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« PEDAGOGIES ET PEDAGOGUES »

D’après les cours de Mr Luis Chacon à l’université de Paris 8

On distingue deux conceptions de méthode d’enseignement qui correspondent à deux


conceptions de l’enfance :
-une conception traditionnelle pour laquelle l’enfance est une étape transitoire vers la vie
adulte
-une conception dite nouvelle selon laquelle l’enfance est un état en lui-même, une valeur à
part entière.

La pédagogie traditionnelle s’accompagne d’une attitude de méfiance à l’égard de l’enfance et


justifie par là un enseignement magistral.
La pédagogie nouvelle a dérivé vers la non-directivité et par là à la négation de toute
pédagogie (cf . I.Illyich « Une société sans école »)

1. LA PEDAGOGIE TRADITIONNELLE

Au début du 20è siècle on s’intéresse au développement de l’intelligence, et on voit


apparaître un courant behavioriste qui considère toute action humaine comme une réaction
biologique à un stimuli. Leur objet d’étude est le comportement humain mais les chercheurs
s’intéressent particulièrement à l’instruction. Pour eux, l’action pédagogique doit privilégier
des exercices répétés pour produire des automatismes. C’est une conception qui retient de
l’enfance son caractère d’état transitoire et son fondement est le modèle et l’effort. Elle confie
au maître l’organisation du travail, qu’il s’agisse de connaissances ou de rythme d’acquisition,
de progression didactique en fonction de la logique des notions. En outre la volonté
psychologique de l’enfant est censée faire défaut. Les principaux auteurs de ce courant sont
Durkheim, Alain, Piaget, Wallon, Skinner.

Emile Durkheim

Philosophe fondateur de la sociologie française, premier professeur de Science de l’éducation,


c’est une référence en la matière.
Selon lui l’éducation est un fait social à observer objectivement, son but étant la modification
du comportement humain. Les enfants naissent en état d’anomie (c'est-à-dire qu’ils sont « a-
sociaux », qu’ils ne connaissent pas les codes de leur groupe). La socialisation est la
modification de ce comportement, l’action exercée par les adultes su les jeunes qui n’ont pas
encore acquis les aptitudes nécessaires à leur intégration sociale. L’éducation doit imposer à
l’enfant un système d’attitude morale afin de constituer en lui l’être social .Par conséquent la
transmission des normes et des valeurs d’une génération à l’autre est la tâche de l’éducation,
c’est l’éducation morale. Cette conception a quatre conditions :
- l’adulte doit avoir un ascendant sur l’enfant, c'est-à-dire de l’autorité
- l’adulte doit être convaincu que la pression qu’il exerce sur l’enfant permet à celui-ci
d’édifier un être nouveau
- l’enfant doit être naturellement dans un état de passivité, d’accessibilité , de
contagion ; il est enclin à l’imitation
- l’autorité morale a un caractère sacré qui doit être vécu par les parents
Cette construction implique un esprit de discipline, d’abnégation, fondé sur la régularité,
l’effort et le respect de la règle. L’autonomie est ici la reconnaissance de la règle établie par le
groupe auquel on est destiné ; et l’enfant doit s’identifier à celui qui incarne cette règle, sa
personnalité se construisant à l’image de celle de l’adulte.

Alain

Eduquer, c’est connaître et faire connaître,c’est un instrument pour saisir les choses, pour
atteindre la vérité et refuser l’erreur de l’immédiat, c’est disposer d’un jugement, rejeter tout
ce qui est de l’ordre des croyances, c’est d’abord l’éducation de l’Homme, de sa volonté et de
sa liberté. Selon lui l’enfance est un état mental et non un âge réel, c’est une manière
d’appréhender le monde. Le petit enfant se passe de règles et de modèles dans sa première
connaissance, et il confond le réel et l’imaginaire .Ses connaissances commencent par les
sens : le premier étant la vue, qui est, par essence, trompeuse car elle donne à voir sans laisser
comprendre pourquoi. Vivant dans un monde déjà humanisé, il doit faire des signes pour se
faire comprendre, il a donc un rapport actif aux mots. Son désir spécifique est de devenir
adulte. Ce qui le pousse hors de l’enfance, c’est l’orgueil et l’ambition. Sans ces sentiments, il
n’est pas éducable. L’enfant aime imiter l’adulte.
Le modèle d’Alain est la discipline et l’effort, c’est une pédagogie sévère où le bonheur est le
résultat final du travail. Il prêche une approche méthodologique semblable au solfège et à
l’apprentissage d’un instrument de musique : patience, répétitions, imitation. L’école est un
lieu où l’erreur est normale, c’est même une pratique répétée.

Jean Piaget

Comprendre la nature de l’enfance est pour lui une nécessité. En effet, l’enfant passe par un
certain nombre d’étapes de son développement qui sont des structures successives et stables :
il les appelle les stades. A chaque stade correspond un enseignement.
L’épistémologie génétique qu’il étudie est une analyse critique des processus fondamentaux
d’acquisition des connaissances. Il veut décrire les modes d’apparition de structuration
cognitive. Les connaissances ne s’acquièrent pas par une addition d’informations extérieures,
elles s’organisent, se structurent par une relation du sujet connaissant et de l’objet à connaître.
Il affirme la possibilité universelle de résoudre des problèmes et d’évoluer, il croit en la
perfectibilité de l’homme au-delà de l’innée. Sa psychologie de l’intelligence est conçue
comme une faculté globale de co-ordinner des actions et des opérations. La connaissance se
construit par l’expérience sensorielle en interaction avec la raison. Il propose des méthodes
actives où le rôle de l’adulte est fondamental : il doit favoriser la construction des
connaissances. Toute conduite consiste en une assimilation d’une donnée nouvelle qui
modifie le schéma intérieur de comportement. L’intelligence est donc successive et
progressive. Le rôle de l’école est d’aider les assimilations et les accumulations qui
impliquent cette évolution. En outre l’école doit adapter les valeurs transmises à celles de la
société par les programmes.

Henri Wallon

Psychologue et philosophe français. Il propose l’idée de l’interaction entre l’enfant et ses


milieux de vie, interaction qui permet la connaissance de soi. C’est à travers les relations
établies avec autrui que la personnalité se construit. Il développe en 1925 la théorie des
mentalités hétérogènes. A force d’affirmer l’originalité irréductible de l’enfance, les nouveaux
pédagogues ont selon lui établi une coupure entre deux mentalités hétérogènes : celle des
adultes et celle des enfants. Or l’enfant est bien une projection de l’adulte.
L’enfant fait partie du social, et son milieu est la condition de son développement, car il n’y a
pas de vie psychique sans forme de relation réciproque.
Eduquer, c’est provoquer, par la mise en situation, une réaction totale et synthétique de
l’organisme, c’est stimuler la spontanéité d’action et d’assimilation, c’est laisser à son être
global les moyens et les occasions de croître sans contrainte. Les caractéristiques de son
approche sont :
- la méfiance envers l’éducation autoritaire, didactique et normative
- l’éducation n’est plus bornée aux activités intellectuelles mais s’élargit aux activités
manuelles
- il faut encourager les initiatives des enfants
- l’opposition de l’enfant, ses attitudes critiques, sont positives pour l’éducation car le
conflit est formateur.
Pour Wallon, la vie est une expérimentation continuelle qui oblige l’individu à se remettre en
question de façon permanente. L’éducation est une continuelle réorganisation et
reconstruction des expériences passées, à la lumière de celles auxquelles nous sommes
confrontées. L’école doit apprendre à apprendre.

Skinner

Sa conception de la psychopédagogie se veut révolutionnaire et en rupture avec le


behaviorisme. Il rejette toute approche philosophique, la psychologie devant se cantonner aux
faits observés et mesurables. La création de la machine à apprendre donnera suite à
l’enseignement programmé. Si la théorie behavioriste affirme que l’effet d’un stimulus sur le
comportement permet l’acquisition des connaissances, cette acquisition implique la
production d’un nouveau stimulus qui doit être lié au premier, entraînant le renforcement de la
réponse. Le renforcement est essentiel pour comprendre l’installation d’un comportement
déterminé. Il existe des mécanismes de renforcement qui dessinent l’interaction des
circonstances stimulantes des réponses de l’organisme et principalement des conséquences
renforçantes. La tâche première de l’enseignant est de se laisser guider par la psychologie
expérimentale afin d’organiser au mieux les contingences de renforcement

2. LA PEDAGOGIE NOUVELLE

A la fin du 19è siècle, naît une nouvelle pédagogie fondée sur deux postulats :
- l’enfant a sa propre vie et a le droit de vivre heureux
- la nature de l’enfant est bonne, c’est l’éducation mal conçue par l’adulte et l’adulte lui-
même qui pervertissent cette nature (cf. J.J.Rousseau)

Leurs auteurs sont : Claparède, Ferrière, De Croly, Montessori, Freinet

Edouard Claparède

L’intelligence est l’adaptation mentale aux circonstances nouvelles. L’individu va dépasser


les insuffisances par son intelligence.
Le premier problème de l’éducateur, est d’adapter l’enfant au milieu par une activité
fonctionnelle et volontaire. L’enfant doit vouloir ce qu’il fait même s’il ne fait pas ce qu’il
veut. Il raisonne par analogie, par tâtonnements, source de conduite intellectuelle.

Auguste Ferrière

Sa pédagogie active est fondée sur les centres d’intérêt. L’activité spontanée est la base de
tout travail. Il parle d’appétit de savoir. A partir des centres d’intérêt, s’expriment la curiosité
et la spontanéité naturelles des enfants. Les leçons se systématisent grâce à ces deux qualités.
L’éducation morale de Durkheim doit s’effectuer à l’intérieur d’un groupe qui doit pratiquer
l’autogouvernement et permettre ainsi l’autonomie relative des élèves qui s’entraident.

Dewey

Il crée une école laboratoire, selon lui démocratique, où les programmes sont définis par
l’ensemble des enseignants. Toute activité développée dispose de périodes libres par travail en
équipe : c’est le principe de concertation. Il met en relation l’activité sociale , le principe
d’expérience et la situation comme déterminants de l’activité des élèves. Il est contre un
programme nationalisé dans lequel les enfants ne retiennent que des informations et non de
véritables connaissances. L’école doit être centrée sur le principe d’expérience. Les classes
sont fonctionnelles et commencent toujours par une discussion entre les élèves et le professeur
à propos des activités.
Il distingue cinq étapes de pensée réfléchie qui surgissent quotidiennement :
- la reconnaissance d’un problème
- la définition et la clarification du problème
- la définition d’hypothèses, de solutions possibles
- la projection des conséquences
- le choix d’une hypothèse et sa mise à l’épreuve
Ces étapes doivent être nécessairement développées auprès des élèves.
La tâche principale de l’éducation réside dans la coordination des facteurs psychologiques et
sociaux. La psychologie requiert que l’individu puisse utiliser librement toutes ses capacités
personnelles. La coordination exige que l’enfant s’exprime à des fins sociales. Le rôle de
l’école est de servir la société. La communauté permet de développer chez l’enfant un
sentiment de coopération mutuelle grâce à une division des tâches dans la salle de classe.
L’éducation est une nécessité sociale, elle consiste en une transmission par la
communication, le partage de l’expérience permettant une possession commune.

Ovide De Croly

Médecin qui s’intéresse aux maladies mentales et aux enfants anormaux qu’il appelle
« irréguliers », il adopte une approche psychologique appropriée à la variété des enfants :
c’est la pédagogie différenciée. L’enfant doit s’interroger, réfléchir et traiter un sujet dans sa
globalité. C’est tout un programme pour et par la vie. Sa volonté est que l’école se développe
dans un milieu naturel où les enfants pourront assister aux phénomènes naturels. Pour le
bonheur des enfants, il faut les aider à se préparer à l’existence, les éduquer à la vie. Les
activités proposées permettent l’autonomie et livrent les qualités morales nécessaires pour
affronter les difficultés de la vie, pour créer et développer une cellule familiale, pour entrer
dans la société.
Selon lui l’évolution de l’enfant dépend de deux facteurs :
-l’hérédité qui donne les traits communs au groupe
-le milieu qui exerce une influence et fait évoluer les tendances héréditaires.
Les tendances acquises seront confrontées à la réalité et à la puissance d’un milieu favorable
ou non.
La pédagogie doit s’inspirer de l’histoire biologique de l’homme et la rapporter au système
éducatif, permettant à l’enfant les mêmes conditions d’observation et d’adaptation qui ont
conduit l’homme dans son évolution. L’enfant reproduit ainsi les étapes vécues par l’espèce
humine : c’est la théorie de la récapitulation.
Sa deuxième idée est celle de la globalisation : c’est la totalité de l’individu qui pense, agit,
perçoit. L’esprit se développe par syncrétisme. Cette fonction a trois étapes :
- l’observation, qui encourage le travail et stimule l’intérêt
- l’association : élaboration d’idées grâce à l’étude et la comparaison des objets
- l’expression, ou la traduction des idées induites par association.
L’apprentissage ne doit plus se faire que par l’ouïe mais aussi par la vue et tous les autres
sens ; et il doit être réaliste, (il critique par exemple les récits de fiction où la réalité est
déformée). L’enfant doit être éduqué à la vie.

Maria de Montessori (1870 -1950)

Première femme médecin d’Italie, elle porte un intérêt aux enfants « arriérés ». Elle est
persuadée qu’il faut développer tous les sens et propose une pédagogie réparatrice. Le
développement sensoriel est assuré par un matériel spécifique adapté à l’âge et qui respecte la
liberté et la nature de chacun. Chaque enfant choisit librement ses activités car elles
correspondent intuitivement aux besoins immédiats de son développement. Son objectif est de
développer les sens, de réveiller les activités motrices, de susciter l’attention. L’enfance n’est
pas seulement une étape vers la vie adulte, ce sont des formes différentes de vie humaine.
L’enfant est situé au centre des activités. Il règne dans les écoles une ambiance de liberté,
dans laquelle l’enfant doit pouvoir évoluer librement. Mais la liberté a toujours comme limite
l’intérêt de la collectivité. Le premier devoir de l’éducation est de favoriser le développement
psychique des enfants. La structure et l’ordre y sont pourtant loin d’être négligés, du fait que
le matériel a une place et un rôle fondamental. L’environnement est agencé selon les besoins
de l’enfant et permet de réaliser une tâche du début à la fin. Apprendre à partager et à
maintenir l’ordre font partie de cette pédagogie. Enfin l’enfant doit être en contact avec la
réalité des choses et avec la nature afin de se rapprocher des conditions de vie réelle.
Ses particularités : pas de punition ni de récompense, pas d’entrave à la liberté individuelle,
pas de livres de lecture.

Célestin Freinet(1896-1966)

Freinet élimine l’estrade et place ses élèves en U , il organise ses cours en ateliers par petits
groupes et utilisera des techniques nouvelles comme la photographie ou l’imprimerie. Le vécu
doit devenir une réalité culturelle et laisser des traces : les élèves apprennent à lire et à écrire
en créant un journal de classe où chacun peut écrire les articles sur les nombreuses
« promenades » (on dirait aujourd’hui sortie pédagogique) faites en classe pour découvrir le
village, les métiers, …Il développe aussi la correspondance scolaire et les échanges.

Au-delà de ces aspects techniques, il souhaite étudier l’enfant en situation d’apprentissage de


manière pratique. L’objet de ses recherches est de découvrir les lois qui régissent l’effort. Sa
thèse est que seule l’expérience entraîne la connaissance du vrai. Il préconise la loi du
tâtonnement expérimental, ainsi que l’alternance de périodes répétitives qui fixent les
automatismes et des phases de découverte. Il faut rendre l’expérience habituellement pénible
profitable et enrichissante. Son école est celle du peuple, de la rue de la vraie vie. Il n’y pas
de manuels scolaires mais des textes libres, des fiches de connaissance et d’autocorrection. La
langue est un moyen vivant de communication qu’il faut investir : imprimerie,
correspondance,… La classe est un lieu d’échange et d’écoute qui fonctionne comme une
coopérative (Freinet est communiste) où chaque enfant a sa responsabilité. C’est une initiation
à la citoyenneté, à l’écoute d’autrui.

3. LA PEDAGOGIE NON- DIRECTIVE

C’est une culture qui repose sur la qualité de la relation à autrui, qui propose une attitude de
compréhension et de tolérance parfois extrême.

August Neill

Pour lui la liberté doit passer par une consécration pour l’éducation. Il créera l’école de
Summerhill, qui sera une expérience inédite de pédagogie libertaire. Il y accueille des enfants
caractériels, marginaux, à qui le système scolaire classique ne convient pas. L’origine de la
délinquance serait la névrose, due à la répression morale et sexuelle, au manque de
compréhension du monde adulte. L’éducateur, qui lui aussi est névrosé, se projette sur
l’enfant et lui transmet ses défauts. Son école spécialisée prend donc le relais de l’autorité
scolaire qui a ses limites. Les enfants y seront libres d’assister ou non aux cours de leur choix,
et il n’y aura ni règlement ni programme déterminés ou officiels.
Le mal moral réside dans la perversion d’une liberté spontanée par des forces anti-vie qui
viennent contredire sa libre extension vers le bonheur. Il suffit d’imposer la liberté pour que
les enfants se développent harmonieusement. Aucun enfant ne doit travailler avant 18 ans. Le
rôle de cette éducation est de permettre de vivre sa propre vie et non celle proposée par les
éducateurs ou les parents. La finalité de l’éducation reste toutefois la socialisation, même si
l’école de Summerhill prépare à une société utopique qui n’existe pas.
Les trois axes de Neill seront :
- ni punition, ni pression, ni contrainte, ni suggestion sur les enfants
- il faut laisser s’exprimer leur sexualité librement
- apprendre à partager spontanément, ou « la régulation par le désir »
Son but était le bonheur des enfants.

Carl Rogers

Il a pour principe –la méfiance envers la théorie


- l’importance donnée aux relations interpersonnelles.
Le seul individu vraiment éduqué est celui qui a appris à apprendre. Ses postulats :
- les psychanalystes sont les animateurs d’une relation dans laquelle c’est au patient de
faire sa propre expérience
- le rôle du maître est de créer un climat de confiance et de liberté dans sa classe,
propice à l’apprentissage
- si le psychanalyste est un animateur, l’enseignant est un simple facilitateur.
Les facteurs de la délinquance ne sont ni sociaux, ni économiques, ni familiaux, mais c’est le
reflet d’une prise de conscience de soi et l’acceptation de cette image plus ou moins bien
constituée. Le meilleur diagnostic de réadaptation est l’aptitude à la compréhension de soi-
même. Dans ses idées éducatives, il défend le groupe classe, il est contre l’idée d’autorité du
maître, du transfert unilatéral du savoir. Le maître anime, il n’enseigne pas , il place l’élève en
situation d’apprentissage de lui-même, il informe sur les sources de connaissance. La classe
est un groupe d’entraînement, de thérapie, dont le but est de dialoguer sur les sujets qui
intéressent les participants et permettent d’exprimer leurs angoisses. Les notes, examens,
contrôles, passent à côté du véritable but de l’éducation, qui est la découverte de soi. Le
maître ne doit ni juger, ni imposer ses valeurs ou ses opinions, il doit exprimer ses idées sans
attendre que les autres les partagent. Le but est de provoquer le désir d’apprendre.
L’enseignement, individuel ou en groupe, conduit irrémédiablement à l’échec, l’enfant
n’apprend rien et perd ses capacités de découvrir. L’apprentissage est un processus continu, le
savoir n’est jamais acquis. Il n’est pas possible de communiquer sa propre expérience à autrui,
ce sont des vérités personnelles appropriées et assimilées. Les qualités du maître sont la
congruence, c'est-à-dire l’authenticité ; le fait de devenir un facilitateur ; la considération
positive, la sollicitude non possessive ; la compréhension emphatique ( se mettre à la place de
l’autre).

Lewin

Il mènera d’importantes recherches sur la dynamique du petit groupe.


Il détermine trois types d’enseignant ou de moniteur :
- le non-interventionniste : il donne les consignes de départ et ensuite laisse agir le
groupe
=le groupe a des difficultés à commencer à travailler, certains élèves restent isolés, il y
a de l’agressivité, certains se sentent abandonnés, frustrés.
- l’autoritaire : il impose son plan de travail, censure les conduites déviantes et
intervient au niveau du contenu, distribue les rôles et favorise certains au détriment
d’autres.
= le travail est réalisé sans plaisir, les élèves participent peu, soit les élèves sont passifs
et n’osent pas répondre, soit ils sont agressifs et recherchent un bouc émissaire.
- le démocratique : il adopte une démarche coopérative, il régule les échanges.
= le rendement est régulier, la productivité importante, il n’y a pas de tension à
l’intérieur du groupe et tous participent.
L’approche psychosociologique veut rendre le groupe plus fonctionnel, plus productif ; pour
cela elle met en question les communications du groupe, ses tensions, ses conflits. Il faut
commencer par régler les conflits internes pour commencer une dynamique. La vie du groupe
se développe à deux niveaux :
- celui des procédures, qui sont rationnelles
- celui des relations socio affectives.
Ses résultats seront à la fois utilisés par les mouvements d’autogestion pédagogique lancés par
Freinet et par la pédagogie institutionnelle qui étudie les rapports groupe- institution.

Michel Lobrot

Il propose une approche autogestionnaire. La participation collective aux décisions a une


valeur pédagogique. Sa thèse : ce que devient l’homme dépend moins de l’hérédité que de
l’influence exercée par les milieux où il vit. Il veut mettre en évidence l’importance des
institutions existantes qu’il faut modifier, notamment l’institution scolaire. Elles sont
bureaucratiques et empêchent l’individu de s’épanouir. La définition d’un nouvel
environnement éducatif est l’objet de la pédagogie institutionnelle. Le maître doit remettre
son pouvoir au groupe mais il conserve une compétence particulière : il est le conducteur des
réunions. Les élèves sont en autogestion quand ils peuvent décider de leur propre temps de
travail. Le rôle du maître suit quatre canaux :
- l’offre sollicitation, il propose, suscite le désir sans contrainte
- la communication, qui favorise la parole ouverte à tous
- la décision et la coordination
- la coopération et le travail, le maître propose des ressources, des pistes.

Vasquez et Oury

Leur approche est centrée sur une réorganisation des relations dans la classe et dans
l’établissement en prenant compte explicitement de l’inconscient. Le comportement et le style
des relations dépendent de la qualité et du nombre des échanges. L’institution scolaire codifie
le langage selon trois critères : le réel, l’imaginaire, le symbolique. Le groupe classe se situe
entre le réel et l’imaginaire. Une des sources de cette pratique se trouve dans la
psychothérapie institutionnelle, à laquelle les deux chercheurs ajouteront la théorie de la
médiation. Le maître y a un rôle fondamental : c’est lui qui apporte le savoir, qui multiplie les
échanges et les activités pour que la classe devienne un lieu de parole.

Ivan Illich

L’école obligatoire conduit à l’élitisme et est une entrave aux droits à l’éducation.
L’enseignant est un tuteur, un conseiller, un arbitre, c’est un adulte qui aide dans une relation
éducationnelle. L’école institutionnelle est remplacée par un réseau souple d’échanges, de
relations individuelles : c’est une révolution urgente. L’école est un lieu où l’on rassemble des
enfants autour d’un adulte, obligatoirement, suivant un programme officiel. Or ils
apprendraient plus en dehors de l’école. La critique du système capitaliste se traduit par le
refus de relever le niveau pour des raisons industrielles, technologiques, et donc économiques.
Les institutions visent à satisfaire une certaine catégorie sociale. Il souhaite libérer les savoirs
en créant des réseaux d’accès aux objets éducatifs, d’échange des connaissances,
d’appariement des égaux, d’éducateurs professionnels. Il veut rendre tous les savoirs
accessibles à tous ceux qui ont l’envie d’apprendre.

4. LA PEDAGOGIE DE LA MEDIATION

En rupture avec la pédagogie traditionnelle, les praticiens veulent adopter une approche
pédagogique qui permet d’atténuer les effets négatifs de l’école. Elle est développée pour
lutter contre l’échec scolaire, et consiste dans un premier temps à mettre en place un dispositif
de réparation ou d’assouplissement. Ils mettent en place des groupes de soutien, d’aide.
Philippe Meirieu parle de pédagogie de la « remédiation » : c'est-à-dire porter remède aux
difficultés scolaires. Il définit une relation a trois pôles : l’apprenant, le médiateur, la tâche. Il
faut mettre en place les interactions familiales, sociales et le développement cognitif, car il
s’agit d’un processus où c’est le groupe- personnes qui facilite l’apprentissage d’un individu.
La croyance en l’intelligence de l’être humain est un des postulats, et la médiation,
préventive, rénovatrice, curative, intervient lorsque l’individu a souffert d’une privation,
d’une carence culturelle affectant sa modificabilité.

Lev Vygotsky (1896-1934)

Psychologue soviétique qui a mis à jour les lois du développement des fonctions psychiques
supérieures : « Chaque fonction psychique supérieure apparaît deux fois au cours du
développement de l’enfant, d’abord, comme activité collective, sociale et interpersonnelle,
puis comme activité individuelle c'est-à-dire comme une propriété intérieure de l’enfant :
intrapsychique. » Le passage de l’inter à l’intra caractérise la médiation. La nature de l’aide
apportée par autrui renvoie aux outils culturels que l’adulte introduit dans l’interaction sujet -
tâche. Dans chaque tâche réalisée par l’enfant, l’éducation doit mettre à disposition les outils
adaptés. La zone proximale du développement permet au jeune, grâce à la médiation et l’aide
de l’adulte, d’apprendre à utiliser certains actes mentaux, avant ue ceux-ci ne soient construits
dans une autre structure mentale.

J. Brunner

Grâce à sa conscience, l’adulte peut fournir un étayage à l’enfant dans le contexte des
interactions sociales, lorsque sa capacité ne lui permet pas de les accomplir tout seul. L’adulte
enrôle l’enfant en suscitant de l’intérêt pour la tâche, en rendant le but plus accessible ; il
maintient l’orientation vers le but en évitant que d’autres objectifs n’interfèrent avec l’activité
en cours ; il signale les caractéristiques déterminantes de la tâche et permet ainsi l’évaluation ;
il contrôle la frustration en rendant moins pénible la résolution des problèmes ; il démontre à
l’enfant, à travers la présentation de modèles, des solutions dans lesquelles se trouve un
certain style d’action. L’apprentissage est perçu comme une transaction, un échange entre
l’apprenant et un membre de sa culture plus expérimenté. Son postulat : le système cognitif
d’un individu est a priori éducable, quel que soit son âge. Les nouveaux outils de cette
méthode sont destinés aux adultes ayant perdu, ou jamais acquis, les capacités élémentaires
d’attention, de contrôle, de planification de l’action sans lesquels l’apprentissage est difficile.
Construire une image positive de soi est déjà un grand pas.

Feuerstein

L’être humain a besoin de se modifier, il doit s’adapter à de nouvelles structures au fur et à


mesure de sa confrontation avec la vie. Il postule la modificabilité structurelle de l’homme.
Les « PEI » s’adressent au facteur cognitif en vue de créer des modalités affectives qui
guident le comportement de l’individu. La médiation est la base d’une pédagogie active
modifiante : « ne m’accepte pas comme je suis ». Le sujet peut lui-même modifier ses
performances cognitives, mais i ne peut généralement pas le faire tout seul, et les faibles
performances intellectuelles sont dues à un manque d’apprentissage médiatisé. La qualité des
liens affectifs parents – enfants joue un rôle non négligeable dans l’efficavité de la médiation
parentale.