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DOSSIER FOCUS

LES BARRIERES NON-TARIFAIRES

DOSSIER FOCUS LES BARRIERES NON-TARIFAIRES Crédit : Sophie Poulin - Berlin S-Bahnhof Warschauerstrasse Berlin SOMMAIRE
DOSSIER FOCUS LES BARRIERES NON-TARIFAIRES Crédit : Sophie Poulin - Berlin S-Bahnhof Warschauerstrasse Berlin SOMMAIRE

Crédit : Sophie Poulin - Berlin S-Bahnhof Warschauerstrasse Berlin

SOMMAIRE

Introduction

1 Les barrières non-tarifaires : éléments de définition

Barrières tarifaires et non-tarifaires : différences et particularités

Une présence de plus en plus forte de la thématique des barrières non-tarifaires dans les stratégies d'approche des marchés

Essais de classification et de quantification des mesures non-tarifaires dans le commerce international par les organisations onusiennes

L'immense casse-tête des mesures non-tarifaires

2 Etude de cas : le Brésil 3 Les barrières non-tarifaires au cœur des négociations : l’exemple de l’Accord de Libre-Echange

entre l’Union Européenne et le MERCOSUR.

Volonté commune du MERCOSUR et de l'Union Européenne : conclure un accord de libre échange

Relance des négociations pour une meilleure sortie de crise

Le recours aux barrières non-tarifaires au cœur des négociations

Le nécessaire compromis : lutte de pouvoir pour se protéger mutuellement contre le dynamisme de l'autre zone économique et commerciale

Conclusion

Sitographie

INTRODUCTION

Mai 2010, les négociations entre l'Union Européenne et le MERCOSUR reprennent. Le but des deux organisations régionales est de sceller un accord de libre-échange pour intensifier les échanges entre les deux zones. Commencées en 1995, les négociations ont été interrompues en 2004 sans qu'un accord n'ait été trouvé. En effet, les Européens craignaient de trop lourdes conséquences sur le secteur agricole tandis que les Etats-membres du MERCOSUR craignaient une invasion des produits manufacturés européens dans leur industrie.

des produits manufacturés européens dans leur industrie. En effet, malgré la tendance vers la libéralisation des

En effet, malgré la tendance vers la libéralisation des échanges, le commerce international est caractérisé par deux types de mesures, pratiquées par les États, qui vont à l'encontre du principe de libre échange mais qui protègent les productions nationales. Ce sont les mesures tarifaires et les mesures non-tarifaires. Dans le cadre de la libéralisation des échanges, impulsée par l'OMC, l'organisation elle-même mais l'ensemble des États membres se sont prononcés en faveur d'un commerce plus libre entre les différents États du monde. De cette volonté, ont émergé les grands principes fondateurs du commerce international : la clause de la nation la plus favorisée (chaque membre de l’OMC accordant des avantages commerciaux à un autre pays doit étendre ces avantages à l’ensemble des pays avec lesquels il a établi des relations

commerciales), le principe du traitement national (obligation faite aux Etats-membres de traiter les produits étrangers de la même manière que leurs produits nationaux), et enfin les principes de prévoyance et transparence (obligation pour un pays d'informer ses partenaires commerciaux de la réglementation en vigueur et de ses modifications).

L'OMC est souvent considérée comme l'organe du libre-échange mais il semble nécessaire de le relativiser. Le système autorise, en effet, l'application de droits de douane et, dans des circonstances limitées, d'autres formes de protection. Selon l'OMC, elle-même, il serait donc plus juste de dire qu'il s'agit d'un système de règles visant à garantir une concurrence ouverte, loyale et exempte de distorsion.

Cette situation est une situation idéale. En réalité, de nombreuses distorsions au commerce international existent encore. Les mesures tarifaires et notamment les droits de douane ont été massivement réduites voire dans de nombreux cas supprimées. Cela est une conséquence directe des négociations dans le cadre des accords de l'OMC.

des négociations dans le cadre des accords de l'OMC. J UILLET 2011 – Réalisé par Interface

Cette volonté générale avait pour but de favoriser le commerce entre les différents États du monde. La disparition des mesures tarifaires ne constitue, cependant, qu'une réussite partielle. Les États, face à une perte importante des instruments de protection de leur marché national, ont développé, en réaction, des mesures non-tarifaires s'apparentant à de véritables obstacles au commerce international.

Obstacles au commerce international car elles ont pour conséquences d'augmenter très sensiblement le coût des exportations pour les producteurs et de réduire l'accès aux marchés étrangers. Au final, face à de telles barrières, les entreprises peuvent aller jusqu'à renoncer à l'exportation. De plus, ces mesures sont de plus en plus nombreuses, très diverses et très difficiles à identifier. Après s'être concentrés sur la suppression des barrières tarifaires, les grandes organisations mondiales telles que le FMI, la Banque Mondiale, l'OMC ou la CNUCED concentrent leur activité sur l'étude des mesures non-tarifaires et leur incidence sur le commerce mondial.

Pour mieux comprendre ce nouvel enjeu du commerce international, nous vous présenterons dans un premier temps ce que sont les barrières non-tarifaires ainsi les problématiques qui leurs sont associées. Ensuite, nous illustrerons nos propos par l'étude de la situation au Brésil, pays ayant le poids économique et politique le plus important du Marché du Sud. Nous terminerons cette analyse en mettant en évidence la place centrale des mesures non-tarifaires dans les négociations entre l'Union Européenne et le MERCOSUR au sujet de l'accord de libre-échange entre les deux organisations régionales.

1. LES BARRIERES NON-TARIFAIRES : ELEMENTS DE DEFINITION

La disparition des droits de douane, conformément aux accords de l'OMC entraîne généralement le développement de barrières non-tarifaires pour pallier la perte de protection.

Barrières tarifaires et non-tarifaires : différences et particularités

Les barrières tarifaires sont généralement appelés « droits de douanes », c'est-à-dire les droits perçus sur chaque importation dans un pays donné. Il est assez facile de connaître le taux des droits appliqués, de les quantifier et de connaître leur incidence sur les différents acteurs du commerce international. Cependant, un élément est à retenir : les droits de douane affichés ne sont pas, dans certains cas, ceux appliqués après le passage aux douanes. C'est ce qu'on appelle les droits de douane « consolidés ».

La situation est tout à fait différente en ce qui concerne les barrières non-tarifaires. Il a été très difficile de trouver une définition complète de ce que sont réellement les barrières non- tarifaires. En général, on les définit plutôt par ce qu'elles ne sont pas : l'ensemble des barrières ou mesures entravant le libre commerce et qui ne concernent pas les tarifs. Elles peuvent même être plus générales encore : toutes les interférences au commerce comme par exemple les subventions aux exportations qui ont plutôt un rôle de stimulateur de commerce plus que de frein. Elles peuvent donc n'être en rien des « barrières », au sens propre. Ainsi les barrières non-tarifaires sont constituées à la fois par les politiques de distorsion du commerce bien connues telles que les quotas d'importation et les restrictions volontaires d'exportation et une pléthore potentiellement inconnue de politiques qui altèrent indirectement les prix et/ou les quantités des produits ou services échangés. De ce fait, aucune typologie complète ne peut être établie. On pourrait donc

les définir comme « tout instrument utilisé par l'État qui a pour conséquence la réduction du flux des échanges comme par exemple l'embargo, les prélèvements variables, les quotas d'importation ou toutes sortes de normes (technique, sanitaire, phytosanitaire) ». (cf. travaux menés par l'OCDE sur les barrières non-tarifaires)

Ce n'est, finalement, que depuis 2008 qu'une définition officielle existe, mise au point par un groupe de travail des Nations Unies compétent pour les mesures non-tarifaires. Il définit les barrières non-tarifaires comme des « mesures, autres que les droits de douane classiques, pouvant avoir des incidences économiques sur le commerce international des marchandises en modifiant les quantités échangées ou les prix ou les deux ».

Une présence de plus en plus forte de la thématique des barrières non- tarifaires dans les stratégies d'approche des marchés

Les barrières non-tarifaires sont souvent utilisées en tant qu'alternatives aux instruments de politique commerciale des États face à l'interdiction, inscrite dans les traités de l'OMC, d'utiliser les instruments traditionnels, tels que les tarifs douaniers. Le résultat est que les barrières non-tarifaires croissent de manière importante, remplaçant, aujourd'hui, la quasi-totalité des barrières tarifaires dans les domaines manufacturiers. L'emploi de telles mesures poursuit deux objectifs selon la CNUCED. D'une part, elles constituent un instrument de protection pour les États face à l'ouverture des frontières et aux nombreuses libéralisations. D'autre part, elles sont un instrument de régulation des échanges entre les différents acteurs en jeu. Ces différentes mesures non-tarifaires ont une place de plus en plus importante dans les préoccupations des États, des entreprises, des négociants et de l'ensemble des acteurs de l'import/export, relatives à l'accès aux marchés. Ce constat justifie l'action entreprise par les grandes organisations internationales onusiennes dans le domaine des mesures non-tarifaires.

Essais de classification et de quantification des mesures non-tarifaires dans le commerce international par les organisations onusiennes

La définition de ce que sont les mesures non-tarifaires met aisément en évidence leur très grande diversité. On trouve régulièrement des listes qui sont relativement longues avec plus d'une centaine de mesures différentes, intervenant dans des domaines très variés. Malgré les quelques

éléments de définition et les rares classements (CNUCED, OMC, UE

n'existe. Les organisations internationales des Nations Unies ont depuis quelques années pris le problème en considération et œuvrent en ce moment à un essai de typologie dans le but de pouvoir quantifier et mesurer ces nombreuses mesures non-tarifaires faussant le jeu du libre- échange mais surtout d'analyser leur incidence sur l'état du commerce international.

Cette entreprise prendra un certain temps considérant le nombre de barrières existantes. D'autant plus que la particularité des mesures non-tarifaires est de ne pas être explicitement visible, ce qui rend la tâche encore plus complexe. En effet, il paraît quasiment impossible de pouvoir établir une nomenclature précise et valable pour chaque cas sachant que, bien souvent, ce n'est pas la mesure en elle-même qui est une barrière au commerce international mais les conditions de son application (exemple : manque de transparence dans les procédures).

),

aucune véritable typologie

L'immense casse-tête des mesures non-tarifaires

La grande difficulté réside dans le fait que, malgré la règle générale qui interdit les mesures non-tarifaires ou toute action entravant la bonne marche du commerce international, de très nombreuses exceptions permettent de déroger à cette règle. Les raisons justifiant le recours, de façon légale, à des mesures de protection ou d'incitation à l'exportation sont nombreuses et sont souvent au service du respect de la sécurité des consommateurs. Elles sont toutes mentionnées dans les accords de l'OMC. On retrouve les mesures pour protéger les industries naissantes ou des branches d'activité en grande difficulté, pour lutter contre le dumping ou pour se prémunir contre des produits importés ayant reçus une subvention à l'exportation de la part de leur pays d'origine et bien d'autres encore.

Le plus grand nombre d'exceptions sont recensées dans les deux accords suivant :

Accord SPS sur les mesures sanitaires et phytosanitaires: cet accord a pour but de régler le problème suivant : que faire pour approvisionner le consommateur de votre pays en produits alimentaires qu'il peut absorber en toute sécurité, d'après les normes que vous jugez appropriées? En même temps, que faire pour empêcher que des réglementations sanitaires rigoureuses ne servent de prétexte à la protection des producteurs nationaux? L'accord régit, ainsi, la manière dont les gouvernements peuvent appliquer les mesures relatives à l'innocuité des produits alimentaires et les normes sanitaires pour les animaux et les végétaux. Les mesures sont justifiées ici au nom de la sécurité alimentaire.

Accord OTC sur les réglementations techniques et les procédures d'évaluation de conformité autres que celles concernant la santé des hommes, des animaux et les végétaux. Cela concerne par exemple l’obligation pour un producteur d’indiquer sur l’emballage la composition nutritionnelle de son produit, l’interdiction de vendre des produits qui peuvent favoriser certaines allergies, ou encore les normes de conditionnement et d’étiquetage. Les règlements techniques et les normes de produits peuvent varier d'un pays à l'autre.

L'existence d'un grand nombre de règlements et de normes différents rend les choses difficiles pour les producteurs étrangers. Si les règlements sont établis arbitrairement, ils peuvent servir de prétexte au protectionnisme. Selon l'OMC, l'Accord sur les obstacles techniques au commerce vise à faire en sorte que les règlements, les normes et les procédures d'essai et de certification ne créent pas d'obstacles non nécessaires.

Malheureusement, d'après les nombreuses études menées depuis ces dernières années, on constate une forte augmentation des utilisations détournées de ces accords, notamment en ce qui concerne les mesures dites « techniques ». Elles ont, en effet, augmenté de 50% en volume en cinq ans. En parallèle, il faut préciser que, toutefois, les autres types de mesures perdent de l'importance.

L'enjeu auquel doit faire face l'OMC est celui de la nécessaire limitation du recours aux mesures légales de restriction dans des situations injustifiées afin de ne pas laisser place à un protectionnisme caché et grandissant. Les barrières non-tarifaires sont à la fois quasiment invisibles et particulièrement efficaces, bien plus que les droits de douane pratiqués auparavant.

Les exemples d'obstacles non-tarifaires donnés par l'OMC :

- licences d'importations

- règles applicables à l'évaluation en douanes des marchandises

-

inspections avant les expéditions

 

-

règles d'origine

 

-

mesures

concernant

les

conditions

aux

investissements

Les obstacles non-tarifaires les plus fréquemment signalés dans les PED :

- mesures techniques

- règles de procédures douanières

- restrictions d'accès aux marchés liées à la concurrence = « obstacles à l'entrée »

- licences d'importation

- subventions

- instruments de protection commerciale (droit anti-dumping, droits compensateurs et sauvegardes)

Justifications du recours aux normes techniques :

- protéger la vie et la santé des être humains ou des animaux = règlements sanitaires

- protéger la santé des plantes = règlements phytosanitaires

- protéger l'environnement et la faune

- assurer la sécurité humaine

- assurer la sécurité nationale -empêcher les pratiques trompeuses et déloyales

2.

ETUDES DE CAS : LE BRESIL

Dans le cadre des négociations sur l'accord de libre-échange entre le MERCOSUR et l'Union Européenne, la problématique des barrières non-tarifaires est centrale. Le Brésil étant l'Etat le plus puissant tant au niveau politique qu'au niveau économique de la zone du MERCOSUR, nous avons choisi d'étudier sa situation plus en détail afin de, peut-être, mieux comprendre pourquoi les États du MERCOSUR sont très exigeants, dans les négociations sur l'accord de libre-échange, dans les contreparties accordées par les deux parties.

dans les contreparties accordées par les deux parties. Généralités sur les conditions d'importation au

Généralités sur les conditions d'importation au Brésil

(source Fiduciale)

L'importation d'un grand nombre de produits est soumise à une demande de licence préalable auprès du Secrétariat au Commerce Extérieur, qui est le seul habilité à délivrer cette licence. Elle est valable 60 jours à compter de la date d'expédition des marchandises (possible également à compter de la date de la demande de licence). Cette période n'est pas prolongeable et est souvent insuffisante. Il faut alors faire une nouvelle demande de licence.

Attention pour le textile, la réglementation est encore plus stricte: la licence n'est accordée que si le paiement est réalisé dans les 30 jours qui suivent la date de B/L (les importateurs sont tenus de prouver qu'ils ont effectivement payé dans les 30 jours).

marché est malaisé pour les produits cosmétiques soumis à de lourdes

procédures administratives (droits de douane élevés de l’ordre de 18% de la valeur CIF, réglementation douanière lourde et complexe, enregistrement ANVISA ( Agence Nationale de Vigilance Sanitaire du ministère de la Santé ), réglementation des échantillons très stricte : ils doivent être déclarés de la même façon qu'un produit destiné à la vente.

Toutes les importations doivent être accompagnées au minimum de 2 copies de la facture commerciale et du B/L. En cas de non-conformité avec les exigences légales du pays, les douanes sont en droit d'appliquer de fortes amendes, allant couramment jusqu'à 100% des droits de douane usuels. Le Brésil a très souvent recours à ce qu'on appelle les droits de douanes consolidés, c'est-à-dire, la valeur réelle du droit qui sera appliqué après l'inspection. Il est conseillé de travailler, dans tous les cas, avec un très bon courtier en douane brésilien qui sera seul à même d'être informé à peu près en temps et en heure des réglementations douanières. Il apparaît indispensable, dans cette situation, de se référer aux nombreuses réglementations sanitaires avant toute importation.

L'accès au

Les secteurs pour lesquels un différend a été enregistré auprès de l'OMC

Essence, dumping agricole, coton, agrumes, industrie lourde, brevets (avec les États-Unis), construction aéronautique (avec le Canada), café, volaille, sucre, industrie lourde (avec l'Union Européenne). Le Brésil est très souvent attaqué sur ses restrictions aux importations et émet de son côté des réclamations face aux subventions agricoles dans les pays de l'OCDE.

La CNUCED a publié, en 2010, une large étude sur les mesures non-tarifaires dans le commerce international, Non-tariff measures : evidence from selected developing countries and future research agenda. Developing countries in international trade studies. L'étude a été menée sur un échantillon de cinq pays en développement : le Brésil, le Chili, l'Inde, les Philippines et la Thaïlande. L'objectif de cette étude-pilote était la collecte d'informations sur la pratique et l'utilisation de mesures non-tarifaires par les entreprises de chacun des pays afin de pouvoir établir, à terme, une classification internationale des mesures non-tarifaires, nécessaire pour en combattre une utilisation abusive et pour pouvoir informer de façon transparente les acteurs du commerce international.

Le Brésil est le premier pays a être étudié, il a une place particulière dans l'étude car très peu d'entreprises ont répondu au questionnaire présenté par la CNUCED, tellement peu que les résultats de l'étude sur le Brésil n'ont pas pu être publiés. Les entreprises ayant répondu ont, toutefois, montré que le recours aux mesures non-tarifaires est courant. La mince base de données, qui a tout de même été constituée, contient des informations sur 75 525 cas d'utilisation de mesures non-tarifaires. Les domaines d'intervention des barrières sont relativement uniformes avec une proportion légèrement supérieure en ce qui concerne les mesures sanitaires et phytosanitaires (SPS) : caractéristiques du produit à respecter au nom de la sécurité.

Malgré l'absence d'informations relatives aux firmes brésiliennes, la CNUCED considère que le plus grand enjeu concernant le Brésil est, désormais, de mettre en place une veille constante sur les différentes mesures non-tarifaires imposées par le pays. Elle préconise également le renforcement de la coopération entre le ministère concerné et l'ALADI (Association Latine- Américaine d'Intégration), permettant ainsi de fournir des informations, de façon plus fréquente, pour les exportateurs et les importateurs.

En conclusion, la CNUCED reconnaît la nécessité d'un investissement à long terme et soutenu pour obtenir, au niveau national, des informations régulières sur les mesures non- tarifaires. La CNUCED, avec l'aide d'autres organisations internationales, continuera à fournir une assistance technique pour aider à réduire l'importance de l'utilisation des mesures non-tarifaires au Brésil, ce qui constitue un véritable défi.

3. LES BARRIERES NON TARIFIAIRES AU COEUR DES NEGOCIATIONS :

L'EXEMPLE DE L'ACCORD DE LIBRE ECHANGE ENTRE L'UNION EUROPEENNE ET LE MERCOSUR

Le Brésil et, plus généralement, le MERCOSUR (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay) développent de nombreux accords de coopération avec les autres marchés du monde dans le but de dynamiser leurs exportations et de se faire une place sur la scène internationale, en devenant des acteurs incontournables du commerce international. L'Union Européenne tient une place importante dans les politiques commerciales des pays du Cône du Sud.

Volonté commune du MERCOSUR et de l'Union Européenne : conclure un accord de libre-échange

C'est dans ce contexte que les deux organisations régionales ont débuté des négociations en 1995 dans le but de conclure un accord de libre-échange. En effet, le MERCOSUR est un vaste marché (250 millions de consommateurs) à fort potentiel de croissance. Le PIB (2900 milliards de dollars, 2010) de la région est supérieur à celui de la Corée du Sud, de l'Inde ou encore de la Russie et son taux de croissance pointait à 7% (2010). Cet immense marché est devenu au fil du temps un partenaire de plus en plus important concernant les échanges commerciaux mais aussi les investissements à l'étranger de l'Union Européenne (ils s'élèvent à 181 milliards d'euros, c'est-à- dire plus que la totalité des investissements de l'UE en Chine, en Inde et en Russie, réunies).

L'objectif de l'accord, voulant aller au-delà des obligations imposées par l'OMC, est ambitieux. Les deux organisations souhaitent étendre la gamme des services et des produits à libéraliser mais aussi couvrir d'autres domaines que celui des marchandises tels que les services, les investissements, les marchés publics et le développement durable. Les droits de propriété intellectuelle et les indications géographiques devront être reconnus et respectés. L'UE et le MERCOSUR souhaitent également mettre en place des politiques efficaces en matière de concurrence et un accord spécifique sur les normes sanitaires et phytosanitaires. Enfin, les deux organisations régionales veulent instaurer un mécanisme efficace de règlements des différends commerciaux.

En 2004, après la présentation des propositions des deux parties, les négociations ont été suspendues sans qu'un accord n'ait été conclu : les pays européens craignant une trop forte concurrence des produits agricoles et d'élevage du MERCOSUR dont les membres appréhendaient en retour d'être envahis par les produits industriels européens.

Relance des négociations pour une meilleure sortie de crise

C'est la Commission Européenne, en 2010, qui a souhaité relancer les négociations sur l'accord de libre-échange. L'après-crise est difficile pour les pays de l'Union Européenne. Un accord commercial entre l'UE et les pays du Mercosur représenterait chaque année "cinq milliards d'euros supplémentaires d'exportations de l'UE vers le Mercosur et du Mercosur vers l'UE", a souligné M. Zapatero. Cette réalité explique le dynamisme de l'Union Européenne dans la reprise des négociations. En effet, "il s'agit d'affirmer que face à toute tentation de protectionnisme, la meilleure réponse à la crise économique est l'ouverture commerciale", a-t-il ajouté. Le Commissaire européen M. De Gucht rappelle, lui aussi, les perspectives qui s'ouvrent aux deux régions : « les perspectives qui s’ouvrent aux exportateurs, aux investisseurs et aux prestataires de services de l’UE dans cette région, pour les années à venir, me paraissent considérables. Un accord de libre-échange équilibré et ambitieux entre l’UE et le Mercosur pourrait donc apporter d’importants avantages économiques aux deux parties et contribuer à la relance économique ».

Le recours aux barrières non-tarifaires au cœur des négociations

Cependant, comme le rappelle M. De Gucht, l'essentiel est de trouver un accord « équilibré » entre les deux parties. C'est, en effet, ce qui avait empêché en 2004, de trouver un compromis acceptable autant pour le MERCOSUR que pour l'UE. Or, c'est encore ce qui pose problème à l'heure actuelle : les obstacles principaux résident dans le souci des producteurs européens de viande et le « protectionnisme » de l’Argentine sur son secteur automobile qui limite les importations. En disant : « les mesures protectionnistes argentines causent des problèmes, elles rendent nos exportateurs un peu nerveux », se référant, ainsi, aux demandes de compensations que l'Argentine a imposé aux constructeurs et aux fabricants de pièces détachées pour compenser la balance des devises entre exportations et importations, le commissaire européen De Gucht a créé une vive polémique. Mme Merkel et les représentants du MERCOSUR l'ont accusé de vouloir diviser les pays du Cône du Sud et d'envenimer les négociations.

Le nécessaire compromis : lutte de pouvoir pour se protéger mutuellement contre le dynamisme de l'autre zone économique et commerciale

La voix de M. De Gucht n'est pas la seule à s'élever contre les difficultés que les entreprises européennes pourraient rencontrées à l'avenir si l'accord ne préserve pas les intérêts des Européens. Cette dénonciation est, en effet, l'objet de la lettre de Frédérique Sanchèz, président de la commission « Internationale » du MEDEF, adressé à la fois au Secrétaire d'Etat au Commerce Extérieur, Pierre Lellouche, au Commissaire Européen, M. De Gucht. Il y dénonce, à la suite une étude menée auprès des entreprises françaises exportatrices vers la zone du MERCOSUR, les nombreuses difficultés auxquelles ces mêmes entreprises sont confrontées dans leur démarche d'exportation (accessibilité au marché) : « le niveau des droits de douane ainsi que la complexité et la lourdeur des procédures d'importation ont été les plus souvent citées par ces entreprises comme étant les principales barrières aux échanges avec cette région ». M. Sanchez conclut en espérant que « les priorités des entreprises françaises seront prises en considération dans les prochaines étapes de la négociation ».

CONCLUSION

La pression exercée pour le respect des intérêts nationaux par le MEDEF, sur les instances dirigeantes françaises et européennes, montre à quel point le domaine de la libéralisation des économies est, à la fois, très politique et polémique. L'utilisation des barrières non-tarifaires n'est, finalement, que le résultat de la peur des Etats, des entreprises et de la société en général face à la libéralisation des échanges et à la possible perte de parts de marché face à des industries étrangères plus compétitives. C'est aussi la nécessité de préserver les emplois et un climat social sain qui pousse les États à recourir aux mesures non-tarifaires.

Enfin, que leur utilisation soit justifiée ou non, il apparaît nettement que la question de la présence accrue des barrières non-tarifaires dans le commerce international est désormais au centre des préoccupations de l'OMC, peu de temps après avoir supprimé les barrières tarifaires :

pour le meilleur ou pour le pire ?