemple plus élevé dans les
zones urbaines, car il faudra détruire les revêtements puis les reconstruire.
En revanche, certaines agglomérations sont dotées d'avantages pour dé-
ployer des réseaux. Ainsi, les villes de Paris et Lyon20 possèdent des égouts
visitables qui permettent de tirer des fibres à moindres frais. Il va égale-
ment de soi que les coûts de déploiement dans les zones rurales seront beau-
coup plus importants en raison de l'éparpillement des foyers. Cette disper-
sion provoque un génie civil plus conséquent et permet une mutualisation
des infrastructures entre les consommateurs inférieure à celle mise en place
dans les zones denses (cf. Figure 3). Les infrastructures communes entre les

18 Selon l'atelier d'aménagement numérique des territoires. http://www.ant.developpement-


durable.gouv.fr/article.php3?id_article=24
19 Un mètre linéaire correspond à l’ensemble des objets placés côte à sur un mètre. Ici, un mètre linéaire pourrait représenter
une tranchée et plusieurs fourreaux par exemple.
20 Une partie seulement de Lyon possède des égouts visitables

16
consommateurs permettent également des retours sur investissements plus
rapides pour un opérateur.

Figure 3 Comparaison des déploiements suivant le type de zone

Remarque : Dans les zones denses, les opérateurs sont obligés de câbler
tout un immeuble lorsqu'ils veulent atteindre l’un de ses résidents. Cela si-
gnifie un coût fixe très élevé pour relier le premier abonné de l'immeuble et
un coût nul pour raccorder les autres.

Une étude réalisée par le cabinet PMP21 pour le compte de l'AVICCA22 et de


l'ARF23 a mis en place un modèle de calcul de coût de déploiement à la prise.
Ils ont ainsi réalisé un graphique (cf. Graphique 3) représentant ces coûts en
fonction de la densité de la population.

21 Performance Management Partner, cabinet de conseil réalisant régulièrement des études pour l'ARCEP et les collectivités
22 Association des villes et collectivités pour les communications électroniques et l'audiovisuel
23 Association des régions de France

17
Graphique 3 Coût à la prise selon la taille de l’unité urbaine (source: cabinet PMP pour une étude de l’ARF)

Ce graphique met en avant que les coûts de déploiement d’un réseau sont
d’autant plus importants que la région est faiblement peuplée.

Une étude réalisée par De Castro et Jensen-Buttler (2003) appuie ce fait.


Pour eux, les régions denses ont un avantage dans le développement des
infrastructures locales de télécommunication en raison des potentiels d'inte-
ractions qui peuvent se mettre en place à l'intérieur du réseau.

Ces coûts d’interconnexion correspondent aux frais qu'un opérateur doit


supporter pour transférer la communication de son client vers le client d'un
autre réseau. Cela signifie que plus un réseau est grand, plus les chances
que les connexions se fassent à l'intérieur de son réseau (on-net) plutôt qu’à
l’extérieur (off-net) sont grandes. Le trafic sortant sera donc plus faible et
les coûts d’interconnexion diminueront.

18
1.2 > Caractérisation de la demande de très haut débit
Après avoir détaillé les caractéristiques de l’offre sur le marché du THD, re-
gardons celles concernant la demande.

1.2.1 Motivations de la demande


À partir du moment où une population a accès à un réseau optique, la de-
mande en THD peut être motivée par la consommation en bande passante.
En effet, depuis quelques années, il y a une explosion du trafic liée aux nou-
veaux usages qui apparaissent sur le Web.

Ainsi, les internautes consomment de plus en plus de médias riches24


comme des vidéos en ligne sur des plates-formes sociales de type Youtube ou
Dailymotion. Il y a également de plus en plus d'échanges de fichiers entre
utilisateurs par l'intermédiaire de serveurs ou de plates-formes P2P25. Le
graphique 4 représentant les prévisions d'évolution de la consommation en
Peta Byte26 (PB) par type d'usage nous le montre bien. Le groupe Cisco27
prévoit d'ailleurs une poursuite de l'augmentation du trafic mondial qui se-
rait plus que doublé en 2013.

24 Service intégrant différents média comme la vidéo, le son, photos… qui permet de les faire interagir entre eux. Les utilisa-
tions courantes sont des vidéos dans lesquelles on peut cliquer, des bannières qui interagissent avec le survol de la souris...
25 Réseaux d'échanges de fichier de « pair à pair » (« pear to pear»)
26 1 Peta Byte= 1024 Tera Byte = 1048576 Gigas Bytes soit un peu près 223201 DVD. Remarque un Byte est l’équivalent
anglais d’octet
27 Cisco est un groupe concevant et vendant des technologies ainsi que des services pour les réseaux et télécommunications.
Son chiffre d’affaires annuel se monte à 36 milliards de dollars.

19
Graphique 4 Evolution du trafic par type d'usage (Source:Cisco)

Cette explosion du trafic s'explique sûrement par le fait qu'il y a de plus en


plus de personnes28 et d'objets (mobile, console...) connectés à Internet. Elle
s’explique aussi par l'amélioration continue de la qualité des contenus en
ligne, l’illustration de ceci est YouTube qui propose dorénavant la possibilité
d'envoyer des vidéos en Haute Définition.

Par ailleurs, les fournisseurs de services en ligne offrent de plus en plus


d'applications en ligne, appelées plus communément « Cloud-Computing » et
demandent une connexion Internet assez performante pour pouvoir en profi-
ter pleinement. De même, les pages Web deviennent également plus lourdes
en données par l'ajout de médias riches utilisés par les publicitaires.

Les usages évoluent et augmentent en quantité: nous sommes passés de la


simple consultation de mail à une utilisation poussée d'Internet mélangeant
les applications privées et professionnelles : écoute de musique en ligne, vi-
sioconférence, lecture de vidéo en streaming29, veille, blog, travail collabora-
tif... Le temps d’attention d’un internaute étant limité à 24 h au maximum,
une connexion rapide peut alors permettre l’émergence de nouveaux usages
ou d’améliorer le traitement de ceux existants par des temps de charge-

28 Le nombre d'internautes chinois Haut débit a augmenté de 10 millions pendant le premier semestre 2009 selon le Ministère
de l'industrie et des technologies de l'information de Chine.
29 Lecture en direct à partir d'Internet

20
ments moins longs. Pour finir, je ferais remarquer que la distribution spa-
tiale de la demande n'est pas homogène sur le territoire : l’existence
d’agglomération en est la preuve. Cette distribution hétérogène participe
partiellement à la localisation de l'offre.

1.2.2 Des externali


externalités de réseau
La demande présente des externalités de réseau (Katz et Shapiro, 1985)
plus largement appelées les effets de club.

La présence de ces externalités de réseaux signifie que la valeur d'un réseau


augmente au fur et à mesure que son nombre d'utilisateurs croît. Elles s'ex-
priment de façon directe par un effet prix (Nicolas Curien, 2005) correspon-
dant aux économies d'échelle répercutées sur le prix de vente.

Un effet d'interaction entre aussi en jeu: plus le nombre de connectés en


THD augmente et plus les usages du THD (transfert de gros fichier, visio-
phonie HD...) s'en trouvent augmentés. Sinon, il y a également des effets de
club indirects qui devraient venir des fournisseurs de services: une qualité
de service améliorée, multiplication des sites optimisés pour le très haut dé-
bit et un foisonnement de nouveaux services (TV 3D).

1.2.3 Des rendements croissants d’adoption


Le THD présente des rendements croissants d'adoption (Arthur, 1988) qui
proviennent d'économies d'échelle, d'effets de réseau et d'apprentissage.

Il existe par ailleurs des rendements croissants d'informations qui partici-


pent également à l’accroissement de l’adoption : plus une technologie va être
utilisée, plus elle va être connue et perçue, par conséquence, comme meil-
leure. De même, des interrelations technologiques vont se mettre en place
au fur et à mesure que le très haut débit se démocratisera, c’est-à-dire que

21
des services (Cloud gaming30…) et objets périphériques (TV 3d…) tirant par-
ti du très haut débit.

Pour illustrer les rendements croissants d’adoptions, je prends l'exemple


d'un individu qui effectuerait des échanges avec quatre amis tous les jours.
Je fais l'hypothèse que si l'un de ses amis passe sur le réseau THD, il enver-
ra des fichiers plus volumineux31. Je retiens également comme hypothèse
que le débit descendant est de 2Mbits/s constants32 sur le réseau ADSL et de
50 Mbits/s constants sur le réseau Fibre. J'ai calculé le temps nécessaire
pour télécharger les pièces jointes selon l'étendu du réseau d'amis « fibrés »
(0 à 4) et selon son type de connexion résumé dans le graphique 5:

Graphique 5 Temps de téléchargement nécessaire selon le type d'accès Internet et son nombre d'utilisateurs

Ce graphique illustre l'idée qu'au fur et à mesure que les amis de l'individu
se connectent au réseau THD, son temps disponible s'en retrouve raccourci
par les temps de téléchargement plus longs (64 secondes de téléchargement

30 Le cloud gaming est le fait d’avoir une console qui ne fait que transférer des données de façon à jouer en direct du net. De
cette façon, la console n’a jamais besoin d’être changée car les calculs de rendu graphique, de son… se font sur des ser-
veurs distants.
31 Nous considérons que cela lui coûte le même temps d'envoyer un fichier de 20 Mo en haut débit que d'envoyer un fichier
de 100 Mo en très haut débit.
32 En général, les débits ADSL sont fluctuants, mais pour l'exemple j'ai dû les supposer constants.

22
contre 1600 si tous ses amis sont connectés au réseau THD). Les écarts en-
tre les temps de téléchargement selon la technologie utilisée se creusent à
mesure que le nouveau réseau s'étend. En supposant que le surplus du
consommateur correspond au temps gagné sur les téléchargements, il de-
vient logique de penser que plus la base d'utilisateurs THD sera étendue,
plus la disposition à payer d'un individu pour rejoindre le nouveau réseau
sera grande.

1.2.4 Des externalités négatives possi


possibles
Les externalités de réseau peuvent être aussi négatives: des risques de
congestion existent. Un réseau possède un nombre d'utilisateurs optimal qui
dépendra des prévisions faites par les bâtisseurs de réseau. Par exemple, le
dimensionnement en nombre de fibres des réseaux de collecte urbain33 li-
mite forcément le nombre de données pouvant transiter entre les abonnés et
les serveurs. Passé ce nombre optimal, l'ajout d'un nouvel utilisateur rédui-
ra la qualité du réseau pour tous les autres et, de ce fait, réduira la disposi-
tion à payer pour y accéder. Cette dégradation de qualité peut être égale-
ment liée à des choix technologiques: Orange, par exemple, s'appuie sur la
technologie GPON qui correspond à une fibre partagée entre les individus
jusqu'au point de raccordement de l'immeuble. Le débit possible de chaque
habitant de l'immeuble va donc être décroissant avec le nombre d'utilisa-
teurs connectés à la fibre commune. Le même raisonnement peut s'appli-
quer à différentes échelles: régionale, nationale et internationale.

Une autre externalité négative pourrait être que, plus le nombre d'utilisa-
teurs augmente et plus il y a des risques d'être victime de cyber criminalité,
comme nous fait remarquer Curien (2005). En effet, la taille des virus pour-
rait être plus grosse et donc potentiellement plus dangereuse ! Il faudra
faire de plus en plus attention aux données circulant sur la toile. Windows
est un bon exemple, il est le système d'exploitation le plus utilisé mais éga-
lement le plus victime d'attaques virales. Cela oblige les utilisateurs à
s'équiper d'antivirus, de logiciel anti-espion ... de plus en plus performant

33 Voir annexe pour la structure d’un réseau.

23
afin de se prévenir de Fishing34, d'attaque virale, de cheval de Troie et au-
tres...

1.2.5 Existence d’une masse critique


Les études passées nous apprennent que les consommateurs ont une dispo-
sition à payer pour un bien réseau en fonction du nombre d'utilisateurs en
forme de cloche en raison de l'existence d'externalités de réseau (Jérôme Vi-
cente, 2004 ; cf. Graphique 6).

Ces effets de réseau vont également sous-entendre l'existence d'une masse


critique d'utilisateurs à atteindre pour basculer d'un marché émergent vers
un marché de masse. Celle-ci sera d'autant plus importante que des substi-
tuts partiels comme le DSL existent. Tant qu'un certain nombre d'utilisa-
teurs ne sera pas connectés en très haut débit, les usages liés à ce nouveau
réseau ne pourront pas décoller. Par ailleurs, le réseau très haut débit étant
compatible avec le réseau DSL, celui-ci bénéficie déjà de la base installée de
l'ancien réseau. Nous pouvons donc présumer que les utilisateurs y verront
un autre ersatz et auront donc une disposition à payer proche des réseaux
déjà existants tant que la masse critique ne sera pas atteinte. Cela pourrait
se modéliser par une disposition à payer35 qui ne parte pas de zéro (le pre-
mier connecté est raccordé à l'ancien réseau) mais égale à celle pour être
raccordé au DSL de taille n*. La disposition à payer croîtrait peu jusqu'à
l'obtention d'une masse critique du nouveau réseau qui augmenterait sous
l'impulsion des usages très haut débit qui se multiplieraient (cf. Graphique
6).

34 Action qui consiste à se faire passer pour un service connu afin de récupérer des données confidentielles comme des codes
bancaires
35 Somme d’argent, de temps… qu’un individu est prêt à payer pour bénéficier d’un service ou d’un objet.

24
Graphique 6 Courbes représentant la disposition à payer pour utiliser un ancien réseau (cuivre) et celle pour utili-
ser un réseau nouvelle génération (fibre) plus performant, interconnecté à l'ancien

1.2.6 Des consommateurs verrouillés


À l’instar du DSL, la demande du très haut débit est captive des opérateurs
grâce à des stratégies de verrouillage du consommateur. Les opérateurs font
signer à leurs abonnés des contrats de longue durée : 2 ans. Cela leur évite
un taux de CHURN36 trop élevé, mais cela érige en même temps une bar-
rière à la sortie pour les consommateurs.

D'autres coûts rendent le changement d'opérateur difficile: la présence de


box37 (il faut les réexpédier car elle ne sont pas compatibles avec les autres
fournisseurs), des frais de résiliation, les ventes liées de différents services
(Internet-TV-Téléphone) qui ne permettent pas une comparaison facile des
offres opérateurs. La convergence du fixe et du mobile va dans ce sens et
agit comme un puissant levier de rétention de client.

36 Contraction de l'anglais change and turn. Il représente le pourcentage de clients perdus, sur une période donnée (en général
une année) par rapport au nombre total de clients.

37 Équipement de terminaison de réseau fournis par un fournisseur d'accès à Internet pour bénéficier du triple play.

25
Chapitre 2 > Environnement institutionnel et juridique

La présence de barrières à l'entrée ainsi que de forts rendements croissants


peuvent conduire à l'apparition de monopole sur le marché et fausser la
concurrence. Une autorité, l’ARCEP, est alors présente pour réguler le mar-
ché et veiller à ce que la concurrence soit juste.

De plus l’offre se localisant là où les coûts vont être supportables, certaines


régions ne seront pas desservies par l'impulsion privée. Une initiative pu-
blique sera alors nécessaire pour diminuer les coûts de déploiement de ré-
seau afin d'attirer les opérateurs dans les zones non-rentables.

Dans ce chapitre, je décrirai dans un premier point comment le régulateur


entend réguler le marché, puis dans un second point je dépeindrai le rôle et
les problèmes qu’engendre l’intervention des collectivités.

2.1 > Le régulateur: L'ARCEP


2.1.1 Le rôle du régulateur
L'autorité de régulation des communications électroniques et des postes
(ARCEP) existe depuis 199738. Son rôle est de favoriser l'émergence de
concurrence entre les opérateurs en tenant compte de l'aménagement du
territoire afin que celle-ci soit bénéfique à l'économie française ainsi qu'à ses
consommateurs. De ce fait, l'autorité ne recherche pas uniquement l'efficaci-
té économique du marché mais aussi le bien-être social (les services publics
par exemple) et une concurrence loyale entre les opérateurs. Cela sous-
entend la mise en place d’une régulation asymétrique en raison de la pré-
sence de facilités essentielles.

L'ARCEP, au contraire de l'autorité de la concurrence, va agir ex-ante en


imposant des cadres juridiques, en attribuant des licences, en contrôlant les
missions de services universels, en régulant les tarifs... Elle arbitrera entre

38 L'autorité existait jusqu'en 2005 sous le sigle ART : Autorité de Régulation des Télécommunications

26
le surplus laissé aux consommateurs et le profit laissé aux firmes par la dé-
termination de marchés pertinents et d'analyses économiques.

L'autorité prenant une décision à priori, elle ne devra pas faire d'erreur sous
peine de fausser le jeu de la concurrence ou imposer un "mauvais" choix
technologique39.

Dans le cadre du très haut débit, l'ARCEP va devoir fixer les règles du dé-
ploiement optique afin qu'il n'y ait pas une re-monopolisation de la boucle
locale. La difficulté majeure vient du fait que l’autorité fixe les règles en
même temps que les acteurs déploient.

Le déploiement du très haut débit au niveau « national40 » a débuté en octo-


bre 2008 dans les grandes villes sous la surveillance de l'ARCEP qui veille à
ce qu'il existe une concurrence loyale entre les opérateurs ainsi qu'une neu-
tralité technologique employée dans le déploiement. C'est une période-test
pour essayer différents types de technologie, où l'autorité indépendante joue
le rôle de superviseur. Les premiers résultats de ces tests ont montré qu'il y
avait des asymétries d'informations sur les infrastructures des opérateurs,
ce qui a pour conséquence d'augmenter le coût et de ralentir le déploiement
des nouveaux réseaux. Deux décrets ont été émis en février 2009: l'un sur la
"couverture des services" et l'autre sur la "connaissance des réseaux" per-
mettant d'améliorer la connaissance des infrastructures pouvant accueillir
des fibres.

Consciente que les coûts de déploiement de réseau vont être colossaux, l'au-
torité souhaite qu'il y ait une mutualisation effective des réseaux entre les
opérateurs de THD. Elle a lancé plusieurs consultations publiques: l'une sur
la mutualisation de la partie terminale des réseaux afin d'éviter la répéti-
tion de travaux dans les immeubles et l'autre, sur la régulation des infras-
tructures de France Télécom qui constituent une facilité essentielle pour le

39 Un « mauvais » choix technologique serait par exemple de privilégier une technologie meilleure aujourd'hui, mais qui le
serait moins dans le futur qu'une autre technologie moins performante au moment du choix.
40 Comme nous l'avons vu précédemment les premières offres de fibre optique grand public ont été commercialisées en 2007
mais elles ne concernaient que quelques quartiers de Paris

27
déploiement d'une boucle locale à très haut débit. Ces consultations ont dé-
bouché sur la régulation du marché de gros des offres d’accès aux infrastruc-
tures physiques constitutives de la boucle locale filaire depuis mi 2008. Elles
ont également abouti sur la Loi de Modernisation Économique qui instaure
une mutualisation des opérateurs sur la partie terminale et sur l'équipe-
ment en fibre optique de tous les nouveaux immeubles à partir de Janvier
2010.

Pour l’instant l’autorité a délimité deux marchés pertinents41 pour le très


haut débit afin de mettre en place une régulation:

Le marché de gros des offres d'accès aux infrastructures physiques d'accès


constitutives de la boucle locale filaire (marché 4) chaque opérateurs doit y
installer son propre équipement et câbles. Ce marché est régulé de façon
asymétrique car la régulation ne concerne que les infrastructures de France
Télécom.

Le marché de gros des offres d'accès haut débit et très haut débit activés li-
vrées au niveau infranational (marché 5) qui comprend la vente de bande
passante en gros à des opérateurs. (Exemple: Darty qui achète de la bande
passante à Numericable)

2.1.2 Le régulateur prône le multi fibrage dans les zones denses


Le nombre de fibres à poser par appartement a fait débat, freinant les inves-
tissements des opérateurs. Orange et Numericable favorisaient la pose
d'une seule fibre par foyer, prônant un gain d'économie alors que Free prê-
chait le multifibre comme un gain concurrentiel. L'ARCEP a tranché le 22
juin 2009 après de mûres réflexions. Voici ce qui est écrit dans son commu-
niqué de presse:

41 La Commission Européenne définit le marché pertinent comme « un marché de produits en cause comprend tous les pro-
duits et/ou services que le consommateur considère comme interchangeables ou substituables en raison de leurs caractéris-
tiques, de leur prix et de l’usage auxquels ils sont destinés. Le marché pertinent géographique comprend le territoire sur le-
quel les entreprises concernées concourent à l’offre et à la demande des produits ou services en cause, sur lequel les condi-
tions de concurrence sont suffisamment homogènes et qui peut être distingué de zones géographiques voisines parce que,
en particulier, les conditions de concurrence y diffèrent de manière appréciable ».

28
« Dans un souci de neutralité à l’égard des choix technico-économiques des
opérateurs, l’ARCEP propose:

la pose optionnelle de fibre supplémentaire dédiée : tout opérateur peut de-


mander à l’opérateur d’immeuble (c'est-à-dire l’opérateur choisi par la co-
propriété pour fibrer l’immeuble) de disposer d’une fibre supplémentaire dé-
diée pour chaque logement, moyennant un préfinancement de son installa-
tion et un co-financement de l’investissement initial;

l’installation d’un dispositif de brassage : tout opérateur a la garantie de


pouvoir installer, s’il le souhaite, un dispositif de brassage sur sa fibre dé-
diée, par exemple au niveau du point de mutualisation. »

Figure 4 Monofibre VS Multifibre

L'ARCEP a donc choisi de ne pas imposer le multi fibrage mais de laisser la


possibilité aux opérateurs d'en exercer l'option. Intuitivement, l’autorité pri-
vilégie le multifibre: les opérateurs préféreront passer par leurs propres câ-
bles plutôt que de louer ceux d'un concurrent.

Le multi fibrage des habitations doit avoir pour effet de mutualiser les coûts
pour les opérateurs puisqu'il n'y a qu'un seul déploiement pour les différents
réseaux. Cette décision permet également de diminuer les coûts de sortie
pour les consommateurs car le changement d'opérateur s'effectue simple-

29
ment par un changement de prise. Elle permet aussi la possible émergence
de concurrence entre les services d'opérateurs, par exemple s'abonner à In-
ternet avec Neuf et à la télévision avec Orange si, bien entendu, les opéra-
teurs proposent les services individuellement!

Remarque : Les arguments avancés pour le consommateur se basent sur


l’hypothèse forte qu’il possède une box neutre permettant de passer d’un
opérateur à l’autre et de pouvoir recevoir les services de différents opéra-
teurs en simultané.

2.1.3 Une régulation à la fois symétrique et asy


asymétrique
La régulation du secteur très haut débit va donc être à la fois asymétrique
et symétrique (Cf. Figure 4). La partie de déploiement horizontal (entre le
répartiteur et l'immeuble) va être régulé de manière asymétrique en raison
de l'existence des facilités essentielles détenues par FT évoqué précédem-
ment. La partie verticale, c'est-à-dire le câblage des immeubles, va être ré-
gulée symétriquement. Ainsi le régulateur permet une concurrence par les
infrastructures et par les services possibles.

2.1.4 Les problèmes engendrés par la régulation


En contrepartie, la mutualisation des infrastructures va générer des inte-
ractions répétées entre les opérateurs qui pourraient conduire à des enten-
tes tacites sur les prix, sur les fournisseurs... La surveillance sera d'autant
plus coûteuse que le nombre d'interactions est élevé et qu’il y a des contacts
multi marché (mobile, télévision, fixe...). Rappelons-le, Orange et SFR ont
déjà été condamnés pour entente sur les prix des abonnements de téléphone
portable.

Le régulateur doit se baser soit sur des maquettes, soit sur des informations
données par les opérateurs. L'ennui vient des opérateurs qui auront ten-
dance à donner les informations quand cela les arrange, mais essaieront de
les dissimuler si cela les contrarie. Par exemple, en révélant de l'informa-
tion, le régulateur saura mieux estimer les coûts réels d'exploitation de la

30
facilité essentielle et ainsi pourra imposer à son propriétaire d'abaisser ou
d'augmenter ses coûts d'accès si l'autorité le juge bon.

2.1.5 Une régulation pour l’instant concentrée sur les grands centres u
ur-
r-
bains
Pour l'instant le régulateur ne s'est prononcé que sur les zones denses : 148
communes (19 unités urbaines) qui représentent 5,16 millions de foyers. La
forte asymétrie d'information sur les coûts réels supportés par les opéra-
teurs ainsi que l'existence de lobbys (collectivité, grand groupe...) obligent
l'autorité à faire preuve de beaucoup de vigilance, ce qui peut parfois
conduire à de forts retards dans les prises de décision concernant le dé-
ploiement.

L'ARCEP n'a donc pas imposé d'obligation de couverture nationale avec


échéances aux opérateurs. Cela veut dire que si rien ne change, les nou-
veaux réseaux vont s'étendre des zones très denses vers les zones moins
denses selon un rythme très lent, beaucoup plus lent que le déploiement de
l'ADSL en raison de la construction d'une nouvelle boucle locale.

2.1.6 Les niveaux d’intervention de l’ARCEP


Le graphique 7 représente l'utilité des consommateurs U(n) pour un réseau
de remplacement, le coût moyen de l'exploitation totale du réseau C(n)/n, le
coût marginal de l'exploitation de réseau C'(n) ainsi que l'utilité marginale
collective U(n)+nU'(n). J'ai représenté ces courbes à la façon du modèle de
Noam, seules les formes de l'utilité des consommateurs42 et du surplus so-
cial ont été modifiées selon les intuitions que j'ai formulé antérieurement (cf.
3.5 Existence d’une masse critique). Dans ce modèle, le réseau est de taille n
et entraîne une utilité U(n) pour chacun des utilisateurs de ce réseau. Il n'y
a qu'un seul opérateur qui pratique une tarification à la Ramsey-Boiteux,
c'est-à-dire égale à une tarification permettant l'équilibre budgétaire (p=
C(n)/n).

42 J’ai approximé l'utilité par la différence entre la disposition à payer et le prix pratiqué par l'opérateur.

31
L'échelle d'efficacité productive est atteinte en n0 lorsque le coût marginal
d'exploitation du réseau coupe le coût moyen d'exploitation.

Graphique 7 Représentation du Modèle de Noam modifié

Dans le modèle de Noam, nous pouvons distinguer quatre phases comme


nous le fait remarquer Curien (2005). La première correspond à l'atteinte de
la masse critique, c'est-à-dire le moment où le coût moyen C(n)/n égale la
disposition à payer du consommateur U(n) en n1. Avant ce point, l'exploita-
tion du réseau n'est pas viable et nécessite une subvention externe. La se-
conde phase est une phase de croissance autoentretenue allant de n1 vers
l'optimum privé43 n2. Jusqu'à cet optimum, les membres du réseau ont inté-
rêt de partager les coûts de son développement. Viendra ensuite une phase
de croissance régulée où l'autorité devra pousser les acteurs vers l'optimum
collectif44 en n3. Finalement, au-delà de l'optimum collectif, nous rentrons
dans une phase de service universel qui peut être autofinancée jusque n4
mais qui au-delà devra nécessairement être subventionnée.

43 L'optimum privé est le point où tous les individus maximisent leur surplus retirer de l'adhésion au réseau.
44 L'optimum collectif est l'endroit où le surplus collectif est maximum, c'est-à-dire l'excédant de la somme des utilités des
membres du réseau sur le coût total du réseau. Cela se vérifie sur le graphique par U(n)+nU'(n)=Cmg(n)

32
Ainsi, l'autorité de régulation doit agir de façon à ce que le réseau soit di-
mensionné à la taille n3 plutôt qu'à la taille n2 par la mise en place de ca-
dres et de réglementations au préalable. Si, par la suite, le très haut débit
est considéré comme un service universel alors l'ARCEP devra, comme pour
l'annuaire téléphonique, avoir recours à des appels d'offres qui donneront le
marché à l'opérateur qui demandera la plus faible subvention pour une cou-
verture la plus grande possible.

Ce graphique montre que la taille du réseau va être conditionné par la mise


en place d'une régulation mais aussi par des subventions externes. De
même, la naissance d’un réseau dépend de l’existence de subventions exter-
nes. Celles-ci peuvent avoir une origine privée ou une origine publique.

Des subventions privées existeront si le réseau représente un investisse-


ment lucratif : c'est le cas de Paris par exemple. Cet investissement pourra
être consenti pour la création d’un réseau, mais ne le sera pas pour conqué-
rir des nouveaux clients si ceux-ci ne leur rapportent pas plus qu'ils ne leur
coûtent, c’est-à-dire si le revenu marginal retiré de l’acquisition d’un client
est inférieur à son coût marginal.

Les subventions publiques serviront à la naissance de réseau quand il y au-


ra pénurie d'investissements privés mais également à augmenter la couver-
ture du territoire.

Les collectivités ont donc un grand rôle à jouer dans la mise en place de ré-
seau très haut débit.

2.2 > Les Collectivités


Comme nous l'avons vu à l'aide du graphique 7, les collectivités ont leur rôle
à jouer dans le déploiement du très haut débit. Avec l'ouverture totale à la
concurrence du marché des télécommunications en 1998, la dimension amé-
nagement du territoire n'est plus prise en compte par l'opérateur historique.
En effet, tous les grands réseaux (cuivre, électricité..) ont bénéficié jusqu’à
présent d'une péréquation nationale, c'est-à-dire que les profits des zones les

33
plus rentables servaient à financer les investissements des zones moins ren-
tables. Ce n'est pas le cas du très haut débit actuellement en France.

2.2.1 Une légitimité d'intervention


L'état français adopta le 13 mai 2004 la loi pour la confiance dans l'économie
numérique (LEN) qui est une transposition des directives européennes
concernant le commerce électronique. Cette loi a été codifiée à l'article
L1425-1 du Code Général des Collectivités Territoriales et permet aux col-
lectivités de réaliser un réseau de communication électronique pour le met-
tre à disposition d’opérateurs.

Cette mise à disposition peut se faire par la location de fibre noire45 ou de


fourreaux. Les collectivités peuvent également l'exploiter directement, ils
sont alors opérateurs d'opérateurs et vendent de la bande passante en gros
aux opérateurs privés. Mais ils peuvent aussi devenir opérateurs de services
en présence d'une carence d'initiatives privées : ils vendent alors des servi-
ces aux utilisateurs finaux qui peuvent être des entreprises ou des particu-
liers.

Remarque: Même si les collectivités peuvent créer et intervenir sur le dé-


ploiement d'un réseau, la compétence n'est pas obligatoire comme elle peut
l'être pour le déploiement de réseau d'assainissement pour les communes.

2.2.2 L'intérêt pour les collectivités de déployer un ré


réseau
Internet devient le média incontournable surtout chez les nouvelles généra-
tions. De même, de plus en plus de services deviennent "on-line" comme la
recherche d'emploi, les services publics, l'annuaire... Un bon accès à Internet
devient un facteur d'attractivité pour les entreprises comme pour les ména-
ges. Il est d'ailleurs mis en avant par certaines collectivités.

Sa qualité (débit) dépend aujourd’hui de l’endroit où l'on se connecte. La


technologie ADSL présente le désavantage d'être dégressive au fur et à me-
sure qu'on s'éloigne d'un nœud de raccordement d'abonnés (NRA). La carte

45 Fibre optique installée mais qui n'est pas encore activée.

34
réalisée par le CETE de l'ouest montre les débits possibles d'obtenir sur la
région Bretagne (cf. Carte 1). Le constat est une carte en tâches de léopard
où les collectivités ne sont pas égales sur la qualité d'accès à Internet. Or
aujourd'hui le risque pour elles est le vote par les pieds46 des citoyens qui fa-
voriseraient les communes leur proposant le meilleur débit. Une illustration
de ce phénomène est la mise en avant par les agences immobilières de la
qualité de connexion sur certaines de leurs annonces.

Carte 1 Vitesse de connexion ADSL en Bretagne (décembre 2007 Source: CETE de l'ouest)

Ce problème de tâche de léopard (cf. Carte 1) est apparu à cause du carac-


tère lucratif des dégroupages. En effet, les opérateurs Internet ont d'abord
dégroupé les NRA rentables, c’est-à-dire les noeuds où sont raccordés un
maximum d'abonnés. De cette manière, un opérateur peut amortir le coût de
la construction ou de la location à France Télécom47 de la liaison en fibre du
NRA sur un plus grand nombre d'abonnés.

Le dégroupage permet à un opérateur alternatif de s'affranchir de France


Télécom sur le réseau de transport voir de collecte. La monté des zones en

46 La préférence des consommateurs est exprimée par leur localisation plutôt que par leur voix. Ainsi si une personne est
mécontente, elle ira se localiser dans un endroit qui lui correspond mieux à ses préférences.
47 Dans le cas des offres LFO (location de fibres optiques)

35
débit n'est que secondaire: les consommateurs paient 30 euros qu'ils aient
du 2Mbits/s ou du 512 Kbit/s.

Depuis l'ouverture à la concurrence des télécoms, l'impression générale est


que la péréquation est inversée. Les zones peu peuplées et peu concurren-
tielles financent l'investissement dans les zones denses où règne une forte
compétitivité. Cela a pour effet d'augmenter les écarts de qualité d'accès à
Internet et non de les résorber! Cette fracture numérique va être plus qu'ac-
centuée avec le déploiement de la fibre optique car certains surferont en 100
Mbit/s pendant que d'autres surferont en 2 Mbit/s.

L'initiative de certaines collectivités grâce au LEN a permis de réduire ces


écarts en finançant des raccordements de répartiteurs en fibre noire où en
optant pour des solutions du type NRA-ZO48 pour faire monter en débit leur
commune. D'après l'ARCEP, les initiatives publiques ont permis de dégrou-
per 988 NRA ce qui représente 4 millions de foyers. Au final, les collectivités
ont dégroupé plus de NRA que les opérateurs privés alternatifs (Graphique
9).

48 Solution de résorption de zones d'ombre proposée par France Télécom qui consiste à transformer un sous répartiteur en
répartiteur.

36
Graphique 8 Nombre de NRA dégroupés par les acteurs publics et privés au 30/09/07 (Source: ARCEP/AVICCA)

Comme nous l'avons vu sur le graphique, les collectivités ont un rôle à jouer
sur le déploiement de la fibre. Assurément, certaines communes n'auront
pas besoin de participer à l'émergence d'un réseau au sein de leur agglomé-
ration tandis que d'autres devront consentir des investissements impor-
tants, voire même déployer en propre leur réseau pour que leur ville soit at-
tractive pour les opérateurs privés. Les villes comme Paris, Marseille ou
même Rennes seront directement visées par le secteur privé pour déployer
les réseaux de nouvelle génération.

Les autres devront consentir des investissements afin de réduire les coûts
importants par la pose de fourreaux d'attentes, par la réalisation d'études de
piquetage et peut-être même par le déploiement de fibre.

Les collectivités "rentables" peuvent également agir en tirant parti de l'atti-


rance des opérateurs pour certaines de leurs zones afin d'étendre la couver-
ture du réseau ou garantir l’émergence d’une concurrence sur le marché du
très haut débit par la mise à disposition d’un réseau neutre. Ainsi, Rennes
Métropole a su tirer parti de l'attrait des opérateurs pour Rennes en réali-
sant un réseau de collecte reliant les bâtiments publics (Mairies, établisse-
ments scolaires, bibliothèques...) et les zones d'activités des 36 communes
membres.

Plusieurs solutions existent pour déployer un réseau : des délégations de


services publics (DSP), des contrats de partenariat (comme les PPP49), des
marchés publics. Ces dernières présentent des avantages et inconvénients
résumés dans la Figure 7.

49
Partenariat public privé

37
Figure 5 Représentation des différents types de contractualisation possible entre le public et le privé

Une étude sur le déploiement FTTH réalisée par l'Association des Régions
de France concluait qu'à « défaut d'intervention publique massive seulement
1/3 des foyers sera équipé en FTTH vers 2015 » en ajoutant que « la France
a pris dix ans de retard sur le Japon ».

2.2.3 Les Régions


Au nombre de 26, les Régions ont été créées en 1982. Le déploiement de
THD n'est pas une compétence obligatoire mais une compétence optionnelle
qu'une Région peut décider de prendre si elle la juge importante pour son
territoire. Ainsi l'Alsace, le Rhône-Alpes, Aquitaine, la Bretagne, la Corse et
l'Auvergne s'intéressent de près aux télécommunications.

Les Régions ont la possibilité de devenir maîtresses d'ouvrage, c’est-à-dire


de construire un réseau même si originellement elles ne possèdent ni fon-
cier, ni compétences de voirie permettant de réaliser des infrastructures. Les
Régions Auvergne, Corse et Alsace ont ainsi réalisé, avec l'aide de délégatai-
res, des réseaux d'initiatives publiques (RIP) sur leur territoire. Pour l'ins-
tant, aucune initiative régionale de déploiement résidentiel n'a été réalisée,
mais certaines régions y réfléchissent comme la région Auvergne.

Les Régions, à défaut de compétence en génie civil et d’autorité, peuvent


tout de même agir sur l'aménagement local de leur territoire en choisissant
les financements des projets locaux. Par exemple, la Région Bretagne parti-
cipe au financement des délégations de services de Quimper, Rennes Métro-
pole et des Côtes d'Armor grâce à son budget.

38
À titre d’exemple, le budget général de la Région Bretagne est de 1,099 mil-
liard d'euros (Cf. Graphique 10). Elle consacre en moyenne 5 millions
d’euros à l’aménagement numérique sur les 34,4 millions dédiés à
l’aménagement du territoire.

Graphique 9 Budget de la région Bretagne en 2009

Remarque : Si l'on reporte ce chiffre au nombre de bretons, cela fait une dé-
pense de 354 euros par breton dont 1.61 dédié à l’aménagement numérique.
Les 1,61€ semblent dérisoires par rapport aux coûts de raccordement !

La Région peut ainsi en théorie conditionner ses financements par des ap-
plications de critères de cohérence régional comme un choix de technologie,
une couverture minima... Même si en pratique, les enjeux politiques peuvent
parfois prendre le dessus sur la cohérence régionale.

Dans le cadre de la réalisation de schéma régional d'aménagement, les Ré-


gions essaient de coordonner et de mutualiser certains travaux entre les col-
lectivités. Ces dernières se retrouvant devant des mêmes difficultés ou pro-
blématiques, il peut être intéressant de mutualiser les efforts ou les études
afin d'éviter le gaspillage de ressources financières et humaines.

Ainsi, lors de ma mission au sein du Conseil régional de Bretagne, nous


avons réalisé plusieurs réunions de travail entre les collectivités ayant pour

39
sujet la monté en débit des territoires et notamment le déploiement du très
haut débit. Ces réunions ont permis de dégager un certain nombre de pro-
blèmes communs aux acteurs publics bretons. De ce fait, un certain nombre
de documents peuvent êtres mutualisés au niveau régional afin d'assurer
une cohérence entre les collectivités et réaliser des économies. L'objectif du
groupe était ainsi de parvenir à une sorte d'encyclopédie de l'aménagement
numérique du territoire.

J'ai donc participé aux groupes de travail en réalisant un guide technique


sur la pose de fourreaux qui rassemble en un seul document générique, l'en-
semble des recommandations de la Région et des collectivités. Nous sommes
parvenus à une version 1.0 (cf. Annexes) qui, par sa licence « Creative
Common 50», peut-être reprise et modifiée par n'importe quelle collectivité si
elle nous fait parvenir en retour les améliorations qu'elle y apporte. D’autres
travaux sont en cours de réalisation comme une plaquette de sensibilisation
des élus locaux et un modèle de modélisation des données géographiques
que l'on pourrait réaliser conjointement avec la Région Aquitaine. Ce der-
nier est très important car il est primordial de pouvoir retrouver les infras-
tructures enfouies afin de les mettre à disposition d’opérateurs et gérer leur
location.

Le rôle de coordinateur est un rôle difficile à jouer car la Région ne peut im-
poser son point de vue: elle n'en pas l'autorité. Elle doit faire en sorte que
chaque collectivité trouve un intérêt à la mutualisation. Par exemple, Ren-
nes Métropole et Brest sont très en avance sur les déploiements d'infras-
tructures de télécommunication et peuvent avoir peu d'intérêt à venir à ces
groupes travaillant sur des problèmes qu'elles ont déjà franchis.

Ensuite l'appropriation du sujet n'est pas le même suivant les priorités mi-
ses en avant par la politique du moment qui peuvent entraîner certains
conflits d'intérêt.

50 Contrats d'accès ouvert pouvant êtres utilisés pour tout type de création : texte, film, photo, musique, site web...

40
2.2.4 Les Départements
Les Départements ont été créés en 1800 et sont au nombre de cent. Ils pos-
sèdent des compétences de voirie leur permettant d’effectuer des travaux
sur les routes départementales et nationales. Il est donc plus facile de dé-
ployer un réseau pour un Département que pour une Région, expliquant
ainsi le nombre plus élevé de réseaux d'initiative publique mis en place au
niveau départemental : l'AVICCA en dénombrait trente-deux en exploitation
en mars 2009.

La plupart des réseaux déployés sont optiques et permettent la collecte des


NRA et des bâtiments publics comme des lycées, des mairies... Par exemple,
le Département de la Manche a créé un syndicat mixte appelé Manche Nu-
mérique qui déploie un réseau FTTH. Le déploiement de fibre résidentielle
s'effectue en plusieurs phases grâce aux actions publiques sur l'ensemble du
département. Il y a également les départements de l'Ain (via le syndicat
d’énergie) et de l'Oise qui déploient pour les résidences.

Remarque : Pour donner un titre de comparaison de budget entre les Dépar-


Remarque
tements et les Régions, le Département du Morbihan possède un budget de
695,63 millions d'euros pour 691 000 habitants soit une dépense de 1006 eu-
ros par habitant.

2.2.5 Commune, établissement public


public de coopération intercommunale (EP-(EP-
CI) et Pays
Les Communes sont de loin les plus actives des collectivités lorsqu'il s'agit
de déployer des réseaux de fibre optique. Il existe 59 DSP réalisées à ce jour
par des communes et des EPCI. D'ailleurs la première collectivité à avoir
fibré les particuliers fut la ville de Pau avec le projet "Pau Broadband coun-
try" qui compte aujourd'hui plus de 6500 abonnés en très haut débit. Les
Communes possèdent comme les Départements la compétence « voirie » sur
les routes communales qui leur permettent de construire des réseaux.

Construire à l'échelle d'une ville est plus aisé qu'à celle d'une Région puis-
que la structure est plus réactive par sa petite taille et le réseau déployé est

41
de plus petite dimension. Mais le projet est en même temps plus coûteux: les
économies d’échelle sont beaucoup plus faibles que celles réalisées par une
Région et sa structure plus petite,par son personnel et sa population, limite
sa compréhension du sujet et son pouvoir de négociation.

De même, à part les grandes villes, la plupart des mairies ne sont consti-
tuées que d'une demi-douzaine de personnes s'occupant des compétences
obligatoires de la commune comme la gestion des voiries, des cimetières, de
la collecte des ordures, de l'enseignement primaire... Cela ne leur laisse gé-
néralement que peu de temps pour exercer une compétence optionnelle telle
que la gestion des infrastructures télécoms. On se retrouve donc avec des
communes évoluant à deux vitesses:

> les sensibilisées : grandes villes ainsi que les communes qui ont com-
pris les enjeux de l'aménagement de leur territoire en réseaux de té-
lécommunication,

> les non sensibilisées qui, soit n'y comprennent rien soit n'y voit que
peu d'intérêt.

Au final, on se rend compte que la plupart du temps, les Communes qui dé-
ploient de la fibre sont celles qui bénéficient des coûts les plus faibles de dé-
ploiement en raison de la densité forte de leur population et celle qui sont
généralement aussi les plus attractives pour les opérateurs privés. Cela
pourrait participer à l'accroissement des fractures numériques entre les
communes sensibilisées et les autres.

Des établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) ont été


mis en place afin que les communes puissent reléguer certaines compétences
qu'elles ne peuvent gérer seules. Ainsi la création de communauté de com-
munes, de communauté urbaine ou de communauté d’agglomérations per-
met aux mairies qui ne peuvent pas s'occuper du développement numérique
de leur territoire, de léguer cette compétence à un autre établissement pu-
blic s’il la revendique. Ce dernier, à travers des schémas d'aménagement,

42
pourra s'occuper du déploiement de réseau et ainsi bénéficier d'économies
d'échelle et d'externalités plus grandes.

Les pays peuvent aussi aider à la mise en place de réseau. Ces derniers pré-
sentent une cohésion géographique, économique et culturelle mais ne possè-
dent pas de compétences. Malgré tout, ces derniers peuvent être des acteurs
d'impulsion, de coordination et de mutualisation entre communes et EPCI
du pays. C'est ce que fait le pays du Centre Ouest Bretagne (COB). Ce der-
nier est à cheval sur les départements des Côtes d'Armor, du Morbihan, et
du Finistère et a pour plus forte densité 56 hab/km2. L'initiative privée a
donc peu de chance de se développer et un RIP par les collectivités serait ex-
trêmement coûteux en raison du caractère très rural du territoire. Le pays
du COB essaie néanmoins de mettre en place un schéma directeur optique
afin de déployer un réseau de fibre qui dégrouperait les NRA ou même don-
nerait du très haut débit à ses habitants loin de tout.

2.2.6 Plusieurs problèmes qui peuvent apparaître avec l'intervention des col-
col-
lectivi
lectivités
Un des problèmes majeurs qui peut-être imputé aux interventions publiques
vient des changements politiques. En effet, entre les législatives (tous les 5
ans), les régionales (tous les 6 ans), les cantonales (tous les 3 ans), les com-
munales (tous les 6 ans), les Européennes (tous les 5 ans).... il peut être dif-
ficile de mener des projets sur du long terme car ils peuvent être remis en
cause ou reportés par les nouveaux élus.

Un maire s'il veut être réélu pourrait avoir tendance à privilégier les tra-
vaux de cours terme afin qu’il y ait une répercussion sur son mandat. De
plus, les travaux sur les réseaux de télécommunication ne sont pas forcé-
ment aussi visibles qu'un rond-point ou une piscine.

De même, généralement les opérateurs usent de lobbying auprès d'élus plu-


tôt qu'auprès de chargés de télécommunications. Ainsi les opérateurs peu-
vent généralement négocier à leur avantage les contrats. Sur le pays de Lo-
rient, par exemple, des communes se sont vues céder la propriété de leurs

43
fourreaux à France télécom. Un autre exemple pourrait être dans le cas où
Lannion qui voudrait passer un marché pour déployer un réseau très haut
débit. France Télécom employant plus de 1400 salariés de Lannion, cela pè-
serait beaucoup dans la balance quant au choix de l'opérateur.

Par ailleurs, un autre problème typique des collectivités vient de leur auto-
nomie respective. Chacun est son propre pilote et ne peut pas imposer sa vo-
lonté aux autres, cela peut mener à des conflits techniques et politiques en-
tre les collectivités qui peuvent mener alors à des gaspillages d'argent et des
contretemps. L'exemple récent est le cas de Rennes Métropole et du dépar-
tement de l'Ille-et-Vilaine. Rennes métropole était en avance sur le dépar-
tement et voulait user de la licence WIMAX51 du département. Le départe-
ment l'a mise à disposition du délégataire rennais puisqu'elle ne comptait
pas l'utiliser. Sauf qu'entre temps, des problèmes de zones grises sont appa-
rus sur le département. Un certain nombre d'études ont mis en place une
solution utilisant la licence sans fil. Un appel d'offre a été réalisé pour un
marché de service public sur le département Ille-et-Vilaine incluant dans le
lot Rennes Métropole afin que le marché public soit plus attractif. Un mar-
ché départemental a été retenu mais pas avec le même prestataire de Ren-
nes Métropole. Résultat : des tensions politiques ainsi qu’un gaspillage de
ressources financières et humaines qui auraient pu être mutualisées sur un
seul marché public.

Un autre problème vient de la nature même des contrats passés entre les
collectivités et les acteurs privés. Le cadre juridique d’une DSP par exemple
ne permet pas de faire évoluer le contrat puisque cela remettrait en cause le
marché public passé antérieurement. Pour illustrer mes propos; si le marché
public avait pour objet le dégroupage de NRA, il semblerait très difficile de
le faire évoluer en un contrat de déploiement de FTTH même si des ave-
nants sont possibles. En effet, un autre délégataire pourrait être plus per-
formant pour le nouveau contrat. Ainsi des collectivités peuvent se retrouver

51 Acronyme pour Worldwide Interoperability for Microwave Access. Elle correspond à un ensemble de normes portant sur la
transmission de données sans fils sur plusieurs kilomètres.

44
avec plusieurs DSP, c’est le cas du Syndicat Intercommunal de la Périphérie
de Paris pour l'Électricité et les Réseaux de Communication (SIPPEREC)
qui gère trois DSP sur les télécommunications différentes.

L’aide publique peut provoquer également une sorte de "fausse frilosité" des
opérateurs privés. En effet, ces derniers pourraient être « désincité » à dé-
ployer spontanément des réseaux sachant que les collectivités publiques
vont les financer ou les construire: pourquoi aller déployer un réseau lors-
que les collectivités peuvent le faire pour nous ?

On peut également assimiler une collectivité comme un consommateur de


bien high-tech. Face à la rapidité des changements technologiques, les élus
peuvent faire preuve d’attentismes car le prix de la technologie va diminuer
et des innovations pourraient apparaître.

Chapitre 3 > Structure du marché du très haut débit

Pour l'instant, le marché se retrouve partagé entre 4 acteurs : Orange, SFR,


Free, et Numericable. Le premier opérateur à avoir proposé une offre très
haut débit grand public fut Numericable en décembre 2006 en utilisant la
technologie FTTLA. Les premières offres FTTH, quant à elles, sont ensuite
apparues dans cet ordre: Orange (Mars 2007), Neuf/SFR (Avril 2007) et Free
(Septembre 2007).

3.1 > Un marché intégré et différencié


Le marché du très haut débit actuel se caractérise par une forte intégration
verticale: les opérateurs de THD descendent la chaîne de valeur vers le
client en construisant leur propre réseau fibre. Les fournisseurs d’accès In-
ternet sont donc opérateurs à 100 % sur le marché du THD (Cf. figure 7)
alors qu’ils le sont que partiellement sur le marché du haut débit (Cf. figure
7).

45
Figure 6 Représentation d'une chaîne de valeur d'un réseau haut débit (ADSL)

La boucle locale de France Télécom et de Numericable étant difficilement


duplicable, les FAI ADSL ont employé des stratégies de différentiation hori-
zontale à travers des campagnes publicitaires très vives pour se créer une
image de marque forte.

Ceux-ci pratiquent également une différentiation verticale en descendant


dans la chaîne de valeur par le déploiement de réseau propre avec un choix
technologique et une architecture spécifique.

Figure 7 Représentation d'une chaîne de valeur d'un réseau très haut débit (Fibre)

Ainsi, comme nous l'avons vu, Numericable déploie en FTTLA qui permet
d'avoir des débits descendants jusqu'à 100 Mbit/s mais qui sont freinés par
le nombre de personnes raccordées sur le dernier amplificateur. La techno-
logie utilisée par le câblo-opérateur ne permet pas des débits symétriques
pour le moment.

Orange a fait le choix pour l'instant du FTTH en architecture GPON qui


permet d'avoir des débits symétriques de 100 Mbits/s mais ils sont dépen-
dants du nombre d'utilisateurs raccordés au NRO.

46
Enfin, Free a choisi la technologie la plus évolutive en optant pour du FTTH
en architecture P2P qui permet d'avoir des débits symétriques à 100 Mbit/s
avec une fibre dédiée à chaque abonné.

La différentiation verticale se fait également en remontant dans la chaîne


de valeurs comme : hébergement de site, client mail, chaîne de télévision,
VOD...

Ces stratégies font que le marché du très haut débit est actuellement très
intégré et également très différencié.

3.2 > Un marché concentré mais qui présente de fortes disparités


Les quatre opérateurs se partagent pour l'instant un parc de 170 000 abon-
nés en France52. Contrairement au marché haut débit, le câblo-opérateur est
largement en tête avec un parc de 130 000 abonnés, soit 76 % de part de
marché suivi par Orange qui annonce un parc de 26000 abonnés53 (Cf. Gra-
phique 12). Par déduction, j'en déduis que SFR/Neuf et Free se partagent les
14000 derniers abonnés.

Graphique 10 Part de marché de l'accès Internet haut débit Graphique 11 Part de marché de l'accès In-
Français ternet très haut débit Français

52 Source: Publication ARCEP le 7 avril 2009


53 Source: Silicon.fr

47
3.2.1 Une concentration élevée
Bien que le marché du très haut débit soit encore émergeant, on peut calcu-
ler un indice de Herfindahl-Hirschmann54 afin d'affirmer l'idée de concen-
tration du marché. En faisant l'hypothèse que SFR et Free se partagent
équitablement les 14000 abonnés, j'obtiens un indice élevé de l'ordre de
6115. L'indice est de 3633 pour le marché du haut débit ce qui nous prouve
que, pour l'instant, le marché du très haut débit présente une concentration
plus forte.

3.2.2 Des disparités entre les opé


opérateurs
Les disproportions importantes de PDM entre les acteurs sont déjà présen-
tes et ne s'expliquent pas seulement par l'avantage concurrentiel du premier
entrant. Ces différences proviennent de l'existence d'une ressource rare : les
fourreaux. En effet, le déploiement de fibre s'effectuant en sous-sol majori-
tairement, les fourreaux déjà existants servent à passer vite et à moindre
coût les fibres.

La majeure partie d'entre eux est la propriété de France Télécom à travers


la boucle locale. Numericable en possède également une partie grâce à son
réseau câblé. Ces fourreaux constituent donc une facilité essentielle par la-
quelle Free et SFR doivent passer pour apporter la fibre jusqu'à l'abonné.

La présence de ces facilités essentielles créée une inégalité entre les opéra-
teurs conduisant à la suprématie de Numericable et d’Orange pour le mo-
ment. L'avance de Numericable sur les autres opérateurs vient de l'utilisa-
tion de la technologie FTTLA qui nécessite beaucoup moins de travaux que
le FTTH. Cette technologie évite en plus d'aller faire des travaux chez les
particuliers ce qui permet à Numericable de déployer abordablement et ra-
pidement.

54 IHH est égale à la somme des parts de marché élevée au carré. Un IHH est élevé lorsqu'il est supérieur à 1800 selon le livre
"La pratique communautaire du contrôle des concentrations" Par Antoine Winckler, François Brunet, David Encaoua, Lau-
rent Cohen-Tanugi, Mario Siragusa

48
3.3 > Un double « Bottle neck »
Ces facilités essentielles provoquent l'émergence d'un double goulot d'étran-
glement ("Bottle Neck") pour les opérateurs.

3.3.1 Une ressource rare : les fourreaux


Le premier se situe au niveau du déploiement de réseau par l'existence des
fourreaux de France Télécom et de Numericable. Ainsi la longueur cumulée
d'alvéoles de France Télécom pourrait atteindre 1,5 million de Km dans la
boucle locale, le linéaire d'artère environ 350.000 Km et le nombre de foyers
couverts serait de l'ordre de 22 millions55. Numericable, pour sa part, compte
environ 24 000 Km de fourreaux et 11 000 Km d’artères de génie civile.

Ces alvéoles constituent une ressource rare, les propriétaires de facilités es-
sentielles auront tendance à privilégier l'accès de leurs infrastructures à
leur propre réseau au détriment des opérateurs tiers. Ces derniers devront,
en cas de non-disponibilité des infrastructures passives, réaliser une nou-
velle tranchée pour poser des fourreaux (Coût fixe important) ou louer de la
fibre noire.

3.3.2 Une nouvelle boucle locale


Le second goulot d'étranglement, quant à lui, devrait se mettre en place une
fois le réseau constitué. En effet, dans les zones denses il y aura concurrence
entre les infrastructures des différents opérateurs mais pas dans les régions
moins denses où un seul pourra déployer.

Ce monopole sur les infrastructures devrait naître à cause de l'existence de


coûts fixes importants nécessitants d'avoir des moyens financiers consé-
quents mais aussi par l'existence d'une masse critique qui peut se traduire
par l'inviabilité économique de 2 réseaux parallèles. Ainsi, chaque monopole
local constituerait un goulet d'étranglement pour les autres opérateurs.

55 Source: Consultation publique de l'ARCEP

49
Ces Bottle neck pourraient se concrétiser par des lenteurs de mise en ser-
vice ou d'obtention de données... qui augmenteraient les coûts administratifs
et des retards de déploiements.

3.4 > Les barrières dites « naturelles »


La concentration du marché du très haut débit entre 4 acteurs s'explique
également par l'existence de barrières à l'entrée. Je les distingue en deux
catégories: les barrières « naturelles » et les barrières « artificielles » héri-
tées de la concurrence entre les opérateurs du marché haut débit.

3.4.1 Existence d’économie d’échelle


Les barrières à l'entrée naturelles viennent de la nature même du réseau:
l'existence de coûts fixes, renforcés par l'intégration verticale du marché
obligeant les opérateurs entrants à consentir des investissements plus im-
portants (Cf. Graphique 12). Les entrants potentiels devront pratiquer un
prix plus faible que les firmes en place pour acquérir des clients. En suppo-
sant que les firmes du marché pratiquent un prix p1, ils devront construire
un réseau qui soit plus grand ou égale à n1 afin de pouvoir pratiquer un prix
plus faible que p1.

50
Graphique 12 Représentation des courbes de coût moyen C(n)/n et du coût marginal C'(n) d'un réseau

L'existence d'économies d'échelle et de rendements croissants d'adoption


rend plus difficile l'acquisition de clients pour les entrants potentiels. En ef-
fet, ces derniers devront pouvoir s'aligner sur le prix pratiqué par les opéra-
teurs existants qui sont généralement plus efficaces. De plus, l'existence
d'une base installée de clients permet aux opérateurs de bénéficier d'exter-
nalités de réseau plus rapides que ceux qui n’en ont pas.

En outre, le prix pratiqué pour le très haut débit, se calant quasiment sur
celui de l'ADSL (aux alentours de 30-45 euros), impose aux opérateurs
d'avoir un nombre d'abonnés plus important pour être rentable que si le prix
avait été plus élevé (cf. graphique 12).

Ainsi, le nouvel entrant, pour espérer pratiquer le prix concurrentiel, doit


dimensionner un réseau plus grand et donc concéder un plus gros investis-
sement dès le départ. Une stratégie de prix limite qui correspond à p* sur le
graphique 12 peut finalement apparaître si les opérateurs dimensionne leur

51
réseau à n*.En pratiquant le prix le plus faible, ils empêcheraient l’entrée
de nouveaux concurrents puisque aucun profit n’est possible.

3.4.2 Des financements difficiles à atteindre


Ces investissements seront d'autant plus difficiles à mettre en oeuvre au vu
de la frilosité des investisseurs. "Pour les investisseurs, il semble plus ras-
surant de financer les projets fibre optique des acteurs ayant déjà une im-
portante base d'abonnés Internet, qui assurent les revenus du présent, plu-
tôt que de nouveaux entrants" raconte Jean Phillippe Haaq56 de la Société
Générale. La différence d'investissement sera encore plus prononcée du fait
que les opérateurs présents sur le marché très haut débit possèdent déjà un
réseaux de transport mis en place par le dégroupage des répartiteurs.

3.5 > Les barrières dites "artificielles"


Les barrières artificielles naissent de la concurrence entre les opérateurs
sur le marché.

3.5.1 Une différentiation accentuée


La forte différentiation horizontale qu'il existe entre Orange, SFR/Neuf,
Free et Numericable au niveau des contenus, des services proposés et de
l'image de marque constitue un obstacle pour un nouvel entrant. Pour pou-
voir se faire une place sur le marché, le nouvel entrant devra assurément
concéder des investissements énormes. Il suffit de voir la campagne du FAI
Alice qui, pour essayer de se faire une place en tant que 4 ème opérateur
ADSL, a dépensé sans compter sur les campagnes publicitaires57.

3.5.2 Obstacle aux changements d’opérateurs


La mise en place de contrats de long terme (2 ans) limite le taux de CHURN
et fige les parts de marché. Des switching-cost58 apparaissent pour les
clients à travers des frais de résiliation, le renvoi de la box... renforcé par
l'acquisition de point de fidélité qui oblige le nouvel entrant à consentir de

56 Interviews donnée au Journal du Net:http://www.journaldunet.com/ebusiness/telecoms-fai/dossier/071119-digiworld2007-


ftth/10.shtml.
57 419€ dépensés par acquisition de clients.
58 Coût pour un individu de changer d'opérateur.

52
plus gros financement comme des reprises d'engagement pour attirer le
client.

3.5.3 Des coûts irrécupérables pour les opéra


opérateurs
Il existe aussi une barrière à la sortie du fait de la présence de coût irrécu-
pérable (« Sunk Cost »), la revente du réseau est difficile car il est parallèle à
ceux des concurrents qui n'y verront pas grand intérêt. Le nouvel entrant
mettra des dizaines d’années pour recouvrir son investissement. Avant de
faire des bénéfices, l’entrant devra donc être en mesure de gérer une dette
importante sur plusieurs années, cette dernière pouvant constituer une bar-
rière psychologique forte.

53
Deuxième partie : Analyse du dé-
ploiement optique

A
près avoir analysé de façon statique le marché, il est intéressant
de le regarder en mouvement. Cette partie s’intéressera donc au
déploiement du réseau supportant le très haut débit et sera divi-
sée en quatre chapitres. Les rétroactions positives qui condition-
nent le déploiement seront présentées dans un premier chapitre. Ce dernier
sera suivi par un chapitre sur la diffusion du très haut débit dans la popula-
tion française. J’observerai les comportements actuels des protagonistes pri-
vés du très haut débit résidentiel dans le troisième chapitre. Finalement, une
projection dans le futur, sur les possibles stratégies de déploiement des opé-
rateurs, semble profitable.

54
Chapitre 1 > Présence de rétroactions positives

Après avoir analyser l’offre et la demande séparément, l’analyse des rela-


tions entre les deux permet de mettre en évidence des mécanismes d’action
réaction qui vont se répéter indéfiniment dans un cercle vertueux. Ce méca-
nisme de rétroactions positives59 décrit par Vicente (2004) apparaît par
l'existence de coûts fixes importants et d'externalités de réseau. Le méca-
nisme va suivre cette logique (cf.Figure 8):

1. Si un réseau commence à être utilisé par plusieurs consommateurs,


l'opérateur va réaliser des économies d'échelles qu'il va pouvoir réper-
cuter sur les prix.

2. Cette baisse de prix va stimuler la demande et générer des externali-


tés de réseau qui vont renforcer la demande.

3. Ce renforcement de la demande va agir sur l'offre en permettant à


cette dernière de réaliser des économies d'échelle encore plus signifi-
catives.

4. Les nouvelles économies d’échelle vont pouvoir être répercutées sur


les prix etc....

59 Dans son papier Balkanisation des infrastructures de télécommunications et aménagement numérique, Jérôme Vicente
prend en compte la demande des entreprises mais nous pouvons facilement étendre son raisonnement aux particuliers.

55
Figure 8 Représentation de la dynamique de marché en présence de rétroactions positives (adaptée du modèle de
Jérôme Vicente).

Cet "effet boule-de-neige" sera d'autant plus fort et rapide que les coûts de
déploiement du réseau sont initialement bas (effet prix) et que la population
d'utilisateurs pouvant se connecter au réseau est forte (externalités de ré-
seau potentiellement fortes). Les zones bénéficiant d’une masse de clients
potentiels permettant de déclencher cette rétroaction, seront donc plus pro-
pices à des réseaux.

Ce mécanisme va donc préempter les logiques de déploiements de réseau, ce


qui risque de renforcer le déséquilibre entre les collectivités s’il n’y a pas
d’interventions de leur part. Ces mécanismes expliquent en partie pourquoi
les offres THD vont pour l'instant se déployer dans les grands centres ur-
bains qui sont favorisés par des coûts de déploiement faibles et une de-
mande potentiellement forte.

56
Chapitre 2 > L'adoption du très haut débit par les
consommateurs

Pour analyser le basculement d’un marché émergeant vers un marché de


masse, il est intéressant d'étudier la littérature concernant les cycles
d’adoptions.

2.1 > Le cycle d’adoption appliqué au très haut débit


Empiriquement l’adoption d’une technologie suit une courbe en forme de S
(Modèle de Bass, 1969). Cela signifie que dans le cadre d'un réseau, il va y
avoir très peu d'abonnés au début et, au-delà d'un seuil de personnes
connectées (une masse critique), la demande va exploser en atteignant le
marché de masse jusqu’à saturation.

Les réseaux cuivre et GSM ont suivi cette évolution en S (Cf. Graphique 13).

Graphique 13 Evolution du nombre d'abonnés (lignes et postes téléphoniques fixes et mobiles. Source: Annuaire
rétro de la France)

Ce graphique montre que la forme du S est plus ou moins prononcée, c’est-à-


dire que les périodes de démarrage vont être plus ou moins longues.

Remarque: La courbe de diffusion des téléphones mobiles possède une plus


forte accélération sûrement en raison du fait que le réseau déployé est sans
fil. En effet, un réseau sans fil se déploie beaucoup plus vite sur l'ensemble
du territoire et à moindre coût par rapport à un réseau filaire. Le fait qu'un

57
abonnement mobile soit apparenté à la personne qui le possède a dû partici-
per également à cette forte croissance: en général chaque membre d'un foyer
possède son téléphone portable alors qu'il n'y a qu'une ligne fixe par maison.
Il ne faut pas oublier également que la compatibilité du réseau mobile avec
le réseau fixe qui permet aux usagers mobiles de bénéficier de la mise en re-
lation avec les usagers fixes. Un coût d'interconnexion plus élevé a été pra-
tiqué entre un fixe et un mobile pour financer le réseau sans fil. Ce coût
d'interconnexion plus élevé augmentait les externalités de réseau car il était
beaucoup plus intéressant d'acheter un téléphone portable pour appeler les
numéros mobiles.

Dans son livre The Diffusion of Innovations (1962), Everett Roger montre
qu'une technologie se propage à travers différentes classes de population re-
présentant des points de passages obligatoires (Cf. Figure 9).

Figure 9: Diffusion d'une technologie selon le type d'adopteur (Source: Livre Everett Roger)

Il distingue 5 catégories d’adopteurs en fonction du temps écoulé entre


l’introduction d’une innovation et son adoption : les innovateurs, les primo
adoptants, la majorité précoce, la majorité tardive et les retardataires.

Pour Everett Roger, le taux d'adoption va dépendre de sept critères que nous
résumerons dans le tableau 1 :

58
Nature de
Critères Fibre optique l'impact (+/-
)
Technologie plus performante et plus stable, le
Son avantage re
relatif
même débit pour tous les utilisateurs +
Technologie entièrement compatible avec les usages
Sa compatibilité
en cours (Internet, téléphonie, et télévision) +
Même complexité que la mise en œuvre de l'ADSL
Sa complexité
complexité
(une box à installer). +
Pour l'instant, la technologie est seulement accessi-
Son accessibili
accessibilité
ble dans certains quartiers de grandes villes --
Même si la qualité du réseau fibre est indéniable,
son effet sera très peu visible dans un premier
temps car les usages potentiels n'apparaîtront que
Son observabili
observabilité
plus tard. De même les sites comme les réseaux --
domestiques (WIFI60,...) ne sont pas optimisés pour
le très haut débit.
Présente peu de risque car il y a rétro compatibilité,
la fibre est l'unique technologie qui sera employée
Le risque
par les opérateurs. La fibre semble être en plus la +
technologie la plus pérenne actuellement.
La vitesse du
changement
technologique
La vitesse de déploiement est pour l'instant lente
--
Tableau 1 Les sept critères qui conditionnent la diffusion d'une technologie selon Everett Roger appliqués à la fibre
optique

2.2 > L’existence d’un fossé entre le marché émergeant et le mar-


ché de masse (Moore)
Partant de la courbe de diffusion d'une technologie d'Everett Roger, Geoffrey
Moore introduit dans son livre Crossing the chasm (1991) la séparation du
cycle de diffusion en deux phases de marché : un marché émergent et un

60 Une norme de réseaux sans fil. La norme 802.11b est la plus rependue, celle-ci ne permet que des débits théoriques de
11Mbits (6 Mbits en réel).

59
marché de masse. Il explique qu'une technologie peut ne pas atteindre un
nombre d'adoptants suffisant pour se diffuser plus largement et ainsi
s'écrouler.

Il sépare les consommateurs également en cinq groupes qui ne sont plus ba-
sés sur le temps écoulé avant l’adoption, mais plutôt sur leurs préférences
individuelles. Il distingue ainsi les innovateurs (technophile, geek...), les
primo adoptants (visionnaires), la majorité précoce (pragmatiques), la majo-
rité tardive (les conservateurs) et les retardataires (sceptiques). Je n’irais
pas dans le détail des groupes de consommateurs, mais il faut juste savoir
que les innovateurs et les visionnaires forment le marché émergent par le-
quel une technologie doit forcément passer avant d’atteindre le marché de
masse.

Figure 10 Cycle d'adoption d'une technologie selon Moore (Source: The Chasm Group)

Pour l'instant la technologie fibre se situerait en France au niveau des « vi-


sionnaires61 » (« Visionaries »), c'est-à-dire les « technophiles » (« Techies ») et
ceux qui veulent du débit en raison de leurs usages.

61 Seulement 7% des foyers éligibles ont souscrit à une offre FTTH selon l'ARCEP.

60
Geoffrey Moore a montré l'existence de paliers à franchir entre les différents
groupes, le plus important étant celui se situant entre le marché émergent
et le marché de masse qu'il a appelé le gouffre (« the Chasm »). La question
va être alors pour les opérateurs: comment faire pour passer le marché du
très haut débit dans un marché de masse? En effet, il y a une grosse diffé-
rence entre les primo adoptants et le marché de masse: alors que les pre-
miers n'ont pas peur du changement et aiment les technologies aux poten-
tiels puissants, le marché de masse veut une utilité visible et freine à l'idée
de changement. Généralement, les technologies ne franchissent pas le gouf-
fre d’elles-mêmes, il faut qu’il y ait un déclencheur comme une normalisa-
tion, une aide publique (ex : minitel), une baisse significative des prix, un
marketing performant…

La question est de savoir quel sera le déclencheur pour le très haut débit.
On peut intuitivement penser que les opérateurs alternatifs vont faire bas-
culer leurs clients, quand c’est possible, sur leur propre infrastructure. Mais
le basculement risque d’être lent car tant que les nouveaux usages indispen-
sables ne seront pas apparus les consommateurs lambda ne basculeront pas,
privilégiant un accès satisfaisant plutôt qu’optimum. Si on prend l’exemple
des réseaux EDGE et 3G, quel intérêt pour le consommateur de basculer sur
le 2eme réseau pour émettre/recevoir des appels ? L’intérêt de la 3 G est ré-
ellement apparu avec l’accès Internet en mobilité grâce aux clefs 3g et des
smartphones.

Remarque : Les modèles de Roger et de Moore, bien qu’intéressants, peu-


vent être discutables. Dans le cas de la fibre optique, cette dernière va être
déployée massivement dans les zones très denses. Cela sous-entendrait que
les citadins seraient des «Geeks» car se sont les premiers connectés en très
haut débit ! De même, la phase d’accélération de l’adoption quand on atteint
la majorité précoce peut être remise en cause par le retard qu’aura le dé-
ploiement dans les zones rurales. En effet, la technologie fibre ne sera peut-
être possible à moyen terme que pour 50% de la population, ce qui rendrait
le cycle d’adoption complet impossible.

61
Chapitre 3 > Comportements des acteurs privés

3.1 > Une compétition accrue


3.1.1 Compétition sur la localisation
localisation
Le marché étant très jeune, la compétition est vive entre les opérateurs pour
prendre des parts de marché. Elle s'effectue essentiellement par les infras-
tructures, ce qui renvoie à une concurrence spatiale dans laquelle les opéra-
teurs cherchent à se localiser aux endroits stratégiques et rentables.

Dans la première phase de déploiement, c’est-à-dire avant la préconisation


du multifibre par l’ARCEP le 22 juin 2009, les premiers traitant avec les
syndicats d'immeubles devenaient opérateur exclusif de bâtiments ou de
certains quartiers. Une course s’est déclenchée entre les opérateurs pour fi-
brer les « meilleurs » immeubles.

3.1.2 Une mutualisation nécessaire mais difficile


Cette course a plus ou moins été ralentie par la décision du 22 juin 2009.
Cette décision permet à un opérateur d'exercer une option pour poser une
fibre supplémentaire à ses frais lors d'un déploiement par l'un de ses
concurrents. Cette décision provient d’une volonté de l'ARCEP de mutuali-
ser les efforts des opérateurs afin d'éviter les gaspillages financiers et de ré-
duire le nombre d'interventions dans les immeubles.

Mais les opérateurs n'ont pas été pro mutualisation jusqu'à présent. L'utili-
sation d'architecture différente de déploiement (GPON pour Orange, P2P
pour Free et SFR qui oscille entre les deux) rend difficile le partage de tran-
chées. De même, l'accès aux facilités essentielles bien que réglementé par
l'autorité reste plus difficile pour les opérateurs alternatifs.

Le marché étant jeune, nous ne pouvons pas savoir s'il y a de la collusion


sur les déploiements ou sur les prix. Néanmoins, nous avons assisté en l'ab-
sence de décision de l'ARCEP à un accord entre SFR, Orange et Numerica-
ble fin 2008. Ces derniers prévoyaient que les bâtiments seraient raccordés

62
par le premier opérateur entrant qui louerait ensuite ses infrastructures
aux autres. Cela aurait mis Free en difficulté car ses moyens financiers
étant plus faibles, il aurait été incapable de câbler aussi vite que ses concur-
rents. Il se serait retrouvé à louer une grande partie du réseau aux opéra-
teurs.

3.2 > Une tendance à une hyper concentration


3.2.1 Tendance à l’éviction des concurrents poten
potentiels
Le marché du très haut débit étant le prolongement du marché haut débit, il
se retrouve concentré a priori puisque de nombreuses acquisitions fusions
ont eu lieu. Le marché est d'autant plus concentré que toute tentative
d’intrusion fut vite étouffée par des rachats. Quelques exemples : Cité-fibre,
un pionnier du fibrage de Paris, fut racheté par Free en 2006 alors qu'il
n'était pas loin du dépôt de bilan. Il y a eu aussi Erenis, premier opérateur
THD pour particuliers sur Paris en 2003, qui fut racheté par Neuf/SFR en
2007 pour moins de 70 millions d'euros62. L'opérateur palois Média fibre, qui
proposait un abonnement très haut débit, fut également racheté par Neuf
courant 2007. Les acteurs Internet, présentant l'évolution du marché, préfè-
rent racheter toute concurrence potentielle.

3.2.2 Vers une convergence des télécommunica


télécommunications et des contenus
La tendance est à la consolidation du secteur des télécommunications: celui
des communications mobiles et celui des communications fixes. Les opéra-
teurs tendent vers l’ubiquité afin de renforcer la captation de clients. De ce
fait, ils vont devenir l’unique canal de communication et par extrapolation
de diffusion de contenu vers les consommateurs sur différents écrans : télé-
phone, ordinateur, télévision...

À terme, tous les services de communication et de diffusion de média de-


vraient passer par un seul support : la fibre. D'où l'intérêt des opérateurs
d'être présents sur ce support afin de se positionner en tant
qu’intermédiaire entre les fournisseurs de contenus/services et les consom-

62 Selon les Echos

63
mateurs finaux (cf. figure 10). A terme, les opérateurs seront positionnés en
tant que « gate-keeper63 » qui pourra à terme poser des problèmes de
concurrence comme des abus de position dominante sur la diffusion de
contenus.

Figure 11 Convergence des réseaux de transport de données (Source: CETE de l'ouest)

La fusion Neuf/SFR va dans ce sens et Free postule actuellement à la 4ème


licence 3g pour laquelle Numericable réfléchit encore. De même Bouygues
Télécom s’est récemment lancé dans la fourniture d’accès Internet confir-
mant la nécessité future d’être omniprésent pour un opérateur de télécom-
munication.

3.3 > Une tarification uniquement faite sur l’accès


La tarification se fait uniquement sur l'accès et non sur l'usage : c'est-à-dire
30€/mois (45€ pour Orange). Cela risque de poser des problèmes de rentabi-
lité car le tarif est copié sur le réseau cuivre qui a été amorti par plusieurs
services en réseau: RTC, ADSL.

63 « Le gardien de porte ». Dans les livres de sociologie anglo-saxonne, le « gate-keeper » est un individu par lequel tous les
flux (information, bien...) passent. Ce dernier peut alors privilégier, interdire, filtrer les flux entre deux acteurs et tirer ainsi
un avantage concurrentiel.

64
Par le passé, les infrastructures télécoms ont toujours été financées par une
double tarification : une partie fixe et une partie variable (ex:téléphone fixe,
téléphone mobile, début d'Internet). En général, une subvention croisée était
appliquée: un tarif de raccordement en dessous du coût réel de l'infrastruc-
ture afin de ne pas décourager l'abonné et un tarif variable élevé possible
grâce à une valeur d'usage importante découlant des externalités de réseau.
Sur le marché nous concernant, les opérateurs pratiquent un prix d'accès
très inférieur au coût de raccordement si l'on en croit le graphique 3 réalisé
par PMP.

3.4 > La stratégie de la box


3.4.1 Une subvention d’accès
A l’instar du marché ADSL ou de la téléphonie mobile, les clients sont sub-
ventionnés à l'accès. En effet, l'opérateur leur fournit un modem évolué, ap-
pelé suivant l’opérateur « Neufbox, Livebox, Freebox,... » ainsi qu’un déco-
deur de télévision afin de pouvoir profiter de l'accès très haut débit. Mais à
la différence du marché du mobile la box est seulement prêtée ou louée. De
cette manière les opérateurs rendent l’entrée sur le réseau plus attractive
par la prise en charge du coût du modem.

Remarque : une « Freebox » haut débit coûte 180 euros à Free selon son rap-
port de gestion 2008.

3.4.2 Une réduction artificielle de la concurrence


Cette box fait généralement partie d'un « bundle » comprenant l'accès Inter-
net, la télévision numérique et le téléphone. Ces "packs" de services rendent
les prix plus opaques car on ne sait pas combien coûte réellement la télévi-
sion ou la téléphonie illimitée! Cela réduit la possibilité pour le consomma-
teur de faire jouer la concurrence entre ces différents services.

De plus comme nous l’avons vu, la box est seulement prêtée et non vendue
ce qui constitue un frein à la sortie pour un consommateur et réduit artifi-
ciellement le taux de CHURN. Malgré tout, les offres Internet françaises
sont à ce jour les plus compétitives sur le marché européen.

65
3.4.3 Un canal de diffusion privilégié
La box peut constituer un contact privilégié entre un opérateur et ses abon-
nés. Etant connecté sur la télévision, sur l’ordinateur et sur le mobile, un
opérateur bénéficie d’un support de diffusion multi écran. Il peut en plus
qualifier un foyer par les programmes regardés, les sites fréquentés, les per-
sonnes appelées... Le tout est ensuite d’associer les différents écrans entre
eux de façon à qualifier plus précisément les individus. Un moyen de le faire
est de mettre en place des jeux multi-support (cf. Pub Chabal pour Orange
Foot64).

L’opérateur pourrait diffuser de la publicité ciblée sur les différents écrans,


distribuer des services et des contenus ciblés comme de la vidéo à la de-
mande, des jeux vidéo...

3.5 > Deux origines de déploiement


Pour l'instant le déploiement se fait sous deux initiatives : l’une est privée
l’autre est publique

3.5.1 L’initiative privée


L’initiative privée est motivée essentiellement par des aspects de rentabilité.
Les acteurs privés ont intérêt de déployer sur leur propres fonds car les ré-
seaux peuvent générer des profits importants rapidement. C'est le cas des
déploiements sur Paris, Lyon, Marseille.

3.5.2 L’initiative
L’initiative publique
L'autre se fait sous l'impulsion des collectivités. Ces dernières peuvent cons-
truire des réseaux et les mettre à disposition d’opérateurs privés comme
nous l’avons vu dans la première partie.

Elles peuvent également conclure des partenariats avec des acteurs privés
ayant deux objectifs : une rentabilité pour les opérateurs et un bien être so-
cial plus important grâce à une couverture plus grande par exemple.

64 Un jeu mis en place par qui utilisait à la fois le mobile et un ordinateur.


http://www.youtube.com/watch?v=UI6s0w9ppa8&feature=player_embedded

66
Chapitre 4 > Prévision sur les stratégies des opérateurs
très haut débit

Un opérateur agit comme une plate-forme qui met en relation les adhérents
de son réseau entre eux mais aussi avec le reste des personnes et des servi-
ces on-line. Cette plate-forme (CF. Figure 12) fait payer la face des abonnés
qui sont subventionnés à l'accès par le prêt d’une box. Ils récupèrent égale-
ment une partie de leurs revenus par des accords avec des fournisseurs de
contenus. Par contre, les flux venant d’Internet et traversant le réseau ne
sont pas rentabilisés (encore ? 65) par les opérateurs.

Figure 12Opérateur Internet comme plateforme

Chaque opérateur, de part leur histoire respective, vont présenter des forces
et faiblesses qui influenceront leur stratégie de déploiement optique.

65 Une polémique a lieu en ce moment avec la dernière publicité faites par Orange. Cette dernière insinue qu’Internet chez
Orange n’est pas le même que chez les autres FAI, ce qui remettrait en question la neutralité du net. Cela sous-entendrait
qu’un opérateur pourrait réaliser des partenariats privilégiés avec certains acteurs du web comme Google, Yahoo... au dé-
triment des autres.

67
4.1 > Orange
4.1.1 Ancien monopole dirigé par l'état
Anciennement appelé la Direction Général des Télécommunications66, la
transformation du groupe en société France Télécom a été effective en 1988
notamment grâce à la directive européenne de mise en concurrence des ser-
vices publics.

Orange est le premier opérateur Internet français avec près de 50% de part
de marché sur le haut débit et le deuxième en accès très haut débit avec
15% du marché. Il bénéficie d'un ARPU67 sur le Haut débit de 33 euros.

4.1.2 Un groupe international


Longtemps seul sur son marché, l'ouverture des marchés européens va per-
mettre à FT de conquérir de nouveaux clients. Il va ainsi changer son nom
en 2001, adoptant celui de la société Orange rachetée par le groupe afin de
bénéficier d'un nom plus international (le mot orange existe dans de nom-
breuses langues), qui ne soit pas évocateur du territoire français.

Ainsi Orange a su se hisser en tant que 71 ème entreprise mondiale avec un


chiffre d'affaire de 53,5 milliards d'euros en 2008 et un résultat net de 4,07
milliards d'euros.

Le groupe est présent dans 220 pays et territoires avec plus de 160 000 000
clients à travers le monde dont 48,7 millions de clients Internet. Orange est
donc un groupe mondial possédant des activités diversifiées.

4.1.3 Des avantages concurrentiels hérités de son ex-


ex-statut
Le déploiement de fibre optique en France n'est pas un élément essentiel
dans la stratégie d'Orange de part son caractère international. Mais surtout,
son statut d'ex-monopole historique lui confère la propriété et la gestion de
la boucle locale qui constitue à l'heure actuelle le seul moyen de fournir un
accès Internet haut débit abordable à l'ensemble de la population française.

66 Faisait partie du ministère des postes, télégraphe et télécommunication


67 Average Revenue Per User : revenu moyen par abonné

68
Ainsi, déployer un réseau de fibre optique reviendrait pour l'opérateur à dé-
valoriser sa paire de cuivre.

L'ARCEP reconnaît que "France Télécom est aujourd’hui l’interlocuteur pri-


vilégié des copropriétés" et que souvent il est "soit propriétaire soit bénéfi-
ciaire d’un droit de jouissance exclusif sur les infrastructures internes". Cela
lui permet de déployer plus facilement que les autres opérateurs dans les
copropriétés.

France Télécom est également fort de son réseau de 700 agences qui lui
permet d'avoir une force de vente présente sur l’ensemble du territoire ainsi
qu’un SAV plus performant. Il bénéficie par la même occasion d'une image
de marque d'opérateur serein et légitime héritée de son ancien statut qui lui
permet d'atteindre un plus large public que la concurrence. Les personnes
averses aux risques et voulant une solution rapide auront tendance égale-
ment à privilégier l'opérateur historique qui bénéficie de la meilleur mise en
service et du meilleur SAV68.

4.1.4 Une progression en tant que diffuseur


Depuis 2008, Orange est devenu fournisseur de contenus à travers ses chaî-
nes de télévision. Sachant que le grand public est consommateur de conte-
nus et non consommateur de technologies, il est donc intéressant pour
Orange d’en devenir créateur et cela pour plusieurs raisons.

Tous d'abord, il faut qu’il puisse concurrencer SFR en cas de fusion avec Ca-
nal+. En effet depuis sa fusion avec TPS, Canal+ est le seul diffuseur de té-
lévision payante.

La deuxième raison est de pouvoir se différencier de ses concurrents en pro-


posant les contenus en exclusivité comme Orange Sport, Orange cinéma qui
sont des chaînes à prix très attractifs pour les abonnés Orange.

68 Selon le classement des opérateurs effectué par le journal du net: http://www.journaldunet.com/hightech/internet/enquete-


en-ligne/15e-barometre-des-fai-le-verdict/15e-barometre-des-fai-service-d-assistance-et-service-client-hotline.shtml

69
La troisième raison est que le groupe pourra rentabiliser le contenu sur dif-
férents écrans qu'il exploite: téléphone, ordinateur et télévision.

De même, Orange compte rentabiliser son multi canal de diffusion par la


publicité à travers Orange Advertising Network. Le groupe a récemment ra-
cheté Unanimis, une des plus grosses agences de publicité en ligne d’Outre-
Manche, ce qui confirme la volonté du groupe de se positionner plus forte-
ment sur ce créneau.

4.1.5 Une entreprise très surveillée par les régulateurs et les conseils de la
concur
concurrence
Les avantages concurrentiels hérités de son ancien statut vont faire que la
société Orange va être étroitement surveillé par les régulateurs et les
conseils de la concurrence de France et d'Europe.

La régulation se fait de façon asymétrique et généralement en sa défaveur.


France Télécom ne peut modifier sa grille tarifaire sur les offres régulées
sans l'autorisation de l'ARCEP. L'opérateur est alors obligé d'avoir recours à
des études afin d'appuyer ses modifications tarifaires ou de véri-
fier/contester les mesures prises par le régulateur.

Cela représente un coût supplémentaire par rapport aux autres FAI qui ef-
fectuent des études moins poussées. Par exemple, Orange s'était vu imposé69
de vendre son forfait Internet à un prix plus élevé que celui de la concur-
rence, il a dû également réduire le prix de l'accès à la boucle locale.

4.1.6 La possible stratégie d'Orange concernant le très haut débit


Orange aurait tendance à pratiquer une stratégie plus passive que la
concurrence: si le groupe est rationnel, il profitera au maximum de la rente
fournie par sa boucle locale en cuivre. D'ailleurs, les dénigrements successifs
de ses concurrents répétant que France Télécom fait tout pour ralentir le
déploiement du nouveau réseau sont là pour le prouver.

69 Aujourd’hui le tarif de vente au détail d’accès Internet n’est plus régulé.

70
La décision récente du régulateur français rendant l'option d'une fibre sup-
plémentaire possible va sûrement freiner son déploiement dans la grande
ville. En effet, il est intéressant pour Orange de laisser le « fibrage » d'im-
meubles se faire par les opérateurs alternatifs qui se concentreront sur les
grandes métropoles. Il lui suffit d'exercer l'option pour que les opérateurs lui
pose une fibre supplémentaire.

De cette façon, Orange déploiera de la fibre aux mêmes endroits que ses
concurrents afin de ne pas les laisser seuls. Le déploiement des grands cen-
tres urbains se retrouvera ralenti avec moins d'acteurs, laissant le temps à
Orange de profiter au maximum de sa boucle locale et de préparer le dé-
ploiement des zones moyennement denses où il se trouvera sûrement seul
pour déployer.

4.2 > Free


Free fait partie du groupe Iliad et est le premier fournisseur d'accès Internet
alternatif avec 25 % de part de marché sur le haut débit et publiait une
croissance à 40% le 4 août dernier. Il est moins bien situé sur le très haut
débit en raison du retard de son déploiement: la mise en place d'une boucle
locale est plus difficile car il ne bénéficie pas de facilité comme Orange ou
Numericable et de la puissance financière d’un SFR. Son chiffre d'affaire est
de 1 milliard et demi (1,565) et le groupe réalise un résultat net de 100 mil-
lions d’euros.

4.2.1 Une image de trublion des télécoms


Free est un opérateur généralement surnommé le trublion car il a pris à
contre-pied les pratiques existantes dans les secteurs des télécoms par une
politique agressive sur les prix, sur les services et sur la technologie: cou-
plage des box en CPL70, TV perso, hébergement, média center, offres triple-
play fixées à 29,90 euros... qui fait du marché français de l'ADSL l'un des
plus compétitifs au monde.

70 Courant porteur en ligne : permet d’utiliser le réseau électrique pour transporter des données numériques.

71
Son image passe par une communication très poussée à travers de nom-
breuses publicités, des interviews de Lombardini (PDG de FREE) ou de Xa-
vier Niel (PDG de Iliad) ainsi que par des procès à répétition. Il y a
d’ailleurs beaucoup de "Vapor waves" (effets d'annonce): le groupe Iliad a été
le premier à annoncer qu'il allait déployer un réseau FTTH, il a annoncé des
forfaits illimités sur les mobiles pour 30 euros alors qu'il n'a pas encore la
licence 3G...

D'ailleurs l'opérateur n'hésite pas à dénigrer ses concurrents et essaie de se


faire passer pour le Robin des bois des opérateurs Internet. Voici les propos
que tenait Maxime Lombardini (Directeur général de Free) questionné sur
la possible obtention d'une licence 3G le 11 octobre dernier71 « Pour 25 euros
par mois, en Autriche vous avez 3000 minutes de communication avec votre
mobile, là où en France vous avez 1 heure, soixante minutes. La chose la
plus drôle, je ne donnerai pas son nom, c'est que c'est le même opérateur ».
Dans ces propos, nous voyons bien que l'opérateur Free attaque directement
ses concurrents. Mais ces derniers ne sont pas d'avis de se laisser faire:
Orange a porté plainte le vendredi 20 mars contre Free pour diffamation. Le
groupe comparait France Télécom à « un délinquant multirécidiviste72».

4.2.2 Présence d'une communauté autour de la marque free


Free, par sa politique agressive sur les prix et sur l'intégration de technolo-
gies et de services innovants, a fédéré une communauté autour de la mar-
que, les "Freenautes", chose que les autres FAI n'ont pas.

Ce sentiment d'appartenance est renforcé par la mise en place de services


basés sur un modèle que je qualifierais de "freemium": les services sont dé-
gradés pour les non-freenautes. Ceux-ci vont engendrer des externalités
croisées qui vont être négatives pour les non possesseurs de « Freebox ». Ce-
la leur permet de renforcer leurs effets clubs et de limiter leur taux de
CHURN.

71 Propos recueillis lors de l'émission " De quoi je me mail" sur RMC


72 http://www.lexpansion.com/economie/actualite-high-tech/xavier-niel-france-telecom-est-un-delinquant-multi-
recidiviste_177359.html

72
Le côté technologique va faire que les abonnés Free sont des personnes
ayant des usages plutôt avancés dans l'utilisation des nouvelles technologies
ou de nouveaux services informatiques. La communauté Freenaute est très
active par de nombreux blogs, des commentaires défendant le FAI,… et le
groupe entent bien en profiter : il a ouvert une partie du code source de la
« Freebox » en licence GPL, ce qui lui permet de s'offrir une armée de déve-
loppeurs pour pas un sou !

Free bénéficie à travers cette communauté du plus fort ARPU : 36,3 euros
au deuxième trimestre 2009

Mais ce marché de niche éprouve certaines limites. Le grand public est plus
dur à atteindre pour Free que pour SFR ou Orange. L'exemple type est que,
depuis le rachat d'Alice par Free, les abonnés de la belle blonde s'en vont: le
FAI a perdu 54 000 clients. Le public d'Alice est plus familial que celui de
Free, la gestion de la relation à distance est donc plus difficile. De même, le
vivier des technophiles commence à s’épuiser car les derniers chiffres pu-
bliés montre que le taux d’acquisition d’abonné par Free a été divisé par
quatre.

4.2.3 Un unique canal de distribution:


distribution: la vente à distance.
Free est le seul FAI qui n'a pas de points de vente externe, c'est-à-dire dans
des supermarchés, des bureaux de tabac...ou des points de vente physiques
comme les boutiques Orange. Toutes les offres de Free se font à distance !

Cela est possible grâce à une communauté d’utilisateurs, évoquée au dessus,


ayant des usages plutôt avancés d’Internet et des technologies en général.
En effet, le canal de vente nécessite que les personnes soient plutôt compé-
tentes pour comprendre comment installer et utiliser les services, même si
une aide est disponible par téléphone.

La relation à distance permet au groupe d'économiser sur le personnel, sur


l'immobilisation corporelle, sur la logistique... ce qui fait de Free un opéra-
teur très rentable (résultat net de 100 millions d’euros). Mais cette absence

73
est aussi un inconvénient car il ne permet pas d'avoir une force de ventes
sur le terrain pour vendre ses services et ne permet pas non plus de prati-
quer un service après vente aussi performant que ses concurrents.

Remarque : Si Free parvient à obtenir une licence de téléphonie 3G, le


groupe devrait investir des points de vente physique car la souscription
d'abonnement mobile se fait principalement dans des boutiques. Une ré-
cente rumeur publiée dans "La Tribune.fr" évoque la possible ouverture de
500 "Free Stores" si la licence 3G est gagnée par Free.

4.2.4 Une bataille sur deux fronts


Free veut investir dans une boucle locale en fibre, mais il veut également
investir dans un réseau 3G dont la licence serait vendue à 640 millions d'eu-
ros si les recours des autres opérateurs pour l'augmenter ne portait pas leur
fruit73. Il faudra investir dans le déploiement d'antennes ce qui veut dire
pour Free: un investissement supplémentaire par rapport à ses concurrents
alors que son poids financier est indéniablement moins lourd que celui
d'Orange ou de SFR. L'investissement reste bien évidemment conditionné
par l'obtention de la licence au près de l'ARCEP.

Cette dernière est fondamentale pour Free car, avec Numericable ce sont les
seuls qui n'ont pas de réseau mobile, ils ne pourront pas pratiquer les offres
quadruple-play si ce type d'abonnement devient la norme future. Surtout
que l'accès en mobilité devient de plus en plus utilisé avec l'apparition de
Smartphones évolués permettant réellement de surfer sur Internet ainsi
que l'apparition de Netbook avec la technologie 3G intégrée.

L'opérateur du groupe Iliad avait toute fois tenté de s'en passer en obtenant
une licence Wimax mais qu'il n'a pas utilisé. Il a également tenté de dé-
ployer un réseau sans fil par l'intermédiaire des « Freebox ». Ces dernières
permettent d'appeler en VOIP avec des portables dotés d'une connexion WI-
FI. Ils ont récemment ouvert à la connexion Internet à l’instar de SFR.

73 Orange et SFR ont saisi la commission européenne pour aides d’états. Bouygues Télécom s’apprête à le faire également.

74
4.2.5 Toujours dépendant
dépendant de ses concurrents
C’est le seul des quatre opérateurs à ne pas posséder de réseau propre. Il ef-
fectue des contrats longues durées avec Neuf-Cégetel et des collectivités sur
des offres fibre noire. Free n'est pas un constructeur de réseau.

De même on peut se poser des questions sur les stratégies de contenu car,
contrairement à ses concurrents, il est le seul à ne pas être intégré vertica-
lement: Numericable est d'abord un diffuseur de télévision, SFR est adossé
au groupe Canal+ et Orange a créé Orange TV. À termes, cela risque de po-
ser des problèmes d'accès aux contenus.

4.2.6 La stratégie possible de Free sur le très haut débit


Free veut s'affranchir du réseau de France Télécom à tout prix. En effet, le
groupe doit reverser quasiment le tiers de ses revenus à l'opérateur histori-
que pour le dégroupage.

Iliad déploiera en priorité dans les grands centres urbains, plus particuliè-
rement là ou le groupe bénéficie d'une importante part de marché qui lui
permettra d'investir le tiers du prix de l'abonnement dans son réseau fibre
plutôt que de le reverser à France Télécom. Le déploiement du nouveau ré-
seau en fibre est également une opportunité pour Free de se différencier
techniquement par l'utilisation d'une architecture différente : le P2P.

Free étant le groupe bénéficiant d'une force de frappe financière plus faible
qu'Orange ou SFR, il a ainsi grand intérêt à ce que l'ARCEP prône la mu-
tualisation des frais sur les parties communes, afin que Free puisse déployer
un réseau aussi grand que ses concurrents. De cette manière, Free pourrait
augmenter ses revenus de manière significative grâce à la promotion de ser-
vices à forte valeur ajoutée (VOD HD, Multi Poste Tv...).

De même, Free va avoir tendance à se rapprocher des centres urbains où il


bénéficie d’une forte part de marché pour passer des contrats de déploie-
ment résidentiel avec les collectivités locales comme Montpellier.

75
4.3 > Neuf/SFR
Le groupe SFR possède 23% de part de marché sur le haut débit et partage
8,23%du marché THD avec Free. La partie fixe (Neuf-Cegetel) réalise un
chiffre d’affaire de 2,9 milliards d’euros sur les 11,553 milliards générés en
200874. Par contre la participation au résultat net de l’activité fixe est égale
à 18 millions d’euros, soit très peu en comparaisons de Free. Cette faiblesse
vient des coûts d’intégration et de restructuration de Neuf dans l’entité SFR
car avant la fusion son résultat net était de 77 millions. Mais si on prend le
résultat net du groupe Vivendi il est de plus de 2 milliards.

4.3.1 Un groupe qui a fonctionné jusqu’à présent par croissance externe


Au contraire de Free qui fonctionne par croissance interne (Sauf le cas
d’Alice), le groupe Neuf a acquis ses lettres de noblesse par des fusions et
des acquisitions. En effet le groupe a effectué de multiples rachats : Ventelo,
Kaptech, Kertel, Belgacom France, Siris, WorldNet... puis a fusionné avec
Cegetel (propriété de SFR). La nouvelle entité sera nommée alors Neuf-
cegetel puis Neuf. Neuf rachètera également AOL (2006) puis Club Internet
(2007).

L’entité entend fonctionner de même avec le réseau fibre en rachetant Me-


dia fibre (2007), l'exploitant du réseau de Pau et Erenis (2007) exploitant un
réseau à Paris. Sa dernière fusion en date est celle de Neuf /SFR le 15 avril
2008.

4.3.2 Le réel concurrent d'Orange


La fusion de neuf et de SFR va permettre au groupe de réelles synergies
grâce à la diminution des coûts d'interconnexions entre les « Neufbox » et les
mobiles de SFR par exemple. Cette fusion permet également au nouveau
groupe d'être un "vrai" concurrent à Orange grâce à des contacts multi mar-
ché: téléphonie, transport de données, accès Internet.... La fusion permettra
peut-être à SFR de récupérer des clients Free ayant un abonnement télé-
phonique chez SFR et qui veulent simplifier la gestion de leur télécommuni-

74 Source : Communiqué de presse de Vivendi du 2 mars 2009,


http://www.vivendi.com/vivendi/IMG/pdf/20090302_CP090302_Earnings2008.pdf

76
cation en ayant un seul interlocuteur. Il pourra même proposer des solutions
quadriple-play ou des offres ressemblant au forfait Unik75 d’orange.

Le groupe a hérité avec Neuf-Cégetel de l'un des trois réseaux nationaux de


collecte existants en France, ce qui lui permet d'être indépendant de France
Télécom sur le transport national de données. Il propose d'ailleurs son ré-
seau à la location de manière abordable pour les petits opérateurs ce qui lui
permet de rentabiliser ses infrastructures.

4.3.3 Membre d’un grand groupe permettant des synergies


synergies intéressantes
SFR est adossé au groupe Vivendi et Vodafone, cela lui permet de bénéficier
d'une assise financière confortable: 25,392 milliards d'euros de chiffre d'af-
faire pour un résultat net de 2,603 milliards d'euros uniquement pour Vi-
vendi. Le groupe Vivendi détient par ailleurs un portefeuille d'entreprise
proposant du contenu assez conséquent: Universal, Canal+, Activi-
sion/Blissard... ces contenus multimédias se prêtent merveilleusement bien
à la diffusion sur les box. Grâce à l’appui du groupe, SFR propose à ses
abonnés un accès en illimité au catalogue d’Universal Music et développe
même des jeux massivement multi joueur dont les clients « neufbox » sont
privilégiés. De même l’accès aux contenus pour proposer de la VOD se fait
de façon facile à travers le groupe Canal+.

4.3.4 Un FAI à la croisée d'Orange et de Free


La force de SFR est de proposer un service après vente performant: la ho-
tline de neuf était déjà performante mais s'ajoute aujourd'hui le réseau de
boutique SFR, les prêts de clef 3g, les points de fidélité.... Mais également
des innovations technologiques souvent calquées sur Free mais introduites
de manière plus intuitive et plus "design". Il a même d'ailleurs plusieurs fois
volé la vedette à Free en sortant de nouveaux services avant lui, comme le
téléchargement gratuit illimité de musique ou le Neuf Wifi.

75 L'offre Unik est une offre convergente Wi-Fi-GSM qui permet à un téléphone mobile de pouvoir être à la
fois un téléphone mobile, au moyen du forfait mobile et un téléphone fixe, au moyen de la box et des
hotspots.

77
Le groupe manque tout de même d'une réelle différenciation de ses concur-
rents. Même s'il propose les mêmes services que Free, ce dernier pratique
un battage médiatique plus important. Le service client d'Orange reste éga-
lement mieux perçu que celui de SFR. La fusion de SFR et Neuf risque en
plus de provoquer une confusion chez le consommateur entre les deux mar-
ques.

4.3.5 L'Internet mobile, le vrai créneau de SFR !


Le partenariat signé entre Neuf et Fon76 fait, selon moi, la vraie valeur ajou-
tée de SFR. En effet, les clients SFR peuvent activer une option Fon sur leur
« Neufbox ». Une fois l'option activée, un second réseau WIFI est émis qui
permet à ceux qui ont activé l'option FON de se connecter avec leur compte
SFR. Ainsi un abonné Neuf peut avoir accès à de nombreux spots WIFI par-
tout en France. La carte présente sur le site de la société FON atteste plus
de 1 000 00077 de spots Neuf Wifi en France, ce qui est considérable.

SFR a mis en place la convergence entre son réseau 3G+ dit HSDPA78 et son
réseau de fibre optique. Cette évolution permet de passer les débits de
7,2Mbit/s à 14,4Mbit/s par le raccordement de ses antennes 3G au réseau
de fibre optique. De cette façon, l'opérateur rouge fait une pierre deux coups
car il permet une connexion Internet mobile sur clef 3g plus performante et
en même temps de s'affranchir du réseau France Télécom auquel il loue ac-
tuellement des faisceaux hertziens ou des liaisons télécoms dédiées.

Ainsi dès 2010/2011, le réseau Neuf SFR en couplant son réseau Neuf WIFI
et le réseau 3G+ amélioré permettra à SFR de proposer un accès Internet
haut débit sur l'ensemble du territoire Français.

4.3.6 Une filiale discrète mais puissante: LD col


collectivité
La filiale LD collectivité est l'un des plus puissants aménageurs numériques
du territoire en France: pas moins de 20 DSP ou PPP ont été réalisées par

76 Société qui œuvre pour le partage des connexions Internet via le réseau sans fil (Wi-Fi).
77 Une carte est consultable montrant l’étendu de la couverture des spots FON à cette adresse http://maps.fon.com/
78
High Speed Downlink Packet Access, Il offre des performances dix fois supérieures à la 3G (UMTS R'99) dont il est une
évolution logicielle. Il permet de télécharger théoriquement à des débits de 1,8 Mbit/s, 3,6 Mbit/s, 7,2 Mbit/s et 14,4 Mbit/s.

78
l’aménageur. Ainsi ce sont plusieurs milliers de kilomètres de fibre qui ont
été déployés permettant à SFR de proposer du très haut débit aux établis-
sement public et entreprises mais surtout de réduire le coût du dégroupage
des NRA! L’exemple est que depuis la délégation de service public signée
avec Rennes Métropole, tous les NRA présents dans la zone de délégation
ont été dégroupé. Cela lui permet de prendre un avantage stratégique cer-
tain dans le dégroupage sur Free qui doit concéder de plus gros investisse-
ments.

4.3.7 La stratégie éventuelle de SFR concernant le très haut débit


Le but de Vivendi, qui est généralement plutôt prudent, est de tendre vers
un marché ressemblant à celui du mobile: part de marché stable et une forte
valorisation du contenu et des services. Dans cette optique le groupe va vou-
loir consolider le marché en rachetant des concurrents ou en essayant d’en
évincer par la clôture de contrats de location d’infrastructures comme cela
c'est produit avec le FAI French Data Network79. L’accord signé avec France
Télécom en septembre 200880 était un moyen pour SFR d’écarter Free.

Le déploiement de fibre optique est un moyen pour le groupe de tendre vers


un duopole avec l'opérateur historique.

La possibilité de croissance externe sur l’acquisition d’abonnés se faisant de


plus en plus rare, la partie acquisition de clients va devoir se jouer sur le
prix et les services. La compétition va naturellement être plus frontale avec
Free. La stratégie mise en place sur le SAV depuis la fusion Neuf/SFR
comme le prêt de clef 3g en cas de pannes, l’appui du réseau de boutique…
attaque Free sur ses faiblesses. Cette stratégie commence à porter ses
fruits : le second trimestre 2009 permet à SFR d’être le premier opérateur à
dépasser Orange en recrutement d’abonnés alors que tout le monde
s’attendait à ce que ce soit Free le premier.

79 Source: http://www.ecrans.fr/Benjamin-Bayart-1-2-Non-seulement,7733.html
80 Cet accord concernait le point de mutualisation des deux opérateurs pour déployer la fibre. Ils s'étaient ainsi accorder pour
le situer au plus près des immeubles, ce qui imposait des investissements beaucoup plus important pour Free.

79
Dans la même optique, SFR est en train d'étudier la question d'une offre sa-
tellite afin de pouvoir affirmer une couverture Haut débit à 100% et se dis-
tinguer ainsi des opérateurs alternatifs. Ici l'opérateur voulant tirer des ren-
tes. À l’instar d'Orange, SFR agit dans une vision plus globale que l'accès
Internet.

4.4 > Numericable


4.4.1 Un statut particulier de câblo-
câblo-opérateur.
Numericable est le seul opérateur à utiliser la technologie nommé FTTLA
apparenté aux FTTB. L'opérateur est un acteur secondaire sur le haut débit
(moins de 5% de part de marché), mais par contre il est le premier sur le
très haut débit en possédant 130 000 abonnés représentant d’ailleurs 21%
des connectés européens en très haut débit !

4.4.2 Un diffuseur de télévision avant tout


Numericable est d'abord diffuseur de chaînes de télévision avec 3,5 millions
d'abonnés. Il migre progressivement vers la fourniture d'accès Internet basé
sur son réseau câblé avec 1 million d'abonnés. Cette migration illustre bien
la convergence des métiers évoquée dans le chapitre 3: les opérateurs qui
diffusent des chaînes de télévision et Numericable qui fournit un accès In-
ternet. Par contre il bénéficie de l'énorme avantage de pouvoir diffuser plu-
sieurs chaînes de télévisions en simultané sur différents postes de télévi-
sions sans le besoin de box supplémentaires comme ses concurrents.

4.4.3 L'autre boucle locale


Aujourd’hui, Numericable est avec Orange le seul opérateur qui est intégré
de bout en bout. Il est donc complètement indépendant de France Télécom
sur le haut débit. Son indépendance est effective depuis le rachat du réseau
Completel en 2007 : le 3 ème réseau de transport national. De ce fait Nume-
ricable possède une boucle locale, mais qui est limitée géographiquement
aux villes câblées.

Elle possède sa boucle locale dans le cadre de partenariat public (cf. graphi-
que 14). Dans les conventions d'occupation du domaine public le câblo-

80
opérateur bénéficie d’une grande liberté de gestion de son génie civil alors
que dans le cadre du plan câble, Numericable détient seulement un droit
d'usage des infrastructures de France Télécom mais le réseau ne lui appar-
tient pas. Néanmoins, le génie civil constitue un droit de retour pour les col-
lectivités qui pourrait l'ouvrir à la concurrence ce qui voudrait dire que Nu-
mericable pourrait perdre dans les années qui viennent une bonne partie de
son réseau qui retomberait dans le domaine public.

Graphique 14 Répartition des prises de Numericable selon le régime juridique (Source: AVICCA)

4.4.4 Une position de privilégié


Le fait de posséder une boucle locale et d’utiliser la technologie FTTLA
donne à Numericable un énorme avantage sur les autres. Dans le cadre de
la loi LME, le câblo-opérateur est exempté des obligations qui sont faites
aux opérateurs de très haut débit de faire voter par les copropriétaires
d'immeubles le déploiement des infrastructures optiques. Ce qui fait que
dans les immeubles où est présent le câblo-opérateur, il bénéficie déjà d’une
autorisation d’intervention.

81
De ce fait les syndicats de copropriétés ne pourront pas choisir leur opéra-
teur d'immeuble dans le cas où Numericable déciderait de déployer de la fi-
bre optique hors zones très dense81.

Si je rajoute à cela que généralement les villes câblées sont des zones den-
ses, donc plutôt rentable, et que le câblo-opérateur n'est pas obligé d'ouvrir
son génie civil à la concurrence : voila un joli coup de pouce pour Numerica-
ble.

De plus sur l’obtention de contenus, le statut du câblo-opérateur lui permet


d'avoir un accès privilégié à toutes les chaînes et les programmes audiovi-
suels: un avantage non-negligeable étant donné que l'option télévision de-
vient une norme dans un abonnement Internet. Pour preuve le bouquet de
chaînes de télévision proposé par Numericable à la vente est plus riche que
celui de ses concurrents FAI et est moins cher que l’option Canalsat proposé
sur les box ADSL .

4.4.5 Une technologie rentable: le FTTLA


La boucle locale de câble coaxial utilisée avec la technologie FTTLA permet
à Numericable d'être le premier opérateur très haut débit. En effet, la mise
en place du FTTLA consiste à raccorder le dernier amplificateur en fibre
d'optique. Il constitue un coût fixe que l'opérateur peut répartir entre les
abonnés raccordés à cet amplificateur.

Il n'y a pas non plus de génie civil à mettre en place (ou très peu) qui repré-
sente 80% du coût d'un déploiement grâce à l'utilisation de ses fourreaux.
Cela permet à Numericable de descendre le coût de raccordement en très
haut débit entre 50 à 100 euros par prise. Un coût de raccordement très en
dessous de celui des autres opérateurs qui tourne autour de 1000 euros par
prises.

81 Je rappelle que dans les zones très denses les opérateurs peuvent exercer une option de pose de fibre supplémentaire.

82
4.4.6 Un passé mouvementé qui affaiblit son image de marque !
Par le passé, Numericable s'est retrouvé au bord du gouffre. Ce dernier ac-
cumulait des plaintes et les queues de personnes mécontentes devant ses
magasins.

Après la fusion des 4 opérateurs NC Numericable, TDF Câble, UPC et Noos,


le nouveau groupe n'a pas réussi à traiter les plaintes. D’autant plus qu’il a
perdu le fichier contenant historique des clients Noos. L'opérateur a d'ail-
leurs été condamné à 150 000 euros d'amende pour publicité mensongère,
tromperie, vente forcée et diverses entorses aux règles de la vente à domicile
et à distance.

Aujourd'hui, le groupe essaie de remonter la pente en mettant la relation


client au coeur de leur stratégie : une hotline performante, formation du
personnel... Le câblo-opérateur a d'ailleurs créé une "école Numericable"
formant des jeunes à la vente à distance. Mais il est dur de se défaire d'une
mauvaise image de marque.

4.4.7 Le FTTLA : du pseudo fibre?


Le déploiement de fibre par Numericable consiste en une amélioration de
son réseau. Il ne fait que rapprocher la fibre optique vers l'abonné comme le
ferait un ADSL augmenté. La technologie FTTLA apporte donc la fibre opti-
que jusqu'au dernier amplificateur, mais ce dernier peut se trouver à plu-
sieurs kilomètres de l'abonné. Peut-on alors considérer que l'on reçoit du
très haut débit si finalement on ne reçoit que du 20 Mbits/s ?

De même, le débit est partagé entre les abonnés d’un même amplificateur:
vingt foyers sur un débit de 100 Mbit/s cela ne fait que du 5Mbit/s par foyer.

La monté en très haut débit nécessite une utilisation plus grande de bande
passante qui est déjà bien entamée par les flux de télévision. À terme,
l'AVICCA pense que la technologie FTTLA ne pourra pas dépasser les 2,5
Gbit/s en débit théorique descendant et partagé entre les abonnés d'un am-

83
plificateur. Le FTTH pourra aller beaucoup plus loin : le Japon a récemment
battu un record en obtenant un débit de 14 Tbit/s82 sur 160 km!

Reste que la solution FTTLA permet un déploiement plus rapide du très


haut débit à moyen terme et qu'il pourra toujours évoluer par la suite vers
du tout fibre optique.

4.4.8 La stratégie possible de Numericable concernant le très haut débit?


Numericable va tenter de prendre de vitesse les opérateurs sur le très haut
débit grâce à un déploiement rapide et des offres tarifaires agressives. Le
très haut débit est le seul moyen pour l’opérateur de conquérir une part de
marché plus significative dans le paysage de la fourniture d’accès Internet.
Il est d’ailleurs le seul opérateur à proposer des offres sur mesure en très
haut débit et pour moins de 20 euros.

Par contre, il ne fait que moderniser son réseau ce qui veut dire que dans un
premier temps, il ne pourra pas dépasser 9.4 millions de foyers câblés. Le
câblo-opérateur devra par la suite, soit se contenter d'une part de marché
sur les consommateurs câblés, soit étendre sa cible potentielle par une ex-
tension de son réseau ou par la location à d’autres opérateurs.

Le groupe accuse pour l'instant une dette de 3 milliards d'euros83 alors que
le groupe ne réalise que 1,3 milliard d'euros84 de chiffre d'affaire venant es-
sentiellement de Completel. Le groupe a d'ailleurs arrêté les investisse-
ments dans son réseau et va se concentrer sur la relation client afin de limi-
ter son taux important de CHURN: fin 2008 le taux de résiliation Internet
était de 30%.

L'opérateur va également rentabiliser son réseau THD en louant sa boucle


locale un peu à l'instar de ce que font les opérateurs mobiles avec les
MVNO85. Le câblo-opérateur appel cela un FVNO86. Ainsi le câblo-opérateur

82 Cela équivaudrait à télécharger 1800Go en une seconde soit encore 450 DVD.
83 Source : http://www.arcep.fr/index.php?id=9940
84 Selon la Tribune
85 Mobile Virtual network Operator: opérateur mobile ne possédant pas son propre réseau

84
propose de louer son réseau en marque blanche à des opérateurs virtuels.
Ainsi, Numericable tend rentabiliser plus rapidement son réseau que ses
concurrents et peut être même l’imposer comme alternative au réseau de
France Télécom.

4.5 > Prévision des interactions possibles entre les opérateurs de


très haut débit
Au vu des comportements et des passés de chacun des opérateurs, il serait
intéressant d'esquisser l’évolution possible du déploiement optique à partir
de l'état actuel des choses.

Je distingue deux groupes d'opérateurs concernant le déploiement de fibre :


les opérateurs plutôt offensifs et les opérateurs plutôt défensifs.

Le premier groupe est constitué de Numericable et de Free. Ces derniers


sont les opérateurs les plus faibles en termes de capacité financière et de
présence auprès des consommateurs.

Free ne possède ni de réseau mobile, ni de réseau de collecte ou de trans-


port. Pour lui, il y a tout intérêt à déployer son propre réseau afin de s'af-
franchir de SFR et de France Télécom qui sont aussi ses concurrents dans la
fourniture d'accès Internet. Il pourrait ainsi récupérer à long terme le tiers
du revenu des abonnements qu'il verse pour l’instant à France Télécom à
travers le dégroupage.

Numericable voit ses parts de marché sur la télévision baisser et le nombre


de ses abonnés haut débit est anecdotique. Ce dernier, s'il veut dégager des
bénéfices et récupérer une part de marché plus importante sur l’accès Inter-
net, doit se démarquer de la concurrence en les prenant de vitesse sur le très
haut débit. Surtout si on suppose la convergence télévision/Internet

Le groupe sur la défensive est composé d'Orange et de SFR.

86 Fiber Virtual Network Operator : opérateur très haut débit ne possédant pas son propre réseau. Le premier FVNO est Darty
qui propose des offres très haut débit via le réseau câblé.

85
Orange bénéficie d'une position avantageuse sur l'ADSL et en tire des ren-
tes assez conséquentes. Il n'a donc pas un intérêt immédiat à investir dans
un nouveau réseau.

SFR aura tendance à la prudence dans son déploiement. La société est diri-
gée par Vivendi qui est possédé en majorité par des petits porteurs et des
groupes financiers. Ces derniers vont plutôt privilégier les rentes de
court/moyen terme ce qui n'est pas le cas d'un investissement dans la fibre
optique.

En réfléchissant, Free devrait déployer en priorité les zones denses où ses


parts de marché sont importantes afin de réduire ses dépenses liées au dé-
groupage. Numericable devrait continuer de faire monter son réseau en dé-
bit par l'ajout de fibre optique afin de se positionner avantageusement face
aux offres en haut débit de ses concurrents. SFR va suivre Free dans ses dé-
ploiements sur ses fonds propres car il ne veut pas se faire distancer par son
concurrent direct. Il devrait également exploiter des réseaux optiques ne lui
appartenant pas comme à Pau, où il peut directement tirer des profits des
abonnés et gonfler ainsi son parc d’abonnés très haut débit. Orange réagira
en déployant dans les villes ciblées par ses concurrents afin de ne pas les
laisser seuls.

Nous devrions voir apparaître trois cas selon les études réalisées par l’ARF:

Des villes avec une concurrence accrue où quatre opérateurs s'affronteront


(environs 4 millions de foyers),

Des villes où il y aura un duopole: Numericable et Orange (4 millions de


foyers),

Le reste des villes où la densité serait trop faible pour qu’une concurrence
soit possible sur les infrastructures. Des monopoles locaux publics ou semi-
publics devraient apparaître si possible. (16 millions de foyers)

86
Troisième partie : État des lieux du
déploiement optique en France et ses
conséquences

ette troisième et dernière partie aura pour objectif de faire un état

C des lieux du déploiement en fibre optique sur le territoire français.


Elle sera entamée par la mise en parallèle du déploiement Français
avec celui de ses voisins européens. J’analyserai ensuite les perfor-
mances de chacun des acteurs à travers leur taux de pénétrations, leurs lo-
calisations et le financement de leur déploiement. Je terminerai cette partie
sur l’évolution des investissements des opérateurs par rapport à leur perfor-
mance.

87
Chapitre 1 > Des antagonismes au niveau européen

Pour l'instant, le déploiement de fibre n'est pas glorieux. En effet, seulement


170 000 personnes sont abonnées à une offre très haut débit en France tou-
tes offres confondues. Cela ne représente même pas 1% des 19 millions de
connexions Internet en France.

Pourtant si on regarde le nombre de prises au niveau européen grâce à


l’étude réalisée par IDATE pour le FTTH Council Europe87, la France est le
pays où le nombre de prises a le plus augmenté au cours des trois dernières
années (Cf. Graphique 15). Ainsi environs 4 500 000 foyers sont éligibles à la
fibre en France, soit deux fois plus que l’Italie qui tourne autour des 2 mil-
lions de prises.

Graphique 15 Evolution du nombre de prise raccordé en FTTH/B en Europe (Source : IDATE)

Cette première place européenne est en grande partie due au déploiement


de Numericable qui, en améliorant son réseau câblé revendique 3,4 millions

87 Consortium d’industriels qui font la promotion du déploiement FTTH

88
de prises. La chose intéressante dans l’étude IDATE est surtout le nombre
de personnes ayant souscrit à un abonnement THD (Cf. Graphique 16).

Graphique 16 Nombre d’abonnés à des offres THD en Europe par pays (Source : IDATE)

On se rend compte alors que la France est 3ème avec environ 2 fois moins
d’abonnés que la Suède alors quelle possède potentiellement 4 fois plus de
prises! Conclusion, la France est dernière du classement européen concer-
nant la pénétration du FTTH/B avec seulement 5 % des personnes éligibles
ayant souscrit à un contrat très haut débit (Cf. Tableau 2).

Tableau 2 Taux de pénétration parmi les abonnés éligible au très haut débit selon les pays

89
Chapitre 2 > Les taux de pénétration du très haut débit
en France

2.1 > Chez les opérateurs privés


Quand on regarde plus particulièrement les taux de pénétration des offres
très haut débit de chacun des opérateurs français, ils présentent quelques
particularités intéressantes (cf. tableau 3).

Ainsi au contraire de ce qu’on aurait pu penser, Free aurait plus de mal que
les autres opérateurs pour recruter des clients sur son réseau optique. Le
fait est, qu’on s’attendait plutôt à ce que le trublion des télécoms ait le taux
de pénétration le plus élevé en raison de sa clientèle technophile.

Une autre surprise vient d’Orange qui présenterait le plus fort taux de pé-
nétration alors même qu’il propose l’accès très haut débit le plus coûteux. De
plus, ce doit être le seul opérateur n’ayant pas un intérêt immédiat à faire
basculer ses clients sur un nouveau réseau. L’effet rassurant d’être chez
l’opérateur historique et la présence de boutiques permettent sûrement
d’apaiser les doutes du client sur la technologie fibre en lui garantissant un
SAV performant en cas de panne.

Concernant Numericable, le câblo-opérateur possèderait la base d’abonnés


en très haut débit la plus étendue de France ainsi que le plus grand nombre
de prises européennes. Mais son taux de pénétration resterait moyen: 4
clients sur 100 potentiels auraient souscrit à ses offres alors même que le
groupe peut basculer automatiquement ses clients en THD et qu’il propose
le très haut débit comme offre de référence.

Chez SFR, quasiment 3 abonnés sur 100 éligibles auraient souscrit à une
offre très haut débit. C’est un taux de pénétration situé entre celui de
d’Orange et celui de Free.

90
Le constat est que les contractualisations d’abonnements très haut débit
restent faibles sur le marché Français même pour Numericable. Cela vient
peut-être, comme je l’ai supposé, d’une différenciation pas assez prononcée
entre les offres haut débit et les offres très haut débit.

Tableau 3 Taux de pénétration des forfaits THD parmi les FAI français.

Nombre de prises Nombre d'abonnés Taux de pénétration

3400000* 130000 3,82%

500000* 21000** 4,20%

300000* 9500*** 3,17%

250000* 9500*** 3,80%

* : Prises revendiquées par chaque opérateur selon silicon.fr :


http://www.silicon.fr/articles/printView/fr/silicon/news/2009/02/11/france___4_1__des_foyers_connectes_a_la_fibre_
se_sont_abonnes.
** : Source :
http://www.silicon.fr/fr/news/2009/04/29/la_france_sauve_le_chiffre_d_affaires__en_repli__de_france_telecom
*** : SFR et Free n’ayant pas publié leur nombre d’abonnés THD, j’ai dû approximer ces chiffres. Ces derniers sont
des estimations faites à partir du nombre total d’abonnés aux offres FTTH annoncées par l’ARCEP et du nombre
d’abonnés revendiqué par Orange. Le chiffre utilisé pour Free et SFR correspond au nombre de prises restantes,
après la soustraction de celles d’orange, divisé par deux.

2.2 > Du coté public


Dans les données publiées en décembre 2008 par l’ARCEP concernant le
nombre d’abonnés en FTTH, les réseaux neutres réalisés par des initiatives
publiques ne sont pas pris en compte. Ainsi selon l’AVICCA, le réseau pion-
nier de Pau permet à 47500 foyers de bénéficier d’une offre THD. Il y a ac-
tuellement 8325 abonnés sur le réseau optique de Pau, ce qui fait un taux de
pénétration de 17,5%, soit 3 fois mieux que sur les réseaux privés.

91
Une plus grande confiance de la population dans un réseau public et aussi
une mise en concurrence de plusieurs opérateurs sur un même réseau doi-
vent participer à cette meilleure pénétration.

Chapitre 3 > Les cartes des déploiements effectifs

3.1 > L’initiative privé


J’ai réalisé une carte montrant les différents endroits qui ont été raccordé en
FTTH/B afin de pouvoir avoir une vu national du déploiement privé. Le
premier constat est que SFR et Free ont déployé uniquement dans quatre ou
cinq villes au contraire d’Orange, qui à raccorder une douzaine de villes.
Numericable propose un accès en très haut débit dans quasiment toutes les
villes où il possède une boucle locale.

Les stratégies des opérateurs évoquées dans la deuxième partie de ce mé-


moire se confirment plus ou moins. Orange n’est jamais seul, il y a toujours
au moins un autre concurrent sauf sur Toulouse et sur Poitiers. Celles-ci
doivent représenter des enjeux stratégiques pour Orange, peut être la pré-
sence du Futuroscope ou d’Airbus. Cela semble confirmer la stratégie
d’Orange de déployer en réaction de ses adversaires.

De même, la carte montre que Free et SFR ne se font pas concurrence en


dehors de Lyon et Paris, ils ont tendance à pratiquer une stratégie
d’évitement. L’autre fait marquant est que, en dehors des grandes villes, ces
derniers déploient ou proposent des accès très haut débit avec l’aide
d’initiatives publiques.

Ainsi les déploiements de Free sur Montpellier et Valenciennes se font en


étroites collaborations avec leurs régies (cf. Annexes). Par exemple dans le
cas de Montpellier, la collectivité met à dispositions du trublion des four-
reaux à condition qu’il s’engage sur une couverture plus importante.

92
SFR passe par des opérateurs d’opérateur, Axione88 en l’occurrence, pour
vendre un accès très haut débit à Gonfreville l’Orcher (Affermage pour la
communauté de l’agglomération Havraise) ou à Pau (Affermage pour Com-
munauté d’agglomération de Pau Pyrénées).

Ainsi, Free semble privilégier l’accroissement de son parc d’abonnés uni-


quement par une croissance interne89 alors que SFR emploie une stratégie
mixte en mélangeant croissance interne et croissance externe90 de son parc
d’abonnés.

Carte 2 Carte des villes raccordées en très haut débit par des opérateurs (D’après les données fournis par les FAI
et médias)

88 Filiale de Bouygues construction, Axione est un opérateur global d'infrastructures télécoms pour les collectivités territoria-
les et les opérateurs.
89 Il déploie son propre réseau optique.
90 Il exploite des réseaux appartenant au domaine public ou à d’autres opérateurs

93
3.2 > L’initiative publique
Les collectivités ne sont pas restées inactives pendant les phases de dé-
ploiement des opérateurs privés. Elles ont ainsi agit de deux façons princi-
pales :

Comme je l’évoquais dans le point précédent avec Montpellier, une première


façon pour les collectivités d’intervenir est de faciliter le déploiement
d’infrastructure pour un opérateur en imposant un certain nombre de critè-
res qui peuvent concerner la couverture, la tarification...

L’autre manière d’agir pour elles est de prendre les devants en déployant
par elles-mêmes les réseaux. Ainsi le syndicat mixte de la manche numéri-
que devrait logiquement finir la phase 1 de son projet qui permettra à 26000
foyers de Cherbourg et de Saint-Lô de bénéficier d’un accès très haut débit.
Ce projet est l’extension d’un autre qui a pour but initial la création d’un
MAN91 résorbant les zones blanches.

La carte réalisée par l’AVICCA (cf. Carte 3) montre l’état actuel des initiati-
ves publiques en fibre optique. Alors que la carte colorée nous montre que
certaines régions ou départements sont très actifs comme l’Aquitaine ou la
Bretagne, il y en a d’autres où c’est le néant comme en Champagne-
Ardenne.

91 Metropolitan Area Network : réseau qui lie plusieurs réseaux locaux entre eux dans une région ou une ville.

94
Carte 3 Carte des Réseaux optiques d’initiative publique

95
Chapitre 4 > L’efficacité financière des opérateurs.

4.1 > Les coûts effectifs de déploiement


Comme nous l’avons vu précédemment les coûts d’investissements dans un
réseau sont lourds. Je suis parvenu à obtenir les montants investis par cha-
que opérateur entre 2007 et 2008, son nombre d’abonnés et celui des prises
raccordables à la fin 2008. Grâce à ces chiffres, j’ai pu estimer les coûts
d’investissements consentis par chaque opérateur par prise et par abonné
qui sont résumés dans le Tableau 4.

Tableau 4 Investissements des opérateurs Français dans les réseaux optiques par prises et par abonnés entre 2007
et 2008

Investissement total en millions Abonnés Coût/abonné Prises raccordables Coût/Prise

365* 130000 2807 € 3400000 107 €

121 21000 5761 € 500000 242 €

160 9500 16842 € 300000 533 €

300 9500 31578 € 250000 1200 €

* : Selon le Point: http://www.lepoint.fr/actualites/2009-03-25/numericable-espere-augmenter-son-ca-de-5-a-10-en-


2009/1037/0/328816
** : Selon Easy-Bourse : http://www.lepoint.fr/actualites/2009-03-25/numericable-espere-
augmenter-son-ca-de-5-a-10-en-2009/1037/0/328816
*** : Chiffre estimé d’après l’investissement prévu entre 2007 et 2009 sur
http://www.journaldunet.com/ebusiness/breve/37107/sfr-menace-de-freiner-ses-investissements-dans-la-fibre.shtml
**** : Prise revendiqué par chaque opérateur selon silicon.fr :
http://www.silicon.fr/articles/printView/fr/silicon/news/2009/02/11/france___4_1__des_foyers_connectes_a_la_fibre_
se_sont_abonnes.

Logiquement les coûts d’investissement par prise et par abonné seraient les
plus faibles pour Numericable en raison de la technologie FTTLA utilisée
pour proposer des offres très haut débit. Le câblo-opérateur parviendrait à

96
obtenir un coût de 107 euros par prise et de 2807 euros par abonné actuel-
lement. Cela veut dire qu’aujourd’hui, si on fait l’hypothèse que le nombre
d’abonnés très haut débit de Numericable n’évolue pas, qu’ils ont tous sous-
crit à un forfait de 30 euros/mois et que ce montant sert entièrement au
remboursement du coût de l’investissement initial, Numericable rentabilise-
rait ses prises entre 7 et 8 ans d’exploitation. Dans le meilleur des cas, c'est-
à-dire que toutes ses prises rapportent 30 euros par mois, il lui faudrait en-
virons 3 mois et demi pour pouvoir faire des bénéfices.

Orange consent l’investissement le plus faible, mais possède par ailleurs le


nombre de prises raccordées le plus élevé après Numericable. Cela
s’explique par le fait que les deux groupes doivent effectuer beaucoup moins
de travaux de génie civil que leurs concurrents grâce à l’utilisation de leurs
fourreaux. Par ailleurs, Orange propose un forfait plus cher que ses concur-
rents, 45 euros/mois, qui lui permettrait de rentabiliser son réseau optique
avec le nombre d’abonnés actuels en une dizaine d’années. Dans le meilleur
des cas si toutes ses prises sont exploitées, le retour sur investissement
pourrait se faire au bout de 5 mois si, bien sur, le montant de l’abonnement
perçu était entièrement versé dans le remboursement des prises.

Les opérateurs Free et SFR présentent des investissements plus lourds car
ils doivent effectuer des travaux plus importants que Numericable et
Orange. En l’état actuel des choses et en considérant les hypothèses rete-
nues pour Numericable, Free serait rentable au bout de 46 ans et SFR au
bout de 87 ans! Si leur réseau était exploité à leur plein potentiel alors il
faudrait 17 mois pour Free et 40 mois pour SFR.

J’ai fait un petit calcul pour connaître le nombre de prises nécessaires pour
chaque opérateur afin de rentabiliser son réseau en 2 ans, c'est-à-dire la du-
rée actuelle des contrats THD (cf. graphique 17).

Les deux opérateurs Orange et Numericable pourraient rentabiliser leur ré-


seau avec des contrats de deux ans en exploitant environs 20 % de leur ré-
seau. Il faudrait par contre plus d’abonnés pour Free, c’est-à-dire un taux de

97
pénétration de 74%, alors que SFR ne pourrait pas rentabiliser son réseau
sur 2 ans.

Graphique 17 Nombre de prises et nombre d’abonnés nécessaires pour rentabiliser les réseaux en 2 ans

Au vu de ces chiffres, il faudrait nécessairement que les opérateurs augmen-


tent leur taux de pénétration ou la tarification de leur forfait afin de renta-
biliser plus vite leur réseau. Cela serait surtout vrai pour SFR et Free qui
devront obtenir un nombre de clients plus important que leurs concurrents
en raison des coûts de génie civil plus élevés s’ils veulent rentabiliser leur
réseau en moins de 20 ans.

Remarque : Ces petits calculs se basent sur l’hypothèse très forte que le coût
de fourniture d’un accès très haut débit n’est constitué que du coût de dé-
ploiement. Mais il faut que les opérateurs s’acquittent également des coûts
relatifs aux personnels, à l’acquisition de chaînes de télévisions, à la prise en
charge du SAV… On aurait pu autrement supposer que pour les opérateurs
alternatifs, le remboursement se fasse à hauteur de 10 euros par mois, c’est
à dire la somme qui aurait été versé à France Télécom pour le dégroupage.
De même, les opérateurs dégageant des profits sur les réseaux haut débit (et

98
mobile pour Orange et SFR) pourraient également mettre en place une sub-
vention croisée : le triple-play du haut débit financerait la construction du
nouveau réseau par exemple.

4.2 > Que vaut un accès très haut débit


Les premières offres très haut débit vendues par Cité Fibre proposait du 20
Mbits/s symétrique avec un bouquet TNT et téléphonie illimité pour
45€/mois. Pendant ce temps là, France Télécom proposait du 100 méga pour
70€/mois sur ses zones de test.

Aujourd’hui, le déploiement étant plus important et la concurrence plus


large, les offres se sont alignées sur celles de l’ADSL : c’est-à-dire 30€/mois
pour un accès télévision, la téléphonie illimitée et Internet en très haut dé-
bit. Orange a également descendu le prix de son offre « La Fibre » à
45€/mois.

Si je me fie à certains propos que j’ai recueilli cette année sur la qualité d’un
accès Internet en fibre optique, une chose apparaît : la technologie FTTH ne
semble pas encore entièrement maîtrisée.

J’ai eu contact avec une personne abonnée chez l’opérateur historique qui
me disait être impressionnée par la vitesse de navigation et de télécharge-
ment de fichiers quand cela marche. En effet, la personne devait faire venir
régulièrement un technicien pour redémarrer la connexion Internet sinon le
foyer pouvait rester sans Internet pendant plusieurs jours !

De même, un ami ayant travaillé pour un équipementier télécoms Fran-


co/Américain, me racontait que l’un de ses clients opérateurs éprouvait des
difficultés techniques importantes à fournir un accès stable par la fibre.

99
Chapitre 5 > Un ralentissement des investissements

5.1 > 2006-2007 : Emballement des investissements


Les années 2006-2007 auront été pour le très haut débit des années eupho-
riques où chaque opérateur et cabinet d’étude spéculent sur les revenus fu-
turs que pourraient apporter les réseaux optiques.

Mi-2006, le groupe Free annonce vouloir investir 1 milliard92 sur 6 ans dont
300 millions jusqu’à fin 2007. Le groupe annonce ainsi pouvoir atteindre un
coût de raccordement initial de 1500 euros par client raccordé, puis à terme
parvenir à un coût de 105 euros par prises. Son objectif était d’atteindre
30 000 abonnés avant fin 2007.

Mi 2007 c’est le tour de France Télécom qui surenchérit en affichant un in-


vestissement de 270 millions d’euros jusqu’à la fin 2008, pour déployer un
réseau optique résidentiel. Il réfléchirait même à investir entre 3 et 4,5 mil-
liards93 d’euro dans le déploiement de fibre jusqu’en 2012. L’opérateur vise
ainsi le raccordement de 150 000 à 200 000 clients avant la fin 2008.

Le câblo-opérateur, Numericable, annonçait investir 200 millions94 par an


sur quatre ans pour rénover son réseau. Soit 800 millions d’euros au total,
avec pour ambition d’atteindre 5 millions de foyers raccordés à la fin 200895.

SFR de son côté déclarait un investissement de 300 millions96 d’euros sur


2007-2009 avec pour objectif : 1 million de logements connectés et 250 000
abonnés à la fin de cette période.

92 Source : Les Echos, http://archives.lesechos.fr/archives/2006/lesechos.fr/09/12/300107443.htm


93 Source : Nouvel Obs
http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/medias/20070606.REU5260/fibre_optique_france_telecom_investirait_3_a_45_
milliar.html
94 Source : Challenges,
http://www.challenges.fr/business/20071011.CHAP1020790/numericable_dploie_sa_nouvelle_fibre_commerciale.html
95 Source : Journal du Net http://www.journaldunet.com/ebusiness/telecoms-fai/actualite/0708/070829-nouvelle-strategie-
numericable.shtml
96 Source : Le point, http://www.lepoint.fr/actualites/2007-09-14/neuf-cegetel-confirme-ses-objectifs-de-ca-grand-public-
pour-2008/1037/0/200195

100
5.2 > Fin 2008 : Premier bilan
Fin 2008, les opérateurs sont loin, très loin de leurs objectifs initiaux.

En effet, si on regarde Free sur le milliard d’euros prévu, seulement 160 mil-
lions ont été utilisés pour obtenir seulement 9500 abonnés. De plus, d’après
mes estimations réalisées dans le tableau 4, le coût de raccordement d’un
abonné s’élève pour l’instant à plus de 23000 euros et le coût de la prise à
503 euros.

Orange, qui visait les 150000 – 200000 abonnés fin 2008, en est très loin
avec seulement 21000 personnes connectés fin 2008 sur les 500000 prises. Il
n’a d’ailleurs investi que 121 millions d’euros sur les 270 millions prévus
initialement.

Pour Numericable, les investissements sont quasiment atteint même s’ils


sont inférieurs à ce qui était prévu : 365 millions au lieu des 400 millions
prévus et le nombre de raccordements n’est pas au rendez-vous : sur
l’objectif de 5 millions de prises raccordées fin 2008 seulement 3,4 millions
sont effectives.

SFR semble le seul à avoir respecté ses engagements financiers en investis-


sant ses 300 millions d’euros prévus. Par contre comme les autre le nombre
de souscription au très haut débit n’est pas de la partie: environ 9500 per-
sonnes alors que l’objectif était de 250000 personnes fin 2009.

Le constat est que les opérateurs ont tous surévalué leur déploiement du
très haut débit. Les problèmes de mutualisation et le flou juridique entou-
rant la pénétration de la fibre dans les immeubles ont considérablement ra-
lenti le déploiement. Mais il me semble que c’est le taux de pénétration chez
les consommateurs plus faible qu’attendu qui a vraiment freiné le déploie-
ment.

101
5.3 > Année 2009 : Les conséquences
La surévaluation de la pénétration du très haut débit et le contexte finan-
cier défavorable vont provoquer un ralentissement des investissements.
Ainsi Numericable avait annoncé fin 200897 qu’il suspendait jusqu’en juillet
2009 ses déploiements de fibre pour se concentrer sur la conquête de clients.

Parallèlement, Orange a également gelé ses investissements dans la fibre


depuis Janvier 200998, non pas pour montrer son mécontentement sur la dé-
cision de l’ARCEP sur le déploiement multifibre comme le répète les jour-
naux, mais plus raisonnablement pour un taux de souscriptions encore trop
faible.

Free malgré les maigres retours sur son investissement (9500 abonnés sur
les 30000 visés) continu d’investir dans la fibre.

SFR ne ralenti pas ses investissements mais menace de le faire. Le groupe


Vivendi aimerait réduire les dettes actuelles engendrées par les achats de
licences et des fusions acquisitions effectuées par le passé. D’ailleurs son di-
recteur financier, Philippe Capron, rajoute: « Aujourd'hui, la fibre ne sert à
rien... Il n'y a aucun revenu, aucun service supplémentaire à mettre en face
d'investissements considérables. Cela peut simplement encourager un peu
plus le téléchargement illégal de films99. » Ces propos auraient d’ailleurs été
confirmés par le directeur financier de France Télécom alors présent.

Les opérateurs ont donc tous stoppé pour le moment leurs investissements
dans leur réseau optique. Une différentiation pas assez prononcée avec
l’ADSL amenant un trop faible taux de pénétration ne permet pas à SFR et
Free de rentabiliser à moyen terme les investissements consentis pour la
création du réseau. Les services à valeur ajoutée utilisant le très haut débit
n’existant pas encore, Orange n’est pas incité à déployer dans ce nouveau
réseau qui pour l’instant ne fait qu’office de doublon par rapport à sa boucle

97 Source : http://www.journaldunet.com/ebusiness/breve/33415/numericable-fait-une-pause-dans-ses-investissements-
reseaux.shtml
98 Propos tenus par Yves Parfais (directeur déploiement FTTH orange) à la fête du très haut débit à Mortain le 25 juin 2009.
99 Propos rapporté dans le quotidien La Tribune au mois de février.

102
de cuivre. Numericable, bien qu‘offensif, pêche par sa faiblesse financière
avec un endettement trois fois supérieurs à son chiffre d’affaire qui l’oblige à
stopper ses investissements. Le déploiement optique par le secteur privé se
retrouve donc au point mort pour le moment alors que tous présentaient
2009 comme l’année du décollage du très haut débit100.

100 Source : http://www.avicca.org/Abonnements-a-la-fibre-optique-en.html

103
> conclusion
Après avoir caractérisé le marché du très haut débit, des doutes persistent
quant au déploiement effectif de fibres optiques sur le territoire français.

Dans une logique de rentabilité, les offres très haut débit des opérateurs ac-
tuels sont localisées dans les grandes villes en raison de la nature des coûts
et de la densité de population. De ce fait, les opérateurs proposent un accès
très haut débit à une clientèle possédant un accès que je qualifierai de
« bon » haut débit, c’est-à-dire plus proche des 20 Mbit/s que des 512 Kbit /s.

L’offre basée sur la technologie optique se retrouve donc peu différenciée de


l’offre ADSL des grandes villes surtout que les opérateurs n’apportent pas de
réelles innovations tirant parti du nouveau réseau. Cette faible différencia-
tion pourrait expliquer le taux de pénétration faible du très haut débit ac-
tuellement en France. Les abonnés très haut débit seraient donc confinés
dans un marché émergeant constitué de citadins technophiles.

Le basculement dans un marché de masse risque d’être difficile car, même si


le marché est concentré, il existe une concurrence. Cette dernière peut
s’avérer bénéfique quand elle s’effectue sur les services, grâce à une baisse
des prix ; mais elle peut être nocive dans d’autres cas. Les opérateurs, vou-
lant déployer dans les lieux les plus rentables, vont se localiser logiquement
aux mêmes endroits. Cela représente un gaspillage de ressources dans le
sens où, pour l’instant, un abonné Internet n’utilise qu’une seule fibre et
laisse les autres inexploitées.

De même, plusieurs réseaux parallèles ne permettent pas des économies


d’échelle aussi significatives qu’un seul réseau en monopole. D’une part,
parce que les abonnés sont répartis entre les différents réseaux et d’autre
part, parce que les fonds consentis pour créer ces derniers auraient pu être
investis dans un seul plus étendu.

104
Ces économies d’échelle plus faibles sous-entendraient également des effets
de rétroactions positives moins importants, qui pourraient donc ralentir le
basculement du très haut débit d’un marché émergeant vers un marché de
masse.

Le saut entre ces deux marchés pourrait être impulsé par une intervention
publique si les usages actuels font défaut. Les réseaux seraient créés par les
collectivités garantissant ainsi une couverture optimale de la population et
un accès neutre bénéfique à une concurrence sur les services. Encore faut-il
en avoir la volonté ainsi que les moyens puisqu’un réseau coûte cher.

Aujourd’hui, l’Etat français semble favoriser le déploiement privé dans les


zones denses, proposer des solutions mixtes publiques/privés pour les zones
moyennement denses, et ailleurs rien. En aidant les opérateurs à déployer
dans les zones rentables, l’Etat prive les collectivités de pouvoir bénéficier
d’une péréquation nationale. Ainsi chaque collectivité va agir à son niveau
alors qu’une plus grande taille de déploiement semble être plus pertinente,
grâce notamment à des économies d’échelle et des effets de rétroactions po-
sitives plus importants.

Un déploiement optique régional devrait logiquement être le plus rentable si


le déploiement au niveau national n’est pas possible. Cependant, un dé-
ploiement à l’échelle régionale reste difficile en raison de l’indépendance des
décisions de chacune des collectivités et des jeux politiques entre les élus.

Lors de mon stage au Conseil Régional de Bretagne, ma mission fut juste-


ment de travailler sur le déploiement du FTTH pour les bretons. A défaut de
pouvoir déployer pour le moment un réseau résidentiel au niveau régional,
une volonté de cohérence territoriale existe, passant par la mutualisation
des connaissances et des expériences des collectivités. Elle a pour vocation
la création d’un modèle directeur d’aménagement numérique du territoire.
L’un des fruits de ce travail de mutualisation est le «guide de pose de four-
reaux en attente». La Région peut ainsi s’assurer d’un minimum de cohé-
rence régionale, mais encore faut-il pouvoir comparer les infrastructures dé-

105
ployées. Une réflexion a été entamée par les collectivités pour créer un mo-
dèle conceptuel de données commun afin de récupérer ainsi qu’organiser les
données géographiques des fourreaux et réseaux déployés.

La Région Bretagne a également abordé des questions économiques concer-


nant le financement d’un tel réseau. Des études réalisées par le cabinet
PMP-Avisem montrent que le raccordement de l’ensemble des citoyens bre-
tons coûterait trois milliards d’euros. En comparaison, l’Etat va débloquer
750 millions pour aider le déploiement des zones peu denses101. Vient ensuite
la question de « qui finance quoi ». En effet, est-ce à la Région de subven-
tionner le réseau de desserte ou alors doit-elle seulement financer les ré-
seaux de transports interdépartementaux ? Des pistes de réflexion ont aussi
été menées sur le fait que les citoyens pourraient payer leur raccordement
sur le réseau sur le même modèle que les réseaux téléphoniques ou le réseau
d’assainissement.

Le déploiement optique résidentiel en est donc encore à ses balbutiements et


devrait s’amorcer par une intervention publique qui risque malheureuse-
ment d’être morcelée par l’indépendance des collectivités. Les territoires
français risquent de ne pas être raccordés à la même vitesse. Certains le se-
ront dès cette année alors que d’autres le seront dans trente ans. Ils ris-
quent par ailleurs de ne pas bénéficier de la même qualité de connexion par
l’utilisation de procédés ou technologies différentes. Le risque, à défaut
d’intervention ou de coordination nationale, est d’avoir à terme une «frac-
ture optique» qui accentuerait les différences d’attractivité des territoires:
un renforcement de l’attrait des ménages et entreprises pour les métropoles.

Pour conclure, j’ajouterai certaines questions qui mériteraient réflexion et


qui pourraient impacter la diffusion ainsi que l’usage du très haut débit : les
serveurs qui envoient les données vont-ils être capables de suivre la cadence
de téléchargement après une banalisation de la fibre optique? De même, les
connexions transatlantiques déjà optiques seront-elles à même de supporter

101 Propos tenus par François Fillon, le 10 septembre 2009, dans son discours de clôture du séminaire “Numérique : investir
aujourd’hui pour la croissance de demain”.

106
cette montée conséquente en débit (25 fois plus) ? Par ailleurs, lors du dé-
ploiement de la fibre, il existera deux réseaux parallèles, un paradoxe de
Down-Thomson102 appliqué au réseau pourrait peut-être émerger et rendre
l’investissement dans la fibre inutile.

Plusieurs questions qui peuvent donc se résumer en une seule : sommes-


nous prêt pour un déploiement résidentiel de fibre optique ?

102 Anthony Downs montra qu’une augmentation d’une capacité routière pouvait au final augmenter le temps de transport

107
> table des matières
remerciements _________________________________________________4
sommaire _____________________________________________________5
introduction ___________________________________________________6
Notions de base sur les réseaux très haut débit _______________________9
Première partie : Analyse du marché du très haut débit _______________12
Chapitre 1 > Condition de base du marché du très haut débit ____ 13
1.1 > Caractérisation de l’offre ___________________________________ 13
1.1.1 Une différenciation peu prononcée par rapport aux technologies
déjà existantes _____________________________________________ 13
1.1.2 Une structure de coût caractéristique des réseaux _____________ 13
1.1.3 Existence de seuil de rentabilité ___________________________ 14
1.1.4 Des coûts qui sont fonctions de la localisation ________________ 15
1.2 > Caractérisation de la demande de très haut débit _________________ 19
1.2.1 Motivations de la demande_______________________________ 19
1.2.2 Des externalités de réseau________________________________ 21
1.2.3 Des rendements croissants d’adoption ______________________ 21
1.2.4 Des externalités négatives possibles ________________________ 23
1.2.5 Existence d’une masse critique____________________________ 24
1.2.6 Des consommateurs verrouillés ___________________________ 25
Chapitre 2 > Environnement institutionnel et juridique _________ 26
2.1 > Le régulateur: L'ARCEP ___________________________________ 26
2.1.1 Le rôle du régulateur____________________________________ 26
2.1.2 Le régulateur prône le multi fibrage dans les zones denses ______ 28
2.1.3 Une régulation à la fois symétrique et asymétrique ____________ 30
2.1.4 Les problèmes engendrés par la régulation___________________ 30
2.1.5 Une régulation pour l’instant concentrée sur les grands centres
urbains ___________________________________________________ 31
2.1.6 Les niveaux d’intervention de l’ARCEP ____________________ 31
2.2 > Les Collectivités__________________________________________ 33
2.2.1 Une légitimité d'intervention _____________________________ 34
2.2.2 L'intérêt pour les collectivités de déployer un réseau ___________ 34
2.2.3 Les Régions __________________________________________ 38
2.2.4 Les Départements ______________________________________ 41
2.2.5 Commune, établissement public de coopération intercommunale
(EPCI) et Pays _____________________________________________ 41
2.2.6 Plusieurs problèmes qui peuvent apparaître avec l'intervention
des collectivités ____________________________________________ 43
Chapitre 3 > Structure du marché du très haut débit ___________ 45
3.1 > Un marché intégré et différencié _____________________________ 45
3.2 > Un marché concentré mais qui présente de fortes disparités ________ 47
3.2.1 Une concentration élevée ________________________________ 48
3.2.2 Des disparités entre les opérateurs _________________________ 48
3.3 > Un double « Bottle neck » __________________________________ 49
3.3.1 Une ressource rare : les fourreaux _________________________ 49
3.3.2 Une nouvelle boucle locale_______________________________ 49
3.4 > Les barrières dites « naturelles » _____________________________ 50
3.4.1 Existence d’économie d’échelle ___________________________ 50
3.4.2 Des financements difficiles à atteindre ______________________ 52
3.5 > Les barrières dites "artificielles" _____________________________ 52
3.5.1 Une différentiation accentuée _____________________________ 52
3.5.2 Obstacle aux changements d’opérateurs_____________________ 52

108
3.5.3 Des coûts irrécupérables pour les opérateurs _________________ 53
Deuxième partie : Analyse du déploiement optique ___________________54
Chapitre 1 > Présence de rétroactions positives ________________ 55
Chapitre 2 > L'adoption du très haut débit par les consommateurs 57
2.1 > Le cycle d’adoption appliqué au très haut débit__________________ 57
2.2 > L’existence d’un fossé entre le marché émergeant et le marché de
masse (Moore)________________________________________________ 59
Chapitre 3 > Comportements des acteurs privés _______________ 62
3.1 > Une compétition accrue ____________________________________ 62
3.1.1 Compétition sur la localisation ____________________________ 62
3.1.2 Une mutualisation nécessaire mais difficile __________________ 62
3.2 > Une tendance à une hyper concentration _______________________ 63
3.2.1 Tendance à l’éviction des concurrents potentiels ______________ 63
3.2.2 Vers une convergence des télécommunications et des contenus___ 63
3.3 > Une tarification uniquement faite sur l’accès____________________ 64
3.4 > La stratégie de la box ______________________________________ 65
3.4.1 Une subvention d’accès _________________________________ 65
3.4.2 Une réduction artificielle de la concurrence __________________ 65
3.4.3 Un canal de diffusion privilégié ___________________________ 66
3.5 > Deux origines de déploiement _______________________________ 66
3.5.1 L’initiative privée ______________________________________ 66
3.5.2 L’initiative publique ____________________________________ 66
Chapitre 4 > Prévision sur les stratégies des opérateurs très haut
débit____________________________________________________ 67
4.1 > Orange _________________________________________________ 68
4.1.1 Ancien monopole dirigé par l'état __________________________ 68
4.1.2 Un groupe international _________________________________ 68
4.1.3 Des avantages concurrentiels hérités de son ex-statut __________ 68
4.1.4 Une progression en tant que diffuseur ______________________ 69
4.1.5 Une entreprise très surveillée par les régulateurs et les conseils
de la concurrence ___________________________________________ 70
4.1.6 La possible stratégie d'Orange concernant le très haut débit _____ 70
4.2 > Free ___________________________________________________ 71
4.2.1 Une image de trublion des télécoms ________________________ 71
4.2.2 Présence d'une communauté autour de la marque free __________ 72
4.2.3 Un unique canal de distribution: la vente à distance. ___________ 73
4.2.4 Une bataille sur deux fronts ______________________________ 74
4.2.5 Toujours dépendant de ses concurrents______________________ 75
4.2.6 La stratégie possible de Free sur le très haut débit _____________ 75
4.3 > Neuf/SFR _______________________________________________ 76
4.3.1 Un groupe qui a fonctionné jusqu’à présent par croissance
externe ___________________________________________________ 76
4.3.2 Le réel concurrent d'Orange ______________________________ 76
4.3.3 Membre d’un grand groupe permettant des synergies
intéressantes_______________________________________________ 77
4.3.4 Un FAI à la croisée d'Orange et de Free _____________________ 77
4.3.5 L'Internet mobile, le vrai créneau de SFR ! __________________ 78
4.3.6 Une filiale discrète mais puissante: LD collectivité ____________ 78
4.3.7 La stratégie éventuelle de SFR concernant le très haut débit _____ 79
4.4 > Numericable_____________________________________________ 80
4.4.1 Un statut particulier de câblo-opérateur._____________________ 80
4.4.2 Un diffuseur de télévision avant tout _______________________ 80
4.4.3 L'autre boucle locale____________________________________ 80
4.4.4 Une position de privilégié________________________________ 81
4.4.5 Une technologie rentable: le FTTLA _______________________ 82
4.4.6 Un passé mouvementé qui affaiblit son image de marque ! ______ 83
4.4.7 Le FTTLA : du pseudo fibre? _____________________________ 83

109
4.4.8 La stratégie possible de Numericable concernant le très haut
débit? ____________________________________________________ 84
4.5 > Prévision des interactions possibles entre les opérateurs de très haut
débit________________________________________________________ 85
Troisième partie : État des lieux du déploiement optique en France et ses
conséquences _________________________________________________87
Chapitre 1 > Des antagonismes au niveau européen_____________ 88
Chapitre 2 > Les taux de pénétration du très haut débit en France 90
2.1 > Chez les opérateurs privés __________________________________ 90
2.2 > Du coté public ___________________________________________ 91
Chapitre 3 > Les cartes des déploiements effectifs ______________ 92
3.1 > L’initiative privé__________________________________________ 92
3.2 > L’initiative publique _______________________________________ 94
Chapitre 4 > L’efficacité financière des opérateurs. _____________ 96
4.1 > Les coûts effectifs de déploiement ____________________________ 96
4.2 > Que vaut un accès très haut débit_____________________________ 99
Chapitre 5 > Un ralentissement des investissements ___________ 100
5.1 > 2006-2007 : Emballement des investissements _________________ 100
5.2 > Fin 2008 : Premier bilan___________________________________ 101
5.3 > Année 2009 : Les conséquences_____________________________ 102
conclusion __________________________________________________104
table des matières _____________________________________________108
Bibliographie/Sitographie ______________________________________ 111
Sitographie _________________________________________________ 111
Bibliographie________________________________________________ 113
annexes_____________________________________________________ 116

110
> Bibliographie/Sitographie
Sitographie
> Leveque Emilie, novembre 2007, Fibre optique : les clés du succès, Le
Journal du Net
http://www.journaldunet.com/ebusiness/telecoms-fai/dossier/071119-
digiworld2007-ftth/index.shtml
> avril 2009, FTTH : Le secret de la pyramide, AVICCA
http://www.avicca.org/FTTH-le-secret-de-la-pyramide.html
> Bottois Patrick, juillet 2007, La CODAH équipe Gonfreville-l'Orcher
de fibre optique, Usinenouvelle.com
http://www.usinenouvelle.com/article/la-codah-equipe-gonfreville-l-
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> Bayart Benjamin, août 2009, On sera filtré, mais en plus on sera taxé,
Ecrans.fr
http://www.ecrans.fr/Benjamin-Bayart-1-2-Non-seulement,7733.html
> Le point sur... L’article L1425-1 du CGCT, Atelier de l’aménagement
numérique des territoires
http://www.ant.developpement-
durable.gouv.fr/article.php3?id_article=31
> Rousseau Alain, Mars 2009, Très haut débit : les opérateurs coopèrent
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http://www.journaldunet.com/ebusiness/expert/telecoms-
fai/38876/tres-haut-debit---les-operateurs-cooperent-pour-mieux-se-
concurrencer.shtml
> Billaut Jean Michel, Août 2009, Plaidoyer pour fibrer la France par
emprunt d'Etat (on a des idées fixes ou en en a pas...),
http://billaut.typepad.com/jm/2009/08/hello-3-jambe-et-fibre-optique-
ou-conte-%C3%A0-dormir-debout.html
> Cisco System, Juin 2008,Approaching the Zettabyte Era,
http://www.cisco.com/en/US/solutions/collateral/ns341/ns525/ns537/ns
705/ns827/white_paper_c11-
481374_ns827_Networking_Solutions_White_Paper.html
> Lamelot Matthieu, mars 2007, Les enjeux de la fibre, Présence-
PC.com,
http://www.presence-pc.com/tests/Fibre-optique-internet-22664/4/
> Pole Warren, Juillet 2009, Web in trouble? The hidden cables under a
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http://www.dailymail.co.uk/home/moslive/article-1196775/Web-
trouble-The-hidden-cables-Cornish-beach-feeding-worlds-
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111
> Chicheportiche Olivier, Février 2009, France : 4,1% des foyers connec-
tés à la fibre se sont abonnés, Silicon.fr,
http://www.silicon.fr/articles/printView/fr/silicon/news/2009/02/11/fran
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> Mai 2009, Internet et mobile : les derniers chiffres du marché fran-
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> Rubat du Mérac Baptiste, Mars 2009, Télécoms : les contenus au se-
cour des opérateurs, Le Journal du Net,
http://www.journaldunet.com/ebusiness/telecoms-fai/dossier/telecoms-
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Autorité des marchés financiers

115
> annexes

1. Organigramme des services du Conseil régional de Bretagne____ 117


2. Liste des réseaux optiques d’initiative publique _______________ 118
3. Extraits du guide technique de pose de fourreau en attente _____ 119
4. Point sur la technologie optique ___________________________121
5. Travail sur le système d’information géographique____________123

116
1. Organigramme des services du Conseil régional de Bretagne
2. Liste des réseaux optiques d’initiative publique
3. Extraits du guide technique de pose de fourreau en attente

119
Le guide est entièrement consultable à cette adresse :
http://www.bretagne20.fr/?q=node/205

120
4. Point sur la technologie optique

121
122
5. Travail sur le système d’information géographique

Informations géographiques à récupérer dans le cadre de pose de fourreaux


d’attente

Ce document a été réalisé par la Région Bretagne dans le cadre d’un groupe de travail
régional associant les collectivités bretonnes, les syndicats d’électricité, la direction ré-
gionale de l’équipement et le CETE de l’Ouest.

Ce travail reprend des éléments de la Région Aquitaine.

Versions : V 1.0 : 16 juillet 2009


Toutes les photos et schémas de ce guide sont accessibles en grand format sur le net à
cette adresse :
http://www.flickr.com/photos/bretagnenumerique/sets/72157617597184907/

Licence :

Guide technique de pose de fourreaux d'attentes par la Région Bretagne est mis à disposition selon les termes de la licence Creative
Commons Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale 2.0 France.
Basé(e) sur une œuvre accessible sur www.bretagne20.fr.

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Chacune de ces conditions peut être levée si vous obtenez l'autorisation du titulaire des droits sur cette œuvre.
Rien dans ce contrat ne diminue ou ne restreint le droit moral de l'auteur ou des auteurs.

123
Schéma de principe :

Relations entre les objets :

124
Informations à enregistrer pour chaque objet.

125
126
127
128
129
Procès verbal
Date

Le jury du Master 2
EGE
mention Econo
Economie et conseil en TIC et e-
e-business business
composé de

M
M
M
Ayant lu et entendu la soutenance du mémoire
A noté les observations suivantes :
Et lui attribue la note de :
Signature des membres du jury :

130