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Apulée (0125-0180?). [Métamorphoses (français). 1788]Les métamorphoses, ou L'âne d'or ; Le démon de Socrate.
Apulée (0125-0180?). [Métamorphoses (français). 1788]Les métamorphoses, ou L'âne d'or ; Le démon de Socrate.

Apulée (0125-0180?). [Métamorphoses (français). 1788]Les métamorphoses, ou L'âne d'or ; Le démon de Socrate. 1788.

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VOYAGES

7~~G7J\r~fR~

ROMANESQUES,

MERVEILLEUX,

ALLÉGORIQUES,AMUSANS,

COMIQUES

ET CRITIQUES, DES

~ï/irj~

SON GES ET VISIONS,

ET

Dj?\s

ROMANS CABALISTIQUES.

c~

~oi~Af~

~MMéamorpho~om'ANz

P~ttonieicn:

ï.e MMOK

M SocRATt.

co~y~r~

D'On D'A~t,

Philofbphe

VOYAGES

7 M~ G/

~7 7?~ ?.

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S Ô N G E S, V 1 S ION\

E T

ROMANS CABALISTIQUES. Ornésde Figurcs.

TOME TRENTE-TROISIÈME.

Troisième clafle contenant les Romans C[ï~

A AMSTERDAM,

RUE

ff/C

trouve à P~R/

.)

ET HÔTEL

SERPENTA

M. DCC. LXXXVHL

LES MÉTAMORPHOSES ou

L'ANE D'OR

D'A PULËE,

PHILOSOPHE PLATONICIEN;

 

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DU MEME AUTEUR.

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AVERTISSEMENT

JusQU~Apréfent nousn'avonsceffé non-feulementde faire errer nos lec- teurs dansdes terres inconnues, mais nous leur avons encore fait franchir l'efpace immenfe qui les fcpare des planètes, & nous les leur avons fait

parcourir les unes après les autres. Nous les avons enfuite raménés fur notre globe pour les conduire jufques dans fes entrailles, & par-tout nous leur avons fait voir des merveilles dignes de piquer leur curiofité. Les voyageurs dont nous avons fuivi les pas, ont été le jouet de la fortune, & expofés auxaventuresles plus bizarres géans chez les Lillipudens, nainschez

A

1 ~js~y/Ewy

les peuples de Brobdingnag, bêtes de fommedansle pays des Houynhmms,

efprits légers & fuperficielsauprès des Hommes-Planteschez lefquels a

voyagé Klimius, dprits lourds' & pareffeux dansla région des Hommes- Volansqu'a viGté Vilkins il e~ peu de formes fous lefquelles i!s ne fe ïbicnt montres.

A PRÈSces courfes étranges, nous

leur avons procuréd'agréablesprome- nades qui n'ont pas été néanmoins Ac- rites pour leur imaginàtion; nous tes

avons entretenus, pendant leur fé jour à la campagne, de contes, d~hiftoriettes

& de nouvelles qui ont dû les délaffer

de. leur fatigues & fi en les berçant

de ces charmantes bagatelles, ils fë font laiCcaller au fommeil, nousleur

avoas envoyé des fongesqui ae lc~

DE Z'~D77'.CC~.

)

ont pas permis de regretter le temsde tet~' réveil.

Nous allonslestirer decet état,pour

leur procurer un nouveau ipcûacle & leur faire connaître des peuples nou-

veaux; maisnous nousyprendronsd'une autre manière pour leur faire faire ce

voyage.Cesdécouvertesn~exigentpoinc que nos loueurs quittent leurs loyers il nous fuffirade défillerleurs yeux, & foudainils feront entourésd'une mul- tituded'êtresdont ilsne foupçonnoient

pas Fexi~ence.Leurs regards perceront les entraillesde la terre, & iront y dé- couvrir les Gnomes; ils verrontFair

rempli de Sylphes du milieu dés Ha~thes, ils apercevront s~eleverÏe~ Salamandres, & le fcin des eaux-hë cachera pluspour euxies Ohdiî!~& les

Nyïhph~s. Ce n~ft pas tout~ l~a~

Aij

~jE~r/M~M~r

AcheronlaiCera échapper fa proie, les moits fbrtiront de leurs tombeaux, leurs ames viendront converferavec nous, & nous dévoiler des myftëres qui femblent hors de la portée des foiblesmortels.

T E Lc(UereSe de la t~che que nous avons à remplir. Les romanscabaIIC-

tiques & de magie que nous allons donner, tiennent de trës-prës aux

Voyagesimaginaires, & le trouvent naturellementà leur fuite.

CE ne font pasles traités que l'on a &its ~ricufen~cnt&rces matieresque ~Ypus,donnerons à nos teneurs, rien ne &roicplus étranger à notre plan; nous Jeur préfenterons feulementun choix de romans où Fon fuppolë l'exiftence ~ÏM ~agiciens~ des enchanteurs, des

DE

<

z~DfrF~.

< < ~t

Ir

tutins, des revenans& du peuple élé- mentaire.

Z~~B u~oR.D\p xy z JEJEpar ou nous commençons, eft (anscontre- dit le roman de magie le plus ancien

que Fon cônnoiCe il prouveque dans touslestemsleshommesont été avides du merveilleux, & que la meilleure manièrede leur préfenter des traités, de morale & des leçons de vérité, a toujours été de les revêtir des orne- mensde la fiaion.

L A&Mc d~ApuIée eft l'unedes plus ingénieufcsqui exigent.Sousles de- hors de rinvrai&mbbnce& mêmede

la folie on y trouve une critique fine

& les préceptes de la moralela plus

faine. Il paroïtque du tems d~Apulée les vices les plus horribles& les plus

Aii)

6 ~~2!7V~~M~~y honteux, fe montrèrentaveceffronte- rie, & nousdevonsadm&*erla hardieffe

avec laquelle l'auteurles attaque & les

>

tivreau ridicule.

1/AUTEUR. de la vie d~Apulée

rapporte que fes ennemisne pouvant autrement lui nuire, s~visëreni:de

l'accufer de magie, genre d'attaque qui, dans les Gëclesde barbarie & d~ignorancc, a communémentfervi utilement la vengeance & la haine.

Apulée a eu le tonheur de

ces attaques; il a mêmeofc employer la plaifanterie contre fes ennemis; on

repouHer

~Ite avec éloge les &agmen~d~un dIP cours qu'il fit pour fa ju&mcation, mais qui maintenantnous parp!trolc

du plus mauvais goût. Apuléeplaifante plus agréablement les magiciens dans fon livre de FAne d~Or, & venge

DE z~jD/rzr~~

7

en dévoilantleurs fourberies& le d~-

vertiCantde leurs extravagances, du mal que la magie avoit voulului faire.

Nous donnons la traduélionde l'Aned~Orfaire par Compain de Saint- Martin, qui eft la meilleure que nous

connoiNions; nous confervonsla vie qu'il a. donnée d~Aputce, mais nous fupprimons les remarquesqu~il a mifes à lafuitede chaquelivre; ces remarques contiennentdes recherches qui &nc honneur à rërudidon de rauteur~ maisellesferoient déplacées dansnotre recueiloù il nousfuffitd'inférerla 6c- tion.

LEcharmant épifode des amoursde

Pfyché & de Cupidon, eft un des prin- cipaux ornemensde ce roman; on &it commentil a été étendu, développé, Aiv

< ~~7V~FMF~y,&e. embelli par l'inimitablela Fontaine Apres lui plufieurs de nosconteursont

puifé dansla même fource; cet épifode

a donne madame d'Aulnoy l'idée de

fon conte du ~~7ïfM-~ff~ & a ~urni à madamede Villeneuvecelui de la ~/& 6 la BA~ misfur le théâtre de la comédie Italienne~fbus le titre de Z~ï~r S ~~or. ( le Serpentin- Vert, contede M"~ d~Aulnoy, tome111 du Cabmetdes Fées; & la Belle& h

Bête, tome XXVI).

P~ J~ F~ C

DU TRADUCTEUR.

JL~NE D~OR ~c

vragefL c~

<?/? un M-

que ceux qui /ïc~~yMf

le lire en latin, ne /<M~/M~<M de ~fM~ plaifir à lire une mauvaife ~~<c/ï qui

environ cent ~~j~ &

~/? en vieux langage.

me

J~

~M~

qui par co/?/f

elle n'avoit que ce

garderois bien de la ~7/~

ce T~~c

défaut, qui n'en étoit pas un alors

point

dans la fuite le ~~r/~

les

vraies beautés de plufieurs<fr~~o~y/

~M~C/!c~~?. Le Plutarque ~ZOf

~r~

pas moins <?/?~~ ~c/MC~M M/M Henri Z/7.

~~Z~ pour

~0/* M vieux

FO

P

K i

F A

C Z

~M~MJ il

a /W/o~M<qui ne con-

y~~c~ ~f/</? d'ailleurs ff~<

écrit,

& que fouvent il <?/?~~q~~

rien

~c~rc.

C~

il y a tant ~r/f

dans ~O~Ï/Ï~ & <?/?plein de

~C/~J~ZtMM~~ 'lu' elles fi font M~.

vofr~ qu'elles percent quclqurfois l'ob-

yc~~ qui les Myc/c~c dans cette an- cienne M~6~ZC~.

~bjL~

~/<y~~

< gens ne ~M

~o~~ que bien

de la lire fauté

TKC~K~~ C~/? qui

fuadé, que fi on en faifoit une nouvelle,

qu'on doit avoir du

mérite cet <KMMf~ c/~cy~ bien ~c~c

~~M~/fc. y~ ai donctravaillé avec ~d~-

qui /~f donner

co~ <~yo~~ mais quelque peine ~~y~

t'<ï~ pour

7~

/?/7/~ je ne fuis pas

~?~y

<ïvo~~<ï~ï~c~Mf

DU

TR~pUCTWUR.

t<

fais

~r~Rc~

<~ <'o~/vc/'<Z<M~

une ~<?~C/Ï ~C~C /CC

~y~~ dans /~f~

6 ZM~ÏC~

L E

comme la

vent de la ./0/~

langues ~/? <

&

d'une penfée dépendfou-

la ~fO~f~ des

mots qui fervent à l'exprimer en

il arrive ~~&CJJ

cette ~~C~

mife C~yf~

~~0~ moins

farce qu'elle a perdu la vivacité destermes

qui en faifoit tout l'éclat. la y~/7/ il'

bien des endroits où &/Ï ancien

~~& ne < ~/z~ <~ycj avantages

en parlant notre langue. Le jugement du

public ~M~

y a

~<?/7/

ques preuves dans CC~~C~<Ï<~<?/0~.

~P~

certain

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<t <~e~<

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& ~< ~Jf~Mt!~ qui le rc/M~/M un

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( peu o~/2~f.C~/? J~y~~J

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c~f~r~

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m-a e dpun fort grandfecours.

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1 ceux ~yo/M trop Z~rM.JVc~~ /<M~M~<?/?

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DU TBLADUCT EUtL. X~

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DU

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Mi-

LA

VIE

T

D~ ~4 P t/ Z jÉ JF.

i-jucius ApUL~E, philofophe Platoni. cien, vivoit fous les Antonins. Il fecoic

difficilede marquer précifément le tems de fa naifance. On conjecture affez vrai- femblablement, qu'il vint au monde fur la fin de l'empire d'Adrien, vers le milieu dudeuxicmeuècIc.IlëcoitdeMadaure(i)t ville d'Afrique & colonie romaine, fur les confinsde la Numidie ~cde la Geculie. Sa famille ccoïc confidérable, 6c il parole

par plufieurs endroits de fes ouvrages, qu'il ne fe fait pas beaucoup de violence pour parler de la grandeur de fa maifon.

SON père, nommé Thëfc, avoicexercé

à Madaure la charge de- Duumvir, qui étoit la première dignité d'une colonie, ~eSavia, fa mère, originaire d~Thefïalie,

(ï) AujoMd'hwM~<MO,pctitbourgdufoyaumç de tunM.

Z r f JE

étoit de la famille du fameux Plutarque Il fut parfaitement bien élevé. On lui fit

faire fes premières études a Carthage, ensuite il alla à Athènes, ouïes beaux arts & les Sciences nori~ïbient encore. Il s'y

appliqua à la poéfie, à la mufique, a la diatedUque 6c a la géométrie. Comme il étoit né avec un génie merveilleux, il fit

en peu de tems de grands progrès dans toutes ces fciences; mais celle ou il s'at-

tacha particulièrement, & où il fe donna tout entier, ce fut la philofqphie. Il choifit

celle de Platon, neue, lui avoit

tes autres, 6e il devint un de fes plus

qui, dès fa première jeu-- paru préférable a toutes

meux fec~ateurs.

ï L quitta Athènes pour aller a Rome,

où il apprit la langue latine, par le feul ufagc 6e ~ans le fecours d'aucun maître.

Il y étudia la jurifprudence, & y plaida plufieurs causes avec un fort grand fuc- cès. Mais une insatiable curiofité de tout

favoir l'engagea a parcourir le monde, $e a Cefaire même initier dans pluCeurs

jny~ères

D~ P

t

jP.

17

my~cres de religion pour les conneitre à fond.

ÏL retourna a Rome~ ayant prefquecon- fumé tout fon bien dans fes études cC

dans fes voyages; en forte que-fe voulant faire recevoir prêtre d'Ofiris, il fe trouva

fort cmbarraue, fut obligé de vendre, pour ainfi dire, {u~qu'à fes habits, pour fournir aux frais de fon initiation. H s'at- tacha enfuiceau barreau ou (on éloquence lui acquit une fort grande réputation~ & lui donna le moyen de vivre commo< dément.

A u bout de quelque tems il retourna

en Afrique, apparemment que l'envie do revoir fa famille, &: de rama(ïer le peu qui lui reftoit de fon patrimoine, lui fit faire ce voyage. Il y tomba malade dana Oëa ( i), ville maritime. Un nommé Pon« tianus, qui Fa voitconnu à Athènes~ Fen-' *<t!MM~Mt.tt.M~MM~<~t

( i) Aujourd'huiTripoli, vUle c~K&te d~ My~utM cemêmenom,

B

xX

Z

f

gagea de venir loger aveclui chez fa mère,

où il efpëroic qu'étant mieux foigné que par- tout ailleurs, fa fancë fe rétabliroit

plus aifément.

CETTE femme nommée Pudentilla, étoit une veuve fort riche, 6c n'avoic que deux encans. Pontianus l'aîné fachant bien qu'elle avoic envie de fë remarier,

follicita Apulée de fbnger a l'époufer. Il aimoit mieux qu'il devînt fon beau-père, que quelqu'autre qui n'auroit pas été fi honnête homme que lui. Quoi que dif$

fur cela notre philosophe dans ton apo-

y a apparence que voyant le mau.

logie, il

vais état de ~cs agraires, il accorda aHez

volontier à fon ami cette marque d'amitié

qu'il exigeoic de lui.

PuDENTiLLA, de fon cote, ne fut pas long-rems fans être touchée du mérite de fou hôte. Elle trouvoit en lui un jeune homme parfaitement bien fait de fa per<

fonne, un philofophe dont les

moeursce

D'~

P

Z

1 9 les manières n'avoient rien de fauvage, 8c

qui avoit tout l'agrément & la policefïc des gens du monde. Elle fut bientôt dé- terminée en fa faveur, 8e elle réfolut de

l'épouser, dès qu'elle auroit marié fon fils, qui avoit jeté les yeux fur la fille d'un nommé Ruffin.

i

LE mariage de Pontianus ne fut pas

plutôt achevé, que Ruffin regardant par avance la fucceffionde Pudentilla comme le bien de fon gendre & de fa fille, crut qu'il dévoie mettre tout en ufage pour la leur conferver entière, en rompant le

mariage d'Apulée. Il changea donc en- tièrement les discutions de refpric de Pontianus, qui avoit lui-même engagé cette araire, 8e il le porta à faire tous fes efforts pour en empêcher la conclufion. Mais ce fut en vain qu'il s'y oppofa; fa mère n'écouta que fon inclination elle époufa Apulée dans une maifon de cam" pagne près d'Oca.

PEU de c~ms après Pontianus mourut Tt Bij

10

Z

7

Son oncle nomme Emilianus fe joignit~ Ruffin pour concerter les moyens de perdre

Apulée. Ils publièrent qu'il avoit empoi-

fonné Pontianus, qu'il étoit magicien, & qu'il s'étoit fervi de fortilèges pour captiver le cœur de Pudentilla. Ils ne fe contentèrent pas de répandre ces calom- nies dans le monde; Emilianus les fit

plaider par fes avocats dans un procès, qu'il avoit contre Pudentilla.

ApUL~E demanda qu'il eût à fe déclarer fa partie dans les formes, & à ngner ce qu'il avançoit. Emilianus preuc fur cela, n'ofa le faire fous ton nom, parce que les faux accusateurs étoient condamnés à des

peines proportionnées à l'importance de leur accufation mais il le fit fous le nom du fecond fils de Pudentilla, nommé Si-

ciniusPudens, que Sa grande jeuneSIe mec- toit à couvert de la rigueur des lo!x.

ApULEEfut donc déféré comme un ma-

~cien, non pas devant des juges chrétiens,

D*

p

z

r.

tt

comme l'a dit S. Auguftini ), maisdevant

Claudius Maximus, proconful d'Afrique & payen de religion. Il fedcfendicmerveil- Jeufemenc bien. Nous avons le difcours

qu'il prononça pour fa {ufUncanon c'e~ une très-belle pièce d'éloquence, &ctoute pleine de traits admirables.

SES ennemis n'osèrent dans leur accu- tacionle charger de la mort de Pontiarus; ils fe retranchèrent à l'accufer d'être ma-

gicien. Ils s'e~brcolenc de le prouver par quantité de chofes qu'ils. rapportoient, mais principalement parce qu'il s'écoic emparé de refpric & du cœur de Puden- tilla, Se qu'il n'étoit pas naturel qu'une femme à ton âge (i) fût fufcepci&le d'une

pauton amoureufe, & Songeât à ~e rema- rier, comme s'il y avoit un âge où le cceuc

des femmesfûcu

bien ferme à la rendrede,

( i ) DelaCifédeDieu,liv.8, chap.i y.

(t) L'accufaMur foutenoit qu'elle avoit Coixante ans;

tMM Apuléeprouva qu'elle n'en ayoitgue~cplus dejquMamc.

Blij

n

z

7

qu'on eue befoin de recourir à la magie pour les rendre fenfibles. «Vous vous

M

M

M

M

plus

qu'une femme ~e ~oit remariée après

ëconncz,difbic Apulée ~fes accusateurs,

treize ans de viduité; il e~ bien

étonnant qu'elle ne fe foie pas remariée

plurôm.

ILS lui obje~oient qu'il cherchoit des posions rares & extraordinaires pour les

diilcquer; ils ignoroient apparemment que cette curiofité fait partie de l'emploi d'un phyficien. Ils lui reprochoient en- core qu'il étoit beau, qu'il avoir de beaux cheveux, de belles dents & un miroir,

chofesindignesd'un philofophe, difoient- ils, comme s'il étoit de l'eGence d'un

philofophe d'être d'une figure difgraciée, & d'y joindre la malpropreté.

ApULÉB répond a tous ces reproches

avec tout

& toute l'éloquence pof-

Ïibles. Il ne manque pas même, par une in- nnicc de traits vifs 6e ingénieux, de faire

l'esprit

D'~f

P

U L

F.

13

tomber le ridicule de ces accufations fur fes accufateurs. A l'égard de fon miroir,

il prouve par pluiïeurs raifons, qu'il pour- roit s'en fervir fans crime. Il n'ofe cepen- dant avouer qu'il le raue; ce qui fait voir

que la morale, par rapport à Fextërieur~ étoit beaucoup plus rigide en ce tems-1~ qu'elle ne l'eft aujourd'hui. ON l'accufoit encore d'avoir dans fa maifon quelque chofe dans un linge, qu'il cachoit avec foin, qui fans doute lui fervoit à fes fbrcilcges; d'avoir faiedes

vers trop libres, & de plufieurs autres bagatelles qui ne valent pas la peine d'être rapportées. Apulée (e jutUna par- faitement bien fur tout ce qu'on lui re.

prochoit, peignit Ruffin & Emilianus, fes accusateurs, avec les couleurs qu'ils méritoient l'un & l'autre, & fut renvoyé abfous.

IL pa(ïa le re~te dé fa vie tranquille-

ment Se en philofophe; il compofa plu- sieurs livres, les uns en vers, les autres en

Biv

Z F 1 E

pro&, dont nous n'avons qu'une partie~

II atraduit le PA~~ ~c P~~M &/'<<4~A-

jM~c

~<*c~<<

~Vo/

JR~M~c~ On cite auffi fes ~~c~

Il

a écrie de la

& la A~M. M~~y~

Z~Wj~ Cerellia,qui ~toient un peulibres;

~cy~~o~j: fes Z~-

~M. Tous ces ouvrages ne font point venus jusqu'à nous; il ne nous re~e de lui

que/M M~~o~<

y~ ~fo~o~t

o~/o~ Ane ~Oy~ Philofophie

fon <~c/

,j

y~

morale, du ~j/~d~ <r~f~ du Afo/ï~c~ 6~ ~f~~

D~o~

SQ-

qui font

des fragmens de fes déclamations.

IL eft aifé de juget par les dinFerens

iqjets qu'Apulée a craicés, qu'il avoic un grand génie, propre à toutes fortes de Sciences.Son éloquence, jointe à fa pro- fonde érudition, le faifou: admirer de

il fut en

tous ceux qui l'entendoient,

JK grande e~me, tnême de fon vivant, <yi'on lui éleva des n:acuesà Carfhage,

dans pluHeurs autres villes,

D~

P

L Jf JF.

l~

A l'égard de fon Ane d'Or, il a pr& le

fujet de cette métamorphofe de Lucien ou de Lucius de Patras, qui étoit avant

Lucien, 3e qui en eft l'original; mais il Fa infiniment embelli par quantité d'épi- fodes charmaris, furtout par la fable de

Puchë, qui a toujours paue pour le plus beau morceau de t'anciquicé en ce genre- là; Cetous ces incidens font fi ingénieu- fement enchaînés les uns aux autres, <c

fi bien liés au fujet, qu'on peut regarder FAne d'Or comme le modèle de tous les- romans.

IL eft p!em de defcriptions ôc de por- traits admirables, & l'on ne peut nier

qu'Apulée ne fut un. fort grand peintre; tes expreïHons font vives 8e énergiques; il hafarde à la vérité quelquefois certains termes qui n'auroient pas écc approuvés du tems de Ciceron, mais qui ne lainenc

pas d'avoir de l'agrément, parcequ'ils ex- priment merveilleufement bien ce qu'il veut dire.

Z

1 F

QUANTITÉ de favans dans tous les

fiècles ont parlé d'Apulée avec beaucoup d'eiHme, 8e lui ont donné de grands

éloges. Saint-Augudin, entr'autres, en fait mention (ï) comme d'un homme de naiflance, fort bien élevé & très-

éloquenc.

MAis une chofe furprenante, & qui fait bien v~ir l'ignorance ~cl'a ~uper~i- tion des peuples de ces tems-Ïa, c'e(t que

bien des gens prirent t'Ane d'Or pour hi~oire véritable, & ne doutèrent poin!:

qu'Apulée ne fuc très-favant dans la ma- gie ( i ). Cette opinion ridicule tè fortifia en vieiiiifïanc, Se s'augmenta tellement dans la fuire, que les payens foutenoient

qu'il avoit fait un fi grand nombre de mi- racles (3), qu'ils égaloient, ou même

une

(i)

(t)

~WM<

Saiot-AugM~in,~p!tre~.

Saint Jérôme fur le jy«MM« <l. L<ï~Mf. 7~~

cA«p.y, MarceUïna Saint Auguftin.

( ) Saint Aoguftm~ ~tre

D'~f P !7 Z

iy qu'ils furpauoient ceux de Jefus-Chri~.

ON auroit de la peine à croire qu'une

telle impertinence eût été en vogue, fi des perfonnages dignes de foi ne l'accef-

toient, & fi nous ne voyions pas qu'oti pria Saint Auguftin de la réfuter ( i ).

C E grand faint fe contenta de ré-

pondre qu'Apulée (i ), avec toute fa ma- gie, n'avoit jamais pu parvenir à aucune charge de magi~rature~ quoiqu'il fût de bonne maifon & que fon éloquence fût fort efUmëe; qu'on ne pouvoit pas dire que ce fût par un mépris philofo- phique qu'il vivoit hors des grands em- plois, puifqu'il fe faifoit honneur d'avoir

une charge de prêtre, qui lui donnoit l'intendance des jeux publics, t & qu'il difputa avec beaucoup de chaleur contre ceux qui s'oppofoient à l'ëre~ion d'une

( t )

(

Marcellinà Saint Augu(Hn,épître

i ) Saint Auguftin,épïtrcy.

i!

Z~

~ff

D~PÏ/JL~F.

Statue, dont les habitans d'Oëa le vou-

loient honoret;; outre qu'on voit par fon apologiequ*ilfe défendit d'être magicien comme d'un gr~nd crime

LES MÉTAMORPHOSES

1/ANE

ou

D'OR

D'APULËE,

PHILOSOPHE PLATONICIEN.

Z/~jR~

PREMIER.

JE vais tâcher d'attirer votre attention par le récit de plufieurs aventuresdivemfïanres, pourvu

que vous ne dédaigniezpas de lire un ouvrage

des auteurs Egyptiens.

Vous y verrezles métamorphofes~urprenances de plufieurs hommes changés en dinctentes formes,

écrit dans le ftyle

enjoué

~o

L'A MB B*0~

& remis enfuite dam leur état naturel. Je vat$

commencer; mais auparavantapprenez en peu de mots qui je fuis. Ma ramilïetire fon ancienne origine d'Himène dans rAttiqoe, de IIMtme de Cofinth~& de

Técare, dans le terriroire de Sparte, provinces fertiles dé!ïCïea~M que les phis fameuxauteurs ont célébréesdans leurs ouvrages immortels. Ce fut en ce pays-la, dans la ville d'Athènes, je

commençai d'étudier la langue grecque; étant enfuireallé à Rome, j'y appris celle du pays avec une peine &run travail incroyables, n'étant guidé par aucun maître. Ainfi je vous prie de m'excufer, s'il m'arrive de raire quelques fautes en parlant

une langue qui m'e~ étrangère, que je prêtre cependant à la mienne, parce que ce changement de langage reuent dé)a, en quelque façon, les divers changemens dont je vaisvous parler. Ecoutez avecattention, voicil'htHoirede ce qui m'eftarrivé en Grèce, elle vousfera plaifir.

J'allois pour quelqu'affaire en Thenalie, d'où je tire auffimon origine, ayant l'honneur de des- cendre, du cote de ma mère, du rameux Plu- tarque & du philofophe Sexcus, fon petit-Ëls. Après avoir traverfe de hautes montagnes, de profondes vallées, des prés & des plaines, monté fur un cheval blanc de ce pays-là, qui étoit fort

fatigué auui bien que moi; je mis pied à terre

D'A? et

it~Lïv.I.

j~

pour me délaner un peu en marchant quelque tems. Je débridai mon cheval, qui écoit tout en lueur; je le frottai foigneufement, & le menai au pas. Pendant qu'en chemin faifant il arrachoit de coté &d'autre quelques bouchésd'herbe le long

des prés par où nous panions, je joignis deux hommes, qui, par hafard, marchoientun peu de-

vant moi, &

prêtant l'oreille à leurs ducours,

j'entendisque l'un dit à l'autre en éclatantde rire

de grâce, ceffe de me faire des contes auul ridi- cules& aum outrés, que ceux que tu mefais. Ces mots excitant ma curioncé, je vous prie, leur dis-je, de vouloir bien me faire part de votre en- tretien ce n'eA point par aucuneenvie d'apprendre vos fecrets que je vous le demande, mais par le defir que j'ai de m'inAruire; & même l'agrément de la conversation aplanira, pour ainn dire, ce coteau, & diminuera la fatigueque nous avons a le monter. Celui qui vende de parler continuant fon dif- cours ce que tu me contes, dit-il, ed auul vrai

que fi on difoit que

on peut forcer les rivières à remonter vers leur fource, rendre la mer immobile, enchaînerles vents, arrêter le foleil forcer la lune à jeter de l'ëcume, arracherles étoilesdes cieux, faire ceffer le jour & ~upendre le cours de la nuit. Alors je

repris la parole avec plus de hardietle je vous prie, Or

par des paroles magiques,

)i

L'A Nt D'O&

dis-je à l'un, vous qui avez commencé ces ~re~ miers difcours,ne vous rebutez pas de les conti- nuer*Enfuite m'adreuant à l'autre & vous, lui

dis-Je, qui vous opiniâtrez à rejeter ce qui eft peut~ être très-véritable, vous ignorez apparemment

que beaucoup de chofes panent pour faunesmal- à-propos, parceque l'on n'a jamais entenduni vu

rien de pareil, ou parce qu'on ne peut les com- prendre & fi on les examineavec un peu de ~bin~ on les trouve non-seulement véritables, mais même fort aifées a raire. Car je vous dirai qu'un

foir, foupant en compagnie, comme nous man~ gions, à l'envie les uns des autres,d'un gâteau fait avec du fromage, j'en voulusavaler un morceau

un peu trop gros qui s'attacha à mon gofier, & m'oiant la respiration, me mit à deux doigts de la mort; cependantj'ai vu depuis à Athènes, de mes propres yeux, & de fort près, un charlatan devantle portiquePecile, qui avaloitune épée par la pointe, & dans le moment, pour très-peu de chofe qu'on lui donnoit il s'enfonçoit par la

bouche un épicu jusqu'au fond des entrailles, en forte que le fer lui fortoit par les aines, & ht hampe par la nuque du cou, au bout de laquelle paroiHoit un jeune enfant beau & gracieux, qui; comme s'il n'eûr eu ni os, ni nerfs, danfoit & fe plioit de manière, que tous ceux qui écoient pré~ (eus, en étoientdans l'admiration.Vou&auriez cru voit

D'Ap~ï.~B,Liv.T.

3)

voir ce fameux ferpent qui s'entortille& ~e joue autourdu bâton d'Etculape. Mais vous camarade~ continuez, je vous prie, ce que vous aviez com- mencé fi celui-cine veut pas croire ce que vous

direz, pour moi je vous prometsd'y ajouter roi;i

&

je

par reconnoiuancedu plaifirque vousme ferez, payerai votre écot à la première hô~ellerip.

Je .vous remercie, dit-il, & vous fuis obligé de' l'offre que vous me faites. Je ~ais reprendre le commencementde ce que je racontois; mais aupa- ravant je jure, par ce Dieu de la lumière qui voie tout, que je ne vous dirai rien qui ne foit très~ vrai & très-certàin, &rvous n'aurez'pas lieu d'en douter un moment, n vous allez dans cette pro- chaine ville de Theualie, cette hiAoire paue

pour conftante parmi tout ce qu'il y a d'habitans, la chofeétant arrivéeau vu & ûi de tout le monde. Mais afin que vous fachiez auparavantqui je fuis, quel eft mon pays & mon franc, je vous dirai que je fuis d'Egine~ & que je parcours ordinairementla Thenalie, l'Etolie, & la Béotie,

où j'acheté du miel de Sicile, du fromage, & d'autres denrées propres aux cabarets. Ot ayant apprisqu'a JHipate, ~viucla plus confidérablede la

Theualie, il y avoit des rromages nouveau~, excellsns,:& à~bonmarché, j'y courusà denein d'acheter toucce quej'y entfouverois; mais étant paru fousde- mauvais auspices,je me trouvai

c

)~

L'A MB D'OR

fru~ré, commeil arrive anez fbuvent du gainque

j'efpérois&ire; car un marchand en'gros nommé Lupus, avoit tout enlevéla veille que j'y arrivai. Me tentantdonc fort fatigué du voyageprécipité & inutile que je venoisde faire, je m'en allai le foir même aux bains publics. j'aperçois un de mes camarades, nommé Socrate, auis par terre, à moitié couvert.d'un méchant mantea~tout déchiré, pâle, maigre & défait, comme font d'ordinaireces pauvres mal- heureux rebuts de la fortune qui demandent l'aumône au coimdes rues. Quoiqu'il rut mon ami, & que je le reconnuffefort bien, cependant

l'état miférableou je le voyois fit qu&je ne m'ap- prochai de lui qu'avecquelqu'incerdtude. Hé! lui dis-je, mon cher Socrate qu'e~-ced? en quel état es-tu ? quelle honte! ta ramille a déjà pris le deuil de ta mort qu'on croit certaine, le juge de ta province a donné des tuteurs à tes enfans, & ta

femme, apr~s tes funérailles, fort changéepar fon anIicUon, oc ayant presqueperdu les yeuxà force de pleurer, eft contrainte par (es parens à faire fuccédera la tii~euc de ta maifon, les réjouinance~ d'une nouvelle noce; pendant qu'a notre grande confufion tu parois ici plutôt comme un fpec~re,t que comme un homme. Armomène, me dît-il, apparemment tu ne connois pas les détourstrom-~

peurs, l'incoa~ance, de ie< éttanges revers de.la

D'A? Ut ÉE,LîV.I.

3~f

tbftune. Après ces mots il cachala rougeur de ion vifage avec fon méchant haillon rapetaffé de manière que la moitié du corps lui demeurât

découverte & moi ne pouvant foutenit plus long- tems la vue d'un fi tride ipec~acle,je lui tendsla main, & tache de le faire lever. Mais ce pauvre homme ayant toujours le vifage couvert, laine, medit-il, lailfe jouir la rbrrunetout a fon aife de fon triomphe fur un malheureux.Enfin je fais en

forte qu'il fe lève, & dans le moment je dépouille un de mes vêtemens& je l'en habille, ou pour mieux dire je l'en couvre; enfuite je le fais mettre dans le bain, je prépare moi-même l'huile & les

autreschofesnécenaires pour le nettoyer. Je le frotte avecfoin lorfqu'il fut bien net &bien propre, tout

las

ne pouvoit Ïe foutenir, & je le mène à mon hôtel-

lerie avec bien de la peine. Je le fais

le fais manger & boire, & je tâche de le rejouir par d'agréables difcours. La converfation commencoitdéjà à fe tourner du côté de.la plaisanterie; nous étions en train de dire de bons mots, & de railler, lorfque tirant du fond de fa poitrine un foupir douloureux & ~e rfappant le vifage, malheureux que je fuis, s'écria-t'il, pour avoir eu la curiodté d'aller un

que j'étois, j'aide à marcherà ce

miférable qui

coucher, je

fameux ipeûacle de gladiateurs, je fuis tombé ~ans le déplorable~érat ou vous m'avez trouvé

sr

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L'ÂNB

D'OR

)~ car vous iavez qu'étant allé en Macédoine pour y gagner quelque chofe, comme je m'en revenois

avec une airez