04 18 28 32 40 52

FRONTIÈRES EN SÉRIES PARTIE 2 - « ESCAPE ! »

LES SÉRIES, UN ELDORADO ARTISTIQUE POUR L’ACTORAT ET LA RÉALISATION CINÉMATOGRAPHIQUES

GÉNÉRATION VO VIVE LA VERSION ORIGINALE !

LES SPIN-OFFS LE TRISTE AVENIR DES SÉRIES TV ?

ONCE UPON A TIME PORTRAIT DES FEMMES DE LA SÉRIE

GIRLS L’ATROCE GLORIFICATION DU MISÉRABILISME

CORRECTION

TRADUCTION

Pierre (@_Piair) Lili Ho (@_ohhlilyy)

Tequi (@tequiladrenalin) Florian Etcheverry (@lordofnoyze)

04 18 28 32 40 52

BORDERS IN SERIES PART 2 - « ESCAPE ! »

TV SERIES, AN ARTISTIC ELDORADO FOR ACTING AND FILMMAKING

ORIGINAL VERSION GENERATION LONG LIFE TO THE ORIGINAL VERSION !

THE SPIN-OFFS THE SERIES SAD FUTURE ?

ONCE UPON A TIME PORTRAIT OF THE WOMEN FROM THE TV SERIES

GIRLS THE AWFUL GLORIFICATION OF PESSIMISM

CORRECTION

TRANSLATION

Pierre (@_Piair) Lili Ho (@_ohhlilyy)

Tequi (@tequiladrenalin) Florian Etcheverry (@lordofnoyze)

BORDERS IN SERIES - « ESCAPE ! »

FRONTIÈRES EN SÉRIES PARTIE 2 : « ESCAPE ! »
TEXTE : IOANIS DEROIDE - PHOTOS : ROGER MOORE, THE SAINT / NBC UNIVERSAL

DANS CE DEUXIÈME VOLET, nous suivons d’intrépides

IN THE SECOND PART OF OUR SERIES, we follow

agents lancés à l’assaut de la plus impressionnante barrière géopolitique du XXe siècle : le Rideau de Fer. Nos héros ont pour nom John Drake, Simon Templar, David Callan ou Neil Burnside. Entrons donc au service secret de Sa Majesté pour regarder ensemble cinq épisodes de séries d’espionnage britanniques au temps de la Guerre Froide. 04

fearless agents sent to struggle against the most impressive geopolitical barrier of the 20th Century : the Iron Curtain. Our heroes are named John Drake, Simon Templar, David Callan or Neil Burnside. Let’s take a look together, on her Majesty’s secret service, at five episodes of British spy shows that were broadcast during Cold War.

BORDERS IN SERIES - « ESCAPE ! »

« WE HAVE STILL GOT A BORDER CROSSING... », SIMON TEMPLAR, APRÈS AVOIR ACCOMPLI SA MISSION.

« WE HAVE STILL GOT A BORDER CROSSING... », SIMON TEMPLAR, AFTER HE COMPLETED ONE OF HIS MISSIONS.

La course vers une frontière qu’on veut passer au plus vite n’est pas l’apanage des bandits. Les héros, eux aussi, peuvent être pressés d’arriver de « l’autre côté ». La situation se présente alors comme l’inverse de celle du desperado galopant vers le Rio Grande : le voyageur fuit l’oppression et non plus la justice, il doit traverser une frontière protégée, surveillée, armée, et non plus déserte, poreuse, plus ou moins négligée. Les hasards de la géographie contribuent aussi à ce contraste : autant la frontière américano-mexicaine est chaude, ensoleillée, toujours aride et souvent montagneuse, autant le Rideau de Fer s’élève au milieu d’une plaine grise et froide, généralement humide et boisée. Car c’est bien pendant la Guerre Froide (19471991) qu’abondent ces récits de héros fuyards. Les épisodes de cette période regorgent de climax frontaliers parce que dans une Europe coupée physiquement en deux blocs antagoniques, le retour dans le « monde libre » peut aisément fournir un enjeu dramatique et générer du suspense. Les séries britanniques, héritières et contemporaines d’une abondante production littéraire et cinématographique d’espionnage, et destinées à des spectateurs situés à moins de mille kilomètres du Mur de Berlin, aiment à mettre en scène régulièrement des incursions du côté Est, le temps d’une mission qui culmine par le trajet du retour. Ce dernier acte forme en quelque sorte un récit d’évasion, un genre qui rencontre beaucoup de succès dans les salles obscures dans les années 1960-70, notamment parce qu’en continuité C’EST BIEN PENDANT LA GUERRE FROIDE QU’ABONDENT CES RÉCITS DE HÉROS FUYARDS. IT’S INDEED DURING THE COLD WAR THAT THOSE STORIES OF RUNAWAY HEROES ABOUND. Racing towards a border you have to cross quickly is not just a thug’s prerogative. Heroes, as well, can be desperate to cross the other side. The scenario is, then, the opposite of the desperado galloping to the Rio Grande : the traveler runs away from oppression, and not justice anymore, he needs to cross a guarded, secure, armed border, as opposed to a desertic, porous, abandoned one. The hazards of geography also play a part in such a contrast : much as the Mexico-American border is warm, sunny, perennially dry and often mountainous, the Iron Curtain is set among a chilly, grey plain, generally wet and wooded. And it is indeed during the Cold War (1947 to 1991) that those stories of runaway heroes abound. Episodes set during that period are filled to the brim with cross-border climaxes, since in an Europe that is physically split in two antagonistic blocks, returning to the « free world » can easily make for dramatic stakes and generate suspense. Inheriting and continuing a comprehensive work of literary and filmed spy stories, and aimed at viewers living within a 600-mile radius of the Berlin Wall, British shows tend to feature incursions to the East, during a mission that often climaxes during the journey back. In a way, that last act forms an escape story, a genre that is very popular in cinemas during the 1960-1970s, partly because in the aftermath of WWII, Cold War perpetuates the idea of oppressed and captive people in prison states.

05

BORDERS IN SERIES - « ESCAPE ! »

avec la Deuxième Guerre mondiale, la Guerre Froide perpétue l’idée de populations opprimées et captives dans des pays-prisons. Dans ce contexte, nos héros britanniques doivent faire la preuve par le succès de leur fuite de leur supériorité d’individus libres sur des systèmes politiques et sociaux autoritaires de surveillance et de contrôle. Ils sont venus le plus souvent secourir un personnage plus faible : un fonctionnaire anglais abusé par les mensonges communistes (The Saint) ou une ex-espionne qui a perdu la raison après avoir été torturée en RDA (Danger Man). Cette victime a généralement été arrêtée ou est sur le point de l’être et il convient de l’arracher aux griffes de l’ennemi. À moins qu’il ne s’agisse surtout de rapporter de précieux documents confidentiels risquant de tomber entre les mains de l’ennemi. Une fois cette première partie de la mission accomplie, il reste encore à atteindre et franchir la frontière. Deux qualités sont alors requises : la ruse et la célérité.
« STUPID! », MCGILL À LUI - MÊME.

In that context, our British heroes must prove, through the success of the escape, their superiority as free individuals over authoritarian social and political regimes of surveillance and control. More often that not, they come to the rescue of a weaker character : a British civil servant that is abused by Communist lies (The Saint), or a former spy that lost her mind after being abused in the ex-GDR (Danger Man). This victim has generally been arrested, or is about to be, and thus must be wrested away from the claws of the enemy. Unless it’s mostly about retrieving important confidential documents that risk being snatched by the enemy. Once the first part of the mission is completed, there’s still the matter of reaching and crossing the border. At that point, two qualities are required : ruse and swiftness.

Dans Man in a Suitcase, la première est réduite à l’usage d’un gadget au moment crucial : McGill réussit à semer l’automobile qui poursuit la sienne sur une petite route de forêt en actionnant une manette qui libère un nuage d’épaisse fumée à l’arrière de son véhicule, aveugle les policiers est-allemands qui le pourchassent et les met finalement hors d’état de nuire . Pour le reste, tout n’est qu’audace et vitesse : McGill renverse d’un coup de por06

BORDERS IN SERIES - « ESCAPE ! »

tière le soldat venu le contrôler et, toujours au volant de sa voiture, enfonce la barrière du poste-frontière qui lui fait obstacle. Comme il se doit, il achève sa course sous les balles est-allemandes mais sans être touché, dans une de de ces scènes qui font dire aux rédacteurs de tvtropes.org que les gardes-frontières de cinéma (et de télévision) ont dû fréquenter la même école de tir que les stormtroopers de Star Wars. En fait, dans cet épisode de Man in a Suitcase, comme dans la série en général, la ruse est du côté des opposants au héros. McGill est un ex-agent secret américain qui travaille désormais à Londres pour son propre compte et il demeure mal vu par ses anciens employeurs et par le monde du renseignement « officiel » dans son ensemble. De plus, il a souvent affaire à des clients peu scrupuleux. En bref, les conditions sont réunies pour qu’il soit fréquemment utilisé, manipulé, trompé dans un jeu dont il est souvent le seul participant intègre. En l’occurrence, dans l’épisode qui nous occupe, il est entouré notamment par un ancien nazi qui tente de se faire oublier et une espionne britannique prétendument passée à l’Est. Quant à sa mission, elle se révèle un véritable traquenard, de telle sorte que pour notre héros passer la frontière revient à s’échapper d’un piège. Le retour en lieu sûr est toutefois très relatif, les événements de l’épisode ayant confirmé à McGill qu’Est et Ouest se valaient en matière de manigances et qu’il ne pouvait décidément compter que sur lui-même. Dans la grande tradition du héros solitaire, il s’éloigne donc seul dans la dernière scène, plus apatride que jamais, n’emportant avec lui que la valise où tient toute sa vie et qui donne son titre à la série.

« STUPID! », MCGILL TO HIMSELF.

In Man In A Suitcase, the first quality is simply used through a gadget at the most crucial moment : McGill manages to lose the automobile chasing him on a small road going through the forest, by pulling a lever that frees a thick smoke cloud at the back of the vehicle, blinds the East-German policemen chasing him and finally renders them harmless. The rest is just audacity and speed : McGill knocks down a checkpoint soldier with his car door and, still at the wheel, smashes the checkpoint gate getting in his way. As is expected, he ends his run under East-German fire but without getting hurt, in one of those scenes that make writers for website tvtropes.org say that frontier officers must have attended the same shooting school as the stormtroopers in Star Wars. Actually, in this episode of Man In A Suitcase, as in the show in general, ruse is a trait of the hero’s opponents. McGill is a former American secret service agent who now works in London on his account, and his reputation remains poor in the eyes of his former employer, and those of the « official » world of intelligence at large. Moreover, he often deals with unscrupulous clients.

IL S’ÉLOIGNE DONC SEUL N’EMPORTANT AVEC LUI QUE LA VALISE OÙ TIENT TOUTE SA VIE. HE MOVES AWAY ALONE ONLY CARRYING WITH HIM THE SUITCASE THAT CONTAINS HIS LIFE.

In short, conditions are there for him to be frequently used, manipulated, deceived in a game where he’s often the only party with integrity. In the

instance of the episode we’re covering, he’s surrounded, among others, by a former Nazi who tries to get off the grid, and a former British spy who’s said to have turned to the Eastern block. His mission turns out to be a real setup, to the extent that crossing the border for our hero means escaping from a trap. 07

BORDERS IN SERIES - « ESCAPE ! »

Roger Moore (Simon Templar)

« WHEN YOU GET TO THE BARRIER, WAIT FOR MY SIGNAL », SIMON À SES COMPAGNONS DE FUITE.

The journey back to safety is, nonetheless, very relative, as events in this episode show McGill that East and West were one and the same when it comes to scheming, and that in the end, the only man he could trust was himself. In the longstanding tradition of the lone soldier, he moves away alone in the final shot, as stateless as ever, only carrying with the suitcase that contains his life, the same one that gives the show its name.
« WHEN YOU GET TO THE BARRIER, WAIT FOR MY SIGNAL », SIMON TEMPLAR TO HIS ESCAPE MATES.

Le sentiment dominant est bien différent dans l’épisode de The Saint où Simon Templar doit franchir lui aussi le Rideau de Fer. Il y est aussi question de mensonges et de manipulation mais la victime est cette fois un personnage secondaire, Eric Redman, un fonctionnaire du Foreign Office qui dérobe des documents confidentiels et part pour Leipzig parce qu’il a été abusé par la fausse promesse d’un escroc est-allemand. Il sera puni de son vol et de sa naïveté en étant abattu au moment de repasser la frontière vers l’Ouest. En revanche, pour Simon Templar, qui a rattrapé le voleur et entrepris de le ramener en Angleterre, toute cette affaire n’est qu’un jeu, dont l’issue est partielle08

The main feeling is very different in The Saint episode where Simon Templar must get across the Iron Curtain as well. It also deals about lies and manipulation, but this time around, the victim is a secondary character, Eric Redman, a Foreign Office civil servant that steals

BORDERS IN SERIES - « ESCAPE ! »

ment tragique - avec la mort de Redman - mais le déroulement jamais vraiment inquiétant, laissant même une place à l’humour et à la légèreté, surtout dans la première partie de l’épisode. C’est que le Saint multiplie avec aisance les ruses qui lui permettent de devancer ses ennemis, en l’occurrence la police est-allemande qui cherche aussi à mettre la main sur les documents britanniques. Ainsi, il vole une voiture de police pour déguerpir plus discrètement une fois les précieux papiers récupérés, puis enfile l’uniforme d’un officier qu’il a laissé ligoté au bord de la route pour tenter de tromper les gardes-frontières. Si ces subterfuges qui consistaient à prendre l’apparence de l’ennemi pour mieux lui échapper échouent finalement, c’est seulement parce qu’il convient de laisser la place à une action plus périlleuse en fin d’épisode. La dernière partie du trajet - le passage de la frontière - se fait donc à découvert (quoique de nuit) à travers les barbelés, à la lumière des projecteurs des miradors et sous les balles, celles-là même qui sont fatales à Redman. C’est là qu’on retrouve le motif de l’évasion et celui de la chance qui sourit au héros en dépit de la vraisemblance. Au final, le coût pour Templar est quasi-nul : il a détruit les documents compromettants et revient sain et sauf en terrain sûr, qui plus est accompagné d’une charmante jeune femme, Hanya, qui a profité du savoir-faire de l’espion pour pouvoir quitter elle aussi la RDA. Certes, il est trempé (d’avoir traversé un cours d’eau frontalier),

confidential files and goes into exile to Leipzig because he was deceived by an Eastern German crook’s false promise. He will be punished for his theft and naivety by being shot down at the very moment he was crossing the border back East. Meanwhile, to the eyes of Simon Templar, which got his hands on the thief and managed to bring him back to England, this whole case is just a game, whose end is especially tragic – with Redman’s death – but whose unraveling is never really worrying, even giving way to humour and lightness in the first part of the episode. The Saint actually comes up with more and more ruses to defeat his enemies, in this instance the East German police who also seeks to get their hands on the British files. For example, he steals a police car to get away more discreetly after the precious files have been retrieved, then puts a policeman’s uniform on after he left him tied up on the side of the road in an attempt to cheat the border officers. If those tricks – assuming the enemy’s identity in order to escape from him- eventually fail, it’s only because it’s in order to leave room for a more perilous situation at the end of the episode. The final part of the journeycrossing the border – is then set in plain sight, though by night, through the barb wires, lit by the mirador’s spotlights and under enemy bullets, the same ones that took Redman’s life. That’s where we can find the pattern of escape and the hero having good fortune against all 09

BORDERS IN SERIES - « ESCAPE ! »

et le décès de Redman dans ses bras ne le laisse pas indifférent mais, au contraire de McGill, il est resté le maître du jeu du début à la fin.
« ACHTUNG! DIE MINEN! », UN SOLDAT EST-ALLEMAND DANS DANGER MAN.

odds. In the end, Templar gets away almost scot-free : he destroyed compromising files and comes back on safe ground safe and sound, what is more in company of a lovely young woman, Hanya, who took advantage of the spy’s savoir-faire to leave GDR as well. Sure, he’s wet (after crossing a border stream), and Redman’s death in his arms doesn’t sit well with him, but, unlike McGill, he remained in control of the game from top to bottom.
« ACHTUNG! DIE MINEN! », AN EAST GERMAN SOLDIER IN DANGER MAN.

La figure du héros maître de la frontière est poussée plus loin encore dans Danger Man où John Drake se paye le luxe de retourner la situation pour enfermer son opposant. Dans « Fair Exchange », il est envoyé à Berlin avec pour mission de ramener au pays une ex-collègue espionne, Lisa Lanzig, partie en RDA pour assouvir une vengeance personnelle. Une fois sur place, Drake est confronté à l’impossiblité de franchir et faire franchir la frontière sur le chemin du retour, surtout une fois que Lanzig est recherchée par les autorités est-allemandes pour un meurtre qu’elle préméditait mais n’a pas commis. Comme le lui rappelle Pieter, un autre agent occidental sur place : « There are soldiers everywhere ! There’s a double wire fence, each fence is electrified. There are mines. Everywhere ! » Ici donc, une fuite à la McGill ou à la Templar, tout en force ou en opportunisme, est inenvisageable. La frontière est décrite comme inviolable. Seul un plan réfléchi peut sortir d’affaire le héros. Celui de Drake est simple : 0 1 0

The figure of the hero that masters the border is taken a step further in Danger Man, in which John Drake takes it upon him to turn the tables and lock down his opponent. In «  Fair Exchange, he’s sent to Berlin on a mission to bring back to the homeland a former spy and colleague of his, Lisa Lanzig, that went to GDR to exact a personal revenge. Once he’s there, Drake faces the impossibility of crossing the border, much less with someone, on the way back, especially once he learns Lanzig is wanted by East-German authorities for a murder she didn’t commit,

Patrick McGoohan (John Drake)

though she had the intention to. As Pieter, another agent from out West, reminds him : « There

are soldiers everywhere ! There’s a double wire fence, each fence is electrified. There are mines. Everywhere ! » In this case, a Templar or McGill-style escape is out of the question. The border is depicted as inviolable. Only

BORDERS IN SERIES - « ESCAPE ! »

attirer du côté ouest Wilhelm Berg, le fils du chef de la Sécurité mais aussi le véritable auteur du meurtre dont on accuse Lanzig, et procéder, comme l’indique le titre de l’épisode, à un « échange équitable » entre Berg et l’ex-espionne. Le déroulement comprend deux étapes. La première est des plus classiques : Drake fonce en voiture à travers la forêt, en direction de la frontière. Il est bientôt poursuivi par Berg, qu’il sème provisoirement. Cette première phase n’est qu’un subterfuge, notre héros ayant volontairement signalé sa présence pour être sûr d’être pris en chasse. La seconde étape est bien plus originale : profitant de son avance, Drake abandonne sa voiture, court vers la clôture électrifiée et, avec l’aide d’une pince coupante et de complices positionnés juste en face, côté ouest, fait croire que c’est Lisa Lanzig qui vient de percer un trou dans le grillage et de traverser le no man’s land miné. Tout à sa hâte de l’arrêter, Berg, qui croit apercevoir la jeune femme à quelques dizaines de mètres, traverse lui-même la zone piégée, guidé par un soldat qui connaît la disposition des explosifs et - c’est là que le scénario perd en vraisemblance psychologique - continue sa traque effrénée côté ouest. Quand il s’empare enfin de sa proie et la plaque au sol, c’est sur lui que le piège se referme : la fuyarde n’était pas Lanzig mais un sosie qui attendait, derrière la clôture ouest, le signal de Drake pour se mettre à courir, et Berg est maintenant tenu en joue par des militaires britanniques qui l’attendaient de pied ferme. Quant à Drake lui-même, qui n’a jamais quitté l’Est, il n’a plus qu’à aller présenter sa proposition de marché au père de l’imprudent.

a thought-out plan can solve the hero’s situation. In Drake’s case, it’s pretty simple : lure Wilhelm Berg, son of the head of Security, but also the actual perpetrator of the murder Lanzig is accused of, back West, and make a « fair trade » between Berg and the former spy, as the title of the episode implies. There are two steps to the operation. First one is standard : Drake races through the forest in a car, towards the border. Soon he’s chased by Berg, and he manages to lose him for a bit. This first phase is just a subterfuge, our hero having manifested his presence on purpose to make sure he was being chased. The second step is way more creative : taking advantage of his lead, Drake abandons his car, runs to the electrified gence and,

QUAND IL S’EMPARE ENFIN DE SA PROIE, C’EST SUR LUI QUE LE PIÈGE SE REFERME WHEN HE FINALLY CATCHES HIS PREY, THE TRAP CLOSES IN ON HIM

with the help of a wire cutter and accomplices positioned on the other side, just in front, makes people think as if Lisa Lanzig has just cut a hole

into the fence and crossed through the mined «  no man’s land  ». In a hurry to stop her, Berg, who thinks he sees the young woman a couple dozen feet from him, crosses the mined area himself, guided by a soldier who knows where the mines are buried on the Western side. And – here’s where the script loses its psychological ground-continues his reckless hunt on the Western side. When he finally catches his prey and stick her on the ground, the trap closes in on him : the runaway wasn’t Lanzig but a lookalike that was awaiting, behind the Western fence, Drake’s signal to start running. Berg is now held at gunpoint par British military who were resolutely waiting for him. As for Drake, who never left East, all he has to do is go present his deal to the unwise man’s father.

0 1 1

BORDERS IN SERIES - « ESCAPE ! »

Edward Woodward (David Callan)

Dans cet épisode, le passage de la frontière est donc déroutant, à l’échelle de la scène-clé, quand Berg croit dominer la frontière puisqu’il évite les mines avec succès alors que chaque pas le rapproche de sa perte, et à l’échelle de tout le dernier acte puisque celui-ci culmine avec un premier franchissement mouvementé mais illusoire et se termine par un second, banal mais réel.
«  I’M THE BOY WHO’S GONNA CROSS THE BLOODY THING! » », DAVID CALLAN, FURIEUX QU’ON MINIMISE LES RISQUES DE SA MISSION.

In this episode, crossing the border is confusing, as its key scene testifies, when Berg believes he dominates the border since he successfully avoids the mines while every step brings him closer to his downfall; the entire last act actually makes that case since it climaxes into a first bumpy but fake cross, and ends with a second one, by-the-numbers but real.
«  I’M THE BOY WHO’S GONNA CROSS THE BLOODY THING!  » », DAVID CALLAN, UPSET THE RISKS OF HIS MISSION ARE BEING TAKEN FOR GRANTED

Dans les trois épisodes que nous avons étudiés jusqu’à présent, le passage de la frontière n’occupe que le dernier temps du récit et les péripéties du retour vers le monde libre ne sont que les dernières d’une série. Avant de s’occuper de barbelés ou de gardes hostiles, McGill, Templar et Drake ont dû, pendant au moins une demi-heure, pourchasser, combattre, résister, se cacher, de telle sorte que le mouvement qui emporte le héros 12

In the three episodes we’ve covered for now, crossing the border actually takes up the last act of the story and the events of the journey back to the free world are but the last ones of a series. Before dealing with barb wires or hostile guards, McGill, Templar and Drake have had to, at least for a half-hour, hunt, fight, resist, hide, so that the movement taking the hero away to the border actually was triggered from the moment he was sent

BORDERS IN SERIES - « ESCAPE ! »

vers la frontière a été lancé dès le moment où il a été envoyé en mission, voire plus tôt : « Fair Exchange » s’ouvre par une scène de poursuite - sans parole - de presque trois minutes.

on that mission, or even before that : « Fair Exchange » opens with a dialogue-free chase scene that last over 3 minutes. With Callan, we’re dealing with a whole other type of

Avec Callan, nous avons affaire à un tout autre type de récit transfrontalier. « Heir Apparent » commence dans un cimetière par les funérailles de « Hunter », le chef de la Section, un service secret dont Callan est l’agent. L’épisode se poursuit par une série de discussions dans des intérieurs londoniens où l’on évoque le métier d’espion puis plus précisément la mission qui s’annonce. Callan est dûment briefé, fût-ce par des hommes déconnectés de la réalité du terrain, ce qui l’irrite rapidement. On est loin du Saint qui reçoit ses consignes en 3 minutes dans les tribunes de Wimbledon avant de filer prendre son avion. Les 28 minutes restantes de « Heir Apparent » se déroulent à la lisière d’un bois, tout près du Rideau de Fer et plus précisément d’un bunker est-allemand désaffecté où Callan doit retrouver son nouveau supérieur, Ramsay, et l’exfiltrer.

cross-border story. « Heir Apparent » begins in a cemetery with the funeral of « Hunter », head of the Section, a secret service unit that claims Callan as an agent. The episode then features a series of indoor discussions in London where the spy profession, and the mission at hand, are dealt with. Callan is duly briefed, though by men who are disconnected from the realities of the fiels, which deeply upsets him. We’re a long way from the Saint, who gets his orders during a 3-minute brief in the Wimbledon stands before he hurries to catch a plane. The 28 remaining minutes of «  Heir Apparent  » take place at the edge of a forest, close to the Iron Curtain, and more precisely close to an abandoned East-German bunker where Callan is supposed to meet his new boss, Ramsay, and exfiltrate him. In this instance, crossing the border is not a matter of

Ici, passer la frontière n’est plus une question de secondes, réglée en quelques accélérations et coups de mitraillette, mais une question d’heures, entre attente et tentatives avortées. La difficulté de l’exercice et son caractère ingrat sont donc clairement exposés. Callan doit rebrousser chemin une première fois parce qu’un hélicoptère en patrouille pourrait le repérer et une

seconds, solved through adrenaline rush and automatic weapon fire, but a matter of hours, between wait and aborted attempts. The complexity of the exercise and its unforgiving trappings are plainly exposed. Callan must retreat once because a patrolling helicopter might spot him, and a second time because his teammate Meres calls him to update him on the situation. The 13

BORDERS IN SERIES - « ESCAPE ! »

deuxième fois parce que son coéquipier Meres le rappelle pour l’informer d’une évolution de la situation. Sa troisième tentative paraît compromise quand apparaît un nouvel hélicoptère, et s’annonce carrément fatale quand survient en plus un serpent qui entreprend de glisser sur la jambe de Callan alors qu’il est couché dans l’herbe, obligé de rester immobile pour ne pas se faire repérer. Cette intrusion rappelle qu’il n’a pas fallu attendre la saison 2 de 24 pour que des scénaristes aient l’idée d’utiliser la présence improbable d’un dangereux animal pour ralentir la progression d’un personnage. A la différence du cougar de Kim cependant, la vipère de Callan a le bon goût de ne pas s’attarder… Notre héros parvient enfin au bunker où le rejoint Ramsay mais les deux hommes doivent encore attendre la nuit - et l’aide de Meres, qui crée une diversion - pour quitter leur cachette et traverser à nouveau le no man’s land. Au total, un épisode d’une grande sobriété (accentuée par le noir et blanc), et au budget sans doute serré, qui tranche en tous points avec les aventures de héros bondissants et dévoreurs de kilomètres.
«  LAURA DICKENS IS A SPECIAL SECTION OFFICER, SHE’S ACCEPTED THE RISKS », SIR JAMES GREENLEY À NEIL BURNSIDE.

third time seems compromised when a new helicopter appears, and worsens into certain doom when a snake crawls on Callan’s leg as he lays on the grass, with no choice but to stay still to avoid being spotted. This intrusion reminds us season 2 of 24 wasn’t the first time writers had the idea of using the unlikely presence of a dangerous animal to slow down the progression of a character. Unlike Kim’s cougar, though, Callan’s viper has the good taste not to stick around too long… Our hero finally reaches the bunker, soon joined by Ramsay, but the two men must wait until night falls- and Meres comes to their help by creating a diversion- to leave their hiding place and cross the « no man’s land » one more time. In the end, this episode was really simple by design (augmented by black and white), and with a certainly low budget, which contrasts in all areas with the adventures of mile-crunching heroes bouncing around.

Au contraire de « Heir Apparent », notre dernier épisode ne consacre qu’une seule scène au passage de la frontière. En fait, les quatre cinquièmes du récit se déroulent à Londres : c’est de là qu’on décide d’envoyer l’espionne Laura Dickens à Berlin-Est puis qu’on tente de la faire revenir après avoir appris son arrestation, en proposant un échange. « Special Relationship », puisque c’est de lui qu’il s’agit, est de loin l’épisode le plus 14

BORDERS IN SERIES - « ESCAPE ! »

célèbre de notre sélection et il est souvent considéré comme le plus marquant de la série dont il est issu : The Sandbaggers. Pour ces raisons, je glisse ici une nécessaire ALERTE SPOILER.

«  LAURA DICKENS IS A SPECIAL SECTION OFFICER, SHE’S ACCEPTED THE RISKS  », SIR JAMES GREENLEY TO NEIL BURNSIDE.

Unlike « Heir Apparent », our last episode only shows Un des grands mérites de « Special Relationship » est de montrer que le passage de la frontière n’est pas toujours une solution. A partir du moment où les services secrets britanniques doivent s’en remettre à leurs homologues français pour obtenir d’eux un agent soviétique susceptible d’être échangé contre Laura, et où ceux-ci exigent en contrepartie un accès à des informations de source américaine normalement réservées au Royaume-Uni en vertu de la « relation particulière » qui les unit aux États-Unis, il devient clair que le coût diplomatique et stratégique de la libération de l’agent Dickens est trop élevé. D’un autre côté, les renseignements cruciaux qu’elle détient et que ses geôliers est-allemands ne vont pas tarder à lui soutirer par la force rendent inenvisageable son maintien en détention. Comme le résume rétrospectivement Neil Burnside, le héros de The Sandbaggers, qui a piloté la mission de Laura : « I couldn’t let her stay and talk and I couldn’t swap her. » Burnside se résout donc à la seule solution politiquement acceptable : l’élimination physique de Laura par son propre camp. La scène de l’échange se déroule, comme il est classique dans ces cas-là, sur un pont, et son issue tragique - Laura est abattue par un tireur d’élite - est encore renforcée par l’environnement diégétique de ce moment-clé. Les épisodes précédents nous ont appris que Neil et Laura étaient amants ; un UN DES MÉRITES DE « SPECIAL RELATIONSHIP » EST DE MONTRER QUE LE PASSAGE DE LA FRONTIÈRE N’EST PAS TOUJOURS UNE SOLUTION. ONE OF THE MERITS OF «  SPECIAL RELATIONSHIP  » IS SHOWING THAT CROSSING THE BORDER IS OFTEN NOT MEANS TO AN END. « Special Relationship » is by far the most known episode in our selection and also widely considered as the most memorable one of The Sandbaggers series. For those reasons, we will insert a SPOILER ALERT for the next paragraphs. One of the greatest merits of «  Special Relationship » is showing that crossing the border is often not means to an end. From the moment where British secret services must call their French counterparts to get a Soviet agent from them that is likely to be traded against Laura, and when the French demand in return access to American intelligence usually reserved to the British services in the name of the « special relationship » uniting both countries, it’s becoming clear the diplomatic and strategic cost to free agent Dickens becomes too high. On another side, crucial intelligence she holds-that will be forced out of her by German jailers- make her prolonged custody unthinkable. As Neil Burnside, main character in « The Sandbaggers » and in charge of the Laura mission, sums it up in retrospect : « I couldn’t let her stay and talk and I couldn’t swap her. » Burnside then must come to the only politically sound 15 the crossing of the border through one scene. In fact, 4/5th of the plot is set in London : that’s from where it’s decided spy Laura Dickens has to go to East Berlin, and an attempt to bring her back is put together after news of her arrest is known, by proposing an exchange.

BORDERS IN SERIES - « ESCAPE ! »

dialogue un peu plus tôt dans « Special Relationship » nous a révélé que Burnside, homme implacable, était même amoureux de sa collègue et la scène suivant l’exécution, la toute dernière, montre, chose exceptionnelle, le chagrin - tout de même muet - d’un Burnside dévasté et seul. Burnside, même s’il met à peine les pieds à Berlin, est, de tous nos héros, celui qui se considère comme un garde frontière. Il est prêt à sacrifier la morale et les sentiments pour préserver les prérogatives, les secrets, les alliances, bref un ensemble d’exclusivités qui sont autant de protections mais aussi de fermetures garantissant à ses yeux la sécurité de son pays. Sa dévotion à défendre des murs s’étend naturellement à la sphère personnelle, le rendant indisponible, inapte à une relation d’ordre privé. Son aventure amoureuse avec Laura Dickens constitue donc une transgression exceptionnelle, et l’on peut interpréter sa décision d’y mettre fin de la manière la plus radicale, et quel qu’en puisse être le coût affectif, comme une volonté de rétablir une frontière qui n’aurait jamais dû être franchie.
NOS CINQ ÉPISODES mettent en scène cinq héros qui

option : the physical elimination of Laura by her own people. The scene of the swapping plays, as usual in those instances, on a bridge, and its tragic end –Laura is shot down by a sniper-is even reinforced by the diegetic dimension of that key moment. Previous episodes have revealed that Neil and Laura were lovers; an earlier scene in « Special Relationship » told us that Burnside, a merciless man, was even in love with his colleague and the aftermath of the execution, the final shot, shows –a very unusual thing- the silent grief of a devastated and lonely Burnside. Burnside, even if he barely sets foot in Berlin is, among all of our heroes, the one that considers himself a frontier guard. He’s ready to do away with morals and feelings to protect the prerogatives, the secrets, the alliances, in a word, a series of exclusivities that form as many protections but also potential closings, guaranteeing, in his eyes, homeland security. His dedication to defend walls naturally extends to his personal life, making him unavailable, unable to a private relationship. His affair with Laura Dickens then constitutes an exceptional departure of character, and his decision can be interpreted as a means to end it in the most radical way possible, and whatever the emotional cost may be, as a means to reinstate a border that never should have been crossed.

entretiennent donc un rapport particulier à la frontière et plus encore à l’évasion, puisque c’est ce mouvement 16

BORDERS IN SERIES - « ESCAPE ! »

de sortie (ou de retour, comme on voudra) qui les réunit. Pour McGill, pris pour cible et piégé, l’évasion est clairement un choix contraint, fait et assumé dans l’urgence et sans aucun plaisir. Pour Simon Templar alias «  le Saint », c’est un jeu, dangereux mais palpitant et divertissant. Pour John Drake, c’est un défi, un challenge lancé à son intelligence, assez semblable d’ailleurs à ceux que devra relever Numéro 6 (interprété par le même Patrick McGoohan) dans The Prisoner, série d’évasion par excellence et qui peut être vue comme une parabole de la Guerre Froide. Pour Callan, irascible et récalcitrant, l’évasion n’est qu’une corvée, un boulot qu’il faut faire. Enfin, pour Neil Burnside, elle est tout simplement impossible. Le prochain article de cette chronique nous ramènera en Amérique pour explorer plus avant la frontière comme espace, et plus précisément ces « zones grises » où les règles communes ne s’appliquent pas.

OUR FIVE EPISODES feature five heroes nurturing a

special relationship with the border and, what’s more, with escape, since it’s that movement of exit (or journey back, as you will) that ties them together. For McGill, targeted and trapped, escape is clearly a choice he’s forced to make and live with in a rush and without pleasure. For Simon Templar, alias « the Saint », it’s a dangerous game, but one that is thrilling and entertaining. For John Drake, it’s a challenge for his intellect, quite similar to the ones Number 6 (also played by Patrick McGoohan) will face in The Prisoner, escape series by trade and that can be viewed as a Cold War allegory. For Callan, irascible and unwilling, escape is just a chore, a job that needs to be done. Finally, for Neil Burnside, it’s quite simply impossible. In the next issue of MoreTV Mag, a new dimension to explore in «  Borders In Series  », this time exploring America’s «  grey areas  » where common law has no power.

À PROPOS DE L’AUTEUR Ioanis Deroide est enseignant d’histoire-géographie et s’intéresse en particulier à la représentation des territoires dans les séries. Il a écrit Séries TV : Mondes d’hier et d’aujourd’hui (Ellipses, 2011) et sa dernière publication est un chapitre consacré à la wilderness dans l’ouvrage collectif dirigé par A. Blot et A. Pichard : Les séries américaines, la société réinventée ? (L’Harmattan, 2013).

17

AN ARTISTIC ELDORADO FOR ACTING AND FILMMAKING

UN ELDORADO ARTISTIQUE
POUR L’ACTORAT ET LA RÉALISATION CINÉMATOGRAPHIQUES
TEXTE : SULLIVAN LE CORVIC - PHOTOS : KEVIN SPACEY, HOUSE OF CARDS / SONY PICTURES TELEVISION

PAUL CLAUDEL, dramaturge et poète français, affirmait

PAUL CLAUDEL, playwright and French poet, assured :

: « l’acteur est un artiste et non pas un critique. Son but n’est pas de faire comprendre un texte, mais de faire vivre un personnage. » Cette implication émotionnelle artistique est aujourd’hui aussi vraie dans les films que dans les séries. Notre empathie, notre profond désir de suivre leurs aventures, notre statut de téléspectateurs qui se mue presque inexorablement en position de fidèles compagnons n’ont cessé de croître, guidés par la prestance, le talent et l’immense richesse de ces acteurs. Longtemps opposés, souvent rapprochés et rarement assimilés, le cinéma et les séries ont continuellement alimenté les débats tout en coexistant pour le grand plaisir des passionnés. 18

« the actor is an artist and not a critic. His goal is not to make us understand a text, but to bring a character to life.  » Today, this emotional artistic involvement is true on the big screen but also on the small one. Our empathy, our deep desire to follow their adventures, our status of viewers which almost turns inexorably into a position of faithful companions have not stopped growing, guided by the presence, the talent and the enormous wealth of these actors. Opposed for a long time, often brought closer and rarely assimilated, cinema and television series have always created debates while coexisting for our viewing pleasure.

AN ARTISTIC ELDORADO FOR ACTING AND FILMMAKING

D’un côté, nous nous rassemblons dans de grandes salles obscures, confortablement assis aux côtés de parfaits inconnus, pour ressentir une expérience vidéo-ludique unique face à un gigantesque écran nous permettant de découvrir ou retrouver des acteurs fétiches. Ce moment cinématographique est intense, et ne dure que quelques heures, au maximum. Et d’un autre côté, nous investissons notre propre cocon, seuls ou accompagnés, au cœur de notre intimité et de nos habitudes sociales, pour nous délecter devant notre écran d’ordinateur, de télévision ou de tablette, du nouvel épisode d’une série. Ce moment sériel est intense, et se reproduit chaque semaine pendant des mois, au minimum. Pour certains, ce sont deux poids deux mesures. Pour d’autres, c’est l’alliance parfaite. Pour de nombreux acteurs et réalisateurs, aucune différence ne vient entraver l’existence de ces deux formats. Sans s’enorgueillir de prouver à quiconque les extraordinaires qualités de deux réalités fictionnelles, ils n’hésitent pas à jouer cartes sur table et à collaborer à la fois dans les films et dans les séries. Ces dernières, érigées depuis les années 90 en véritable phénomène de société, voit l’arrivée d’acteurs et de réalisateurs de renom prêts à s’approprier des rôles majeurs. Loin d’être récent, cet engouement fait les beaux jours d’une poignée d’œuvres télévisuelles, parmi lesquelles la nouvelle et superbe True Detective. Néanmoins, cet état de fait questionne : Pourquoi les séries attirent-elles autant cette population cinématographique ? Qu’ont-elles d’innovant pour qu’ils s’aventurent dans un tel format ?

On the one side, we gather together in big cinemas, snugly seated next to complete strangers, in order to live an unique experience in front of a huge screen allowing us to discover or rediscover some of our favorite actors. This cinematic moment is intense, and only lasts a few hours. But on the other, we invest our own cocoon, alone or with somebody, at the heart of our privacy and our social habits, to be regaled opposite our computer screen, our television or our tablet, with a new episode of a TV series. This serial moment is intense and is repeated each week for months, at least. For some, these are double standards. For others, this is the perfect union. For a lot of actors and directors, no difference comes hinder the existence of these two formats. Without boasting to prove to anyone the amazing qualities of two invented realities, they do not hesitate to put one’s cards on the table and to collaborate both on movies and on television series. The latter, raised as an absolute social phenomenon since the nineties see the arrival of well-known actors and directors ready to seize major roles. Far from being new, this enthusiasm creates the

Matthew McConaughey et Woody Harrelson dans True Detective

19

AN ARTISTIC ELDORADO FOR ACTING AND FILMMAKING

CE N’EST PAS UNE NOUVEAUTÉ, les séries ont tou-

heyday of a handful of television works among which the new and superb True Detective. Nevertheless, this state of affairs questions: why television series attract as many of the cinematic population? What is innovative enough for them to venture in this format?
THIS IS NOT A NOVELTY, television series have always

jours attiré les acteurs de cinéma mais cette tradition a évolué, s’est métamorphosée au fur et à mesure que le poids et la légitimité artistique des séries aient gagné en puissance. À quelques exceptions près, on est ainsi passé d’un statut de guest-star à celui de rôle majeur. Néanmoins quand on remonte à 1958, la première lueur cinématographique vient percer notre tube cathodique en la présence de Roger Moore. Affublé de son armure en carton, il incarnera pendant 39 épisodes l’idole fictionnelle Ivanhoé avant d’enchaîner des séries à succès comme Maverick, Le Saint ou encore Amicalement Vôtre. Et il n’est que le premier d’une très grande liste, preuve numéraire que les interconnexions entre les deux formats sont nombreuses et présentes depuis plusieurs décennies. Les acteurs, comme les réalisateurs, s’ils s’immiscent dans le monde fabuleux des séries, terrain des plus belles expériences télévisuelles, c’est qu’ils y trouvent ce quelque chose d’unique, ce quelque chose qui va au-delà des conventions cinématographiques. A l’heure où les reboots, les suites malencontreuses, les pâles comédies viennent polluer la qualité sidérante du cinéma international, et à l’heure où les spin-off (Breaking Bad, The Walking Dead, NCIS, Supernatural, How I Met Your Mother, Les Experts, The Vampire Diaries, Veronica Mars…), les retours événementiels surprenants (24, Heroes…) et les fades nouveautés deviennent une habitude sérielle inquiétante, des constructions narratives tirent leurs épingles du jeu et réussissent le pari d’englober de grands noms dans le projet. Et pour cause, les séries sont une nouvelle forme de 20

attracted film actors but the tradition has gradually evolved as the weight and the artistic legitimacy of TV series gained power. Exception to the rule, we passed from a gueststar status to the major role. Nevertheless, when we go back to 1958, the first cinematic glow broke through our cathode-ray tube thanks to Roger Moore. Saddled
Roger Moore dans Ivanhoé

with his armor made of cardboard, he personified

the invented idol Ivanhoé during 39 episodes before moving from successful TV series to another such as Maverick, The Saint, or The Persuaders. And he is only the first of a very long list, proof that the network between both formats is many and present for several decades. Actors, and directors, if they interfere in the fabulous world of tv series, field of the most beautiful television experiences, that is because they find something unique in it, something which goes beyond the cinematic conventions. At the time of reboots, ill-fated sequels, poor comedies come to pollute the astonishing quality of international cinema, and when spin-offs (Breaking Bad, The Walking Dead, NCIS, Supernatural, How I Met Your Mother, CSI, The Vampire Diaries, Veronica Mars…), surprising comebacks (24, Heroes…) and insipid novelties become a worrying serial habit, some narrative construc-

AN ARTISTIC ELDORADO FOR ACTING AND FILMMAKING

création artistique au cœur de notre culture ciné et du divertissement. Depuis de nombreuses années, elles ont mis en avant des héros et des anti-héros, complexes, ambigus, torturés qui ont été ou sont vecteurs de prestations ébouriffantes. Malgré cette envie incompréhensible de proposer toujours plus de reboots, la télévision est un espace de créativité presque infini profitant du format des séries (des intrigues s’étalant sur plusieurs épisodes voire sur plusieurs saisons) pour développer un univers riche, imposant et addictif. Grâce à cela, les acteurs ne réfléchissent pas à deux fois et sautent à pieds joints dans l’aventure : incarner un personnage sur plus de 3, 4, 5 ou 6 heures s’avère impossible au cinéma. Artistiquement c’est une aubaine pour de tels professionnels mais cette immersion intervient également avec l’envie de participer à des réalisations télévisuelles extrêmement stimulantes qui ne cessent de refléter des obsessions modernes ancrées dans notre quotidien comme la violence, le pouvoir, la sexualité, les dépendances, la famille et le travail. Ainsi House of Cards, véritable phénomène de consommation massive sérielle, élève le talentueux Kevin Spacey au rang de star du petit écran. L’interprète du légendaire criminel Keyser Söze et de l’ordinaire Lester Burnham campe ici Frank Underwood un odieux politicien prêt à tous les coups bas et toutes les manipulations pour accéder à la tête de la Maison Blanche. Par sa superbe démesure dramatique et son incroyable aisance pour incarner un personnage aussi antipathique, Kevin Spacey offre à la série l’une de ses meilleures publicités : plus de 670 000 personnes se sont ruées sur la série pour visionner les 13 épisodes de la saison 2 en un seul week-end.

tions play their cards right and meet the challenge to include big names in a project. And for good reason, television series are a new form of artistic creation at the heart of our film culture and entertainment. For many years they have featured heroes and antiheroes, complex, ambiguous, tortured who have been or are vectors of hair-rising performances. Despite this beyond understanding craving to propose more and more reboots, television is a space of nearly endless creativity taking advantage of the format (plots spread over time on many episodes, even on numerous seasons) in order to develop a rich world, impressive and addictive. Thanks to that, actors do not think twice about taking the plunge : play a character on 3, 4, 5 or 6 hours prove to be impossible on movies. Artistically, this is a godsend for these professionals but this im-

HOUSE OF CARDS ÉLÈVE LE TALENTUEUX KEVIN SPACEY AU RANG DE STAR DU PETIT ÉCRAN HOUSE OF CARDS RAISE THE TALENTED KEVIN SPACEY TO A SMALL- SCREEN STAR

mersion comes with the desire to participate to extremely inspiring television realisations which do not cease to reflect modern obsessions fixed

in our everyday life as violence, power, sexuality, addictions, family and work. Thus, House of Cards, absolute serial consumer phenomenon, raise the talented Kevin Spacey to a small-screen star. The actor who performed the legendary criminal Keyser Söze and the ordinary Lester Burnham plays Frank Underwood, an odious politician ready for any low blows and any manipulation to get in command of the White House. With its clever dramatic outrageouness and its incredible ease to embody a character that unlikeable, Spacey offers to the series one of its best publicities: more than 670 000 people rushed themselves on the show to watch the 13 episodes of the 2nd season in only 1 weekend !

21

AN ARTISTIC ELDORADO FOR ACTING AND FILMMAKING

TOP 3 DES MEILLEURS ACTEURS CINÉ-SÉRIES

MERYL STREEP Angels in America (2003)

KATE WINSLET Mildred Pierce (2011)

MATTHEW MCCONAUGHEY

True Detective (2014)

POUR LES SÉRIES, un collectif de scénaristes et d’au-

FOR THE TELEVISION SERIES, a community of writers

teurs se réunissent pendant des mois dans la « Writers’ Room », pièce sacro-sainte quand on évoque l’étape difficile de l’écriture, afin d’élaborer minutieusement toutes les intrigues. Privilégiant souvent la qualité à la quantité, cette phase de collaboration scénaristique permet à certaines actrices de saisir l’opportunité d’incarner un vrai personnage féminin fort et les exemples ne sont pas rares. Ainsi, avant d’interpréter Patty Hewes dans Damages, une héroïne à la fois brillante, calculatrice et froide, Glenn Close avait rejoint le casting de The Shield avec le personnage du Commissaire Monica Rawling, supérieur hiérarchique intègre de Vic Mackey. C’est également le cas de Kate Winslet étonnante et fascinante actrice qui a rayonné de son indéniable talent dans de nombreux films comme Hamlet, Eternal Sunshine Of The Spotless Mind, The Reader ou encore Carnage. A la télévision, elle s’est superbement muée le temps d’une mini-saison de Mildred Pierce en une femme divorcée, prête à tous les sacrifices pour protéger ses enfants durant la Grande Dépression. Ce rôle lui a valu l’Emmy Award – considéré comme l’équivalent télévisuel de l’Oscar - de la meilleure actrice dans une mini-série. 22

and authors get together during months in the « Writers’ Room  », sacrosanct room when we mention the hard step of writing, to elaborate meticulously every plot. Favoring the quality to the quantity, this collaboration phase allows to some actresses to jump on opportunities to play a strong female character and the examples are not rare. In this way, before playing Patty Hewes on Damages, an heroine both brilliant, scheming and cold, Glenn Close had join the casting of The Shield as Captain Monica Rawling, upright superior to Vic Mackey. This is also the case of Kate Winslet, astonishing and fascinating actress who shined of her undeniable talent in many movies such as Hamlet, Eternal Sunshine Of The Spotless Mind, The Reader or in Carnage. On television, she made an impact for the mini-series Mildred Pierce as a divorced women, ready for any sacrifices to protect her daughters during the Depression. This role earned her an Emmy Award - considered as an equivalent of the Oscar - of the best actress in a mini-series.
EVOKING the important contribution of film actors

in the television landscape, we almost forget the role that many great directors play. Indeed, they succeed in

AN ARTISTIC ELDORADO FOR ACTING AND FILMMAKING

EN ÉVOQUANT la contribution importante des acteurs

leaving their trace, their personality at the heart of a world they do not know or not necessarily mastered. They want to propose an extraordinary approach, that is to say a work that gets out of the ordinary, that we have not seen yet on our small screen. Most of the time, they have one goal : embrace the boldness and the liberty which they are offered. To establish themselves in such a mass of screenplays or ideas is not that easy but when they assert their name and CV, the professional gates lean to fall one after another. Not everyone is Steven Spielberg! Before being internationally famous for his atypical, interesting and disturbing work (Antichrist, Nymphomaniac, Dogville), Lars Von Trier did a short television stint with Riget, a Danish mini-series, complete UFO, in which he juggle with style and impertinence between the asepticized world of modern medecine and the supernatural around beliefs, cults and ancient ghosts. In the captivating and mesmeric TV series, David Lynch (Elephant Man, Dune, Mulholland Drive) have nothing to envy Von Trier since he achieved a master stroke in 1990

de cinéma dans le paysage télévisuel, on en oublierait presque le rôle que jouent de nombreux grands réalisateurs. Ils ont en effet réussi à imposer leur patte, leur personnalité au cœur d’un monde qu’ils ne connaissent pas ou ne maîtrisent pas forcément. Ils ont l’envie de proposer une démarche extraordinaire, c’est-à-dire une œuvre qui sort de l’ordinaire, que l’on n’a encore jamais vue sur notre petit écran. Ils n’ont souvent qu’un objectif : embrasser l’audace et la liberté qui leur sont proposées. S’imposer dans une telle masse de scénarios ou d’idées n’est pas chose aisée mais lorsque l’on fait valoir son nom et son CV les barrières professionnelles ont tendance à tomber les unes après les autres. N’est pas Steven Spielberg qui veut ! Avant d’être internationalement connu pour ses œuvres atypiques, intéressantes et dérangeantes (Antichrist, Nymphomaniac, Dogville), Lars Von Trier a fait un court passage sériel en nous proposant Riget (L’hôpital et ses fantômes), une mini-série danoise, véritable Objet Télévisuel Non Identifié, dans laquelle il jongle avec élégance et impertinence entre le monde aseptisé de la médecine moderne et le surnaturel autour de croyances, de cultes et de fantômes anciens. Dans la catégorie de la série envoûtante et hypnotique, David Lynch (Elephant Man, Dune, Mulholland Drive) n’a rien à envier au réalisateur danois puisqu’en 1990 il réalise un coup de maître avec Twin Peaks. Devenue une bible pour les auteurs de séries (notamment David Chase), cette série fut avant tout un croisement des genres inédit, une touche de complexité artistique révolutionnaire qui mettait à mal la trivialité de la télévision. A l’époque

David Lynch sur le tournage de Twin Peaks en 1990

23

AN ARTISTIC ELDORADO FOR ACTING AND FILMMAKING

– et même maintenant – on n’avait rien vu de tel. Aujourd’hui, les qualificatifs élogieux s’enchaînent : Puissante, séduisante, onirique, malicieuse, énigmatique, fantastique… Jane Campion, elle, nous gratifie d’une œuvre déroutante et anxiogène avec Top Of The Lake. Sans grandes nouvelles depuis le magnifique La leçon de piano, malgré la réalisation de quatre longs métrages, elle a réussi à susciter la surprise et l’impatience en annonçant son « retour » par la télévision. Le résultat ? Top of The Lake est un récit ambitieux et personnel, parfaitement contemplatif, proche d’une œuvre romanesque. Un événement sériel de l’année 2013. Lors d’une interview pendant le Festival de Cannes de 2013 pour lequel elle était Présidente du jury de la Cinéfondation et des courts métrages, elle a affirmé : « La télévision est un nouvel eldorado. C’est sans doute là qu’on trouve les œuvres les plus créatives d’aujourd’hui. Elle attire de plus en plus les auteurs qui, comme moi, trouvent qu’il ne se passe plus grand-chose dans le cinéma d’art et d’essai. Je suis, moi-même, une spectatrice vraiment boulimique et je dois dire que je suis très souvent déçue par ce que je vois. Moins de regards vraiment singuliers, moins de cinéastes capables de parler de choses intimes, ce que les séries télé savent, par contre, très bien faire… » Tout est dit ! Il ne faut néanmoins pas se leurrer, le pragmatisme artistique est également de mise quand les acteurs et les réalisateurs décident d’intervenir dans la sphère sérielle. Les grands noms, les récompenses et l’expérience 24

with Twin Peaks. Now a bible to series maker (especially David Chase), this creation was firstly an unseen mix of genres, a revolutionary touch of artistic complexity which jeopardized the triviality of television. We had not seen anything like it in those days - and even now. Today, laudatory adjectives string together: powerful, seductive, oneiric, mischievous, mysterious, fantastic… Jane Campion rewards us with a disconcerting and anxious work with Top Of The Lake. Without much news since the outstanding The Piano, and despite four full-length feature film, she succeded to arouse interest by announcing her «  comeback  » via television. Result ? Top Of The Lake is an ambitious and personal tale, perfectly contemplative, close to a fanciful work. A serial event of 2013. During an interview at the 2013 Cannes Film Festival she attended as the head of the jury for the Cinéfondation and Short Film sections, she affirmed: « Television is a new eldorado. It is most likely

Jane Campion, tournage de Top of the Lake

there that we find the most creative works today. It attracts more

and more authors who, like myself, think nothing much is really happening in arthouse cinema nowadays. I am a truly bulimic spectator and I have to say that I am frequently disappointed by what I see. Less singular looks, less movie directors able to talk about personal things, what TV series do, on the other hand, very well… » This says it all ! However, let’s not kid ourselves, artistic pragmatism is also appropriate when actors and directors decide to step in the serial sphere. Big names, awards and experiences are assurances of a better sale. Television se-

AN ARTISTIC ELDORADO FOR ACTING AND FILMMAKING

TOP 3 DES MEILLEURS RÉALISATEURS CINÉ-SÉRIES

DAVID LYNCH Twin Peaks (1990)

JANE CAMPION Top of the Lake (2013)

GUS VAN SANT Boss (2011)

sont gages d’une meilleure vente. Les séries permettent de faire le plein d’audience et permettent aux chaînes de vivre (ou survivre). Les critères commercial et économique ne sont pas à prendre à la légère, ils jouent un rôle fondamental dans l’existence des séries. Ils permettent aux chaînes d’asseoir leur image et leur réputation. House of Cards génèrerait-elle autant d’engouement, autant de « Binge Watching », si Kevin Spacey et Robin Wright ne faisaient pas partie du casting ? True Detective serait-elle la série événement de ce début d’année si Matthew McConaughey et Woody Harrelson avaient été remplacés ? Band Of Brothers aurait-elle pu être aussi puissante, majestueuse et poignante sans la collaboration de Steven Spielberg et Tom Hanks ? Quand on regarde le palmarès 2011 des stars les mieux payées des séries, par le magazine TV Guide, on remarque que le critère financier peut indubitablement jouer dans la balance : Ashton Kutcher, pas le meilleur des acteurs, gagne 700 000

ries allow channels to live (or survive) and to gather viewers. Commercial and economic standards are not to take lightly, they play an essential role in the series existence. They enable to channels to establish their image and their reputation. Would House Of Cards generate as much enthousiasm, « Binge Watching », if Kevin Spacey and Robin Wright were not in it ? Would True Detective be this year event series if Matthew McConaughey and Woody Harrelson had been replaced ? Would Band Of Brothers have been as powerful, majestic and moving without the collaboration of Steven Spielberg and Tom Hanks ? When we take a look at the 2011 list of TV’s highest-paid stars, by TV Guide, we notice that the financial standard can irrefutably carry weight: Ashton Kutcher, who is not the best actor out there, win $700.000 per episode, getting ahead of Alec Baldwin, without any big roles on film, who win $300.000 per episode. With 20 episodes per season on average, the sum is quickly done. 25

BAND OF BROTHERS AURAIT- ELLE PU ÊTRE AUSSI PUISSANTE SANS LA COLLABORATION DE STEVEN SPIELBERG ET TOM HANKS ? WOULD BAND OF BROTHERS HAVE BEEN AS POWERFUL WITHOUT THE COLLABORATION OF STEVEN SPIELBERG AND TOM HANKS ?

AN ARTISTIC ELDORADO FOR ACTING AND FILMMAKING

$ par épisode, devançant Alec Baldwin, sans véritables grands rôles au cinéma, qui gagne 300 000 dollars par épisode. A 20 épisodes en moyenne par saison, le calcul est vite fait.
ET QU’EN EST- IL EN FRANCE ? Bertrand Villegas, fonLes Revenants

AND WHAT ABOUT FRANCE ? Bertrand Villegas, foun-

dateur de The WIT (World Information Tracking) société d’observation des médias audiovisuels dans le monde, estime que la situation est radicalement différente « Le fossé culturel entre le monde du cinéma et la télévision est beaucoup plus important qu’à Hollywood où tout est divertissement. Canal +, qui a une vraie volonté de faire du cinéma à la télé, a fait appel à Olivier Assayas pour réaliser Carlos et à Jean-Hugues Anglade et Nicolas Duvauchelle pour Braquo. Mais cela ne va pas plus loin. » Alors que les grandes chaînes françaises peinent à innover dans un format qui, face à un cinéma prédominant dans notre culture, est sous-estimé, les pays étrangers saluent la qualité fictionnelle française. Le New York Times soulignait « les plaisirs insaisissables des séries françaises » en vantant « leur rythme élégant et tranquille, héritage de l’âge d’or du cinéma » Mais pour autant, peut-on espérer voir Isabelle Huppert, Vincent Lindon, Karin Viard ou François Cluzet dans une série française originale, non-formatée et dont le succès serait équivalent à ceux d’ « Un Village Français », d’ « Engrenages » et de « Les Revenants » ? 26

der of The WIT (World Information Tracking), society of observation of worldwide audiovisual media, feel that the situation is completely different. « The cultural gap between cinema and television is more important in Hollywood where everything is entertainment. Canal+, which has a true desire to make cinema on television, call on Olivia Assayas to direct Carlos and Jean-Hugues Anglade and Nicolas Duvauchelle for Braquo. But it is useless to look further.  » While big French channels struggle to innovate in a format which, faced to a prevailing cinema in our culture, is underestimated, foreign countries recognize the French fictional quality. The New York Times underlined « the unseizable enjoyment of French television series » praising « their elegant and tranquil rythm, legacy of the golden age of cinema.  » But so far, can we expect Isabelle Huppert, Vincent Lindon, Karin Viard or François Cluzet in an original French series, no trained and whose success would be equal to Un Village Français, Engrenages and Les Revenants (aka The Returned) ?

TOP 3 DES MEILLEURS GUESTS CINÉ-SÉRIES

BRAD PITT Friends (2001)

LEONARD NIMOY Big Bang Theory (2012)

MATT DAMON House of Lies (2013)

À PROPOS DE L’AUTEUR Éduqué à la sauce X-Files, déclencheuse de mon imperturbable addiction, je suis, depuis ma tendre enfance, un véritable touche-à-tout sériel et je ne peux échapper au qualificatif de « geek » dont j’assume l’entière définition. Egalement chroniqueur « Séries » sur TéléNantes, je voue un culte absolu pour ce format fictionnel et je n’hésite pas à faire partager cette passion.

27

ORIGINAL VERSION GENERATION

GÉNÉRATION VO
TEXTE : DAMIEN - PHOTOS : DOCTOR WHO, BBC PICTURES / APPLICATION FLEEX

UN VÉRITABLE PHÉNOMÈNE est apparu avec l’ère du

WITH THE COMING OF DOWNLOAD and DVD, we wit-

téléchargement et des coffrets DVD. Les téléspectateurs apprécient les séries mais surtout, ils les aiment en version originale. La raison ? La version originale permet entre autre de mieux s’immerger dans l’univers de la série que l’on regarde. L’émotion ressentie par les téléspectateurs est plus intense.

ness a real phenomenon. Viewers enjoy television series but more importantly, they like them in original version. Why? The original allows among others a better immersion in the universe of the series and a more intense emotion. We can also observe this phenomenon in the systema-

Ce phénomène se reflète également avec la proposition systématique de la version multilingue (VM)* par les grandes chaînes nationales lors de la diffusion de nouvelles saisons. Cela a commencé par les chaînes du câble telles que Canal Jimmy ou SerieClub, puis cela s’est démocratisé avec TF1 et M6. La première série a en avoir profité fut Grey’s Anatomy sur TF1 dès 2007. L’expérience s’étant révélée concluante, la chaîne a opté pour ce modèle pour ses séries phares de l’époque : Les 28

tic proposal of a multilingual version* by national channels during broadcast of new seasons. It began with cable channels like Canal Jimmy or SerieClub, then it became more democratic with TF1 or M6. From 2007, Grey’s Anatomy was the first to offer a multilingual version on TF1. As it was a conclusive experience, the channel offered it for its flagship shows: CSI: Crime Scene Investigation, CSI: Miami, CSI: NY as well as Heroes. It provides its viewers a new way to consume their series.

ORIGINAL VERSION GENERATION

Experts, Les Experts : Miami, Les Experts : Manhattan ou bien encore Heroes. Elle offre ainsi à ses téléspectateurs une nouvelle façon de consommer leurs séries.
LA VERSION ORIGINALE permet de

découvrir une série sous un nouveau jour et de se rapprocher un peu plus de nos héros de fictions : elle apporte une autre ambiance. En effet, en raison du doublage, aussi réussi soit-il, des décalages sont parfois perceptibles entre le mouvement des lèvres des personnages et le son émis. Cela a pour conséquence de provoquer un sentiment de gêne chez le téléspectateur. En optant pour la VO, il se libère de cette barrière et peut se laisser embarquer plus facilement dans l’histoire de l’épisode qu’il regarde. Cela est d’autant plus flagrant pour les sitcoms où le jeu des acteurs est important dans la dynamique de la série. Prenons par exemple le cas de The Big Bang Theory, tout sériephile qui se respecte vous dira à quel point la VF, bien que correcte, dessert la série. Le téléspectateur moderne est un téléspectateur exigeant qui recherche la qualité. Et pour cela, rien de tel que la version originale où le talent des comédiens est palpable. Elle donne un aspect plus réel mais aussi de la contenance aux séries. Il devient dès lors plus facile pour le téléspectateur de s’immerger dans une série et d’éviter les commentaires récurrents tel que : « Tiens il a la voix d’un acteur connu mais je ne sais plus lequel… ». Cette question qui retient notre attention jusqu’à ce qu’on mette le doigt sur le nom de la personne que l’on cherche et qui implicitement nous fait décrocher de l’histoire de la série que l’on regarde. The modern viewer is a demanding viewer who asks for quality. And for that, nothing like the original version where actors talent is palpable. It gives to the series a more realistic effect and also depth. Therefore, it’s easier for the viewer to immerse in series and to avoid recurring comments like « it’s the same voice as a famous actor I can’t remember the name… » This question that holds our attention until we identify the person we are looking for and which makes us implicitly lose the thread of the story. 29
THE ORIGINAL VERSION allows you to discover series
Sur le tournage de The Big Bang Theory

in a new light and bring you to connect more with your fictional characters: it gives a different atmosphere. Indeed, due to the dubbing, as successful as it is, time lag between the lip movements and the sound are sometimes perceptible. It causes a feeling of discomfort for the viewer. By choosing the original version, it releases the barrier and can let himself carried away by the story. It’s even more obvious with sitcoms because the acting is essential for the series dynamic. With The Big Bang Theory for example, any self-respecting series addict will tell you how the French version works against the interests of the show.

ORIGINAL VERSION GENERATION

AUJOURD’HUI, la VO est le choix le plus répandu chez

NOWADAYS, the original version is the most common

les amateurs de séries car elle permet également de suivre ses séries préférées au même rythme que les américains tout en travaillant et/ou améliorant son anglais. Les grandes chaînes nationales françaises ont pris conscience de cet engouement du « tout, tout de suite » et proposent désormais sur leur site de la VOD en version originale pour toutes les séries de leurs catalogues afin de réduire l’attente entre les saisons. A noter que ce phénomène ne se limite pas aux séries. De plus en plus de cinémas proposent des séances en VF mais aussi en VO pour les films les plus attendus par le public. Cet engouement montre bien l’ampleur du phénomène apparu il y a quelques années. La génération VO est de plus en plus nombreuse et je suis fier d’en faire partie.

choice from the series addicts because it also allows them to follow their favorite series on the same rhythm as Americans while they work and/or improve their English. The French national channels become aware of this craze for a will of «everything and now» and offer on their websites VOD with original versions for all the series from their catalogs to reduce the wait between two seasons. It should be noted that this phenomenon is not only limited to series. More and more movie theaters offer films in French version but also in original version for the most wanted ones. This craze shows us the extent of the phenomenon in the past few years. The Original Version Generation is increasing and I’m proud to be part of it.

À PROPOS DE L’AUTEUR Tombé dans le monde des séries depuis ma rencontre avec une certaine tueuse de vampires, ma passion du genre n’a fait que grandir avec le temps. Il était très facile de me trouver le samedi soir puisque je ne loupais pas une seule soirée de la trilogie du samedi. Je suis aujourd’hui un grand consommateur de séries, ce qui commence à poser problème vu la diversité et la qualité croissante qui s’offrent à nous, mais je me soigne.

30

31

SPIN-OFFS, THE SERIES SAD FUTURE ?

LES SPIN-OFFS
LE TRISTE AVENIR DES SÉRIES TV ?
TEXTE : AURÉLIE CORBIN - PHOTOS : NCIS / CBS TELEVISION NETWORK

ALORS QUE LE CINÉMA se délecte des reboots, l’uni-

WHILE THE CINEMA is reveling in reboots, the series

vers des séries TV semble lui vouloir se contenter des spin-offs : à croire qu’aujourd’hui, le divertissement n’est qu’un éternel recommencement… Il n’y a qu’à voir ce qu’annonce chacune des grandes chaînes américaines pour la rentrée à venir : Better Call Saul, NCIS : New Orleans, How I Met Your Dad, Supernatural : Tribes, une énième déclinaison des Experts… S’agit-il d’un moyen pour les studios de proposer des séries qui rassurent dès le départ le public ? Pourtant, lancer un spin-off est tout aussi dangereux qu’une création originale. La mode du spin-off vaut-elle le coup ? 32

universe seems to be content with spin-offs: it appears that today, entertainment eternally repeats itself… We just have to take a look to the announcement of the American network and cable channels for the next season: Better Call Saul, NCIS: New Orleans, How I Met your Dad, Supernatural: Tribes, an umpteenth CSI version… Is this a way for studios to offer series which already reassure the public? However, launch a new show is as dangerous as an original one.

SPIN-OFFS, THE SERIES SAD FUTURE ?

LE SPIN - OFF, UN PHÉNOMÈNE QUI NE DATE PAS D’HIER

Au cours de l’évolution du paysage audiovisuel, le spin-off a eu le temps de se développer et de prendre différentes formes. Ainsi, un spin-off peut choisir d’utiliser un personnage-clef d’une série pour lui offrir son propre show (Friends a donné naissance à Joey), ou au contraire se contenter de transposer un même univers en y amenant de nouveaux personnages (ce que semble vouloir faire The CW avec le spinoff de Supernatural). Parfois, le spin-off peut sembler un peu tiré par les cheveux, et c’est la façon dont il est amené à l’écran qui précise ses liens avec son programme original. Ravenswood, par exemple, n’a plus grand-chose à voir avec Pretty Little Liars, si ce n’est qu’il se passe dans une ville que les téléspectateurs connaissent et qu’ils y retrouvent Caleb, un des personnages (très) secondaires de la série développée par Marlene King. On ne comprend même pas comment on passe d’un univers réaliste à un monde surnaturel… Et même si la mode du spin-off ne semble dater que d’une dizaine d’années, ne vous y trompez pas, les spinoffs ont toujours existé. Frasier, qui a été diffusé de 1993 à 2004, est en fait le spin-off d’une série qui a beaucoup fait parler d’elle de 1982 à 1993 : Cheers. Et si aujourd’hui, certains se disputent encore pour savoir si ce spin-off était un coup de génie ou une hérésie, on ne peut que constater qu’il a eu une belle durée de vie de 11 ans ! Et saviez-vous que Les Simpsons, l’une des séries animées les plus connues – et surtout la plus longue sitcom à être encore diffuseé avec 26 saisons, est elle-même un spin-off ? Son créateur, Matt Groening, avait en fait proposé ses personnages pour Even if the spin-off fashion seems to date from about ten years, make no mistake, they have always existed. 33
THE SPIN - OFF, NOT A NEW PHENOMENON

During the evolution of the audiovisual landscape, the spin-off had time to develop itself and to take several forms. So, a spin-off can use a key figure from a series to offer him his own show (Friends gave rise to Joey), or on the contrary just transpose a same universe bringing new characters (it seems that’s what The CW wants to do with Supernatural’s spin-off). Sometimes, the spinoff can seem to be far-fetched, and by the way they bring it, we make the link with the original program. Ravenswood for example, has not much to do with Pretty Little Liars except that it takes place in a town known by the viewers and that they find there Caleb, one of the (very) minor character from Marlene King’s show. We don’t even understand how we can go from realism to supernatural…

SPIN-OFFS, THE SERIES SAD FUTURE ?

un segment du Tracy Ullman Show, mais face au succès indéniable de cette drôle de famille, Les Simpsons ont finalement eu leur propre show fin 1989. Comme quoi, avant d’envahir les écrans, les séries dérivées pouvaient être de bonnes choses. D’autres spin-offs ont su voler la vedette à leur série originale, jusqu’à en faire oublier leur origine. Si aujourd’hui NCIS est la série la plus vue aux Etats-Unis et continue d’attirer entre 19 et 20 millions de téléspectateurs par semaine, il faut savoir qu’il s’agit également d’un spin-off, celui de la série JAG. En reprenant ce qui a fait le succès de JAG, en ajoutant des personnages touchants et en distillant une bonne dose d’humour, le créateur Donald P. Bellisario a amélioré sa première création. Vous l’aurez compris, aujourd’hui un spin-off peut prendre toutes les formes, du moment que ça attire les fans.
DES FANS DÉDIÉS À LA CAUSE

Frasier which been broadcasted from 1993 to 2004, was actually a spin-off from a show which was much talked about from 1982 to 1993: Cheers. And if today, some fans still discuss to know if this spin-off was a stroke of genius or an heresy, we can only notice that it lasted 11 years! And do you know that « The Simpsons », one of the most famous animated series and the most long lasted sitcom with 26 seasons, is also a spin-off? Its creator, Matt Groening, had in fact suggested his characters for a Tracy Ullman Show segment, but considering the undeniable success of this funny family, The Simpsons had finally their own show in late 1989. This proves that, before invading screens, derived series could be good things. Other spin-offs stole the show from their original, to make us forget their origins. If today NCIS is the most watched tv show in USA and still attract between 19 and 20 million viewers each week, we must know that it’s also a spin-off from JAG. Being inspired by what made the success of JAG, adding moving characters and exuding a touch of humor, the creator Donald P. Bellisario improved his first creation. You can see, nowadays a spin-off can take many shapes, since it attracts fans.
DEDICATED FANS

SAVIEZ-VOUS QUE LES SIMPSONS EST ELLE - MÊME UN SPIN - OFF ? DO YOU KNOW THAT THE SIMPSONS IS ALSO A SPIN - OFF ?

Pourquoi choisir de prendre une série pour la décliner en un spin-off ? Tout simplement parce que si la série plaît, et qu’elle fait de bonnes audiences, c’est forcément qu’elle a un atout et qu’elle a su trouver son public. Plutôt que de trouver une future série originale qui amènerait le même engouement, les studios préfèrent donc miser sur ce qui a déjà fait ses preuves. On ne peut pas leur en vouloir, puisqu’une série survit principalement grâce à l’audience qu’elle réalise. Des personnages attachants et un univers fascinant sont des ingrédients qui peuvent faire mouche. On se souvient par exemple de la série Angel, qui avait su miser sur le personnage joué par David Boreanaz, et qui avait réussi à maintenir son

Why choose series to turn them in spin-offs? If viewers like it and it makes good audiences, it necessarily means that it has assets and found its public. Instead of find a new show liable to create the same craze, the studios prefer bet on series which had proved themselves. We can’t bear them a grudge because a tv show survives mostly thanks to audiences it makes. Engaging charac-

34

SPIN-OFFS, THE SERIES SAD FUTURE ?

audience pendant 5 saisons. Idem pour Private Practice, qui peut se vanter d’avoir tenu 6 saisons, même si sa série d’origine, Grey’s Anatomy, lui a survécu. Le bébé de Shonda Rhimes paraît indétrônable ! À l’heure où le paysage audiovisuel est noyé sous les nouveautés, les téléspectateurs auront tendance à regarder les shows qui leur semblent familiers, ou un acteur qui leur a particulièrement plu. Enfin, la fin d’une série étant toujours une épreuve pour les fans, les spinoffs sont un moyen de prolonger le plaisir. Mais les studios ne créent pas des séries dérivées pour les beaux yeux des fans. Un spin-off est également une véritable aubaine économique !
LE SPIN - OFF, LA FAUSSE BONNE IDÉE ?

ters as well as fascinating universe are ingredients to score a bull’s-eye. We can remember Angel which bet on the character played by David Boreanaz and who managed to maintain the audience during 5 seasons. The same goes for Private Practice which can pride for lasting 6 seasons, even if the original, Grey’s Anatomy, outlives. Shonda Rhimes’ baby seems to be unassailable ! When the audiovisual landscape is embedded by new series, viewers would tend to watch familiar shows, or an actor they love. At last, the end of a series is always a difficult challenge for the fans and a spin-off helps to extend the pleasure. But the studios don’t make spinoffs for fans’ sake. Spin-offs are real windfall !
THE SPIN - OFF, A GOOD IDEA ONLY AT FIRST SIGHT?

Malheureusement, il ne suffit pas d’utiliser le même univers ou un acteur clef pour reproduire la magie d’une série… Si certains spin-offs s’en sortent bien en mettant en avant un personnage fort d’une série, comme dans The Originals, avec Joseph Morgan dans le rôle de Klaus (la série attire un peu plus de 2 millions de fans chaque semaine, soit autant que The Vampire Diaries pour sa saison actuelle), d’autres misent sur le mauvais poulain. Ainsi, en voulant surfer sur la série Friends, NBC a fait une grosse erreur : Matt LeBlanc, se retrouvant seul dans Joey, où il joue un acteur essayant de trouver la gloire à Los Angeles, n’a pas su créer le même engouement que sa bande de copains. L’audience est passée de 18,55 millions de téléspectateurs lors du pilote à 4,09 millions de téléspectateurs pour l’épisode 14 de la saison 2, le dernier à avoir été diffusé.
Joseph Morgan interprète Klaus dans The Originals

Unfortunately, use the same universe or a key character is not enough to recreate the magic. If some spin-offs work out well highlighting a strong character from a show, like for example The Originals with Joseph Morgan as Klaus (the show draws a bit more than 2 millions of fans each week, the exact same as The Vampire Diaries for this actual season), and others bet on the wrong horse. Following the trend of Friends, NBC had made a huge mistake: Matt LeBlanc, alone in Joey, where he played an actor who was trying to break through in Los Angeles. The show hadn’t managed to create the same craze as the group of buddies. The audience went from 18.55 million viewers for the pilot to 4.09 million for the 14th episode of season 2, the last one. 35

SPIN-OFFS, THE SERIES SAD FUTURE ?

Affiche pour la trilogie Les Experts

Est-ce un signe de la lucidité des téléspectateurs, qui finissent par voir qu’on leur sert du réchauffé ? Pas si sûr, puisque certaines séries deviennent carrément des franchises. Ainsi, les créateurs des Experts ont vite compris que leur show d’enquêtes valait de l’or : Les Experts a donné naissance aux séries Les Experts : Miami puis Les Experts : Manhattan, qui ont chacune duré 10 puis 9 saisons. Mais pour éviter de lasser les fans, le créateur Anthony E. Zuiker semble avoir eu une bonne idée : proposer un spin-off un poil plus différent, qui s’axera cette fois sur la cybercriminalité. Et en recrutant Patricia Arquette (Medium) pour jouer le personnage principal d’Avery Ryan, il s’assure que cette énième déclinaison ne passera pas inaperçue. De même, après NCIS : Los Angeles, spin-off issu de la série la plus vue aux Etats-Unis, NCIS étendra un peu plus son emprise avec NCIS : New Orléans. Comme quoi, si certains spin-offs ne dupent pas les fans de vraies 36

Is this a sign of lucidity from the viewers who are aware that it’s hold hat? Not so sure since some series become real franchises. That’s why CSI creators quickly understood that their copshow was worth gold: CSI gave birth to CSI : Miami, then CSI : NY, which last 10 and 9 seasons. But in order not to get bored the fans, the creator Anthony E. Zuiker seems to have a good idea: offer a spin-off a bit different which will be about cyber criminality. And recruiting Patricia Arquette (Medium) to play Avery Ryan, the main character, assures that this umpteenth version won’t go unnoticed. Likewise, after NCIS: Los Angeles, spin-off from the most seen show in USA, NCIS will extend its influence with NCIS : New Orleans. It shows that if some spin-offs don’t fool the fans of real good series with an original concept, some franchises still bet on derivatives. Let’s hope that this lazy creativity won’t get the upper hand and depreciate the universe of series.

SPIN-OFFS, THE SERIES SAD FUTURE ?

bonnes séries TV au concept original, quelques franchises continuent encore de miser sur les produits dérivés. Espérons seulement que cette paresse créative ne finisse pas par prendre le dessus, au risque d’appauvrir l’univers des séries télévisées.
LE CAS DES SPIN - OFFS D’INTERNET

Quand l’univers d’une série est particulièrement riche, il est tentant pour les studios de l’exploiter au maximum. Et s’ils veulent tester la possibilité d’un spin-off sans passer par l’interminable labyrinthe des achats de pilotes par les chaînes, alors ils peuvent se tourner vers Internet. De plus en plus, la Toile prend le pas du petitécran pour faire découvrir des séries… The Walking Dead par exemple, a eu l’idée de créer un mini spin-off pour raconter la transformation d’une zombie en 6 épisodes. Certaines séries en profitent aussi pour donner quelques séquences bonus à leurs fans, comme Parks & Recreation, qui a diffusé le road trip d’Andy et April sur le net. Dernier projet en date ? Celui d’un spin-off de Veronica Mars, qui s’intéresserait exclusivement au personnage de Dick Casablanca, joué par Ryan Hansten. L’engouement pour la série a évidemment été relancé par le film (financé en grande partie sur Kickstarter), alors pourquoi ne pas en tirer d’avantage ? Les fans sont d’ores et déjà partagés par ce spin-off multimédia. Latest project ? A Veronica Mars’ spin-off which would be focused only on the character of Dick Casablanca, played by Ryan Hansten. The craze about this show was obviously boosted by the movie (mostly financed by Kickstarter), so why don’t take more advantage? The fans are already divided about this web spin-off.
THE WEB SPIN - OFFS CASE

When the background of a tv show is particularly rich, it’s tempting for the studios to take maximum advantage of it. And if they want to study an eventual spin-off without the endless labyrinth of the pilots market, they can turn towards the Internet. The web overrides more and more to the television in order to open up new series… The Walking Dead for example, had the idea to create a mini spin-off to explain in 6 episodes the zombie transformation. Some series take this opportunity to give some bonus to their fans, like Parks & Recreation which broadcast Andy and April’s road trip on the web.

À PROPOS DE L’AUTEUR Rédactrice web pour un site féminin, Aurélie a nourri sa passion des séries TV dès sa folle jeunesse à coups de Trilogie du Samedi et de Séries Mag. Aujourd’hui, à 24 ans, elle se donne comme mission de regarder chaque pilote de nouveautés tout en continuant à regarder ses séries préférées : pire que les 12 travaux d’Hercule, en somme. Et comme elle n’arrive pas à garder toutes ses découvertes pour elle-même, Aurélie parle de séries sur Smallthings.fr et sévit sur Twitter sous le pseudo @TheGirlyGeek !

37

ZOOM SUR QUELQUES PROBABLES SPIN-OFFS DE LA RENTRÉE FOCUS ON FEW LIKELY FUTURE SPIN-OFFS FOR THE NEXT SEASON

80%
SUCCESS RATE

70%
SUCCESS RATE

BETTER CALL SAUL
Après s’être rendu compte que Saul Goodman était l’un des personnages préférés de « Breaking Bad », Vince Gilligan a eu l’idée de créer un spin-off de la série centré uniquement sur l’avocat. On y découvrirait la vie de Saul avant qu’il ne devienne l’avocat de Walter White. Et cerise sur le gâteau, Aaron Paul serait en pleine négociation pour reprendre son rôle de Jesse Pinkman ! 80%, surtout si Vince Gilligan arrive à faire apparaître les acteurs de Breaking Bad. After realizing that Saul Goodman was one of the favorite characters from « Breaking Bad », Vince Gilligan has the idea of a spin-off focused only on the lawyer. We’ll discover Saul’s life before he became the lawyer of Walter White. And, cherry on the cake, Aaron Paul should be negotiating to take back his role of Jesse Pinkman ! 80%, especially if Vince Gilligan manages to make appear the actors from Breaking Bad. 38

THE FLASH
Surfant sur la mode des super-héros de comics et sur le succès d’Arrow , The CW a décidé de créer le spin-off « The Flash », un personnage présenté dans la série mère dans l’épisode 8 de la saison 2, « The Scientist ». Grant Gustin, qui joue le personnage de Flash/Barry Allen, a même droit à un beau costume si on en croit les premières images… The CW surfe sur une vague du surnaturel et des super-héros qui lui réussit bien.

Surfing on the comics superheroes wave and the success of Arrow, The CW has decided to create the spin-off « The Flash », a character introduced in the episode 9 of the season 2 named « The Scientist ». Grant Gustin, who plays Flash/Barry Allen, will even enjoy a great costume according to the first pictures… Supernatural and superheroes seem to go right for The CW

45%
SUCCESS RATE

70%
SUCCESS RATE

SUPERNATURAL : BLOODLINES
Avec une longévité de 9 saisons pour Supernatural (une 10ème en préparation), pas étonnant que The CW cherche à donner un petit à sa série phare. Pour la rentrée 2014, on devrait donc découvrir sur nos écrans Supernatural : Bloodlines. Fini le duo de frères sexy ou les longs road-trips, cette fois, les métamorphes affrontent les loups-garous et les chasseurs dans la ville de Chicago ! Danielle Savre jouera Margo Hayden, une métamorphe inquiète du retour de son frère, David (Nathaniel Buzolic), tandis que Sean Faris jouera un loup-garou, grand ennemi du chasseur Ennis Roth (Lucien Laviscount). Le pilote sera dévoilé comme l’épisode 20 de la saison 9 de Supernatural, le 29 avril prochain. 45%, car si l’univers devrait rester le même, les frères Winchester nous manqueront.

HOW I MET YOUR DAD
Pendant quelques temps, les fans d’How I Met Your Mother pensaient que le spin-off raconterait l’histoire de «  la mère  », avant sa rencontre avec Ted. Mais finalement, la série dévoilera la vie de Sally (jouée par Greta Gerwig), une jeune femme qui se sépare de son mari après un an de mariage. Elle emménage alors chez son frère gay, Danny, joué par Andrew Santino, vu dans Mixology. Si le nom d’Eliza Dushku avait circulé pour le rôle de Juliet (la meilleure amie de Sally), c’est finalement Krysta Rodriguez (SMASH) qui aurait été recrutée. Enfin, Nicholas D’Agosto jouera Frank, un nerd sexy qui tombe sous le charme de Sally. 70%, car avec un casting totalement différent, la série pourrait toucher plus loin que les fans de How I Met Your Mother ! For a while, the fans of How I Met Your Mother believed

After 9 seasons (the 10th in production) for Supernatural, there is nothing surprising that the CW is searching for a new show which follows the lead of its flagship series. In September 2014, we will probably discover Supernatural : Bloodlines. Away the sexy brothers duet and the long road trips, this time shapeshifters struggle against werewolves and hunters in Chicago ! Danielle Savre will play Margo Hayden, a shapeshifter worried about the comeback of her brother David (Nathaniel Buzolic), while Sean Faris will play a werewolf, huge enemy of the hunter Ennis Roth (Lucien Laviscount). The pilot will be revealed as the 20th episode of season 9 of « Supernatural », next April 29th. 45%, because if the background should stay the same, we will miss Winchester brothers.

that the spin-off would tell the story of « the mother » before she met Ted. But finally, the show will follow Sally’s life (played by Greta Gerwig), a young woman who split with her husband one year after their wedding. She moves in with her gay brother, Danny, played by Andrew Santino (Mixology) If the name of Eliza Dushku was going round for the role of Juliet (Sally’s best friend), it’s at last Krysta Rodriguez (SMASH) who would be hired. Finally, Nicholas d’Agosto will play Frank, a sexy nerd who falls in love with Sally. 70% because with a totally different cast, the show should reach more than the fans of How I Met Your Mother.

39

PORTRAIT OF THE WOMEN FROM THE TV SERIES

ONCE UPON A TIME
PORTRAIT DES FEMMES DE LA SÉRIE
TEXTE : FLORA BACULARD - PHOTOS : ONCE UPON A TIME / DISNEY ABC TELEVISION

DE SNOW WHITE en 1937 à Frozen en 2013, l’image de

FROM SNOW WHITE in 1937 to Frozen in 2013, the

la femme dans les films d’animation Disney a indéniablement évolué. En 2011, Disney ABC produit la série Once Upon a Time créée par Adam Horowitz et Edward Kitsis dont la majorité du casting est constituée de femmes. Le rapprochement entre les films d’animation et la série se justifie également par les très nombreuses références opérées au cours des trois saisons. On peut donc estimer que Disney cautionne, ou du moins ne s’oppose pas à la vision d’Horowitz et de Kitsis concernant les personnages que le studio a adapté.

image of women in Disney’s animated movies had undeniably evolved. In 2011, Disney ABC Domestic Television produced the series Once Upon a Time created by Adam Horowitz and Edward Kitsis with a casting composed by a majority of women. The parallel between the animated movies and the series justifies itself by the many references we can found in the three seasons. So we can assume that Disney supports, or at least doesn’t refuse Horowitz and Kitsis’ vision regarding the adaption of the characters.

40

PORTRAIT OF THE WOMEN FROM THE TV SERIES

EMMA SWAN, personnage principal

et marque de la série, grâce à l’image de femme qu’elle dégage, est audacieuse, intelligente, drôle, sarcastique mais également vulnérable avec un instinct de survie qui défit toute concurrence. Cette description est bien plus évocative que le terme de
Jennifer Morrison

« femme forte » que les médias aiment tant employer pour soi-disant saluer le féminisme d’apparat d’une série ou d’un film; l’intérêt n’est pas de créer des femmes fortes mais de créer des femmes crédibles et réelles et c’est d’ailleurs le message que Lori tente haut et fort de faire passer et qui a été partagé de nombreuses fois sur Tumblr : « Arrêtez avec vos femmes « fortes ». Imaginez des femmes intéressantes. Imaginez des femmes profondes. Imaginez des femmes compliquées. Imaginez des femmes qui vont botter des culs. Imaginez des femmes qui vont se replier sur elles-mêmes. Imaginez une femme qui veut désespérément un mari. Imaginez une femme qui n’a pas besoin d’un homme. Imaginez des femmes qui pleurent, des femmes qui divaguent, des femmes timides, des femmes qui ne se laissent pas faire, des femmes qui ont besoin de validation et des femmes qui n’en ont rien à faire de ce que les autres pensent. Elles sont toutes bien, et toutes ces choses pourraient exister dans la même femme. Les femmes ne devraient pas être mises en avant parce qu’elles sont fortes ou des dures à cuire, mais parce qu’elles sont des personnes. Alors ne concentrez pas votre effort à écrire des personnages forts. Imaginez des personnages qui sont humains. »

EMMA SWAN, main character and symbol of the show,

thanks to the image of woman she gives off, is audacious, smart, funny, sarcastic but also vulnerable with a survival instinct which is unbeatable. This description is more meaningful that the «  strong woman  » term which the medias like to salute the supposedly ceremonial feminism in series or movies. The most important isn’t to create strong women but to create credible and real ones and besides that’s Lori’s message which she tried to deliver and shared many times on Tumblr: « Screw writing « strong » women. Write interesting women. Write well-rounded women. Write complicated women. Write a woman who kicks ass, write a woman who cowers in a corner. Write a woman who’s desperate for a husband. Write a woman who doesn’t need a man. Write women who cry, women who rant, women who are shy, women who don’t take no shit, women who need validation and women who don’t care what anybody thinks. THEY ARE ALL OKAY, and all those things could exist in THE SAME WOMAN. Women shouldn’t be valued because we are strong, or kick-ass, but because we are people. So don’t focus on writing characters who are strong. Write characters who are people. » Once Upon a Time tries to be part of this idea and that’s

Once Upon a Time veut s’inscrire dans cette idée et c’est ce que je vais tenter de vous prouver avec les portraits de femmes de la série et de leur alter ego animé.

what I’m gonna try to demonstrate with the comparison between female characters from the show and their animated alter ego.

41

PORTRAIT OF THE WOMEN FROM THE TV SERIES

Ginnifer Goodwin

BLANCHE - NEIGE

SNOW WHITE

Vous vous souvenez sans doute de la princesse naïve, ingénue et même un peu idiote de Blanche-Neige et les Sept Nains ? Ce personnage qui, sans doute, était correct en 1937, mais qui est franchement fade aujourd’hui. Once Upon a Time reprend le cadre du film d’animation — et du mythe — et propose une Blanche-Neige bien plus vivante et colorée que la majorité des adaptations cinématographiques disponibles à l’heure actuelle. Blanche-Neige, si elle conserve cet arrière-goût mielleux et mièvre qu’on finit tout de même par apprécier, devient une véritable guerrière, une jeune femme débrouillarde et courageuse qui volera bien souvent à la rescousse de son prince; ce renversement des genres 42

You certainly remember the naïve princess, the almost stupid ingénue from Snow White and the Seven Dwarfs. This character was probably fine in 1937 but is frankly tasteless nowadays. Once Upon a Time takes the framework of the animated movie – and the myth – and gives us a Snow White more living and colorful than most of the movie adaptations we know. In spite of her soppy and sugary aftertaste – that we finally like – Snow White becomes a real warrior, a resourceful and brave young woman who will often rescue her prince. This reversal in trend is clearly welcome. Indeed, even if we can be bored by the couple Charming/Snow because of a lack of vigor, they stay a great example of « true love »

PORTRAIT OF THE WOMEN FROM THE TV SERIES

est alors le bienvenu. En effet, même si le couple Charmant-Blanche lasse parfois par son manque de vigueur, il reste un bel exemple du « véritable amour » si cher aux contes de fées, et ce sans faire de la princesse une pauvre petite chose fragile. Si la magie et toute la mythologie autour du « véritable amour » sont bien présentes au sein de la série, et notamment dans les arcs narratifs de ces deux personnages, des liens sincères et plausibles se tissent entre eux. Charmant ne tombe pas amoureux de Blanche-Neige parce qu’elle ressemble à une petite poupée de porcelaine, sans saveur et sans personnalité mais bien parce que ses sentiments fleurissent grâce à l’ingéniosité, l’humour et l’espièglerie du personnage. Quant à l’aspect vertueux de ce type de personnage dans les films d’animation, il est balayé au cours de la série. Blanche-Neige est une femme indépendante, profondément altruiste et généreuse mais capable de penser à ellemême et à son propre bonheur; il s’agit alors de rendre au personnage un peu d’humanité. La Blanche-Neige de Once Upon a Time est une personne avec ses qualités, ses défauts, ses forces et ses faiblesses : en somme un personnage dont on peut se sentir proche et qu’on peut détester ou apprécier. Il faut noter que la série n’abandonne pas l’aspect fleur bleue et parfois un peu niais des films d’animation Disney : disons seulement qu’elle le nuance avec sa propre mythologie et une touche de noirceur empruntée aux légendes dont sont issus ces contes.

so dear to fairytales, and without making the princess a poor frail little thing. If we find the magic and all the myth around the « true love » in the series, in particular in the storylines of these two characters, they develop genuine and plausible links. Charming doesn’t fall in love of Snow White because she looks like a porcelain doll, tasteless and without any personality, but because his feelings bloom thanks to her ingenuity, her sense of humor and her playfulness. As for the virtuous part of this kind of character in animated movies, the show swept it away. Snow White is an independent woman, deeply altruist and generous but able to think about herself and her own happiness. It’s about giving back some humanity to the character. Snow White from Once Upon a Time is a person with qualities, faults, strengths and weaknesses: as matter of fact she is a character whose we can feel close and which we hate or like. It’s important to note that the series doesn’t give up the sentimental side of Disney’s animated movies which could be sometimes a bit silly: let’s say that it gives nuances bringing its own mythology and a touch of darkness borrowed from the legends whose tales are from.

43

PORTRAIT OF THE WOMEN FROM THE TV SERIES

Lana Parrilla

REGINA

REGINA

De tous les personnages présentés ici, Regina — ou « la Méchante Reine » du film Blanche-Neige et les Sept Nains — est le seul à être un vilain dans le film d’animation Disney correspondant. Il se trouve qu’elle est également le principal antagoniste de la première saison avant de se changer progressivement en anti-héroïne. Regina n’est pas méchante de nature, son cœur a seulement été corrompu à force de souffrances et d’abandons mais aussi à cause d’une sévère dépendance à la 44

Of all the characters pictured here, Regina – or the « Evil Queen  » from the movie Snow White and the Seven Dwarfs – is the only villain from the related Disney’s animated movie. She is also the main antagonist in the first season before progressively becoming an anti-hero. Regina isn’t mean by nature; her heart was corrupted due to suffering and abandoning but also because of a severe addiction to magic. Her hatred toward Snow White rises in a traumatic event; it’s not a simple mat-

PORTRAIT OF THE WOMEN FROM THE TV SERIES

magie; sa haine pour Blanche-Neige trouve d’ailleurs sa source dans un évènement traumatisant, il ne s’agit donc pas d’une simple jalousie. Once Upon a Time donne à Regina des motivations sincères, un fond de douceur et de gentillesse qu’on retrouve dans les séquences s’intéressant à son passé ou tout simplement dans son attitude envers son fils adoptif, Henry. C’est l’un des personnages qui évolue le plus au cours de la série : les axes majeurs qui le dirigent sont : son addiction pour la magie et son statut de mère adoptive. Ces deux lignes directrices se croisent d’ailleurs très souvent, et si Regina a souvent fait de mauvais choix, on découvre également qu’elle sait faire preuve d’abnégation par amour pour son fils. Son addiction permet aux scénaristes de la présenter tantôt comme une femme débordant de pouvoir, tantôt comme une mère qui tente désespérément de faire face malgré ses travers. Regina est un très beau personnage et probablement l’un des mieux écrits de la série. On est bien loin du stéréotype négatif de la femme vaniteuse et égocentrique qu’on oppose à la jeune femme sage et ingénue dans le film de 1937. Once Upon a Time tente de balayer le manichéisme omniprésent dans la majorité des films Disney. Tout personnage présenté comme « bon » aura ses travers, et inversement pour les personnages présentés comme « mauvais ».

ter of jealousy. Once Upon a Time gives to Regina some sincere motivations, a nature of softness and kindness that we can see in sequences about her past or simply in her attitude with her adopted son, Henry. She is one of the characters who evolve the most during the series: the main lines are her addiction to magic and her status of foster mother. This two guiding lines meet very often, and if Regina has frequently done bad choices, we also discover that she can show self-denial out of love for her son. Her addiction allows the scenarists to present her on some occasions like a woman full of powers and on other occasions like a mother who tries desperately to face her faults. Regina is a great character and probably one of the best written of the series. We are far from the negative cliché of the vain and self-centred woman in opposition to the wise and ingenue young woman in the 1937’s movie. Once Upon a Time tries to brush aside omnipresent Manichaeism which we can find in the majority of Disney movies. Every « good » character will have faults and conversely for characters presented like « bad » ones.

45

PORTRAIT OF THE WOMEN FROM THE TV SERIES

BELLE

BELLE

Que ce soit dans Once Upon a Time ou dans La Belle et la Bête, le personnage de Belle possède un goût certain pour l’aventure, un amour sans bornes pour la littérature, une gentillesse et une tendresse à vous faire fondre, et surtout une vivacité d’esprit et un caractère bien trempé. C’est au niveau des origines que le personnage de la série s’éloigne de son homologue Disney. Née princesse, son sacrifice a quelque chose de noble et d’égoïste, elle avoue d’ailleurs plus tard avoir fait ce choix à la fois pour se démarquer mais aussi pour servir son pays. À l’inverse, le personnage du film d’animation échange sa vie pour sauver son père, un sacrifice purement altruiste. Chaque décision du personnage de Disney semble guidée par une pureté d’âme sans faille. Les deux Belle ont eu un comportement héroïque, mais celle de Once Upon a Time n’est pas infaillible. On aborde ici le problème principal des héroïnes Disney : elles ne sont pas humaines, elles ne sont pas possibles. Elles survolent des personnalités réalistes et plus ou moins agréables, mais elles manquent cruellement de consistance, et ce en partie à cause de la courte durée d’un film d’animation par rapport à une série. Dans Once Upon a Time, les personnages de la Belle et la Bête sont très nuancés. La Bête, représentée par Rumpelstiltskin est bien plus effrayante que son homologue Disney, le personnage est profondément mauvais, cruel, sans pitié et terriblement puissant. L’audace de Belle et sa capacité à voir au-delà du chaos qui règne dans le cœur de son geôlier n’en sont que plus remarquables. Là où dans La Belle et la Bête, la Bête gagnait le

Whether it is in Once Upon a Time or in Beauty and the Beast, Belle is a character who owns a certain taste for adventure, a boundless love for books, both kindness and tenderness which can melt your heart, and above all a quick-wittedness and a sturdy character. It’s about her origins that the series character is going off its Disney equivalent. Born princess, her sacrifice has something noble as well as selfish, besides she confesses later that she made this choice in order to stand out and to serve her country. On the contrary, the character from the animated movie exchanges her life to save her father, a purely altruist sacrifice. Every decision of the Disney character seems to be guiding a pure soul without defect. Both Belle have a heroic behavior, but the Once Upon a Time one isn’t infallible. We reach here one of the principal matters with Disney heroines: they’re not human, they’re not possible. They skim through realistic and more or less nice personalities, but they are desperately short of consistency, and that because of the short duration of an animated movie in comparison with a series. In Once Upon a Time, the characters of The Beauty and the Beast are very nuanced. The Beast, embodied by Rumpelstiltskin is scarier than its Disney equivalent. The character is deeply mean, cruel, pitiless and extremely powerful. Belle’s boldness and her ability to see behind the
Emilie De Ravin

chaos which reigns in her jailer’s heart are more remarkable. When

46

PORTRAIT OF THE WOMEN FROM THE TV SERIES

cœur de Belle presque sans efforts compte tenu de son apparence et de son caractère, dans Once Upon a Time, c’est presque Belle qui doit courtiser la Bête. Une fois que Rumpelstiltskin s’attache suffisamment à elle pour la traiter correctement, on constate qu’ils s’apprivoisent mutuellement au fil du temps. Leur relation semble crédible, d’autant que son issue n’a rien d’un happy-ending comme ceux qu’affectionne Disney. La Belle de Once Upon a Time s’émancipe alors de son homologue Disney; elle expérimente la souffrance, le danger, la peur, la solitude et la prison : ces thèmes ne sont que survolés dans le film d’animation. Ce voyage initiatique l’endurcit, la rend plus forte et lui donne les clés qui lui permettront de prendre en main son destin afin d’affronter

in Beauty and the Beast, the Beast have won Belle’s heart almost without efforts regarding his appearance and temper, in Once Upon a Time, it’s almost Belle who has to seduce the Beast. Once Rumpelstiltskin becomes attached enough to her to treat her well, we note that they tame each other step by step. Their relationship is believable all the more so because the outcome has nothing like the happy-ending Disney likes. Belle from Once Upon a Time becomes emancipated from her Disney equivalent; she experiments the suffering, the danger, the fear, the loneliness and the jail: these themes are just mentioned on the animated movie. This initiatory journey hardens her, makes her stronger et gives her the keys which will allow her to

LA VERSION ONCE UPON A TIME DE BELLE RESTE MALGRÉ TOUT PROCHE DE CELLE DE DISNEY THE ONCE UPON A TIME VERSION OF BELLE STAYS CLOSE IN SPITE OF THE DISNEY VERSION

take in hand her destiny in order to face her Beast and to glimpse the light of a happy ending. However, Belle doesn’t define herself through her love for

sa Bête et d’entrevoir la possibilité d’une fin heureuse. Toutefois Belle ne se définit pas que par son amour pour la Bête ; elle

n’a de cesse de s’affirmer et développe une personnalité profonde et recherchée, bien loin de la naïveté de sa version animée. La série aborde même temporairement un tout autre aspect de sa personnalité : son alter ego de Storybrooke, Lacy, une jeune femme séduisante et aguicheuse, attirée par le côté sombre de la Bête et l’encourageant dans cette voie. La version Once Upon a Time du personnage de Belle reste malgré tout très proche de celle de Disney. La série a donné de la consistance au personnage, afin de rendre le personnage plus humain et a réhabilité l’image édulcorée qu’en avait donné Disney, et ce sans en faire un archétype de la «femme forte».

the Beast; she never rests until she asserts herself and develops a deep and researched personality, far from the naivety of the animated version. The series mention temporarily a totally different aspect of her personality: her Storybrooke alter ego, Lacy, an attractive and bold young woman, attracted by the dark side of the Beast and who encourages him in this way. The Once Upon a Time version of the character of Belle stays close in spite of everything of the Disney version. The series gave consistency to the character, in order to make it more human and to restore the watered down image given by Disney, without making it an archetype of « strong woman ».

47

PORTRAIT OF THE WOMEN FROM THE TV SERIES

Jamie Chung

MULAN

MULAN

Disney nous présente Mulan comme drôle, noble par ses actes, par son abnégation et par sa dévotion pour sa famille et son pays. La majorité des traits de caractère qui donnait à ce personnage toute son ampleur a été gommée dans Once Upon a Time. Cette nouvelle Mulan est froide, endurcie, déterminée, courageuse et prête à tout pour honorer une promesse. L’honneur et la détermination sont deux traits que ces deux Mulan partagent. Là où la Mulan de Disney était un pas conséquent vers le féminisme, celle de Once Upon a Time semble enfin annoncer un début de reconnaissance de la communauté LGBTQIA (Communauté Lesbienne, Gay, Bisexuelle, Transsexuelle, Queer, Intersexe, Asexuelle) par les studios Disney. En effet, le personnage de Mulan tel qu’il est écrit dans la série, est très probablement bisexuel. Au cours de la série, Mulan semble éperdument amoureuse du Prince Philippe, mais la saison 3 marque un immense retournement de situation quand Mulan 48

Disney introduces Mulan as funny, noble by her acts, her abnegation and by her devotion to both her family and her country. The majority of the characteristics which gave depth to her were erased in Once Upon a Time. This new Mulan is cold, hardened, determined, brave and ready for anything to keep her promise. Honor and determination are two characteristics that the two Mulan are sharing. Whereas the Disney Mulan was a real step to feminism, the Once Upon a Time one seems to announce a beginning of recognition of the LGBTQIA (lesbian, gay, bisexual, transgender, queer, intersexual, asexual) community from Disney’s studios. Indeed, the Mulan character, as it’s written in the show is probably bisexual. During the series, Mulan seems to be madly in love with Prince Philip, but the third season offers a huge twist since Mulan seems ready to confess her feelings toward Princess Aurora !

PORTRAIT OF THE WOMEN FROM THE TV SERIES

semble prête à avouer ses sentiments à la Princesse Aurore ! Si l’idée originale ne vient pas de Disney, le studio participe à la production de la série. Il est alors facile de considérer que Disney a cautionné ce choix scénaristique. De plus, l’interprétation du film La Reine des Neiges qui consiste à dire que le personnage d’Elsa est homosexuel vient corroborer cette idée selon laquelle Disney se décide peut-être enfin à renoncer à, ou du moins nuancer, l’hétéronormativité de ses films. Cependant, le film d’animation soulignait la féminité de Mulan à plusieurs reprises, alors que la série a un peu trop laissé de côté cet aspect du personnage. En effet, le seul costume que Mulan porte à l’écran est celui qu’elle arbore lorsqu’elle part au combat. Il gomme en partie sa féminité mais ce bémol est vite nuancé par la coupe de Mulan, les longs cheveux ayant toujours été symbole de féminité. Ainsi, Once Upon a Time évite le stéréotype de la femme forte de peu : son sens de l’honneur, son pragmatisme et sa fragilité lui permettent de s’émanciper de ce trope. Mulan est un personnage clef de la série ; bien qu’absente du groupe de personnages principaux, elle est en tête de liste des personnages secondaires. Élément charnière de pratiquement toutes les intrigues du monde des contes de fées depuis son apparition dans la série, Mulan se place à la fois comme un opposant, un adjuvant voire même les deux à la fois. Le personnage de Mulan est porteur de belles valeurs et mériterait d’être plus mis en avant et approfondi; malheureusement, il est encore trop négligé par rapport à l’importance qu’il pourrait revêtir. So far, Once Upon a Time only just avoids the cliché of the « strong woman »: her sense of honor, her pragmatism and her fragility allow her to emancipate herself from this trope. Mulan is a key character of the series; although she is missing from the main characters group, she is top of the list of minor characters. Since her appearance in the show, she has been the pivotal element of every plots in the Enchanted Forest; Mulan positions herself like an opponent, an adjuvant or even both. The Mulan character is the bearer of great values and would deserve to be promoted and detailed; unfortunately, it’s still neglected compared with the importance it deserves. 49 If the original idea isn’t from Disney, the studio participates on the series production. So it’s easy to consider that Disney supports this plot choice. Besides the interpretation of the movie Frozen which consists on supposing that the character of Elsa is homosexual, confirms the idea that Disney finally decides to give up, or nuances, the heteronormativity of its movies.

PORTRAIT OF THE WOMEN FROM THE TV SERIES

AURORE

AURORA

Aurore est, tout comme Mulan, un personnage secondaire. Présentée comme une enfant vulnérable voire un peu capricieuse lors de ses premières apparitions, son voyage avec Blanche-Neige, Emma et Mulan révèle sa véritable personnalité. Tendre, douce, gentille et sincère, nombre de ses traits de caractère correspondent à ceux que l’on s’attend à voir chez une princesse issue d’un Disney. Cependant, Aurore est sans doute aussi faible et puérile qu’elle peut être courageuse et réfléchie. Aurore semble être la plus jeune parmi les personnages féminins du show. Sa fragilité et son côté enfantin ne choquent pas, ils agacent tout au plus. Contrairement aux autres personnages qui évoluent et affronteront leur problèmes avec les armes pour les combattre, Aurore grandit et se retrouve souvent dans des situations qui la dépassent. Mais malgré tout, elle fait face et se démène pour atteindre le but qu’elle s’est fixé et si elle se laisse submerger par ses émotions à de nombreuses reprises, elle finit toujours par faire le bon choix. Sa relation avec Mulan est vraiment intéressante. Les deux jeunes femmes sont très proches et semblent partager une relation hybride, elles savent pertinemment qu’elles sont amoureuses du même homme; mais cela les rapproche au lieu de les éloigner. Certains y voient une relation fraternelle, d’autres un début de relation amoureuse, toutes les approches sont justes tant qu’elles mentionnent le profond attachement et la confiance mutuelle qui règnent entre Aurore et Mulan.

Aurora is, like Mulan, a minor character. She is introduced like a vulnerable child even a bit capricious in her first appearances, but her journey with Snow White, Emma and Mulan reveals her true nature. Loving, gentle and sincere, many of her character traits fit with the ones we expected from a Disney princess. However, Aurora is probably as much weak and childish as she is brave and thoughtful. Aurora seems to be the youngest female character of the show. Her fragility and her childish side don’t shock, they annoy at the most. On the contrary of the other characters which evolve and will face their problems with their weapons to struggle, Aurora grows up and often faces situations which are beyond her. But above all,
Sarah Bolger

she faces and struggles to reach herself aim and if she

lets her overwhelmed by her emotions many times, she always ends to make the good choice. Her relationship with Mulan is really interesting. The two young women are very closed and seem to share an hybrid relationship, they perfectly know that they are in love of the same man; but they come closer instead of becoming estranged from each other. Some can see a brotherly relationship; others see a becoming of love story, every approach is justified as long as they mention the deep attachment and the mutual trust which rule between Aurora and Mulan.

50

PORTRAIT OF THE WOMEN FROM THE TV SERIES

Dans le film d’animation de Disney, la princesse Aurore avait également ce quelque chose d’un peu capricieux propre à une adolescente qui se voit refuser ce qu’elle désire. Au final, le personnage de Once Upon a Time et celui de La Belle au Bois Dormant se ressemblent énormément. La différence majeure réside dans le simple fait qu’après avoir été sauvée par le Prince Philippe et Mulan, Aurore cherchera à son tour à secourir son bien-aimé. Même lorsque la série ne s’éloigne que très peu des personnages de Disney, elle semble insister sur le fait que les rôles peuvent toujours être inversés.
BLANCHE - NEIGE est une

In the Disney animated movie, Princess Aurora had this little something which appears a bit capricious, peculiar to a teenager that we refused what she desired. At the end, the character in Once Upon a Time and the one from Sleeping Beauty are a lot like each other. The main difference is only because of after being saved by Prince Philip and Mulan, Aurora will search to save her beloved one. Even when the series doesn’t go far from Disney characters, it seems to insist on the fact that the roles can be inverted.

CE SONT TOUTES DES PERSONNES, DES ÊTRES HUMAINS CRÉDIBLES THEY ARE ALL PEOPLE, BELIEVABLE HUMAN BEINGS

SNOW WHITE is a real

warrior who can also be very romantic, Aurora has an extremely vulnerable and naïve character but she finds the inner stren-

véritable guerrière qui est aussi très fleur bleue, Aurore est un personnage extrêmement vulnérable, naïf mais elle trouve en elle la force intérieure dont elle a besoin pour aller de l’avant. Mulan a été obligée de se forger une image de « femme forte » pour être libre, mais elle est surtout une femme loyale, profonde avec un cœur gros comme ça. Belle est cette jeune fille coincée dans un rôle de princesse alors qu’elle rêve d’aventures. Et enfin, Regina, la « méchante reine », c’est une femme dure, ambitieuse, terriblement rancunière, une femme qui a tellement souffert qu’elle en veut au monde entier. C’est une femme qui peut détruire le monde par vengeance ou pour sauver quelqu’un qu’elle aime. Ce sont toutes des personnes, des êtres humains crédibles.

gth that she needs to forge ahead. Mulan has been forced to form an image of strong woman to be free, but she is above all a loyal and deep woman and just as much heart. Belle is just a young woman stuck in a role of Princess when she dreams of adventures. And at last, Regina, the « evil queen », is a tough ambitious woman who is very vindictive and who suffered so much that she resents everybody. She’s a woman who can destroy the world out of revenge or for someone she loves. They’re all people, believable human beings.

À PROPOS DE L’AUTEUR Geek presque écrivain. Flora est étudiante en info-com à P8 et passionnée par les médias, l’audiovisuel, la littérature et le web. Elle se qualifie de Disnerd.

51

GIRLS OR THE AWFUL GLORIFICATION OF PESSIMISM

GIRLS
L’ATROCE GLORIFICATION DU MISÉRABILISME
TEXTE : VÉRONIQUE DULUC - PHOTOS : GIRLS / HBO

PRÉSENTÉE comme l’anti Sex and The City par excel-

INTRODUCED like the anti Sex and the City par excel-

lence, Girls est diffusée sur la chaîne HBO et réunit chaque semaine, depuis trois saisons, 5 millions de téléspectateurs en moyenne aux USA (en comptabilisant les différentes rediffusions). Créée par Lena Dunham, elle raconte le quotidien mouvementé de quatre jeunes new-yorkaises : Hannah (Lena Dunham), Marnie (Allison Williams), Jessa (Jemima Kirke) et Soshanna (Zosia Mamet), âgées d’une vingtaine d’années. 52

lence, Girls is broadcasted by HBO and gathers together, since 3 seasons, on average 5 millions of viewers each week in USA (counting various repeats). Created by Lena Dunham, the show presents the hectic daily life of four young new Yorkers: Hannah (Lena Dunham), Marnie (Allison Williams), Jessa (Jemina Kirke) and Soshanna (Zosia Mamet), in their early twenties.

GIRLS OR THE AWFUL GLORIFICATION OF PESSIMISM

LES QUATRE HÉROÏNES DE GIRLS ont débarqué sur les

THE FOUR HEROINES OF GIRLS arrived on American

écrans américains en avril 2012 et comme beaucoup de monde j’ai été enthousiasmé par ce que les médias pouvaient en dire. C’est ainsi que je me suis rué sur la première saison, dès le premier épisode, et j’ai vécu, pour ainsi dire, une belle douche froide. Cela ne m’a pas empêché de continuer jusqu’à la saison trois avant de dire « Stop ! » et de prendre un peu de recul. Non, je n’aime pas cette série malgré tout ce qui a pu être dit et en voici les raisons. Vous savez, en général, dans une série on s’attache au moins à un personnage. Il devient un peu notre chouchou, notre leitmotiv, pour regarder semaine après semaine et année après année, chaque épisode. Mais là, c’est tout simplement impossible. Tous les personnages finissent par devenir exaspérants au plus haut point. Il est alors difficile d’en trouver un qui sorte du lot et qui donne envie de suivre la série dans son intégralité. Pourquoi ? Simplement parce que Lena Dunham les a fait trop imparfaits et pleins de défauts pour qu’on s’y identifie réellement et au final, pour qu’on les aime. Prenons le cas de Jessa qui est un personnage plaisant au début, puisque délirante et exubérante, mais qui s’avère instable, désagréable, déprimée, en colère, désabusée et auto-destructrice. Les défauts ont été poussés trop loin pour que l’on éprouve la moindre empathie envers ces quatre jeunes femmes. Même si en général, il y a des personnages que l’on aime détester dans chaque série, avec Girls cela semble irréalisable. Nous ne pouvons que les détester, tout court. Elles n’ont absolument aucune qualité qui puisse rattraper la montagne de défauts dont elles ont été affublées.

screens in April 2012 et like a lot of people, I was enthusiastic about the Media’s feedback. That’s why I rushed toward this first season starting from the first episode, and it came, so to speak, as a real blow. That didn’t stop me to watch it until the third season before I said « Stop! » and stood back. No, I don’t like this show and I’m gonna explain you why. You know, in a series you are bound at least to one character. He becomes your favorite, your leitmotiv in order to watch week after week, year after year, each episode. But here, it’s just impossible. Every characters end up becoming excessively exasperating. Then it’s complicated to find one who stands out and gives

TOUS LES PERSONNAGES FINISSENT PAR DEVENIR EXASPÉRANTS AU PLUS HAUT POINT EVERY CHARACTERS END UP BECOMING EXCESSIVELY EXASPERATING

motivation to watch the whole series. Why ? Simply because Lena Dunham created them with too much imperfections and full of faults and it

prevents us from identifying ourselves and at the end from loving them. Take Jessa for example, who was a pleasant character at the beginning because of her craziness and her exuberance, but who is in reality unstable, unpleasant, depressed, angry, disillusioned and self-destructive. We can’t feel any empathy for these four girls as they push too hard their faults. Even if there are always characters we love to hate in each series, with Girls it seems to be impossible. We can only hate them. They have absolutely no quality to repair the mountain of faults they are carrying. Lena Dunham’s sharp pen doesn’t spare men either who are depicted like horrible cads, contemptuous fickle people who have strange sexual tastes: what a better way to disgust all the young ladies who watch the show from being a couple with any man. 53

GIRLS OR THE AWFUL GLORIFICATION OF PESSIMISM

Les hommes, eux non plus, ne sont pas épargnés par la plume acérée de Lena Dunham qui nous dépeint ainsi chacun d’eux comme étant d’horribles individus, goujats, méprisants, inconstants et aux pratiques sexuelles étranges, par moments : de quoi dégoûter à vie l’ensemble des jeunes femmes qui regarderont la série d’être en couple avec un homme. De pair avec le sujet des relations hommes/femmes, parlons du sexe tel qu’il est présenté dans la série. En général, il nous est souvent montré comme un moment extraordinaire où les deux partenaires savent totalement ce qu’ils font, sans accroc, sans petit incident … Avec Girls, on tombe carrément dans le sexe médiocre qui engendre souvent un sentiment de malaise pour le téléspectateur ! Dans cette série, on nous représente presque le sexe comme un besoin, un bien de consommation comme un autre où le plaisir n’est quasiment jamais au rendez-vous et où, au final, on se sent sale à la fin. En misant sur le trash à tout prix, les points positifs qui peuvent ressortir de la sexualité sont mis de côté (l’épanouissement, la découverte de soi, du corps de l’autres …). C’est aussi une façon d’exprimer le fait que les jeunes sont condamnés à du sexe sans plaisir et qu’ils devront s’en contenter. Alors bien sûr, ce n’est jamais totalement parfait mais ce n’est naturellement jamais aussi mauvais que Lena Dunham souhaite nous le faire croire. L’un des principaux arguments évoqués par les médias féminins français, c’est le côté réaliste de la série et la glorification de la normalité. Il est difficile d’être d’accord avec cela après avoir visionné tous les épisodes diffusés.

To go together with the gender relationships, let’s talk about the sex as it is presented by the series. Usually, it’s pictured like an extraordinary moment where two partners know exactly what they do, without a hitch… With Girls, we witness straight out to a poor sex which creates an embarrassing feeling to the viewer! In this show, the sex almost represents a need, a consumer good like others where pleasure is nearly never an achievement and where at the end, we feel dirty. Betting on trash at any costs, puts aside the positive points of sexuality (blossoming, self-discovery, discovery of the body of the other person…). It’s also a way of saying that young people are doomed to sex without pleasure and have to make the best of it. Of course, sex is not always perfect but it can’t be as bad as Lena Dunham wants us to believe. The main argument from French women media is about the realistic side of the series and its glorification of the normality. It’s difficult to agree with that opinion after seeing the integrality of broadcasted episodes.

Adam (Adam Driver) et Hannah (Lena Dunham)

54

GIRLS OR THE AWFUL GLORIFICATION OF PESSIMISM

PLUTÔT QUE DE S’ÉLOIGNER DES STÉRÉOTYPES , Lena

Dunham ne fait que les renforcer à mesure que les épisodes sont diffusés. Prenons, l’exemple d’Elijah, l’ex d’Hannah à l’université, qui découvre son homosexualité après leur rupture. C’est le parfait cliché du gay efféminé comme on a l’occasion d’en voir dans de nombreuses séries ou films et c’est un choix peu audacieux quand on sait que Girls souhaite se placer en marge des autres programmes à destination du public féminin. Il aurait été plus judicieux de nuancer le portrait qui est fait de ce personnage qui est censé être la représentation de la communauté gay new-yorkaise des années 2010. De même, au début de la saison trois, on retrouve Jessa, en cure de désintoxication : un poncif largement usé par les générations précédentes des séries télés. Bien que les États-Unis soit un pays confronté de manière importante à la drogue, le traitement fait de cette facette sombre dans Girls n’a rien d’extrêmement novateur. En effet, il est difficile d’aborder une nouvelle fois ce thème sans répéter ce qui a été fait : le pire étant le manque d’émotion qui se dégage des quelques scènes qui nous sont présentées. Bien que désinvolte et décalée, on ne peut pas réellement dire que Girls nous emmène vers des terres inconnues. Il ne faut pas oublier que cette thématique parlera assez peu à la population française, dont seul un faible pourcentage compte au sein de son entourage proche une personne ayant déjà été en cure de désintoxication. Des exemples de la sorte, il y en a énormément : de la jeune auteure qui galère à l’étudiante pucelle un peu niaise, en passant, par la demoiselle qui souhaite une vie bien rangée.
EN L’ANALYSANT, À TRAVERS LE PRISME FRANÇAIS, on INSTEAD OF GOING OFF STEREOTYPES , Lena Dunham
Elijah (Adrew Rannells) et Hannah

just reinforces them as episodes are broadcasted. Let’s take the example of Elijah, Hannah’s ex-boyfriend from university, who discovered his homosexuality after their breakup. He is the perfect cliché of the effeminate gay boy as we can found in many films or series and it’s not a bold choice when we know that Girls wants to stand apart from the others girly series. It would have been cleverer to nuance the image of this character as it’s supposed to be the representation of the New-York gay community in 2010’s. Likewise, at the beginning of the third season, Jessa is in rehab: a cliché plenty used and abused by previous generations of tv series. Although, the USA have a real drug scourge, the way that Girls tackles this dark subject has nothing new. Indeed, it’s difficult to talk about this matter again without repeating what have already done: the worst of it, is the lack of emotion in these scenes. Even though Girls is jaunty and offbeat, we can’t really say that it brought something unusual. Don’t for55

ne peut que difficilement se retrouver dans le portrait

GIRLS OR THE AWFUL GLORIFICATION OF PESSIMISM

100% américain qui nous est proposé. À grand renfort d’articles, les médias français nous ont présenté la série comme une glorification de la normalité. Oui, mais laquelle ? Est-ce que la série nous présente un portrait universel d’une génération qui parlera à l’entièreté de la population féminine occidentale ? Penser cela et présenter Girls de la sorte c’est oublier l’exception culturelle française qui fait que l’ensemble des situations dépeintes ne représente pas forcément le quotidien des jeunes femmes en France; c’est aussi nier les disparités culturelles qui nous séparent et font que nous n’abordons pas une même situation de la même façon, d’un pays à l’autre. Un autre point, qui a été largement mis en avant par la presse, c’est l’idée de réalisme qui fait donc écho à la normalité précédemment évoquée. Peut-on sérieusement mettre ce point en avant alors que les héroïnes enchaînent les échecs dans leurs vies respectives car c’est humainement impossible de tomber aussi bas, tout en continuant de creuser, encore, sans jamais voir l’once d’une véritable réussite. À aucun moment, elles n’ont l’air heureuses dans leurs vies et 56

get that only few French viewers will understand this theme, because only a few percent of them count in their close environment people who were in rehab. There are plenty examples like this one: from the young author who works hard to the young naïve student who is still virgin, including the young lady who dreams an orderly life.
ANALYZING IT THROUGH A FRENCH EYE, we can’t to-

tally recognize ourselves in the American portrait which is pictured. Launched with a lot of articles, French media introduced the show like a glorification of normality. Okay, but which one? Does the show picture a universal portrait of a generation which speaks to the whole occidental female population? To think and present Girls in that way, it’s forgetting the French cultural exception where all the depicted situations not necessarily fit the daily life of young French women; it’s also denying the cultural disparities which divide us and make us not see situations in the same way, from a country to another. An another point which was mostly highlighting by the press is the idea of realism which echoes the normality we speak previously.

GIRLS OR THE AWFUL GLORIFICATION OF PESSIMISM

ne tirent que rarement satisfaction de leur quotidien ! C’est assez pathétique comme portrait de notre génération, tout de même : nous représenter dans l’échec permanent, en nous disant que c’est la réalité ; il y a de quoi être découragé avant d’avoir réellement commencé. Ne vaudrait-il mieux pas présenter des personnages à la vie équilibrée qui savent être heureux, qui pleurent quand c’est inévitable, qui se battent pour leurs rêves et prennent leurs vies à bras le corps ? Ne serait-ce pas un meilleur exemple, une meilleure représentation de la jeunesse ?
AU FINAL, les médias n’ont-ils pas encensés trop vite ce

Can we honestly put forward this point when the heroines accumulate failures in their own lives because it’s quite impossible to fall so far, continuing to push again and again, without seeing an ounce of real success? At no time they seem to be happy or satisfied in their daily life! It’s quite pathetic for the portrait of a generation: picturing us in constant failure and telling us that’s the reality. That’s something to dishearten us even before to start. Would it not be better to introduce characters with a balanced life, who know how to be happy, who cry when it’s inevitable, who struggle for their dreams and size their lives with both-hands ? Would it not be a better example and a better picture of youth?
AT THE END, did the media praise this program too

programme et ne se sont-ils pas trompés en présentant Girls comme un portrait universel et représentatif de la génération Y ? On peut penser que oui et c’est ce qui peut expliquer les vagues de déceptions qui ont fait suite à la diffusion des premiers épisodes. Lena Dunham, la créatrice le dit elle-même : « une seule personne ne peut pas parler pour une génération dans son ensemble. C’est présomptueux. ». Girls n’est à l’image d’Hannah, qu’une voix représentant un aspect du quotidien de la jeunesse de ce début de siècle : un aperçu sombre, défaitiste qui ne dépeint pas le meilleur, ne transmet pas l’espoir, la réussite ou le bonheur. Elle nie ainsi une part importante de ce qui fait que la vie mérite d’être vécue à 100% et empêche de croire en ses rêves.

soon and did they not be mistaken, picturing Girls like a universal portrait representing the Y generation? We would think so and that can explain the waves of disappointment which followed the broadcast of the first episodes. Lena Dunham speaks for herself: « a person can’t speak for a whole generation. It’s presumptuous. » Like Hannah, Girls is just a voice picturing a part of the daily life of this new century youth: a defeatist dark overview, which not represents the best, brings no hope, success or happiness. Though, it denies an important part of what makes

À PROPOS DE L’AUTEUR Dans la vie, Véronique est étudiante en Master Web Editorial, passionnée d’Histoire et geek. C’est aussi une grande passionnée de séries qu’elles adorent chroniquer, analyser et critiquer sur le web. Vous pouvez la retrouver sur Twitter : @VeroniqueDuluc et son blog personnel : http://commeunornithorynque.wordpress.com.

57

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful