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Grenot Gilles 11/05/2009

M1 CST

Méthodologie des Sciences Humaines

Traitement de la Science et Technique et l’Exposition


Universelle dans les Causeries de l’année 1900 du
Progrès Illustré

Professeurs responsables de l’enseignement : Benoît Lafon


Viviane Clavier
Table des matières

I. Introduction……………………………………………………………….……3

II. Analyse de contenu……………………………………………………………3

III. Analyse de discours…………………………………………………………...6

IV. Identification du vocabulaire des sciences et techniques…………….8

V. Conclusion……………………………………………………………………..10

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I. Introduction

Cette étude porte sur un corpus de 52 articles recouvrant l’année 1900, tous extraits de la
rubrique « Causeries », issus du journal « Le progrès Illustré », hebdomadaire local de
l’agglomération Lyonnaise. Nous tentons de mettre en évidence la manière dont sont
traitées à la fois les sciences et techniques et l’Exposition Universelle de 1900 dans ces
Causeries. Pour cela, on effectuera dans un premier temps une analyse de contenu, qui
nous permettra de lire la science et technique et l’Exposition Universelle d’une manière
globale au travers de toutes les Causeries du corpus considéré. Ensuite, nous analyserons
le discours dans 2 Causeries que nous avons choisi parmi toutes celles du corpus, cela sera
un moyen de mettre à jour précisément quels sont les moyens énonciatifs que l’auteur
utilise, comment parle-t-il de son sujet, et dans quelle visée. Pour finir, nous analyserons
le vocabulaire scientifique et technique et de l’Exposition Universelle dans ce corpus, à
l’aide du logiciel Nooj.

II. Analyse de contenu

Dans analyse de contenu, nous nous interrogeons sur la place des sciences et techniques
dans le genre causerie. Les sciences et techniques sont-elles représentées, en parle-t-on de
manière objective, documentée, exhaustive. Quel sont leur mode de traitement et quelles
sont les thématiques scientifiques et techniques privilégiées au sein de ce genre particulier
d’article de presse. Nous questionnerons également le caractère local ou non de
l’information scientifique et technique qui est abordée, le « Progrès illustré » étant un
journal local.

Nous tentons également dans ce corpus de définir la place de l’Exposition Universelle de


l’année 1900, qui se déroula à Paris. Cet événement étant majeur, ayant rassemblé à
l’époque 50,8 millions de visiteurs, nous voulons mesurer son impact dans les Causeries,
ainsi que la manière dont cette information est traitée.

Enfin, nous comparerons nos résultats avec ceux d’une autre étude qui a été réalisée sur
l’année 1891. Cette étude englobant un plus grand nombre de types d’articles, nous nous
attacherons à comparer uniquement les résultats de notre corpus, aux seuls résultats
émanant des causeries de 1891. Nous tenterons de dégager des points communs, une

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tendance générale, peut-être une évolution sur la manière dont est traitée l’information
scientifique dans les Causeries, à 9 ans d’écart.

Les résultats de cette étude de corpus tendent à montrer que la science est bien représentée
dans le genre causerie de l’année 1900. 34% des articles de ce corpus traitent de la science
et de la technique, ce qui est davantage qu’en 1891, on recensait alors que 7% d’articles à
caractère scientifique. On pourrait penser que c’est l’exposition Universelle de 1900 qui
suscite cette surreprésentation de la science et des techniques dans les causeries par
rapport à l’habitude du genre. Cependant, le fait que uniquement 11,54% des causeries du
corpus de 1900 fassent état de l’exposition Universelle ne va pas dans ce sens.
L’exposition Universelle est certes présente dans notre corpus, mais ce n’est pas le
caractère scientifique qui retient l’attention de l’auteur de ces Causeries de 1900. Jacques
Mauprat semble en effet voir en l’exposition Universelle un événement populaire
exceptionnel, un divertissement immanquable pour les visiteurs français et étrangers, mais
non un lieu où la science et l’innovation technique prennent une place de taille. C’est du
moins ce qui transparaît à travers les Causeries de 1900. On ne lira donc rien sur la fée
électricité qui était utilisée pour la première fois lors de cette exposition pour l’éclairage
nocturne et pour l’élaboration d’une fontaine lumineuse, rien non plus sur l’inauguration
de la première ligne de métro de Paris, « le Métropolitain », ni encore sur le trottoir
roulant, la « Rue de l’avenir »… Sur les 6 Causeries qui traitent de l’exposition
Universelle de notre corpus, 50% d’entre elles s’attache à décrire des anecdotes, souvent
sur un ton ironique, qui font référence aux divers diplômes, prix et récompenses attribués
lors de cet événement. On appuiera aussi le trait sur le caractère mondial de cette
exposition en expliquant que les américaines doivent faire des économies sur leur toilette
pour pouvoir se payer le voyage incontournable à Paris pour l’occasion, en racontant le
récit de ce « nègre » qui a voyagé sans un sous pour y venir, mais qui est arrivé trop tard.
L’exposition est donc présente, mais comme un monument r, comme une scène prétexte
aux récits de personnes et de querelles. L’exposition reste donc un décor du récit, mais pas
un événement dont le caractère scientifique est développé.

Dans les causeries de 1900, nous comptons 18 articles sur 52 qui traitent de science et
technique. Cette proportion des articles de sciences sur le nombre total des articles
considérés dans ce corpus, 34%, est assez forte, est presque 5 fois supérieure à celle

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observée dans une étude comparable sur les Causeries de 1891. Les sujet scientifiques
dont les Causeries font état sont en grande partie des articles qui touchent à la médecine.
La médecine représente 33% des articles de science recensés dans le corpus. L’auteur
traite de plusieurs aspects, celui de la maladie, de l’hygiène, et des acteurs de la médecine,
à savoir les médecins et les savants, dont on se moque un peu en critiquant l’inutilité de
leur recherche.
Un des thèmes scientifiques le plus abordé est celui de la Climatologie et de la
Météorologie. Nous l’avons relié à celui de l’Astronomie. Les articles traitant de ces
thématiques représente 22% des articles à caractère scientifique du corpus, ce qui montre
un intérêt tout particulier pour le climat et le ciel. Ce thème est encore le moyen pour
l’auteur des Causeries de ridiculiser les scientifiques, notamment dans l’article faisant état
de la fonte des glaciers. L’impact du temps sur la santé, le dérèglement des saisons, leur
rigueur anormale font parler Jacques Mauprat. L’astronomie est elle traitée sous l’angle de
la mythologie, on aborde par ailleurs les éclipses et la vie extra-terrestre.

La technique est sous-représentée par rapport aux différents thèmes représentés


précédemment, on ne compte que 16,6% des articles scientifiques qui traitent de cette
thématique. On parle souvent des techniques de manière légère, les mettant au second plan
d’une histoire humaine. Les automobiles ne sont évoquées que parce qu’elles écrasent des
piétons, sujet tourné en dérision. Aussi, l’invention du téléphone, et de l’autocommutateur
est racontée de manière anecdotique, au détour du récit de personnes.

Reste encore d’autres sujets scientifiques qui sont abordés dans ces Causeries, à l’image
de l’archéologie et de l’écologie. Le premier thème est traité en évoquant la querelle qui
existe entre les archéologues et les contempteurs de vieilleries. Le second, rend compte de
la nocivité des platanes, que les hirondelles tendent à fuir de plus en plus.

Pour finir, nous nous apercevons, que, comme nous en avions rendu compte lors d’une
étude précédente sur le « Progrès Illustré » de 1891, l’information de ce journal n’est pas
essentiellement locale, au contraire de ce que l’on pourrait penser. On s’attendrait à ce que
les articles traitent en grande partie d’actualité concernant la région Lyonnaise. Il n’en est
rien. Seulement 33% de articles de sciences sont à relier à la région Lyonnaise, contre 12,
5% d’actualité nationale, 25% d’actualité à caractère international, et 12,5% qui traite de
Paris. Cela démontre que 66% des articles ne traitent pas en particulier de l’agglomération

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Lyonnaise, mais recouvre une zone géographique plus vaste, s’étendant d’ailleurs
davantage à l’échelle internationale qu’à celle du pays. Est-ce à dire que la science de
1900 est un sujet plus national et international qu’un autre type d’actualité, ceci constitue
une hypothèse intéressante qui pourrait être sondée dans une analyse ultérieure.

III. Analyse de discours

Causerie n°476

La causerie n°476, datant de Janvier 1900, traite essentiellement de la grippe, c’est donc à une
chronique en rapport à la médecine que nous avons à faire.

L’analyse de l’ancrage énonciatif nous permet de distinguer deux types d’énonciation, une
caractéristique du genre Causerie. La coexistence d’une énonciation représentée et non
représentée fait du genre Causerie un genre hybride, que l’on peine à associer à un genre
journalistique actuel. En effet, si le chroniqueur, ici, Jacques Mauprat donne du contenu à
moudre à ses lecteurs, il n’en demeure pas moins subjectif, et commente souvent ce dont il
traite de manière subjective.

Les marques de l’énonciation représentée dans ce texte sont nombreuses. Il s’agit


d’embrayeurs qui, sans connaître la situation d’énonciation, ne sauraient trouver un sens dans
ce texte, « nos médecins français », « nous n’en sommes pas encore là », pour une fois, savez-
vous », « quand il ne nous tombent pas sous la dent ». On remarque que parlant à la première
personne du pluriel, l’énonciateur en profite souvent pour s’intégrer dans le collectif de son
lectorat face au contenu dont il fait état. En procédant ainsi, il attribue ses commentaires
autant à lui-même qu’à son lecteur, qui s’il avait en possession la même information, réagirait
de la même manière. Cela semble montrer que l’auteur se met sur le même piédestal que
l’allocutaire auquel il s’adresse, peut-être pour mieux populariser son discours.
Aussi, les déictiques de temps et spatiales qui renvoient à la situation de l’énonciation sont un
indice fort d’une énonciation représentée. Pour exemple, « de ci de –là », les rues d’ordinaire
extraordinairement animées sont à peu près désertes » ,« qu’on nous permettre de donner
ici », « jusqu’à présent », « Depuis plusieurs semaines » « en ce moment », « il y a quelques
mois », « maintenant », « récemment »…

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D’autre part, on repère aisément les traces d’une énonciation non représentée, qui, au
contraire du premier type d’énonciation, ne nécessitent pas la connaissance de la situation
d’énonciation, pour faire sens. Ainsi, nombreuses sont les références à la temporalité et à
l’espace qui ne se prêtent pas à l’interprétation : « à Lisbonne », « à Londres, Liverpool, à
Plymouth », « depuis surtout que la trop rapide automobile »…
Dans cette Causerie, on dénote tout au long du texte une série de marqueurs de la subjectivité
énonciative. Ceux-ci nous permettent de définir la visée illocutoire du texte. L’auteur joue sur
la subjectivité affective « pauvre humanité » « pauvres bêtes » « funeste passion », invitant le
lecteur à la compassion, et il joue encore davantage sur la subjectivité modélisatrice «
fâcheuse grippe », « Ca n’est pas gai », « victorieusement », « Elle règne », « n’était pas chose
agréable », « met à toutes les sauces, à beaucoup trop de sauces », « la trop rapide
automobile »... Toutes ces marques de subjectivité concourent à la fois à inciter la compassion
des victimes de la grippe, à personnifier cette maladie « maudite », que l’on doit donc
craindre, ainsi qu’à tourner en dérision ce sujet grave, en faisant passer la grippe pour une
reine triomphante, qui étendrait son empire en se propageant.

Causerie n°506

La Causerie n°506, datant du 26 Août 1900 traite à la fois de sciences et technique, en


développant le thème de la météorologie, et porte également sur l’Exposition Universelle, en
rendant compte des récompenses honorifiques qui sont décernées à l’occasion de cet
événement international.

Comme pour la précédente Causerie, l’étude de l’ancrage énonciatif permet de révéler une
polyphonie énonciative qui donne la voix en parallèle à une énonciation représentée et non
représentée. Pour ce qui est de l’énonciation représentée, on suivra donc tout au long du texte,
différents embrayeurs « nous avons été gratifiés », « pourvu que nous n’en pâtissons pas
trop ! », « du soleil intempérant que nous avons subi », « nos lectrices », ainsi que des
déictiques temporelles « pour le moment » et spatiales « nos régions ». En utilisant la 1
personne du pluriel, l’énonciateur privilégie une énonciation intime qui interpelle un lecteur
habitué. Quant à l’énonciation non représentée, elle apparaît sous des marqueurs de temps et
de lieu absolues, qui ne nécessitent pas la connaissance ou l’habitude de l’énonciateur. On

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dénote ainsi « En Europe », « se retremper dans la fraîcheur des côtes maritimes », « le pays
de Cocagne », « l’été de cet an qui clôture le dix-neuvième siècles ».

L’auteur de cette Causerie apparaît et laisse transparaître la visée illocutoire de ce texte en le


parsemant de traces de subjectivité, tant affective que évaluative, et même modalisatrice.
Pour ce qui est de la subjectivité affective, on la trouve notamment dans des passages tels que
« jamais saison plus accablante ne sévit sur nos régions », « pourvu que nous n’en pâtissons
pas trop », « pauvres hommes que nous sommes », « le diable c’est que ces succulents
gallinacés ». La subjectivité évaluative transparaît notamment au travers de « bien ingrats
seront les habitants », « ils ne pouvaient demander mieux », « les heureux touristes »,
« ramener la température à des limites plus raisonnables », « ceux-ci se rattraperont sur le
perdreau », « faire connaître un véritable volume, c’est toute une encyclopédie.». Enfin, on
trouve une marque de subjectivité modalisatrice « Il y a des chances pour qu’ils ne reviennent
jamais » . Tous ces marqueurs concourent à engendrer à la fois la compassion, et à adhérer
aux jugements de valeur dont l’auteur des Causeries fait part dans son écrit. La visée
illocutoire pourrait se résumer à inciter le lecteur à se plaindre du dérèglement des saisons,
puisque chaque homme ne est la victime. Quant à l’Exposition Universelle, Jacques Mauprat
tente de tourner en dérision ce qu’il qualifie de « Pluie de médailles, pluie de croix » au sujet
des récompenses honorifiques qui sont remises un peu excessivement à son goût.

IV. Identification du vocabulaire des Sciences et Techniques

Dans cette partie, il s’agit d’utiliser le logiciel Nooj pour étudier essentiellement la fréquence
et la nature du vocabulaire des sciences et techniques apparaissant dans le corpus, ainsi que
celui ayant à trait à l’Exposition Universelle. Pour ce faire, nous avons recours à l’étude des
tokens, et des digrams. Aussi, nous établirons une grammaire.

L’étude des fréquences des digrams et des tokens sur tout le corpus permet de baliser le
langage scientifique et de l’exposition universelle. On peut ainsi le typer en différents
domaines. Pour ce qui est des sciences et techniques, le domaine qui semble prédominant est
celui de la météorologie et de l’astronomie avec notamment des fortes occurrences pour les
tokens suivants : temps (token, 71 occurences), air (token, 9), la saison (digram, 8 ),
témpérature (token, 8), glaciers (token, 8), éclispse (token 5), thermomètre (token,5), chaleur

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(token,5), astronomes (token, 6). Aussi, nous avons un domaine qui regroupe les acteurs de la
science avec principalement : astronomes (token, 6), savant (token, 5), médecins (token, 5).
Nous définissons la médecine comme domaine à part entière avec médecin(s) (token, 5),
maladie (token, 6), microbes (token, 6). Les sciences et technique d’un point de vue général
forment un autre domaine avec science (token, 10), expériences (token, 10), applications
(token, 8), ingénieux (token, 5), progrès (token, 5), invention (token 5). Finalement, les
transports forment le dernier domaine que nous pensons représentatif du vocabulaire des
sciences et technique utilisé dans ce corpus, avec train (token, 8) et automobile notamment
(token, 5).

Pour ce qui est du vocabulaire de l’Exposition Universelle, nous éprouvons plus de difficultés
à le typer en genre, faisant intervenir moins d’occurrences, si ce n’est le digram
« l’Exposition », qui devance tous le vocabulaire des sciences et techniques en apparaissant à
10 reprises. Remarquant que les pays et les nationalités sont abondamment employées et
reviennent souvent, nous pensons relier cela au caractère international de l’Exposition
Universelle, qui nous l’avons relevé dans notre analyse de contenu, est un des angles
privilégiés de la manière dont l’Exposition Universelle est traitée dans ce corpus. Ainsi,
nombreuses sont les nationalités et pays qui sont cités fréquemment : Paris (token, 27), France
(token, 24), anglais (token, 8), anglaises (token, 8), Allemagne (token, 5), allemandes (token,
5), américain (token, 5), Afrique (token, 5). Nous attribuons également le token « foule » qui
apparaît à 7 reprises dans le corpus au caractère populaire de l’Exposition Universelle.

A partir de cette étude des Tokens et des Digrams, nous établissons la grammaire suivante,
qui, en se ciblant sur l’exposition Universelle, prend le parti d’intégrer les sciences et
techniques comme un domaine de l’exposition universelle, au même titre que celui de des
pays et des nationalités. Nous aurions aimé avoir un domaine « populaire », car c’est ce qui
semblait ressoritir de l’analyse de contenu. Cependant, l’étude des tokens et des digrams
semblent montrer que le vovabulaire du caractère populaire de l’Exposition Universelle ne
semble pas être assez prépondérant pour être pertinent.

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V. Conclusion

Nous avons donc vu dans cette étude du traitement de la science et technique et de


l’exposition universelle dans les Causeries du Progrès illustré de 1900, que la science est
traitée davantage qu’en 1871. Cela ne peut cependant pas être attribué à l’Exposition
Universelle, qui, si elle apparaît indubitablement dans ces Causeries, n’est jamais traitée
autrement que du point de points non scientifiques. C’est « l’événement international et
populaire » que l’on traite au travers de l’Exposition Universelle, et non son contenu
scientifique et ses prouesses d’innovations technologiques. Les thématiques de la science qui
sont principalement abordées tourne autour de la météorologie et de la médecine
essentiellement. On est surpris de ne pas lire davantage d’articles portant sur l’aspect
techniques à proprement parler de l’innovation scientifique, à une époque de grand essor
industriel. Cependant, l’étude du vocabulaire scientifique utilisé dans ce corpus fait
néanmoins apparaître une science appliquée, et non fondamentale, les fortes occurrences de
« expériences », applications », « ingénieux », « invention » l’attestent.

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