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PRESSE ET REGARD SUR LE MONDE

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Tout citoyen doit savoir surmonter les obstacles qui l’empêchent d’aller voir de l’autre côté du miroir pour sortir de l’ignorance dans laquelle les pouvoirs étatiques et médiatiques cherchent à l’enfermer. Rechercher la vérité avec honnêteté, avec courage, et qu’elles qu’en soient les conséquences pour soi-même, est le devoir de tout être humain et, particulièrement, de tout journaliste. 0ffrir une information indépendante et honnête, mettre à nu les diverses formes d’oppression contre des peuples laissés sans défense, peut contribuer à sauver des vies, à alléger des souffrances, à promouvoir la paix. Il faut savoir aller vers ces peuples humiliés, que des gouvernements brutaux martyrisent, alors qu’ils aspirent à être reconnus en leur simple humanité et leur besoin de liberté. Car c’est de ce côté-là, que la vérité nous attend.

Chacun de nous réalise tôt ou tard qu’il y a deux mondes qui regardent la même chose mais ne la voient pas avec les mêmes yeux. Il y a, d’un côté, des gens humbles, ouverts, sensibles à la souffrance et qui, voyant des armées aller bombarder des peuples entiers se sentent profondément bouleversés et indignés.

Il y a, de l’autre, des personnalités cyniques, autrement dit inhumaines, asservies à des puissances étatiques belliqueuses - et des simples citoyens malencontreusement désinformés, jetés dans la confusion - qui n’entendent pas la voix de la conscience et qui s’accommodent de ces politiques inhumaines.

Il est impératif que les journalistes révèlent publiquement les mensonges et les visées criminelles que des politiciens particulièrement effrontés aidés par des agents de propagande, s’emploient à camoufler.

Il est vrai que cela n’est pas sans risque. Des professeurs, des journalistes, des gens tout à fait honorables, ont été insultés, traînés dans la boue, accusés abusivement d’« antisémitisme », de "conspirationnisme" ou de « négationnisme », licenciés. Rien de plus facile pour ceux qui veulent discréditer des gens tout à fait honorables, dont les vérités dérangent, que de les associer à une période terrifiante de l’histoire, le nazisme ; induisant ainsi en erreur l’opinion publique.

Rien ne doit nous retenir de continuer de nous battre pour dénoncer les crimes commis en notre nom. De plus en plus de gens comprennent aujourd’hui que ceux qui se servent de l’anathème de l’antisémitisme pour intimider et faire taire, ont un objectif peu louable : empêcher l’opinion publique de comprendre que les nouvelles victimes d’exclusion et de persécution.

Aujourd’hui, tous ceux qui ne se résignent pas à l’injustice et à l’ensauvagement du monde, savent où aller chercher une information honnête ; savent où il y a des

journalistes capables de dévoiler des vérités que les chefs des rédactions s’emploient à occulter.

Le contrepoint à la désinformation, et aux mensonges par omission, est la vérité et le devoir d’informer.

Un tour d’horizon au Maroc

La personnalité de SAM le roi Mohammed VI On sait peu de chose sur Mohammed VI, successeur et fils de Hassan II, sinon qu’il a fait de brillantes études, que c’est un homme discret qui vivait à l’ombre de son père. âgé de trente- huit ans, titulaire d’un doctorat d’État de droit, il occupait depuis la fin 1985, une fonction honorifique de coordonnateur des Forces armées royales, faisant de lui, en théorie, le deuxième personnage de l’État. Mohammed VI ne sera associé aux grands dossiers qu’au début des années quatre-vingt-dix. Mais c’est Hassan II qui décidait en dernier ressort. Personnalité apparemment effacée, le nouveau roi régnera sans doute de manière différente que ne le fit son père. L’homme, dit-on, est moins soucieux d’apparat et cherchera à donner une image plus moderne de sa fonction. On l’a vu quelque peu gêné par ces marques de déférence qui consistent à baiser la main du monarque, marques qui donnent du Maroc l’image d’un pays aux traditions incompatibles avec l’ère moderne. Y apportera-t-il des changements ? Il est trop tôt pour y répondre. Mais en attendant, il est attendu sur de nombreux dossiers. D’aucuns attendent de lui qu’il tourne cette page sombre d’un Maroc fait de multiples atteintes aux droits de l’homme, de pauvreté et de corruption. D’aucuns attendent que, sous son règne, le Maroc progresse dans la voie de la démocratie et des libertés. N’a-t-il pas déclaré en janvier 1997 : " La démocratie est un édifice perfectible qui ne saurait demeurer longtemps figé sans s’affaisser, et il faut ouvrir au quotidien davantage d’espaces pour l’exercice des libertés individuelles et collectives ".

Les grands défis du Maroc Après la mort de Hassan II, quelques grands dossiers attendent le nouveau roi Mohamed VI. La disparition de Hassan II survient à un moment crucial pour le Maroc. De nombreux dossiers attendent le nouveau souverain. Et de ce fait, l’après-Hassan II s’annonce incertain. Mohamed VI n’a sans doute pas eu le temps, du fait du poids omniprésent de son père dans la gestion des affaires, de se préparer à une lourde succession. La monarchie marocaine est de droit divin. Selon la Constitution de 1996, le pouvoir royal a le dernier mot sur tout ce qui touche à la marche du pays. Hassan II qui a refusé que le Maroc se transforme en monarchie constitutionnelle sous prétexte que c’est contraire à l’islam, a pourtant créé la surprise en février 1998 en nommant le socialiste Abderahmane Youssoufi, premier ministre. Il a ainsi donné l’impression d’avoir tenu compte des résultats des élections du 14 novembre 1997, qui ont permis à l’opposition de remporter 175 sièges sur les 325 du Parlement marocain. Toutefois, Abderahmane Youssoufi a dû composer avec le roi en acceptant un gouvernement comprenant des partis de gauche et des partis liés à l’administration royale et aux féodalités qui constituent l’un des piliers du régime. Ainsi y figurent des ministres de l’Istiqlal (islamo conservateurs), du RNI (Rassemblement national des indépendants, 88 députés) surnommé le " parti de l’administration ". Le roi lui a imposé des hommes comme Abdelatif Filali et surtout le ministre de l’Intérieur, Driss Basri. Celui qui a maté dans le sang les révoltes populaires de Casablanca en juillet 1981 et de Fès en

décembre 1990 fait figure de numéro deux du régime marocain, du moins du vivant de
décembre 1990 fait figure de numéro deux du régime marocain, du moins du vivant de
Hassan II.
Conscient que le Maroc ne pouvait échapper aux évolutions qui traversaient la société
marocaine, Hassan II a en réalité parié sur une ouverture contrôlée. Pour autant, un vent de
libertés souffle sur le Maroc. Youssoufi a permis à la presse de s’exprimer, même si celle-ci
s’abstient de porter un jugement sur la personne du roi et permis une émergence d’une société
civile avec l’explosion d’une multitude d’associations. Les droits de l’homme sont plus
respectés que par le passé même s’il reste beaucoup à faire dans ce domaine… De fait, dans le
Maroc d’aujourd’hui, deux conceptions sont en train de s’affronter : celle d’une monarchie
rénovée par l’État de droit qu’avance prudemment Youssoufi et celle reposant sur le
Makhzen, ce pouvoir fondé sur les féodalités locales et les clientélismes. Alors question,
Mohammed VI qui, dit-on, déteste cordialement Driss Basri va-t-il se séparer de cet
encombrant ministre de l’intérieur ? Et ce faisant va-t-il reconduire Youssoufi dans ses
fonctions en lui accordant une plus grande autonomie d’action afin que le Maroc engage des
réformes politiques dont il a un besoin urgent ? " Mohammed VI et Youssoufi forment un
couple idéal. Ils se respectent mutuellement ", note un diplomate occidental. Ce couple aura-t-
il raison des résistances qu’oppose la force du Makhzen ?
Contrairement à une idée reçue, l’islamisme n’a cessé de progresser au Maroc, notamment à
l’Université où il contrôle le principal syndicat étudiant, l’UNEM (Union nationale des
étudiants marocains) qui fut depuis sa création sous le contrôle de l’USFP et à un degré
moindre des communistes et autres courants marxistes.
À l’Université, les intégristes marocains font régner une réelle terreur. Ils interdisent toute
manifestation culturelle ou politique en contradiction avec leurs objectifs, souvent en usant de
moyens violents. Al Adl oua el Ishasane (justice et bienfaisance) de Cheikh Yassine,
actuellement en résidence surveillée à Salé (Rabat), est la principale organisation intégriste.
Yassine ne reconnaît aucune légitimité à la monarchie marocaine et conteste le titre de "
commandeur des croyants " au roi Hassan II, au motif que ce dernier refuse une réislamisation
totale de la société marocaine. Sa fille Nadia Yassine a qualifié la mort de Hassan II de " non
événement politique ". En revanche, Abdellah Benkirane, figure de proue de l’islamisme
légal, a préféré jouer le jeu de la légalité. Son parti le MPDC (Mouvement populaire
démocratique et constitutionnel) dispose de dix députés au Parlement. Benkirane joue la carte
de l’islamisation en douceur de la société marocaine. Troisième force islamiste du Maroc, le
PJD (Parti de la justice et de la démocratie) d’Abdelkrim Khatib, qui recherche l’alliance avec
les partis conservateurs marocains, prône également une islamisation en douceur et une
arabisation de la société marocaine. Le PJD tout comme le MPDC s’opposent au Parlement
aux réformes de modernisation de la société notamment en ce qui concerne le droit des
femmes, que veut initier le gouvernement Youssoufi.
Si jusqu’à présent le roi Hassan II, fort de son titre de " commandeur des croyants " et de
descendant du prophète Mohammed, a su habilement exploiter la religiosité des Marocains et
préserver le Maroc du danger islamiste, rien ne permet d’affirmer que son fils et successeur
ait les capacités de son père pour contrer cet intégrisme rampant qui se nourrit sur le terreau
de la misère sociale et de la corruption qui rongent le royaume.
Avec une population de 29 millions d’habitants dont 36 % ont moins de quinze ans, un revenu
par habitant de 1 260 dollars, le plus bas du Maghreb, Mohammed VI a du pain sur la
planche. Le chômage touche officiellement 21 % de la population (2 millions de personnes).
Mais ce taux, du fait d’un appareil statistique peu performant, est loin de refléter la réalité
autrement plus dramatique que ne le laissent supposer ces chiffres.
S’ajoutent à ce tableau les inégalités sociales qui font que moins de 10 % de la population
disposent de plus de 80 % des richesses du pays. Le roi Hassan II, lui-même, est à la tête
d’une des plus grosses fortunes de la planète (lire l’article sur Hassan II). Un Marocain
d’une des plus grosses fortunes de la planète (lire l’article sur Hassan II). Un Marocain sur dix
vit dans une extrême misère. La dette extérieure du Maroc, 22 milliards de dollars,
compromet toute possibilité de relance sur le court terme. Le service de la dette (loyer de
l’argent) absorbe 30 % des recettes d’exportations d’un montant de 7 milliards de dollars.
Pour relancer l’économie, le gouvernement Youssoufi, suivant les recommandations du FMI
et de la Banque mondiale, a opté pour une économie de rigueur et une modernisation
administrative du pays (une suppression de lois datant des années vingt, un système fiscal
efficace, un mode de passation des marchés transparent…). " Nous ne sommes pas au pouvoir
pour jouer les Père Noël ", a déclaré Youssoufi pour justifier sa politique. Aussi son
gouvernement s’est-il fixé en 1999 pour objectifs de ramener le déficit budgétaire à moins de
3 %, et l’inflation à 2,5 %. Une politique qui passe par une réduction drastique du budget de
fonctionnement consacré essentiellement au paiement des salaires d’une fonction publique
pléthorique (700 000 salariés) afin de dégager les ressources nécessaires aux investissements
qui, pour l’heure, représentent à peine 20 % du budget de l’État. D’autant que, pour 1999, la
croissance du PIB sera presque nulle (0,2 %) contre 6,2 % en 1998 et qu’une croissance du
chômage est attendue dans les grandes villes : un peu plus de 100 000 personnes.
Cette politique d’inspiration libérale se heurte à l’impatience d’une population qui attendait
beaucoup de ce gouvernement. Impatience notamment de la part des diplômés en chômage -
ils sont plusieurs dizaines de milliers - que n’ont pas manqué de courtiser les islamistes, qui
profitant du vent de libertés qui souffle sur le Maroc, ont vite encadré les mouvements
protestataires. Or, pour Youssoufi, le besoin de mener ses réformes institutionnelles à terme
est également dicté par le fait qu’en 2010, les droits de douanes auront totalement disparu
entre le Maroc et l’Union européenne. C’est à cette date qu’entrera en application l’accord
d’association de libre-échange prévu par le traité de Barcelone (l’espace euro méditerranéen)
en 1995. Et qui plus est, du fait d’une dette extérieure pesante, tous les économistes
s’accordent pour dire que sans une aide financière extérieure, il sera difficile à Youssoufi de
mener à terme sa politique de relance et de modernisation. Mohammed VI, dont on dit qu’il
est plus sensible aux questions sociales que ne l’était son défunt père, apportera-t-il son appui
aux réformes qu’envisage le gouvernement socialiste ?
Avec la disparition du roi Hassan II et l’avènement sur le trône de son fils Mohammed VI, ce
n’est pas seulement une page de l’histoire de la monarchie chérifienne qui se tourne, mais une
page de l’histoire du Maroc lui-même. Elle ne pourra plus être comme avant. Et quoi qu’il
advienne désormais, le chapitre de l’avenir ne reproduira pas les chapitres du passé. Qui ne
s’est pas efforcé hier d’en deviner les lignes en scrutant, avec espoir ou angoisse, la foule
fervente aux cent mille visages qui accompagnait la dépouille du chef de l’État dans les rues
de Rabat ? Un mot en effet la disait toute : la jeunesse. Et on peut imaginer que la pléiade des
chefs d’État et de gouvernement qui suivaient le cortège rendait non seulement hommage au
disparu, mais se penchait déjà sur les lendemains de la nation marocaine, et par-delà sur le
destin du Maghreb, du Proche-Orient et de tout un monde marqué au fer rouge de la pauvreté.
Et si ce paysage-là était en plein bouleversement ?
Il n’est pas une voix au Maroc pour poser la question du principe monarchique. Mais toute la
société marocaine - ou presque - assiège les bastilles du féodalisme : sa pratique a été érigée
en système depuis des décennies, sous la magistrature de Hassan II. Déjà, il y a longtemps,
Jacques Berque, le grand connaisseur affectueux de l’islam en général et du Maroc en
particulier notait, après l’indépendance : " une classe dirigeante trop ancienne, trop pareille à
elle-même, a récupéré les privilèges de la colonisation ". Le prix en a été lourd pour les
Marocains.
On n’en finirait pas d’égrener le martyrologe, depuis trente ans, des victimes de l’oppression
politique, livrés à des bourreaux féroces, condamnés à la mort lente dans les caves
d’immondes bagnes, traqués, soumis ou chassés. Et reste toujours le mystère de ce mort sans
sépulture, Mehdi Ben Barka le révolutionnaire : faut-il donc que ce pauvre cadavre fasse encore
sépulture, Mehdi Ben Barka le révolutionnaire : faut-il donc que ce pauvre cadavre fasse
encore trembler, trente-quatre ans après ? On n’en finirait pas non plus de dresser le catalogue
des principes les plus élémentaires de la vie publique foulés au pied sans vergogne. On n’en
finirait pas de rédiger l’acte d’accusation de l’affairisme triomphant, inspiré et pratiqué par les
plus hauts personnages. Certes, la Bourse de Casablanca brille de quelques feux pour
quelques-uns, mais l’on meurt de faim, et l’on meurt tout court, sans ressources, sans soins,
sans mots, dans les bidonvilles des grandes cités et dans les villages proches de l’âge de
pierre. Le produit national brut par habitant est d’environ 7 500 francs par an : en Algérie, il
est supérieur, c’est dire… Quant au processus d’alphabétisation, il en est resté à un état
dramatiquement déplorable.
Un Marocain sur trois a moins de quinze ans. Cette immense jeunesse, dont on a aperçu hier
les visages exaltés à la télévision, tient en partie dans ses mains le destin du Maroc. Déjà,
depuis des mois, le pays avait bougé, l’étau se desserrait, les prisons se vidaient de leurs
innocents, la démocratie installait quelques arpents, la condition de la femme évoluait, une
nouvelle génération apparaissait sur le devant de la scène, un nouveau chef de gouvernement
prenait un meilleur élan… C’était de bon augure, mais le chantier est si vaste.
Tazmamart, Kenitra, Dar el Mokri, Moulay Cherif… Ces noms résonnent comme des lieux
d’enfer d’un régime qui a été responsable de la mort et de la torture de milliers de Marocains
démocrates ou ayant tout simplement osé mettre en cause le monarque de droit divin.
Le silence international officiel a été de règle sur les exactions et la terreur durant des dizaines
d’années et seuls des défenseurs des droits de l’homme évoquaient, sans être entendus, les
crimes commis par Hassan II et ses sbires. De la révolte du Rif aux émeutes de Fès, en
décembre 1990, en passant par l’état d’exception de 1965 à 1970, le règne de Hassan II aura
été largement marqué par l’omniprésence d’un appareil répressif impitoyable. L’enlèvement à
Paris de Mehdi Ben Barka - le dirigeant de l’Union nationale des forces populaires et leader
tiers-mondiste mondialement reconnu - puis son assassinat en octobre 1965 avec la complicité
de barbouzes français, révéla à l’opinion publique l’ampleur des réseaux de tueurs du roi, au
point de provoquer une brouille, temporaire, avec les autorités françaises.
Les centres de torture de Dar el Mokri à Rabat puis de Moulay Cherif à Casablanca étaient
des lieux où l’on faisait mourir à petit feu des opposants, étudiants, syndicalistes ou encore
opposants politiques comme Abraham Serfati. On ne compte pas les simulacres de procès où
les avocats étaient interdits de paroles et où les prévenus comparaissaient marqués par la
torture.
Ce n’est qu’au début des années 1980 que fut révélée l’existence d’un bagne sans nom, à
Tazmamart dans le sud marocain. Des dizaines d’hommes - ceux qui avaient " disparu " après
la répression du coup d’État manqué de Skhirat, mais aussi des opposants politiques - y
étaient enterrés dans un oubli total, mourant de misère physique et morale sous les coups des
geôliers. C’est en avril 1987, que retentit le terrible appel au secours des enfants d’Oufkir,
échappés des oubliettes au bout de dix-sept ans et qui durent attendre encore deux ans leur
liberté.
La pire des répressions de masse, celle de la révolte de la faim des bidonvilles - ce mot est né
au Maroc - de Casablanca en juin 1981 qui coûta la vie à des centaines de personnes, des
enfants souvent, reste gravée dans la mémoire. Marrakech, janvier 1984 : une autre révolte de
la misère écrasée par les chars. Dans les banlieues de ces villes, des fosses communes
attendent encore et en vain la visite d’improbables enquêteurs internationaux sur des crimes
contre l’humanité.
Hassan II et les années de plomb
Vendredi 29 octobre 1965, à 12 h 15, Mehdi Ben Barka est interpellé devant la brasserie Lipp,
boulevard Saint-Germain à Paris, par deux policiers français de la brigade mondaine, Louis

Souchon et Roger Voitot. Exhibant leur carte de police, ils invitent Ben Barka à monter à bord d'une voiture où se trouve également Antoine Lopez, un agent du SDECE (les services du contre-espionnage français de l'époque).

Il est conduit à Fontenay-le-Vicomte dans la villa d'un truand, Georges Boucheseiche. Dès lors, on perd sa trace. Son corps ne sera jamais retrouvé et l'affaire Ben Barka n'est toujours pas véritablement élucidée, malgré plusieurs instructions judiciaires en France et au Maroc.

Le principal opposant au roi Hassan II, leader du camp tiers-mondiste D'une famille de petits fonctionnaires, Mehdi Ben Barka a fait des études de mathématique à Rabat et devient professeur de lycée. Proche du Palais, il enseigne aussi au Collège royal. Il a le futur roi Hassan II parmi ses élèves. Il fut un élève de Romain Baron qui fut un écrivain local du département de la Nièvre et professeur de lettres français exilé au Maroc entre 1925 et 1940, et avec qui il a eu une petite correspondance épistolaire. Parallèlement, il s’engage en politique contre le « protectorat » français sur le Maroc. Dès 1943, il participe à la création du Parti de l’Istiqlal ; un parti qui joue un grand rôle dans l'indépendance du Maroc. En 1955, il participe aux négociations qui aboutiront au retour du roi Mohammed V que les autorités françaises avaient exilé à Madagascar et, en 1956, à la fin du protectorat. De 1956 à 1959, Mehdi Ben Barka est président de l'Assemblée consultative du Maroc (ANC). Représentant de l’aile gauche d’un parti qu’il juge trop conservateur, il provoque une scission et fonde en 1959 l'Union nationale des forces populaires du Maroc (gauche), qui se place dans l’opposition au régime du roi Hassan II. Il devient professeur de mathématiques. Il fonde, en septembre 1959 l'Union nationale des forces populaires (UNFP), principal parti de gauche opposé au régime royal. Il préside l'Assemblée consultative mise en place après l'indépendance. Le 16 novembre 1962, il échappe déjà à un attentat fomenté par les services du général Oufkir et du colonel Dlimi. Le 22 novembre 1963, il est condamné à mort par contumace pour complot et tentative d'assassinat contre le roi. L'exil de Mehdi Ben Barka s'exile alors, devenant un « commis-voyageur de la révolution », selon l'expression de l'historien Jean Lacouture. Il part d'abord pour Alger, où il rencontre Che Guevara, Amílcar Cabral et Malcolm X. Il s'en va ensuite pour Le Caire, Rome, Genève et La Havane, tentant de fédérer les mouvements révolutionnaires du tiers-monde en vue de la Conférence Tricontinentale devant se tenir en janvier 1966 à La Havane et où, affirmait-il dans une conférence de presse, « les deux courants de la révolution mondiale y seront représentés : le courant surgi avec la révolution d’Octobre et celui de la révolution nationale libératrice ». Présidant la commission préparatoire, il y définit les objectifs, parmi lesquels l’aide aux mouvements de libération, le soutien à Cuba soumis à l’embargo américain, la liquidation des bases militaires étrangères et l'abolition de l’apartheid en Afrique du Sud Pour l’historien René Galissot, « c’est dans cet élan révolutionnaire de la Tricontinentale que se trouve la cause profonde de l’enlèvement et de l’assassinat de Ben Barka ». L'enlèvement devant la brasserie Lipp, à Paris le 29 octobre 1965 Chargé d'organiser la participation des mouvements révolutionnaires du tiers-monde à la Conférence tricontinentale qui devait se réunir à La Havane en 1966, il est intercepté peu après son arrivée à Paris devant le 151 boulevard Saint-Germain, le 29 octobre 1965, par deux policiers français l'inspecteur principal Louis Souchon (chef du groupe des stupéfiants à la Brigade mondaine) et son adjoint Roger Voitot ( défendus plus tard par Maître Floriot), qui le font monter dans une voiture où se tient également un membre de la pègre parisienne, Julien Le Ny. On ne le reverra jamais. Cette « interpellation » est commanditée par Antoine Lopez, chef d'escale d'Air France à l'aéroport d'Orly et Honorable correspondant du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE). Elle implique également à des degrés divers trois autres

personnages obscurs : Georges Boucheseiche (ancien membre de la Gestapo française sous l'Occupation, qui rallia
personnages obscurs : Georges Boucheseiche (ancien membre de la Gestapo française sous
l'Occupation, qui rallia le gang des Tractions Avant à la Libération, il fut également, dans les
années 1960, un barbouze anti-OAS, puis un actif militant du Service d'action civique),
proche de Jo Attia, et Jean Palisse et Pierrot Dubail, ses hommes de mains.
Lors du procès Ben Barka, Lopez fut fortement soupçonné d'avoir agi sur instructions du
général Oufkir, et le 7 juin 1967, le verdict fut ainsi prononcé : les deux policiers furent
condamnés à 8 ans et 6 ans de réclusion criminelle, Antoine Lopez à 8 ans.
Le général Oufkir et les quatre membres de la pègre parisienne quant à eux réfugiés au Maroc,
furent condamnés à la perpétuité par contumace, mais le roi Hassan II refusa toujours
d'appliquer les condamnations ou d'extrader les condamnés. Le général Oufkir se suicidera (?)
cependant quelques années plus tard après un coup d'État manqué contre le roi du Maroc
(Gilles Perrault, Notre ami le roi).
Lors de sa conférence de presse du 21 février 1966, le général de Gaulle déclare : « Du côté
français que s'est-il passé ? Rien que de vulgaire et de subalterne. Rien, absolument rien,
n'indique que le contre-espionnage et la police, en tant que tels et dans leur ensemble, aient
connu l'opération, a fortiori qu'ils l'aient couverte. » Cette fameuse affirmation sera contredite
par les découvertes ultérieures : le SDECE (ancêtre de la DGSE) était bien au courant de
l'enlèvement projeté. Dès l'enlèvement du leader tiers-mondiste, cette affirmation nette de De
Gaulle est mise en doute : si le corps de Ben Barka a quitté la France, peut-on vraiment
transférer un cadavre (ou un homme inconscient) par avion de Paris à Rabat, sans se faire
arrêter par la police aux frontières ? En 2006, l'ex-commissaire Lucien Aimé-Blanc publie des
écoutes téléphoniques de l'époque montrant que les services français surveillaient déjà tous les
hommes ayant pris part à l'enlèvement .
L'instruction française sur les responsabilités marocaines : Suite à l'enlèvement et la
disparition de Mehdi Ben Barka, une enquête judiciaire est déclenchée en France. Quarante
ans après, celle-ci reste toujours « pendante ». Après la tentative infructueuse du général
Oufkir de coup d'État contre Hassan II, Rabat a toujours attribué à Oufkir la responsabilité
ultime de l'enlèvement et du meurtre de Mehdi Ben Barka. À ce jour, la famille du leader
assassiné continue à tenir pour véritable responsable le roi lui-même, ce que seule la
continuation de l'enquête française pourrait prouver - ou, au contraire, réfuter
Fin 2005, pour la troisième fois, le juge d'instruction français Patrick Ramaël se rend au
Maroc afin d'enquêter sur place, mais se trouve rapidement confronté à l'absence de
coopération de la part des autorités marocaines, et cela malgré la fin du règne de Hassan II,
remplacé par son fils Mohammed VI.
Début décembre 2006, le journal Maroc Hebdo révèle que Hosni Benslimane, patron de la
gendarmerie royale marocaine, sans répondre à la convocation du juge français Ramaël,
compte répondre au juge marocain Jamal Serhane.
Rabat n'avait pas répondu à la seconde commission rogatoire délivrée en septembre 2006 pour
entendre notamment et au Maroc le général Benslimane, capitaine à l'époque des faits, ou
Miloud Tounsi, alias Chtouki, un agent retraité des services marocains soupçonné d'être l'un
des membres du commando ayant participé à l'enlèvement de l'opposant.
En mai 2006, le magistrat français Patrick Ramaël a entendu Driss Basri, l'ex-ministre de
l'Intérieur et ancien homme fort du régime d'Hassan II, et perquisitionné à son domicile
parisien.
Il souhaite également effectuer des fouilles au PF3, ou bagne de Tazmamart, ancien centre de
détention secret à Rabat où pourrait se trouver la tête de Mehdi Ben Barka. Faute de réponse à
cette commission rogatoire internationale (CRI), Patrick Ramaël a convoqué, le 21 novembre
2006 à Paris, le général Benslimane, Tounsi et trois autres personnes. En vain.
Sa détermination préoccupe néanmoins Rabat, qui en a fait part à Nicolas Sarkozy lors de ses
deux visites dans le royaume. D'autant que le juge français pourrait lancer un mandat d'arrêt

international pour interroger ces « témoins ». Dans ce contexte, l'annonce d'une audition, à une date non précisée, du général Benslimane, un fidèle parmi les fidèles de la monarchie alaouite, par le juge Serhane semble surtout destinée à montrer que la justice marocaine ne reste pas les bras croisés. Le 23 octobre 2007, le juge Patrick Ramaël a signé cinq mandats d'arrêt internationaux visant des Marocains: le général Hosni Benslimane, chef de la gendarmerie royale marocaine; Abdelhak Kadiri, ancien patron de la Direction générale des études et de la documentation (DGED, renseignements militaires); Miloud Tounsi, alias Larbi Chtouki, l'un des membres présumés du commando marocain qui a enlevé l'opposant marocain; Boubker Hassouni, infirmier et agent du Cab 1, une des unités des services marocains ultra secrète; et Abdelhak Achaachi, également agent du Cab 1. Son compagnon Mohamed Lahrizi ; Cet illustre inconnu, faisant pourtant partie de la garde

rapprochée de Mehdi Ben Barka, a connu un sort encore plus tragique. L'homme a non seulement été sauvagement assassiné mais de plus, sa femme, une ressortissante suisse et sa petite fille de 8 ans ont été kidnappées et portées disparues depuis les années 60. Depuis, ce dossier ne figure pas dans les instructions des juges français. De nombreuses "révélations" : Ces révélations sont à prendre avec beaucoup de circonspection car, comme souvent dans ce genre d'affaires, peu de révélations apparaissent

sincères. La plupart n'ont pour but que de brouiller les pistes

l'Est chargeant l'Ouest, le Nord

(ici la France) chargeant le Sud (ici le Maroc) à charge de revanche. De plus l'habituelle Guerre des Services, la Guerre des Services secrets ne font que "brouiller les cartes". Les révélations d'Ahmed Boukhari : Selon les révélations de juin-juillet 2001 de l'ancien agent marocain Ahmed Boukhari, Mehdi Ben Barka aurait été exfiltré vers le Maroc, torturé, puis son corps dissout dans une cuve d'acide. Toutefois, il n'a pas été encore entendu par la Justice sur ce dossier. Le dossier reste mystérieux et le gouvernement français détient certainement des pièces intéressantes sur le sujet. Selon Ahmed Boukhari, le corps de Ben Barka arrive en effet à l'aéroport international de Rabat dans la nuit du 31 octobre. Il est alors emmené dans un centre de torture, Dar El-Mokri, où, sur les indications d’un certain colonel Martin, chef de l’antenne de la CIA au Maroc et qui avait accès directement au roi Hassan II, le corps du défunt leader marocain aurait été dissous dans une cuve remplie d’acide. Il est fait état d'un film existant de l'opération, dont une copie aurait été remise par le commandant Dlimi au roi Hassan II. Le colonel Martin aurait appris cet usage très particulier de l'acide pour faire disparaître les

corps dans son précédent poste sous le régime du Shah d'Iran, après le renversement en 1953 de Mohammad Mossadegh. Les révélations des Frères Bourequat : Les frères Bourequat ont déclaré que des truands français ayant participé à l’enlèvement de Mehdi Ben Barka s’étaient réfugiés au Maroc. D'abord tenanciers d'établissement de nuit, ils ont ensuite été enfermés au bagne de Tazmamart, puis exécutés et enterrés en secret. Des fouilles demandées par le juge Patrick Ramaël ont été refusées par le gouvernement marocain. Selon les archives du SDECE et de la CIA : En 1976, le gouvernement des États-Unis a reconnu suite à des requêtes formulées dans le cadre du Freedom of Information Act que la CIA était en possession de 1 800 documents sur Ben Barka, mais ils restent non publics. En 1982, suite à la victoire de la gauche, les archives françaises du SDECE (ancêtre de la DGSE) sont ouvertes, mais une grande partie a disparu. Le secret-défense est levé sur certains documents, mais la famille de Mehdi Ben Barka considère que ces documents déclassifiés n'apportent rien de véritablement nouveau, en particulier en ce qui concerne les complicités des services français. En 2001, d'autres sont déclassifiés. La ministre de la défense Michèle

Alliot-Marie a accepté de déclassifier les 73 restants sur cette affaire qui reste trouble, sans susciter d'euphorie chez la famille Ben Barka. Les révélations de Lucien Aimé-Blanc De 1956 à 1959, Mehdi Ben Barka est président de l'Assemblée consultative. L'ex-commissaire Lucien Aimé-Blanc fut numéro deux de la « Mondaine », de la brigade antigang, de l'office des stups, puis chef de l'office central de répression du banditisme de 1977 à 1980. En avril 2006, il publie L'Indic et le Commissaire et révèle que la totalité des agents impliqués dans l'enlèvement de Mehdi Ben Barka était écouté par le SDECE. De fait, Aimé-Blanc publie dans son livre ces écoutes téléphoniques :

« Adjoint de la brigade antigang en 1966, j'ai trouvé dans le coffre du patron une liasse de transcriptions d'une écoute téléphonique répertoriée « Orion 113 » et posée par un service de la Sûreté nationale sur la ligne d'un hôtel de rendez-vous de l'avenue Niel à Paris (XVIIe). À

la lecture de ces 40 feuillets, j'ai été stupéfait de constater que c'était le point de ralliement de toute la bande identifiée comme étant les ravisseurs de Ben Barka. Ils apparaissent tous sur ces écoutes, le chef d'escale d'Air France à Orly et indic du Sdece (ancienne DGSE, les

services secrets, ndlr), Antoine Lopez, comme les truands Boucheseiche, Figon, Palisse

Il

transparaît en filigrane de ces conversations, enregistrées tout le mois précédant la disparition de Ben Barka, que ces individus liés à un général Marocain projettent l'enlèvement d'un homme qui doit arriver à Orly. Il est donc clair que la brigade centrale de recherche criminelle, qui surveillait cet hôtel de passes sans avoir de compétence sur Paris, était au courant de ce projet. À l'époque, ces écoutes remontaient également au ministère de l'Intérieur et au conseiller de Matignon. J'en déduis que le service de la Sûreté nationale qui a branché cet hôtel savait ce qui se tramait, et s'il n'est pas intervenu pour déjouer cet enlèvement, c'est

soit par négligence coupable, soit sur ordre.[6] » Les écoutes en question, indique Lucien Aimé-Blanc, n'ont pas été communiquées au juge Zollinger, chargé de l'enquête sur la disparition de Ben Barka. L'Express écrit ainsi que « ces écoutes prouvent, en tout cas, que le ministre de l'Intérieur - au moins - savait qu'une mauvaise action se préparait contre Ben Barka. En outre, les doubles de ces écoutes étaient automatiquement transmis au cabinet du Premier ministre de l'époque, Georges Pompidou.» Un agent du Bloc de l'Est ? D'après les révélations du magazine l'Express du 17 juillet 2007, Mehdi Ben Barka aurait renseigné les services secrets tchécoslovaques. Son nom de code, attribué par Zdenek Micke aurait été Cheikh. Selon L'Humanité : Selon des informations disponibles en 2006, il aurait été traqué lors de ses déplacements internationaux par le Mossad israélien et la CIA, qui communiquait ces informations à Rabat .

ABRAHAM SERFATY : " CETTE DISPARITION OUVRE LA VOIE À UN CHANGEMENT RADICAL " Abraham Serfaty, opposant à Hassan II a passé dix-sept ans à la prison de Kénitra au Maroc. Expulsé de son pays en 1991, il n’a pas été autorisé à y retourner. Quel a été votre sentiment à l’annonce de la mort de Hassan II ? Le sentiment qu’une page se tourne. Il faut voir maintenant ce que va faire son successeur. Ces dernières années, il y a eu une apparente ouverture politique au Maroc. En réalité, ce n’en était pas vraiment une. Bien sûr, il y a eu la nomination au poste de premier ministre d’Abderrahmane Youssoufi, un socialiste mais tout l’appareil féodal " makhzénien ", incarné par le ministre de l’Intérieur Driss Basri est resté en place. Il était le regard du palais au sein du gouvernement et donc le véritable pouvoir au Maroc. Driss conservait la haute main sur toute l’administration. Jusqu’ici Youssoufi n’a jamais eu les coudées franches pour mener à bien l’établissement de la démocratie et d’un État de droit. Il a vu son autorité contestée par

son propre ministre. La disparition d’Hassan II ouvre la voie vers un changement radical que
son propre ministre. La disparition d’Hassan II ouvre la voie vers un changement radical que
les Marocains attendent et qui balaiera l’appareil mafieux et corrompu construit autour du
ministère de l’Intérieur.
Comment un tel changement peut-il se faire ?
Beaucoup de décisions dépendent du nouveau roi mais pas toutes. Il devra se délivrer de
l’étau de cet appareil féodal qui pille le pays et s’appuyer sur le noyau démocratique au
pouvoir au sein du gouvernement. C’est aussi autour de Youssoufi que doivent, à mon avis, se
regrouper les forces progressistes marocaines qui se sont développées ces dernières années à
l’occasion de l’alternance. La conjonction de ces trois forces est un atout pour impulser un
nécessaire changement qualitatif et lever les entraves que maintenait Hassan II. Mais ce ne
sera pas facile.
Quels sont les moyens à la disposition des forces de changement ? Suffit-il de renvoyer
Basri ?
Il faut notamment renvoyer Basri. Pour s’en débarrasser, il suffit d’appliquer totalement la
Constitution. Elle stipule que le gouvernement est constitué sur proposition du premier
ministre, lui-même désigné par le roi. Le souverain confirme ensuite le choix du chef du
gouvernement. Dans le cas de figure actuelle, les ministres détenant des postes clés avaient
été imposés par Hassan II à Youssoufi. Si Mohammed VI confirme Youssoufi à ses fonctions,
on peut s’attendre à ce que ce dernier ait la liberté de former son équipe gouvernementale
comme il l’entend. Ce sera un grand pas.
L’an passé vous avez publié un livre Le Maroc, du noir au gris (1), c’était aussi reconnaître
qu’une évolution politique était sensible au Maroc. Dans quelle mesure cette évolution peut-
elle faciliter ce changement qualitatif que vous réclamez aujourd’hui ?
J’explique dans ce livre que si le roi a évolué c’est sous la pression de la société marocaine et
de l’opinion publique internationale. Mais je le répète, il a essayé de protéger l’essentiel de
son pouvoir. Aujourd’hui, il faut opérer un changement qualitatif en passant à l’offensive -
non pas contre le roi mais contre l’appareil féodal qui bloque toute évolution du régime - dans
le cadre d’une rénovation de la monarchie pour qu’elle soit moderne et démocratique. Je crois
que Mohamed VI peut être en mesure de faire ce que Juan Carlos a réussi en Espagne.
Pensez-vous que vous pourrez retourner rapidement au Maroc ? Retour qui a été refusé
jusqu’à présent.
Je crois que la décision pourra être prise très rapidement après la période de deuil de quarante
jours
Allez-vous reprendre le combat politique ?
Je ne l’ai jamais cessé mais j’aurai l’avantage d’être sur le terrain. Je peux aider par ma
présence là-bas à rallier les courants démocratiques les plus radicaux à l’action du premier
ministre. Je défends la nécessité d’agir dans l’unité des forces démocratiques et sous la
direction de Youssoufi.
Vous avez parlé des forces démocratiques mais qu’en est-il de la société civile ?
La société civile est certainement l’élément le plus important dans les changements à venir.
Elle s’est considérablement développée ces dernières années. J’en veux pour preuve la bataille
menée en faveur de l’émancipation de la femme marocaine. Les partis politiques, les
associations diverses se sont unis pour réclamer au gouvernement l’élaboration d’un nouveau
statut de la femme marocaine. Cela a soulevé un tollé de la part des ulémas, mais les
défenseurs du projet ont eu gain de cause. C’est en ce sens que je dis que les conditions
existent pour sortir de l’archaïsme politique.
Êtes-vous étonné par l’émotion manifestée par les Marocains après le décès du roi ?
Est-ce que les survivants du bagne de Tazmamart pleurent aujourd’hui ? Je ne crois pas. Je
n’irai pas jusqu’à dire qu’il faut se réjouir de la disparition d’Hassan II. Il faut respecter la

mort et je ne veux pas aujourd’hui porter de jugement. C’est l’histoire qui fera le bilan du règne de Hassan II. Reste-t-il des prisonniers politiques et des centres de détentions clandestins au Maroc ? Je ne crois pas. Je pense que les dernières mesures prises en avril dernier ont permis de vider les prisons politiques. Le problème des disparus reste en revanche d’actualité. Tout n’a pas été dit sur ces disparitions et l’on attend encore bon nombre de révélations. Le Conseil consultatif des droits de l’homme mis en place par Hassan II a reconnu 112 cas de disparition entre 1960 et 1980. Ce qui est bien en-dessous de la vérité. Les disparus se comptent par centaines. D’autre part, le roi a voulu blanchir les tortionnaires en affirmant qu’ils torturaient au nom de la défense de la sécurité de l’État. Les familles des disparus réclament la formation d’une véritable commission d’enquête et exigent que les tortionnaires soient jugés. À la réponse qui sera apportée à ces demandes, on pourra prendre la mesure de la volonté de véritables changements du régime.

HASSAN II :

Hassan II a su séduire les grandes puissances par son jeu diplomatique. L’" ami " des grands de ce monde régnait par la terreur sur son peuple. Il s’est constitué l’une des plus grandes fortunes du monde. On raconte que lors de la répression du soulèvement de la population de Casablanca contre l’ordre colonial français, début décembre 1952, le prince Moulay Hassan, alors âgé de vingt- trois ans, traversa la ville mise à feu et à sang par les policiers et les colons français, avec une bande de fêtards à bord de voitures de luxe où l’on sablait le champagne. Son père, le sultan Mohammed ben Youssef, pendant ce temps, refusait d’abandonner ses dernières prérogatives au proconsul français, le résident général Guillaume. Officiellement, le Maroc n’était pas une colonie, mais un protectorat français. Après une adolescence passée à Rabat puis à Bordeaux (France), où il obtint en 1951 un diplôme d’études supérieures en droit public (de complaisance, dit-on), il suit son père - déposé par les autorités coloniales - en exil forcé en Corse puis à Madagascar. Cet éloignement, qui durera près de trois ans, fit de la future famille royale marocaine un symbole quasi-divin de la résistance et, dans le même temps, de la sacralité retrouvée de la dynastie alaouite descendante en ligne directe, selon la tradition, de la fille du prophète Mahomet et du khalife Ali. Le 15 août 1957, Mohammed ben Youssef devient roi du Maroc indépendant depuis quelques mois, sous le nom de Mohammed V. Alors que le mouvement nationaliste, dont l’Istiqlal, rêvait d’une monarchie constitutionnelle, Mohammed V, nimbé de l’auréole populaire, refuse toute concession de pouvoir et s’installe comme monarque absolu. Le prince héritier Moulay Hassan, est nommé à la tête des Forces armées royales (FAR). C’est à l’école de son père que le futur Hassan II se forma à la pratique du pouvoir. Mohammed V, craignant la trop grande puissance de l’Istiqlal - parti urbain - encourage la création du Mouvement populaire dirigé par Mahjoubi Aherdane. En octobre 1958, l’assassinat par des miliciens de l’Istiqlal d’un ancien résistant très populaire, provoque le soulèvement paysan du Rif, avec à sa tête Aherdane. Le piège se referme : un gouvernement istiqlal désigné par le roi est chargé d’assumer la répression du mouvement lancé par Aherdane. Celle-ci sera sanglante, dirigée par Moulay Hassan et par le commandant Oufkir son " ami ". Les deux hommes, raconte Gilles Perrault, dans Notre ami le roi (1), ont " en commun le courage " et " posent sur la vie le regard froid du vrai cynique. Ils aiment l’alcool et les filles, dont ils font grande consommation. ". Oufkir, l’aîné de onze ans, a derrière lui une déjà longue histoire. À la tête des " Maures ", il avait aidé Franco à conquérir le pouvoir. Enrôlé quelques années plus tard dans les Forces françaises libres, il participa en 1944 à la

bataille de Cassino en Italie et s’illustra par la suite en Indochine où il faisait
bataille de Cassino en Italie et s’illustra par la suite en Indochine où il faisait partie du corps
expéditionnaire français.
Devenu à son tour roi le 3 mars 1961 à la mort de son père, Hassan II fit d’Oufkir son homme
lige, son tortionnaire en chef dont la cruauté présida à la mort de milliers de victimes. Pour
conserver l’absolu pouvoir, le roi utilisa systématiquement la technique des faux complots, de
la terreur suivie d’une apparente mansuétude, n’acceptant que la soumission du plus faible.
Une méthode qui le conduisit parfois au bord de la catastrophe mais qui lui réussit. Ainsi
Oufkir se retourna contre lui au lendemain de la tentative de coup d’État, organisé par le chef
des cadets de l’armée, qui s’était soldé par un bain de sang au palais royal de Skhirat le 10
juillet 1971. Le général en chef, rêvant sans doute de devenir le dictateur militaire à la place
du roi, avait fomenté un complot contre Hassan II. Le 16 août 1972, ce dernier échappa à la
mort dans son avion attaqué par cinq F-5 de l’armée de l’air. Oufkir sera assassiné le
lendemain dans le palais royal avec l’aide de son adjoint, Dlimi. Sa femme et ses enfants
furent jetés dans des oubliettes du sud-marocain d’où les enfants seuls s’évaderont seize ans
plus tard.
Craignant une armée a priori dangereuse, Hassan a une idée de génie. Le 6 novembre 1975, il
lance la " Marche verte ". Plus de 350 000 Marocains avec pour seules armes le Coran et le
portrait du roi, pénètre au Sahara occidental, l’ancienne colonie espagnole où le front
Polisario revendique l’indépendance. L’aviation et les chars suivirent discrètement pour
chasser les quelque cent mille Sahraouis qui se réfugièrent en Algérie après une effroyable
marche dans le désert qui coûta la vie à des milliers de personnes. Là encore se révèle le génie
politique du despote : faisant d’une pierre deux coups, il enterre l’armée marocaine au Sahara
et enferme l’opposition dans l’union sacrée de la reconquête du Sahara occidental.
Hassan II a su gérer, rendre son régime acceptable aux puissants. Jouant à fond la carte de la
position stratégique de son pays " le battant sud de la porte de la Méditerranée ", comme il
disait, le roi a bénéficié d’une indulgence que nombre de dictateurs lui ont enviée. Coupable
de nombreux crimes contre l’humanité, il sut ainsi rester l’ami des plus forts. Il fut ainsi un
intermédiaire précieux dans le conflit du Proche-Orient. En septembre 1982, lors du sommet
de Fès, il obtient l’unanimité des chefs d’État arabes pour l’adoption d’un plan de paix
reconnaissant implicitement l’existence de l’État d’Israël et affirmant le droit du peuple
palestinien à l’autodétermination. En juillet 1986, il rencontre à Ifrane le premier ministre
israélien Shimon Peres, afin de relancer le processus de paix au Proche-Orient.
Hassan II considérait le Maroc et ses " sujets " comme sa propriété. Les fastes du régime, ses
frasques et ses orgies sont célèbres. Une vingtaine de palais au Maroc comme à l’étranger
sont le patrimoine de l’un des hommes les plus riches de la terre. La famille royale a des
dizaines de comptes en banque, et est l’un des grands propriétaires immobiliers de New York.
Le palais royal possède les terres le plus riches du pays, récupérées des anciens colons.
Hassan II a aussi organisé un véritable racket de la population en organisant une "
contribution volontaire " pour la construction de la " plus grande mosquée du monde " à
Casablanca. Si au cours des dernières années, Hassan II fit preuve de " libéralisation " en
fermant les bagnes et en appelant un dirigeant respecté de l’Union socialiste des forces
populaires, Abderrahmane Youssoufi, au poste du premier ministre, le pouvoir réel demeure
entre les mains dociles du ministre de l’Intérieur successeur de Dlimi, Driss Basri.
Opinions
JACQUES CHIRAC : Dès l’annonce du décès du souverain, le chef de l’État a exprimé son "
immense peine. Je voudrais dire aux Français qu’ils ont perdu ce soir un homme qui aimait

notre pays et qui les aimait. Il nous reste maintenant à assumer son départ et à respecter la nouvelle vision du Maroc de demain incarnée par sa majesté Mohammed VI ". LIONEL JOSPIN : Pour le premier ministre, " sa vie a été à certains égards tumultueuse dans la mesure où sortir de la colonisation, affronter le monde moderne, être confronté à des enjeux de pouvoir a été un parcours difficile. Le roi Hassan a fait le choix avec sagacité de la démocratie et de l’alternance. Une transition sereine s’amorce. Je pense naturellement à la peine des Marocains, et à celle de ceux qui vivent dans notre pays et qui sont nombreux ". ROBERT HUE : " C’est une des figures du monde contemporain les plus fortes mais aussi les plus contestées qui disparaît ", a déclaré le secrétaire national du Parti communiste. " Les communistes français mesurent le chemin parcouru par le Maroc ces dernières années. Nous avons été aux côtés des démocrates marocains victimes de l’autoritarisme, de l’arbitraire et de violations graves des droits de la personne. Il faut souhaiter que les attentes de changement exprimées par le peuple marocain puissent se concrétiser vraiment dans tous les domaines. " EHUD BARAK : Le premier ministre israélien a salué samedi un " grand dirigeant pour son peuple. C’était un homme qui voyait loin, un ami des gouvernements d’Israël dans leur voyage vers la paix avec le peuple arabe ". YASSER ARAFAT : Le président palestinien a estimé " qu’il avait perdu un véritable ami, un homme courageux, qui a travaillé depuis le début pour la paix entre les Arabes et Israël ". ABDELAZIZ BOUTEFLIKA : Le président algérien a souligné son affliction. " Le roi Hassan, mon frère d’armes et mon ami d’honneur, était et restera dans mon cour et dans le cour de tous les Algériens ". BILL CLINTON : " Il a offert ses conseils avisés à tous les présidents américains depuis John F. Kennedy ", a tenu à rappeler le président des États-Unis. " Il a ouvré à la suppression des barrières entre les peuples du Proche-Orient, ouvrant courageusement le dialogue avec Israël, aidant à organiser le voyage historique du président égyptien Sadate à Jérusalem, recherchant une plus grande tolérance et une plus grande stabilité dans la région. " Jean-Paul II :

"Les personnes âgées rappellent à tous et particulièrement aux jeunes, que la vie sur terre est une parabole avec un début et une fin", a-t-il déclaré en dénonçant leur "marginalisation" du fait qu’elles sont considérées comme "non productives" : "D’un côté elles sont de moins en moins intégrées dans le tissu social et de l’autre, leur rôle est toujours plus important, surtout pour l’aide et l’éducation de leurs petits-enfants."

Ce que dit la presse sur la corruption au Maroc

La corruption au Maroc

Le Maroc a subi un revers dans sa lutte contre la corruption, selon les chiffres récemment publiés par Transparency International. L'Indice de Perception de la Corruption classe en effet que le Maroc 80ème sur 180 pays étudiés, soit une chute de huit places par rapport à 2007. Ce score provient de six enquêtes menées sur le terrain, conduites par des agences internationales indépendantes.

Rachid Filali Meknassi, le secrétaire général de Transparency Maroc, a déclaré lors d'un point de presse mardi 23 septembre que la corruption était devenue systémique. "La chute qu’a enregistrée le Maroc est due à la non application effective des réformes annoncées par le gouvernement pour lutter contre ce phénomène", a-t-il déclaré.

Transparency a fait part de sa déception relative au décret de mise en place de l’instance centrale de prévention de la corruption, créant un organisme dépourvu à la fois de l’autonomie institutionnelle et de tout pouvoir d’investigation et de poursuite judiciaire.

La justice et l’administration figurent parmi les secteurs les plus touchés. L'association appelle les pouvoirs publics à fournir "plus d'efforts pour combattre la corruption dans le pays".

Transparency estime que parmi les mesures qui doivent être prises pour lutter contre la corruption doit se trouver une composante juridique. Il faut prévoir d’incorporer dans le système juridique des mesures appropriées pour assurer la protection contre tout traitement injustifié des personnes qui signalent aux autorités compétentes, de bonne foi et sur la base de soupçons raisonnables, tout fait concernant une infraction, selon les termes de la convention des Nations Unies contre la corruption.

Selon le gouvernement marocain, ce classement ne se fonde pas sur une analyse objective de la corruption, mais sur une simple étude de perceptions de celle-ci. Le gouvernement souhaite ardemment éradiquer ce phénomène, citant la création d'une instance centrale de lutte contre la corruption, ainsi que les mesures légales déjà en place, telles que l'adoption de lois relatives au blanchiment d'argent, la gestion déléguée ou la déclaration du patrimoine.

Néanmoins, il faudra des résultats concrets pour pouvoir atteindre les objectifs escomptés. Un plan d’action gouvernementale est en discussion depuis 2006, censé améliorer le classement du Maroc à l’indice de perception. Il s’assigne pour objectif de simplifier les procédures administratives, d’enraciner les valeurs et les normes d’éthique et de moralisation, de renforcer la transparence dans la gestion des marchés publics, d'améliorer le système de suivi, de contrôle et d’audit, d'éduquer, de sensibiliser et de communiquer.

Ce que dit la presse sur le proxénitisme au Maroc

La saga de Madame Claude Dans les annales des femmes « puissances » qui ont fait tomber des têtes, celle de Mme Claude fait partie des histoires qui ont défrayé la chronique mondiale. L'histoire vraie de Madame Claude et de son réseau de jeunes filles a inspiré auteurs et des cinéastes. De son vrai nom Fernande Grudet, cette Française était, dans les années 1960-1970, patronne d'un réseau de call-girls qui dévoilent leurs talents pour de hauts dignitaires et fonctionnaires du gouvernement. Élevée chez les sœurs d’Angers dans le Maine-et-Loire, Mme Claude a mené une vie où la chasteté est un mot qui n’existe pas. C’est à Paris qu’elle a créé le premier noyau de son réseau de prostitution de luxe. De grosses pointures, du monde politique et des affaires, ont sollicité ses services taillés sur mesure. La liste de clientèle comprendrait le président américain John F. Kennedy, le neveu du roi Farouk, des célébrités du grand banditisme et même des membres de l'administration policière assurant sa propre protection. En 1976, Mme Claude quitte la capitale française pour s’établir aux Etats-Unis, fuyant ainsi

des accusations judiciaires sur son réseau. Dans les années 1980, elle revient pour en créer un autre, encore plus développé, avant de finir dans les geôles de Fleury-Mérogis, en 1992, pour proxénétisme. La chute de l’empire de Madame Claude a entraîné avec elle des personnalités dans divers domaines. En tombant, la proxénète avait ouvert la boîte de Pandore.

Une autre affaire rappelle curieusement l'histoire de "Madame Claude", célèbre maquerelle qui fournissait de très jolies filles aux personnalités du monde politique et des affaires pour satisfaire leurs fantasmes sexuels dans la plus grande discrétion. Le nom de "Madame Claude", qui a fait l'objet de films et de romans infinis, est resté lié à l'univers glauque du proxénétisme, du trafic de drogue, des passe-droits et des liaisons douteuses avec de hauts responsables. cette grosse affaire de drogue et de proxénétisme a éclaté ces derniers jours à Rabat. Un scandale qui commence à faire tomber de hauts cadres de la DGSN.

On se retrouve avec le même schéma ou presque dans l'affaire qui secoue Rabat depuis quelques jours. Au centre de cette affaire, une dame qui n'est autre que la fille d'un ancien ministre. Elle est accusée d’être à la tête du réseau démantelé. Maria de son nom, s'est déjà illustrée en 2003 par un forfait qui a failli coûter la vie à un agent de la circulation. En effet, cet agent, une femme policier, voulait l'arrêter pour avoir commis une contravention mais a failli passer sous la roue de la "dame de fer" qui, comme si cela n'avait pas suffi, était descendue de sa voiture pour infliger à l'agent une véritable "correction" (une gifle !). Quatre ans plus tard, le nom de cette même dame est cité dans une affaire qui commence à faire tomber de hauts responsables de la police à Rabat. Soupçonnée de diriger un réseau de "prostitution qualifiée" dans la capitale, d'écouler de la cocaïne au profit de ses "clients", marocains et non marocains, dont de grandes personnalités de la politique et du milieu des affaires, Maria Benjelloun aurait bénéficié de la "protection" de hauts gradés des services de la sécurité, dont notamment le préfet de police de Rabat, Mustapha Moufid, et du directeur des ressources humaines Abdelaziz Samel. Des accusations qui font l’objet d’une enquête judiciaire. Une enquête qui a pour but de déterminer la nature des relations que des cadres de la police entretenaient avec la principale accusée. C’est ce qui a poussé la DGSN à prendre la décision de suspendre le préfet de la capitale de ses fonctions jusqu’à la fin de l’enquête judiciaire. Une mesure normale dans ce genre d’affaires. Des instructions ont été données par le directeur général de la Sûreté nationale de la DGSN, Charki Draïss, pour procéder à une enquête administrative interne afin de recenser tous les cas des éléments de la police nationale que la "dame de fer" aurait fait transférer pour pouvoir se livrer à ses présumées activités délictuelles en toute liberté et impunité. Une bonne quantité de cocaïne aurait d'ailleurs été saisie au domicile de celle qui a été à l’origine de l’éclatement du scandale, une certaine Loubna « Chinouiya ». Maria Benjelloun, qui se trouve actuellement à la prison civile de Salé, a été arrêtée au lendemain de "révélations" faites aux services de sécurité par « Chinouiya » qui est accusée d’être la gérante de tout le circuit de proxénétisme à Rabat. Elle aurait eu la charge d'amener les "clients" étrangers dans une villa située dans le quartier "Ryad" à Rabat, dont de grandes personnalités des affaires en provenance des pays du Golfe. Elle aurait également été derrière un réseau de prostitution qui opérait aux Emirats arabes unis. À ce propos, une enquête serait en cours pour faire la lumière sur la dimension internationale du réseau démantelé. Mardi dernier, les services de sécurité ont procédé à l'arrestation d'un deuxième complice de la dame en question, tandis qu'une confrontation entre l'accusée principale et deux autres filles arrêtées dans la villa de Hay Ryad, en possession de photographies de personnalités prises dans des positions jugées compromettantes. En ce qui concerne le préfet de police, il aurait jusqu'ici été entendu à quatre reprises au sujet des "mutations forcées" infligées à des policiers

dont le "délit" aurait été de vouloir simplement accomplir leur devoir professionnel. Dans ce sens,
dont le "délit" aurait été de vouloir simplement accomplir leur devoir professionnel.
Dans ce sens, des sources policières relèvent que le mouvement des "mutations disciplinaires"
avait augmenté de manière notoire durant les derniers mois de mars à juillet. L'enquête en
cours risque de faire tomber d'autres "têtes" qui auraient trempé dans l'affaire dite de "la dame
de fer", à qui certains milieux voudraient prêter des "problèmes psychiques" pour la tirer
d'affaires, évoquant, à l'appui de cette thèse, ses voyages répétitifs aux Etats-Unis pour "se
faire soigner".