formation | recrutement | carrière

«Trouver “sa place” dans le monde du Travail »
Cécile Van de Velde sociologue

Le grand entretien

supplément au Monde n° 21 519 daté du 26 mars 2014. ne peut être vendu séparément

Quelles régions françaises s'arrachenT les fuTurs managers ?

Mobilité

2014 : les juniors s’engagent
opporTuniTés de carrière au parlemenT ou dans les collecTiviTés locales

D'Athènes à Pékin de quoi rêvent les jeunes diplômés

De qui les entreprises ont-elles besoin ? D’experts qui leur ressemblent.
Nos clients ont besoin d’expertises pointues, de compétences hors du commun. Les leur apporter, c’est notre engagement auprès d’eux. Vous permettre de développer ces compétences, c’est notre engagement envers vous. Pour composer votre parcours et devenir acteur de votre carrière : www.deloitterecrute.fr

© 2014 Deloitte SA - Member of Deloitte Touche Tohmatsu Limited

édito

formation | recrutement | carrière

«Trouver “sa place” dans le monde du Travail »

Entretien

A
ILLUSTrATIoN DE coUVErTUrE : chiara dattolla

Transition

Quelles régions françaises s'arrachenT les fuTurs managers ?

Mobilité

2014 : les juniors s'engagent
opporTuniTés de carrière au parlemenT ou dans les collecTiviTés locales

D'Athènes à Pékin de quoi rêvent les jeunes diplômés

Président du directoire, directeur de la publication Louis Dreyfus Directrice du «Monde», membre du directoire, directrice des rédactions NATALie NouGAyrÈDe Secrétaire générale de la rédaction ChrisTiNe LAGeT Coordination rédactionnelle ANNe roDier Pierre JuLLieN Création et réalisation graphique emmANueL LAPArrA Edition AméLie DuhAmeL Illustration ChiArA DATToLA Jessy DeshAies PoLiNe hArbALi isAbeL esPANoL NiNi LA CAiLLe Publicité briGiTTe ANToiNe Fabrication ALex moNNeT JeAN-mArC moreAu Imprimeur seGo, TAverNy

voir 25 ans en 2014 et le goût de l’engagement rivé au corps, c’est faire face à un paysage de désolation économique, voire politique, du moins en Europe. L’image de la France ne sort en effet pas grandie d’un taux de chômage qui caracole toujours à 9,8 % en ce début d’année, présageant une entrée compliquée sur le marché du travail. Elle l’est encore moins des écoutes de l’ancien chef de l’Etat Nicolas Sarkozy, voire des frasques de l’actuel président, François Hollande. Pourtant l’engagement des jeunes demeure, même en France. «On se pardonne ces petites frasques entre parents, sans quoi il faudrait passer sa vie dans d’éternelles querelles», justifait Voltaire (La Princesse de Babylone, 1768). Quelques jeunes amoureux de la politique veulent en effet encore faire le pari des institutions. Jules Aimé, élu à 23 ans conseiller municipal PS à Poitiers, n’a rien perdu de son dynamisme, car la politique est son ADN, dit-il. Thibaut Guignard y croit aussi. Assistant parlementaire du député UMP Marc Le Fur, il est, à 32 ans, candidat aux municipales de 2014 après l’avoir été aux européennes de 2004. Mais ils sont bien plus nombreux à Dans une sociéTé en forTe investir les associations. Le taux d’engamuTaTion, la capaciTé à gement des collégiens, lycéens, étudiants Trouver Des alTernaTives est ainsi passé de 32 % à 39 % entre 2010 aux voies classiques et 2013, indique l’association France BénéDevienT viTale volat. La perte de confiance dans les institutions politiques, les réductions budgétaires et les fréquentes restructurations des organisations publiques et privées n’ont pas encore eu raison de l’engagement des jeunes en quête de sens. Ils l’ont mis en mode projet. Dans l’Europe du Sud, particulièrement frappée par la mauvaise conjoncture économique, chacun trace sa voie pour trouver sa place, non plus sur le marché du travail, mais dans la société. En Grèce, où le taux de chômage des jeunes, à plus de 60 %, pousse la plupart des jeunes diplômés à s’expatrier pour ne pas renoncer définitivement à leur carrière, le sociologue Dimitris Lallas a ainsi choisi de faire de la crise son terrain de recherche, s’appuyant pour son quotidien sur le système D, la solidarité familiale et les initiatives solidaires. Sur un marché du travail sinistré, l’expatriation est une troisième voie à explorer, même si elle menace de vider un pays de ses meilleures compétences. Face à la hausse de la précarité, l’entrepreneuriat en est une autre. De jeunes Européens placent ainsi leurs pions dans la création d’entreprise. D’aucuns passent par Erasmus, depuis que le programme européen s’est élargi à l’entrepreneuriat, ou se lancent dans un tour du monde pour s’inspirer de l’expérience des autres avant de créer leur entreprise. Dans une société en forte mutation, la capacité à trouver des alternatives aux voies classiques devient vitale, explique John Kimberly, professeur à la Wharton School de l’université de Pennsylvanie. Solutions alternatives ou transgressions : c’est le choix offert aux jeunes en période de transition.
Anne RodieR

supplément au Monde n° 21 519 daté du 26 mars 2014. ne peut être vendu séparément

mercredi 26 mars 2014 Le Monde Campus / 3

ENVIE D’ENVOYER VOTRE ÉNERGIE DANS L’ESPACE ?
Rejoignez le leader de l’Ingénierie et du Conseil en Technologies

WWW.ALTENRECRUTE.FR

sommaire

Supplément au Monde n° 21 519 daté du 26 mars 2014

3 6

Edito En bref

8 Dossier 2014, les juniors s’engagent autrement
12 14 16 18
c h i a r a dat to l a

Assistant parlementaire, un marchepied pour la politique Les collectivités locales en quête de managers professionnels Hugo, Anthony, Nicolas lancés dans la course aux municipales Et si les masters instituaient un engagement citoyen obligatoire ? Entretien avec Alexandre Pini : « Explorer les bonnes pratiques à l’étranger pour trouver le bon concept » Je suis un jeune entrepreneur et je pars en Erasmus

20 22 24 28 30 32 34 37
Mobilité Carrière

Les régions françaises s’arrachent les jeunes diplômés Le passage par une PME est-il un bon plan ? L’université cultive ses graines d’entrepreneur
nini la caille

Création d’entreprise Rémunérations

Des secteurs attractifs pour gagner plus

Nouvelles technologies Formations mal ciblées, idées préconçues, le numérique peine à séduire Compétences

L’orthographe, talon d’Achille des jeunes diplômés

38 Dossier D’athènes à Pékin, de quoi rêvent

les jeunes diplômés

42 46 48 49
jessy deshaies

Les Grecs choisissent l’exil pour ne pas se faire dévorer par la crise En Chine, l’entreprise privée gagne ses lettres de noblesse Courtisés par les entreprises, les Allemands en profitent Au Royaume-Uni, la City n’a rien perdu de ses attraits Vitalie Prisacaru porte l’aspiration de milliers de Moldaves : devenir citoyens européens En Tunisie, le retour des jeunes amnistiés

50 51 52 54 56 57 58

Mobilité internationale Ingénieurs, financiers, informaticiens, la « french touch » a la cote Expérience professionnelle Découverte

Le V.I.E. plébiscité par tous Cécile Van de Velde, sociologue : «Poser son empreinte
i s a b e l e s pa n o l

Jobs d’été ailleurs, c’est maintenant !

LE gRaND ENtREtiEN avec

sur le monde » à lire

mercredi 26 mars 2014 Le Monde Campus / 5

en bref
Les agrégés ne veulent plus aller à l’école
La Société des agrégés de l’université demande dans un rapport publié le 20 janvier que les professeurs agrégés «reçoivent une affectation conforme à leur statut», c’est-à-dire au lycée, déplorant que près de 25% soient en poste en collège, proportion qui monte à «près de 33%» pour les stagiaires (première année avant titularisation). Elle s’inquiète de la «démotivation des jeunes agrégés».

La peur au travail
Qu’est-ce qui vous fait ou ferait le plus peur ? Réponses en % La pression hiérarchique D’arriver en retard à votre travail La charge de travail L’interaction avec votre supérieur hiérarchique De faire une erreur De ne pas être à la hauteur De ne pas réussir à faire correctement votre travail de la journée D’échouer dans vos objectifs Le regard de vos collègues 9,5 27,7

Des jeunes très inégaux
M
oins d’un Français sur quatre considère que les jeunes sont égaux entre eux dans l’accès au logement (23 %) et au premier emploi (22 %), selon un sondage Institut Montaigne-Tilder-Harris Interactive, publié le 27 février, réalisé en ligne du 14 au 17 février, auprès d’un échantillon de 1 766 personnes représentatif de la population âgée d’au moins 18 ans. Les jeunes eux-mêmes (– de 30 ans) portent un regard encore plus négatif, la proportion étant de 17 % pour le logement et 18 % pour le premier emploi. 78 % des personnes interrogées considèrent que le niveau de revenus des parents constitue une source importante d’inégalité entre jeunes, comme 73 % l’endroit où l’on a grandi, 64 % la nationalité de ses parents et leur niveau de diplômes, 63 % l’enseignement reçu à l’école.

25,3

TPE et CDD
Les salariés des très petites entreprises (TPE) sont près de deux fois plus souvent en CDD et à temps partiel que ceux des entreprises de plus de dix salariés, selon une étude du ministère du travail (Dares) publiée le 27 février. Au 31 décembre 2012, 13,9 % des salariés de TPE étaient en CDD et 28,9 % à temps partiel, tandis qu’ils n’étaient que 7,4 % en CDD et 16,8% à temps partiel dans les entreprises de 10 salariés ou plus.

21,4

« Nul n’est inemployable »
e Festival de vidéos solidaires « Nul n’est inemployable », organisé par la chaire d’économie sociale et solidaire de l’université Paris-Est Marne-laVallée se déroulera le vendredi 26 septembre à Champs-sur-Marne, à l’auditorium du bâtiment Copernic de l’université Paris-Est Marne-la-Vallée. Pour être recevables, les vidéos doivent répondre à l’ensemble des critères suivants : – Thème : l’insertion sous toutes ses formes (par l’activité économique, le sport, la culture ou l’art). – Films non institutionnels. – Format : court-métrage (entre 3 et 15 min). Les participants ont jusqu’au 6 juin pour faire parvenir leur création, accompagnée du DVD. Fiche d’inscription à télécharger sur www. u-pem.fr/chaire-economie-socialesolidaire/journees-ess/le-festival-nul-nest-inemployable/.

18,9

L

18,6

17,5

14,7

Les apprentis en difficulté
Deux tiers (65%) des jeunes sortis des Centres de formation d’apprentis (CFA) sept mois plus tôt avaient trouvé un emploi en février 2013, en baisse de 4 points sur un an, selon une étude du ministère de l’éducation nationale publiée le 4 mars. Parmi ceux qui travaillaient, 59% avaient un emploi à durée indéterminée (CDI), 26% un emploi à durée déterminée (CDD), 8% un emploi aidé et 7% un contrat en intérim. Avant la crise, la proportion de CDI s’élevait à 65%, rappelle l’étude de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (Depp). En 2013, le nombre d’entrés en apprentissage dans le secteur marchand a reculé de près de 8%, à 273094.

13

Le sexisme règne toujours au bureau
uit femmes sur dix considèrent que « les femmes sont régulièrement confrontées à des attitudes ou décisions sexistes » dans le monde du travail en France (56 % des hommes), d’après l’étude de l’institut de sondage LH2 pour le Conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes (CSEP) publiée le 17 décembre 2013. En revanche, 13 % des femmes et des hommes estiment qu’elles « font partie du jeu des relations » entre les deux sexes. Plus de la moitié d’entre elles (54 %) estime avoir rencontré un frein professionnel en raison de leur sexe : absence d’augmentation ou de prime (36 %), de promotion (35 %), d’attribution de mission (31 %)... Beaucoup de remarques sont focalisées sur l’intellect, l’humeur ou le physique. Ainsi, « elle fait sa blonde » ou « ne fais pas ta blonde » a été entendu par 69 % des femmes interrogées et « c’est quoi cette Barbie ? » par 42 % (http://femmes.gouv.fr/ wp-content/uploads/2013/12/Etude-relations-de-travailfemmes-hommes-CSEP-LH2-17-d%C3%A9cembre-2013.pdf).

Source : Enquête réalisée par Meteojob entre les 24 et 26 février 2014

H

des salariés ont « un peu » ou « beaucoup » peur d’aller au travail le matin, selon une enquête de Meteojob (www.meteojob.com), site de recrutement en ligne, réalisée en février. La première source de peur au quotidien est « la pression hiérarchique ». En outre, 45 % des Français craignent de perdre leur emploi en 2014. A la question « Quand vous allez au travail, vous vous dites... », la réponse la plus avancée est : « Vous faites ce job parce que vous n’avez pas le choix. »

63 %

6 / Le Monde Campus mercredi 26 mars 2014

1645
milliardaires

1 recrutement = 1 arbre planté
Reforest’Action, spécialiste de la reforestation en France et dans le monde, lance une opération en direction des entreprises et cabinets de recrutement qui associe un geste environnemental à une embauche. Dans le cadre du concept « 1 recrutement = 1 arbre planté », chaque nouveau collaborateur recevra de son employeur un arbre à planter sur un projet de reboisement, aux couleurs de son entreprise et visible sur www.reforestaction. com. Chacun recevra ensuite l’actualité mensuelle du projet destiné à le sensibiliser aux bénéfices socio-environnementaux produits par les arbres.

Selon le classement 2014 du magazine américain Forbes, le monde compte 1645milliardaires, un chiffre en hausse de 15,3% sur un an, un record absolu depuis la création de ce classement il y a vingt-sept ans. Quelque deux tiers d’entre eux ont eux-mêmes bâti leur fortune, tandis que les autres en ont totalement ou partiellement hérité. Ces ultrariches, dont un nombre record de femmes (172), pèsent ensemble 6400 milliards de dollars, contre 5400 milliards l’an dernier. Les Etats-Unis restent en tête avec 492 milliardaires, suivis de loin par la Chine (152) et la Russie (111). Avec 76milliards de dollars (9 milliards de plus que l’an dernier), l’Américain Bill Gates, cofondateur de Microsoft, devance le roi mexicain des télécoms (72 milliards), qui a perdu 1 milliard en un an, et retrouve la 2e place, qu’il a occupée 15 fois ces vingt dernières années.

instruction : les Français à la traîne
es Français sont moins instruits que la moyenne des Européens, selon une enquête Insee parue en février, 72,5 % des 25-64 ans ayant au moins terminé le lycée contre 74,2 % en moyenne dans l’Union européenne. Selon ces statistiques, les garçons sont les moins instruits, 13,4 % des 18-24 ans ayant quitté prématurément l’école au collège sans suivre une autre formation, contre 9,8 % des filles. Globalement, 11,6 % des Français âgés de 18 à 24 ans ont quitté l’école sans diplôme ou avec seulement le brevet en 2012, et ne sont pas en situation de formation. Les 25-48 ans sont, quant à eux, 14,8 % à ne pas avoir de diplôme ou à avoir arrêté leur scolarité après le certificat d’études primaires, plus de la moitié des plus de 65 ans étant dans cette situation (56,4 %). La Lituanie est en tête du classement européen avec 93,3 % des jeunes ayant au moins terminé le lycée, suivie de près par la République tchèque (92,5 %), le Portugal et Malte étant en queue de peloton avec respectivement 37,6 % et 38,1 %. En France, le nombre de bacheliers a toutefois explosé ces trente-cinq dernières années, puisque plus des trois-quarts des Français sont aujourd’hui titulaires du baccalauréat toutes filières confondues (76,7 %), soit trois fois plus qu’en 1980 (25,9 %).

métiers de l’agriculture ou du paramédical, suivez le guide

L

suisse : salaire minimum trop élevé ?
Le syndicat Employés suisses ne soutiendra pas la proposition de salaire minimum de 3280 euros (4000 francs suisses), sur laquelle les électeurs helvètes sont appelés à se prononcer le 18 mai, a expliqué le 9 mars Stefan Studer, son dirigeant. Le syndicat, qui se décrit comme le défenseur des intérêts de la classe moyenne, craint qu’un tel salaire minimum n’ait des conséquences sur l’emploi. Il estime que cette proposition que réclament les autres syndicats est une fausse bonne idée.

« Eleveur, gestionnaire forestier, viticulteur... Le secteur agricole offre de belles perspectives d’emploi, constate le guide Onisep sur Les Métiers de l’agriculture et de la forêt. Pour le conseil et la recherche, cap vers un bac + 5, et pour les futurs vétérinaires, bac + 7. » Des filières qui laissent leurs chances aux citadins puisque 85 % des élèves du secteur agricole – 900 000 emplois – n’en sont pas issus. Les Métiers du paramédical – dont certains relèvent du libéral – concernent plus d’un million de personnes, dont 80 % de femmes. Certains cursus exigent trois ou cinq ans d’études, « mais nul besoin du bac pour se préparer aux métiers d’aide-soignant, d’ambulancier ou d’auxiliaire de puériculture », précise le guide. Les Métiers de l’agriculture et de la forêt ; Les Métiers du paramédical, collection « Parcours », Onisep, 12 euros.

mercredi 26 mars 2014 Le Monde Campus / 7

dossier

8 / Le Monde Campus mercredi 26 mars 2014

C h i a r a Dat t o l a

Quand les juniors s’engagent
Elections 2014, création d’entreprise, si les jeunes diplômés se montrent plus réfractaires que leurs aînés à s’investir dans les institutions traditionnelles, ils n’hésitent pas, en revanche, à participer à des projets collectifs. Ceux qui se lancent dans l’aventure ont pour objectif de réinventer du «sens».
e militantisme politique, ça fait partie de mon ADN, c’est presque une… addiction!» Jules Aimé, jeune élu à la mairie de Poitiers (Vienne) depuis 2008, a attrapé le virus au lycée, au moment de la lutte contre le contrat première embauche (CPE). Encore étudiant au moment des élections municipales à l’époque, il enseigne aujourd’hui l’histoire dans un collège de Châtellerault. Son engagement s’appuie sur une volonté de changer les choses, de ne pas se résigner. Et s’il n’est pas réélu au prochain scrutin, il est bien déterminé à agir ailleurs, notamment dans le milieu associatif. Pour Mélanie Guitton, en service civique à la MJC Alienor-d’Aquitaine, diplômée d’une licence professionnelle Conception et mise en œuvre de projets culturels, participer à l’éducation populaire en permettant à des élèves défavorisés d’accéder à la culture donne un sens à son début de vie professionnelle : « L’engagement, c’est apporter aux autres et se faire plaisir. » Pourtant, cette fille d’ouvriers et petite-fille de paysans, qui depuis ses 16 ans cumule les petits boulots alimentaires, n’est pas toujours comprise de sa famille : « Pour eux, ce n’est pas normal de faire trois ans d’études pour gagner moins que le smic. »

L

Jules et Mélanie ne sont pas forcément très représentatifs de leur génération. L’engagement des jeunes fait l’objet de discours plutôt contradictoires, les uns pointant leur individualisme, les autres leur désir de se rendre utiles à la société. La crise économique et les difficultés d’entrée sur le marché de l’emploi pourraient laisser

Le nombre de bénévoLes associatifs a augmenté de 12% en 2013 par rapport à 2010, et ce sont Les 15-35 ans qui contribuent Le pLus à cette progression
croire que les stratégies personnelles feraient reculer la notion d’engagement. La réalité des chiffres semble d’ailleurs aller dans ce sens. Selon un rapport du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc) publié en 2012, «Les jeunes d’aujourd’hui, quelle société pour demain?», seuls 4 % des 18-29 ans ont adhéré à un parti politique ou à un syndicat sur la période 2001-2010. Les

mercredi 26 mars 2014 Le Monde Campus / 9

d o s s i e r | 2014, les juniors s’engagent autrement
Que ce soit dans le secteur du social, de l’environnement, de l’aide internationale, l’heure est à l’idéalisme pragmatique. Il s’agit moins de changer la vie que d’agir efficacement, de rechercher des résultats concrets, même minimes. Ainsi en va-t-il du militantisme politique. Aux élections municipales de 2008, les 18-30 ans représentaient 10 % des candidatures des communes de plus de 3 500 habitants. Selon l’enquête « Perception de la politique par la jeunesse » réalisée pour l’Association de la fondation étudiante pour la ville (AFEV) sortie en février, un jeune sur deux se déclare intéressé par la politique. Mais les actes politiques ne consistent pas de Génération précaire, qui luttent pour les droits des stagiaires. De plus, ils ont envie de rajouter une dimension ludique», à l’image de collectifs comme Sauvons les riches ou la Brigade activiste des clowns, dans lesquels les jeunes sont très présents. Créer une entreprise peut également relever d’une forme d’engagement. Environ 8 % des créations sont portées par des moins de 25 ans chaque année en France. Mais les étudiants se destinent encore assez rarement à l’entrepreneuriat, selon un sondage effectué pour l’Institut Montaigne auprès des élèves de grandes écoles en octobre 2013 : 42 % envisagent cette possibilité, qui n’arrive qu’en quatrième position pour le premier emploi (après le conseil, le secteur public et l’industrie). La génération élevée au numérique, qui pense et interagit sur un mode collaboratif, dans une approche plus horizontale des rapports sociaux, aimerait s’affranchir de la tutelle hiérarchique, dans son travail comme dans le bénévolat : « On peut vouloir créer sa structure pour ne pas avoir de patron au-dessus de soi », indique Denis Monneuse. Mais pour Dominique Restino, président fondateur de Mouvement pour les jeunes et les étudiants entrepreneurs (Moovjee), ceux qui se lancent dans l’aventure le font par intérêt, et celui-ci n’est pas principalement financier : « Ce n’est pas une manifestation d’individualisme. Souvent, les projets se montent à deux ou trois avec l’objectif de réinventer du sens ; on le voit avec les activités qui se développent autour du partage de biens, du développement durable, etc. » C’est bien là le ressort de l’engagement des jeunes : une raison d’être, conjuguée à un épanouissement personnel. Et vécue avec autant de latitude possible… nathalie Quéruel

jeunes diplômés du supérieur, bien qu’un peu plus nombreux dans ce cas, le sont beaucoup moins que leurs aînés. Mais s’ils se montrent réfractaires à des formes d’engagement formalisé, voire institutionnalisé, ils n’hésitent pas, en revanche, à s’investir dans des projets collectifs ou associatifs. Ainsi, d’après l’étude «Situation du bénévolat en 2013» réalisée par l’Ifop pour France Bénévolat, le nombre de bénévoles associatifs a augmenté de 12 % par rapport à 2010. Et ce sont les jeunes qui contribuent le plus à cette progression : + 32 % chez les 15-35 ans. Créée en janvier 2011, l’association Pro Bono Lab (www.probonolab.org) surfe sur cette tendance. Elle mobilise des équipes de volontaires étudiants et jeunes diplômés pour conseiller gratuitement de petites associations sans grands moyens financiers. Depuis son lancement, près de 70 structures ont été accompagnées par environ 800 personnes : « Les jeunes ont envie de participer, mais différemment, estime Yoann Kassi-Vivier, le fondateur. Ils sont prêts à le faire d’une façon plus ponctuelle, à condition de porter un projet en équipe et que cela donne du sens à leurs compétences. Après les études et la recherche du premier emploi, on a tendance à laisser tomber l’engagement associatif. Ce type de missions courtes peut permettre de garder le lien. » Moins collectifs mais plus interconnectés, moins engagés mais plus en quête de sens, les jeunes diplômés ont changé leur approche. Michel Vakaloulis, sociologue et auteur de Précarisés, pas démotivés ! Les jeunes, le travail, l’engagement (Editions de l’Atelier, 2013) a décrypté les nouveaux rapports que ces derniers instaurent entre l’investissement dans le travail et l’engagement citoyen, entre la réussite professionnelle et la solidarité, entre le besoin de valorisation individuelle et la quête de communauté : « Ils sont méfiants vis-à-vis des formes institutionnalisées de l’engagement, syndicats, partis politiques et même grandes associations caritatives ou humanitaires très hiérarchisées. Il faut dire que ceux-ci ne proposent pas de contenu adapté à leurs attentes ; militants âgés et langue de bois n’offrent guère d’attractivité. Alors ils privilégient l’engagement non protocolaire, qui leur permet de rester fidèles à eux-mêmes. »

«Plus que l’engagement, qui nécessite de la durée, les jeunes s’imPliquent Par réaction, à l’exemPle de génération Précaire» Denis Monneuse, enseignant-chercheur
à l’IAE de Paris

pour eux à adhérer à un parti : seuls 7 % des 15-30 ans interrogés sont dans ce cas ; mais la moitié d’entre eux a signé une pétition, près d’un tiers a participé à une manifestation et 20 % ont utilisé les réseaux sociaux pour relayer des campagnes militantes. Pour Denis Monneuse, enseignant-chercheur à l’IAE de Paris et auteur d’un essai intitulé Les Jeunes expliqués aux vieux (L’Harmattan, 2012), ils ne manquent certes pas de valeurs mais ils se montrent moins naïfs que leurs aînés sur la capacité à transformer le réel, dans un monde qui raisonne à court terme : «Plus que l’engagement, qui nécessite de la durée, ils s’impliquent par réaction, à l’exemple de ceux

Evolution du bénévolat associatif en France, entre 2010 et 2013, par tranche d’âge, en millions de personnes De 15 à 35 ans De 35 à 65 ans 65 ans et plus

11,3 millions
3,8 5 2,5 2010

+ 12 %
+5% + 10 % + 32 %

12,7 millions
3,9

5,5

3,3 2013

Source : IFOP, France Bénévolat 2014, « La situation du bénévolat en France en 2013 »

10 / Le Monde Campus mercredi 26 mars 2014

AUDIT, CONSEIL, EXPERTISE COMPTABLE
Rendez-vous sur et kpmgrecrute.fr

d o s s i e r | 2014, les juniors s’engagent autrement
Inconnus du grand public, plus de 2 000 collaborateurs de députés ou sénateurs tissent le réseau qui leur permettra de voler de leurs propres ailes.

Assistant parlementaire, un marchepied pour la politique

C h i a r a Dat t o l a

A

h! Il arrive, je le reconnais au bruit de ses pas», annonce Zelia Césarion, l’oreille tendue vers la porte entrouverte : Benoist Apparu, député (UMP) de la Marne et ancien ministre du logement, entre dans le bureau quelques secondes après. Pas étonnant, puisque le quotidien professionnel de cette jeune femme souriante de 27 ans tourne autour de cet élu politique. Son métier : assistante parlementaire. Au total, ils sont plus de 2000 comme elle, à œuvrer dans les bureaux de l’Assemblée nationale ou sur le terrain, en circonscription. «Mes missions sont très variées, ça va du secrétariat de base pour gérer les mails, les appels, l’agenda, aux relations avec les mé-

dias et à la rédaction de textes législatifs ou de questions au gouvernement», expliquet-elle, avant de replonger dans son écran d’ordinateur. «Nous sommes aussi parfois leurs plumes, nous écrivons leur discours, et nous devons donc très bien connaître les dossiers abordés», ajoute Roxane Baux, installée dans le petit bureau, situé une rue plus loin, dans un autre bâtiment, qu’elle partage avec Geneviève Gosselin, député PS de la Manche, quand celle-ci n’est pas sur le terrain. «Mais les tâches varient beaucoup en fonction du député. Certains cantonnent l’assistant parlementaire à un rôle de secrétariat pur, quand d’autres vont jusqu’à leur donner une fonction de conseil politique», précise la jeune femme, elle aussi âgée de 27 ans. A Paris, ces «petites

mains» indispensables aux députés sont plutôt jeunes – entre 25 et 35 ans, même si certains sont plus âgés et occupent cette fonction depuis plusieurs années –, diplômés en sciences politiques ou en droit. On trouve aussi parmi eux des ingénieurs ou des historiens. Ils envisagent ce métier comme un tremplin : «Généralement, cette fonction n’est qu’un passage vers autre chose, parce qu’on finit par tourner en rond», explique au détour d’un couloir une collaboratrice qui s’apprête à rejoindre son député dans l’Hémicycle, en ce jour de questions au gouvernement. Très autonomes – «nos parlementaires ne nous disent pas ce que nous avons à faire le matin», sourit l’un d’eux –, capables de gérer de front de multiples tâches et de

12 / Le Monde Campus mercredi 26 mars 2014

grosses responsabilités, fins connaisseurs des rouages de l’institution et possesseurs d’un beau carnet d’adresses, ils ressortent valorisés de cette expérience. Essentiels à la vie de l’Assemblée, mais aussi du Sénat et du Parlement européen où les assistants parlementaires existent aussi, ils restent pourtant méconnus du grand public. En cause notamment, leur statut juridique flou. Créée en 1975, date à laquelle une enveloppe – son montant actuel est de 9 500 euros mensuels – est attribuée aux députés pour leur permettre d’embaucher jusqu’à cinq personnes, la fonction a profondément évolué sans que le cadre juridique ne change. « Nous continuons à apparaître sur une ligne budgétaire de secrétariat, alors que le terme “assistant parlementaire” regroupe des fonctions très différentes, du secrétariat pur au conseiller, et est devenu de plus en plus impropre », explique Alphée RocheNoël, président de l’Association française des collaborateurs parlementaires (AFCP, droite-centre), qui plaide pour une formalisation des fonctions.

puté PS de Paris, pour qui ce métier «est un travail militant, pas alimentaire». Devenir attaché parlementaire était pour lui la suite logique d’un parcours engagé depuis plusieurs années : «J’étais responsable du Mouvement des jeunes socialistes pendant mon cursus universitaire, avant de me faire recruter par un parlementaire que j’ai rencontré lors d’une campagne», explique-t-il. A 30 ans, il espère que cette fonction lui permettra de continuer dans une carrière politique. «Regarder faire mon député me permet d’apprendre», assure-t-il. Thibaut Guignard, assistant parlementaire de Marc Le Fur, député UMP des Côtes-d’Armor, est même candidat aux élections municipales en 2014 à Plœuc-surLié (Côtes-d’Armor), après avoir été candidat aux élections européennes de 2004 et aux élections cantonales de 2008. Auprès de son parlementaire, il estime bénéficier d’un bon enseignement : «C’est un moyen de me former sur les dossiers de terrain, de rencontrer des gens et de bien connaître les rouages de notre démocratie, de façon à pouvoir ensuite faire de la poli-

tique locale en ayant un réseau national, explique-t-il. Et comme je me présente dans la même circonscription, les électeurs m’identifient à son bilan.» D’ailleurs, de nombreux hommes politiques de premier plan aujourd’hui, comme Xavier Bertrand ou Manuel Valls, ont débuté leur carrière comme collaborateurs parlementaires. Du coup, dans les bureaux de l’Assemblée comme dans l’Hémicycle, il est rare de sympathiser avec le camps d’en face. «Entre nous – à droite d’un côté et à gauche de l’autre – on se rend beaucoup de services, on va boire des verres, on discute politique. Par contre, on ne parle pas avec le camp d’en face, confie l’assistante parlementaire anonyme. Dans l’ascenseur, on peut même voir qui est de gauche et qui est de droite en regardant qui appuie sur quel bouton», plaisante-t-elle, évoquant l’organisation des bureaux, où les étages sont attribués par courant politique. Un clivage qui se retrouve même à la cantine, où chacun s’assoit dans son coin. Pas de doute, ils sont à bonne école pour la politique. léonor lUmineaU

« ce n’est pas un métier comme un autre. on ne le fait pas sans partager les convictions de notre député » Une assistante parlementaire qui préfère
garder l’anonymat

Benoist apparu : « Un travail techniquement et intellectuellement très formateur »
Député UMP de la 4e circonscription de la Marne et ancien ministre du logement du gouvernement Fillon, Benoist Apparu, 44 ans, a débuté sa carrière politique comme assistant parlementaire. comment êtes-vous devenu assistant parlementaire? En 1994, j’étais un des responsables nationaux des jeunes du Rassemblement pour la République (RPR), ce qui m’a permis d’être en contact avec Bruno BourgBroc, député de la Marne, qui cherchait un assistant. A 25 ans, c’était le début de ma carrière et un moyen d’aller plus loin dans mon engagement politique. J’étais militant depuis plusieurs années et il y avait deux formes de participation : la distribution de tracts et cette fonction. Passer du statut de bénévole à celui de professionnel de la politique était une sorte d’aboutissement. Je ne le formalisais pas comme un tremplin, mais c’est une chance qui a permis que la suite se construise naturellement. Quel souvenir en gardez-vous? J’en garde un très bon souvenir. Etre assistant parlementaire, c’est intellectuellement et techniquement très formateur et cela peut aussi représenter de grosses responsabilités très vite et très jeune. Du coup, c’était assez génial. Mais il y a un moment, vers la fin, où je me suis dit qu’il fallait aussi savoir en sortir. On peut en effet vite tourner en rond si on ne sait pas quitter cette fonction. Il faut l’occuper quatre ou cinq ans et arrêter avant 30 ans pour pouvoir évoluer vers d’autres fonctions politiques. Quel regard portez-vous sur l’engagement politique des jeunes aujourd’hui ? Sociologiquement, les jeunes s’engagent moins car les idéologies lourdes et mobilisatrices des années 1970 et 1980 ont disparu. Le fossé entre les politiques et les Français est encore plus marqué chez eux. Ils attendent de moins en moins de leurs représentants. Ils sont donc peu intéressés dans leur globalité par la chose publique, et votent et adhèrent moins aux partis. Mais en réalité, la grande masse s’est toujours peu mobilisée ! Sur le terrain, le taux d’engagement réel militant ne me semble pas baisser.

En conséquence, les collaborateurs parlementaires recrutés par le député, sous contrat de droit privé, mais rémunéré sur de l’argent public, n’ont pas de grille salariale. Chaque élu décide de leur rémunération, qui peut varier de 2000 à 4000 euros pour la même fonction. Si certains sont bien lotis, d’autres trouvent qu’ils gagnent peu au vu des horaires qu’ils pratiquent et et des responsabilités qu’ils assument. Mais plus qu’un simple emploi, pour la plupart, ce métier est avant tout une forme d’engagement politique. « Etre assistant parlementaire n’est pas un métier comme un autre. On ne le fait pas sans partager les convictions du député pour lequel on travaille. Il faut vraiment coller avec ses idées, sinon on devient schizophrène. D’ailleurs, la plupart d’entre nous rêvent d’atterrir en cabinet ministériel », assure une collaboratrice parlementaire qui souhaite rester anonyme. « Je ne suis pas militante, je n’ai pas ma carte parce que j’estime que je donne déjà suffisamment au parti par mon travail, expliquet-elle, mais beaucoup le sont. » C’est par exemple le cas de Gilbert Cuzou, attaché parlementaire de Pascal Cherki, dé-

MEDDTL - A.Bo u is sou

propos recUeillis par l.l.

mercredi 26 mars 2014 Le Monde Campus / 13

d o s s i e r | 2014, les juniors s’engagent autrement
En demande de cadres, la fonction publique territoriale recherche de bons techniciens, un brin politiques, sachant animer des équipes…

Les collectivités locales en quête de managers professionnels
ligne Corinne Delon-Desmoulins, responsable d’un master en management public territorial à l’université Rennes-II, créé il y a dix ans. Les collectivités recherchent des professionnels dans l’ensemble de leurs activités. Lorsque les compétences manquent parmi les fonctionnaires, elles recrutent directement, en contrats à durée déterminée. Quitte à faire passer les concours dans un second temps. Selon le Conseil supérieur de la fonction publique territoriale, en 2010, 11,3 % des non-titulaires étaient en fonction dans des postes de catégorie A, correspondant aux fonctions de direction. Chef de la prospective au Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT), Michel Clouin égrène quelques professions pointues, qui, en tension sur le marché du travail, requièrent des embienvenu : « Aller chercher des subventions demande des compétences particulières », analyse-t-il. Mais, il ne suffit pas d’être spécialiste. « Dans la plupart des cas, les jeunes diplômés seront davantage dans le “faire faire” que dans le “faire”», avertit Michel Clouin. Gérer un projet dans ses dimensions techniques, réglementaires, financières, être en mesure de piloter des équipes… : les cadres territoriaux, y compris les spécialistes, n’échappent pas à ces missions. « Il faut savoir articuler les demandes des élus avec les législations en vigueur », souligne le directeur général des services de la ville de Chelles (Seine-et-Marne), Yannick Klein. Etre force de proposition est essentiel, mais certaines initiatives, même justes, n’aboutissent pas toujours : « On peut dire non, puis oui lorsque le contexte change. L’important est d’avoir créé un lien de confiance avec l’élu », explique-t-il. Proches de l’équipe politique, les fonctionnaires doivent aussi l’être des administrés. A l’heure où l’aménagement d’un territoire est devenu l’affaire des citoyens, attentifs à leur environnement, il faut non seulement les convaincre, mais aussi savoir les associer aux projets menés par la collectivité. Responsable d’un master à Paris-I spécialisé dans l’ingénierie de la concertation, pionnier en France, Loïc Blondiaux forme des étudiants à ces nouvelles compétences : « A Metz, le service de démocratie participative emploie plus de dix personnes. » A eux, maintenant, de faire valoir leur professionnalisme auprès des collectivités. Catherine abou el Khair

es 36 000 communes, 101 départements et 22 régions qui émaillent le territoire français, sans compter les intercommunalités et, bientôt, les métropoles, suggèrent à elles seules l’étendue des emplois existants dans la fonction publique territoriale. Les collectivités freinent leurs recrutements, mais les départs à la retraite de nombreux fonctionnaires territoriaux jouent en faveur des jeunes diplômés. Bien menées, les carrières peuvent être rapides : « A moins de 30 ans, une jeune administratrice territoriale est devenue directrice générale adjointe au sein de la communauté d’agglomération de SophiaAntipolis », constate Stéphane Pintre, directeur général des services à la commune d’Antibes (Alpes-Maritimes) et président du Syndicat national des directeurs généraux des collectivités territoriales (SNDGCT). Des formations en master enseignent les fondamentaux de la gestion d’une collectivité, au carrefour du droit public, de l’économie et du management. Et préparent aux concours administratifs, obligatoires pour évoluer dans la fonction publique territoriale. « On savait qu’on répondait à une demande. Et nos étudiants sont sollicités dans d’autres régions, par exemple, en banlieue parisienne », sou-

L

des places sont à prendre dans de nombreux métiers : ingénieurs, économistes, contrôleurs de gestion, médecins, infirmières…
plois contractuels : ingénieurs, contrôleurs de gestion, médecins, infirmières. Des places sont aussi à prendre pour les économistes, au sein des services de développement territorial, domaine dans lequel « les collectivités sont de fait en concurrence entre elles », constate-t-il. « Assurer l’interface avec les entreprises et les institutions financières est une compétence rare parmi les fonctionnaires », note-t-il. Et savoir faire du lobbying est

14 / Le Monde Campus mercredi 26 mars 2014

Vous les avez manqués ?
Retrouvez tous les

HORS-SÉRIES
HORS-SÉRIE
UNE VIE, UNE ŒUVRE

du Monde sur

www.lemonde.fr/boutique
ou à la boutique du Monde, 80, bd Auguste-Blanqui, 75013 Paris

Ma Marcel Pr Proust

Àl l’ombre de l’imaginaire

Toutes les lectures de la Recherche, par Jean-Paul et RaphaëlEnthoven

HORS-SÉRIE

0123

L’ENJEU DES ÉLECTIONS DU PRINTEMPS 2014

Afrique CFA 5 500 F CFA, Allemagne 8,50 €, Antilles-GuyaneRéunion 8,50 €, Autriche 8,50 €, Belgique 8,50 €, Canada 12,75 $C, Etats-Unis 12,95 $US, Grande-Bretagne 6,50 £, Grèce 8,50 €, Italie 8,50 €, Luxembourg 8,50 €, Maroc 90 DH, PaysBas 8,50 €, Portugal cont. 8,50 €, Suisse 12,50 CHF, TOM avion 1 600 XPF, Tunisie 9,80 DT.

INDE IND IN D E le reveil

d o s s i e r | 2014, les juniors s’engagent autrement
A 18, 21 et 28 ans, ils ont choisi la carrière politique. Tous trois ont en commun l’envie d’agir auprès de leurs concitoyens et celle d’investir les affaires publiques, tout en poursuivant leurs études ou en travaillant.

Hugo, Nicolas, Anthony lancés dans la course aux municipales
ertains de ses amis le surnomment « Sarkozy ». Certes, Hugo Hervieu a sa carte à l’UMP depuis deux ans, mais, au-delà de son dynamisme, la comparaison s’arrête là. A 18 ans, il est candidat aux municipales à Beuzeville, une petite commune de l’Eure de 4 300 âmes. Le plus jeune candidat de France. Féru de politique, Hugo Hervieu a décidé « de mettre sa passion au service des Beuzevillais » et s’est présenté en septième position sur la liste de centre-droit « Ambition Beuzeville ». Anthony Pitalier, lui, était parfois surnommé «l’extraterrestre» lorsqu’il était enfant. Ses copains n’ont pas toujours compris pourquoi il ne manquait jamais les questions au gouvernement retransmises en direct de l’Assemblée nationale. Ce jeune socialiste, titulaire d’un master d’histoire, s’est présenté à la tête d’une liste d’union de gauche au Château-d’Olonne, en Vendée. Les militants de sa commune l’ont choisi pour ses compétences : même s’il n’a que 28 ans, Anthony ne manque pas d’expérience. Ancien assistant d’Elisabeth Guigou, il est aujourd’hui le collaborateur de deux députés à l’Assemblée nationale. Un métier de passion qu’il exerce parallèlement à sa campagne électorale. «Tout est une question d’organisation», estime-t-il. «Organisation», un mot d’ordre que partage Nicolas Chevalier-Roch. A 21 ans, ce collaborateur d’un élu francilien poursuit des études de droit tout en étant le candidat de Debout la République à Mulhouse, en Alsace. Contrairement aux deux précédents, il n’en est pas à sa première campagne. Déjà, en 2011, il a représenté son parti aux élections cantonales, puis s’est présenté aux législatives en 2012. Son ambition : «Agir pour redresser Mulhouse.» En 2008, 29919 jeunes de 18 à 30 ans se sont

C

présentés aux municipales, ce qui représente seulement 10 % des candidatures des communes de plus de 3500 habitants. Pourtant, les élus les sollicitent. Pour toucher ainsi un électorat plus jeune, certes, mais pas seulement. «L’arrivée d’un jeune

16 / Le Monde Campus mercredi 26 mars 2014

Dr

A 18 ans, Hugo Hervieu, militant à l’UMP, est le plus jeune candidat de France. Etudiant en première année de droit, il se présente en septième position sur une liste à Beuzeville (27).

dans une équipe bouscule les habitudes, ce qui est une excellente chose, car les habitu­ des sont mauvaises en politique», explique Daniel Guiraud, candidat en tête de la liste sur laquelle se présente Hugo Hervieu. Hugo, Anthony et Nicolas partagent la même volonté d’engagement, une envie de «rendre service» aux citoyens de leur commune et ont décidé de faire de leur âge un atout. «Il faut insuffler un renouveau de la classe politique et arrêter avec les élus qui sont à la tête d’une commune depuis trop longtemps», confie Nicolas Chevalier-Roch,

Dr

A 21 ans, Nicolas Chevalier-Roch est tête de liste à Mulhouse (68) sous la bannière du mouvement Debout la République, dont il est adhérent. Il poursuit des études de droit et travaille comme collaborateur avec un élu francilien.

Dr

A 28 ans, Anthony Pitalier est titulaire d’un master d’histoire. Ce militant socialiste collabore avec deux députés à l’Assemblée nationale et se présente en tête d’une liste d’union de la gauche au Château-d’Olonne (85).

avant d’ajouter : «Je n’ai pas de passé politique, pas de casseroles. C’est plus facile pour rassembler des partisans.» «Ce n’est pas parce que l’on est jeune que l’on ne comprend pas les préoccupations des plus âgés», estime Anthony Pitalier. Car jeune ne veut pas dire incompétent. «Le sens des responsabilités, je l’ai, clame Hugo Hervieu. A 14 ans, j’étais président d’une association.» C’est d’ailleurs pour cela que Daniel Guiraud l’a inscrit sur sa liste. «Hugo a des idées pertinentes sur des sujets qui concernent tout le monde.» Si Nicolas Chevalier-Roch n’envisage pas forcément de faire carrière en politique, Hugo Hervieu lui, admire celle de Nicolas Sarkozy. Il rêve du ministère de l’intérieur mais garde les pieds sur terre. «Il ne faut pas griller les étapes. C’est pour cela que je ne me suis pas présenté comme tête de liste dès

mens, je me focalise sur mes études, mais,, avant les élections, je me donne à fond», détaille Hugo Hervieu, étudiant en première année de droit. «Etre élu n’est pas un métier. Je ne peux donc pas me permettre d’arrêter ma carrière professionnelle», estime Anthony Pitalier, qui a mis en sommeil sa thèse sur Elisabeth Guigou mais poursuit son travail de collaborateur parlementaire. Un rythme soutenu qui implique de nombreux allers-retours entre Paris et Le Château-d’Olonne. Qu’importe. «Si je suis élu, je travaillerai à l’Assemblée nationale à mi-temps. Il y a une équipe derrière le maire, il ne faut pas tout personnaliser.» Nicolas Chevalier-Roch partage cette conviction. Lui mène de front études de droit, travail auprès d’un élu et campagne électorale. Tous les week-ends, il rentre chez lui, à Mul-

house. «On ne peut pas faire de plans de carrière en politique. C’est pour cela que j’ai choisi de poursuivre des études de droit pour avoir un métier, car la politique n’est pas un métier.» Jeunes ou non, ils mènent tous les trois leur campagne comme les autres élus. «J’aime beaucoup aller rencontrer les habitants, échanger avec les commerçants. Les gens mécontents font partie du package», sourit Hugo Hervieu. Au Château-d’Olonne, Anthony Pitalier s’attend à une triangulaire au second tour. «En janvier, j’ai organisé ma première réunion publique dans une salle comble, j’étais très content», se souvient-il, optimiste sur ses chances d’être élu. «On y va pour gagner, mais il ne faut jamais sous-estimer ses adversaires», martèle le candidat, avant d’ajouter : «J’espère qu’ils ne me sous-estiment pas non plus!» Angélique MAngon

« Les enjeux communaux ne sont pas très bien décodés par les jeunes »
analyse

sociologue, directrice de recherche au CNRS
Dr

anne muxel,

« Un mandat électif est indispensable poUr entrer en politiqUe, car seUl le sUffrage Universel confère la légitimité » Anthony PitAlier
ma première campagne», explique-t-il. Première étape donc : conseiller municipal. «Un poste tremplin. Je ne viens pas d’une famille engagée dans la politique, alors cela me permettrait d’acquérir une expérience de terrain et de la notoriété», ajoute le jeune candidat. Une idée que partage Anthony Pitalier, qui travaille aujourd’hui dans l’ombre des élus. «Un mandat est indispensable pour lancer une carrière politique, car seul le suffrage universel confère une légitimité», pense-t-il. Ces trois jeunes sont ambitieux, mais réalistes : faire carrière en politique et vivre de son mandat n’est pas chose aisée. Alors ils font du porte-à-porte, distribuent des tracts et organisent des réunions publiques tout en poursuivant leur activité professionnelle ou leurs études. «Il suffit de définir les priorités. En période d’exa-

a l’élection présidentielle de 2012, selon l’insee, 19 % des inscrits de moins de 25 ans n’ont pas voté, alors qu’aux municipales de 2008, le taux d’abstention atteignait les 53,9 % chez les 18-24 ans. comment expliquer une telle différence entre les deux scrutins? Cela peut sembler paradoxal, car le maire et les conseillers municipaux sont les élus qui ont l’image la plus positive auprès des jeunes électeurs. Cependant, ces derniers ne décodent pas très bien les enjeux municipaux. De plus, ils ne perçoivent pas bien les clivages qui peuvent exister entre candidats au niveau municipal. Or, c’est lorsqu’il y a vraiment une compétition, un vrai clivage, que la participation des électeurs est la plus importante. Ajoutons que les jeunes lisent peu la presse locale et assistent peu aux réunions publiques. selon vous, la participation peut être appréhendée comme un effet d’âge. qu’est-ce-que cela signifie ? On remarque une période de retrait dans le vote des jeunes, que j’appelle

le moratoire électoral des années de jeunesse. Les électeurs votent une première fois à 18 ans lorsqu’ils ont le droit de vote et se retirent ensuite entre 22 ans et la trentaine. Il faut attendre la quarantaine pour avoir une participation égale à la moyenne. Cela s’explique par le fait que le temps de la jeunesse est une période de construction identitaire mais aussi par des raisons pratiques. Les jeunes ne travaillent pas forcément dans la commune où ils sont inscrits. Ils sont mobilisés par des questions de logement, d’études, de travail ou de construction de leur vie amoureuse, qui peuvent les détourner de la politique. vous distinguez les abstentionnistes « hors jeux » et les abstentionnistes « dans le jeux ». quelle différence ? Les abstentionnistes « hors jeux » sont des abstentionnistes qui sont indifférents à la politique. Ils sont en retrait. Alors que les abstentionnistes « dans le jeux » s’intéressent à la politique et peuvent même se sentir proches d’un parti. A travers leur abstention, ces derniers expriment un message politique, qui est souvent la traduction d’un mécontentement.

ProPos recueillis PAr A. M.

mercredi 26 mars 2014 Le Monde Campus / 17

d o s s i e r | 2014, les juniors s’engagent autrement
Afin que les futurs responsables politiques et économiques soient mieux connectés avec le monde réel, le think tank Cartes sur table propose d’intégrer le volontariat social dans les cursus universitaires.

Et si les masters instituaient un engagement citoyen obligatoire ?
jeunes issus de milieux défavorisés d’accéder à ces cursus sélectifs. C’est très bien, mais c’est une ouverture sociale unilatérale et donc insuffisante», précise l’agrégé. Le rapport propose ainsi l’instauration d’un engagement citoyen de terrain, commun à l’ensemble des formations de type master et grandes écoles, à travers des dispositifs inclus par les établissements dans leur projet pédagogique. Des actions existent déjà, en France comme à l’étranger. Du «stage de formation humaine» de l’Ecole polytechnique à la «pédagogie par l’action citoyenne» proposée par l’ESC Dijon, il ne s’agit pas de proposer un dispositif national qui s’appliquerait indifféremment à l’ensemble des étudiants, mais que chaque établissement élabore un projet qui lui soit propre. «Les modules d’engagement étuCartes sur table se veut obligatoire. «Le cœur de l’idée, c’est de responsabiliser les élites. Il faut atteindre cette population qui n’est pas déjà sensibilisée à l’esprit de solidarité, qui n’irait pas spontanément s’engager», précise Maxime Gfeller. Associer engagement sincère et contrainte, voilà qui peut faire grincer des dents. «Le risque existe que cet engagement soit perçu comme une corvée. Mais, si le contenu et les modalités sont suffisamment souples, chacun doit pouvoir y trouver son compte», poursuit Jean-Baptiste Mauvais. Autre critique qu’essuient les auteurs du rapport : le stage citoyen ne serait qu’une version allégée du service civique. Peut-être allégée, sûrement plus réaliste, affirme Maxime Gfeller. «Mettre entre parenthèses une année d’études comme l’impose le service civique est une idée jacobine, et trop coûteuse. Agir de manière décentralisée et diffuse est bien plus efficace.» Même son de cloche du côté de Jean-Baptiste Mauvais : «Quantitativement, c’est peut-être une version light du service civique. Mais pas en termes d’impact. Il s’agit de toucher les managers de haut niveau, les futurs responsables politiques économiques et culturels.» Reste à voir comment le rapport sera reçu par lesdites élites. Sur le principe, l’initiative est plutôt bien accueillie. Sa mise en place risque d’être plus compliquée. «En termes de gestion d’un établissement, introduire un projet de cette envergure, c’est risquer de se heurter aux humeurs du corps enseignant et étudiant», reconnaît JeanBaptiste Mauvais. Mais l’agrégé insiste : «L’actualité est émaillée d’affaires illustrant des élites déconnectées de la réalité. On doit s’interroger sur le rôle de l’éducation dans la prise de conscience des réalités sociales.» Margherita Nasi

lasses préparatoires, Normale-Sup, Sciences Po, HEC… Dans les parcours de l’élite française, les variantes sont nombreuses. Mais le principe reste le même: grimper les échelons d’écoles renommées pour leurs formations prestigieuses. «Les élites évoluent en vase clos», ironise Julia Cagé, vice-présidente du think tank Cartes sur table. Ce parcours, Jean-Baptiste Mauvais l’a vécu : «Lorsque j’étais étudiant à l’ENS Lyon, nous avions, comme dans toutes les grandes écoles, la possibilité de nous engager au sein d’une association, mais cela restait facultatif. Certains camarades me semblaient assez déconnectés de la réalité, et je me disais déjà, à l’époque, que ce serait salutaire qu’ils aient l’occasion d’être confrontés à des aspects du monde social qui leur étaient étrangers, alors que nous sortions de prépas bien souvent remplis de certitudes et avec l’impression trompeuse de presque tout savoir. » Dix ans plus tard, devenu professeur d’allemand, il n’a pas changé d’avis. Il vient de rédiger, avec Maxime Gfeller, «L’Ouverture sociale autrement. Promouvoir l’engagement citoyen étudiant», un rapport publié en janvier par Cartes sur table. L’objectif : éviter que les futurs responsables économiques et politiques ne soient déconnectés des réalités sociales. «Nous avons du mal à conceptualiser l’ouverture sociale autrement que sous la forme permettant à des

C

« Le risque existe que ce soit perçu comme une corvée. mais si Le contenu et Les modaLités sont assez soupLes, chacun doit pouvoir y trouver son compte » JeaN-Baptiste Mauvais, du think tank Cartes sur table

diant citoyen ne sauraient se cantonner à une ou deux formes privilégiées de type soutien scolaire en établissement difficile, écrivent les auteurs du rapport. Toutes sortes d’autres formes d’engagement sont possibles : visites à des personnes âgées ou à des enfants malades, activités au sein d’associations agréées et partenaires – Restos du cœur, Secours populaire, Croix-Rouge –, visites guidées de lieux patrimoniaux à destination de publics éloignés de telles pratiques culturelles…» S’il est souple dans ses formes, l’engagement citoyen proposé par

18 / Le Monde Campus mercredi 26 mars 2014

d o s s i e r | 2014, les juniors s’engagent autrement

Explorer les bonnes pratiques à l’étranger pour trouver le bon concept »

Entretien avec Alexandre Pini

Diplômé de l’Icam de Vannes, Alexandre Pini, 24 ans, a commencé en octobre 2013 un tour du monde d’un an, avec son camarade Matthieu Vin. Objectif : s’inspirer des idées des entrepreneurs étrangers pour monter son projet

Q

uelle est la finalité du tour du monde que vous avez entrepris en octobre 2013? Depuis tout petit, je me sens l’âme d’un entrepreneur. Mais j’ai beau disposer de bonnes capacités relationnelles et d’un certain leadership, cela ne suffit pas. Pour monter une entreprise, il faut d’abord trouver un concept révolutionnaire et établir un business model adéquat. Avant de me lancer, j’ai donc décidé d’aller explorer les bonnes pratiques à l’étranger. Bien sûr, j’aurais pu me contenter de consulter les sites qui présentent les nouvelles idées de business à travers le monde. Mais rien de tel que de découvrir de l’intérieur un concept innovant, d’essayer soimême le dernier produit, de voir de ses yeux les files d’attente devant le dernier magasin à la mode. Le philosophe Taine disait : «On voyage pour changer, non de lieu, mais d’idées.» Je n’ai vraiment compris le sens de cette phrase qu’en 2011, en me plongeant dans le livre Le monde est à nous. Le tour dumonde des nouvelles idées du business (J.-C. Lattès, 2004). Laurent Edel et son épouse Chine Lanzmann y retracent le tour du monde qu’ils ont effectué en 2003 pour repérer les tendances des projets économiques émergents. Ça m’a servi de déclic… Dès mon retour en France, j’ai créé, avec Matthieu Vin, un camarade de promotion rencontré à l’Institut catholique d’arts et métiers (Icam) de Vannes. Nous avons réa-

lisé un dossier de présentation, sollicité des partenaires pour la réalisation technique et financière… Et nous avons levé les voiles, le 17 octobre 2013. Qu’avez-vous emporté dans votre valise? En dehors de mes vêtements, l’essentiel de ma valise est constitué de cartes de visite, d’un protège-dents pour me permettre d’assouvir ma passion pour la boxe, de deux chargeurs d’iPhone, de tours Eiffel miniatures que j’offre aux interlocuteurs que je rencontre, et d’un livre, 25 génies des affaires qui ont changé le monde [de Rhymer Rigby, Dunod, 2011].

« riEn dE tEl quE dE découvrir dE l’intériEur un concEPt innovAnt, d’EssAyEr soi-mêmE lE dErniEr Produit… »
Quel bilan tirez-vous de votre première halte en Australie? Pour bien nous imprégner de la culture locale, nous avons choisi de rester trois mois dans la même ville, Sydney. La première semaine, nous nous sommes fait héberger par un ancien ingénieur de l’Icam. Cela nous a laissé le temps de trouver un logement et plusieurs petits boulots. J’ai notamment improvisé du lavage de voiture aux feux rouges, expérimenté la vente et la publicité de rue et travaillé en cuisine dans un restaurant qui venait d’ouvrir ses portes. Cette expérience m’a permis, non seulement de perfectionner mon anglais, mais aussi de découvrir le secteur de la restauration et de participer, de l’intérieur, à la création d’une entreprise… Au

cours de ces trois mois, j’ai aussi eu l’occasion de rencontrer un grand nombre d’entrepreneurs, comme Jérémy Daunay, qui importe, distribue et lance des innovations françaises en Australie. De ces échanges, j’ai tiré plusieurs leçons importantes, notamment importer du made in France, favoriser l’économie collaborative ou encore jouer sur la fibre patriotique. Quel accueil les entrepreneurs que vous rencontrez vous réservent-ils? Il n’est pas forcément évident d’attirer l’attention des grands chefs d’entreprise sur notre projet ni d’immobiliser des créneaux de rendez-vous dans leur agenda. Mais globalement, notre démarche suscite beaucoup de curiosité. Et la solidarité française fonctionne plutôt bien à travers le monde. Aujourd’hui, vous sentez-vous prêt à vous lancer? J’ai déjà quelques idées de business mais j’attends la fin de notre projet pour me fixer. Cela me permet, en attendant, de m’enrichir de rencontres et d’expériences. Je souhaite néanmoins ne pas trop tarder à me lancer, tout simplement parce que j’en ressens le besoin. En cas d’échec, je serai également plus apte à me relever à 25 ans qu’à 40, avec une famille à charge et des crédits sur le dos. Mais je ne me mets aucune pression sur les épaules… Monter votre boîte à l’étranger, vous y songez? Pourquoi pas ? Un patron globe-trotteur peut bâtir une vision mondiale de son business et cibler l’endroit le plus adapté à son activité. Mais il ne s’agit pour l’instant que d’une hypothèse. Ce sont les opportunités professionnelles et les potentiels de développement qui en décideront… ProPos recueillis Par elodie chermann

20 / Le Monde Campus mercredi 26 mars 2014

Libre à vous d’évoluer…

…avec un Groupe qui porte vos ambitions

le groupe la poste reCrute plusieurs milliers de collaborateurs
En nous rejoignant, vous intégrez un grand groupe de services. L’ambition du Groupe La Poste : devenir le leader européen des services et des échanges, tout en restant fidèle à ses valeurs. Le Groupe La Poste, c’est aujourd’hui plus de 250 sociétés, rassemblant 260 000 collaborateurs. la force du Groupe, c’est vous !
Retrouvez toutes les informations sur : www.laposte.fr/recrute

d o s s i e r | 2014, les juniors s’engagent autrement
Un programme permet aux nouveaux créateurs d’entreprise d’aller se former auprès d’un patron chevronné d’un autre Etat de l’Union européenne.

Je suis un jeune entrepreneur et je pars en Erasmus
pas d’un Erasmus étudiant bis, pas question de se la couler douce ! », prévient Typhaine Beaupérin-Holvœt. Les conditions d’accès garantissent donc la motivation des participants. Les chefs d’entreprise en herbe doivent prouver leur intention entrepreneuriale en produisant un business plan détaillé, ou avoir lancé leur affaire depuis moins de trois ans. Ils doivent aussi démontrer leur connaissance du secteur d’activité choisi et fournir un plan de travail concret pour leur échange. De son côté, l’entrepreneur chevronné, gérant depuis au moins trois ans, doit s’engager à transmettre son expérience. Au total, il faut prévoir deux mois de délai en moyenne entre l’inscription et le départ. dans le vélomobile (cycles couchés équipés de carrosserie) a ainsi pu faire l’apprentissage indispensable à son activité : « J’étais passionné par ces bicyclettes. En 2009, j’ai donc passé six mois chez Leitra, à Copenhague, auprès de son inventeur. A 77 ans, il m’a transmis toutes ses connaissances. Aujourd’hui, je suis le seul en France à savoir fabriquer ce type de carrosserie », assure cet ingénieur. « L’objectif est aussi de développer les échanges commerciaux au niveau européen », ajoute Typhaine Beaupérin-Holvœt. En recevant un jeune créateur d’entreprise roumain, Stéphane Peirin, gérant du Label Ekbelek, producteur, programmateur et diffuseur de concerts, a ainsi pu développer son activité dans ce pays d’Europe de l’Est, en y programmant une tournée musicale cet été. De son côté, Lucian Popescul ouvre les portes du marché français pour son entreprise d’intérimaires en provenance de Roumanie. « Je lui apprends à préparer des mails types, je lui explique les saisons et les secteurs où son offre pourrait intéresser, je l’amène à des salons pour qu’il constitue un réseau et je l’éclaire sur les aides à l’entrepreneuriat existantes, puisqu’il veut se baser en France », détaille le patron expérimenté. Au total, 1 887 jeunes entrepreneurs, dont 69 français, ont profité du programme depuis cinq ans : « Juste après leur participation, 94 % des jeunes entrepreneurs et 85 % des accueillants déclarent que le programme les a aidés à développer leur business », souligne Typhaine Beaupérin-Holvœt. Le programme, projet-pilote jusqu’en 2012, a été pérennisé par l’Union européenne, avec un budget de 55 millions d’euros pour 2014-2020. Léonor Lumineau

rasmus, ce n’est pas que pour les étudiants ! Inspiré du succès du dispositif universitaire – plus de 3 millions d’échanges depuis sa création en 1987 –, le programme « Erasmus pour jeunes entrepreneurs » (www.erasmus-entrepreneurs.eu/) permet aux créateurs d’entreprise d’aller passer un à six mois en immersion auprès d’un patron expérimenté d’un autre pays de l’Union européenne (UE). Le système est gagnant-gagnant : recueil d’expérience contre aide apportée par le « stagiaire ». Les bourses, qui sont accordées par des organisations intermédiaires de terrain (chambres de commerce, incubateurs, associations) varient de 560 euros à 1 100 euros mensuels, selon le coût de la vie dans le pays d’accueil. « Il manquait un dispositif pour les entrepreneurs au niveau européen. Et qu’à-t-on d’efficace à ce niveau-là ? L’échange ! », s’enthousiasme Typhaine BeaupérinHolvœt, du bureau d’assistance du programme au sein d’Eurochambres (l’association des chambres de commerce et d’industrie européennes). Pour se trouver, les petits patrons européens utilisent une base de données qui regroupe les fiches descriptives de chacun des inscrits, tous secteurs confondus. Reste ensuite à se mettre en contact et à lancer le processus en cas d’accord réciproque. Mais attention, « il ne s’agit

E

« Passionné Par les vélomobiles, j’ai Passé six mois à CoPenhague auPrès de l’inventeur qui m’a transmis ses ConnaissanCes. aujourd’hui, je suis le seul en FranCe à savoir les Fabriquer » SyLvain Lemoine, à la tête de Vélovergne
Pour l’architecte Hugo Luque, en Erasmus pour six mois chez Plastique Fantastique, de Berlin (Allemagne), spécialisé dans les projets éphémères en plastique gonflable, c’est la formule parfaite : « J’apprends le côté administratif qui me manque : faire des devis, estimer des coûts, démarcher les clients. Je me constitue aussi un réseau précieux. En échange, je permets à mon entrepreneur d’accueil d’avoir une aide sans frais et de nouvelles idées », explique ce jeune Espagnol de 31 ans. Pour certains, c’est même l’occasion de recueillir un savoir-faire unique. Sylvain Lemoine, à la tête de Vélovergne, une entreprise auvergnate spécialisée

22 / Le Monde Campus mercredi 26 mars 2014

AUDIT • CONSEIL • FISCALITÉ ET DROIT • TRANSACTIONS

Ernst & Young devient EY.

© 2014 Ernst & Young et Associés - Studio EY - 1403SG551 - Crédit photo : Thinkstock

EY, cabinet préféré des étudiants

© 2014 Ernst & Young et Associés - Studio EY - 1403SG551 - Crédit photo : Thinkstock

Merci à tous les étudiants de nous avoir élu pour la 11e année consécutive dans le Top 10 des employeurs les plus attractifs et 1er cabinet d’audit et de conseil*.

Merci à tous étudiants de nous avoir et élu Partout dansles le monde, notre expertise lapour qualité e la 11 année consécutive dans le Top 10 des employeurs de nos services contribuent à créer les conditions de les plus attractifs et 1er cabinet et de financiers. conseil*. la confiance dans l’économie et d’audit les marchés Nous faisons grandir les talents afin, qu’ensemble, ils Partout dans le monde, notre expertise et la qualité accompagnent les organisations vers une croissance de nos services contribuent à créer les conditions de pérenne. la confiance dans l’économie et les marchés financiers. Nous faisons grandir les talents afin, qu’ensemble, ils Et notre engagement envers nos équipes commence accompagnent les organisations vers une parcours croissance avec cette promesse : quel que soit votre pérenne. avec nous, l’expérience EY dure toute une vie. Et notre engagement envers nos équipes commence www.ey.com/fr/carrieres avec cette promesse : quel que soit votre parcours avec nous, l’expérience EY dure toute une vie. www.ey.com/fr/carrieres

* Cabinet d’Audit et de Conseil référencé par le sondage Universum 2014 - Classement des écoles de management.

mobilité
Un cadre de vie préservé, de belles opportunités de carrière, nombre de juniors se disent prêts à changer de région. Pour les convaincre, les collectivités locales emploient les grands moyens.

Les régions françaises s’arrachent les jeunes diplômés

L

e soleil ? Les cigales ? Tout ça, il a dû faire une croix dessus ! En septembre 2013, Guillaume Ghenassia, 26 ans, a quitté Marseille pour s’exiler au Havre. « Après mes études d’ingénieur à l’Ecole Supmeca, à Paris, j’ai eu beaucoup de mal à trouver du travail , raconte-t-il. En un an, j’ai passé une bonne trentaine d’entretiens. » Sans succès. Alors quand la société de conseil et d’ingénierie (SSII) Alten lui a proposé un poste au Havre, le jeune homme n’a pas hésité une seconde. D’après une étude de l’Association pour l’emploi des cadres (Apec) publiée en 2012, 69 % des jeunes diplômés et 76 % des jeunes cadres se disent prêts, eux aussi, à migrer vers d’autres cieux. « Mais ils se heurtent à un

principe de réalité, constate Pierre Lamblin, directeur du département études et recherche à l’Apec. Ils craignent notamment de ne pas trouver un emploi correspondant à leur qualification et à leur niveau de rémunération actuel. » D’autres freins peuvent également peser sur leur mobilité : un marché immobilier tendu, un enclavement territorial, un réseau de transports peu développé ou encore une offre de services et de loisirs limitée. Pour surmonter les résistances, les collectivités territoriales doivent donc déployer des trésors d’imagination. « Notre tissu économique a beau être constitué de nombreux grands groupes dynamiques, nous peinons toujours à attirer les hauts potentiels , regrette Aurélie Gaffet, chargée de mission tertiaire à l’agence Le Havre développement. Afin de mieux faire connaître les opportunités d’emploi offertes sur notre secteur, nous participons donc, depuis trois ans, au salon Provemploi, qui s’adresse aux Franciliens tentés par la province. En complément, nous préparons une boîte à outils avec film vidéo et photos qui permettra aux entreprises locales de mieux mettre en valeur les atouts de notre territoire. »

Confectionner de belles plaquettes en papier glacé, c’est bien. Mais pour attirer le chaland, rien de tel que de s’adresser à son porte-monnaie. Ça, l’Allier l’a parfaitement compris. En témoigne la vaste campagne de communication qu’a lancée le conseil général, en 2006, pour drainer de jeunes internes en médecine. Des affiches d’inspiration western avec un gros « Wanted » placardé en lettres capitales, trois minois souriants, et en dessous, le montant alléchant de la mise à prix. « Sur les 300 médecins généralistes de l’Allier, une centaine va partir à la retraite d’ici cinq ans, explique Marie-Béatrice Venturi-

Pour trouver des médecins, l’Allier A lAncé un système de bourse d’étude. Au totAl, 38 000 euros en trois Ans
ni-Lenoir, responsable de la mission Accueil Allier au conseil général. Pour éviter la désertification médicale, nous avons donc mis en place un système de bourses d’études. » Le principe ? Tous les étudiants en médecine de troisième cycle qui en font la demande, bénéficient d’un pécule

de 700 euros par mois la première année, 1 000 euros la deuxième année et 1 500 euros la troisième, soit 38 400 euros au total. En contrepartie, ils s’engagent à poser leurs valises dans le département pendant au moins six ans. La recette, également expérimentée en Lozère et dans la Manche, fonctionne plutôt bien. En huit ans, 25 candidats ont répondu à l’appel dont 10 extérieurs à l’Auvergne. Roumaine d’origine, Andreea Caruana a atterri à Clermont-Ferrand en 2010 pour y suivre son internat. Et n’en est jamais repartie. «Mon mari a toutes ses attaches professionnelles et personnelles en Auvergne, explique-t-elle. Alors, quand je suis tombée sur l’annonce du conseil général de l’Allier, j’ai tout de suite sauté sur l’occasion. L’hôpital, ce n’était pas mon truc. Moi, je voulais devenir médecin de campagne pour suivre mes patients dans la durée et disposer de plus d’autonomie.» Son rêve est devenu réalité en novembre 2013. «J’ai ouvert mon cabinet à Broût-Vernet, un village rural de 1300 âmes, témoigne-t-elle. Pouvoir s’équiper sans débourser un centime de sa poche, je dois reconnaître que c’est un vrai luxe!»

24 / Le Monde Campus mercredi 26 mars 2014

LE CHOIX DES JEUNES CADRES ET DES JEUNES DIPLÔMÉS
Régions jugées les plus attractives...
par les jeunes cadres, en % par les jeunes diplômés, en %

... pour la qualité de la vie
24 29 NORD-PASDE-CALAIS

... pour le dynamisme économique
39 42

52 49 55 53
ÎLE-DE- 31 FRANCE

46 78 80

31 30
ALSACE

94 95 27 32 42 40 89 83

29 32

BRETAGNE

PAYS DE LA LOIRE

75

66 78 74

65 59

RHÔNE-ALPES

74 77

47 47 52 49 31 34 63 64

AQUITAINE MIDI-PYRÉNÉES

LANGUEDOCROUSSILLON

PROVENCE-ALPESCÔTE D'AZUR

Régions conciliant le mieux qualité de la vie et dynamisme économique

Les carabins ne sont cependant pas les seuls à avoir droit au tapis rouge en Auvergne. Les jeunes porteurs de projets aussi. Diplômé de l’école des Gobelins à Paris, Hans Lemuet, 24 ans, a ainsi eu la chance d’intégrer, en 2011, une résidence d’entrepreneur à Clermont-Ferrand. «C’est le même principe qu’une résidence d’artiste, précise-t-il. Pour nous permettre de concrétiser notre idée d’activité, on nous offre une formation administrative et juridique de trois mois, un salaire de 1 000 euros net mensuels pendant six mois, plus une enveloppe de 3 000 euros pour couvrir les frais de déplacement et d’installation.» Résultat : quand sa société, Etamin Studio, a officiellement été lancée en 2012, la réussite a été immédiate. 100 000 euros de bénéfices engrangés dès la première année et une première récompense aux Favourite Website Awards.

NORD-PASDE-CALAIS

Part de jeunes cadres et de jeunes diplômés citant la région parmi celles conciliant le mieux dynamisme économique et qualité de la vie, en % ALSACE Moins de 10 % De 10 à 25 % De 25 à 50 % RHÔNE-ALPES Plus de 50 %

ÎLE-DE-FRANCE* BRETAGNE PAYS DE LA LOIRE

L’auvergne tente d’attirer Les jeunes pousses en Leur offrant une formation, six mois de saLaire et en couvrant Leurs frais d’instaLLation…
Subventions, prêts donneurs, logement gratuit, incubateurs…, chaque territoire a son secret pour s’assurer les faveurs des créateurs d’entreprise en herbe. Déterminé à accélérer sa reconversion industrielle, l’Aube organise, chaque année, les journées «Plug & Start» et «Plug & Start Campus» destinées à détecter et accompagner les meilleurs potentiels. Dans le cadre du dispositif Place aux jeunes, l’Ardèche propose, elle, des séjours exploratoires de six jours pour aider les volontaires à formaliser un projet professionnel dans le département. Depuis 2002, 83 jeunes ont ainsi bénéficié du dispositif.

AQUITAINE MIDI-PYRÉNÉES LANGUEDOCROUSSILLON PROVENCE-ALPESCÔTE D'AZUR

* ÎLE-DE-FRANCE : 28 % des jeunes diplômés et 19 % des jeunes cadres

Source : « L'attractivité des régions françaises pour les cadres et les jeunes diplômés (2011) », APEC 2012

mercredi 26 mars 2014 Le Monde Campus / 25

mobilité
Des talents aux quatre coins du pays
Edwin AzzAm, un FrAnçAis sous lEs FEux dE Hollywood il se pince encore pour y croire… A 28 ans, Edwin Azzam, cofondateur de la société stereolabs, fera équipe avec le réalisateur James Cameron sur le tournage d’Avatar 2 en octobre prochain. sa technologie en 3d, mise au point en 2007 dans les laboratoires de l’institut d’optique d’orsay (Essonne), a en effet été plébiscitée pour traiter, en temps réel, toutes les images du film. Et son succès n’est sans doute pas près de s’arrêter. «Mes deux associés et moi sommes actuellement en discussion avec les Chinois pour introduire notre logiciel sur leur marché», raconte le jeune ingénieur de 28 ans, lauréat du Concours national de la recherche en 2007. Pour soutenir son développement à l’international, stereolabs, qui compte aujourd’hui 10 salariés, prépare donc une levée de fonds destinée à financer l’ouverture de nouveaux locaux commerciaux à los Angeles et Hongkong. «Pas question en revanche de déménager la R&D, insiste Edwin. Pour des entrepreneurs spécialisés dans la high-tech, le campus du sud de Paris représente un vivier de compétences inestimable.» sPAs BAlinov démoCrAtisE l’EsPACE il y a cinq ans, il bidouillait des prototypes de fusées dans son petit club étudiant de l’institut national des sciences appliquées (insa) à lyon. Aujourd’hui, spas Balinov dirige novanano, une start-up lyonnaise de 5 salariés, pionnière sur le marché des nanosatellites. A tout juste 30 ans, le jeune Bulgare, lauréat du Concours national d’aide à l’innovation en 2010, joue déjà dans la cour des grands. le 19 avril 2013, dans le sillage du lanceur soyouz à Baïkonour, au Kazakhstan, il a ainsi inauguré officiellement son système de déploiement Flymate permettant de placer en orbite de petits satellites. «Notre mission consiste à prendre en charge tous les aspects techniques, logistiques et réglementaires du vol, explique spas Balinov. De la conception du nanosatellite à son intégration sur le lanceur, en passant par la vérification des licences d’exportation.» son but à terme est de rendre l’espace accessible au plus grand nombre, en proposant des petits engins cent fois moins lourds et cent fois moins chers que les satellites classiques. JuliEn BAHAin mènE dEux CArrièrEs dE Front le matin et le soir, sur son bateau, aux poignées de ses avirons, la journée au chevet des trains. Pour pouvoir mener de front sa carrière sportive et son boulot d’ingénieur à la snCF, Julien Bahain, 27 ans, a choisi de jeter l’ancre à toulouse. «Ici, j’ai à portée de main un centre d’entraînement national d’aviron et l’une des plus grandes gares de France, avec des enjeux importants liés à l’arrivée prochaine du TGV.» Jongler entre deux emplois du temps demande certes un vrai sens de l’organisation. mais les résultats sont là. sacré deux fois champions d’Europe en 2008 et 2010 et cinq fois champion de France, le jeune Angevin a décroché quatre médailles aux championnats du monde entre 2007 et 2011 et une troisième place en quatre de couple aux jeux olympiques de Pékin en 2008. l’an dernier, il a même ajouté à ses exploits une traversée de l’Atlantique à la rame en quarante-neuf jours. «Je suis un peu hyperactif sur les bords, reconnaît l’ancien diplômé de l’utC de Compiègne. Mais cette double activité est nécessaire à mon équilibre. Je serais beaucoup moins performant si je faisais la même chose à longueur de journée.»

Migrations interrégionales des diplômés entrant sur le marché du travail, selon leur niveau de formation initiale Niveau de sortie de l’enseignement en % Part des jeunes changeant de région

Nombre de jeunes issus de l’enseignement supérieur 83 300

Bac+1, bac+2, non diplômés Deug, Deust BTS-DUT tertiaire BTS-DUT industriel 2e cycle lettres et sciences humaines, gestion 2 cycle mathématiques, sciences et techniques 3e cycle lettres et sciences humaines, gestion
e

18,5 24,6 18 100 19,8 24,7 22,4 37,5 9 900 37,5 23 900 35 600

55 900

60 300

3e cycle mathématiques, sciences et techniques Ecoles de commerce Ecoles d’ingénieurs 63,4 Santé et social

46,4 12 200 48,7 8 200 14 300 23 500

Ensemble 345 500 26,4 %

dr

28,1

Sources : Perret, 2003 ; Céreq, 2001, Enquête « Génération 98 »

Pas de quoi rebattre les cartes de l’emploi à l’échelle nationale. D’après une étude publiée en 2006 par Myriam Baron et Cathy Perret dans L’Espace géographique, les jeunes diplômés qui quittent leur région pour s’insérer sur le marché du travail sont toujours près de trois sur dix à plébisciter l’Ile-de-France. «Bien sûr, la région recèle un potentiel incroyable, tempère Isabelle ThisSaint-Jean, vice-présidente du conseil régional, en charge de l’enseignement et de la recherche. Il faut tout de même veiller à ce que les jeunes talents n’aient pas envie de partir du fait notamment du coût de la vie.» La pollution, les embouteillages et le marché immobilier saturé peuvent également exercer un effet repoussoir. Pendant deux ans, Camille Ghibaudo, une polytechnicienne de 28 ans, s’est soumise à l’immuable rituel métro, boulot, dodo. Mais elle a fini par en avoir assez de «se cogner» une heure un quart de
26 / Le Monde Campus mercredi 26 mars 2014

trajet quotidien pour aller travailler. «Bien que citadine dans l’âme, j’aspirais à une meilleure qualité de vie, explique la jeune femme désormais installée à Toulouse. Je gagne, certes, un peu moins, mais je suis propriétaire d’un appartement deux fois plus grand que ce que j’aurais pu m’offrir à Paris.» Faciliter l’accès à un toit des néodiplômés, c’est l’ambition de l’Union nationale pour l’habitat des jeunes (Unhaj). «Avec la crise, les jeunes sont confrontés à une situation particulièrement incertaine qui les oblige à davantage de mobilité, explique Nadine Dussert, directrice générale de l’Unhaj. Pour favoriser leur insertion, nous avons donc développé une offre de 45000 logements, adaptés à leurs besoins et à leurs revenus.» Pas de caution à verser, des démarches administratives simplifiées, des durées de préavis flexibles. Un vrai coup de pouce vers l’indépendance! élodie Chermann

dr

dr

ProPos reCueillis Par é. C.

présentent

MBA FAIR
JEUDI 22 MAI 2014 – 17H30 À 22H00 80 bd Auguste Blanqui PARIS 13e
Journal LE MONDE
Événement réservé aux cadres
( 3 ans d’experience minimum )

VALORISEZ VOTRE PARCOURS PROFESSIONNEL VENEZ DÉCOUVRIR LES MEILLEURS MBA TEMPS FORTS : • Conférence animée par un journaliste du Monde • Prises de parole des directeurs de programme

INSCRIVEZ-VOUS
INFOS & INSCRIPTION :

www.mbafair-lemonde.com
Suivez-nous sur Facebook : « MBA Fair – Le Monde » Suivez nous sur Twitter : @SalonMBAFair et #MBAFair

carrière
Très formatrices, les petites structures ont les faveurs d’un nombre croissant de jeunes diplômés. Mais, pour qui entend s’orienter ensuite vers une grande entreprise, l’aventure est parfois à double tranchant.

Le passage par une PME est-il un bon plan ?

C

’est une expérience qu’elle évoque avec une pointe d’émotion. A sa sortie d’une école d’ingénieurs, Odile a rejoint une très petite entreprise (TPE) spécialisée en communication. « J’ai vécu une belle aventure, se souvient-elle. Ce type de struc­ ture permet de toucher à tout. On devient polyvalent, c’est très for­ mateur. » Au bout de quelques années, elle a toutefois cédé à l’appel d’un grand groupe. Avec ses avantages… et ses inconvénients : « J’ai découvert un univers où les postes étaient beaucoup plus cloisonnés et où les circuits de décision semblaient terrible­ ment longs. » Comme Odile, chaque année, une minorité de jeunes diplômés fait le pari de la «petite boîte». Ils seraient même de plus en plus nombreux, grâce au travail des centres de formation en faveur d’une meilleure mise en relation entre PME et étudiants. «Il y a seulement quatre ans, nous étions très orientés vers les grands groupes, reconnaît Sylvie Mazurat, directrice des relations avec les entreprises à L’Ecole centrale

de Paris. Mais nous avons perçu chez nos étudiants un désir de donner une plus grande place aux PME. Ce qui a notamment conduit à la création d’un club PME qui ré­ unit quatorze entreprises avec les­ quelles nous multiplions les inter­ actions.» Même constat du côté de l’Edhec : «Les jeunes qui ar­ rivent dans nos écoles n’ont sou­ vent pas d’opposition de principe aux PME, il s’agit juste d’un monde qu’ils connaissent mal», assure la directrice carrières et prospective, Manuelle Malot. La montée en puissance de l’entrepreneuriat dans les formations ainsi que l’usage du vocable «start-up» ont donné une image plus positive aux petites structures. Que viennent, alors, chercher les jeunes diplômés dans ces PME ou TPE ? Beaucoup d’entre eux espèrent y trouver un « accélérateur de carrière » pour atteindre rapidement des postes à responsabilités ou des fonctions ayant du sens . « C’est une volonté forte de leur part, confirme Caroline Pailloux, fondatrice d’Ignition Program, un graduate program qui vise à « faciliter le recrute­ ment de hauts potentiels pour les jeunes entreprises. A l’inverse d’un grand groupe où les nouvelles re­ crues “voient” mais “ne font pas”, ils veulent agir sur le cours de l’en­ treprise, être dans la création ». C’est justement ce qu’est venu chercher un diplômé de l’Edhec,

Lucas Servant, 23 ans, en intégrant la petite entreprise créée par Caroline Pailloux pour développer son graduate program. « Je travaille sur le projet de la so­ ciété, sur la définition du produit, explique-t-il. Je peux donc avoir un impact direct sur le business de la structure. Autant de choses qui seraient impensables dans une grande entreprise. » Impensable également pour un jeune diplômé embauché par une multinationale de se retrouver directeur financier à seulement 29ans. C’est ce qui est arrivé à Romain Garcia en rejoignant le groupe SOS, qui réunit une myriade de structures de l’économie

Impensable pour un jeune dIplômé embauché par une multInatIonale de se retrouver dIrecteur fInancIer à seulement 29 ans. c’est ce quI est arrIvé à romaIn GarcIa en rejoIGnant le Groupe sos
sociale et solidaire (ESS) ayant chacune leur fonctionnement propre. Après une première expérience dans un grand cabinet d’audit, ce titulaire d’un master de finances de l’université Paris-Dauphine a rejoint à 25 ans le groupement d’intérêt économique (GIE) Alliance Gestion, dont les 150 sala-

riés gèrent l’ensemble des fonctions support du groupe. Il est aujourd’hui chargé d’un chiffre d’affaires de 650 millions d’euros. Si elles donnent fréquemment satisfaction aux jeunes diplômés qui s’y engagent, les PME ont toutefois aussi leurs faiblesses. A commencer par les perspectives de carrière qu’elles offrent. « Les start­up n’ont pas forcément de progressions importantes à pro­ poser, reconnaît Caroline Pailloux. Certains salariés attein­ dront rapidement un poste au­dessus duquel ils ne trouve­ ront que le chef d’entreprise… » Idem pour les perspectives d’évolution salariale. En conséquence, beaucoup quitteront la PME après quelques années afin de rejoindre, comme Odile, des organisations plus importantes. Mais c’est là que surgit parfois un écueil : « L’expérience PME peut desservir les candidats à des postes en grandes entreprises, reconnaît Manuelle Malot. Les re­ cruteurs pourront par exemple reprocher à un postulant ayant précédemment travaillé tout à la fois à des tâches commerciales et marketing de ne pas être assez spécialisé. » Et, malgré l’expérience accumulée, il va sans dire que les participants à l’aventure d’une start-up ayant finalement déposé le bilan, afficheront un handicap sérieux sur leur CV. François Desnoyers

28 / Le Monde Campus mercredi 26 mars 2014

création d’entreprise
Quatre étudiants sur dix disent vouloir lancer leur propre affaire. Le ministère de l’enseignement supérieur a initié un plan d’action pour les inciter à réaliser leur projet.

L’université cultive ses graines d’entrepreneur

A

la sortie de son école d’ingénieurs, l’Ecole nationale supérieure d’informatique et de mathématiques appliquées de Grenoble, en 2011, Bastien Siebman avait une proposition d’embauche au ministère de la défense à Paris. Un premier poste idéal pour lancer une carrière, avec des perspectives d’évolution à l’international aussi bien que dans le privé. Ce jeune ingénieur en informatique a, contre toute attente, choisi de créer son entreprise, ButterflyEffect, qui développe des applications mobiles pour les associations. «J’ai toujours été inspiré par les histoires comme Facebook et je suivais de nombreux blogs d’entrepreneurs pendant mes études. Cela m’a poussé à développer plusieurs projets dont le premier annuaire mobile dédié

aux associations. Puis je me suis rendu compte que les associations avaient besoin de communiquer au travers d’applications dédiées. Après plusieurs commandes, je me suis lancé», explique-t-il. Les exemples comme celui de Bastien Siebman sont encore rares, que ce soit parmi les jeunes diplômés des grandes écoles ou à

« Il y a un “gap” dans le passage à l’acte : le sentIment d’être en capacIté à conduIre le projet faIt défaut » Jean-Pierre Boissin, coordonnateur
national du plan étudiants pour l’innovation

l’université. Si quatre étudiants sur dix disent vouloir créer leur entreprise «un jour», ils sont beaucoup moins nombreux à franchir le cap dès la fin de leurs études. D’après une enquête du ministère de l’enseignement supérieur, réalisée en 2013, auprès de 5600 étudiants toulousains, 8% seulement des répondants envisagent de monter leur boîte à la sortie de leurs études. La

conjoncture économique n’est pas seule en cause. A la question : «Pensez-vous êtes capable de créer», seuls 15 % répondent par l’affirmative. «Il y a un “gap” dans le passage à l’acte, reconnaît Jean-Pierre Boissin, coordonnateur national du plan étudiants pour l’innovation, le transfert et l’entrepreneuriat (Pepite). Une majorité d’étudiants est convaincue de l’attrait de l’entrepreneuriat, c’est le sentiment d’être en capacité à conduire le projet qui fait défaut.» Selon lui l’obstacle est d’abord culturel. «Le risque n’est pas vraiment une valeur forte de la culture française.» La formation est également un enjeu : à Toulouse, seuls 13 % des étudiants interrogés avaient suivi un cours consacré à la création d’entreprise. Pour remédier à ces lacunes, le ministère de l’enseignement supérieur à lancé cet automne un plan d’action destiné à poursuivre les efforts entrepris depuis 2010 avec la création des pôles d’entrepreneuriat étudiant (PEE) et atteindre «20 000 créations ou re-

prises d’entreprise en quatre ans par des jeunes issus de l’enseignement supérieur». Le premier axe de ce plan consiste à généraliser les formations à l’entrepreneuriat et à l’innovation dans les cursus universitaires. Des modules de sensibilisation – rencontres avec des chefs d’entreprise, découverte des dispositifs d’aide à la création – seront intégrés au cycle de licence. Ensuite, des masters entrepreneuriat et management de projets et management de l’innovation feront leur apparition à la rentrée 2014. Au-delà de ces enseignements dispensés par des professeurs mais aussi des chefs d’entreprise ou des responsables associatifs, le plan prévoit un meilleur accompagnement des étudiants qui ont déjà un projet, voire… une entreprise à gérer. Un statut d’entrepreneur-étudiant sera ainsi mis en place à la rentrée prochaine. «Il s’agit d’un statut proche de celui des sportifs de haut niveau pour faciliter le passage à l’acte des étudiants ou des diplômés, explique

30 / Le Monde Campus mercredi 26 mars 2014

Jean-Pierre Boissin. Il permet aux jeunes diplômés qui innovent de bénéficier des mêmes droits sociaux (Sécurité sociale, mutuelle) que les étudiants. Il doit également permettre de substituer au stage un projet entrepreneurial réel validé par l’établissement.»

LEs DIsPosITIfs D’AIDE à L’EnTrEPrEnEUrIAT PoUr éTUDIAnTs ET JEUnEs DIPLôMés ConCoUrs Tremplin étudiant (concours national d’aide à la création d’entreprises innovantes) MoovJee Petit poucet Prix étudiant entrepreneur en économie sociale (LMDE) Graine de boss AUTrE CréaJeunes (Adie)
Banque publique d’investissement pourraient tout à fait gérer un tel dispositif, selon lui. «Nous avons à travailler sur le financement du porteur de projet entre le moment où il est diplômé et le moment où son activité lui permettra d’en vivre», reconnaît Jean-Pierre Boissin. Certaines régions expérimentent l’attribution

Prix de 5 000 à 10 000 euros + accompagnement Prix jusqu’à 25 000 euros + accompagnement Financement (jusqu’à 500 000 euros) + hébergement Prix de 4 000 à 6 000 euros Coaching par un « grand patron » Microcrédit jusqu’à 10 000 euros + accompagnement
d’une bourse spécifique pendant un an. Il existe également une multitude de concours, en région et au niveau national, qui permettent aux projets les plus aboutis de décrocher une aide de quelques milliers d’euros. Pour la première fois cette année, le concours national d’aide à la création d’entreprises inno-

Etudiants, jeunes diplômés ayant créé leur entreprise dans l’année ou ayant un projet de création Jeunes entre 18 et 26 ans, chefs d’entreprise ou porteurs de projet Etudiants porteurs de projets Etudiants et jeunes diplômés depuis moins de trois ans Etudiants et jeunes créateurs d’entreprise de moins de cinq ans d’activité

« IL fAUDrAIT METTrE En PLACE Un PrêT D’honnEUr à hAUTEUr DE 30 000 EUros PAr ProJET » Guillaume cairou, président
du Club des entrepreneurs

Ce statut doit permettre de mieux concilier création d’entreprise et poursuite des études et, dans le cas des jeunes diplômés, d’être accompagnés jusqu’à la réalisation de leur projet. Pour cela, les jeunes entrepreneurs pourront s’inscrire au nouveau diplôme d’université (DU) création d’entreprises innovantes et entrepreneuriat, afin de bénéficier d’un accompagnement spécifique pendant un an (formation à l’entrepreneuriat et à la gestion, accès à l’incubateur de l’université s’il existe) et de continuer à bénéficier de la Sécurité sociale étudiante. «Tout est fait pour rendre attractif l’entrepreneuriat auprès des jeunes et des étudiants et pour lever les obstacles», résume JeanPierre Boissin. «Tout, sauf un financement adapté», rétorque Guillaume Cairou, président du Club des entrepreneurs et fondateur de Didaxis, une société de portage salarial. Les étudiants qui souhaitent se lancer buttent bien souvent sur l’incrédulité des banques et des business angels, même si ces derniers commencent à s’intéresser aux jeunes pousses. Les familles sont parfois encore plus difficiles à convaincre de l’opportunité de se lancer alors même que l’on n’a pas encore obtenu son diplôme. Pour ces jeunes qui ne peuvent compter que sur eux-mêmes, il faut mettre en place un prêt entrepreneurial, «une sorte de prêt d’honneur sans intérêt ni garantie, à hauteur de 30 000 euros par entrepreneur», indique Guillaume Cairou. La Caisse des dépôts ou la

Jeunes de 18 à 32 ans
vantes, organisé par le ministère de l’enseignement supérieur, réserve une enveloppe spécifique aux projets d’étudiants ou de jeunes diplômés, baptisée «Tremplin Entrepreneuriat Etudiants». Cinquante projets seront sélectionnés, ils bénéficieront d’une aide de 5000 ou 10 000 euros. François schott

Un campus pour futurs patrons solidaires
Du 29 juin au 12 juillet aura lieu à Poitiers (Vienne) la deuxième édition de Campus coopératives, une « école d’été » ouverte aux jeunes de 18 à 35 ans intéressés par l’économie sociale et solidaire et la création d’entreprise. Adapté d’une initiative québécoise, ce stage de quinze jours est un laboratoire d’idées où s’élaborent des projets fictifs de création d’entreprise. Garage social, restaurant bio, sites d’e-commerce, bar-épicerie solidaire : le but du jeu consiste à se glisser dans la peau de créateurs d’entreprise et d’acquérir les bons réflexes pour de futurs projets. Une trentaine de participants ont relevé le défi en 2012. « L’école est ouverte à tous les profils : étudiants, salariés, demandeurs d’emploi, non seulement en France mais dans tous les pays francophones. Le but est aussi de faire connaître l’économie sociale et solidaire et de promouvoir l’entrepreneuriat dans ce domaine », indique Nicolas Picoulet, délégué à l’Union régionale des Scop (Urscop) de Poitou-Charentes. Des rencontres avec des chefs d’entreprise et des ateliers méthodologiques sont organisés tout au long du stage intensif dont le coût, 150 euros, reste très modeste. Compte tenu du nombre de places limité, les candidats sont sélectionnés sur dossier (date limite de dépôt : 15 mai). « On ne leur demande pas d’arriver avec un projet, car le but est de partir d’une feuille blanche et de monter ensemble un plan d’affaires qui sera soumis à un jury de professionnels », souligne Nicolas Picoulet. S’il ne s’agit pas d’un concours de création d’entreprises, les projets jugés « viables » à l’issue des quinze jours peuvent néanmoins espérer être sélectionnés par Alter’Incub, l’incubateur régional destiné aux entreprises de l’économie sociale et solidaire. Ils bénéficient alors d’un appui technique et d’une mise en réseau, ainsi que d’un financement sur une période d’incubation de dix-huit mois. F. Sc.

mercredi 26 mars 2014 Le Monde Campus / 31

rémunérations
Exercer un métier que l’on aime est essentiel. Si, en plus, il offre de bons émoluements, pourquoi s’en priver ? Finances, assurances, spécialités de niches… tour d’horizon des branches les plus prometteuses en la matière.

Des secteurs attractifs pour gagner plus

A

u départ, la finance n’était pas vraiment sa tasse de thé. Mais quand elle a pris connaissance des grilles de rémunération du secteur, Evelyne n’a pas tardé à se découvrir une vocation. «Comparé aux salaires proposés dans le marketing ou les ressources humaines, il n’y avait pas photo!», assure la Noiséenne de 25 ans. Du coup, quand elle a décroché sa première mission d’intérim comme «gestionnaire middle office marchés de capitaux» à la Société générale en 2011, elle s’est offert le luxe de négocier : 32000 euros brut par an, sinon rien. «Pour financer mes études à l’Institut supérieur de gestion de Paris, j’ai dû emprunter 30000 euros, se justifie-t-elle. Alors, pour rembourser les traites mensuelles, je n’avais pas le choix. Il me fallait absolument un bon salaire.» D’après l’étude de rémunération Robert Walters 2014, la finance fait partie du haut du panier. Avec

trois à six ans d’expérience, un «business analyst» peut ainsi prétendre à un salaire annuel de 45000 à 70000 euros et même de 50000 à 90000 euros pour un «consolideur», chargé de rassembler et de consolider les données comptables des différentes filiales dans le but de restituer un bilan financier du groupe. Et des perspectives plus que prometteuses se dessinent pour 2014. Le besoin urgent de renforcer les équipes finance et les nombreux départs à la retraite prévus aux postes expérimentés devraient en effet permettre à l’ensemble des fonctions de bénéficier d’une hausse de salaires de près de 10 %. L’assurance est également promise à un avenir radieux. «Les jeunes diplômés ont souvent une image assez poussiéreuse de ce secteur, constate Alain Mlanao, directeur général de Walters People, filiale du groupe Robert Walters. L’accord national interprofessionnel du 11 janvier 2013, obligeant toutes les entreprises du secteur privé à mettre en place une complémentaire santé collective obligatoire pour leurs salariés, est pourtant en train de rebattre complètement les cartes.» De 35000 à 55000 euros en 2013, le salaire annuel d’un chargé d’études actuarielles junior pourrait ainsi grimper à 45000 à 60000 euros.

Pas de gros bond attendu, en revanche, dans les technologies de l’information et de la communication. Excepté pour les spécialités de niche comme le progiciel de gestion SAP où les candidats sont rares et très demandés. Diplômé de l’Institut méditerranéen d’étude et recherche en informatique et robotique (Imerir) basé à Perpignan (PyrénéesOrientales), Jordi affiche, à 26 ans, 30000 euros tout ronds au compteur. «Depuis janvier, je travaille comme ingénieur d’études et de développement chez un éditeur de

logiciels à Angles (Gard), racontet-il. Je gagnerais sûrement mieux ma vie dans une société de services. Mais je préfère investir sur la formation et la montée en compétences. Et puis, vu la conjoncture actuelle, je n’ai quand même pas à me plaindre.» Les pratiques salariales dans le domaine restent en effet particulièrement généreuses par rapport aux autres branches de l’économie. «En début de carrière, un ingénieur de production touche entre 40000 et 42000 euros par an et un architecte système 45000 à 48000 euros», rappelle

Comment négocier son premier salaire
« J’étais déjà tellement contente de décrocher un job que je n’ai pas cherché à négocier mon salaire », raconte Claire, chef de produit en marketing développement. Quand on postule à un premier job, pas facile de grappiller quelques centaines d’euros supplémentaires. En France, parler d’argent est souvent tabou. Il n’y a rien pourtant de honteux à discuter salaire. Attention cependant à ne pas mettre la charrue avant les bœufs. « Avant d’évoquer le salaire, il faut d’abord se vendre, insiste Jérôme Gras, directeur exécutif chez Page Personnel, spécialiste de l’intérim et du recrutement spécialisés, mettre en avant son expérience et montrer la plus-value qu’on peut apporter à l’entreprise.» En règle générale, mieux vaut laisser le recruteur aborder la question le premier. S’il ne le fait pas, libre à vous de lancer le débat à la fin de l’entretien. Cela implique de s’être bien renseigné en amont sur les pratiques du secteur et les habitudes de l’entreprise en la matière. Ne soyez pas trop prétentieux au départ. « Si le recruteur vous trouve trop gourmand, il risque de vous écarter », prévient Jérôme Gras. L’offre de rémunération est inférieure à vos attentes ? Ne vous braquez pas. Ce qui compte, c’est moins le salaire d’entrée que les perspectives d’évolution. E.C.

32 / Le Monde Campus mercredi 26 mars 2014

NINI LA CAILLE

ainsi Frédéric Béziers, directeur chez Hays, leader international du recrutement des cadres. Des barèmes avec lesquels l’industrie, pourtant réputée attractive en termes de salaires, ne parvient pas à rivaliser. Il existe tout de même des différences notables selon les fonctions et les secteurs. L’optique, l’électronique, l’informatique, ainsi que les secteurs duplastique, du caoutchouc et des transport se révèlent en effet bien plus porteurs que le textile, l’habillement, l’agroalimentaire ou l’imprimerie. «La taille de l’entreprise joue aussi beaucoup, insiste Philippe Burger, associé capital humain chez Deloitte. Dans une logique d’équité interne, les grandes entreprises enserrent les rémunérations dans des grilles très strictes. Mais en contrepartie, elles proposent de nombreux avantages, inexistants dans les PME : plan d’épargne entreprise (PEE), plan d’épargne pour la retraite collectif (Perco), intéressement, participation, comité d’entreprise…»

Chargée d’affaires réglementaires junior en cosmétiques, compléments alimentaires, biocides et dispositifs médicaux au sein des laboratoires Ineldea à Nice, Julie, 25 ans, émarge à 30500 euros par an. En plus, elle bénéficie d’une mutuelle, de fruits à volonté, de séances d’ostéopathie et d’un compte sur livret sur lequel toutes les primes qu’elle verse sont abondées de 50 %. Addition-

« Mon fixe atteint tout juste 45 000 euros par an. Mais avec un plan d’épargne et près de 10 000 euros de priMe, ça coMpense » mariE, 30 ans, responsable
merchandising chez Leroy-Merlin

nés, ces périphériques de rémunération peuvent représenter au final un à deux mois de salaire supplémentaire suivant les années. Responsable merchandising chez Leroy Merlin, à Lille, Marie, 30 ans, compte elle aussi beau-

coup sur les à-côtés offerts par l’entreprise. «Mon fixe atteint tout juste les 45500 euros par an, compte-t-elle. Mais comme j’ai un plan d’épargne et près de 10000 euros de primes, ça compense!» Cette rémunération variable progresse dans tous les métiers. «Autrefois réservée à la vente, elle s’intègre désormais dans toutes les fonctions support – marketing, comptabilité, ressources humaines –, comme dans les pays anglo-saxons, rappelle Alain Mlanao, au point de devenir un moteur clé d’implication pour l’ensemble des collaborateurs.» De là à représenter le premier critère dans le choix d’un poste, il y a un pas que les nouvelles générations se refusent en général à franchir. «Faire de l’argent pour faire de l’argent n’est pas forcément la meilleure façon d’atteindre un équilibre de vie», insiste Paul, ingénieur marché travaux au sein de la société française d’ingénierie pétrolière Technip. Pendant deux ans, cet ancien

«Gadzart» a fait ses armes au Qatar : «Je gagnais 5000 euros nets par mois et j’avais en plus le logement, la nourriture, l’assurance et les billets d’avion pour la France entièrement gratuits. Mais je faisais plus de soixante heures par semaine et n’avais aucune vie sociale. J’ai donc préféré un poste moins rémunérateur mais plus stable au siège, à La Défense.» Paul est loin d’être un cas isolé. Selon une étude publiée en 2012 par l’Association pour l’emploi des cadres (Apec), seuls 3 % des jeunes diplômés en 2011 font de la rémunération leur priorité numéro un. Ils n’en demeurent pas moins soucieux de bien gagner leur vie. «Issue d’une famille monoparentale modeste, je sais ce que c’est que de se poser tous les jours des questions sur le budget, témoigne ainsi Seyrane, 25 ans, ingénieur étude et développement chez Atos à Toulouse. Pour moi, un bon salaire, c’est la garantie de vivre correctement sans se priver.» ElodiE ChErmann

mercredi 26 mars 2014 Le Monde Campus / 33

nouvelles technologies
Les besoins de compétences en 2.0 ne cessent d’augmenter. Pourtant, faute de candidats ayant des spécialisations adéquates, des dizaines de milliers d’emplois risquent de rester vacants.

Formations mal ciblées, idées préconçues, le numérique peine à séduire

P
34 / Le Monde Campus mercredi 26 mars 2014

général de l’école d’ingénieurs multidisciplinaires Esme Sudria. Et il se dit que l’industrie automobile recrute aujourd’hui plus d’informaticiens que de mécaniciens! Selon un livre blanc de l’équipementier américain Cisco paru en 2011, 50 milliards d’objets seront connectés en 2020. Commerce, industrie, loisirs, san-

èse-personne intelligent, robot domestique, smartphone, distributeur de boissons, scanner médical, automate industriel, projecteur de cinéma… tous ces appareils qui se comptent par milliards dans le monde et envahissent notre quotidien intègrent des composants électroniques et des logiciel pour les piloter. Bientôt, les compteurs intelligents aideront les foyers à optimiser leur consommation d’énergie. Les voitures se conduisent toutes seules… «J’ai beau chercher, je ne trouve aucun domaine qui n’ait pas besoin du numérique. C’est ce qui en fait un des secteurs les plus porteurs en termes d’emplois», constate Roger Ceschi, directeur

l’informatique souffre de ne pas être reconnue comme une science à part entière et donc comme une matière à enseigner
té, tous utilisent de plus en plus massivement l’informatique et suscitent l’émergence de nouveaux métiers : community manager, webdesigner, data scientist, etc. Quant aux métiers existants, ils évoluent en conséquence pour intégrer cette nouvelle dimension. A tel point que le numérique devient un véritable gisement d’emplois. En France, le Contrat d’études prospectives (CEP) mené par Syntec numérique de février à juin 2013, estime que l’ensemble de la fi-

lière suscitera la création nette de 36 000 emplois d’ici à 2018. Mais c’est là le paradoxe! Nombre de ces emplois risquent de rester vacants faute de candidats compétents… L’Europe a tiré la sonnette d’alarme en 2013 : 900000 emplois liés à l’informatique risquent de rester inoccupés d’ici à 2020 alors que les seniors partent nombreux en retraite et que de plus en plus de jeunes sont au chômage. Et la situation ne concerne pas seulement la France ou l’Europe. En décembre 2013, à l’occasion de la Computer Sciences Education Week, Barack Obama lui-même a pris la parole dans une vidéo sur Youtube pour inciter les jeunes Américains à ne pas se contenter d’acheter un nouveau jeu vidéo ou de charger une nouvelle appli mais d’apprendre à les développer, en insistant sur le fait qu’il s’agissait là «de l’avenir du pays»… (https ://www.youtube.com/watch?v=6XvmhE1J9PY). La situation en France est plutôt contrastée. Si l’enseignement supérieur tient son rang – universités et écoles d’ingénieurs ont bien intégré l’informatique dans leurs enseignements et de nombreuses

pétences existent, les jeunes sont de plus en plus familiarisés avec le numérique, la recherche fran­ çaise en la matière jouit d’une excellente réputation, le seul pro­ blème est qu’il manque la forma­ tion tant des élèves de lycées, de collèges et du primaire, que celle des enseignants ! », insiste-t-il.

«Ce n’est pas parCe que l’on se sert de GooGle que l’on sait Comment fonCtionne un moteur de reCherChe» Gérard Berry, professeur
au Collège de France

écoles proposent de la formation en alternance –, avant d’arriver dans le supérieur, peu de jeunes ont reçu un enseignement numérique. L’informatique souffre de ne pas être reconnue comme une science à part entière et donc comme une matière à enseigner! Conséquence, «le numérique est mal connu et souffre d’une mau­ vaise image», affirme Jean-Claude Jeanneret, directeur général de l’Institut Mines-Télécom. «Certes, les jeunes savent s’en servir, mais ce

n’est pas parce qu’on a le permis de conduire que l’on sait construire des voitures ou parce que l’on se sert de Google que l’on sait com­ ment fonctionne un moteur de re­ cherche!», insiste Gérard Berry, professeur au Collège de France et l’un des rares informaticiens membres de l’Académie des sciences. Fabrice Bardèche, viceprésident de Ionis Education Group (écoles Epita, Epitech, Sup’Internet…) partage ce point de vue : «L’informatique est une disci­

pline qui devrait être enseignée dès le collège pour que les jeunes maîtrisent cette matière plutôt que d’être maîtrisés par elle!» Gérard Berry a présidé le groupe de travail de l’Académie des sciences qui a publié, en mai 2013, le rapport sur l’enseignement de l’informatique en France, dont le titre est éloquent : Il est urgent de ne plus attendre ! (http ://www.academie-sciences.fr/activite/rapport/rads_0513.pdf). « Les com­

Un premier pas a été franchi en septembre 2012 avec l’enseignement de spécialité Informatique et sciences du numérique (ISN) proposé aux élèves de terminale S. Ils ont été 10000 élèves à la rentrée 2012 et 14500 en septembre 2013 à choisir cette option, qui devrait être généralisée à toutes les terminales à la prochaine rentrée. Mais pour que le cercle devienne vertueux, il faudrait créer un Capes et une agrégation et généraliser l’enseignement de l’informatique à tous les élèves français. Le ministère de l’éducation nationale n’a pas daigné répondre à nos demandes répétées d’informations sur ce sujet. Toutefois, la réponse de François Hollande à une question qui lui a été posée le 12 février, lors de l’inauguration du US French Tech Hub de San Francisco lors de son voyage aux Etats-Unis, est encourageante, puisque le président de la République propose de généraliser l’enseignement de la programmation informatique à l’école en commençant par la formation des enseignants et par une expérimentation dans les collèges… Sophy Caulier

mercredi 26 mars 2014 Le Monde Campus / 35

Poline harbali

nouvelles technologies
Régis Granarolo, président de l’Association professionnelle des informaticiens (Munci)

« Parler de pénurie, c’est indécent »
dr

Le marché du travail numérique souffre-t-il d’une pénurie de compétences? On ne peut pas parler de pénurie quand le taux de demandeurs d’emploi dans les métiers de l’IT en France s’élève à 12,8 %. Dès qu’un article évoque une pénurie dans le secteur, des chômeurs viennent exprimer leur énervement sur nos forums. Parler de pénurie malgré ces chiffres, c’est indécent. Nous sommes très en colère contre les grands syndicats patronaux et les pouvoirs publics qui évoquent cette pénurie de main-d’œuvre, en sortant souvent des chiffres faux, comme l’idée selon laquelle il manquerait en France 7 000 informaticiens. Pourquoi entend-on parler de pénurie alors? Le numérique est un secteur où l’engagement social est au niveau zéro absolu. Le taux de syndicalisme est proche de 1 %, et avant le Munci,

personne n’était là pour nuancer cette question de la pénurie. Mais surtout, depuis deux ou trois ans, les organisations patronales comme le Syntec numérique ont choisi de s’intéresser aux questions de l’emploi numérique, qui est devenu un élément de lobbying. Régulièrement, les cabinets d’analyse sortent des études fantaisistes, comme celle de McKinsey en 2011, qui évaluait à 700 000 le nombre d’emplois directs et indirects créés par le développement du Web. Le marché du travail numérique n’a rien a voir avec les autres. Il se compose de plus de 100 métiers différents. C’est un marché diversifié, spécialisé et évolutif. Les employeurs sont donc à la recherche du mouton à cinq pattes, des profils rares ou très spécialisés. Et l’hyper-segmentation du marché du travail complique leur tâche. Les employeurs souhaiteraient avoir un marché du travail composé

uniquement de free-lance, pour puiser au moment voulu la ressource adéquate. Ils militent pour plus de flexibilité sur les recrutements, et pour une maîtrise des salaires, en particulier dans les SSII. D’où le jeunisme dans la profession. Il est donc faux d’affirmer que la France ne forme pas suffisamment de jeunes dans le secteur? La moyenne d’âge du secteur est jeune, 33 ans, et le taux de seniors très bas. En revanche, ce qui est vrai, c’est le manque d’attractivité de ces métiers auprès des jeunes. Il n’y a pas de forte progression des effectifs étudiants dans nos métiers depuis la crise. Ils souffrent d’une mauvaise image, hélas justifiée, des SSII. Il n’y a donc aucune inadéquation de compétences entre l’offre et la demande? Si, il existe une inadéquation, notamment dans les nouveaux

métiers du numérique, comme l’e-marketing ou l’e-commerce. Il y a également pénurie dans les domaines qui sont sur des technologies dites propriétaires, où l’offre de formation continue et initiale n’a jamais été adaptée. Il s’agit d’anciens métiers qui ne s’apprennent pas car ils sont trop spécialisés et trop chers. Mais nous pensons que l’inadéquation des compétences dans le numérique est un phénomène en grande partie structurel qui s’explique surtout par l’hyper-spécialisation de nos métiers, l’externalisation de nos emplois chez les prestataires de service et par l’insuffisance des formations côté employeurs et centres de formation. La solution n’est pas à chercher auprès de la formation initiale, mais du côté d’une formation continue, bien adaptée au milieu du travail.
Par

ProPos recueillis Margherita Nasi

« Les débouchés ne se résument pas à l’informatique »
dr

Guy Mamou-Mani, président de Syntec numérique

Les jeunes perçoivent-ils le numérique comme une industrie pourvoyeuse d’emplois ? Il y une sorte de rupture entre les produits et les compétences informatiques, que ce soit dans les milieux défavorisés comme dans milieux favorisés. Si les jeunes sont toute la journée sur leur smartphone, s’ils s’amusent avec les jeux vidéo, ils ne pensent pas qu’ils puissent en faire un métier. En effet, le numérique n’est pas perçu en tant que tel comme un loisir, à la différence de la télévision, qui est bien un loisir avec pour conséquence que les jeunes adoreraient travailler dans ce dernier secteur. Mon rêve, ce serait une série télé qui mettrait en scène les métiers du numérique. Combien de vocations de médecins a généré la série « Dr House » ?... Il faut que les acteurs du secteur et les pouvoirs publics arrivent à faire
36 / Le Monde Campus mercredi 26 mars 2014

passer le message qu’il s’agit d’un métier, et d’un métier prospère même. L’industrie des logiciels et services représente 400 000 personnes et crée 10 000 emplois nets en moyenne chaque année depuis vingt ans. Comment expliquer le manque d’attractivité de l’industrie numérique ? La profession est méconnue et victime d’idées préconçues. On croit par exemple qu’il n’y a pas d’horaires en informatique, et qu’on y travaille comme des chiens. C’était peut-être vrai à un moment, mais ce n’est plus tellement le cas. Et surtout, on pense que les débouchés dans le numérique se résument à l’informatique. C’est faux. Il y a tout un tas d’autres métiers autour du numérique, de l’analyse au consulting, du datascientist au webdesigner. Il s’agit de métiers très recherchés et qui s’adressent

à des personnes qui ont une formation toute autre qu’un bac + 5 ou une école d’ingénieur. De plus en plus de perspectives s’ouvrent : un site Web pourrait très bien engager un sociologue pour analyser des données d’un point de vue qualitatif. C’est pourquoi le premier axe de travail du Syntec numérique, le premier syndicat professionnel de l’écosystème numérique français, qui a proposé au gouvernement un plan national de formation, c’est l’éducation, dès l’école maternelle. Il faut travailler sur l’image de la profession. Il faut que tous les jeunes s’exercent au numérique comme ils font des maths ou du français. Ce n’est pas un peu corporatiste ? Non, puisque la transformation numérique du pays concerne tous les métiers. Le moindre ouvrier va conduire une chaîne avec un Ipad. Le boulanger doit s’inscrire dans

un réseau social dès qu’il arrive dans son quartier, pour faire sa promotion. Je ne suis pas en train de défendre le numérique comme le syndicat agricole FNSEA défend l’agriculture, car le numérique est transversal. Est-ce que la crise joue contre les vocations dans la filière numérique ? Le numérique est un domaine très changeant. Il y a des formations à des langages qui sont déjà obsolètes. Les jeunes sont aujourd’hui traumatisés par le marché de l’emploi, ils préfèrent se tourner vers des emplois plus stables, en termes de statut et de métier. Le numérique, c’est tout le contraire. Vous pouvez faire des carrières fulgurantes en quelques années mais vous pouvez aussi vous trouver en situation d’échec très vite. La crise sensibilise à cette instabilité, inhérente au numérique, et cela peut décourager.

ProPos recueillis Par M.N.

compétences
Pour espérer intégrer une entreprise, il faut commencer par s’affranchir de la barrière de l’écrit. Un critère qui se révèle paradoxalement très discriminant à l’heure du numérique.

L’orthographe, talon d’Achille des jeunes diplômés

L

orsque j’envoie un mail à un client, je vérifie avec le correcteur Reverso que je n’ai pas laissé des fautes d’orthographe, reconnaît Vincent, 26 ans, un jeune audio-prothésiste. Je suis conscient de mes lacunes et je ne veux pas faire mauvaise impression.» Vincent n’est pas un cas isolé. De plus en plus de jeunes diplômés sont fâchés avec la langue de Molière. Les raisons de cette baisse générale du niveau d’orthographe sont connues : apprentissage de la lecture par la méthode globale, dictées et leçons de grammaire réduites à la portion congrue, sans oublier l’usage intensif du langage SMS. Or, paradoxalement, l’écrit prend plus de place qu’auparavant, et le mail est devenu l’outil roi des entreprises. Par ailleurs, la majorité les cadres sont conduits à taper eux-mêmes leurs mails, sans la relecture d’une assistante. Le recrutement constitue pour les jeunes diplômés une première étape parfois difficile à passer. Selon une étude du cabinet de recrutement Robert Half publiée en 2011, 35 % des recruteurs écartent une candidature à partir de deux

ou trois fautes d’orthographe. Pour Claire Romanet, directrice du cabinet de recrutement Elaee, spécialisé dans les métiers communication, marketing et internet, «une bonne orthographe constitue un critère prédominant de sélection. C’est d’autant plus vrai pour les jeunes diplômés que l’on ne peut pas encore les juger sur leurs expériences.» Pour un poste à pourvoir récemment, sur 450 lettres de candidature reçues, elle en a écarté un tiers, émaillées de fautes : «Une bonne orthographe signifie que le candidat sait écrire et dénote de la rigueur, un intérêt pour la lecture, et une certaine culture générale», estime-t-elle. Une fois intégré dans l’entreprise, le jeune diplômé peut se trouver pénalisé par une mauvaise maîtrise de l’orthographe, que ce soit pour rédiger un rapport de stage, ou plus tard, un compte-rendu de réunion, une proposition commerciale ou un mail à son équipe. «Il y a quelques années, certaines entreprises nous ont alerté sur le faible niveau d’orthographe de leurs recrues. C’était une problématique un peu taboue, mais réelle, surtout pour une société qui communique beaucoup vers l’extérieur», explique Pascal Hostachy, cofondateur du Projet Voltaire, un outil de mesure orthographique. Car à travers un écrit, le salarié s’expose et expose l’image de l’entreprise. «Une mau-

vaise orthographe peut faire perdre un contrat, assure Pascal Hostachy. Lorsqu’une entreprise reçoit un devis ou simplement un e-mail truffé de fautes, elle est sceptique quant à vos compétences.» Une étude britannique a ainsi démontré en 2011 qu’une seule faute d’orthographe pouvait diminuer de moitié les ventes d’un site d’e-commerce. Bien écrire est une question à la fois de crédibilité, de confiance et de considération. L’orthographe fait partie des codes à respecter, tant en interne qu’en externe. Le Projet Voltaire repose sur une démarche d’e-learning d’entraînement à l’orthographe qui s’adapte au niveau de la personne.

« Quand une entreprise reçoit un devis ou un e-mail truffé de fautes, elle est sceptiQue Quant à vos compétences » Pascal HostacHy, cofondateur
du Projet Voltaire

Il propose aussi une certification obtenue à la suite d’un examen de deux heures et demi, élaboré avec l’aide du champion du monde d’orthographe, et noté de 0 à 1000. L’examen s’attache principalement aux difficultés pas ou mal gérées par les correcteurs orthographiques. Une note de 500 correspond à un bon niveau, 900 vous transforme en expert. «Un

bon score sur le CV est un vrai plus», estime Claire Romanet, qui souhaiterait que ce test soit aussi répandu que le TOEIC® en anglais dont le nombre de certifications réalisées est passé de 1 500 en 2010 à 10 000 en 2013 (étudiants, salariés et candidats libres). Aujourd’hui, 600 établissements d’enseignement (du BTS à l’école d’ingénieurs) et 200 entreprises sont clientes du Projet Voltaire. Certaines grandes écoles ont rendu obligatoire cette certification pour l’obtention du diplôme. De leur côté, de grandes entreprises telles que Canal+, Casino, Total, GDF Suez, Sodexho, Direct Ecureuil… proposent à un certain nombre de leurs salariés de passer le test du Projet Voltaire. «Dans nos métiers de services, la légitimité auprès du client passe prioritairement par la qualité de la relation, et un écrit sans fautes est incontournable dans le lien de confiance que nous construisons avec lui», expliquait Fabienne Ernoult, déléguée générale à la RSE chez l’assureur April en mai 2013, lorsqu’une centaine de collaborateurs de l’entreprise a passé la certification Voltaire. «L’ascenseur social peut être bloqué par le niveau d’expression écrite», conclut M. Hostachy. Après les coachs en management, une nouvelle espèce de coach est apparue en entreprise : les coachs en orthographe. Gaëlle Picut

mercredi 26 mars 2014 Le Monde Campus / 37

dossier

D’Athènes à Pékin: de quoi rêvent les jeunes diplômés?
Les étudiants européens envisagent de plus en plus de s’expatrier pour longtemps. En cause : la mauvaise santé de l’économie, mais surtout l’attrait d’un nouveau mode de vie. Un choix qui n’est pas unanimement partagé dans le monde.

L

e goût d’ ailleurs est en vogue en Europe. En France, près de la moitié des étudiants veulent faire leurs armes à l’international : « 47 % des étudiants en école de commerce et 40 % des élèves en école d’ingénieurs souhaitent commencer leur carrière à l’étranger », indique l’enquête Universum 2013, réalisée auprès de plus de 34 000 étudiants par cette société spécialisée dans l’image employeur.

Cette tendanCe au départ inquiète les Cabinets de reCrutement français qui Craignent une fuite des Cerveaux
Longtemps, la mobilité internationale fut assimilée à l’expatriation temporaire de quelques cadres supérieurs. Aujourd’hui, les jeunes diplômés l’ont intégrée dans leur avenir professionnel. Le cabinet Deloitte qui, en ce début d’année, a également interrogé les étudiants sur leurs intentions de quitter l’Hexagone, indique qu’il ne s’agit plus seulement d’un départ provisoire pour tenter une expérience ou découvrir le monde avant de construire plus sérieusement sa carrière : « 27 % des jeunes diplômés en

38 / Le Monde Campus mercredi 26 mars 2014

mercredi 26 mars 2014 Le Monde Campus / 39

jessy deshaies

d o s s i e r | rêves de jeunes diplômés
pas par défaut », affirme Jean-Marc Mickeler, directeur des ressources humaines du cabinet de conseil Deloitte. En France, la première attente de ces candidats au départ est de « travailler dans un univers culturel différent » pour 58 % d’entre eux, selon le Baromètre 2014 de l’humeur des jeunes diplômés, réalisé par l’Ifop en janvier pour le cabinet Deloitte, leur deuxième motivation étant de « travailler dans un milieu professionnel plus positif ». Les jeunes diplômés, qu’ils soient en Grèce, en France, ou ailleurs, rêvent toujours, et c’est plutôt rassurant. Ils ont raison. Car, d’une part, il n’a jamais été aussi facile de saisir les opportunités de départ, ne serait-ce que pour vérifier si l’herbe est plus verte ailleurs. Les deux tiers du commerce international sont aujourd’hui assurés par les firmes multinationales, qui offrent à la fois des opportunités d’expatriation et des occasions de départs moins définitifs. Air Liquide, Alcatel-Lucent, BNP-Paribas, Faurecia, GDF-Suez sont autant d’entreprises qui recrutent toute l’année des volontaires pour partir à l’international (VIE), pour ne citer que cette forme de séjour. Les entreprises ont bien compris l’importance de développer les offres à l’international pour attirer les jeunes talents. Le groupe hôtelier Accor, implantée dans 92 pays, a ainsi été désigné « entreprise favorite » des étudiants des grandes écoles de commerce et de management « pour ses opportunités d’expatriation, de déplacement à l’étranger, et ses interactions avec des clients et des collègues à l’international », indique l’étude Universum. D’autre part, les occasions n’ont jamais été aussi nombreuses, car la demande mondiale en main-d’œuvre qualifiée est forte. « Le Brésil souffre actuellement d’une pénurie de travailleurs qualifiés, en particulier [pour] les infrastructures ou le secteur pétrolier et gazier », note Carla Rebelo, directeur général de Hays Brésil, cabinet de recrutement international. D’ici à 2025, l’Allemagne pourrait, quant à elle, manquer de 3 millions de travailleurs qualifiés. Pour y remédier, elle « s’est fixé comme objectif de rivaliser avec les Etats-Unis et le Canada dans la course aux talents », affirme Emma Broughton, chercheur au Centre des migrations et citoyennetés de l’Institut français des relations internationales (Ifri). Et ces deux pays ne sont pas les plus demandeurs : « C’est en Irlande, aux Etats-Unis, au Portugal et en Espagne que l’inadéquation entre offres et demandes de compétences est la plus importante », note Alistair Cox, le directeur général du spécialiste du recrutement à l’international Hays Group. Ce qui explique sans doute que, contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas les pays émergents qui attirent le plus les jeunes en recherche d’emploi, mais les pays anglo-saxons, indique JeanMarc Mickeler. 60 % des candidats au départ choisiraient d’abord l’Amérique du Nord (37 % le Canada, 32 % les EtatsUnis) et 26 % le Royaume-Uni, et seulement 10 % l’Amérique latine.

recherche d’emploi envisagent l’expatriation pour toute la durée de leur carrière ! » Ce qui inquiète des cabinets de recrutements français, qui craignent une fuite des cerveaux. La conjoncture n’y est pas pour rien. En France, le nombre de recrutements des jeunes cadres a reculé de 4 % en 2013 selon l’Association pour l’emploi des cadres (Apec), et les prévisions pour 2014 annoncent une probable dégradation dans une fourchette de - 9 % à + 3 %. « La durée de recrutement s’est allongée de façon assez dramatique. Elle est passée de cinq ou six semaines à deux ou trois mois », selon le cabinet Robert Walters. D’autres cabinets de recrutement avancent une durée de vingt semaines avec une moyenne de 27 CV envoyés (contre 16 en 2013) avant de décrocher un poste.

En allEmagnE, la rarEté dEs jEunEs talEnts incitE lEs EntrEprisEs à rEdoublEr d’initiativEs pour lEs séduirE Et lEs gardEr

lEs occasions dE partir n’ont jamais été aussi nombrEusEs car la dEmandE mondialE En main-d’œuvrE qualifiéE Est fortE

La situation est bien plus sombre en Grèce. La dynamique du départ y est également plus forte. Les jeunes diplômés, paralysés par un marché du travail particulièrement dégradé – avec un taux de chômage des moins de 25 ans à plus de 60 % –, ont déjà pris la route de l’exil. Après avoir épuisé les « petits boulots », bien en dessous de leur qualification et les expériences solidaires et citoyennes, nombre de jeunes ingénieurs et médecins grecs se dirigent vers l’Europe du Nord et, tout d’abord, l’Allemagne. Près de 10 % des diplômés grecs sont actuellement à l’étranger. Mais il ne faudrait pas croire que le départ des jeunes diplômés n’est qu’une réponse à la mauvaise santé de leur économie nationale. « Les jeunes ne partent

Mais l’attrait des jeunes diplômés grecs ou français pour le marché international n’est pas un rêve partagé par les Chinois, les Japonais, ni même les Britanniques ou les Allemands. « Les étudiants ingénieurs japonais ou chinois se sentent bien dans leur pays, seuls 13 % souhaitent partir à l’étranger », indique la société Universum. Dans l’empire du Milieu, les jeunes pensent la mobilité au sein même de la Chine. Ils rêvent de passer du public au privé, afin de mener leur carrière avec plus de légèreté : profiter des hauts niveaux de salaire du privé et ne plus avoir à subir l’interminable progression de carrière des entreprises d’Etat, ô combien rassurantes pour leur couverture sociale (santé, retraite), mais si pesantes dans leur management. Quant aux Britanniques et aux Allemands, ils rêvent leur carrière en home sweet home. En Allemagne, parce que la rareté du jeune talent incite les entreprises à redoubler d’initiatives pour les séduire et les garder. Et au Royaume-Uni car les jeunes diplômés parient toujours sur les opportunités de la City, dans laquelle ils voient des perspectives de marché du travail rassurantes. C’est là le mot-clé de la quête des jeunes diplômés. Ils rêvent d’un travail qui ait du sens, qui leur donne leur place, peu importe où, quelque part sur la planète. Mais sur le podium de leurs priorités, ils placent dans l’ordre : la qualité de vie, le dynamisme du secteur et la sécurité de l’emploi. A travers leurs aspirations, les jeunes expriment un rapport de plus en plus utilitaire au travail. Anne RodieR

40 / Le Monde Campus mercredi 26 mars 2014

Levage et pose du dôme de l’EPR à Flamanville

EDF 552 081 317 RCS PARIS, 75008 Paris – Crédit photo : 3D Production House : Illusion Co., Ltd. / La Manufacture Paris

EDF RECRUTE 6000 COLLABORATEURS PAR AN
Croire au progrès, c’est d’abord se projeter dans l’avenir. Chaque année en France, nous accueillons plus de 4000 alternants et recrutons 6 000 nouveaux collaborateurs pour renouveler, d’ici à 2020, 30 % de nos effectifs.

edfrecrute.com
L’énergie est notre avenir, économisons-la !

d o s s i e r | rêves de jeunes diplômés
Avec un taux de chômage de plus de 60 % pour les moins de 25 ans, les jeunes diplômés hellènes prennent le large pour construire leur vie professionnelle. Une fuite des cerveaux qui grève encore un peu plus l’avenir du pays.

Les Grecs choisissent l’exil pour ne pas se faire dévorer par la crise
Athènes, correspondAnce n sourire lumineux vient adoucir la brutalité du propos, mais Zoï Antoniou ne mâche pas ses mots sur ce que son pays, la Grèce, peut lui offrir. «Je n’ai rien à attendre ici, rien. Au mieux on me proposera un poste précaire dans un hôpital de seconde zone, payé maximum 1 000 euros pas mois pour douze heures de travail par jour et des nuits entières de garde. Et encore ! Si on m’embauche ! » Après cinq ans d’études de médecine générale et cinq années de spécialisation, doublées d’un doctorat en radiologie, cette belle jeune femme de 29 ans a décidé de partir. Direction l’Allemagne où nombre de ses collègues se sont exilés ces dernières années. « J’ai huit amis proches, tous médecins, qui sont partis dans la région de Düsseldorf où je compte m’installer. Là-bas, pas moins de 30 000 places sont disponibles et je suis déjà en relation avec des établissements susceptibles de m’accueillir. » En Grèce, le taux de chômage atteint 28 % de la population active, et culmine à plus de 60 % pour les jeunes de moins de 25 ans. Dans le même temps, plus d’un Grec sur trois de moins de 24 ans est étudiant à l’université (étude d’Eurostat de 2009). Un record absolu en Europe où, en moyenne, 18 % des moins de 24 ans sont étudiants en faculté. Il existe donc un très grand décalage entre le niveau de formation, élevé, et les capacités d’absorption d’un marché du travail en chute libre. Dans le domaine de la santé, le système produit près de 3 500 nouveaux médecins par an. « C’est trop, affirme

U

Giorgos Patoulis, président de la Fédération des praticiens grecs, nous sommes aujourd’hui 60 000 docteurs pour environ 30 000 postes disponibles. » Un déséquilibre qui empire à chaque nouvelle coupe budgétaire touchant le secteur. « Les hôpitaux ont été amputés de 40 % de leurs ressources depuis le début de la crise, il y a trois ans, et, aujourd’hui, tout le système de santé primaire est remis en question avec la suppression annoncée de centaines de centres de santé », précise Giorgos Patoulis.

La pLupart des candidats à L’expatriation se dirigent vers L’europe du nord. L’aLLemagne, La grande-Bretagne ou La suisse sont particuLièrement popuLaires

En toute logique, les médecins grecs, rejetés par le marché national, se tournent vers l’étranger. Quelques-uns, lorsqu’ils y ont des attaches familiales, se dirigent vers le Canada, les Etats-Unis ou l’Australie, mais le gros des effectifs choisit l’Europe du Nord où la mobilité professionnelle est facilitée par la libre circulation des personnes au sein de l’espace Schengen. L’Angleterre, la Suède ou la Suisse sont particulièrement populaires. « En 2010, 6 603 citoyens grecs vivaient et travaillaient en Suisse. En 2012, ils étaient

8 428, soit une augmentation de 28 % en deux ans », souligne l’ambassadeur de Suisse en Grèce Lorenzo Amberg. Mais le pays européen le plus attractif reste l’Allemagne. « Depuis 2011 nous avons un solde migratoire positif, observe Patrick Karsten, de l’institut allemand Kiel Economics. En 2013, 470 000 migrants légaux sont arrivés. Le plus grand nombre vient d’Europe de l’Est, mais la proportion d’arrivants en provenance des pays du Sud – Espagne, Grèce, Portugal – est en progression constante. » Selon Patrick Karsten, l’Allemagne est particulièrement avide d’ingénieurs pour son industrie, et de médecins pour ses campagnes. « A part pour l’apprentissage de la langue, notre établissement ici s’est révélé très facile, racontent Nikos Floros et Giorgos Karakazoulis, deux jeunes médecins installés dans la banlieue de Düsseldorf. « Mes collègues m’ont accueilli avec chaleur et j’apprécie beaucoup le degré de responsabilité que l’on acquiert très rapidement. En Grèce, on peut rester des décennies dans l’ombre du professeur chef de service avant de commencer à pouvoir exister », relève Giorgos, chirugien ORL. Nikos, spécialisé en chirurgie vasculaire, loue, lui, la transparence du système allemand. « Les hôpitaux sont souvent privés et doivent donc ouvertement remplir des objectifs budgétaires stricts, ce qui les met à l’abri de certains des débordements qui ont eu cours pendants des années en Grèce. » Tous deux résument leur expérience comme l’opportunité d’élargir leur horizon et leurs compétences. Même son de cloche chez Kostas, ingénieur lontemps sous-payé et sous-em-

42 / Le Monde Campus mercredi 26 mars 2014

« Près de 10% des diplomés sont désormais à l’étranger. Une chance pour eux, mais un vide pour la Grèce, car ce sont les esprits les plus affûtés et les plus réactifs qui partent», regrette le chercheur. Au-delà du chômage et d’un environnement économique en récession depuis six ans, ces jeunes fuient aussi des conditions d’emploi qui se sont durcies sous l’effet des réformes exigées par les bailleurs de fond du pays depuis trois ans, en échange des 240milliards d’euros de prêts accordés au pays pour éviter la faillite. «Les conventions collectives ont été supprimées, la flexibilité augmentée, le temps partiel encouragé et le salaire minimum abaissé à 440euros bruts pour les moins de 25 ans et 580 pour le reste de la population», déplore Aliki Mouriki, sociologue spécialisé en droit du travail.

« Les conventions coLLectives ont été supprimées, La fLexibiLité augmentée et Le saLaire minimum abaissé à 440 euros bruts pour Les jeunes et 580 pour Les autres » Aliki Mouriki, sociologue spécialisé en droit du travail
Une recherche de la compétitivité par l’ajustement de la variable salaire qui rebute les hauts diplomés. « Après huit ans d’étude, un doctorat obtenu en Angleterre, je devrais me contenter de bosser pour 500 euros ? Pas question », résume Dimitris, jeune ingénieur en électronique, qui a fait le choix de rester à Londres après ses études. Pour Aliki Mouriki, « la Grèce dévore sa jeunesse, alors, qu’elle parte ! C’est une question de survie. Nous avons devant nous une longue période de stagnation économique. Il n’y a pas de liquidités bancaires pour ouvrir des entreprises, pas d’investissements étrangers et encore moins de stabilité politique ». Si les indicateurs macroéconomiques semblent s’améliorer timidement – retour à la croissance prévu pour 2014 –, l’économie réelle continue de souffrir et il faudra en effet des années pour redonner des perspectives d’emploi aux jeunes Grecs. Qui, pour les plus chanceux d’entre eux, continueront donc de construire leur avenir loin de chez eux. AdéA Guillot

ployé en Grèce, qui a décidé de s’établir en France avec femme et enfants, en 2011. Ironiquement, c’est à Paris, loin de la mer et des grands armateurs grecs qu’il a trouvé un poste dans une compagnie de navigation. «La Grèce fait partie de nous, de notre quotidien : nous parlons grec à la maison, les enfants sont bilingues, notre baby-sitter est grecque, nous portons l’al-

liance à droite et mangeons grec, explique sa femme Katia. Mais lorsque l’on y retourne pour les vacances, on se dit qu’on a dû prendre la grosse tête car on a l’impression d’un grand écart de développement. » Loïs Labrianidis, professeur en économie et géographie à la faculté de Thessalonique, étudie depuis plusieurs années ce phénomène de fuite des cerveaux (brain drain).

jessy deshaies

mercredi 26 mars 2014 Le Monde Campus / 43

d o s s i e r | rêves de jeunes diplômés

Ceux qui restent sont sur le départ ou tentent de construire une société solidaire
coupes dans le budget alloué à l’éducation en trois ans, cela relève désormais du parcours du combattant», reconnaît-il. Depuis la soutenance de sa thèse en 2010, Dimitris est au chômage. Mais il ne baisse pas les bras et s’astreint chaque jour à lire, écrire dans son domaine de recherche. Il a publié plusieurs articles, collabore tous les quinze jours à des réunions organisées par de jeunes chercheurs grecs prometteurs, cosigne des ouvrages… Bref, sa vie intellectuelle ressemble à celle de dizaines de milliers de chercheurs à travers l’Europe. «Sauf que je n’ai aucun poste nulle part! J’ai été employé pendant six mois par le principal centre de recherches sociologiques grec. C’était prenant, stimulant, mais là aussi, les coupes budgétaires interdisent tout recrutement», regrette Dimitris. Partir? «Je l’ai envisagé, mais ce qui se passe ici est passionnant et je sens que je peux être utile dans l’effort d’analyse que, nous, les scientifiques, devons produire sur notre société.» Revoir ses attentes, ajuster son mode de vie à ses ressources, repenser sa manière de consommer et sortir de ce qu’il appelle un modèle «capitalistique tourné vers le profit»… la recette de Dimitris pour faire face à la crise rejoint une tendance, encore minoritaire mais bien réelle au sein de la jeunesse grecque qui expérimente ces derniers mois un nouveau vivre ensemble, composé d’initiatives solidaires, de coopératives et de soutien familial.

dr

mania moïssiDou, 27 ans. Diplômée de troisième cycle en sciences économiques. Serveuse en attendant de partir. Elle parle couramment l’anglais, l’allemand et le grec. Elle a dans ses bagages un diplôme de la meilleure faculté d’économie grecque, un troisième cycle obtenu en Allemagne et un féroce appétit pour toutes les questions de politique européenne. Pourtant, Mania est serveuse. Deux jours par semaine à 30 euros la journée, soit 300 euros par mois avec les pourboires. «Nous payons nous-mêmes nos cotisations sociales et travaillons souvent douze heures au lieu de huit avec un patron qui nous rappelle que si on n’est pas d’accord on n’a qu’à partir, la réserve de candidats étant quasi inépuisable», raconte-t-elle. Le plus dur n’est pas de faire une croix sur ses aspirations, mais de brader chaque jour «sa dignité et son intelligence en exécutant les ordres idiots d’un boss qui ne voit en moi qu’une gamine juste bonne à passer la serpillière, alors que je pourrais faire exploser son business s’il écoutait une ou deux de mes idées». Le sexisme au travail est un fléau grec que Mania supporte, les dents serrées. «J’ai besoin de ces 300 euros pour ne pas dépendre complètement de mes parents, chez qui je vis.» Elle envoie des dizaines de candidatures, essaie d’activer les réseaux familiaux. Mais rien n’y fait. «Nous sommes trop nombreux au chômage point barre.

De plus en plus pensent ouvrir leur petit business. Pas tant pour gagner de l’argent que pour s’occuper l’esprit. Tourner en rond me bouffe littéralement le cerveau, alors que j’ai des choses à donner!», conclut Mania. Désormais, c’est du côté de l’Allemagne qu’elle regarde. «Ici notre avenir est confisqué. Au moins, là-bas, on donne une chance aux femmes bien éduquées.» Et malgré son amour pour la lumière grecque, cette grande fille mélancolique pense sérieusement partir s’y établir dans les prochains mois.

nicoLas VaLaDassis, 26 ans. Ingénieur électronique. Employé chez ESS, filiale de Théon. Assis à son poste de travail, Nicolas Valadassis est un jeune homme heureux. Après un master d’ingénieur obtenu à l’Impérial College de Londres, il a intégré l’entreprise ESS à Athènes qui produit des capteurs électroniques pour l’industrie aérospatiale européenne. «J’ai un très bon salaire (dont nous ne saurons rien) et mon travail est très stimulant», s’enthousiasme-t-il. L’industrie des hight-tech se porte assez bien en Grèce. Soutenue par des investissements européens, elle repose sur le savoirfaire d’ingénieurs très bien formés en Grèce, notamment par l’Ecole polytechnique et l’université de Patras qui a fait essaimer ses spécialistes en électronique à travers le monde. «L’important pour nous, c’est de rester en Grèce et de participer à l’effort pour construire un secteur compétitif au niveau international, argumente Nicolas. ll faut être patient et ne pas hésiter aussi à lancer des start-up autour d’une idée», soutient encore le jeune homme, dont nombre de ses copains ont fait le choix de créer leur propre entreprise. Le secteur high-tech et les quelques ingénieurs qu’il détourne de l’exil est un peu le symbole d’une Grèce qui veut voir plus loin. «J’ai conscience d’avoir de la chance. Mes amis, médecins, avocats ou profs, n’ont pas les perspectives d’avenir que je possède», nuance Nicolas. ProPos recueillis Par adéa Guillot

Dimitris LaLLas, 34 ans. Chercheur en sociologie, chômeur depuis 2010, observe la société grecque comme un sujet d’étude. Dimitris Lallas nous accueille, détendu et chaleureux, dans son appartement en plein cœur du très politique quartier d’Exarcheia, au cœur d’Athènes. Deux petites pièces, remplies de livres, louées 250 euros par mois. « Mes parents m’aident à financer les charges. Ils comprennent qu’à mon âge, il vaut mieux que je vive seul», explique le jeune homme en souriant. Dimitris est un passionné de sociologie. Titulaire d’un doctorat, il se destine à la recherche et rêve de devenir professeur d’université. «Avec 40 % de

44 / Le Monde Campus mercredi 26 mars 2014

dr

dr

ABONNEMENTS

OFFRE DÉCOUVERTE

3 MOIS
ABONNEZ-VOUS
I N T É G R A L E Le quotidien chaque jour + tous les suppléments + M le magazine du Monde + l’accès à l’édition digitale réservée aux abonnés du Monde.fr 7 jours/7

EAU NOUV EPRISE R T N E ÉCO& les jours tous

F O R M U L E

69
au li
A compléter et à renvoyer à : Le Monde - Service Abonnements - A1100 - 62066 Arras Cedex 9

ENT € LEM ,40 * SEU 9 7 1 e d u e
132EMQADCV

BULLETIN D’ABONNEMENT
Nom : Prénom : Adresse : Code postal : Localité : E-mail : @

*Prix de vente en kiosque **Sous réserve de la possibilité pour nos porteurs de servir votre adresse

OUI
N° : Expire fin :

je m’abonne à la Formule Intégrale du Monde pendant 3 mois pour 69 € au lieu de 179,40 €* soit 50% DE RÉDUCTION sur le prix kiosque

Je règle par : Chèque bancaire à l’ordre de la Société éditrice du Monde Carte bancaire : Carte Bleue Visa Mastercard
Date et signature obligatoires

Notez les 3 derniers chiffres figurant au verso de votre carte :

J’accepte de recevoir des offres du Monde ou de ses partenaires

OUI OUI

NON NON

Tél. : I M P O RTA NT : VOT R E JO U RNA L LI V R É C H E Z VO U S PA R PO RT E U R * *

Maison individuelle Immeuble Digicode N°

Interphone : oui non Boîte aux lettres : Nominative Collective

Dépôt chez le gardien/accueil Bât. N°

Escalier N° Dépôt spécifique le week-end

SOCIÉTÉ ÉDITRICE DU MONDE SA - 80, BOULEVARD AUGUSTE-BLANQUI - 75013 PARIS - 433 891 850 RCS Paris - Capital de 94 610 348,70€. Offre réservée aux nouveaux abonnés et valable en France métropolitaine jusqu’au 31/12/2014. En application des articles 38, 39 et 40 de la loi Informatique et Libertés du 6 janvier 1978, vous disposez d’un droit d’accès, de rectification et de radiation des informations vous concernant en vous adressant à notre siège. Par notre intermédiaire, ces données pourraient êtres communiquées à des tiers, sauf si vous cochez la case ci-contre.

d o s s i e r | rêves de jeunes diplômés
Aspirant à un système hiérarchique plus souple, beaucoup de futurs cadres se verraient bien faire carrière dans le privé, mais l’environnement sécurisant de la fonction publique demeure attractif, surtout en province.

En Chine, l’entreprise privée gagne ses lettres de noblesse
Shanghaï, correSpondance 25 ans, Kan Han est chanceuse. Selon toute vraisemblance, la jeune femme devrait obtenir en mars son diplôme de sciences biomédicales de la prestigieuse université de Jiaotong, à Shanghaï et elle a d’ores et déjà décroché un emploi, un poste de consultante chez Ping An, l’une des plus importantes compagnies d’assurances de Chine, la première parmi celles qui n’appartiennent pas à l’Etat. La future diplômée est plus que satisfaite du salaire promis, 200 000 yuans par an, soit 2000 euros par mois. L’étudiante ne cache pas avoir frappé à toutes les portes, avoir littéralement « jeté son CV à la mer » en toutes directions, une étape qu’elle décrit par les mots hai tou. C’est-à-dire ratisser le plus large possible, que ce soit auprès des entreprises publiques ou privées, chinoises ou étrangères, pour s’assurer un job. Elle avait déjà effectué un stage dans un petit cabinet de consultants, puis un autre au sein du groupe pharmaceutique Sanofi pour en venir à la conclusion que les compagnies privées offrent une atmosphère de travail moins pesante que celles du secteur public. Alors qu’une bonne partie des jeunes diplômés de Chine rêvent toujours de décrocher un emploi dans une entreprise d’Etat, synonyme de stabilité, Mlle Kan appartient à cette frange de la jeunesse chinoise qui voit en ces mastodontes un style de management rétrograde et peu favorable au développement personnel. «L’image que nous avons du public est qu’il faut consacrer toute son énergie à s’assurer

A

de bons contacts avec ses collègues, au détriment de l’essentiel», résume Kan Han. Car travailler dans une entreprise publique chinoise à l’issue d’un processus de sélection drastique consiste d’abord à construire ses guanxi, son réseau social, sur lequel s’appuiera par la suite l’ascension hiérar-

Une frange de la jeUnesse chinoise voit dans les entreprises pUbliqUes Un style de management rétrograde et peU favorable aU développement personnel
chique, si elle a lieu. Il faut s’incliner devant ses supérieurs, qui eux-mêmes ont longuement patienté avant de grimper les échelons. Le tout pour un salaire plus faible que dans le privé, même si les horaires de travail y sont réputés plus tranquilles. «Les opportunités d’accès aux entreprises publiques sont très restreintes. Il n’y avait que deux postes correspondant exactement à mon profil cette année lors de l’examen national d’entrée dans l’administration», observe l’étudiante en dernière année, en référence au concours d’entrée dans la fonction publique, qui a attiré 1,52 million de candidats pour seulement 19538 postes en 2013.

Pour Yue Changjun, un expert en économie de l’éducation à l’université de Pékin, cette tendance ne concerne pas encore l’ensemble de la Chine. Il convient de faire une distinction entre les régions côtières de l’Est, ouvertes à l’international, et le reste du pays. Ce professeur a commencé à plancher sur cette question dès 2003. Au cours de la décennie qui a suivi, il a envoyé 15 000 questionnaires à des étudiants, allant des meilleures universités aux instituts de formation technique. De ces sondages, il ressort qu’à Shanghaï, réputée pour le commerce international, les entreprises chinoises privées et les multinationales attirent désormais davantage les jeunes à la recherche d’un emploi que les postes affiliés au gouvernement. Mais dès que l’on s’avance dans les provinces du centre et de l’ouest du pays, là où l’activité est généralement concentrée autour de la capitale provinciale et de ses grandes entreprises d’Etat, les postes rattachés à la puissance publique continuent d’offrir le plus de sécurité. La plupart des étudiants et jeunes travailleurs interrogés indiquent au professeur Yue Changjun qu’ils recherchent un « avenir prometteur », un terme ambivalent. Les candidats à l’embauche disent regarder le potentiel de progression dans la hiérarchie qu’offrira l’entreprise, mais également les avantages matériels associés au poste, la stabilité de l’emploi et bien sûr le salaire. Ce dernier critère doit se lire au regard des exigences qui pèsent sur leurs épaules : il convient d’acheter un appartement tôt, condition sine qua

46 / Le Monde Campus mercredi 26 mars 2014

tères tels que l’ambiance et les opportunités d’avenir. » Les entreprises privées sont toutefois toujours obligées d’offrir des salaires doubles de ceux proposés par le public. Car les sociétés d’Etat rassurent : « Elles offrent la stabilité, le statut social, une couverture santé et retraite, énumère Wang Zhiguo, patron d’un cabinet d’ingénierie de construction de Shanghaï. « C’est pourquoi le privé peine à attirer les talents », déplore-t-il. L’un de ses employés, Liu Pingping, diplômé d’un institut technique de Nanchang, dans la province rurale du Jiangxi, ne cache pas qu’un employeur public ferait mieux sur son CV que son poste actuel dans ce petit cabinet privé d’ingénierie. Car ce sont les grandes compagnies publiques qui remportent les plus gros

jessy deshaies

« dans leur recherche d’emploi, outre l’argent et la sécurité, les jeunes se penchent sur l’ambiance ou les opportunités d’avenir » Yue CHangjun, expert en économie de l’éducation

non pour se marier, et les prix de l’immobilier sont exorbitants. La concurrence sur le marché de l’emploi est à l’échelle de la masse démographique du pays le plus peuplé de la planète. Et la famille, consciente de cet environnement compétitif, incite fortement le jeune diplômé à opter pour la sécurité. «Le logement, le mariage, l’argent… tes parents prévoient toutes les difficultés que tu vas rencontrer et te transmettent leur peur panique», explique Wang Yajing, diplômée au mois de juin 2013 de l’université d’études internationales de Shanghaï. Autant de facteurs qui pèsent en faveur de la stabilité étatique, qui limitera le risque dans le domaine professionnel. Pourtant, en choisissant de tenter une carrière dans les agences d’événementiel et de relations publiques, Wang Yajing savait qu’elle se destinait au secteur privé. Elle

s’estime heureuse d’avoir été prise dans une grande agence internationale. «On me laisse faire le travail par moi-même, et si j’ai une question, je peux la poser», détaille la jeune fille, qui préfère très nettement ce style de management à celui qui fait la réputation des entreprises publiques, «où le supérieur dicte, sans donner l’autonomie qui permet d’apprendre à se débrouiller». Dans la promotion de Wang Yajing, beaucoup pensent comme elle, recherchant un poste plus stimulant que stable. D’abord parce qu’ils viennent de milieux aisés, mais aussi parce qu’ils ont désormais l’ambition de s’épanouir dans leur métier au quotidien. Pour l’expert Yue Changjun, si la stabilité reste un élément crucial, les jeunes prennent désormais en compte un ensemble de facteurs : « Il y a l’argent, bien sûr, mais pas uniquement. Ils se penchent désormais aussi sur des cri-

contrats de construction dans une économie où, malgré les réformes, l’Etat-parti joue toujours un rôle majeur. «On y gagne moins qu’ici, mais ce sont des plates-formes plus réputées pour la suite», constate le jeune homme. A Nankin, à seulement 300 kilomètres à l’ouest de Shanghaï, Zhu Lin, qui a étudié la sociologie à l’université Hohai, reconnaît qu’elle a mis, comme beaucoup, ses ambitions de côté, optant pour un emploi stable au sein de l’administration de son université, qui lui permettra de se consacrer à sa vie privée. Ses camarades voulaient pour la plupart travailler dans des entreprises publiques. L’un d’entre eux a consacré une année entière à préparer l’examen d’accès aux postes de fonctionnaires alors que les chances de réussite sont faibles. Un autre n’a pas hésité à décliner une offre d’emploi d’Unilever. Dans les secteurs où l’Etat reste omniprésent, le choix rationnel pour les étudiants les plus brillants demeure les plus grandes entreprises publiques, estime M. Wang, le patron. Harold THibaulT

mercredi 26 mars 2014 Le Monde Campus / 47

d o s s i e r | rêves de jeunes diplômés

Courtisés par les entreprises, les Allemands en profitent
Devant le manque de personnel qualifié, les employeurs d’outre-Rhin redoublent d’initiatives pour séduire les moins de 30 ans.
manqué cruellement de places en crèches, en partie à cause d’un tabou tenace sur la garde des enfants de moins de 3 ans hors du foyer. Depuis le lancement, en 2007, du programme gouvernemental de développement de l’offre de garde en collectivité et les aides aux structures d’entreprise, les mentalités évoluent. La place en crèche est devenue un fort argument de recrutement, entraînant une hausse sans précédent du nombre de places disponibles. Selon un sondage publié en mai 2013 par la chambre allemande de commerce et d’industrie (DIHK), une entreprise sur deux offre actuellement à ses salariés une aide financière à la garde d’enfants ou envisage de le faire, contre 25 % en 2007. Un tiers d’entre elles dispose d’une crèche propre ou de places réservées dans une crèche locale. Le groupe BASF dispose ainsi de 250 places sur le site de Ludwigshafen. Volkswagen met à disposition 1 000 places dans ses propres établissements. ont aujourd’hui les moyens de négocier auprès des entreprises des aménagements beaucoup plus efficacement que les syndicats. Selon une étude du cabinet Universum Global publiée fin 2013, l’équilibre vie privée-vie professionnelle est le premier but de long terme des jeunes diplômés allemands. Le constructeur automobile Audi propose ainsi 200 modèles de temps de travail différents, qui vont du temps partiel pour l’éducation des enfants à la pause professionnelle pour soigner un proche malade, jusqu’à l’année sabbatique. BASF a ouvert fin 2013 un centre work life balance pour ses salariés, qui propose garde d’enfants, cours de yoga, conseils de spécialistes en nutrition et gestion du stress. Le cabinet de conseil McKinsey offre, quant à lui, la possibilité de prendre deux à trois mois de congé sabbatique chaque année. Pour certaines entreprises, cette adaptation ne se fait pas sans heurts. Sebastian Rattunde, du cabinet de recrutement Alto Partners, reconnaît que les « entreprises sont parfois perturbées par une génération de candidats qui pense d’abord à son temps libre », à rebours de la mentalité traditionnelle allemande qui veut que la récompense arrive au terme d’un long et dur labeur. « Les candidats apparaissent imprévisibles », poursuit l’expert. C’est notamment le cas dans les entreprises de taille intermédiaire, cœur de la puissance économique allemande. Pourtant, elles n’ont pas le choix : souvent localisées dans des villes petites ou moyennes, voire à la campagne, elles ne peuvent prendre le risque de rater le coche sous peine de voir les jeunes diplômés quitter la région pour les métropoles plus attractives comme Munich, Hambourg et Berlin. CéCile Boutelet

Berlin, CorrespondanCe onséquence de la bonne santé de l’économie allemande mais aussi du déclin démographique du pays : chez les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur, le chômage a quasiment disparu. Selon les chiffres publiés en mai 2013 par l’Office national pour l’emploi, ils ne sont que 2,4 % à se trouver actuellement sans emploi, ce qui place l’Allemagne au deuxième rang européen en termes d’employabilité des jeunes diplômés, juste derrière la Norvège. Ce chiffre recouvre bien sûr des réalités bien différentes : les diplômés en lettres et sciences humaines sont largement plus concernés par la hausse des emplois atypiques que les ingénieurs. Il n’empêche. Ce quasi-plein-emploi a de profondes conséquences sur le comportement des employeurs et des candidats. Dans un contexte de rareté croissante du personnel qualifié, les entreprises doivent rivaliser d’imagination pour attirer les meilleurs profils… Ce qui provoque des changements sociaux inattendus. L’exemple le plus frappant est la garde des jeunes enfants. Pendant des décennies, beaucoup de régions allemandes ont

C

Les juniors ont aujourd’hui Les moyens de négocier auprès des entreprises des aménagements de Leur temps de travaiL beaucoup pLus efficacement que Les syndicats
Si les entreprises trouvent leur compte dans un retour plus précoce des femmes au travail, elles répondent aussi à une aspiration des jeunes diplômés. Selon une étude du ministère de la famille de mars 2013, 91 % des parents âgés 25 à 39 ans considèrent que concilier travail-vie de famille est aussi important que le salaire. Il en est de même pour la flexibilité sur les horaires de travail. Les jeunes diplômés

48 / Le Monde Campus mercredi 26 mars 2014

jessy deshaies

Les étudiants en finance sont deux fois plus nombreux qu’il y a une décennie, mais préfèrent la comptabilité et l’audit au trading.

Au Royaume-Uni, la City n’a rien perdu de ses attraits
londrEs, corrEspondAncE our Imran Moledina, étudiant en dernière année de licence à Cass Business School, le problème est simple : « Je cherche simplement à avoir un diplôme venant d’une université reconnue, qui me permette d’avoir un bon salaire. Je ne connais personne qui étudie pour autre chose que l’argent. » Voilà pourquoi Imran, 21 ans, a choisi d’étudier la finance et les affaires bancaires. Quand il a commencé son diplôme en 2011, la plus importante crise financière mondiale depuis 1929 venait de se produire. Mais lui, comme ses amis Mase Olomi et Muhammed Kaba n’en ont cure. Leurs familles sont originaires d’Inde, et tous trois sont nés à Londres. Leur objectif n’est pas forcément un bonus démesuré, mais un emploi solide et bien rémunéré. « Je ne cherche pas à aller dans la banque d’investissement, mais plutôt la comptabilité et l’audit », précise Muhammed. La chance lui a souri : quatre mois avant la fin de son diplôme, il a décroché un emploi dans une grande firme d’audit financier, qui l’attend sous condition d’un certain niveau à son examen final. Leur cas n’est pas simplement révélateur d’un milieu immigré, déterminé à réussir coûte que coûte. La tendance traverse toute la société britannique. En 2004, il y avait 16 000 étudiants en finance au Royaume-Uni ; en 2013, le nombre avait grimpé à 31 500. Un doublement, qui traduit une étonnante réalité : la crise n’a pas fait fuir les étudiants du secteur financier, bien au contraire.

P

L’explication est très rationnelle. Bien sûr, les banquiers n’ont plus la cote. Mais dans le même temps, la crise économique a fait bondir le taux de chômage des jeunes, à presque 20 % pour les moins de 25 ans. Pire encore : depuis deux ans, les frais universitaires ont triplé, à un maximum de 10 000 euros par an. Les Britanniques qui se lancent dans les études se retrouvent sous pression pour faire des études « utiles », qui « rentabilisent » leur investissement.

à très haut niveau, l’attractivité du secteur a reculé. Mais dans les licences, les futurs spécialistes sont plus que jaMais à la recherche d’une carrière rassurante
Mais si la City les attire, un changement subtil s’est produit. Beaucoup ne rêvent pas d’être trader ou banquier, préférant des emplois un peu moins exposés : contrôle du risque, assurance, audit… Quant à la mauvaise image des banquiers, ce n’est guère leur problème. « On ne peut pas blâmer une profession entière parce que les directeurs de quelques banques ont fait n’importe quoi », estime Muhammed. « Ça dépend dans quelle partie d’une banque vous travaillez, renchérit Mase. Quand on voit Barclays qui augmente les bonus mais supprime des emplois, ça fait mal au cœur. Encore que le problème de l’image ne me gêne pas vraiment si mon emploi est stable. »

L’attrait de la finance pour les étudiants britanniques vient aussi de l’étonnant pouvoir d’attraction de la City, qui est désormais la première place financière mondiale. Pour Guillaume Marion, un Canadien qui termine actuellement un MBA, spécialité finance, à la London Business School, venir étudier à Londres était une évidence. « J’aurais pu aller aux EtatsUnis, mais Londres offre un bien meilleur accès aux marchés émergents, et New York a perdu de son sex-appeal. » Lui a 30 ans, et déjà plusieurs années d’expérience dans la finance. Sa classe est essentiellement composée d’étudiants étrangers, élite de haut niveau, qui ne craint guère le chômage. Parmi eux, pour qui la sécurité de l’emploi n’est pas le sujet, la finance est en recul par rapport aux années d’avant la crise. Après le MBA, seuls 28 % ont choisi ce secteur l’an dernier, contre 42 % en 2006. « Il reste ceux qui sont vraiment passionnés par la finance, tandis que les “touristes”, qui passaient par ce secteur simplement parce qu’il était en vogue, sont partis », témoigne Lara Berkowitz, conseillère d’orientation à la London Business School. Les « touristes » se dirigent désormais vers une autre carrière, très lucrative elle aussi : le secteur des nouvelles technologies et de ses start-up. A très haut niveau, l’attractivité du secteur finance a donc reculé. Mais dans les licences, les étudiants sont plus que jamais à la recherche d’une carrière rassurante, et la City leur offre cela dans les domaines de la comptabilité ou de l’audit. Eric AlbErt

jessy deshaies

mercredi 26 mars 2014 Le Monde Campus / 49

d o s s i e r | rêves de jeunes diplômés
Cet économiste en herbe s’est d’abord battu pour obtenir un passeport roumain, le sésame qui ouvre la porte de l’Union européenne. Aujourd’hui, il agit pour que son pays soit rattaché à la Roumanie.

Vitalie Prisacaru porte l’aspiration de milliers de Moldaves : devenir citoyen européen
Bucarest, correspondance l est né en Moldavie, petit pays enclavé entre la Roumanie et l’Ukraine, mais il s’est toujours senti européen. Il rêvait de voyager librement en Europe, ce que ne lui permettait pas son passeport. Pour entrer dans l’espace Schengen, Vitalie Prisacaru avait besoin d’un visa, et pour l’obtenir, c’était le parcours du combattant. En 2009, à 17 ans, il fait un premier séjour dans la Roumanie voisine. «C’était étran­ ge, se souvient-il. Je venais de Moldavie, mais je parlais la même langue que les Roumains. Je ne sais pas pourquoi, mais dès que j’ai mis le pied en Roumanie, je me suis senti chez moi.» Il était reparti à Chisinau, la capitale moldave, avec une idée fixe : revenir en Roumanie et y vivre sa vie. A l’origine territoire roumain, la Moldavie a été annexée par l’Union soviétique après la seconde guerre mondiale. Devenue indépendante en 1991, après la chute de l’URSS, la Moldavie cherche depuis son identité. Sur les 4 millions de Moldaves, deux tiers sont roumanophones et un tiers russophones. L’idée d’une réunification avec la mère patrie n’a jamais figurée sur l’agenda politique des autorités moldaves, mais l’adhésion de la Roumanie à l’Union européenne (UE) en 2007 a changé la donne. Devenu plus intéressant, ce pays a attiré les jeunes Moldaves comme un aimant. Des dizaines de milliers d’entre eux sont allés faire leurs études en Roumanie qui leur propose 5 000 bourses d’études par an. Vitalie a saisi l’occasion, et dès qu’il a obtenu son baccalauréat, il s’est inscrit en 2010 à l’université de Suceava, ville située

I

au nord-est de la Roumanie, à proximité de la frontière roumano-moldave. Après avoir obtenu une licence en sciences économiques, il s’est inscrit à l’Ecole nationale d’administration à Bucarest afin d’obtenir un master en sciences politiques et administration.

Le désir des jeunes d’intégrer L’ue a accentué Les réticences de La russie qui a pris des mesures de rétorsion
Il y avait aussi un intérêt pratique dans son désir d’étudier les sciences politiques puisqu’il s’est mis en tête de militer pour la réunification de la Moldavie avec la Roumanie. « Les jeunes Moldaves étu­ diants en Roumanie souhaitent cette réu­ nification, explique Vitalie. Ils veulent avoir des papiers d’identité roumains qui feront d’eux des citoyens européens. J’ai déjà obtenu le passeport roumain qui fait que je me sens européen. » Le passeport roumain est le sésame qui ouvre la porte de l’espace Schengen à ces jeunes Moldaves qui se considèrent européens à part entière. Selon l’Autorité nationale pour la citoyenneté, plus de 350 000 passeports roumains ont été délivrés aux Moldaves ayant obtenu la nationalité roumaine. L’opération a commencé en 2009, sous l’impulsion du président roumain Traian Basescu, qui a toujours plaidé pour l’intégration européenne de la Moldavie. En avril 2009, après la répression violente d’une manifestation anticommuniste menée par des jeunes Moldaves à Chisinau, une

coalition pro-européenne avait pris les rênes du pays. La Roumanie avait aussitôt encouragé l’élan européen de sa petite sœur. « Ces jeunes voulaient faire dispa­ raître l’héritage de l’URSS, affirme Dan Dungaciu, directeur de l’Institut des sciences politiques de Bucarest et ancien conseiller auprès de la présidence moldave. Il n’y a pas de meilleure solution pour échapper à l’ancienne URSS que l’Union européenne. » Le 28 novembre 2013, la Moldavie a signé à Vilnius, la capitale lituanienne, un accord d’association avec l’Union européenne. Mais le désir des Moldaves d’intégrer l’UE a accentué les réticences de la Russie. Moscou a aussitôt bloqué l’importation des vins moldaves, principale richesse du pays, et menace d’augmenter le prix du gaz. Ces décisions n’ont fait que radicaliser les étudiants détenteurs d’un passeport roumain. Vitalie et ses amis ont déjà recueilli 117 000 signatures en Roumanie pour soumettre au Parlement de Bucarest un projet de loi visant à renforcer encore davantage les relations entre la Roumanie et la Moldavie. « Nous allons y arriver, assure le jeune étudiant. On y arrive toujours quand on se bat pour une juste cause. » Mirel Bran

50 / Le Monde Campus mercredi 26 mars 2014

jessy deshaies

Tout juste entrés sur le marché du travail, des cadres en devenir ont vu leur parcours stoppé net par la répression politique sous Ben Ali. La révolution leur a promis une « réintégration » et une « réparation » que certains attendent toujours.

En Tunisie, le retour des jeunes amnistiés
Tunis, corresPondance afik Dachraoui avait 25 ans quand il a été arrêté. Jeune professeur de maths, il a été interpellé en pleine classe, devant ses élèves. C’était en 1991, lors de la vague de répression contre les militants du mouvement islamiste Ennahda, alors clandestin. Rafik a passé cinq ans en prison. « A ma libération, j’avais perdu tous mes droits, notamment mon travail », explique-t-il. Ecarté de la fonction publique, il a subsisté en donnant des cours dans le privé. Mohamed Soudani se destinait au management. Leader syndical dans sa faculté et encarté au PCOT – une formation communiste interdite –, il a animé des manifestations estudiantines en 2007. Ce qui lui a valu quelques séjours en prison et une exclusion définitive de l’université. Malgré une longue grève de la faim en 2009, il n’a jamais pu se réinscrire. Il a vécu de la solidarité de ses camarades et de petits boulots dans la sphère militante. Sous la présidence Ben Ali, des milliers de personnes ont ainsi vu leur parcours brisé par la répression. La première des mesures prise après la révolution, le 19 février 2011, fut le décret-loi n° 1 qui accordait l’amnistie à tous les anciens prisonniers politiques. Ils « auront droit à la réintégration de leur emploi et à la demande de réparation », édicte aussi le texte, qui concerne près de 13 000 personnes, en très grande majorité des islamistes. Une reconstruction qui ne se fait pas sans accrocs. Les 2500 fonctionnaires écartés, dont une moitié de professeurs, ont vite repris du service. Ainsi, dès avril 2011, Rafik s’est retrouvé devant une classe. «Comme j’ai toujours donné des cours, je n’ai pas trouvé

R

de difficultés pédagogiques», dit-il. A 47 ans, il se bat maintenant pour récupérer le niveau de salaire et l’échelon qu’il aurait pu atteindre sans la prison. En théorie, un autre décret, adopté fin 2012 sous le gouvernement de l’islamiste Hamadi Jebali, organise la reconstitution de carrière pour les amnistiés. Cinq années d’éviction donnent droit à une promotion d’un grade. Dix, c’est deux grades et quinze, trois.

Exclu dE l’univErsité pour raisons politiquEs, MohaMEd soudani a intégré, En 2013, lE sErvicE scolarité d’unE faculté Et EspèrE rEprEndrE sEs étudEs
Dans la pratique, la disposition tarde à être appliquée, à cause des tensions politiques. « L’administration joue contre les amnistiés, ils perdent nos papiers », peste Rafik, qui a entamé avec des confrères un sit-in devant le ministère de l’éducation,

en décembre 2013. Ils pointent du doigt l’Union générale tunisienne du travail (UGTT). L’influent syndicat, classé à gauche, a en effet contesté ces promotions, jugées indues. Notamment plusieurs cas où des partisans d’Ennahda ont été propulsés à des postes de direction. « Puisqu’ils n’ont pas de cadres dans l’administration, Ennahda a cherché à s’en créer, pour en prendre le contrôle », accuse Hfaiedh Hfaiedh, responsable du secteur public à l’UGTT. Tous les autres amnistiés ont pu intégrer la fonction publique, sans passer par les concours. 6 700 personnes en ont bénéficié. C’est le cas de Mohamed Soudani qui, depuis la rentrée 2013, travaille au service scolarité d’une faculté. « Maintenant que je suis stable, je commence à rêver de construire une famille », dit le jeune homme, qui espère plus tard reprendre ses études. D’autres, environ 800, sont à la peine, titularisés sur le papier mais sans poste ou sans salaire. Basma Chaker a été affectée à la caisse de sécurité sociale… qui n’a pas de place pour elle. «C’est le syndicat qui bloque, accuse-t-elle. On me dit d’attendre, mais je n’ai plus la patience, je suis fatiguée! J’ai 44 ans, pas de mari ni de maison à moi!» Accusé d’avoir voulu « renverser le régime » après quelques appels à manifester et à lire le Coran, Yassine Benzarti a fait six ans et demi de prison sur une condamnation de vingt ans. Depuis un an, il travaille dans l’administration d’une école, mais sans salaire. « Ceux qui m’ont torturé n’ont pas été jugés, ils continuent même à être payés, eux. C’est comme une nouvelle punition », soupire-t-il. Ils sont moins nombreux à avoir eu les moyens de reprendre leurs études. Porteparole du syndicat étudiant islamiste en 1991, Adel Thabti a fait une grève de la faim pour pouvoir retourner à la fac, dès 2005, après cinq ans de prison et sept ans dans la ferme familiale. Il est aujourd’hui journaliste. «Je me suis marié, j’ai eu un enfant, j’ai essayé de refaire ma vie, dit-il. Mais personne ne peut réparer le temps perdu.» Gabrielle Pasco

jessy deshaies

mercredi 26 mars 2014 Le Monde Campus / 51

mobilité internationale
Sur les 30 000 postes proposés par Pôle emploi international, environ 20 % sont à destination des jeunes diplômés. 50 % des offres du Canada concernent l’informatique. Allemagne, Brésil ou Inde sont, eux, en quête d’ingénieurs tous secteurs.

Ingénieurs, financiers, informaticiens : la « french touch » a la cote

C

ette année encore, face à une conjoncture toujours aussi incertaine, une partie des jeunes diplômés français cèdera à l’appel du large. Ils ne sont certes pas majoritaires, mais chaque année plus nombreux, profitant de la mondialisation des échanges et de l’internationalisation des entreprises, petites et grandes. Certains n’hésiteront pas à s’expatrier pour chercher un emploi, démontrant qu’il est parfois plus facile de convaincre un employeur indien ou canadien que de se faire remarquer à Paris. Quels sont les atouts des jeunes diplômés français sur le marché mondial du travail ? Quels métiers recrutent à l’international en 2014 ?

« Par définition les entreprises qui recrutent hors de leurs frontières recherchent des personnes qualifiées avec des compétences qu’elles ne peuvent pas trouver sur place, souligne Muriel Fagnoni, directrice de l’agence Pôle emploi international à Paris. Bien souvent, elles demandent aussi de l’expérience, ce qui peut constituer un obstacle pour les jeunes diplômés. » Sur les 30 000 postes proposés par Pôle Emploi International, elle estime à environ 20 % le nombre d’offres à destination des jeunes diplômés. « Les métiers les plus représentés sont liés à l’exportation de savoir-faire

« Pour les candidats à l’exPatriation, il faut voir dans chaque Pays quels sont les métiers en demande » Muriel Fagnoni, directrice de
l’agence Pôle emploi international (Paris)

français : hôtellerie-restauration, luxe ou encore ingénierie. Mais nos offres ne reflètent pas l’ensemble des opportunités. Pour les candidats à l’expatriation, il faut voir dans chaque pays quels sont les métiers en demande », précise-t-elle.

« Il y a une pénurie d’ingénieurs au niveau mondial, que ce soit en Allemagne, au Brésil ou en Inde », constate Fabien Stut, directeur général du cabinet de recrutement Hays France. De nombreux secteurs ont en effet besoin d’ingénieurs : aéronautique, BTP, énergie, automobile, agronomie, biotechnologies... et les fonctions sont très variées. Elles vont de la direction de travaux sur un chantier d’autoroute à l’optimisation des procédés de production (supply chain management, lean manufacturing) dans une usine en passant par la recherche & développement. « Les profils les plus recherchés sont les ingénieurs en mécanique appliquée, avec une compétence technique dans tel ou tel domaine », note Muriel Fagnoni. Connue pour former un grand

nombre d’ingénieurs généralistes et spécialisés, la France est bien placée pour répondre à la demande mondiale. « Les ingénieurs français s’exportent très bien. Les employeurs étrangers louent leurs compétences et leur capacité d’adaptation », souligne Fabien Stut. En retour, les ingénieurs savent que leur diplôme peut leur ouvrir des portes à l’international. D’après l’enquête d’insertion de la Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs (Cdefi), 12 % des ingénieurs diplômés en 2012 ont trouvé leur premier emploi à l’étranger, notamment en Suisse, au Royaume-Uni et en Allemagne. Le terme « pénurie » revient lorsqu’on évoque les métiers de l’informatique et du numérique. Rien qu’en Europe, il y aurait 700 000 postes non pourvus dans le domaine des technologies de l’information et de la communication, selon la Commission européenne, qui y voit un problème de compétitivité. Le nombre d’emplois dans le secteur a augmenté en moyenne de 3 % par an pendant la crise tandis que le nombre des nouveaux diplômés a décliné. Aujourd’hui,

52 / Le Monde Campus mercredi 26 mars 2014

toutes les entreprises se mettent au digital sous une forme ou une autre : publicité web, e-commerce, applications mobiles, etc. Les besoins en développeurs, web-designers, administrateurs de systèmes informatiques, analystes de données, explosent. L’Europe, mais aussi les EtatsUnis sont confrontés à ce problème. « Au Canada, 50 % de nos offres concernent le secteur informatique », relève Muriel Fagnoni. Là encore, les compétences des jeunes diplômés français sont appréciées. « Ils ont un gros bagage en mathématiques et une culture scientifique qui leur permet d’inventer des solutions nouvelles. Nous ne formons pas des “geeks” mais des cadres d’entreprise », souligne Christiane Michel, directrice des relations internationales à l’Efrei, une école

d’ingénieurs en informatique et technologies du numérique. Les métiers de la finance sont eux aussi un pôle d’attraction à l’international comme en témoigne la présence de nombreux jeunes diplômés français à la City et dans les principales places financières. En dépit de la

« au niVeau MondiaL, Les inGénieurs Français sont Loués Pour Leurs CoMPétenCes et Leurs CaPaCités d’adaPtation » Fabien stut, cabinet de recrutement
Hays France

crise et de nouvelles contraintes réglementaires, les banques gardent un flux d’offres à destination des jeunes diplômés, no-

tamment sous forme de stages et de missions temporaires. En France, le secteur financier est celui qui a proposé le plus de postes en volontariat international en entreprise (VIE) en 2013. Le site spécialisé efinancialcareers en a recensé un millier, soit 12,5 % du total des VIE, dans à peu près tous les secteurs de la banque d’investissement : activités de marchés et de financement, back-office, sales et risques, ressources humaines, contrôle de gestion, ou encore marketing. « Le VIE n’est pas une promesse d’embauche mais c’est un bon moyen de mettre le pied dans l’entreprise et d’acquérir une expérience en lien avec son projet professionnel », souligne Muriel Fagnoni. Pour ceux qui n’auraient pas trouvé de VIE ou qui souhaitent

postuler directement auprès d’entreprises étrangères, un autre dispositif existe : le permis-vacances-travail (PVT). « Il s’agit d’un visa ouvert qui permet de rester et de travailler pendant un an dans un pays. Cela laisse le temps aux titulaires de chercher un emploi sur place. » Dix destinations sont aujourd’hui ouvertes à ces working holiday visas : Argentine, Australie, Brésil (accord signé fin 2013), Canada, Corée du Sud, Hongkong, Japon, Nouvelle-Zélande, Singapour et Taïwan. Il faut cependant savoir que certains pays comme le Canada ou l’Australie croulent sous les demandes et atteignent très rapidement leurs quotas. Il est conseillé de postuler dès l’ouverture des inscriptions par les ambassades. François schott

Vin et design : les savoir-faire de deux jeunes Français en Chine
mois dans une agence de web-design, puis j’ai été embauchée par une autre agence où je suis restée un an. Aujourd’hui je suis chef de produit dans une société franco-chinoise qui vend des lunettes un peu partout dans le monde. Cela n’a rien à voir ! », raconte Léa. Aucun rapport non plus avec sa formation initiale en contrôle de gestion. « C’est toute la différence avec la France. Ici, tout est possible », poursuit la jeune femme. Son compagnon partage son enthousiasme. Arrivé avec un visa de tourisme de trois mois, il a décroché son premier entretien au bout d’une semaine. « J’ai vu l’annonce sur un site d’expatriés. Il s’agissait d’un stage chez un importateur de vins français. Le stage s’est transformé en VIE (volontariat international en entreprise) et on m’a confié le lancement d’une nouvelle marque de vins français en Chine. J’étais responsable du “sourcing” de viticulteurs en France et de la commercialisation de la marque auprès des distributeurs chinois. » Aujourd’hui responsable marketing pour une société de vins basée à Singapour, il continue à défricher l’immense marché chinois. A l’image de Léa et Matthieu, la capitale économique chinoise attire un nombre croissant d’étudiants et jeunes diplômés français. Parmi les 12000 expatriés recensés par le consulat, 40% ont moins de 25 ans. Une population jeune et qualifiée dont profitent en premier lieu les entreprises françaises installées sur place. « En tant qu’étranger on a des opportunités. En particulier dans l’univers du design et du marketing où les Français sont appréciés pour leur créativité et leur esprit d’initiative », souligne Léa. Mais l’intégration n’est pas toujours facile. «Je ne parle pas le mandarin, ce qui complique les relations avec mes collègues chinois. En plus nous sommes à l’opposé culturellement », avoue-t-elle. « La nouvelle génération de Chinois est assez ouverte, la plupart parlent anglais », nuance Matthieu qui a appris de son côté les rudiments de la langue. « J’ai pris des cours du soir avec un professeur particulier. Cela me permet de me débrouiller dans mon travail même si j’ai parfois besoin d’un traducteur lorsqu’il s’agit de conclure un contrat.» Ni l’un ni l’autre n’envisagent un retour en France dans l’immédiat. « Bien sûr, nos familles nous manquent, et je ne me vois pas rester indéfiniment. Shanghai est une ville très polluée. Mais nous voulons aller au bout des opportunités qu’offre ce pays», indique Léa. Matthieu, lui, a déjà pensé à la suite. « Quand je rentrerai en France, ce sera avec un projet solide – pourquoi pas une création d’entreprise avec une forte dimension internationale », glisse-t-il.

Parmi les 12000 expatriés recensés par le consulat, 40% ont moins de 25 ans. Ce sont les entreprises françaises intallées en Chine qui profitent le plus de ces jeunes très qualifiés Il y a deux ans, Léa Granat et Matthieu Paillaud ont largué les amarres, direction Shanghai. Elle, étudiante en master de gestion, lui, jeune diplômé de Sup’ de Co La Rochelle, ils ont choisi l’expatriation pour trouver leur premier emploi. Un choix payant. « J’ai effectué un premier stage de trois

dr

dr

ProPos recueillis Par F. sc.

mercredi 26 mars 2014 Le Monde Campus / 53

expérience professionnelle
Le Volontariat international en entreprise (VIE) a été intégré au Pacte national pour la croissance. Les heureux élus qui en ont déjà bénéficié l’ont vécu comme un accélérateur de carrière irremplaçable.

Le V.I.E. plébiscité par tous

C

omment acquérir une expérience professionnelle valorisante à l’étranger et mieux payée qu’un stage ? La formule du volontariat international en entreprise, plus connue sous le sigle VIE, répond à ces critères. Plus de 40 000 jeunes ont déjà été séduits par l’aventure. Destiné aux Français et aux ressortissants de l’Union européenne, de 18 à 28 ans, le VIE permet d’effectuer une mission d’une durée de six à vingt-quatre mois à l’étranger au sein d’une entreprise. Les missions sont variées : commerciales, bien sûr, mais également techniques, juridiques ou financières, mise en place d’un nouveau service (qualité, comptabilité…), création d’une filiale, etc. Toutes ont des points communs : des responsabilités et de l’autonomie. Ce fut le cas pour Romain qui, après un master 2 économie et société, option RH, a eu l’occasion de faire un VIE de dix-huit mois aux Etats-Unis pour la fi-

liale américaine de Guerbet, entreprise spécialisée dans l’imagerie médicale. « J’étais chargé de préparer l’équipe américaine à l’arrivée du produit phare de l’entreprise. J’avais des responsabilités importantes en termes de recrutement, de réorganisation et de structuration afin de renforcer la puissance commerciale de la filiale. En dix-huit mois, ma paye a triplé. » La formule séduit à la fois les entreprises et les jeunes. Selon une étude réalisée en 2011 par l’institut CSA, 81 % des entre-

LE dIsPosItIf En chIffrEs
Volontaires en poste : 8030 Entreprises concernées : 1739 (hors PME à temps partagé) durée moyenne des missions : 17,89 mois Age moyen des volontaires : 25 ans Parité : 65 % d’hommes, 35 % de femmes niveau de formation : bac + 5 et plus pour 91 % d’entre eux

prises ayant testé le VIE le recommandent et 71 % envisagent d’y avoir recours à nouveau. Quant aux jeunes, 98 % d’entre eux déclarent qu’ils conseilleraient ce dispositif à un ami et 81 % qu’il a été un tremplin pour trouver

l’emploi qu’ils occupent actuellement. 70 % des VIE se voient proposer une embauche à l’issue de leur mission, dont la moitié à l’étranger, preuve que le volontariat constitue, pour les entreprises, un vivier de jeunes diplô-

54 / Le Monde Campus mercredi 26 mars 2014

i s a b e l e s pa n o l

més qu’elles peuvent évaluer sur le terrain avant une embauche définitive éventuelle. De façon globale, le VIE est une excellente arme antichômage, puisque le taux d’emploi des jeunes, trois mois après la fin de leur mission, s’élève à 94 %. Romain confirme : « Cette expérience m’a permis de développer compétences et autonomie. A l’issue de mon VIE, j’ai été recruté en CDI au siège de Guerbet en France où j’occupe une fonction corporate que je n’aurais sans doute pas eue tout de suite. »

le top 5 des affectations du vie allemagne etats-unis royaume-uni belgique chine et hongkong
Après un master 2 pro en développement et évaluation de projet à la Sorbonne, Loïc a ainsi effectué un VIE à temps partagé aux Emirats arabes unis pour le compte de plusieurs PME, organisé par l’Imed (Ingénierie méditerranéenne pour l’export et le développement). Il y a passé deux ans, à la recherche de distributeurs pour ces PME, hébergé par la Chambre de commerce française locale. « Une expérience très efficace pour moi et pour les entreprises, qui ont généré du chiffre d’affaires. » Grâce à sa connaissance de la zone et du portefeuille d’entreprises qu’il s’était constitué, Loïc a été recruté par un distributeur émirati et est resté trois années supplémentaires là-bas, avant de revenir en France. Pour les jeunes attirés par l’international, il est possible de déposer sa candidature sur le site Internet Civiweb (centre d’information sur le volontariat international), actuellement riche de plus de 40 000 CV de jeunes di-

nombre
1 036 815 724 707 554
Source : Ubifrance, décembre 2013

avec un taux d’emploi de 94 %, trois mois après la fin de la mission, c’est une une arme antichômage
« Pour un jeune, c’est l’occasion de se frotter à d’autres cultures et environnements de travail et d’améliorer sa maîtrise d’une langue étrangère, un point souvent défaillant, même pour les diplômés des grandes écoles », analyse de son côté Renaud Crosa, DRH de Geismar, une entreprise de 1 000 salariés, spécialisée dans le matériel de pose et d’entretien des voies ferrées, qui utilise régulièrement la formule VIE pour l’une ou l’autre de ses 16 filiales à l’étranger. Les grandes entreprises sont très friandes du dispositif. Chaque année, L’Oréal, Pernod Ricard, Airbus, Société générale… recrutent plusieurs dizaines, voire centaines de VIE pour leurs filiales à l’étranger. Si les grands groupes constituent les plus gros utilisateurs de la formule en nombre de volontaires (59 % des jeunes en poste en décembre 2013), celle-ci a également été imaginée pour s’adapter aux attentes en ressources humaines des petites et moyennes entreprises. En nombre, les PME dépassent désormais les grands groupes et les entreprises de taille intermédiaire (ETI). De 44 % en 2001, elles sont ainsi passées à 64 % des utilisatrices en 2013. Ce dispositif leur permet d’attirer des candidats de haut niveau qui n’auraient pas forcément eu le réflexe de postuler chez elles.

plômés ou ayant déjà une expérience professionnelle. Ce vivier offre 70 % de profils possédant un niveau bac + 5, et plus de la moitié sont diplômés d’écoles d’ingénieurs ou de commerce. Mais on trouve également des techniciens, des informaticiens, des comptables, etc. Les candidatures féminines représentent 52 % des CV, même si 65 % des missions sont confiées à des hommes. Les volontaires sont aussi très recherchés pour accompagner des grands chantiers d’infrastructure et de construction. Hugo, diplômé d’une école d’ingénieurs, est ainsi parti dans le cadre d’un VIE pendant douze mois au sud du Tchad pour suivre la construction d’un pipeline et d’une route pour le compte de Sogea Satom (filiale de Vinci). « Une expérience très enrichissante qui m’a permis d’avoir des responsabilités en termes de management et de conduite de travaux que je n’aurais jamais eues en France. Je re-

commande le VIE à tous mes copains. Même si je pense que cela ne convient pas forcément à tous les caractères. Pour certaines destinations, il faut avoir un goût pour l’aventure. Par exemple, au Tchad, les conditions sanitaires et sécuritaires étaient difficiles. » Quelques semaines après la fin de son VIE, Hugo s’apprête à repartir au Tchad, recruté par Bouygues qui l’a repéré sur place. Le succès du VIE réside notamment dans son statut public, qui a été fixé par la loi du 14 mars 2000. Ce qui signifie que le contrat de travail est passé entre Ubifrance, l’Agence française pour le développement international des entreprises, et le candidat. Cela permet d’exonérer l’entreprise bénéficiaire de toute charge sociale en France et de se

65 % des missions sont confiées à des hommes alors que les femmes représentent 52 % des candidatures
concentrer sur le contenu opérationnel de la mission. Les VIE sont rémunérés sur une base légale de 719 euros net par mois, plus une indemnité géographique. En fonction du coût de la vie du pays, le salaire net varie ainsi entre 1 700 et 3 800 euros par mois. Le gouvernement s’est engagé à soutenir cette procédure qui fonctionne bien et l’a intégrée dans le Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi. Son objectif est d’en augmenter le nombre de 25 % d’ici à fin 2015. Pour y parvenir, Ubifrance a notamment décidé d’élargir sa cible en expérimentant un VIE spécialement destiné aux étudiants de licences professionnelles (bac + 3). Depuis la rentrée 2013, quatre universités (Valenciennes, Marne-la-Vallée, Cergy-Pontoise et Le Havre) intègrent ce VIE pro dans certaines de leurs licences. En cas de réussite, le nouveau dispositif pourrait s’étendre en 2015 à d’autres universités. Gaëlle Picut

ubifrance, l’interlocuteur unique
Le succès du VIE repose notamment sur le fait que les entreprises apprécient d’avoir un interlocuteur unique, Ubibrance. L’Agence française pour le développement international des entreprises accompagne les entreprises tout au long de la mission. Sa cellule de recrutement peut se charger de présélectionner des candidats. L’entreprise Geismar, qui réalise 90% de son chiffre d’affaires à l’export, utilise régulièrement les services d’Ubifrance. Elle vient de recruter en contrat à durée indéterminée un jeune qui avait effectué un VIE au Brésil et s’apprête à en envoyer un autre dans sa filiale au Maroc. «Pour cette mission, nous avons indiqué à Ubifrance nos besoins professionnels (ingénieur mécanique) et nos attentes en terme de savoir-être (autonomie, respect de la culture locale...). La cellule recrutement d’Ubifrance a bien cerné nos métiers et a présélectionné des profils qui collaient à nos exigences», estime son DRH, Renaud Crosa. Ubifrance s’occupe également d’obtenir les visas, une démarche parfois longue et compliquée à mener à bien. «Cet allégement des tâches administratives constitue un vrai gain de temps pour les entreprises», estime le DRH. G. P.

mercredi 26 mars 2014 Le Monde Campus / 55

découverte
Profiter des vacances universitaires pour aller travailler à l’étranger est une pratique non seulement bienvenue dans un CV, mais aussi porteuse d’inédit et parfois d’aventure.

V

Jobs d’été ailleurs, c’est maintenant !
Nourrie, logée et blanchie, Mais attention ! Si le but « j’ai quasiment mis tout est d’économiser de mon salaire de côté, envil’argent, mieux vaut rester en France. « Le trajet, ron 700 euros par mois l’hébergement et la nourpour quarante heures par semaine », souligne t-elle, riture représentent des Sophie tout en conseillant de se coûts importants. On peut Jagou renseigner à l’avance sur la même perdre de l’argent », paie, qui peut être moins met en garde Barbara avantageuse qu’en France. Muntaner, qui recomConvaincue par son expémande de bien calculer ses frais avant de partir. rience de 2013, elle fera tout Plutôt manuels, les jobs pour y retourner cet été. proposés sont accessibles Sébastien Marouteau, Sébastien Marouteau à tous niveaux de diplôme 23 ans, aujourd’hui en troiet de langue. Mais la rédacsième année d’école de commerce à Nantes, tion de la candidature et la n’avait pas d’expérience lecture du contrat ne quand il a décroché son job doivent pas pour autant de serveur dans un hôtel être pris à la légère : il est du sud-ouest de l’Angleindispensable de faire reAmandine terre. Alors au tout début Carbonell lire à quelqu’un qui maîde ses études, il a insisté trise la langue. Et de «ne sur ses motivations plus pas commencer sans que sur ses diplômes : « J’ai contrat!», alerte Céline expliqué qu’il fallait faire le Bodin, 22 ans. En juin 2013, métier de service au moins après avoir obtenu sa liune fois dans sa vie, qu’en cence en arts du spectacle, tant qu’étudiant cette expéelle est allée en Grèce pour Céline Bodin être animatrice d’été dans rience me permettrait de un hôtel. «J’aurais du me méfier, découvrir cette région d’Anglecar ils m’ont embauchée sans enterre, j’ai parlé de l’hôtel après avoir jeté un œil au site et insisté tretien préalable», se souvientsur le côté multiculturel, bienveelle. Sur place, les déconvenues s’enchaînent : à son arrivée, l’hônu pour améliorer mon niveau de langue », explique le jeune tel est fermé faute de clients. «Le homme, qui parle d’« un des patron nous a dit de partir en vameilleurs étés de sa vie » et ne recances une semaine! A nos frais bien sûr», s’exclame t-elle. A son grette pas d’être parti lorsqu’il le retour, les clients et le travail pouvait encore, au tout début de étaient là, mais pas le salaire, ni le ses études. contrat. Au final, elle est repartie, à force de réclamer, avec deux mois de salaire (1200 euros au total) sur trois : «Je n’ai rien pu faire de plus, car je n’avais aucun document à produire.» Une déception qui lui servira cependant à valoriser sa capacité d’adaptation auprès des recruteurs. De son expérience de vendeuse à Disney Floride à l’été 2009, Sophie Jagou, 26 ans, a, quant à elle, gardé « un souvenir génial », mais aussi des compé-

oyant l’été 2013 arriver, j’ai voulu en profiter pour travailler mes langues plutôt que de rester chez moi à envoyer des CV. » Amandine Carbonell, 25 ans, diplômée en droit international, était au chômage depuis cinq mois, quand elle a décidé d’expérimenter les jobs d’été. Hôtellerie, restauration, cueillette, commerce ou babysitting, une myriade d’offres de petits boulots d’été à l’étranger fleurissent dès avril sur Internet (pickingjobs.com, holidaybreakjobs. com, adventurejobs.co.uk). « C’est une belle aventure et un moyen d’améliorer ses langues, à faire au début comme à la fin de ses études, avant de rechercher un emploi », assure Barbara Muntaner, rédactrice en chef de jcomjeune.com, un site du Centre d’information et de documentation jeunesse (CIDJ) de bon conseil sur le sujet. C’est sur le site du Club Teli, une association d’aide à la mobilité internationale, qu’Amandine a trouvé une annonce. Elle a ainsi été recrutée comme animatrice dans un hôtel-club à Majorque.

Plutôt MAnuelS, leS JoBS ProPoSéS Sont ACCeSSiBleS à touS niveAux de diPlôMeS et de lAngueS
tences qui lui sont utiles dans sa vie de jeune salariée en marketing. « J’ai appris des techniques de vente à l’américaine, l’importance du sourire et de l’affabilité, j’ai gagné de la flexibilité pour gérer les imprévus et j’ai amélioré mon anglais », détaille la jeune femme de 26 ans. Du coup, elle met systématiquement en avant cette expérience lors de ses entretiens d’embauche. Aujourd’hui, le virus de la bougeotte l’a durablement contaminée : après avoir fini son école de commerce en 2012, elle est partie en VIE (volontariat international en entreprise) au Luxembourg, dans une compagnie d’assurances. Léonor Lumineau

56 / Le Monde Campus mercredi 26 mars 2014

photos dr

le grand entretien

Partir pour se réaliser au travail et poser son empreinte sur le monde»

dr

Cécile Van de Velde

Cécile Van de Velde est sociologue, maître de conférences à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS). Elle a publié Politiques de jeunesse : le grand malentendu [Le champ social, 2012] et Devenir adulte. Sociologie comparée de la jeunesse en Europe [Presses universitaires de Franc, 2008].

uelles sont les aspirations professionnelles des jeunes diplômés en France et en Europe ? La crise a-t-elle modifié leur état d’esprit ? Dans la plupart des pays, ils rêvent de se réaliser au travail. Ce n’est pas tant l’équilibre vie professionnelle-vie privée qui compte que de prouver ce dont on est capable, poser son empreinte sur le monde et à travers sa tâche, donner quelque chose à la société. Ce sentiment s’est amplifié avec la démocratisation de l’enseignement supérieur qui ouvre une nouvelle norme, celle de pouvoir décider de sa vie en choisissant ses études. C’est une frustration particulièrement forte dans le sud de l’Europe, où les premières générations qui ont fait autant d’études sont arrivées ces dernières années sur le marché de l’emploi,. Or la crise rend de plus en plus difficile la possibilité de trouver sa « place » dans le monde du travail, telle qu’elle a été imaginée au départ. D’une certaine façon, les jeunes diplômés ont intégré depuis quelque temps la crainte du déclassement, c’est-à-dire le risque d’occuper une position sociale inférieure à celle de leurs parents. Ce qui se joue aujourd’hui est différent : c’est davantage la peur d’être dépossédé de ses choix de vie. Et ces portes qui se ferment sont vécues comme une violence. Car faire plusieurs années d’études représente un gros investissement.

Q

Quelles sont leurs réactions face à cette frustration? Celles-ci diffèrent-elles d’un pays d’Europe à l’autre? On observe une tentation de sortir du système et d’emprunter des chemins alternatifs. Partir à l’étranger en est un. Cette migration change désormais de visage. Les parcours Erasmus, l’année de césure consacrée à faire un stage dans un autre pays, le temps d’un VIE (volontariat international en entreprise) s’intégraient dans une stratégie, avec l’idée de s’enrichir par diverses expériences. Mais cela demeurait globalement une migration à durée déterminée. Maintenant, on part pour chercher sa place ailleurs. Ce mouvement est bien sûr plus fort en Espagne, en Grèce et en Italie. Les jeunes diplômés espagnols émigrent en Amérique du Sud car, quitte à gagner peu, autant travailler là-bas et faire le métier auquel on s’est destiné. Les jeunes Français y viennent aussi, notamment les jeunes diplômés qui se sentent victimes de discriminations. Mais partir, sans savoir quand ni même si on va revenir, ne se fait pas avec légèreté ni avec facilité : il faut avoir des ressources pour faire ce saut.

« bénéVolat et projets personnels sont trop peu Valorisés dans le Cheminement Vers la Vie professionnelle »
Créer sa propre entreprise me paraît aussi correspondre à une de ces manières de sortir de l’impasse. Certes, l’attrait pour cette démarche tient autant à l’évolution du regard sur l’entrepreneuriat. Mais on peut y voir un choix individuel de construire sa propre place, par défaut.

Les pays nordiques ont-ils été moins touchés par ces bouleversements? Les jeunes Scandinaves sont parmi les Européens ceux qui ont le plus confiance dans leur société et dans leur propre avenir. Il faut dire que le modèle social d’intégration de la jeunesse a été maintenu, malgré la crise. Et celui-ci, particulièrement au Danemark, laisse beaucoup plus de temps aux jeunes diplômés pour « se trouver ». Les parcours universitaires et professionnels se chevauchent, s’interrompent. Ces trajectoires longues et exploratoires qui mènent à la construction de soi, avec des filets de sécurité pour les transitions, diffèrent assez radicalement des exemples français et japonais, où l’urgence prime dans la course au diplôme et au premier emploi. Or, en France, le besoin d’engagement se trouve à un niveau assez fort, comme le montre la montée en puissance du service civique ou le taux d’adhésion à une association. Les jeunes diplômés se veulent acteurs mais pas forcément dans le cadre des institutions traditionnelles, préférant une solidarité concrète et locale. Cela peut être interprété comme une réponse à la dureté de la situation actuelle. Mais le bénévolat ou les projets personnels sont encore trop peu valorisés dans le cheminement vers la vie professionnelle. Il y aurait tout intérêt à accompagner ces énergies par une politique jeunesse appropriée, mise en œuvre au niveau national ou à l’échelon européen. ProPos recueillis Par Nathalie Quéruel

mercredi 26 mars 2014 Le Monde Campus / 57

à lire

travailler en europe, mode d’emploi

Plutôt pragmatiques, les jeunes

L

’expérience à l’étranger est toujours avantageuse sur un CV, car les employeurs sont désormais à la recherche de candidats possédant des expériences professionnelles variées. Cela vous permettra, qui sait, d’éviter de passer par la case chômage », expliquent, en préambule, Prune Pont-Benoît, diplômée de deux masters en sciences de l’information et de la communication et en métiers culturels du texte et de l’image, et Jean-Pierre Pont, fondateur du magazine et du site Vivre à l’étranger.com. Ce guide tourné vers l’Europe, résolument pratique, égrène les destinations « classiques » et « d’avenir », dispense conseils et informations pour trouver un emploi dans les règles, avant de fournir quelques pistes solides (stages, volontariat, fonctionnariat, enseignement). Pour chaque pays, les auteurs proposent un « tour d’horizon » d’où ne sont pas exclus les éléments de vie courante (« étudier », « se loger », « se soigner »), avant d’en analyser ses besoins, ses forces, ses faiblesses, de faire un point sur la législation locale, de fournir quelques exemples de salaires, et de mettre à la disposition du lecteur ses « réseaux pour trouver un stage ou un emploi », le tout accompagné d’adresses, de numéros de téléphone et de sites Internet utiles.

I

Le Tour du monde de L’empLoi. 30 pays européens. Trouver un sTage ou un empLoi, de Prune Pont-Benoit et Jean-Pierre Pont. Editions Télémaque, 424 pages, 22 euros.

Pierre JullieN

ndividualistes, carriéristes, la tête dans le guidon… alors que nombre de commentateurs épinglent l’impatience des jeunes dans l’entreprise, Michel Vakaloulis déconstruit et contredit ce qu’il considère comme des poncifs. Le philosophe et sociologue plonge dans l’univers des jeunes salariés, auprès desquels il a mené des entretiens. Son essai, riche en témoignages, montre à quel point « l’image emblématique d’une génération individualiste a du plomb dans l’aile ». Emerge une prise de conscience largement partagée d’une crise qui banalise le statut de travailleur jetable. Et qui explique le décrochage de la culture d’entreprise : comment s’identifier à un organisme si on est susceptible d’en sortir brutalement à chaque remise en jeu ? Si facteur générationnel il y a, il est lisible dans « la facilité avec laquelle les jeunes salariés se projettent à titre personnel dans l’idée de changement, de mobilité, de reconversion professionnelle ». Dans un univers instable et imprévisible, la mobilité devient un acte de gestion de l’emploi. La posture des jeunes salariés n’est pas idéologique ou politique, elle est pragmatique. Un constat dont les organisations syndicales devraient prendre acte si elles souhaitent renouer avec des jeunes qui ne s’encartent plus. « Souvent, quand on voit des manifs de cheminots, des gens de la RATP, en premier rang ce sont des gens avec des pulls Père Noël et des grosses moustaches », témoigne une jeune intérimaire des relations publiques. Les syndicats souffrent d’une image ringarde. Désenchantés, les jeunes auraient-ils renoncé à l’engagement pour faire carrière ? Rien de moins vrai : ce n’est pas parce que les jeunes ne s’investissent pas massivement qu’ils se désinvestissent. Au contraire, la nouvelle génération est très sensible à des thématiques comme l’environnement, la diversité culturelle, la dignité humaine. Et reconnaît l’utilité des syndicats, même si elle n’y adhère pas. MarGherita Nasi

les galères de la précarité

H

PRécaRisés, Pas démotivés ! les jeunes, le tRavail, l’engagement, de Michel Vakaloulis. Editions de l’Atelier, 144 pages, 16 euros.

le savoir-vivre en réseau
’Accent sur elles à Zonta international, en passant par l’Association des cadres bretons ou du club des croqueurs de chocolat, Le Guide du networking en France répertorie – et décrit – plus de 200 clubs de A à Z auxquels « il est essentiel d’appartenir » « à l’heure où 80 % des emplois sont pourvus par relations ». Et montre qu’il y en a pour tous les goûts et à tous les prix : comptez 15000 euros de droits d’entrée au Polo de Paris, une fois votre attente de plusieurs années récompensée ! Alain Marty, dirigeant d’entreprise, président-fondateur du Wine & Business Club et du club Entreprise & Rugby, explique

D

que « le réseau doit faire partie intégrante de votre vie » avant de rappeler que la règle de base du « savoir-vivre réseau est la même que pour toute relation humaine, c’est la disponibilité ». Au-delà de conseils qui relèvent du bon sens, il faut veiller « à ne rien exiger de l’autre, mais à lui donner beaucoup avant de lui demander quoi que ce soit ». Rassurant ? L’auteur fait l’éloge de la bonne vieille carte de visite, à « offrir dès que l’occasion se présente » ! P. J.
Réseaux d’influence. le guide du netwoRking en fRance, d’Alain Marty. Editions du Rocher, 364 pages, 30 euros.

ôtesse de caisse, livreur de pizzas, potiche au Salon de l’auto, gardien de musée, homme-sandwich, téléphone rose, intérimaire à l’usine, assistant dans une agence de pub, patrons odieux, clients désagréables... Voici ce qu’ont réellement vécu Sébastien Marnier et Elise Griffon, tous deux diplômés en cinéma, aventuriers fauchés, à l’affût du moindre petit boulot pour financer leurs études et tenter d’entrer dans la vie active. Cet ouvrage de BD, sous-titré Chroniques ordinaires du travail temporaire, met en scène, à travers une trentaine de petites saynètes, la succession de galères et de situations burlesques ou cocasses que vivent les deux personnages. Les auteurs dénoncent sur un ton sarcastique la jungle que peut être le monde du travail tout en bas de l’échelle, le système D, les humiliations que subissent ceux qui enchaînent les petits boulots, le tout ramené au salaire horaire net... Un concentré d’humour noir et de fatalisme sur le monde de la précarité. Avant de devenir un livre, ces dessins ont été publiés sur un blog hébergé par Libération à partir de fin 2012 et a dépassé le million de visiteurs.
salaiRe net et monde de bRutes, de Sébastien Marnier et Elise Griffon. Edition Delcourt, 15,95 euros.

Gaëlle Picut

58 / Le Monde Campus mardi 19 novembre 2013

présentent

FORUM EXPAT
- 9H À 19H Les Docks, Cité de la mode et du design 34 quai d’Austerlitz Paris 13 e

MARDI 3 JUIN 2014

CONSTRUISEZ VOTRE CARRIÈRE À L’INTERNATIONAL RENCONTREZ LES PAYS À LA RECHERCHE DE TALENTS FRANÇAIS

INFOS & INSCRIPTION :

www.leforumexpat.com
Retrouvez-nous sur Facebook : https ://www.facebook.com/ForumExpat Suivez-nous sur Twitter : @ForumExpat et #ForumExpat

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful