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Mill, John Stuart (1806-1873). L'utilitarisme. 1995. 1/ Les contenus accessibles sur le site Gallica sont

Mill, John Stuart (1806-1873). L'utilitarisme. 1995.

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MiUJs.

L'utilitarisme.

F. Alcan

Paris 1889

Symbole applicable pour tout, ou partie des documents m!crof!)més

Original illisible MPZ 43 120-~0

Symboleapplicable pourtout, ou partie des documentsm!crof!!més

Texte déténorë reliure défectueuse NPZ 43 12011

~UTILITARISME 1.

LIBB.AYB.IB

FÉLÏX

ALCAN

CBuvrea de J. STUABT mïï<Ï. ?~M~

/y<t8.

La H~OMpMe de Hamitton.i fort vol. in'8. 10 fr. &

MesNemoirea.Histoirede m~v!eet de mes idées, traduit <te ~Mg~spar M.E. CAZEU.E6.i vol. in*8. 5 fr. ~ys~me de logique déductive et inductive. Traduit de Tanguaispar M. Louis PEtssB.3" éd!t!oB.& voL

r iN-8.

i 20

p

Basais sar la ReMsioN. édition.i vol. ia-8. 8

At~ate Comte et le poaitMsme. édition. t vol.'

Mt-i8.

ta Révolutionde 184$, traduit de

rangeaispar

CARNOT,i vol. in-i8. a" édition,1888.

A LA MÊMELIBRAIRIE

2~. 8$

M.SAM.

t <r.

1. ta Morale anglaise contemporaine.(Moraleutilitaire),

par M.CcifAt!.i vol. !n-8.2" 4dïtioB

? fr. 8~

TouK, imp. E. ARM<:MetC'"

Ï

L

~TTTïTITAPTQM~ UlijjiiAnl&Mj~

1

PAR

J. STUART M!LL

Traduit de FanaMa par P.-L. M MONNtBR

DEUXIÈMEÉNTÏON REVUE

PARIS

ANCtENKE UBRA!R!E GERMERBAtLLïËRE ET G'~

FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR1 l'~d,J11,

:1

i$$ ~MEVA~D8AMtT-CEtH!A!N,i08

i889

.T<M:&droits r~sorY~s

w

L' UTILITARISME 0

w

CHAPITREPREMIER

Remarques générales

v

6 M y a, dans !a situation actuelledu savoir humain, .une circonstance bien remarquable, bien inattendue~ et surtout bien caractéristique de l'état de certaines

`

grandes et importantes questionsspéculatives, c'est le peu de progrès qu'a fait la discussionsur le crité- num du bien et du mal. Depuis l'aurore de la philo-

sophie, la question du summum 6oMtMM, ou ce qui esHa même chose, du fondementde la morale, est

considéréecomme un problèmecapital elle occupe les intelU~ences, les divise en écoles, en sectes guer-

royant vigoureusement les unes contre les autres. Après plus de deux mille ans les mêmesdiscussions

continuent,e les philosophes sont rangés sous les mêmes bannières, et les penseurs et le genre humain. y tout entier ne semblent pas plus près de s'accorder

que lorsque le jeune Socrate (si le dialogue de Pla-

Sï. MtLL.L'UUUtarîsme.

1

e

Il t

9:

:.<~

ï.'CT~M'AMSMP

ton est fçndé sur une conversation réelle) écoutait le `, ~euxProtagoraset amrmait la théorie derutiUta-

risme contre la morale populaire du sophiste.

Ïlest

vrai que lea~premiers principes de toutes les

sciences, même de la plus certaine, les mathéma-

tiques, donnentnaissanceà des confusions, des incer- timdes et des discordances semblables, sans que pour

<ce~ en général) la con&ance en les conclusionsde

ces sciencessoit altérée. L'anomaUen'est qu'appa~ ~ente en réalité les doctrinesde détail d'une science

ne sont pas déduites et ne dépendentpas de Fé~

<~ence de ee que nous appelons ses premiers prin~. <:ipes. S'il n'en était pas ainsi, il pL'y aurait pas de science plus précaire) aux conclusions plus dou~

tcuses que l'algèbre ça!*ses conclusionsne peuvent

dériver de ce qu~on enseigne aux commençants comme ses éléments, puisque ces éléments~ayant

été donnés par quelques grands processeurs) sont remplis de fictionsaussi bien que les lois anglaises

ou de mystères commela théologie. Les vérités qai

sont acceptées commeles premiers principes d'une science, sont en réalité les derniersrésultatsde l'ana-

lyse métaphysique faite sur les notions élémentaires de cette science.La parenté de ces premiersprin*

~cipes avecla sciencen'est pas ceUedes fondations

MMAt~UM CÊK]&BÂt.E8

3

avec un édi6ce, mais celledes racines avecun arbre; ;f~

ces racines remplissentpar~itement bièn leur o~ce,

quoiqu'elles ne doivent jamais 11.

exposées à la lumière. Mais,quoique dans la science

les vérités particulières précèdent la théorie géné- rale, on doit attendre le contraire d'une science ° pratique telle que la morale ou le droit. Toute action est faite en vue d'une nn, et les règles dé

être J déterrées n~ =r >{

faction doivent,semble.t-il, recevoir leur caractère, leur couleur, de la en qu'elles servent. ~uand nous

commençons une poursuite, une conception claire et

précise de ce que nous poursuivons doit être la pré* ornièrechose & chercher ~auHeude là dernière. Un

examen du bien et du mal devrait donc être le tnoven de nxer ce qui est bien ou mal et non la con-

séquence de l'avoir déjà Sxé. La dimcuhén'est pas annulée lorsqu'on a recours à

ta théorie populaired'aprèslaquelle une acuité natu* reIÏC) un sens ou un instinct, nous fait connattrele

bien et le mat. b'abord l'existence de cet instinct

moral est discutée,puis ceux qui y croyaient et qui

I'

avaient quelquesprétentions à la philosophie ont été obligés ~abandonner l'idée que cet instinct -était

capable de discerner le bien ou le mal dans les faits

parueMiers, comme nos autres sens discernent la.

4

l'

's~.

ï/UTH~fAMSWB I 1

lumièreou le son. Notr&faculté morale,d'après ces

~terprètes qpi s'intitulent penseurs, nous fournit seu~

lement les principesgénéraux des jugements moraux; c'est une branche de notre raison et non de notre

goutté sensidve on doit la consulter pour édifier la Doctrineabstraitede la morale et non pour nous gui- der dans sa perception dans le concret. L'école de

morale intuitive aussi bien que celle qu'on peut appeler inductive, insiste sur la nécessité des lois

générales. Toutesles deux s'accordent pour admettre

que la moralité individuellen'est pas une question

~e perception directe, mais l'application d'une loi un cas individuel.Eltes reconnaissent aussi, à la grande rigueur, les mêmes lois morales mais elles

dMerent quant leur évidenceet a la source d'où dérive leur autorité. Pour la première école, les

principe de moralesont évidents a priori, ils com-

mandent par eux-mêmes l'assentiment; la signinca- Uon des termes seule a besoin d'être bien comprise.

Suivant la seconde, le bien et le mal, comme.levrai et le faux, sont aSaires d'observation et d'expé-

rience. Maistoutesles deux admettent que la

morale

se déduit de principes, et l'école intuitive

affirme

aussi fortement.que l'école inductive qu'il y a une

science de la morale. Malgré cela, elles essaientra-

REMARQUES CËK&RAM~

rement de faire une Hstede ces principes ~noW qui doiventservir de prémisses de la science; encore plus rarement font-ellesun egort pour réduire ces

divers principes à un premierprincipe ou motif corn' mund'obMgation. L'une et l'autre donnent les pré- eeptes ordinaires de moralecomme ayant une auto'

rité <t priori, ou bienellesénoncentcommefondement

communà ces maximes quelques générantesd'une autorité moinsclaire que celle des maximes eHes-

mêmes, et qui n'ont jamais gagné l'adhésion popu' laire. Cependant,pour que toutes ces prétentions soient soutenables, il faut bien qu'it y ait quelque loi

ou principe fondamentalà la racinede toute morale, 'ou s'il y en a plusieurs, il doit y avoir un ordre déterminé de préséance entre eux le principe ou la

règle unique, permettant de décider entre ces prm* cipes variés lorsqu'il y a conflitentre eux, doit être évident par lui-même.

Chercher comment, dans la pratique, les mauvais

résultats de ces confusions, de ces discordances, ont été atténués, où comment les croyances morales de

l'humanité ont été viciées, rendues incertaines par

absence de principe suprême, conduiraità~un exa- men et à une critique complète des doctrines

morales passées et actuelles.Il serait pourtantfacile

6'

1

~O~M'AMSME

~e montrer q~e si ces croy~oes morales ont atteint un certain degré de consistanceou de stabiHtéc'était gr~ce l'mCuencetacite d'an principe non reconnu

ouvertement L'absence d'm premier principe admis

a fait de la morale non pas tant le guide que la con-

~sécration des sentiments actuels de l'humanité~

Cependant, comme ces sentiments, composes de

sympathie et d'antipathie, sont principalement $niluencëspar l'eNet des choses sur le bonheur, le

principe d'utiHtë, ou, comme l'appelait Bentham, le

principe du plus grand bonheur, a eu une large part dans la formation des doctrines morales, même de

celles qui remettent avec plus de mépris l'autorité de ce principe. Aucuneécole ne refuse d'admettre l'in* Guencedes actionssur le bonheur commeune consi-

dération essentielleet prédominante dans beaucoup

de .<. détailsde morale cependantibeaucoup refusent de faire de cette influencele principe fondamental

de la morale et la source de l'obligation morale. Je

puis aller plus loin: les arguments utilitaires sont

indispensablesà tous ces moralistesa priori. Je né )~e propose pas de faire maintenant la critique de

:J

ces penseurs; mais je ne puis m'empêcher de faire aUusion,pour éclaircirla question, a un traité systé-

matique composépar un des plus grands d'entre

PENAR~ESC~ÉRA~

.T.:

eux: Z~ /~c~~

~<w~ par

Kant. Cet homme remarquable, dont le système res" tera longtemps comme une limite dansFhistoirede

la phHosopMe,a avancéun, premierprincipeunivers sel, rudement de l'obligation monte: Agis de teUe

~çon que la rè~e d'après laquelle tu a~ïssoit admise et adoptée commeloi par tous les êtres ratiom~s

Mais vient-il à déduire de ce précepte chacun des

devoirs moraux actuels, il échoue d'une :façon

presque grotesque,lorsqu'il veut montrer qu'il n'y a

aucune impossibilitélogique (pour ne pas dire phy-

sique) à l'adoption de !a plus immoraledes règles de conduite par des êtres rationnels. Tout ce qu'i)

montre, c'est que les conséquences de cette adoption universelle, seraient telles que personne n'eavou~ y,.

dfait essayer.

.< Pour le moment, sans discuter pluslongtemps les

théories des autres, j'essaierai de ûure apprécier et, comprendremieu~ la théorie du Bonhenrou théorie

utilitaire, et les preuves dont est susceptible cette théorie. Hest clair qu'elle ne peut être prouvée, dans

la signuication ordinaire, populaire de ce mot. Les questions des fins suprêmes ne sont pas susceptibles

de preuves directes. On peut prouverque n'importe ` quelle chose est bonne si on montre que cette chose

~TtMTAMSm

est la cause d'une autre chose admisecommebonne,

~ans preuve. L'art médical est bon, parce qa'H con- duit à la santé mais comment prouverque la santé r est une bonnechose? L'art musicalest bon par cette

raison, entre beaucoup d'autres, qu'il produit du

plaisir. Mads quellepreuve donner que le plaisir soit

bonne chose? Alorss'il est

1 wnej

afRrmé qu'il y aune

i

< formule générale renfermanttoutes les chosesbonnes

en elles-mêmes, et que toutes les autres choses tonnes le sont commeenets et non comme causes,.`

ia formule peut être acceptée ou rejetée, maisne peut

pas être ce qu'on appelle communémentprouvée. Nous ne voulons pas dire pour cela qu'une impui~ 1 sion aveugle, un choix arbitraire, soient suffisants pour faire accepter ou rejeter cette formule.Le mot

preuve a un sens plus large, applicable cette ques- tion philosophique commea d'autres tout aussi dis-

putées. Cettequestion est de la compétence de notre acuité rationnelle, qui ne se contente jamais du

procédé intuitif. On doit présenter à l'intelligence des constdéraHons capables de la déterminera don-

ner

ou a refuser son assentimentà une doctrine cela

équivaut à présenter des preuves. -` Nous examineronsmaintenant de quelle nature

doivent être ces considérations, de quelle manière

REMARQUES G~NÈRAMS

o

n

9

S

D,

elles sont. applicables au cas donné, et, quels mo-

ti~ rationnels on peut avancer pour accepter ou rejeter la formule utilitaire. Commecondition préli-

mma!rëet nécessairede cet examen, ïafonn~ie doit

être correctement exprimée et comprise. Je crois

qu'on la rejette en grande partie parce qu'on n'a

qu'une notion imparfaite de sa signification. Si cette ~~°:

notion était plus claire, et dégagée des interpréta-

tions erronées, la question serait bien simptinéee~,t, une partie des dif&cuitésseraient levées.Avantd'ar<

river aux principes philosophiquesqui permettent de se ranger sous l'étendard utilitaire, je donnerai ,>:

quelques éclaircissementssur la doctrineelie-méme.

J'essaierai de montrer clairementce qu'elle est, je la

distinguerai de ce qu'elle n'est pas, je répondrai aux~

objections qu'elle fait naître et qui proviennenten

général d'interprétations erronées. Après avoir ainsi

préparé le terrain, je m'efforceraide jeter autant de lumière que possible sur cette question consi-

dérée comme théorie philosophique.

1.

'j,

CHAPITREII

Ce que c'est que l'utNitarisme

On ne doit que signaler en passant la bévuecorn"

mise par

les ignorants qui supposentque l'utilitéest

la pierre de touche du bien et du mal leur bévue

vient de ce qu'ils prennent le mot.utilité dans sc~ sens restreint et familier, commeFopposé du pla~ir.

On doit s'excuser auprès des philosophesadversaires de l'utilitarisme de les confondreun instant, même

en apparence, avec des gens capables d'une erreur v`~ aussi absurde. On lance une autre accusationcontï'e

l'utilitarisme, c'est de plaisir sous sa forme

personnes, remarque un écrivainde mérite,accusent

tout ramener au plaisir, et au

la plus grossière. Les mêmes

i

la théorie a d'une impraticable sécheresse,lorsque le mot utilité précède le mot plaisir, et d'une licence

trop praticable lorsque le mot plaisirprécède le mot `, mtilitéa. Ceux qui connaissent la question savent

bien que depuis Epicure jusqu'à Bentham, les écr~ ~=

~'UTÏMTAMSME

1

4

vaunsutilitaires ont entendu par le mot utilité non

pas une chose distincte du plaisir par des qualités

contraires) mais le plaisir lui-mêmeavec l'exemption, de la souurance; et au lieu d'opposer 1 utile à

i'agréable, à l'omé, ils Font toujours identité avec

ces choses. D'un autre côté, le troupeau vulgaire,

composé des journalistes et de ceux qui écrivent dans de gros livres prétentieux, tombe dans une

autre erreur :il attrapele motutilitarisme,etquoique il n'en connaissevraiment que le son, il lui fait expri-

mer le rejet, l'oubli du plaisir, dans quelques-unes ~e ses Cormes la beauté, l'art, la jouissance. Et ce

terme n!estpas seulement appliqué avec cette igno- rance dans une mauvaise part, mais encore dans un

sens élogieux, comme s'il représentait uu état supé-

rieur à la frivolité des plaisirs du moment. Ce sens perverti du mot utilitarismeest malheureusementle

s .seul populaire, le seul que connaissentles nouvelles

générations. Ceux qui ont introduit te mot, puis ont

cessé del'employer comme appellationdistmctive,ont donc bien le droit de s'en emparer de nouveau pour

essayer de le sauver d'une dégradationcomplète(i).

(1) JL'aateurde cet essa! ayaU r&~sonde se croirela

personnequi

ppe-

tMète

mit en circulationle motutiH~bme.

)i ne Hnveata pas mais.l'adoptad's~ès une expressionpas*

CB~UBC'~ST~ORt<~T!L!TA~!8MEi3 ~r~

La croyancequi accepte, comme fondement de la y morale,l'utilité ou principe du plus grand bonheur, tient pour certain que les actionssont bonnesen pro- ~t

porUôn du bonneur qu'elles donnent, et Mauvaises si elles tendent à produire le contraire du bonheur.

Par bonheur on entend plaisir ou absence de souf- france; par malheur, souffranceet absence de bon-

heur. Pour donner une idée complète de la question) Ufaudrait s'étendre beaucoup, dire surtout ce que,

renfermentles idées de plaisir et de peine mais ces

explicationssupplémentaires n'aOectent pas la théorie de la viesur laquelle est fondée la théorie morale

suivante le plaisir, l'absence de la souBrance,sont les seulesfins désirables; ces 6ns désirables (aussi

nombreusesdans l'utilitarisme que dans d'autres sys- tèmes) le sont pour le plaisir inhérent enfiles, ou

comme moyens de procurer le plaisir, de prévenir la souCrance

sagère de M.Galt.dans les ~M~a~ o/' tleePoM~A. Après s'enêtresprvipendantptusieuMannées, l'auteuret d~tres

l'abandonnèrent,répugnantà

mot d'ordre, à une marque de sectaire.Maiscommemot

caractérisantune opinionparticuMère et nonun grouped'opt- nions,dénnïssantFutilitécomme principe, sans s'occuper de

langage, et 7

son application, le termecombleun videdansle

tout ce

qui

ressemblaità un

dansbeaucoup de cas oCreun moyen commoded'éviter

d'ennuyeusescirconlocutions.

NOTEM L'AOTEOR.

L'UTÏMTAMM 1

Cette théoriede la vie excitedans beaucoup d'es*

prïts une répugnanceinvétéréeparce qu'elle contre

un

sentimentdes plus respectables.Supposerque la vie n'a pas de nn plus haute, pas d'o~et meuleur

et plus noble à poursuivre que le plaisir, c'est là, d'après eux, une doctrinebonne pour les pourceaux.

My a peu de temps encore, c'est ainsi qu'on traitait

ies disciples d'Epicare; et aujourd'hui les adver" sabres allemands,français, anglais de rutuMarisme

n'emploient pas de termes de comparaisonplus

polis.

Les Epicuriens ont toujoursrépondua ces attaques, que ce n'étaient pas eux mais leurs adversaires qui

présentaient la nature humainesous un jour dégra- dant, puisque l'accusation suppose que les êtres hu' mains ne sont capables que de se plaire la où se

plaisent les pourceaux. Si la supposition était vraie è on ne pourrait la contredire, mais alors elle ne serait

plus une supposition honteuse car si les sources du

plaisir étaient les mêmes pour les hommes et pour

les pourceaux, la règle de vie borne pour les uns serait bonne pour les autres. La comparaison de la

vie des Épicuriens avec celle des bêtes, est dégra-

dante précisémentparceque les plaisirs des bêtes ne satisfont pas l'idée du bonheur que s'est iait~ rétre y

CE ~UB C'EST ~OB~TÏLtTARtSME

humain.Les êtres humains aya~t des acuités plus

levées que les appétits animaux, et en ayant con~ science, ne considèrent pas conunebonheur ce qui ne ï~ur donne pas de satis~etion. Réellement je ne con"

sidère pas les Épicuriens comme fautif parce qu'ils

ont tiré un système de conséquences du principe utilitaire.Pour faire la critique de leur système il

faudrait introduire dans la discussiondes éléments chrétienset stoïques. Maisil n'y a pas de théorie épi-

curiennede la vie qui n'ait assigné aux plaisirs de

l'intelligence, de l'imagination et du sens moral une

valeur plus grande qu'aux plaisirs des sens. On doit

reconnattre cependant qu'en général les écrivains utilitairesont placé la supériorité des plaisirs de i'es~ prit sur ceux du corps, surtout dans la plus grande

permanence,sûreté, etc., des premiers, c'est-à-dire

plutôt dans leurs avantages circonstancielsque dans leur nature intrinsèque. Les utilitaires ont parfaite- ment prouvé tout cela, maisils auraient pu prendre

pied sur un terrain plus élevé, et avec autant d'as-

surance.Le principe d'utilité est compatible avec ce

fait quelquesa espèces de plaisirs sont plus dési- rables, ont plus de valeur que d'autres. Alors qu'en estimanttoutes sortes d'autreschoseson tient compte

delà qualité aussi bien que de la quantité, il serait

1. L'<!TiMTÀM8MB

absurde de, ne considérer que la quantité lorsqu'il

·

s'agit dévaluer les plaisirs.

<- Si l'on me demandece quej'entends par diMÔrence

~de qualité dans les plaisirs, ou comment la valeur

d'un plaisir comparé à un autre peut être connue autrement que par un rapport de quantité, je ne vois

qu'une seule réponsepossible. Si entre deux pMsirS) tous ou presque tous ceux qui les ont expérimentes choisissenti'un des deux, sans étre inQuencés par =

aucun sentiment d'obligationmorale, celui-làsera le plaisir le'plus désiraMe. Si l'un de ces deux plaisirs

est placé par les gens compétents très au-dessus de Fautre quoiqu'il soitdifficile à atteindre, si on reïus~

.d'abandonner sa poursuite pour la possession de

Vautre, on peut assurer que le premierplaisir est bien supérieur au seconden qualitéquoiqu'il soit moindre

i. peut-être en quantité. H est un fait indiscutable ceux qui connussent

et apprécient deux sortes de manière de vivre donne-

ront une préiërence marquée à celle qui emploiera leurs facultés les plus élevées. Peu de créatures

humaines accepteraient d'être changées en animaux

les plus bas si on leur promettait la complètejouis- sance des plaisirs des b~tes aucun homme intelli-

gent ne consentirait à devenir imbécile, aucune per-

CE (~Ë C'EST QUB L'OTMTARMME

n

sonneinstruite a devenir ignorante, aucunepersonne dé cceuret de conscienceà devenir égoïste et basse,

mêmesi on leur persuadaitque l'imbécile~l'ignorant, régo1!stesont plus satïsMts de leurs lots qu'elles des leurs. Elles ne se résigneraient pas à abandonnerce

qu'ellespossèdent en plus de ces êtres pour la com- plète satisfactionde tous les désirs qu'elles ont eh communavec eux. Si jamais elles pensent à la possi-

bilité d'un pareil échange, ce doit être seulement w, dans un cas de malheur extrême; pour échapper à

ce malheurelles consentiraientà échanger leur lot

contre n'importe quel autre, fut-il peu désirable à leurs yeux. Unêtre doué de facultésélevées demande

plus pour être heureux, souffre probablement plus profondément,et, sur certains points, est sûrement plus accessibleà la souCrance qu'un être d'un type inférieur. Mais, malgré tout, cet être ne pourra jamais réellementdésirer tomber dans une existence

imérieure.Nous pouvons donner plus d'une explica-

tion à cette répugnance; nous pouvons l'attribuer à l'orgueil, ce nom qui couvre indistinctementles sen- timentsles meilleurset les plus, mauvaisde l'huma- nité l'attribuer à l'amourde la liberté, de l'indépen-

dance personnelle, que les stoïques regardaiént

commeun des moyens les plus effectifs d'inculquer

'4~

'.t'UT!TAM8NE;

cette répugnance. l'attribuer l'amourdu pouvoir; au sentimentde la dignité personnelle.que. possède toute créature humainesous me forme ou sous une

autre et Souventen proportion avecses facultéséle-

vées ce sentiment est une partie si essentielledu bonheur que ceux chez qui il est très intensene

peuvent désirer que momentanémentce qui le Messe.

Celui qui supposeque cette répugnance pour une condition basse est un sacrificedu bonheur, et que~

toutes circonstances égales, l'être supérieur n'est pas

plus heureux que l'être uuér!ear, confondles deux

idées très différentesdu bonheuret du contentement.

On ne peut nier que l'être dontles capacités de jouis- sances sont inférieuresa les plus grandes chances

de les voir pleinementsatïsMtes, et que l'être doue supérieurement sentira toujours l'imperfection des plaisirs qu'il désire. Mais cet être supérieur peut

apprendre à supporter cette imperfection elle ne le

rendra pas jaloux de l'être qui n'a pas consciencede cette imperfection,parce qu'il n'entrevoit pas l'ex" cellence que fait entrevoir toute imperfection. 11vaut

mieuxêtre un hommemalheureux qu'unporc satisfait,

être Socratemécontent plutôt qu'un imbécileheureux.

Bt si l'imbécileet le porc sontd'une opiniondéférente,

c'est qu'ils ne connaissent qu'un côté de là question.

`

CE

5i

~B

C'EST

~E

t<'UTM.M~Ï8~E

~9

.n

On peut dire alors que beaucoup de ceux qui sont capables de plaisirs élevés, les abandonnent occa-

sionnellement, sous l'influencede la tentation, pour desplaisirs inférieurs. Maiscet abandonest eompa"

tible avec l'appréciationcomplète de la supériorité

intrinsèque des plaisirs élevés.Souventles hommes, par faiblessede caractère, fixent leur choix sur le v

,bien-le plusproche quoiqu'ils connaissent la valeur moindre de l'objet de leur choix ils agissent ainsi

non seulement lorsqu'il faut choisir entre les plaisirs

du corps, mais aussi lorsqu'il faut se décider entre

les plaisirs corporels et les plaisirs de l'esprit. Par leur sensualité ils nuisent à leur santé quoiqu'ils

sachent que la santé est un bien plus grand que la l,

satisfactionde leur sensualité. On peut dire encore

que ceux qui commencentla ~ie avec l'enthousiasme

de la jeunesse pour tout ce qui est noble tombent

dans l'indolence et l'égoïsmelorsqu'ils avancenten

~ge. Mais je ne pense pas que ceux qui arrivent à ce changement ordinaire choisissentvolontairementles

plaisirs inférieurs plutôt que les plaisirs supérieurs. Je crois qu'avant de se laisser aller aux uns ils étaient

devenus incapables des autres. La disposition aux

noblessentimentsest, dans beaucoup de natures, une

plante délicate, facilementnëtrie par les inQuences

~0 L'C'nMTAM&MB

bosses et surtout par le manque denourriture. Chez

la majorité des jeunes gens cette plante meurt facile- ment si leurs occupations, la sociétédans laquelleils se trouvent jetés, ne sont pas favorablesa l'exercice ~`

de leurs facultésnobles. Les hommes perdent leurs

aspirations nobles comme ils perdent leurs goûts intellectMels,parce qu'ils n'ont pas le temps ou l'occa- sion de les eu!tiver et ils s'adonnentaux plaisirs bas

non parce qu'ils les préfèrent, mais parce que ce sont les seuls facilement atteints et bientôt ce sont

r

aussi les seuls qu'us soient capables de chercher. On

peut se demandersi une personnecapable de choisir entre les deux classes de plaisirs a jamaispréféré la

plus basse, froidementet en coinaissancede cause< Bten des hommes, de tout âge, ont été brisés pour

avoir essayé de combinerles deux espèces de plaisir.

Après ce verdict prononcé par les seuls juges compétents,je crois qu'il n'y a pas d'appel possible. Si l'on veut savoir quel est le meiUeur de deux

plaisirs, ou quel est le meilleur mode d'existence, celui qui donne le plus de bonheur, on doit s'en

rapporter au jugement de ceux qui ont goûté aux

deux bonheurs, essayé de plusieurs modes d'exis-

tence. Ce jugement sur la qualité d'un plaisir doit

être accepté qu avecd'autant moinsd'hésitationqu'il n'y

CE (ÏUË C'EST $<? L'MtM~RMNE

a pas d'autre tribunalà consulter sur la question de quantité. Commentdéterminerait-onl'intensité de

deux souMrancessi l'on ne s'en rapportait pas à ceux

qui sont ianuliersaveclesdeux sensationsdinerentés? Les (, souffranceset les plaisirs ne sont pas homogènes,

et la souffranceest toujours hétérogène avec le i

plaisir. Qui décidera si un plaisir particulier vaut la r peine d'être acquis au prix d'une souffrance particu- =y lière, si ce n'est ceux qui en ont fait l'expérience? Et :>

.si, après expérience, ces mêmes personnes déclarent que le plaisir procure par l'exercice des facultés

élevées est préférable en espèce, en dehors de la question d'intensité, à ceux de la nature animale, y. pourquoi ne pas leur accorder sur ce point la même w

confiance que sur lesautres?

JTai insistésur ce point aan que la conceptionde l'utilité ou du bonheur, comme règle propre à la

.conduitede la vie, mt parfaitementjuste. Cependant

il n~est pas nécessaire pour accepter le principe utilitaire car ce principe n'est pas seulementcelui ~a du plus grand bonheur de l'agent, mais encore.celui du plus grand bonheur total et général. Et si l'on peut douter qu'un noble caractère soit toujours'

heureux,à cause de sa, noblesse, on ne peut douter qu'il ne rende les autreshommes plus heureux et que

L~T!MTAM8NE

le monde né gagne avec lui. L'utilitarismen'atteindra v

donc son but que lorsqu'on cultivera généralement la t

aoMesse de. caractère, rn~me r!ndiyidu 1). ne bénéucle

,;> rait-ilalors que de la noblessede caractèredes autres,

et son bonheurne serait' que la conséquence de ce bénéfice.

Mais le simple énoncé d'une telle absurdité rend

inutile toute discussion.

Ainsi, d'après le principe du plus

A

Grand Bonheur

expliqué ci-dessus, la fin suprême (que nous consi- dérions notre propre bien ou celui des autres) est une

existence aussi exempte que possible de souNrance,

aussi riche que possible en jouissances réunissant la quantité et la qualité l'appréciation de la qualité

et sa comparaison avec la quantité dépendantde la présence montrée par ceux auxquels les occasions

et les Habitudesd~observallon personnelle ont fourni

les meilleurs termes de comparaison. Le but de l~ac~ tivité humaine se trouve être nécessairement aussia

suivant l'utilitarisme, le principe de la morale en conséquence la morale peut être déMe les règles de

conduite et les préceptes dont Inobservance pourra

assurer, autant que possible, a toute l'humanité une existencetelle que celle qui vient d'être décrite et

non seulement~ l'humanité, mais encore, autant que

1

i

CEQC~~S&TQUP~M'IMTANSME

`

~3

le permet la nature des choses, à toute la création

sentante. Contre cette doctrines'élèvealors toute une classe

'1

·

4

.1.

d'adversaires qui disent que le bonheur sous aucune

formene

être le but rationnel de la vie humaine

droit avex-vousd'être heureux? c

peut

premièrementparce que ce but est inaccessible et `

i!s

question à laquelle M. Carlylo ajoutait celie-ci ` quel droit avez-vousmême <e après que vous avez dépensa un court moment de vie ?

ajoutent quoi

Deuxièmement,parce que l'homme peut vivre ~~a bonheur,que toutes les nobles créatures l'ont sentie et n'ont acquis teur noblesse qu'en apprenant la

Ïe~ond'Entsa~en ou le renoncement; !eçon qui, ap<

prise et acceptée~est, à ce qu'on afËrme, le cpmmen~ cementet la conditionnécessairede toute vertu*

Si la première de ces assertions était Vraie~ e!le attaquerait la base mêmede la théorie utilitaire. Car

si le bonheurne peut pas être atteint par les hommes,

sa conquête ne peut être le but de la morale ou d'une

conduiterationnelle. Cependant, même dans ce cas,

on pourrait dire quelque chose en faveur de Futile r

iarisme. t/utiiité ne. comprend pas seulement la

poursuite du bonheur, mais encore la préservation ou radoucissementdu malheur. Si la premièreaspi<

34

~UTÏMTAMSME

raMonest chimérique,la secondene est pa~; du

moinstant que l'humanité penseraquec'est la peine de vivreet ne cherchera pas un refuge dansle suicide v recommandé par Movalisdans certainesconditions.

Cependant~quand on affirmeaussi positivementque la vie humaine ne peut pas être heureuse, si cette

anirmaiionn'est pas un sophisme de mots, du moins est-elleune exagération. Si l'on entend par bonheur

une contmuitéde plaisirsélevés, il estévident qu'alors

u es~ impossible à atteindre.Un état exalté de plaisir

dure quelquesinstants, rarement quelques heures ou

quelquesjours, c'est une uamme brillante,mais qui s'éteintvite. Les philosophesqui enseignèntque le

bonheur est le but de la vie, le saventaussi bien que ceux qui les insultent. Le bonheur dont ils veulent parler ne composepas une CMStenced'extase, mais

une existence faite de peines peu nombreuseset

transitoires, de plaisirs nombreuxet variés, avec

J

une prédominance de l'acte sur le passif, une exis- ~a tenceassise sur ce principe, qu'il ne faut pas deman-

der a la vie plus qu'elle ne peut donner.

Unevie composée de cette façon a toujours paru, aux être fortunés qui en ont joui, mériterle nom de

vie heureuse. Une telle existenceest en sommele lot

d'un grand nombrede personnes,du moins pendant

CE ~UE C'EST ~UË ~OTH<tTAH!S~

2S

la plus grandepartie de leur vie. Une mauvaiseéduca~

tion, des arrangements sociauxdéfectueux, sont les seuls obstacles qui empêchent un plus grand nombre de créatures humainesdéteindre cette existence.

Peut-être est-il possible de se demander si l'être humain, habitué à considérer le bonheur commele

but de la vie, se contentera d'une fraction du bon-

heur. Beaucoup d'hommesse sont montrés satisfaits r. moins.Leséléments principaux et constitutifsd'une

vie heureuse semblent être au nombre de deux, un

seul sufËtmême parfois la tranquillité et le mouve-

ment.Avec beaucoup de tranquillité et peu de plaisirs bien des gens se trouvent contents. Avec beaucoup

de mouvement, d'autres se réconcilientavec bien des~

souffrances.Il n'y a pas d'impossibilité inhérenteaux choses qui empêche les hommes d'unir ces deux éléments ils sont mômesi loin d'être incompatibles

que la prolongation de la tranquillité prépare an mouvementcommecelui-cifait désirer le calme. C'est seulement lorsque l'indolence est devenue un vice

qu'elle 6te le désir de l'activité après un moment de repos seulement lorsque le besoin de mouvement

est une maladie, que la tranquillité après l'action

paraît insipide. Quand ceux qui ont un lot tolérable trouvent que la vie ne renferme. pas assezde plaisirs

2

26

Ï/U'MMTAMMŒ

pour avoir une valeur suMsante,ils ne doivent s'en

prendre le plus souvent qu'a eux-mêmes.

Pour ceux qui n'ont pas d'a~ctions priées ou

pubMques,le mouvementde la vie a moinsd'attratt et dans beaucoup de cas diminueencore de valeur quand

approche la mort qui met un terme à tousles intérêts

égoïstes. Au contraire, ceux qui doivent laisser der*

rièreea&desaSectionspersonneHes, ceux qui onteul~ tivé l'amiitiéou Famour plus gënéral des hommes~ con~

servent jusqu'alamorti'intéretqu'ils prenaientalavie danstoute la vigueur de leur jeunesse et de leur santé.

A coté de l'égoïsme, ce qui rend la vie peu satis- iaisante, c'est le manque de culture intellectuelle.Un

esprit cultivé, et j'entends par 1~ non un philosophe, mais un hommea qui sont ouvertesles sources du

savoiret qui sait jusque un certain point se servir de

ses facultés~ trouve des sources d'intérêt inépuisable dans tout ce qui l'entoure. Leschoses de la nature,

de l'art, les Inventionsde la poésie, les incidentsde

l'histoire,le passé de l'humanité, son avenir tout peut l'intéresser. On peut il est vrai devenirindiE~rent

tout cela sans en avoir épuisé la centième partie~mais

c'est parce qu'on regarde toutesces questions sans intérêt moral ou humain, et qu'on ne voitdans l'étude

qu*unmoyen de satis~ire sa curiosité.

·

,~V

1 CE QUEC'ESTC'OE~TJU'M!8ME 87 :1

Men ne s'oppose à ce qu'une culture d'esprit sufË-

sànte pour faire prendre~del'intérêt aux chosesde ,( l'mteHigence soit l'héritage de quiconque naît dans un pays civilisé.L'hommen'est pas non plus néces-

sacrementune créature égoïste ne s'occupant que de

ce qui peut se [rapporter à sa misérable indivi-

dualité.Les natures supérieuressont, même aujour- d'hui, assez nombreuses pour donner une idée de ce

que pourrait être l'humanité. Chaque être humain, a

r

des degrés diflérents, est capable d'affections privées naturelles, et d'intérêt sincère pour le bien pubUc~

Dansun mondeoù il y a tant de choses intéressantes, tant d'autres agréables et surtout tant à réformer, à

améliorer, l'homme quipossède un ensemble moyen de facultés nécessaires,peut se faire une existenceen"

viable.Et s'il peut user des sources de bonheur qui

sont à sa portée, s'il échappe aux malheurspositifs de

la vie,l'indigence,la mort, la solitudesans anection, il

ne manquerapas de se créer cette~existence enviable. Le point capital du problème, c'est la lutte contre ces

calamités auxquelles on échappe rarement complète- ment, et que les moyens matériels ne peuvent ni

éviter ni adoucir. Cependant les hommessérieux ne

doutent pas qu'on puisse remédier à quelques-uns des grands maux positifs; si l'humanité continue à

1

L'UTtUTAMSME

progresser elle enfermeraces maux dans des limites

étroites. La pauvreté, renfermanttant de sôunrances, pourra être éteinte par la sagesse de la société,le

bon sens de l'individu. Jusqu'auplus intraitable de tous les ennemis, la mort, qui reculera devant les progrès de la médecine, de l'éducation morale et du

contrôlesur les intluences pernicieuses. Les progrès delà sciencecontiennentmême pour ravenir des pro~

messes de conquête

plus directe: sur cet ennemi fait en avant nous délivrenon

Tedouté. Chaquepas

seulementd'une chance'de mort, mais, ce qui nous intéresse davantage, d'une chance de malheur pour

ceux en qui repose notre bonheur.Quant aux vicissi.

tudes de la fortune et aux autres désappointements causés par les circonstances extérieures, ils sont géné-

ralementl'effet de grossièresimprudences, de désirs malsains, d'institutionssocialesmauvaisesou impar-

faites.En somme, les sources principales de la souf-

france humaine peuvent être conquises avec des effortset des soins. Cette conquête sera lente bien

des générationspériront avantla réussite, mais ellese fera, si la volontéet l'étude ne font pas défaut. Chaque

'intelligencegénéreuse doit prendre avec joie sa part de lutte contre la souffrance, si petite qu'elle soit, et surtout ne jamais la refuser.

1

1.

CE QUEC*ESTQUEL'~TtMTARÏSMB39

Ces considérationsconduisentà l'estimation vraiey

de l'assertion déjà citée on peut et on doit vivre sans

bonheur. Sans doute, on peut vivre sans bonheur,et c'est ainsi que vivent involontairementles dix-neuf vingtièmes des hommesmême dans notre monde

civilisé. Souvent même les héros ou les martyrs

sacrifient volontairementleur bonheur à la chose qu'ils estiment plus que ce bonheur individuel.Mais

cette chose n'est-ce pas le bonheur des autres; ou

n~ quelques-unes des conditionsrequises de ce bonheur? Il est noble d'être capable d'abandonner sa part de

bonheur mais après tout, ce sacrince doit être fait

r

en vue d'un but: on ne le fait pas uniquementpour .v

le plaisir de

se sacrifier; si l'on nous dit que ce but

c'est la vertu qui est meilleure que le bonheur,je demandesi le héros ou le martyr ne croit pas qu'en

sacrifiantson bonheuril gagnera d'autres privilèges?

renon.

Accomplirait-il son sacrifices'il pensait que sa ciation sera sans n'uit pour son prochain, le mettra

aussi dans la position de l'homme qui a renoncé au,

bonheur? Honneur à ceux qui peuvent renoncer

pour eux-mêmesaux jouissances de la vie afin d'aug- jnenter la sommede bonheur de l'humanitéï Mais

que celui qui le fait dans un autre but ne soit pas plus admiré que l'ascètesur sa colonne Il montrece

3.

30

)/OTtUfAM8iME

que p<~< faite l'hommeet non pas ce qu'il ~«aire.

C'est l'état imparfait des arrangementssociauxqui

M que le meilleur moyen de servir le bonheurdes

entrés est de sacrifier le sien propre ït~t que le

mondeaura la même organisation,l'esprit de sacriNcc sera la plus haute vertn que pn!s8epratiqueprhomme.

Jed!rai même, cela peut parattre paradoxal, que dans l'état actuet de la société, la consciencede pouvoir vivresans bonheurest une raison de croire

que la réalisationdu bonheur est possible. Car ii n'y

u que! ce sentiment intime qui élève l'homme au-

dessus des hasardsde la vie, et lu! ~sse dire laissez

~destin et laibrtaae m~tre aussi contraires que

posslnle,ii ne peuvent me dompter. C'estlui qui nous empêche d'attendre avec trop d'anxiétéles malheurs

de la vie, qui nous rend capable, commeun stoïque R,

des mauvais temps de l'empire romain, de cuMver

tranquillement les sourcesdu bonheur qui aous sont

accessibles, sans nous occuper de l'incertitudede leur durée, ni de leur fin inévitable.

Les utilitaires n'ont jamais cessé de réclamerla'

moraledu dévouement personnel commeleur appar" tenant aussi bien qu'aux stoïques et aux transcendau-

~listes. La morale utilitaire reconnaît 'l' dans les créatures humainesle pouvoir de sacriSer leur plus

CE QUEC'ESTQUE~MMTAMSMB1 ai

~rand Men pour le b~n des autres. Seulementelle, reCused~admettre que le sacruice ait une valeur in*

trinsèque. Unsacriucequin'augmentepas ou ne

l~ sidéré commeinutile. La seule renonciationadmise, w

tend

pas augmenter la sommetotale du bonheurest con"

c'est la dévotionau bonheur des autres, àThumaoité

ou aux

mdividus, dans les limites imposéespar les ïntérêts collectifsde l'humanité.

Je dois encore répéter ce que les adversairesde

l'utilitarismeont rarement !a justice de reconnaître, ;0V:

c'est que le bonheur qui est le criteriumutilitaire de w

ce qui est bien dans la conduiten'est pas le bonheur

propre de. l'agent, mais celui de tous les intéressés. Entre le propre bonheur de l'individu et celui des autres, l'utilitarisme exige que l'individu soit aussi 1:

strictement impartial qu'un spectateur désintéressé et bienveiUant. Dans la règle d'or de Jésus de

Nazarethnous trouvons l'esprit complet de la morale

de l'utilité. Faire aux autres ce qu'on voudrait que

les autres lussent pour vous, aimer son prochain comme soi-même, voilà les deux règles de perfection

idéale de la morale utilitaire. Quant aux moyens

pour conformerautant que possible la pratique à cet idéal,