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LES 3 N ET LE SERPENT PYTHON par Roberte ARMAND
SE trouver en forêt de Brunières nez à nez avec un python échappé d'une fête foraine, c'est peu banal, mais cela peu arriver !'étonnant, c'est "ue le même python, "uel"ues heures plus tard, paraisse mêlé à une sombre histoire de pain d'épices, d'enlèvement et de sé"uestration# $oilà de "uoi intri%uer sérieusement &icolas, &o'l et &athalie !es intri%uer et les in"uiéter (ette histoire invraisemblable cache un dan%er, ils le sentent )ais chez eu* la curiosité et le %o+t du mystère sont tou,ours plus forts "ue la crainte -lors, finies les vacances de ./"ues bien tran"uilles 0 les 1 & se promettent de savoir le fin mot de l'affaire

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Série les
3 33 333 3$ $ $3 $33 $333 3; ; ;3 ;33 ;333 ;3$ !es 1& et les voleurs d4ima%es 1561 78 !es 1& et la maison brulée 1562 79 !es 1& et l4étran%e voisin1562 75 !es 1& et les ,umelles 1562 11 !es 1& et le chien ,aune 1561 71 !es 1& et le bouton d4ar%ent 1561 17 !es 1& et la pêche miraculeuse 1569 7: !es 1& et l4épouvantail 156: 71 !es 1& tendent un piè%e 156: 7< !es 1& et le puits hanté 1568 79 !es 1& sont sur la voie 1566 7< !es 1& et les trois cy%nes 156< 78 !es 1& et le serpent python 1565 71 !es 1& et les chats birmans 1565 17

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ROBERTE ARMAND

LES

ET LE SERPENT PYTHON
ILLUSTRATIONS DE HENRIETTE MUNIÉRE

HACHETTE

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TABLE
3 33 333 3$ $ $3 $33 $333 3; ; ;3 ;33 ;333 ;3$ ;$ ;$3 !'auber%e de la clairière =n festin =n air de fl+te >es petits cochons en pain d'épices &abuchodonosor =ne ména%erie ?echerches =ne visite nocturne >ans la roulotte &athalie foraine @ilature Sur le mur .anthère et python =ne autre ca%e =n panier à salade ?etour 6 16 26 16 9: :9 82 61 <1 57 177 17< 11: 129 119 191

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CHAPITRE PREMIER L'Auberge de la Clairière était très occupée à ran%er, dans un panier à pi"ueCni"ue, des provisions "u'elle énumérait au fur et à mesure 0 D Arois Eufs durs, trois sandFiches au saucisson, trois portions de crème de %ruyère, trois tartelettes, trois pommes G En somme, tout va par trois comme les trois petits cochons# remar"ua ironi"uement son frère &icolas, dit &icH
&-AB-!3E

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G Iu tout simplement comme les Arois & J, rectifia &o'l, cousin des deu* autres !es trois &, ce n'étaient pas &ifC&if, &afC&af et &oufC&ouf, les trois petits cochons évo"ués malicieusement par &icH, mais &o'l, douze ans, "ui, depuis la mort de ses parents, vivait chez ses cousins ?enaud 0 &icH, onze ans, et &athalie, neuf ans -insi, leurs trois prénoms commenKaient é%alement par un & (ependant &athalie, ayant fini son inventaire, rabattait le couvercle du panier D $oilà, ditCelle enfin, l'air ré,oui -vec Ka, nous aurons un e*cellent dé,euner sur l'herbe J &icH s'empara des provisions et fit semblant d'être accablé sous leur poids D Ih# là là, "uel fardeau# s'e*clamaCtCil )a parole, tu nous prends pour des o%res# G Luand nous aurons beaucoup pédalé, peutCêtre bien "ue nous aurons des appétits d'o%res# J intervint &o'l "ui cherchait comme tou,ours à maintenir la pai* entre ses cousins (eu*Cci se chamaillaient souvent, car &athalie était susceptible et &icH très ta"uin )ais, somme toute, la bonne entente ré%nait entre les membres du sympathi"ue trio (e matinClà, premier dimanche des vacances de ./"ues, il faisait un temps ma%nifi"ue -ussi les enfants avaientCils décidé de faire une lon%ue promenade à bicyclette dans les environs de Brunières (omme il

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n'était pas "uestion de rentrer pour le repas de midi, il fallait emporter des provisionsM &athalie s'était char%ée de les préparer -près avoir pris con%é de leurs parents, les Arois & descendirent au %ara%e oN étaient ran%és les vélos &icH commenKait à fi*er le panier sur son porteCba%a%es, lors"u'une e*clamation de colère lui échappa 0 D (atastrophe# )on pneu arrière est à plat# J >'un %este ra%eur, il posa le panier par terre et retourna la bicyclette (omme il s'apprêtait à dévisser la roue, &o'l l'arrêta D Essaie d'abord de %onfler !a chambre à air n'est peutCêtre pas crevée# J &icH l'approuva et donna "uel"ues vi%oureu* coups de pompe D In dirait "ue Ka tient# J remar"uaCtCil avec satisfaction Effectivement, D Ka tenait J Luel"ues minutes plus tard, le pneu n'avait tou,ours pas fait mine de se dé%onfler à nouveau D Iuf# fit &athalie "ui avait craint de voir la promenade compromise, ou du moins retardée In y vaO C En route# J lanKa son frère en fonKant hors du %ara%e, suivi de près par les deu* autres *** Luel plaisir pour les Arois & de pédaler par

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cette fraPche matinée de printemps# ('était leur première lon%ue promenade à la sortie de l'hiver, et ils avaient de l'éner%ie à revendre &athalie elleCmême était si remplie d'ardeur "ue son frère n'eut pas une fois l'occasion de la traiter de D lambine J ou de D lanterne rou%e J Et puis, "ue la nature était ,olie, avec toute cette verdure neuve et ces chants d'oiseau*# Bref, l'e*pédition était des plus réussies >u moins ,us"u'à l'heure du dé,euner - ce momentClà, en effet D &ous pourrions peutCêtre nous arrêter iciO avait su%%éré &o'l en montrant un pré en pente dont l'herbe tendre était émaillée de p/"uerettes et de primevères G >'accord# J approuvèrent les deu* autres !es vélos abandonnés dans le fossé, le trio alla s'installer sous l'ombra%e lé%er d'un bou"uet de hêtres D Et maintenant, on ouvre le panierO proposa &athalie )ais ,e ne le vois pas# >is donc, &icH, il a d+ rester sur ton porteCba%a%esO G Bein# Sur mon porteCba%a%esO J répéta le ,eune %arKon d'un air perple*e )+ par un sombre pressentiment, il se rua vers les bicyclettes et revint pres"ue aussitQt, l'air penaud D 3l n'y est pas# ('est c'est un vrai mystère# G ?ien de bien mystérieu* làCdedans, déclara &o'l0 Au l'as tout bonnement laissé au %ara%e# ?appelleC toi, "uand tu as voulu %onfler ton pneu

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G )ais oui# acheva &icH en se frappant le front Re l'ai posé par terre et oublié Luel idiot ,e fais# G ('est bien mon avis# éclata &athalie dont la fi%ure toute ronde offrait l'ima%e de la consternation $oilà une promenade %/chée, par ta faute# J &icH allait répli"uer vivement, mais son cousin le devanKa 0 D .ar notre faute à tous trois, rectifiaCtCil R'aurais d+ penser au panier, moi aussi Et toi é%alement, &attie G .as du tout# )oi ,'étais char%ée de le remplir# répli"ua &athalie Luand ,e pense à toutes les bonnes choses "u'il contient G Iui, ,e sais, railla &icH 0 trois trucs, trois choses, trois machins et maintenant, zéro sur toute la li%ne Eh bien, tant pis# In se serrera la ceinture, voilà# R'en connais d'ailleurs à "ui Ka fera perdre un peu de leur %raisse J, a,outaCtCil malicieusement à l'intention de sa sEur (elleCci ne dai%na pas répondre (e n'était pas la première fois, ni la dernière, "ue &icH se mo"uait de son prétendu embonpoint )ais elle était bien trop accablée pour y prêter attention D (omment tenir toute une ,ournée avec l'estomac creu*O J pensaitCelle D In peut tou,ours aller boire, su%%éra &o'l R'ai repéré un ,oli petit ruisseau, làCbas, sous cette ran%ée d'arbres J En effet, une eau limpide y cascadait sur un lit

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de caillou* Se servant de ses deu* mains comme d'un %obelet, chacun se rafraPchit lon%uement D Bum# Sa désaltère, mais Ka ne nourrit pas# remar"ua &icH "ue la faim commenKait à tenailler, lui aussi G ?eposonsCnous un moment et tenons conseil J, proposa &o'l (omme le trio venait de se rasseoir sur l'herbe, un bruit de clochettes se fit entendre dans le pré en contrebas 0 un troupeau de vaches y paissait tran"uillement D Luelle chance elles ont# remar"ua &athalie en soupirant Elles, au moins, elles peuvent brouter# G Eh bien, ne te %êne pas, faisCen autant# J lanKa &icH en riant =n haussement d'épaules e*cédé lui répondit D -u lieu de vous ta"uiner, écoutezCmoi, vous deu*# s'écria &o'l &os provisions sont restées à la maison, d'accord )ais nous pourrions en racheterO G Bien s+r# Luelle bonne idée# applaudit &athalie, dont la fi%ure se rembrunit tout aussitQt Seulement il faut de l'ar%ent, et moi ,e n'en ai pas Enfin, pas ici# G .eutCêtre "u'en unissant nos ressources, &icH et moi J >é,à &icH, avec une %rimace, vidait ses poches 0 elles contenaient des tas de choses, en particulier du papier de cheFin%C%um Tsans cheFin%C%umU,

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des clous, de la ficelle mais pas la moindre pièce de monnaie Si pourtant 0 "uand il eut retourné les deu* doublures, une pièce de di* centimes vint choir sur l'herbe D >i* centimesO ('est toutO J s'étonna &o'l .uis il a,outa en souriant 0 D R'aurais d+ m'en douter, mon cher cousin est tou,ours à sec# J ('était vrai Si &o'l et &athalie économisaient leur ar%ent de poche, il n'en était pas de même pour &icH, "ui dépensait tout surCleCchamp et se trouvait continuellement ruiné !oin d'en être affecté, il traitait parfois les deu* autres d'avares

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-varice dont il était heureu* de bénéficier, le cas échéant# D $oyons si ,e suis plus riche J, dit &o'l en sortant de sa propre poche un porteCmonnaie 3l contenait "uatre pièces de un franc et une de vin%t centimes D Sa fait en tout 9,17 @, additionna &athalie -vec Ka, nous n'irons pas loin# G )ais si# Rus"u'au prochain villa%e, oN il y aura sans doute une boulan%erie J, plaisanta son cousin !es Arois & se remirent à pédaler, soutenus par l'espoir de calmer bientQt leur faim !a première borne "u'ils rencontrèrent sur leur route indi"uait 0 D B?=&3E?ES, 11 Hm J Et auCdessous 0 D (E?&E=3!, 7,< Hm J -llons, encore un petit effort# Soudain, ils entendirent derrière eu* un bruit de moteur "ui s'intensifia et devint bientQt un %rondement continu =n énorme camion les dépassa, puis un deu*ième, un troisième toute une colonne !es enfants ,u%èrent plus prudent de mettre pied à terre et de %rimper sur le talus pour laisser passer les mastodontes, "ue suivaient "uel"ues voitures plus petites !es inscriptions peintes en %rosses lettres sur les b/ches leur avaient fait comprendre de "uoi il s'a%issait D (e sont des forains, déclara &o'l Evident# 3ls se rendent à Brunières pour la foire annuelle G !a foireO Ih, chic# J s'écria &athalie "ui se

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mit à rêver chevau* de bois, nou%ats et barbe à papa )ais dé,à la file de véhicules s'éloi%nait !e trio se remit en route et arriva bientQt au villa%e de (erneuil $ite, la boulan%erie# Bélas# apparemment, il n'y en avait pas =n villa%eois le leur confirma 0 D !e pain, c'est un boulan%er de Brunières "ui nous le livre J En revanche, un restaurant était installé sur la %randCplace 3l avait attiré de nombreu* clients, à en ,u%er par le nombre des autos ran%ées alentour !e menu, tendu par un chef cuisinier en bois peinturluré, était alléchant )ais le pri* fit fuir les enfants# D 33 ne nous reste plus "u'à rentrer à la maison, conclut &icH sombrement G LuoiO ?enoncer au pro%ramme "u'on s'était fi*éO protesta &o'l (e ch/teau à voir, ces %or%es à visiter G $entre affamé n'a pas d'oreilles ni d'yeu*# répondit sentencieusement son cousin G &i de ,ambes# a,outa &athalie "ui pédalait de plus en plus mollement G ('est sans doute "ue tu as l'estomac dans les talonsO J plaisanta &icH (es propos, les Arois & les échan%eaient tout en s'éloi%nant de (erneuil, sur une route désormais déserte - peine avaientCils parcouru un nouveau Hilomètre, en lon%eant un bois, "u'une bifurcation se présenta

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3l s'a%issait à vrai dire d'un simple chemin forestier =ne %rande pancarte indi"uait 0 -=BE?VE >E !- (!-3?3E?E, à :77 mètres D D In y vaO proposa &o'l G Au te mo"ues de nous, ou "uoiO se f/cha &icH Au as vu les pri* du restaurantO =ne auber%e, c'est encore plus cher# G ('est vrai )ais ,e pensais ,e me disais .eutC être "u'en e*pli"uant la Situation, ces %ens consentiraient à nous vendre un sandFichO J (e disant il re%ardait &athalie, "ui avait l'air épuisé mais dont les yeu* se mirent à briller "uand elle entendit cette su%%estion D =n sandFichO Ih# oui, essayons# priaCtCelle G Bon, allonsCy J, décida &icH Et les trois cyclistes se mirent à rouler sur un ,oli chemin bordé d'arbres mais assez lar%e pour laisser passer deu* voitures de front >'ailleurs, on apercevait sur le sol de nombreuses traces de pneus Soudain, ce chemin s'élar%it en une clairière à peu près circulaire, au milieu de la"uelle était plantée une maison basse, d'allure rusti"ue, ouvrant sur la forêt par de lar%es baies vitrées - l'e*térieur, sur des tables de bois blanc, étaient ali%nés des verres ou des tasses .ourtant, il n'y avait personne pour consommer

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.as un être vivant non plus à l'intérieur, oN les Arois &, en s'approchant, purent apercevoir une %rande salle à man%er dont les tables étaient recouvertes de nappes à carreau* blancs et rou%es Et c'était d'autant plus curieu* "ue sur ces nappes il y avait des assiettes, et dans ces assiettes des mets appétissants à peine entamés# )ais pas un seul convive !es nouveau* venus restèrent un moment sur le seuil, muets d'étonnement (e fut &athalie "ui rompit enfin le silence en prononKant d'une toute petite voi* 0 D In dirait on dirait le ch/teau de la Belle au bois dormant# J

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CHAPITRE II U !e"#i &3(W haussa les épaules D (omparaison idiote# 3ci, pas "uestion de %ens endormis, mais de %ens escamotés G Escamotés# répéta &athalie, l'air abasourdi, G Eh oui# .our une raison ou pour une autre, les clients de l'auber%e ont vidé les lieu* G et certainement en toute h/te J a,outa &o'l En effet les Arois &, "ui avaient pénétré dans

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la salle de restaurant, y découvraient les si%nes d'un départ précipité 0 chaises renversées, couverts en désordre, serviettes ,etées à terre >e plus, sur le rebord d'une fenêtre béante, une ,ardinière de fleurs était piétinée 0 preuve "ue plusieurs personnes s'étaient sauvées par là &o'l s'approcha d'une table sur la"uelle était posé un plat contenant un poulet rQti sur un lit tic pommes chips &athalie, "ui avait suivi son cousin, man"ua défaillir de convoitise et dut se retenir de %o+ter au* alléchantes victuailles &o'l, lui, posa un doi%t sur la peau dorée du volatile (e fut pour constater tout haut 0 D 3l est encore tiède >onc, les convives ont "uitté la salle peu avant notre arrivée (e n'est tout de même pas nous "ui les noir, !ui fuir# commenta &icH 3l s'est passé "uel"ue chose )ais "uoiO C -llons voir à la cuisine, proposa &o'l .eutCêtre y trouveronsCnous "uel"u'un pour nous rensei%nerO J In pénétrait directement dans cette pièce par une porte ouvrant au fond du restaurant >ès le seuil on se rendait compte, aussi bien par l'odorat "ue par la vue, "ue tout y était soi%neusement préparé en vue de satisfaire de nombreu* %ourmets 0 des sauces mi,otaient sur un immense fourneau =ne lon%ue table supportait des plats remplis de horsCd'Euvre >es desserts s'ali%naient sur une autre

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)ais pas trace de cuisinier, ni de serveur D ('est e*traordinaire# s'écria &o'l G Aout à fait mystérieu*# appuya &icH G Et même in"uiétant# a,outa &athalie G Essayons d'appeler J, proposa son frère Se plantant au milieu de la cuisine, il cria d'une poi* forte0 D X aCtCil "uel"u'unO J - la surprise du trio, cette "uestion produisit un effet immédiat Sur%issant à "uatre pattes d'une anti"ue cheminée située derrière le fourneau, un curieu* personna%e apparut In devinait "u'il avait été vêtu de blanc, mais, "uand il se redressa, les Arois & virent "ue son pantalon, son tablier, son bonnet étaient maculés de suie Sans compter son visa%e, et particulièrement le bout de son nez# 3l s'a%issait d'un marmiton, /%é d'environ treize ans -yant re%ardé autour de lui avec in"uiétude, il demanda au* arrivants d'un ton an*ieu* 0 D EstCce "u'il est partiO G Lui, D il JO demanda &o'l G Ben voyons# !e serpent python# J !es trois nouveau* venus échan%èrent des re%ards ahuris =n serpent python, ici, dans cette auber%eO ('était difficile à ima%iner Et pourtant # D Bien s+r, vous ne me croyez pasO poursuivit l'adolescent $ous pensez sans doute "ue ,e suis D tocC toc JO T(e disant, il se frappait le front avec l'inde* U

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G &on, bien s+r, mais répondit &o'l sans conviction C mais c'est plutQt difficile à avaler, acheva son cousin G Sa, vous pouvez le dire# approuva le marmiton 3l avait au moins si* mètres de lon%, ce serpent -ussi, "uand il est apparu dans l'auber%e, vous parlez d'une pani"ue# !a plupart des %ens se sont enfuis par les portes ou par les fenêtres )oi, "ui me tenais près du fourneau, ,'ai trouvé plus rapide de me cacher dans la cheminée $ous voyez le résultat# J a,outaCtCil miC souriant, miCpenaud, en montrant les traces noires sur son costume blanc >écidément il était sympathi"ue, ce %arKon# !es Arois & auraient voulu lui poser des tas de "uestions, mais ils n'en eurent pas le loisir (omme sur un si%nal, les fu%itifs se mirent à réinté%rer l'auber%e In vit rentrer le cuisinier, avec sa to"ue toute de travers, les serveurs et les serveuses, le maPtre d'hQtel, et une partie de la clientèle Aout ce monde fit irruption dans la cuisine, par une petite porte restée ouverte et donnant sur l'arrière >es e*clamations fusaient 0 D Luel affreu* serpent# R'en tremble encore C Re n'en ai ,amais vu d'aussi lon%# C 3l ne va pas revenir, au moinsO C 3l faudrait fermer toutes lés issues# J

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(ette fois, les Arois & ne pouvaient plus en douter 0 le témoi%na%e du marmiton se trouvait confirmé par celui de tous ces %ens Si peu vraisemblable "ue cela par+t, un serpent python était entré dans l'auber%e par une fenêtre de la faKade, avait traversé la salle de restaurant, puis la cuisine, pour ressortir enfin par la petite porte Saisies de pani"ue, les personnes présentes s'étaient sauvées, empruntant n'importe "uelle issue !a plupart des clients avaient trouvé refu%e dans leurs voitures, %arées sur un parHin% situé à l'arrière (ertains étaient même partis définitivement par le chemin forestier "ui re,oi%nait, après l'auber%e, une autre route %oudronnée Luant au python, on l'avait perdu de vueC !é patron du restaurant, un %ros homme rubicond "ui transpirait abondamment Til avait d+ courir très vite pour fuir le serpent#U, fit un petit discours à la clientèle restante 0 D )esdames, messieurs, soyez assez aimables pour vous rasseoir à vos places )on personnel va reprendre le service comme si rien ne s'était passé, en s'efforKant de vous satisfaire Et pendant ce temps, ,e vais téléphoner au* pompiers de Brunières pour leur si%naler la présence du reptile Re suis s+r "u'ils sauront débarrasser la forêt de cet hQte indésirable J !es convives re%a%nèrent leurs tables, mais la moitié d'entre elles demeurèrent vides )auvaise affaire pour le restaurateur, "ui, s'efforKant de

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cacher sa consternation, disparut en direction du téléphone Luant au* Arois &, ils étaient restés plantés au milieu de la cuisine, ne sachant "ue faire d'eu*Cmêmes D In s'en vaO demanda &o'l G .as du tout# protesta &icH ('est le moment, au contraire, de profiter de la situation G .our pour man%erO J demanda &athalie pleine d'espoir Sa faim, un moment oubliée sous l'effet de la surprise, lui revenait, plus lancinante "u'avant 3l en était de même pour les deu* %arKons D !aissezCmoi me débrouiller J, dit &icH

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3l se mit en "uête du marmiton, "u'il trouva près d'une table, occupé à remuer une sauce de salade Sa sEur et son cousin le virent parlementer un moment .uis il les re,oi%nit, tout souriant, D !'affaire est conclue 0 venez vous asseoir J Et leur nouvel ami G "ui se prénommait @ranKois G les installa luiCmême à une table désertée par ses occupants et mit successivement sur la nappe un poulet à peine entamé, des chips, du froma%e, et trois énormes parts de %/teau au moHa >evant pareille abondance, &o'l conKut "uel"ues scrupules D In ne pourra ,amais payer tout Ka# G &e t'en fais pas, répondit &icH en riant @ranKois est le neveu du patron, "ui ne sait rien lui refuser >'ailleurs, comme la moitié des clients se sont es"uivés sans avoir consommé ni payé, cette nourriture serait perdue, de toute faKon G Luand même, nous n'allons pas man%er %ratisO G Bien s+r "ue non# !e repas nous co+tera 9,17 @, précisément# J (ette nouvelle mit &athalie en ,oie, si bien "u'elle man"ua s'étouffer avec un morceau de poulet Telle n'avait pu s'empêcher de picorer dans le platU >e vi%oureuses tapes dans le dos ayant remis la bouchée récalcitrante dans le droit chemin, le trio se mit à dévorer Ramais festin ne fut plus apprécié "ue celuiClà 0 les trois convives le dé%ustèrent sans échan%er

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une parole Et, s'ils pensaient au serpent, c'était pres"ue avec reconnaissance 0 ne lui devaientCils pas l'aubaine de ce repas "uasi %ratuitO - peine venaientCils d'avaler la dernière miette de %/teau "ue le D pinCpon J d'une première voiture de pompiers, puis d'une deu*ième, résonna dans la forêt D 3ls sont dé,à là 0 youpi# s'e*clama &icH en saillant sur ses pieds -llons à leur rencontre# J -yant fait un crochet par la cuisine pour payer la note et remercier leur ami le marmiton, les Arois & re%a%nèrent l'entrée de l'auber%e, devant la"uelle stationnaient deu* voitures rou%es remplies de pompiers en uniforme !eur capitaine avait mis pied à terre et parlementait avec le restaurateur et "uel"ues clients !es enfants l'entendirent "ui déclarait d'un ton perple*e 0 D Lu'un serpent python rQde en liberté, ,e veu* bien l'admettre )ais d'oN peutCil venirO J ('est alors "u'une hypothèse %erma dans le cerveau fertile de &o'l - vrai dire elle l'avait dé,à effleuré, mais de faKon va%ue )aintenant, c'était devenu une certitude 3l s'avanKa d'un pas D Re ,e crois le savoir, moi J, déclaraCtCil !e chef des pompiers tourna vers lui un visa%e dont l'e*pression bourrue était renforcée par une moustache rousse toute hérissée )ais le re%ard de ses yeu* bleus paraissait bienveillant D Au as une idée sur la "uestionO Eh bien,

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parle, mon %arKon, parle# J ordonnaCtCil d'une voi* pressante !'aPné des Arois & narra leur rencontre avec les forains sur la route de Brunières D 3l se peut très bien, conclutCil, "ue le serpent leur appartienne, et G et "u'il se soit échappéO .robable, admit le capitaine )erci, mon %arKon Re vais essayer d'utiliser ce rensei%nement J 3l se diri%ea vers la deu*ième voiture rou%e, en fit descendre tous les hommes sauf le conducteur, et ordonna à celuiCci 0 D A/chez de re,oindre ces forains -ssurezCvous "ue le python fait partie de leur ména%erie et, si oui, ramenez l'un d'entre eu* J !'automobile ayant fait demiCtour, tous les pompiers s'entassèrent dans l'autre, "ui était aussi la plus %rande (ette dernière démarra en trombe, contourna l'auber%e et fonKa en direction de la forêt D In les suitO J proposa &icH &o'l et &athalie furent tout de suite d'accordM là oN il se passait "uel"ue chose, les Arois & tenaient à être présents# 3ls sautèrent donc sur leurs vélos et pédalèrent à toute allure !a voiture rou%e avait disparu, mais ils ne tardèrent pas à la retrouver, arrêtée sur le basCcQté de la route forestière Elle était vide Luant au* pompiers, ils s'étaient dispersés sous la futaie, à la recherche du serpent

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!es enfants décidèrent de faire comme eu* -bandonnant leurs machines contre un %ros tronc d'arbre, ils se mirent à marcher sur le sol moussu "ui étouffait les bruits de pas, attentifs à tout ce "ui pourrait les mettre sur la trace du reptile &athalie n'en menait pas lar%e 0 son ima%ination lui représentait les dan%ers courus .eutCêtre "ue l'affreu* animal allait tout à coup sur%ir de derrière un fourréO Iu se laisser %lisser d'un tronc d'arbre ,uste devant les promeneursO !es %arKons n'étaient pas moins impressionnés et %ardaient le silence )ais soudain &icH s'empara d'une lon%ue branche morte et s'approcha de sa sEur en l'a%itant, pour lui donner des allures de serpent &athalie sauta en l'air en poussant un cri &o'l s'indi%na, et l'auteur de la plaisanterie pouffa de rire D (hut# fit derrière le trio une voi* sévère, celle du capitaine des pompiers $ous allez attirer l'attention du python, avec vos cris# J

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CHAPITRE III U air de !l$#e >u (I=. les Arois &, comprenant soudain leur imprudence, devinrent muets D $ous devriez "uitter ce bois, reprit leur interlocuteur )es hommes et moi suffisons pour cette battue et nous ne tenons pas à ce "ue des civils s'en mêlent Surtout s'il s'a%it d'enfants G .ourtant, nous nous sommes dé,à montrés utiles, fit remar"uer &o'l G Et nous pourrions l'être encore, affirma &icH

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G Ih, monsieur, laissezCnous vous aider# J pria &athalie !e re%ard de ses yeu* bleus était si implorant "ue le brave homme se laissa fléchir « - une condition, alors 0 vous resterez derrière moi Et surtout ne vous éloi%nez pas# G .romis# J -insi escorté, le capitaine des pompiers reprit ses recherches et arriva bientQt dans une autre clairière -u milieu de celleCci, les b+cherons avaient empilé des branches destinées à être sciées !e chef de file s'apprêtait à contourner le tas de bois, lors"ue &icH, derrière lui, poussa une e*clamation 0 D Le voilà! G Encore# protesta sa sEur Eh bien, ce coupCci, tu peu* être s+r "ue personne ne te croira# G (omme le ber%er Vuillot "ui criait trop souvent D au loup# J appuya &o'l G )ais puis"ue, cette fois, ,e vous dis "ue c'est vrai# J affirma &icH !e ton était si convaincant "ue les deu* autres en furent ébranlés !eur compa%non luiCmême revint sur ses pas et "uestionna 0 D IN se trouveCtCilO G >ans dans le tas de bois J, bé%aya &icH Et comme &athalie faisait mine de s'en approcher, il la retint par le bras .uis il se mit à e*pli"uer d'une voi* précipitée 0

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D $ous voyez, sur le dessus, cette branche de teinte %ris/tre avec des taches ,aunesO Elle paraPt immobile, et toute raide Eh bien, ,e ,e suis s+r "ue c'est lui# J 3l ne se trompait pas 0 l'instant d'après la pseudoC branche s'a%ita, s'enroula sur elleCmême, et les arrivants sub,u%ués purent distin%uer une tête ovale, avec deu* yeu* au re%ard froid "ui semblaient les fi*er ('était à donner la chair de poule# !a première pensée des Arois &, "uand ils eurent dominé leur frayeur, fut 0 D 33 a drQlement e*a%éré, le marmiton# (e serpent ne mesure %uère plus de trois mètres# J (e "ui n'était dé,à pas si mal# Luant au capitaine des pompiers, revenu de son saisissement, il donna un coup de sifflet pour appeler ses hommesM ceu*Cci sur%irent d'un peu partout et se rassemblèrent autour de leur chef, "ui fut aussitQt assailli de "uestions 0 D Lu'estCce "ui se passeO G $ous l'avez trouvéO G IN estCilO J !a vue du python, enroulé parmi les brancha%es, provo"ua des e*clamations de surprise 0 D .as possible# In le distin%ue à peine# G Bravo, chef# $ous avez de bons yeu*# G .as moi, mais ce %arKon J, rectifia le capitaine en dési%nant &icH "ui, très fier, bomba le torse

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)ais dé,à un autre problème, plus ardu, préoccupait les pompiers D ('est bien beau de l'avoir déniché# déclara l'un d'entre eu* 3l s'a%it maintenant de le capture C -llez ,us"u'à la voiture, et rapportez le matériel J, ordonna le capitaine Arois hommes disparurent et revinrent bientQt, l'un portant une corde enroulée, les deu* autres une %rande caisse 3ls la posèrent par terre, son ouverture face au tas de bois ?estait à y faire entrer le python D !'opération peut être dan%ereuse, remar"ua le capitaine Eloi%nezCvous, les enfants J !es Arois & obéirent à contrecEur @ort heureusement, à di* mètres de là, "uel"ues %ros troncs étaient couchés sur le sol, empilés les uns sur les autres >u sommet de ce perchoir, ils purent suivre le déroulement des opérations (omment les pompiers allaientCils opérerO !es ,eunes observateurs le comprirent bientQt 0 l'e*trémité de la corde fut repliée en un nEud coulant destiné à être passé autour du corps de l'animal, puis resserré D En somme, on veut le prendre au lasso, commenta &o'l G Re doute "u'il se laisse faire# a,outa &icH - mon avis, cette bestiole va leur donner du fil à retordre pour ne pas dire de la corde# J

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!a suite des événements montra "u'il avait raison >'abord d'humeur pacifi"ue, le reptile devint vite a%ressif "uand il se sentit emprisonné par le nEud coulant 3l dressa brus"uement le haut de son corps, puis se balanKa d'arrière en avant, cherchant à frapper l'adversaire avec sa tête !e pompier "ui l'avait ceinturé recula vivement en l/chant la corde, dont l'animal se débarrassa par des contorsions Aout était à reprendre à zéro -vec cette différence "ue, maintenant, le python se méfiait !es Arois &, "ui passaient par des phases successives d'espoir et d'an%oisse, avaient l'impression d'assister à un match =n match dans le"uel les hommes, mal%ré leur nombre et leur coura%e, avaient nettement le dessous !eur ami le capitaine n'était pas le moins actif !e cas"ue re,eté en arrière laissant voir des mèches rousses collées par la transpiration, le teint cramoisi, il s'a%itait deCci, deClà, lanKait des ordres, encoura%eait les hésitants En vain =ne demiCheure plus tard, les choses en étaient restées au même point 0 le python, sur son tas de branches, semblait nar%uer les pompiers au bord de l'épuisement ('est alors "ue, dans le lointain, on entendit un bruit de moteurs "ui s'intensifia >e leur observatoire, les enfants aperKurent, à travers les arbres, la deu*ième voiture rou%e roulant sur le chemin forestier Elle vint se ran%er derrière la première - peine le chauffeur mettaitCil pied à terre "u'une

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four%onnette %rise survint à son tour et stoppa 33 en sortit deu* hommes !es trois personna%es, %uidés par le bruit, se diri%èrent droit vers la clairière oN les pompiers s'affairaient autour du serpent Luand ils furent plus proches, les Arois & purent détailler les arrivants, dont deu* étaient s+rement des forains ramenés par le chauffeur (elui "ui marchait en avant, ,eune, %rand, d'aspect robuste, avait le teint brun et de lon%s cheveu* noirs !'autre, petit et mai%re, paraissait beaucoup plus /%é, avec son visa%e ridé comme une vieille pomme et sa chevelure %rise et bouclée !e premier portait sur l'épaule "uel"ue chose "ui ressemblait à une ca%e munie d'une %rille D .our y mettre le serpent, évidemment, devina &o'l G Re me demande comment ils vont s'y prendre, eu*, mais c'est s+rement le %rand costaud "ui va s'en char%er J, supposa &icH 3l se trompait - peine arrivé près du tas de bois, le ,eune homme posa par terre la ca%e dont il avait soulevé la %rille coulissante, puis fit "uel"ues pas en arrière D )aintenant, "ue tout le monde s'éloi%ne# J ordonna le vieillard !e capitaine et ses hommes obéirent en silence, et formèrent un vaste cercle au centre du"uel le vieu* forain et le reptile restèrent face à face D !a partie est trop iné%ale# remar"ua &icH

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(e tout petit bonhomme, face à ce %rand serpent # G 3l va n'en faire "u'une bouchée# s'e*clama &athalie G Ba, ha# (omme si les pythons avalaient les %ens tout crus# lanKa son frère d'un air mo"ueur Au n'y connais rien, ma fille# G 3ls se contentent de les étouffer J, e*pli"ua &o'l !a fillette ne trouvait pas cette perspective plus ré,ouissante# &o'l la rassura 0 D (e vieu* forain sait s+rement comment s'y prendre avec lui - mon avis, il va chercher à l'amadouer Aiens, re%arde# 3l tire "uel"ue chose de sa poche In dirait G une fl+te, acheva &icH Iu plutQt un pipeau J ('était bien un instrument de musi"ue, et des plus rudimentaires, "ue tenait l'homme 3l le porta à sa bouche et en tira des sons ai%relets "ui formèrent une étran%e mélodie .lusieurs fois répétée, elle finissait par irriter l'oreille des auditeurs )ais, sur le python, l'effet fut tout autre 3l parut écouter attentivement, et son corps en partie dressé se mit à osciller au rythme de la musi"ue D In dirait "u'il bat la mesure# J remar"ua &athalie, éberluée .uis le vieillard recula sans cesser de ,ouer, et le reptile "uitta le tas de bois pour le suivre

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Son %rand corps ondulant sur le sol de la clairière, il se diri%ea vers la ca%e ouverte oN il entra docilement 3l dut, pour y lo%er en entier, s'enrouler plusieurs fois sur luiCmême -lors, avec des %estes précautionneu*, le vieu* forain fit retomber la %rille !e serpent python était pris au piè%e# D !e tour est ,oué, &abu a re%a%né ses pénates# J dit le vieil homme à voi* haute Et il retourna à sa voiture Y YY !es parents ?enaud furent bien étonnés, ce soirClà, de voir rentrer trois enfants "ui n'avaient pas du tout l'air affamés, comme ils s'y étaient attendus après avoir retrouvé le panier de pi"ueCni"ue au %ara%e Surpris, ils le furent bien plus encore en apprenant "ue ces mêmes enfants, au lieu de visiter un ch/teau et des %or%es, avaient participé à une chasse au serpent python# )ais tout s'e*pli"ua bientQt, et le récit "ue fit &o'l de la promenade mouvementée des Arois & é%aya la soirée familiale =n peu plus tard, comme le trio recru de fati%ue et d'émotions montait se coucher, &icH entendit &o'l siffloter un air G un drQle d'air, avec une ritournelle sans cesse répétée

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>'abord a%acé, le ,eune %arKon devint son%eur (ette bizarre mélodie, oN l'avaitCil entendueO (ela lui revint soudain, alors "ue lui et son cousin s'étaient %lissés dans leurs lits voisins et "ue &o'l continuait à siffler sans y penser D >is donc, %ro%naCtCil d'une voi* ensommeillée, estCce "ue tu me prendrais par hasard pour un serpent python "ue tu voudrais apprivoiserO J Seul le silence lui répondit 0 son cousin avait sombré dans le sommeil -vant d'y céder à son tour, le plus ,eune eut le temps de penser 0 D En tout cas, une chose est s+re 0 ce python, les Arois & iront lui rendre visite à la foire Et le plus tQt possible# J

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CHAPITRE I% De" &e#i#" '(')( " e &ai d'*&i'e" ,ours plus tard, par un bel aprèsCmidi ensoleillé, les Arois & se diri%eaient vers la foire >ans leurs poches tintaient %aiement les pièces de monnaie Zdont les avaient %ratifiés leurs parents 0 de "uoi se payer des tours de manè%e et des friandises Bien avant d'arriver, ils entendirent les flonflons de la musi"ue foraine et pressèrent le pas
L=E!L=ES

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!a %rande place entourée d'arbres était hérissée de stands, de bara"ues, de chapiteau* abritant les attractions les plus diverses Aout de suite, une discussion éclata entre les Arois &, "ui n'étaient pas d'accord sur la faKon d'employer leur temps et leur ar%ent &athalie optait pour les manè%es, &o'l proposait de faire d'abord un tour D pour se rendre compte J &icH, lui, avait une idée fi*e 0 retrouver le serpent python D 3l est s+rement e*posé dans une de ces bara"ues, affirmaCtCil In peut se payer le spectacle, nonO G - "uoi bonO >imanche dernier, nous l'avons eu pour rien, remar"ua &athalie "ui n'avait pas une %rande sympathie pour les reptiles G (e "ue tu peu* être avare# G Et toi, dépensier# J &o'l se h/ta d'intervenir D !e plus sa%e, avant de vous disputer, serait de vérifier "ue le serpent python est bien présenté en public J 3l avait raison, comme tou,ours !es deu* plus ,eunes, provisoirement d'accord, suivirent donc leur cousin à travers les allées de la foire !es attractions les plus tentantes s'offraient à eu* 0 le trainCfantQme, le palais des %laces, la femmeCtronc et bien d'autres encore Soudain &icH, "ui avait pris la tête, tomba en arrêt devant une bara"ue 0 de %randes affiches en couleurs montraient un serpent au* dimensions

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effrayantes s'enroulant autour d'une frêle ,eune fille -uCdessous on lisait en lettres énormes 0 D Balthazar, le python le plus dan%ereu* du monde, dompté par la ,eune ?osita J Et, en plus petit 0 D Entrée 0 1 @ pour les adultes, 2 @ pour les enfants J D (e n'est pas tellement ruineu*, remar"ua le ,eune %arKon In y vaO J (omme &athalie faisait la moue, il a,outa très vite 0 D -près Ka, on ira faire des tours de manè%e .romis# G >'accord# J accepta la fillette sans enthousiasme (omme le spectacle était commencé, il fallut attendre la séance suivante >i* minutes plus tard, le trio pénétrait sous un chapiteau en miniature, oN des bancs circulaires entouraient une estrade !es assistants n'étaient pas très nombreu*, et les Arois & auraient pu prendre place au premier ran% si &athalie n'avait refusé avec véhémence D Re vois 0 mademoiselle a la frousse# s'écria &icH avec un ricanement mo"ueur G .as du tout# riposta di%nement &athalie Re ,e préfère avoir un peu de recul 0 voilà# J &o'l lui donna raison et ils allèrent s'installer un peu en arrière BientQt arriva ?osita (ontrairement à l'affiche, elle était %rande et paraissait

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pleine de vi%ueur Son teint et ses cheveu* sombres rappelèrent "uel"ue chose au* ,eunes spectateurs D Elle ressemble au %arKon du bois, celui "ui portait la ca%e J, souffla &athalie à l'oreille de son cousin ('était vrai )ais les re%ards des Arois & furent vite captivés par l'espèce de lon%ue écharpe bariolée "ue la ,eune fille portait autour du cou 3ls s'aperKurent bientQt "u'il s'a%issait d'un serpent dont les écailles luisantes avaient les plus belles couleurs =n python, assurément mais ce n'était pas celui du bois# >'abord déKus, les enfants n'en suivirent pas moins le spectacle avec intérêt Balthazar était capable de plus d'un tour 0 tantQt il s'enroulait en spirale autour du corps de ?osita, tantQt, aussi raide "u'une barre de fer, il se laissait porter à bout de bras par celleCci Et ce n'était s+rement pas un mince fardeau, car le reptile mesurait bien 2,:7 m de lon%ueur Bref, comme le fit remar"uer &icH alors "ue le trio retrouvait l'air libre 0 D In en a eu pour notre ar%ent J )ais ils n'étaient pas plus avancés en ce "ui concernait le deu*ième serpent, celui "ui avait semé la terreur à l'Auberge de la Clairière. Ir, en cherchant encore à travers la foire, ils ne virent aucune affiche annonKant un autre numéro de python Et comme il fallait bien tenir la promesse faite à &athalie, les Arois & se diri%èrent vers les manè%es

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Y YY $ers les "uatre heures, la fillette avait la tête "ui tournait mais l'estomac creu* D R'ai faim# ditCelle G &aturellement# commenta &icH .our ma petite sEur, tout est préte*te à man%er# G Eh bien, pour"uoi pasO consentit &o'l aussitQt R'ai vu en passant des D chi"ues J bien tentantes G Re préfère le nou%at, déclara son cousin G Et moi, les cochons en pain d'épices, dit à son tour &athalie ('est plus nourrissant G >es cochons en pain d'épices# IN asCtu vu KaO G >ans une bara"ue, làCbas, affirma la %ourmande Et même, on peut faire inscrire son nom dessus avec du sucre CG $a pour les cochons# J accepta &icH !e rensei%nement était e*act >'ailleurs, pour tout ce "ui concernait la nourriture, &athalie avait un flair infaillible !a D bouti"ue J était une caravane dont un panneau latéral avait été abaissé >'un cQté, un homme en veste et bonnet blancs préparait sur commande des %aufres ou des hot do%s >e l'autre, un adolescent trapu offrait des petits cochons en pain d'épices sur les"uels il inscrivait bel et bien le prénom de ses clients T%énéralement des enfantsU

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-près une courte hésitation, les deu* %arKons imitèrent &athalie >é,à, à la demande de celleCci, le ,eune vendeur inscrivait D &-AB-!3E J sur le dos du cochon en se servant d'une poche à douille ('est alors "ue l'intéressée fit une découverte 0 D (hic alors# ('est moi "ui ai le prénom le plus lon% des trois# D &athalie J a huit lettres &o'l, "uatre seulement, et &icolas, sept R'aurai plus de sucre "ue vous sur mon cochon, là là là# J (e D là là là J e*aspéra &icH au plus haut point D -ttends un peu, ma fille# pensaCtCil Au n'as pas encore %a%né# J Et, "uand son tour vint de donner son prénom, il lanKa d'un air détaché 0 D &-B=(BI>I&ICSI? J Sur le visa%e des deu* autres se pei%nit d'abord l'ahurissement, puis la %aieté la plus vive (e &icH, tout de même# 3l avait réussi à trouver un prénom de "uatorze lettres, et "ui plus est, commenKant par un D&J# Sa sEur, bonne ,oueuse, lui fit même un clin d'Eil approbateur )ais la réaction du vendeur fut tout autre 3l commenKa par dévisa%er lon%uement &icH .uis, se tournant vers l'arrière de la caravane, il saisit un cochon en pain d'épices posé sur une éta%ère et le tendit à son ,eune client (eluiCci, cloué de stupeur, constata "ue les "uatorze lettres de D&-B=(BI>I&ISI? J étaient déjà inscrites sur le %/teau

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D -lors Ka# J pensaCtCil - ce moment, il intercepta le re%ard étonné de &o'l0 son cousin, comme lui, avait l'air de se poser des "uestions# )ais les %arKons renvoyèrent à plus tard la résolution de ce problème pour se laisser aller à leur %ourmandise 3nstallés à l'ombre d'un arbre, à "uel"ues mètres de la bara"ue, ils commencèrent à dé%uster leurs petits cochons Aandis "ue &o'l et &athalie %ri%notaient le leur à petites bouchées, &icH, impatient comme tou,ours, rompait le sien par le milieu Et alors en plein dans la ' p/te brune, il aperKut un morceau de papier formant un mince rouleau# !e dépliant avec des %estes fébriles, il lut ces "uel"ues mots 0 D Samedi 21 h, au* "uatre J 3l devait y avoir une suite, mais le coin replié ne lui permit pas de la déchiffrer Lu'estCce "ue ce messa%e si%nifiaitO Et à "ui étaitCil destinéO (ertainement pas à lui, &icolas ?enaud 0 -lorsO Aandis "ue ces "uestions lui traversaient l'esprit en un éclair, le ,eune %arKon entreprit de déplier le coin récalcitrant )ais, au même moment, il se sentit observé >ès lors il n'eut "u'une idée 0 donner le chan%e 3l enroula h/tivement le papier, le fourra de nouveau à l'intérieur du pain d'épices, re,oi%nit les deu*

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moitiés du cochon et se mit à cro"uer un morceau de la tête, de l'air le plus innocent du monde Soudain, un %rand %arKon chevelu s'approcha du trio @aisant mine de ne pas voir &icH, il le bouscula au passa%e de telle faKon "ue ce dernier fut contraint de l/cher le cochon "ui tomba dans la poussière D >ésolé# fit le nouveau venu en ramassant vivement le %/teau et le faisant disparaPtre dans sa poche E*cusez ma maladresse et venez avec moi 0 ,e vais vous en payer un autre J &icH tenta de protester, puis se laissa convaincre Si bien "ue, peu après, il se trouvait en possession d'un nouveau cochon en pain d'épices )ais sur celuiCci, bien entendu, il avait fait inscrire D &3(I!-S J#

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CHAPITRE % Nabu')(d( ("(r (EAAE histoire est pour le moins bizarre# J remar"ua &icH !e trio, son %o+ter achevé, s'était éloi%né de la bouti"ue au* petits cochons et commentait l'incident D ('est aussi mon avis, approuva &o'l (e cochon dé,à tout prêt, avec le mot D &abuchodonosor J en lettres de sucre # 3l s'a%issait certainement d'un mot de passe

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G Et ,e suis tombé dessus tout à fait par hasard# a,outa son cousin R'aurais aussi bien choisi D &icéphore J ou D &épomucène J, pourvu "ue Ka commence par un D & J G .ourvu, surtout, "ue ce prénom ait au moins autant de lettres "ue D &athalie J# rectifia malicieusement &o'l >'ailleurs, pour ce "ui est du hasard, ,e ne suis pas tout à fait d'accord - mon avis, tu as été influencé à ton insu par le nom "u'a prononcé le vieu* forain après la capture du python Re me souviens maintenant "u'il l'a appelé D &abu J G D &abu J# répéta &icH )ais oui# c'est s+rement le diminutif de D &abuchodonosor J# 3l faut croire "ue mon esprit a travaillé tout seul >omma%e "ue ,e ne puisse utiliser le truc pour faire mes devoirs de math# J &athalie paraissait son%euse D Lu'estCce "ue c'est, un mot de passeO demandaCtCelle G Eh bien euh un mot "ue des complices échan%ent pour se reconnaPtre entre eu*, répondit &icH G Re comprends de moins en moins Au n'es pas leur complice, à ces %ens# J &icH secoua la tête d'un air e*cédé D SeraisCtu demeurée, par hasardO 3l faut tou,ours t'e*pli"uer les choses deu* fois G ('est parce "ue tu t'y prends mal Luand c'est &o'l, ,e comprends tout de suite G Eh bien, interro%eCle et laisseCmoi tran"uille# J

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&o'l ne se fit pas prier D (e "ue t'a dit &icH est e*act G -h, ah# triompha &icH G mais incomplet, poursuivit &o'l Suppose "ue des complices aient choisi un mot connu d'eu* seuls G par e*emple D &abuchodonosor JO demanda &athalie G ('est Ka Si l'un d'eu* veut se faire remettre un certain ob,et, il faudra "u'il prononce ce mot G R'ai tout compris (et ob,et, c'était le cochon en pain d'épices Et comme &icH a dit par hasard le mot de passe, c'est à lui "u'on l'a remis G pour me le reprendre peu après, a,outa le ,eune %arKon Beureusement, ,'avais eu le temps de lire en partie le billet "u'il renfermait (omme ,'ai réa%i très vite, les types ne se sont s+rement doutés de rien G EspéronsCle# dit &o'l G Lu'estCce "u'il disait dé,à, ce billetO J demanda &athalie Son frère lui répéta le messa%e 0 D Samedi 21 h, au* "uatre G Sa n'est pas tellement précis# G ('est vrai In peut seulement supposer "ue des %ens se donnent rendezCvous en un lieu dont le nom commence par D les "uatre J G !es "uatre répéta &o'l Sa peut correspondre à des tas de choses# &ous voilà bien avancés#

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G En tout cas, il se prépare S+rement un truc pas très honnête, commenta &icH !a faKon mystérieuse de fi*er le rendezCvous le prouve G Re crois "ue tu e*a%ères, fit &o'l d'un air de doute .eutCêtre s'a%itCil simplement d'une sorte de ,euO G Sa m'étonnerait beaucoup >ans ce cas, pour"uoi ce %arKon m'auraitCil bousculé pour reprendre le cochonO 3l n'y a "u'une e*plication 0 il voulait m'empêcher de lire le messa%e Eh bien, ,'ai maintenant très envie d'en savoir plus lon% J 3l s'arrêta brus"uement et se frappa le front D SommesCnous idiots# .our apprendre à "ui était vraiment destiné le petit cochon, il aurait suffi de faire le %uet près de la bouti"ue# G Et nous nous serions fait repérer à tous les coups# interrompit &o'l Au penses bien "ue les types se méfient, maintenant Si, comme tu crois, il s'a%it d'une vilaine histoire, nous sommes assez suspects comme Ka#J 3l avait raison !e mieu*, pour les Arois &, était de retourner vers les attractions foraines comme s'ils n'étaient venus "ue pour s'amuser (e "ui était vrai, d'ailleurs )ais, alors "u'ils se diri%eaient vers les D chenilles J avec l'intention d'y faire un tour, ils passèrent près d'une roulotte peinte en couleurs criardes - l'entrée, une pancarte annonKait 0

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D )adame [ina, diseuse de bonne aventure J =ne ,eune femme mai%re et brune, vêtue d'une lon%ue robe noire pailletée, un lar%e turban autour de la tête, les oreilles ornées de %ros anneau* de cuivre, était assise devant la porte 0 )me [ina, sans aucun doute $oyant les enfants elle se leva pour s'approcher d'eu*, saisit la main de &athalie et en e*amina lon%uement la paume D $ous avez des li%nes très intéressantes, mon enfant, ditCelle Entrez, ,e vous en dirai davanta%e .our vous et vos frères, il vous en co+tera seulement trois francs J &athalie était tentée, bien "ue cette femme lui fPt un peu peur Elle interro%ea &o'l du re%ard D $asCy donc J, l'encoura%ea celuiCci, désireu* comme tou,ours de lui faire plaisir - la suite de la voyante, &athalie %rimpa "uel"ues marches et pénétra dans un antre minuscule, à demi obscur In y voyait, sur une table recouverte d'une lon%ue nappe cramoisie, une chouette empaillée, une boule de cristal, un ,eu de cartesC(in" minutes plus tard &athalie ressortait, l'air D tout chose J, suivant l'e*pression de &icH D -lors, "u'estCce "u'elle t'a ditO G Elle m'a prédit l'avenir 0 ,e me marierai avec un Es"uimau et ,'aurai douze enfants J (e fut ensuite le tour de &o'l 3l revint bientQt, une e*pression amusée dans le re%ard

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D )oi, annonKaCtCil, ,e serai astronaute et ,'irai sur la planète )ars Et maintenant, &icH, c'est à toi J Luand le plus ,eune des %arKons re,oi%nit les deu* autres, il avait, lui aussi, l'air D tout chose J )ais il refusa de donner des e*plications avant "ue le trio n'ait %a%né un coin relativement tran"uille D -lorsO G @i%urezCvous "u'elle m'a pris la main, puis m'a re%ardé d'une drQle de faKon avant de déclarer 0 D Reune homme, vous avez un %ros défaut 0 D la curiosité Evitez d'y céder, sinon vous aurez D des ennuis# J G Et c'est toutO G ('est tout J &o'l réfléchit un moment D - mon avis, elle a voulu te donner un avertissement G .our m'empêcher de me mêler de cette histoireO G Sans aucun doute (e "ui prouve "u'elle est la complice de ceu* "ui vendent les petits cochons 3ls ne sont pas s+rs "ue tu aies lu le billet mais, si oui, ils te font comprendre "u'il vaut mieu* laisser tomber G &e crains rien, ,e crois bien avoir donné le chan%e à )me [ina G (ommentO G En ,ouant les idiots, pardi# Re me suis donné beaucoup de mal pour Ka

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G Aiens# R'aurais cru "ue Ka t'était naturel# J rétor"ua &athalie avec malice Son frère lui fit une %rimace, et les Arois & reprirent leur promenade à travers la foire )ais leur entrain était tombé, du moins en ce "ui concernait les tours de manè%e et autres attractions !'éni%me "ue leur posait le petit cochon en pain d'épices les e*citait bien davanta%e# (ependant ils restèrent encore "uel"ue temps à fl/ner parmi les bara"ues, ,ouissant de cette ,oyeuse ambiance .arfois un spectacle %ratuit leur était offert, "uand un forain dé%uisé en cloFn essayait d'attirer la clientèle à %rand renfort de boniments et de musi"ue En tout cas, &icH devait avoir raison en affirmant "u'il avait é%aré les soupKons des %ens impli"ués dans D l'affaire du cochon en pain d'épices J 0 le trio ne fut plus du tout in"uiété !e moment vint oN, fati%ués et le porteCmonnaie complètement D à sec J, les Arois & décidèrent de rentrer à la maison !e crépuscule commenKait à tomber et dé,à "uel"ues lampes s'allumaient .our éviter de traverser une fois de plus la %rande place, ils décidèrent de prendre un raccourci (ela consistait à franchir une barrière pres"ue continue de caravanes "ui, ran%ées en bordure d'une rue tran"uille, représentaient de toute évidence les lo%ements des forains 0 des cordes tendues entre les roulottes soutenaient du lin%e en train de sécher, des enfants couraient ça

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et là, des vieillards assis sur leurs talons épluchaient des lé%umes !es Arois &, cherchant un intervalle par oN se %lisser, lon%èrent un certain nombre de ces maisons roulantes Soudain leur apparut une D ruelle J obscure entre deu* véhicules voisins (omme ils allaient l'emprunter, un bruit de voi* les arrêta >ebout au milieu du passa%e, tourné vers un %ros camion, un petit homme à l'aspect malin%re soutenait une conversation animée )ais avec "uiO (omme il n'y avait personne de visible, les enfants en déduisirent "u'il parlait tout seul Bizarre# .our attirer son attention, &icH se mit à tousser !e petit homme tourna la tête Son visa%e ridé, parcheminé, couronné de cheveu* %ris tout bouclés, leur parut aussitQt familier Bien s+r# ('était le petit vieu* de la forêt, celui "ui avait si aisément capturé le python# !uiCmême reconnut à son tour les Arois &, car il leur fit un %rand sourire de sa bouche édentée D Bon,our, monsieur# dirent les arrivants G Bon,our, les enfants# $ous voyez, ,'étais en train de parler à &abu ('est mon serpent python Re l'appelle par son diminutif, car son nom est vraiment trop lon% G 3l s'appelle D &abuchodonosor J, n'estCce pasO fit &o'l avec assurance

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G E*act, vous avez deviné# J Sans se montrer autrement surpris par la perspicacité de &o'l G après tout, les noms commenKant par D &abu J ne sont pas foule# G le vieu* forain dési%na au* enfants une %rande ca%e posée sur la plateCforme du camion Elle contenait un lon% serpent à la peau tachetée !es Arois & le reconnurent, lui aussi 0 c'était celui "ui avait semé la pani"ue à l'Auberge de la Clairière, le dimanche précédent

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CHAPITRE %I U e +* agerie -3&S3, &abuchodonosor, c'est lui# répéta &icH G Eh oui# J fit le vieu* forain sans prendre %arde à l'importance "ue ce nom semblait avoir pour le ,eune %arKon &athalie tira son frère par la manche et lui murmura D 33 pourrait être le "uatrième Arois & et s'appeler &icolas, puis"ue &abuchodonosor, c'est toi# G (e "ue tu peu* être bête# riposta le ,eune %arKon en haussant les épaules

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G ('est vous "ui l'avez baptiséO demanda &o'l au vieu* forain G Iui - l'épo"ue, ,e n'étais %uère plus /%é "ue ce %arKon Til dési%nait &icHU et ,'avais appris récemment l'histoire des rois de Babylone (e nom m'a plu, et ,'ai voulu le donner au python "ue nous venions de recevoir d'-fri"ue 3l était tout ,eune, lui aussi Et par la suite, c'est moi "ui l'ai dompté G Luoi# s'e*clama &athalie, il est si vieu* "ue Ka, ce serpentO J ('était une %affe, assurément, mais le forain ne s'en offus"ua pas D Eh oui, mon petit &ous sommes très /%és tous les deu*, et pour ainsi dire à la retraite .as vrai, &abuO J !e python, chose curieuse, semblait l'écouter, et le balancement de sa tête pouvait passer pour un ac"uiescement >u moins ce fut l'opinion de &athalie, "ui avait beaucoup d'ima%ination D )ais nous sommes tout de même encore utiles, lui et moi, poursuivait le vieillard Re suis capable de donner un coup de main, parCci, parClà G Et luiO demanda &icH G &abuO In le montre dans les villa%es, avec les autres bêtes prétendues féroces $oyez 0 ce camion sert de ména%erie ambulante Luand il roule on referme ces volets, et les ca%es ne sont plus visibles - l'arrêt, on les ouvre J

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Effectivement, devant celle de &abu, un panneau de bois était soulevé, formant auvent, et un autre rabattu vers le sol ('est alors "ue les Arois & eurent conscience d'autres présences animales toutes proches 3ls auraient pu les déceler par l'odorat, si leur attention n'avait été ,us"u'ici monopolisée par le python )aintenant, non seulement leurs narines captaient des relents peu a%réables, mais leurs oreilles percevaient des halètements, des %ro%nements Et ils commenKaient à discerner, dans les ca%es voisines, des formes sombres "ui s'a%itaient &athalie, brus"uement alarmée, se rapprocha de &o'l et lui prit la main D 3ci, c'est un sin%e, poursuivit le vieu* bonhomme, apparemment ravi d'avoir des auditeurs =n peu plus loin, un loup G BouCouCou# J chuchota &icH à l'oreille de sa sEur, "ui poussa un petit cri et se blottit davanta%e contre son cousin (ependant le forain continuait son énumération « &ous avons aussi une hyène, un san%lier, un chacal G Lu'estCce "ue "u'estCce "ui arriverait si s'ils s'échappaientO bredouilla &athalie de moins en moins rassurée G ('est impossible 0 les barreau* sont solides G .ourtant, le serpent python, l'autre ,our G !à, avoua le vieu* forain, c'était ma faute

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.endant la halte, ,'étais allé porter son repas à &abu et ,e n'ai pas refermé sa ca%e tout de suite !e pauvre, il avait très faim 0 il ,e+nait depuis deu* mois# G Luoi# s'écria &o'l, il peut rester si lon%temps sans man%erO G )ais oui 0 un lapin vivant, Ka lui suffit pour soi*ante ,ours G =n python, c'est plus économi"ue "u'une %rosse fille# murmura &icH à l'intention de sa sEur, "ui lui tira la lan%ue G $ous avez été très coura%eu* en capturant &abu à vous tout seul# J remar"ua &o'l !e vieu* fit entendre un petit rire "ui évo"uait un bruit de crécelle D (oura%eu*O .as du tout Re vous dis "u'il est mon ami, ce python, depuis le temps "u'on se connaPt# J =ne fois de plus il demanda 0 D .as vrai, &abuO J Et, une fois de plus, le serpent parut comprendre et approuver D .ourtant, ob,ecta &o'l, il paraissait dan%ereu*, dimanche, sur le tas de bois oN il s'était réfu%ié J !e vieillard avait réponse à tout D ('est parce "ue ces hommes n'ont pas su s'y prendre avec lui 0 leur maladresse l'a rendu furieu* -CtC on idée de serrer cette pauvre bête dans un nEud coulantO Re vous dis, moi, "ue

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&abu est inoffensif, à condition de le prendre par la douceur G et par la musi"ue# a,outa &o'l G ('est vrai, dit le vieu* forain en souriant In lui ferait faire n'importe "uoi en lui ,ouant un petit air J (e disant, le maPtre de &abu tira de sa poche le pipeau dé,à utilisé, ,oua la même ritournelle et obtint le même effet 0 le reptile, captivé par les sons, se balanKait en mesure !e concert terminé, &o'l continua distraitement à fredonner D Bravo# déclara le forain D $ous avez saisi l'air Aenez, essayez à votre tour J

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3l tendit le pipeau à &o'l (eluiCci, après "uel"ues essais, réussit à reproduire la mélopée Et le serpent se comporta de la même faKon, continuant à dodeliner de la tête et du haut du corps tandis "ue les notes s'é%renaient D Bravo# J répéta le vieil homme (omme &o'l voulait lui rendre le pipeau, il refusa D VardezCle ('est moi "ui les fabri"ue avec des roseau*, et ,'en ai d'autres G )erci beaucoup# J dit &o'l en empochant le cadeau - vrai dire, il l'acceptait surtout pour ne pas ve*er le forain 3l était peu probable "u'un ,our il e+t l'occasion de dompter un python# (ependant &icH avait encore une "uestion à poser 0 D Et Balthazar, "u'estCce "u'il fait làCdedansO G BalthazarO répondit le vieu* bonhomme ('est un autre python, beaucoup plus ,eune, "ui a été dressé par ma petiteCfille ?osita 3l est plus beau "ue &abu )ais nous ne sommes pas en bons termes, lui et moi J 3l y avait un peu de rancEur dans sa voi* D -insi, vous êtes le %randCpère de ?ositaO demanda &o'l G >e ?osita et de beaucoup d'autres, répondit le vieillard ('est bien simple 0 ,e suis l'a\eul de plus de la moitié des forains "ue vous voyez sur cette place J

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Luestionné habilement, il précisa "ue [ina, la diseuse de bonne aventure, ainsi "ue le ,eune vendeur de cochons en pain d'épices, "ui se nommait (arlos, étaient ses petitsCenfants Aandis "ue les Arois & réfléchissaient à ces révélations, il continua de parler, évo"uant les souvenirs des foires de sa ,eunesse (e monolo%ue fut soudain interrompu - l'entrée du passa%e, une voi* ,eune "uestionnait 0 D - "ui parlesCtu, pépéO G - &abu J, répondit sans hésiter le vieu* forain "ui ne semblait pas vouloir en%a%er la conversation avec l'arrivant (omme l'obscurité s'était épaissie, les enfants n'avaient entrevu "u'une silhouette trapue Eu*Cmêmes, désireu* de passer inaperKus, se renfoncèrent h/tivement dans l'ombre du camion .ourvu "ue le nouveau venu ne les découvre pas, en venant plus près de son %randCpère# (ar ils avaient bien cru le reconnaPtre )ais la réponse du vieillard ne suscita chez son interlocuteur "u'un simple haussement d'épaules, et il se retira sans plus prononcer une parole Iuf# !es Arois & avaient eu chaud# D Luand on parle du loup reprit le vieu* forain Tet &athalie, instinctivement, porta les yeu* sur la ca%e oN s'a%itait le fauve "u'on venait de nommerU, ce %arKon, c'est ,ustement (arlos

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G Iuf# J se dirent à nouveau les Arois &, "ui ne s'étaient donc pas trompés 3l valait mieu* pour eu*, évidemment, "ue le vendeur de petits cochons ne les trouve pas en compa%nie du vieu* bonhomme, près de la ca%e du python =n python "ui s'appelait &abuchodonosor, comme par hasard#

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CHAPITRE %II Re')er')e" de "uitter le vieu* forain, "ui leur avait dit s'appeler (ésar Aruchet, les Arois & l'avaient raccompa%né, sur sa demande, ,us"u'à la vieille roulotte "u'il habitait non loin de là $euf depuis lon%temps, le D père (ésar J, comme on l'appelait, vivait avec une de ses filles, "ui tenait une loterie .endant les tournées, cette roulotte, peinte en ,aune et rou%e, leur servait de maison !e vieu* forain, visiblement heureu* de leur faire les honneurs de son lo%is, dési%na à ses
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,eunes compa%nons une minuscule fenêtre sur l'arrière 0 D ('est ici "ue donne ma chambre J, leur ditCil Bref, les enfants s'étaient fait un ami En rentrant chez leurs parents, ce soirClà, ils discutaient ferme au su,et de leur nouvelle connaissance et des événements de l'aprèsCmidi D 3l y a une chose certaine, affirma &icH 0 le père (ésar n'a rien à voir avec 1' D affaire J G R'en suis convaincue, dit &athalie G )oi aussi, opina &o'l )ais ,e n'en dirais pas de même de ses petitsCenfants >e toute évidence certains d'entre eu* mi,otent "uel"ue chose de pas très clair G Et ils y ont mêlé, on ne sait pour"uoi, "uel"u4un "ui touche de près le vieu* forain, poursuivit &icH G Lui KaO demanda sa sEur G &abuchodonosor# G (e n'est pas D "uel"u'un J# fit remar"uer &athalie d'un air supérieur G (e n'est pas non plus D "uel"ue chose J, )ademoiselleClaCtatillonne# J &o'l se h/ta de les mettre d'accord D >e toute faKon, pour le père (ésar, &abu compté comme s'il était un être humain, et même un ami J ' &athalie fit la %rimace D =n drQle d'ami# Re ne sais pas si Ka me plairait, à moi, d'en avoir un comme Ka

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G Evidemment# railla son frère =n python, c'est difficile de le mettre sur ses %enou* pour le caresser, comme un petit chat ou de lui dire, comme à un chien0 D >onne la papatte à ta D mémère J# &athalie ne put s'empêcher de pouffer à cette évocation )is en %aieté, lui aussi, &o'l reprit son sérieu* et dit, réfléchissant tout haut 0 D In a utilisé le nom de ce python, d'accord )ais estCce "ue Ka si%nifie pour autant "u'on veut lui faire ,ouer un rQle, à luiO G Aoute la "uestion est là, répondit &icH )ais si la réponse est oui, à "uoi peut bien servir un serpent pythonO G .eutCêtre à faire peurO su%%éra &athalie G Supposition absurde# ,u%ea son frère G .as tant "ue Ka# répli"ua &o'l Seulement, dans "uel butO G Bref, nous tournons en rond# remar"ua son cousin d'un air découra%é &os rensei%nements sont insuffisants, voilà tout# G -lors, on laisse tomberO G -h non# .as avant d'avoir essayé d'en savoir plus J Et &icH a,outa d'un ton solennel 0 D Luand ils flairent une piste, les Arois & vont ,us"u'au bout# J

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Encore fallaitCil la trouver, cette piste# ('est la t/che à la"uelle les trois enfants s'attelèrent dès le lendemain -u* "uel"ues mots lus par &icH sur le messa%e,, il fallait découvrir une suite valable &o'l prit les choses en main 0 il porta successivement dans la chambre des %arKons, "ui servait de "uartier %énéral, l'annuaire téléphoni"ue, une carte détaillée de la ré%ion de Brunières et un %uide touristi"ue récent D )aintenant, au travail# invitaCtCil G Lu'estCce "u'on doit faireO s'en"uit &athalie G >énicher un lieuCdit, un "uartier, un établissement enfin un truc "uelcon"ue "ui se dénomme D les "uatre "uel"ueCchose J et oN des types puissent se donner rendezCvous J &icH s'empara de l'annuaire et commenKa à en feuilleter les pa%es concernant Brunières, s'arrêtant principalement sur les rubri"ues en caractères %ras .endant ce temps &o'l éplucha la carte, à la recherche d'un nom %éo%raphi"ue comportant le chiffre D "uatre J Luant à &athalie, elle avait pour t/che de passer en revue les noms d'hQtels, de restaurants ou d'auber%es situés dans les villa%es proches de Brunières .endant près de deu* heures, un silence laborieu* ré%na dans la chambre, rompu seulement par le lé%er bruit des feuillets "ue l'un ou l'autre tournait ou encore, dé temps à autre, par une e*clamation 0

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« Sa y est 0 ,'en tiens un# J Luand le trio interrompit ses recherches, la liste "ue &o'l avait établie au fur et à mesure comportait cin" noms (ette liste, à la"uelle le ,eune %arKon avait apporté "uel"ues précisions, était la suivante 0 G ?ondCpoint des LuatreC(hênes TauCdessus de l'hQpitalUM G (arrefour des LuatreC(hemins Tdans la banlieue sud, à : Hilomètres environ de BrunièresUM G ?estaurant des LuatreC?ois Tau villa%e de Bri%non, à 5 Hilomètres de BrunièresUM G (aféCdancin% D -u* LuatreC(olonnes J Tdans la vieille villeUM

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G ?ésidence D LuatreC$allées J, rue !a @ontaine &athalie n'en revenait pas D ('est e*traordinaire "u'on en trouve autant, des trucs "ui vont par "uatre# G Iui, n'estCce pasO .ar "uatre comme les Arois )ous"uetaires# plaisanta son frère G Eh bien, moi, ,e crains au contraire "u'il y en ait davanta%e, et "ue certains noms nous aient échappé, déclara &o'l G &e sois pas pessimiste# dit &icH en faisant la %rimace ?ien "u'avec ces cin"Clà, notre en"uête ne sera dé,à pas si facile# (omment nous trouver, à ,our et à heure fi*es, en cin" endroits à la foisO J &o'l compulsa de nouveau la liste D 3l y a tout de même un nom "ue nous pouvons rayer 0 la résidence des LuatreC$alléesM c'est une maison de retraite G >'accord, approuva &icH ?estent "uatre lieu* de rendezCvous aussi valables les uns "ue les autres !e"uel choisirO J &o'l fit une moue "ui e*primait son incertitude D Re suis incapable de trancher J En attendant, tandis "ue les plus ,eunes continuaient à se pencher sur le problème du lieu, il décida d'en aborder un autre tout différent 0 celui du rQle Ts'il en avait unU de &abuchodonosor dans cette affaire .our cela, le ,eune %arKon, muni d'un carnet et d'un crayon, se rendit à la bibliothè"ue

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de la ville et compulsa un %ros livre sur les reptiles Luand il revint, une heure et demie plus tard, il savait tout sur les mEurs des pythons 0 leur taille, leur poids, leur faKon de se nourrir, leur habitat, les ennemis "u'ils avaient à combattre, l'usa%e "u'on faisait de leur peau Et comme ces savants articles étaient accompa%nés de planches en couleurs, il put catalo%uer &abu comme faisant partie de l'espèce D arcCenCciel J, parmi la"uelle se trouvent les spécimens les plus %rands et les plus dan%ereu* D &ous voilà bien avancés# épilo%ua &icH après avoir écouté le compte rendu de &o'l >ans tout ce fatras, il n'y a rien "ui se rapporte à notre affaire J &athalie avait dressé l'oreille en entendant son cousin parler de D la peau des pythons, très prisée en maro"uinerie J D .eutCêtre "ue les petitsCenfants du père (ésar veulent vendre &abu pour "u'on en fasse des sacs, des valises des tas de choses, "uoi# su%%éraCtCelle G 3nvraisemblable# répli"ua son frère Sa leur rapporterait "uel"ues milliers de francs, tout au plus# 3ls ne se donneraient pas toute cette peine pour si peu J !es Arois & se sentaient découra%és 3ls avaient tout tenté, semblaitCil, pour éclaircir l'éni%me "ue le hasard leur avait posée Lue faire, maintenantO D ?enoncer J, fut la sa%e conclusion de &o'l

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-ussi, le samedi, "uand les parents ?enaud offrirent d'emmener leurs enfants au cinéma, ces derniers acceptèrent &on sans une pointe de re%ret toutefois !a séance n'auraitCelle pas lieu le soir, ,uste au moment oN O )ais il était dit "ue les choses se dérouleraient autrement >ans l'aprèsCmidi, un coup de fil annonKa à ) et )me ?enaud "ue des amis, de passa%e à Brunières, seraient heureu* de les voir In les retint à dPner, et plus "uestion de cinéma (ependant, ne voulant pas décevoir les enfants, les parents leur donnèrent de l'ar%ent pour aller faire un tour de foire et leur accordèrent la permission de di* heures trente -insi, mal%ré eu*, les Arois & retournaient à la source du problème (ette idée, à vrai dire, était loin de leur déplaire#

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CHAPITRE %III U e ,i"i#e ('#ur e 3!S SE rendirent à la foire avec leurs vélos et les Cl ran%èrent, soi%neusement attachés entre eu*, dans une rue proche de la place 3l était à peine huit heures du soir =n tour rapide parmi les bara"ues les convain"uit d'une chose 0 les attractions "ui les avaient amusés "uel"ues ,ours plus tQt n'avaient décidément plus aucun charme pour eu* (omme ils déambulaient, pensifs, en man%eant du nou%at, &icH demanda au* deu* autres 0

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D $ous êtes muets comme des carpes - "uoi son%ezCvousO G - la même chose "ue toi "ui n'es pas plus bavard "ue nous# répondit &o'l en riant G ('estCàCdire au père (ésar et à &abu, précisa &athalie G Et, comme moi, vous avez envie de faire un tour dans leur "uartier, nonO su%%éra son frère G Aout ,uste# admit &o'l )ais estCce bien prudentO G Aaratata# fit &icH - entendre parler mon di%ne cousin, on pourrait croire "u'il a atteint l'/%e respectable du serpent python# G Au sais très bien "ue nous étions d'accord pour laisser tomber# G Lui te parle de reprendre l'en"uêteO (e "ue ,e su%%ère, c'est simplement d'aller D serrer la D pince J à deu* vieu* amis J =ne fois de plus, l'ima%e évo"uée par &icH provo"ua l'hilarité de &athalie, "ui déclara "u'elle votait pour Et &o'l se laissa convaincre Si bien "ue le trio "uitta les allées bien éclairées de la %rande place pour %a%ner la zone pres"ue obscure oN s'ali%naient les caravanes servant d'habitations 3l y ré%nait un relatif silence 0 le vacarme de la fête parvenait encore ,us"ueClà, mais atténué D &ous y voici# annonKa &icH en montrant un

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étroit passa%e entre les masses sombres de deu* %ros véhicules 3l y fait noir comme dans un four# J Sa sEur frissonna Elle pensa au loup 3l était tout près des Arois &, séparé d'eu* par l'épaisseur d'un volet et "uel"ues barreau* Beureusement ces derniers étaient solides, s'il fallait en croire (ésar - propos de volets, tous étaient fermés, sauf une paire 0 celle "ui mas"uait la ca%e de &abu Et cette ca%e D Elle est ouverte# constata &o'l d'une voi* surprise !e python n'y est plus# G 3l il s'est sauvéO "uestionna &athalie "ui sauta en l'air, avec l'impression "u'elle ris"uait de piétiner les écailles d'un reptile G >ifficile à croire# répondit son frère (e serpent ne fait "uand même pas des fu%ues à répétition# G Son maPtre l'a fait sortir, alorsO G Bum# Sans doute pour "u'il fasse dodo au pied de son litO J En réalité, mal%ré son ton mo"ueur, &icH n'en menait pas lar%e D 33 faut aller voir le vieu* forain chez lui J, conclut &o'l Bien entendu, les deu* autres étaient d'accord !e trio "uitta donc les lieu* D à pas de loup J selon la recommandation de &icH, et, "uel"ues travées plus loin, retrouva sans trop de difficulté la roulotte bicolore Elle bai%nait dans une

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complète obscurité -ucune lumière ne filtrait sous la porte, et la fenêtre de la chambre du vieu* (ésar Cn'était pas davanta%e éclairée , D 3l dort, en déduisit &o'l G Aant pis# &ous devons le réveiller# J décida &icH Et, comme la petite ouverture était haut perchée, il souleva sa sEur pour "u'elle puisse frapper au carreau !'effet fut instantané 0 à peine &athalie remettaitC elle pied à terre "ue la fenêtre s'ouvrit, et la tête du vieil homme s'y encadra >onc, loin d'être endormi, celuiCci veillait dans le noir D Lui est làO demandaCtCil d'une voi* in"uiète G &ous G Lui, vousO G &o'l, &athalie et &icolas ?enaud , vos amis, précisa &icH G -h bon# J !e soula%ement perKait dans la voi* du vieu* forain D &ous venions vous rendre visite, poursuivit &o'l, ainsi "u'à &abu G &abu# répéta son interlocuteur Lue lui estCil arrivé, ditesO Re suis s+r "u'ils allaient s'en prendre à lui, "uand ils m'ont obli%é à rentrer dans ma roulotte J !es Arois & échan%èrent un re%ard -insi, le père (ésar n'était pour rien dans la disparition du pythonO

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D >e "ui parlezCvousO Lui en voulait à &abuO demanda &icH G Arois de mes petitsCfils G (arlosO G !ui, bien s+r, et son frère Ruan )ais le principal responsable est ?amon, leur cousin plus /%é 3l a tou,ours été une forte tête, celuiClà >'ailleurs vous le connaissez 0 c'est lui "ui portait la ca%e, "uand ,'ai capturé &abu dans la forêt J Iui, les Arois & se souvenaient du D costaud J au* lon%s cheveu* noirs "ui accompa%nait son %randCpère lors de la fameuse battue D )ais enfin, "ue lui veulentCils, à ce pythonO "uestionna &o'l G EstCce "ue ,e saisO Re me trouvais près de sa ca%e, à parler tran"uillement avec lui, "uand ces trois %arnements sont arrivés )a présence a paru les %êner 3ls m'ont prié d'aller me coucher Et comme ,e refusais, ils m'ont fait rentrer de force et bouclé G $ous n'avez pas appelé à l'aideO G R'ai bien essayé )ais, à cette heureCci, tout le monde est à la foire à part "uel"ues marmots en bas /%e J >écidément, le brave homme ne savait pas tout @allaitCil le mettre au courantO &o'l s'y décida D !a ca%e du python est vide J, annonKaCtCil (ette nouvelle, comme il l'avait craint, provo"ua la colère du père (ésar @urieu*, il co%na du poin% contre

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la fenêtre en %émissant 0 D )on pauvre &abu# Lue vontCils te faireO -h, si ,e les tenais, ces bandits# J &o'l re%retta ses paroles Arop tard# !e vieu* continuait ses ,érémiades, et le bruit "u'il faisait ris"uait fort d'attirer "uel"u'un# D Aran"uillisezCvous, monsieur, intervint &icH &ous allons vous délivrer et nous le chercherons ensemble, votre python J Bien s+r, il se doutait "u'on ne retrouverait pas si facilement le reptile 3l y avait de fortes chances "ue les petitsCenfants du vieu* forain l'aient D embar"ué J pour une destination inconnue, "ui commenKait par D les "uatre J

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(omme en écho à ses pensées, le vieil homme cessa de s'a%iter pour déclarer 0 D Arouver &abuO 3mpossible# 3l me revient "uel"ues mots "ue ces %arnements ont échan%és après m'avoir enfermé Sans doute "u'ils me croient sourd# ('était ?amon "ui parlait 0 D )ainCD tenant, on le fourre dans la camionnette J, aCtCil dit Re comprends seulement "u'il parlait de &abu# Et il a a,outé 0 D En route pour pour J G .our oNO Re vous en prie, faites un effort# J pria &icH !eur interlocuteur, le front plissé, parut se concentrer Soudain il leva un doi%t D R'y suis 0 pour les LuatreC(hemins# J >e nouveau les Arois & échan%èrent un re%ard, de triomphe cette fois 3l s'a%issait du carrefour "ui fi%urait sur leur liste )ais leur ,oie fut de courte durée - l'entrée de la venelle sur%it une silhouette "ui leur parut immense >errière elle, deu* autres plus petites 0 ?amon et ses complices, pensèrentCils aussitQt Sans doute avaientCils été alertés par les vociférations du vieillardO ('est tout d'abord à ce dernier "ue le plus %rand s'adressa, d'une voi* dure 0 D AaisCtoi, %randCpère, sinon # J !es yeu* levés à la hauteur de la fenêtre, il n'avait pas encore aperKu les trois enfants "ui s'étaient aussitQt accroupis (e faisant, ils évaluaient leurs chances Elles étaient minces#

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!'issue était bouchée d'un cQté par les adversaires, de l'autre par une lessive "ui séchait sur une corde tendue entre les deu* véhicules !es silhouettes des fu%itifs s'y détacheraient trop bien, s'ils choisissaient cette voie D Sous la roulotte# J chuchota &icH Et, donnant l'e*emple, il s'aplatit par terre et se mit à ramper entre les deu* trains de roues (omme cellesCci était suffisamment hautes, l'opération ne présenta %uerre de difficulté et il se retrouva bientQt de l'autre cQté 0 soula%é pour luiCmême, mais rempli d'an*iété au su,et des deu* autres &o'l et &athalie l'avaient bel et bien imité, mais avec un temps de retard ('est ce "ui permit à l'adversaire, en baissant les yeu*, d'apercevoir deu* paires de pieds "ui dépassaient 3l y eut des clameurs 0 D ?e%arde, làCdessous# G Aiens, tiens# !e pépé avait de la visiteO G -ttrapeCles# J !es deu* fu%itifs redoublèrent d'effort 0 en vain Saisis par les chevilles, ils furent tirés en arrière comme de vul%aires pa"uets Et &o'l se disait avec amertume 0 D Luel domma%e "ue nous ne sachions pas ramper, comme un serpent python# J )ais une pensée consolante le soutenait 0 D &icH, au moins, est tiré d'affaire# J (e n'était pas tout à fait vraiM (ertes, le ,eune %arKon se trouvait séparé des trois hommes par

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toute la lar%eur de la roulotte )ais, peu après la capture des deu* autres D & J T"ue les cris lui avaient si%naléeU, il entendit l'un des adversaires s'e*clamer 0 D >itesCdonc, ,e les reconnais, ces %amins# (e sont eu* "ui ont acheté le cochon destiné à J 3ci (arlos Tcar c'était luiU baissa la voi*, et &icH ne put malheureusement saisir le nom "u'il prononKait D )ais ce ,ourClà, ils étaient trois, a,outa aussitQt l'adolescent Et celui "ui man"ue, c'est le plus dan%ereu* pour nous# J &'étaitCce pas &icH, en effet, "ui avait demandé et reKu le cochon contenant le messa%eO =n honneur dont il se serait bien passé# D Si ces trois %osses sont ici, ce n'est pas pour rien# remar"ua ?amon de sa voi* %rave 3ls savent s+rement "uel"ue chose G >onc, ils nous ont bien eus# %ro%na (arlos 3l est ur%ent de mettre la main sur le numéro 1 J !e D numéro 1 J n'avait pas bou%é pendant ce dialo%ue (ertes, il aurait pu se sauver )ais seul Ir, il ne voulait pas abandonner sa sEur et son cousin Soudain il prit conscience "ue s'il voulait les aider, il fallait "u'il reste libre# (ette réfle*ion lui vint un peu tard >é,à, ?amon avait crié un ordre 0 D (ernons la roulotte# J 3l fallait fuir de nouveau .ar le même procédéO .eu prati"ue 0 à la suite venait une caravane trop

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basse sur roues pour "u'il p+t passer dessous Et l'ennemi allait apparaPtre d'ici peu au* e*trémités de l'étroit boyau oN il se trouvait Son re%ard affolé se posa sur la porte de la roulotte .ar chance elle se trouvait de son cQté In y accédait par un escalier de trois marches 3l s'y rua, mais sans trop d'espoir D Elle est s+rement fermée, pensaCtCil !e vieu* (ésar a dit "u'on l'avait D bouclé J Eh bien, non# (ontrairement à son attente, le vantail s'ouvrit facilement 3l pénétra dans un intérieur obscur, et, très lentement, referma la porte -u même moment il entendit une e*clamation furieuse ,uste auCdessous de lui 0 D ('est un peu fort# 3l a disparu# J &icH était sauvé provisoirement du moins

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CHAPITRE IDa " la r(ul(##e -$E( d'infinies précautions, le fu%itif parcourut l'espace étroit et encombré "ui représentait le lo%ement des deu* forains 3l lui fallait éviter de faire du bruit en se co%nant contre "uel"ue obstacle Beureusement, la fille du vieu* (ésar devait être une personne ordonnée 0 tout, meubles ou ustensiles, était ran%é contre les parois Si bien "ue le ,eune %arKon put parcourir sans ris"ue un

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couloir central entièrement dé%a%é Et, soudain, il se heurta contre une paroi lisse -vaitCil dé,à atteint le fond de la roulotteO 3l lui sembla "ue non Effectivement, en palpant ce D mur J, il découvrit une poi%née de porte 0 il s'a%issait donc d'une simple cloison permettant d'isoler une petite pièce D !a chambre du père (ésar# J pensa &icH aussitQt Sa première idée fut d'ouvrir cette porte et de chercher refu%e chez le vieu* bonhomme )ais elle était fermée à clef Et il n'y avait pas de clef sur la serrure !e vieillard était bel et bien D bouclé J# !e lé%er bruit "u'avait provo"ué le lo"uet en tournant avait d+ être perKu par le prisonnier, car, de l'autre cQté du panneau, une voi* faible chuchota 0 D Lui est làO G &icolas ?enaud .ouvezCvous me faire entrerO G 3mpossible 0 ,e n'ai pas la clef G Elle n'est pas non plus de ce cQté J =n silence accablé suivit - "uoi bon continuer le dialo%ueO >e part et d'autre d'une mince cloison, le vieillard et le ,eune %arKon étaient incapables de s'entra (e silence, d'ailleurs, fut de courte durée0 - l'autre bout de la roulotte, mais venant de l'e*térieur, des voi* se faisaient entendre >'abord inaudibles, les paroles devenaient de plus en plus nettes !e ton était celui de la colère

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D .lus de doute 0 il nous a filé entre les doi%ts# G )auvais pour nous, Ka Supposez "u'il aille donner l'alerte# G -lors, "u'estCce "u'on faitO G (ommenKons par neutraliser ces deu*Clà -près, on avisera G !es neutraliser de "uelle faKonO G En les enfermant làCdedans, eu* aussi J &icH perdit tout espoir (es deu*ClàO ('étaient &o'l et &athalie, bien s+r# Et D làCdedans J dési%nait de toute évidence l'intérieur de la roulotte# Effectivement la porte s'ouvrit brus"uement =ne haute silhouette apparut, "ui en poussait deu* autres plus petitesM c'étaient ?amon et ses deu* prisonniers, bien visibles dans le faisceau d'une torche électri"ue "ue tenait l'un des hommes restés dehors &o'l et &athalie se débattaient furieusement, à coups de poin% et coups de pied - "uoi bonO 3ls n'étaient pas de taille, et l'adversaire réussit bien vite à les pousser dans la prison "u'il avait choisie pour eu* et "ui allait devenir aussi celle de &icH# (e dernier, mal%ré son an*iété, avait secrètement applaudi 0 au moins, les D & J s'étaient défendus# En même temps il cherchait fébrilement, des yeu*, un coin oN se cacher 0 pas facile, dans ce réduit oN toutes les places libres étaient occupées# =n seul espoir 0 se %lisser sous un divanClit recouvert d'une couverture indienne

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Bélas# En la soulevant, il vit "ue des tiroirs s'encastraient sous la couchette )ême une souris n'aurait pu s'y %lisser# - ce moment, une lumière plus forte ,aillit 0 ?amon venait de donner l'électricité dans la caravane &icH, tou,ours accroupi, devint le point de mire des arrivants (eu*Cci, en le voyant, réa%irent chacun à leur manière 0 sur le visa%e de &o'l et de sa cousine se pei%nit la consternation, tandis "ue ?amon triomphait visiblement D !e troisième est ici# lanKaCtCil à l'intention de ses deu* complices

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G .as possible# G 3l est donc tombé dans la souricièreO J &icH pensa "ue l'e*pression D dans la %ueule du loup J aurait mieu* convenu Son réfle*e fut de reculer Bien s+r, il n'alla pas loin 0 pres"ue aussitQt, la cloison l'arrêta -h, s'il avait pu passer au travers# Elle était malheureusement bien trop solide (ependant ?amon, sans l/cher ses prisonniers, appelait ses cousins 0 D $enez me donner un coup de main, vous autres# (es %osses sont coriaces, et maintenant "u'ils sont trois # J Arois hommes pour venir à bout de trois enfantsO $oilà "ui aurait d+ flatter l'amourCpropre des ,eunes ?enaud# )ais ils ne s'en souciaient %uère, dans la situation oN ils se trouvaient# (e "ui leur importait, c'était de connaPtre le sort "ue leur réservait l'adversaire 3ls ne tardèrent pas à être rensei%nés D )ettonsCles avec le %randCpère# J décida ?amon Luel"ues instants plus tard, après une résistance aussi acharnée "u'inutile, les enfants furent poussés de force dans le minuscule réduit .our ouvrir la porte, le plus /%é de leurs adversaires avait tiré une clef de sa poche =ne fois le trio enfermé, il fit tourner cette clef deu* fois dans la serrure, puis la retira D Et maintenant, filons# ordonnaCtCil 3l ne s'a%it pas d'être en retard# J

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=n piétinement, un bruit de porte "u'on ouvre, puis "u'on cla"ue !es Arois & se trouvaient maintenant prisonniers en compa%nie du vieu* forain, dans un espace à peine assez %rand pour y lo%er une personne 3l y eut d'abord un silence, "ue leur hQte rompit bientQt 0 D -lors, ils vous ont eusO Re suis désolé pour vous, et et ,'ai honte pour mes petitsCfils J !e vieillard se tenait debout sous la petite fenêtre et on distin%uait à peine sa silhouette menue D $ous pouvez faire de la lumière, a,outaCtCil, l'interrupteur est près de la porte J &icH l'actionna aussitQt, et une pièce au* dimensions e*i%u's apparut Elle comportait une étroite couchette, une chaise, un placard d'an%le !es "uatre personna%es debout occupaient pres"ue tout l'espace libre D &ous serions mieu* assis J, su%%éra &o'l !ui et ses cousins s'installèrent sur la couchette, tandis "ue (ésar occupait l'uni"ue chaise D Iui, ,'ai honte pour eu*, répéta le vieu* Et peur, aussi .eur "u'ils ne fassent "uel"ue bêtise G En tout cas, rien n'est de votre faute# affirma &o'l pour le rassurer G 3l ne faut pas nous laisser faire# s'écria &icH en tapant du poin% sur le lit d'un %este ra%eur G Au en as de bonnes, toi# riposta sa sEur (omment sortir d'ici, alors "ue la porte est fermée à clefO

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G (ette clef, c'est la vQtreO interro%ea &o'l s'adressant au vieu* (ésarZ G Bien s+r# Elle était sur la porte, et ?amon s'en est emparé après m'avoir enfermé G 3l n'en e*iste pas d'autreO G Si, ma fille Vina possède un double de toutes les clefs de la roulotte )alheureusement elle emporte le trousseau "uand elle va au travail G 3l faudrait pouvoir entrer en contact avec elle J, conclut &icH Seulement voilà 0 pour cela il aurait fallu sortir donc posséder une clef In tournait en rond, décidément# D )ais ,'y son%e, a,outa le ,eune %arKon, peutCêtre "u'elle est D dans le coup J, elle aussiO J !e vieillard secoua éner%i"uement la tête D S+rement pas 0 Vina est une femme raisonnable et travailleuse, "ui ne se lancerait pas dans des histoires louches Re vous l'ai dit 0 c'est ?amon "ui a tout combiné Et les plus ,eunes l'ont suivi, malheureusement >'ailleurs, "uand vous verrez ma fille, vous comprendrez J Lue voulaitCil direO !es Arois & ne se posèrent pas lon%temps la "uestion 0 ils réfléchissaient Sortir de la pièceO (ela supposait une issue Ir, il n'y en avait "ue deu* 0 la porte, et la fenêtre !a porteO &icH s'était dé,à assuré "u'elle était solide, ainsi "ue la serrure "ui la condamnait

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?estait la fenêtre 0 trop petite, évidemment >u moins pour "u'il p+t y passer, lui &o'lO )ême conclusion )ais &athalieO D Evidemment, pensa le ,eune %arKon, ,e me mo"ue souvent d'elle en la traitant de D %rosse fille J )ais l'estCelle vraimentO Re crois "ue non =n peu ronde seulement, et ,oufflue J Bien s+r, il devrait faire amende honorable devant sa sEur )ais tant pis# !a con"uête de la liberté valait bien une petite blessure d'amourCpropre# Ir, il n'eut même pas besoin d'en arriver là &o'l, "ui avait d+ faire le même raisonnement, s'adressait dé,à à sa cousine 0 D Si on t'aidait, ma petite &attie, ne pourraisCtu essayer de passer par la fenêtreO G )oi, passer par cette petite ouverture# s'e*clama la fillette ('est c'est impossible# G Sa vaut la peine de tenter le coup, insista &icH G Bon, ,e veu* bien, acceptaCtCelle sans enthousiasme )ais en admettant "ue ,e réussisse à sortir, "u'estCce "ue ,e feraiO G ('est très simple 0 tu iras trouver la fille de ) Aruchet G IN KaO G Re vais vous e*pli"uer, intervint le père (ésar Elle tient une loterie, et sa bara"ue est située dans la deu*ième allée à partir d'ici $ous ne pouvez pas vous tromper 0 c'est la seule dans

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ce coin, et elle se trouve entre une bouti"ue de confiserie et un stand de tir G Et "u'estCce "ue ,e lui dirai, à votre filleO G Eh bien euh ne racontez pas toute l'histoire >itesClui seulement "ue ,e suis enfermé dans ma chambre et "u'il faut "u'elle vienne m'ouvrir G Si elle te demande comment tu l'as su, intervint &o'l, e*pli"ue "ue tu as entendu ) (ésar crier par la fenêtre et "ue tu t'es char%ée de la commission G Bon, bon# J mau%réa &athalie pas du tout ravie d'avoir à débiter ces demiCmenson%es >'ailleurs rien n'était encore %a%né, la fenêtre restait à franchir (e ne fut pas une mince beso%ne# !es deu* %arKons durent hisser &athalie, les pieds diri%és vers l'ouverture !es ,ambes passèrent ensuite, puis le corps, et enfin le plus difficile 0 les épaules )ais, à force de contorsions, elles furent enfin dé%a%ées BientQt &athalie se trouva suspendue par les mains au rebord e*térieur =n dernier saut, et elle atterrit sur le sol de la ruelle, con%estionnée, r/pée, é%rati%née, mais intacte !e temps de reprendre ses esprits, et la messa%ère partit comme une flèche en direction de la zone éclairée oN la foire battait son plein Libre !. Iui, mais pour le moment, seule des Arois & à l'être#

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CHAPITRE Na#)alie !(rai e se fiant au* e*plications de (ésar, trouva sans trop de peine la bara"ue oN )me Vina e*erKait son activité In y remar"uait tout d'abord une %rande roue couverte de chiffres Sur son pourtour, des chevilles faisaient saillie =ne femme lanKait la roue, et, "uand celleCci s'arrêtait, annonKait tout haut le numéro %a%nant et le lot correspondant
!- @=V3A3$E,

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Luelle femme# &athalie en resta D soufflée J .res"ue obèse, avec une voi* tonitruante, la fille du vieu* forain ne ressemblait %uère à son père# (eluiCci avait s+rement raison 0 %ênée par son poids, Vina ne devait pas être du %enre à foncer dans l'aventure# D $ivre à l'étroit dans une caravane doit lui poser de drQles de problèmes# J pensa la fillette En tout cas, )me Vina avait un bon %ros visa%e à l'e*pression bienveillante, et elle sourit à l'arrivante "uand celleCci essaya d'attirer son attention D $ous voulez me parlerO ?e,oi%nezCmoi par là# fitC elle en dési%nant une ouverture latérale G ('est au su,et de votre père J, commenKa &athalie une fois "u'elle se trouva à l'intérieur de la bara"ue !es épais sourcils se froncèrent D 3l ne lui est rien arrivé, au moinsO G &on, non ('est seulement J !àCdessus, la nouvelle venue débita son histoire de porte fermée à clef, avec l'espoir "ue son auditrice ne la trouverait pas trop invraisemblable )ais la %rosse femme n'eut pas l'air de trouver la chose étran%e Elle paraissait seulement ennuyée 3l était facile de comprendre "u'elle cherchait comment concilier deu* obli%ations 0 secourir son père, et s'occuper de sa loterie Soudain elle posa les yeu* sur &athalie, et son re%ard s'éclaira

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D Ecoutez, mon petit, ,e veu* bien aller làCbas, niais pendant ce temps vous me remplacerez G Moi! J &athalie avait pres"ue crié, tant sa stupéfaction était %rande Elle ne s'attendait pas à Ka# D Re ,e n'en suis pas capable# ob,ectaCtCelle $ous devriez plutQt me prêter vos clefs, et ,'irai délivrer ) (ésar# J !e visa%e de Vina se renfro%na D )es clefsO Re ne m'en sépare ,amais# J réponditC elle Elle avait sans doute raison 0 on ne confie pas ses clefs à "uel"u'un "u'on ne connaPt pas En revanche, la fille du vieu* forain trouvait naturel "u'une enfant de neuf ans fasse marcher la loterie à sa place# D $ous verrez, c'est très facile 0 ,e vais tout vous e*pli"uer J -llons# .uis"ue la délivrance de &icH et de &o'l était à ce pri*, &athalie se ferait un devoir de devenir %érante de loterie provisoirement, bien s+r# >'ailleurs, la %rosse femme avait dit vrai 0 un simple ,eu d'enfant# Et bientQt, tandis "ue Vina s'éloi%nait aussi vite "u'elle pouvait sur ses %rosses ,ambes, &athalie, d'une voi* d'abord timide, se mit à lancer 0 D )esdames, messieurs, faites vos ,eu*# J .eu à peu, d'ailleurs, elle prit de l'assurance Et, au bout d'un moment, elle finit par s'amuser franchement# !a faKon d'opérer était tou,ours la

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même 0 les clients achetaient des ,etons et les posaient sur la ban"ue oN étaient peints les mêmes numéros "ue sur la roue Luand celleCci, lancée aussi fort "ue possible, finissait par s'arrêter, une lame souple restait coincée entre deu* chevilles &athalie pouvait ainsi lire à la fois le numéro %a%nant et le lot "ui récompensait les ,oueurs chanceu* -lors elle se mettait à distribuer dès Hilos de sucre, de petits ours en peluche, des pa"uets de biscuits, ou même des D seau* %arnis J )ais elle n'oubliait pas pour autant son frère et son cousin, captifs dans la roulotte Lu'allait dire Vina, en les trouvant auprès de son pèreO >'ailleurs, elle tardait bien, Vina# .our"uoiO !'in"uiétude commenKait à ron%er sa remplaKante .eutC être avaitCelle rencontré ?amon et ses complices, "ui l'avaient détournée de son pro,etO .eutCêtre .our finir, &athalie ne s'amusa plus du tout .endant "ue tournait la D roue de la chance J, elle ,etait des re%ards in"uiets auCdelà de la ran%ée des clients 3l lui semblait "u'un temps interminable s'était écoulé depuis le départ de la foraine Enfin elle l'aperKut, énorme silhouette ,ouant des coudes pour fendre la foule Elle re,oi%nit &athalie, "ui demanda aussitQt 0 D -lors, vous avez pu ouvrir la porteO G Bien s+r, mais plus ,'y réfléchis, plus ,e trouve "ue c'est une drQle d'histoire 0 cette clef

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disparue, ces %amins enfermés avec mon père J Elle répéta D ces %amins J et fi*a bizarrement &athalie "ui, %ênée, se h/ta de prendre con%é Elle ne tenait pas à donner de plus amples e*plications# D Re file -u revoir, madame Vina G -u revoir, mon petit Et merci pour votre aide#J &athalie était dé,à loin "ue, pour la dernière fois, la voi* sonore attei%nit ses oreilles 0 D !a roue de la chance, mesdames et messieurs @aites vos ,eu*# J .uis &athalie oublia )me Vina et sa loterie pour ne plus penser "u'au* deu* %arKons "ui, làCbas, devaient l'attendre 0 libres, eu* aussi# Effectivement, elle les trouva à l'entrée de la roulotte >é,à &icH piaffait d'impatience D Au en as mis, du temps# G .as moi, mais )me Vina Elle ne court pas très vite G In s'en doute# G Bravo, tu t'en es très bien tirée# J la félicita &o'l &athalie voulut raconter son e*périence de commerKante foraine, mais son frère l'arrêta dès les premiers mots D SaisCtu "u'il est pres"ue neuf heuresO G E*actement neuf heures moins douze, précisa &o'l en consultant sa montre G Iui, et alorsO

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G -lors, dit &icH, nous avons douze minutes pour aller chercher nos vélos et filer au* D LuatreC(hemins J G .arce "ue parce "ue nous y allonsO balbutia la fillette G )ais naturellement# J &o'l, entraPnant sa cousine dont il avait pris la main, e*pli"ua tout en marchant 0 D $oisCtu, &attie, le vieu* (ésar est très in"uiet au su,et de ce "ue D mi,otent J ses petitsCfils 3l est persuadé "u'il s'a%it d'une bêtise Et nous, par amitié pour lui, nous voulons essayer de les en empêcher G )ais c'est dan%ereu* # tenta de protester

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&athalie 3l fait nuit, et puis et puis nous allons peutCêtre retrouver le serpent pythonO G Sa se pourrait, admit &icH )aintenant, si tu as trop peur, ne nous accompa%ne pas &ous pouvons te déposer à la maison et G Ramais# s'écria la fillette dans un sursaut d'héro\sme !es D & J vont tou,ours par trois# J -près tout, elle avait tort de se faire une monta%ne de cette aventure# ('est sans trop de peine "u'elle était devenue %érante d'une loterie .our"uoi pas dompteuse de serpents pythonsO Se sentant de nouveau tous les coura%es, &athalie suivit les deu* %arKons !e trio, une fois la ran%ée de caravanes franchie, traversa la rue pour %a%ner l'endroit oN les vélos étaient ran%és -u moment oN chacun enfourchait le sien, &o'l consulta de nouveau sa montre 0 elle mar"uait neuf heures moins di* D >i* minutes pour faire "uatre Hilomètres 0 il ne va pas falloir lambiner# J remar"uaCtCil !ambinerO -ucun des Arois & n'en avait envie !a fraPcheur de cette nuit de printemps les incitait d'ailleurs à pédaler vite pour se réchauffer )ais ce ne fut "u'une fois hors de la ville, sur une avenue pres"ue rectili%ne, "u'ils purent donner toute leur mesure >es réverbères, de loin en loin, dispensaient une lumière ,aune "ui faisait paraPtre les teints blafards En bordure de la route, les immeubles avaient fait place à des villas, "ui à leur tour se raréfièrent >e plus en plus

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apparaissaient des étendues obscures "ui devaient être des champs !es Arois &, pas très à l'aise, fi*aient obstinément le petit cQne lumineu* "ue leurs phares pro,etaient devant eu* sur le sol 3ls croisèrent "uel"ues voitures, "uel"ues autres les doublèrent 0 à cha"ue fois, ils serraient le plus possible les basCcQtés pour essayer d'échapper au* re%ards En effet, les forains devaient suivre la même route )ais sans doute étaientCils dé,à passésO !'heure du rendezCvous approchait Soudain &icH, "ui tenait la tête du peloton, annonKa0 D Re crois "ue nous y sommes# J In apercevait un carrefour =n carrefour comme beaucoup d'autres, oN deu* routes se rencontraient à an%le droit, ce "ui donnait "uatre

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directions )ais ici, le point de croiséeC s'élar%issait en une place à peu près circulaire, bien éclairée par de %ros lampadaires placés à l'entrée des "uatre chemins =ne petite a%%lomération s'était %roupée autour de cette place 0 un immeuble, "uel"ues villas et],uste à l'an%le, cQté Brunières, un café "ue précédait une cour plantée d'arbres !e trio venait de déboucher sur la place lors"ue &icH, tou,ours chef de file, s'arrêta brus"uement !es deu* autres l'imitèrent, non sans mal D ?e%ardez# J chuchota le ,eune %arKon, le doi%t tendu Sur une sorte de terrain va%ue, auCdelà du chemin de droite, deu* véhicules étaient arrêtés, tous feu* éteints 0 une camionnette et une voiture Et, près d'elles, "uatre silhouettes s'a%itaient, paraissant se livrer à une mystérieuse occupation

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CHAPITRE -I .ila#ure S'-V3SS-3AC3! d'une rencontre entre les trois petitsC fils de (ésar et l'inconnu à "ui était destiné le cochon mar"ué D &abuchodonosor JO !es nouveau* venus n'en doutèrent pas une seconde )ais, sur le but de ce rendezCvous nocturne, ils n'avaient %uère d'idées pour l'instant >ans la relative clarté "ui bai%nait la place, leur silhouette devait être bien visible, elle aussi !a première chose à faire était de se cacher

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D ?ebroussons chemin# J ordonna &o'l à voi* basse Aenant leurs vélos et marchant à reculons, les enfants se retrouvèrent bientQt sur la route, à l'abri des re%ards .rovisoirement du moins (ar si l'adversaire re%a%nait la ville, il ne man"uerait pas de les voir 3l n'y avait le lon% de cette route ni fossés ni arbres D Entrons dans la cour du café, proposa &icH G Au crois "u'on peutO hésita &o'l G Et comment# !a sécurité d'abord, n'estCce pasO G Bien s+r# J approuva &athalie, "ui, dé,à, franchissait une ouverture percée dans une murette et posait sa bicyclette contre celleCci, à l'intérieur d'un espace clos !es %arKons la suivirent part la zone éclairée faisant face à la vitrine de l'établissement, cet enclos, planté de tilleuls, était très obscur !e trio respira plus à l'aise )ais les %arKons, et spécialement &icH, re%rettaient de ne pouvoir surveiller les a%issements des "uatre suspects D ('est du temps perdu# soupiraCtCil R'ai bien envie de me %lisser ,us"u'à la place et de m'approcher d'eu* sans être vu Seul, ,e m'en sens capable G .as "uestion# &ous patientons un moment tous ensemble# e*i%ea &o'l d'une voi* ferme G Bon, bon, si tu veu*# J En vue de cette attente, les Arois & s'accoudèrent à la murette,

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face à la route Luel"ues minutes s'écoulèrent 3l y eut des bruits de moteurs, mais il s'a%issait seulement de voitures passant sur la route, dans un sens ou dans l'autre ?ien du cQté de la place oN stationnaient les deu* véhicules Luand tout à coup D Ecoutez# J fit &athalie, le doi%t levé (ette fois, on percevait un bruit de voi* Et cela venait de droite, c'estCàCdire de la place !'instant d'après, trois hommes tournèrent l'an%le et se mirent à lon%er la murette !es %uetteurs eurent ,uste le temps de s'accroupir 0 dans ces trois hommes, ils avaient reconnu ?amon et ses cousins# !es ,eunes forains se rapprochaient )ieu*# ils pénétrèrent dans la cour du café, et se diri%èrent vers la vitrine éclairée en suivant une allée de ciment (e faisant, ils passèrent à "uel"ues mètres des enfants, tou,ours accroupis, et "ui n'en menaient pas lar%e )ais ils ne parurent pas les voir .ar contre, les Arois & ne se firent pas faute de les e*aminer, et surtout de les écouter ('est ainsi "u'ils saisirent "uel"ues bribes de leur conversation 0 D 3ci, disait ?amon, nous serons mieu* pour l'attendre G ('est bien à di* heures "u'il doit nous retrouverO demanda Ruan G Iu\, en principe )ais s'il n'est pas revenu à di* heures "uinze nous filons J - ce moment la porte du café, en s'ouvrant sous

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la poussée de (arlos, déclencha une sonnerie "ui couvrit les voi* .uis elle se referma sur les trois complices !es trois %arKons et la fillette avaient le champ libre0 ils sortirent du café, avec leurs vélos, pour contourner à nouveau l'an%le de la place ('est alors "u'ils aperKurent, en face d'eu*, l'automobile "ui reculait Ensuite elle s'en%a%ea dans le chemin de droite et disparut D Essayons de la suivre# J proposa &o'l Sans plus se cacher, les Arois & contournèrent la place, puis obli"uèrent dans la direction prise par la voiture, dont les feu* arrière leur apparurent au loin 3ls roulaient sans peine sur cette voie lar%e et bien éclairée, bordée de villas >u

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moins en futCil ainsi au début (ar, après "uel"ues centaines de mètres, le chemin se transformait en une route de campa%ne à demi obscure, cahoteuse et parfaitement déserte Luant au* feu* "ui %uidaient les poursuivants, ce n'étaient plus "ue deu* points rou%es à peine visibles D !e type va nous semer# J s'écria &icH (omme pour lui donner raison, les deu* petites lumières s'éclipsèrent brus"uement D (atastrophe# s'écria le ,eune %arKon G >e deu* choses l'une, déclara &o'l Iu bien le conducteur a éteint ses lumières, ou bien il a tourné J !e trio continua d'avancer, mais plus prudemment 0 il ne s'a%issait pas de tomber dans un piè%e "ue l'homme aurait pu tendre en se sachant suivi# BientQt, sur la %auche, leur apparut un mur Sans doute cernaitCil une propriétéO 3ls le suivirent, étonnés de le trouver si haut $ers le milieu, un portail l'interrompait 3l était d'une seule pièce et en fer Sur un des piliers "ui l'encadraient, les enfants purent déchiffrer, en %rosses lettres noires 0 D$3!!- !- B?I=SSE J D >rQle de nom# commenta &athalie G Et drQle d'endroit# appuya son frère -u moins, ces %ens ne crai%nent pas la solitude# G Re me demande commenKa &o'l (e type, tout seul J 3l n'acheva pas, mais ses cousins comprirent sa pensée 0 si l'automobiliste était animé de mauvaises

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intentions, comme l'heure et le lieu le faisaient supposer, pour"uoi a%issaitCil sans ses complicesO .eutC être n'étaitCil, après tout, "u'un promeneur nocturneO .eutCêtre aussi (e fut &icH "ui e*prima tout haut cette supposition 0 D Et si c'était tout simplement le propriétaire de La Brousse G .eu probable, réfuta &o'l >ans ce cas, il serait entré avec son auto par le portail Ir, il l'a dépassé J En tout cas, les Arois & n'arrivaient pas à croire cet homme inoffensif !a conduite des ,eunes forains était des plus suspectes Et il était de connivence avec eu* )ais, faute de preuves, il ne leur était pas permis d'intervenir, par e*emple en alertant le ou les occupants de la propriété Si l'individu "u'ils pistaient préparait vraiment un mauvais coup, ils devaient d'abord s'en assurer 3ls continuèrent à pédaler ,us"u'à l'endroit oN l'enceinte tournait à an%le droit &o'l mit pied à terre et fit si%ne au* deu* autres de l'imiter .uis il avanKa sur la pointe des pieds et %lissa un Eil auCdelà de l'arête du mur =ne prairie faisait suite au domaine, limitée par le deu*ième pan de mur -u pied de celuiCci, à vin%t mètres environ de la route, une automobile stationnait, tous feu* éteints Son conducteur en était descendu, et, du coffre %rand ouvert, sortait un ob,et Luel"ue chose comme une

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malle, ou une caisse !'homme la souleva péniblement, puis, ainsi char%é, contourna la voiture et disparut D In y vaO J proposa &icH "ui, s'étant penché lui aussi, n'avait rien perdu de la scène &o'l hésita une fraction de seconde D >'accord, ditCil enfin )ais cachons d'abord les vélos J (eu*Cci, "ui étaient restés appuyés au mur, furent dissimulés derrière des buissons, de l'autre cQté de la route -près "uoi les Arois & revinrent dans la prairie et lon%èrent la deu*ième face du domaine -rrivés près de l'automobile, ils virent "u'il s'a%issait d'une vieille $olHsFa%en de couleur %rise -uCdelà, il n'y avait "ue le pré obscur borné par la muraille rectili%ne .lus aucune trace de l'homme "ue suivait le trio D Envolé# J chuchota &icH !es trois enfants n'étaient pas rassurés Lui sait si le suspect n'était pas caché près de là, en train de les %uetterO .ourtant, il paraissait difficile de trouver une cachette dans ce terrain plat, oN la seule vé%étation était une herbe rase, sans arbre ni buisson !es Arois & continuèrent leur marche t/tonnante Aant "u'ils étaient restés près de la route, la lumière d'un réverbère lointain avait va%uement %uidé leurs pas 3ci, c'était l'obscurité pres"ue totale 3l y avait "uel"ues étoiles, mais pas de lune

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Brus"uement &icH, "ui ouvrait la marche, trébucha en poussant une e*clamation de surprise &o'l le retint par le bras D Lu'estCce "ui t'arriveO G R'ai heurté "uel"ue chose, là, par terre J (e D "uel"ue chose J était une caisse 0 celle "ue portait l'homme, assurément Iu plutQt une ca%e, car une des parois était %rilla%ée !a %rille avait d'ailleurs été soulevée, et l'ouverture ainsi prati"uée appli"uée contre le mur )ais ce n'était pas tout En écartant la ca%e, &o'l découvrit une sorte de tube "ui traversait de part en part la base du mur 0 c'était un caniveau pour l'écoulement des eau* -lors une idée terrible frappa les Arois &, "ui s'e*clamèrent en même temps 0 D !e serpent python# J

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CHAPITRE -II Sur le +ur !E .XABI&# répéta &o'l ('était bien lui "ui était dans la caisse 0 ,e l'avais deviné G )oi aussi, dit &icH )ais ce "ue ,e ne comprenais pas, c'est ce "u'on ferait de lui Eh bien, nous voilà fi*és Aous ces mystères autour de &abu, c'était pour en arriver là# J Et il dési%nait le caniveau &athalie, les yeu* écar"uillés, remar"ua 0 D =n trou ,uste à sa taille#

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G Iui, approuva &o'l Et Ka si%nifie "ue notre bonhomme connaPt bien cette propriété G )ais enfin, ce serpent introduit dans le parc d'une villa pour "uoi faireO G Re me le demande, répondit l'aPné du trio, l'air perple*e G (ertainement pas pour lui faire faire une promenade hy%iéni"ue# plaisanta &icH "ui pourtant n'avait pas le cEur à rire &ous sommes s+rs maintenant "ue ce type est animé de mauvaises intentions 0 nous devons prévenir les habitants de La Brousse. G 3mpossible# déclara son cousin G Et pour"uoi doncO G ?éfléchis un peu 0 si nous sonnons à la porte, "uel"u'un viendra nous ouvrir Et ce "uel"u'un G devra traverser le parc, et ris"uer de se trouver face à face avec le python, acheva &icH R'ai compris )ais on peut essayer de téléphonerO >epuis le café, par e*emple G -h, non# protesta la fillette Au oublies "ue ?amon et ses cousins s'y trouvent# G ('est vrai SuisC,e idiot# >'une autre maison, alorsO G 3nutile# trancha &o'l La Brousse ne doit pas avoir le téléphone 0 ,e n'ai vu aucun poteau, le lon% du chemin J &icH eut un sifflement admiratif

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D 3l n'y a "ue mon cher cousin pour se montrer aussi observateur# G >ans ce cas, su%%éra &athalie, il faut alerter la police J &o'l secoua la tête D (e serait beaucoup trop lon% 0 rappelezCvous "ue le type doit re,oindre ses complices à di* heures au café, et "u'alors tout sera terminé G 3l nous reste à a%ir tout seuls, conclut &icH )ais commentO J &o'l se mit à réfléchir et dit enfin 0 D (ommenKons par observer ce "ui va se passer à l'intérieur de la propriété G Et tu tu comptes y entrerO demanda &athalie avec in"uiétude G &on Re propose seulement de faire le %uet en %rimpant sur le mur G 3l est bien trop haut 0 nous n'y arriverons ,amais# G !e type y a réussi, pour"uoi pas nousO fit remar"uer &icH G -h# .arce "ue tu crois "u'il a franchi le mur, luiO demanda sa sEur G Evident# Sinon comment auraitCil disparuO G )ais alors le pythonO G 3l faut croire "u'il ne le craint pas J &athalie pensa "ue cette histoire était vraiment bizarre# Si l'homme était venu pour cambrioler, pour"uoi, avant de s'introduire dans la propriété,

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s'étaitCil fait précéder d'un serpent pythonO )ais elle cessa de se poser des "uestions, car son frère et son cousin l'entraPnaient à toute allure le lon% de la haute muraille, à la recherche d'une brèche, ou d'un talus, ou encore d'un arbre "ui leur permettrait d'en atteindre le faPte )ais, sur cette face au moins, le terrain était parfaitement plat, le mur lisse et sans faille D Re me demande comment le type a pu faire# %ro%na &icH G 3l avait d+ emporter une corde avec un crochet au bout J, répondit &o'l Bien s+r# 3l connaissait l'e*istence du mur, lui, et s'était prémuni en consé"uence )ais ses poursuivants n'avaient "ue leurs mains nues !e trio contourna bientQt le deu*ième an%le et conKut alors "uel"ue espoir (ertes, l'obstacle était encore là, tout aussi haut, tout aussi continu )ais les arrivants voyaient se dresser les silhouettes sombres de "uel"ues arbres Lue l'un d'eu* soit suffisamment proche, et les Arois & auraient leur chance Ir, ,ustement, un %rand frêne se dressait à "uel"ues mètres de la base du mur =n peu trop loin, à vrai dire =ne seule de ses branches surplombait l'obstacle Et encore très en dessous D 3mpossible# ,u%ea &o'l ('est beaucoup trop haut G .as s+r# riposta &icH Re vais "uand même tenter le coup J Et, d'un bond, il s'a%rippa à une branche basse

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et fit un rétablissement Ensuite il se hissa le lon% du tronc ,us"u'à la haute branche "u'il avait repérée !e plus difficile fut de la suivre sans perdre l'é"uilibre, ce "u'il fit en rampant .our finir il s'y accrocha des deu* mains et se laissa pendre Et alors, ce "u'il avait espéré se produisit 0 la branche souple s'incurva sous l'effet de son poids, de plus en plus au fur et à mesure "ue le ,eune %arKon approchait de l'e*trémité @inalement, ses pieds se trouvèrent à "uel"ues centimètres du sommet du mur 0 il n'eut "u'à s'y laisser choir doucement !a branche reprit sa position initiale D - vous deu*, maintenant, ditCil en se penchant vers les deu* ombres restées en bas &athalieO .as capable de faire comme moi, ,e supposeO T=n D hum# J embarrassé lui répondit U )ais toi, &o'lO G R'y arriverai, affirma son cousin G Bon -lors tu soulèves &athalie le plus possible, et ,e la tire ,us"u'à moi $uO J !'opération "ui consistait à hisser &athalie se déroula sans heurt Ensuite &o'l suivit le même chemin "ue son cousin, mais avec plus de lenteur et de prudence Enfin le trio se trouva réuni sur ce perchoir, et s'y installa du mieu* "u'il put ('estCàCdire "ue chacun s'assit en laissant pendre ses ,ambes à l'intérieur -lors les Arois & observèrent le domaine "ui s'étendait devant eu* (ertes, il faisait nuit, mais leurs yeu* habitués

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à l'obscurité distin%uaient, sinon les détails, du moins les formes ('est ainsi "ue la maison leur apparut, masse plus sombre "ue le reste -ucune fenêtre n'en était éclairée Aout autour un %rand ,ardin, pres"ue un parc, à la vé%étation si touffue "ue &icH put remar"uer 0 D !e nom de D brousse J a été bien choisi# J In n'y voyait ni platesCbandes ni allées bien tracées ?ien "ue des herbes, des broussailles, et aussi "uel"ues arbres se dressant Ka et là 3l est vrai "ue les %uetteurs n'avaient vue "ue sur l'arrière du domaine .eutCêtre présentaitCil un aspect plus D civilisé J cQté routeO D In dirait pres"ue "ue personne n'y vit, remar"ua &o'l (e ,ardin sauva%e, cette maison obscure G -lors, pour"uoi le pythonO J demanda &athalie (e fut son frère "ui répondit 0 D .our faire peur à "uel"u'un ce "ui prouve "ue ce D "uel"u'un J e*iste G >ans ce cas, il est dé,à couché, conclut &o'l G à moins "u'il ne se promène dans son ,ardin, sans se douter "u'il peut y faire une mauvaise rencontre J )ais ce ,ardin paraissait désert .as trace d'être humain, ni de serpent python &i d'ailleurs d'une bête "uelcon"ue, à poils, à plumes ou à écailles Lu'était devenu &abu, ainsi "ue l'homme "ui l'avait amené dans sa voitureO .ourtant, si les Arois & ne voyaient pas %randCchose depuis leur observatoire, ils entendaient Tou croyaient

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entendreU des bruits suspects 0 frQlements, cra"uements, murmure lé%er du vent dans les branches ('était très impressionnant 0 on avait le sentiment "ue D "uel"ue chose J allait se produire )ais, ce "ui se produisit, en fait, n'était pas ce à "uoi s'attendaient les trois enfants &athalie eut soudain la sensation très nette d'une présence, pas très loin du trio -lors elle se pencha, repencha si bien "u'elle perdit l'é"uilibre et tomba dans le ,ardin en poussant un cri, "ui s'étran%la aussitQt dans sa %or%e (ar, en se relevant, elle aperKut deu* yeu* ,aunes au* reflets phosphorescents "ui paraissaient la fi*er dans l'ombre

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CHAPITRE -III Pa #)ère e# &/#)( %arKons avaient assisté, impuissants, à la chute de leur compa%ne D Au t'es fait mal, &attieO J demanda &o'l d'une voi* étran%lée .oint de réponse Aoute droite, toute raide, &athalie, incapable de parler, se contenta d'un %este 0 elle montra du doi%t les broussailles oN se tenait tapie la D Bête J dont les yeu* continuaient
!ES >E=;

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à l'observer >u moins le croyaitCelle .eu à peu, d'ailleurs, elle put discerner les contours de l'animal ('était simple 0 il ressemblait à un énorme chat (ette constatation ne la rassura pas !es %arKons, de leur cQté, avaient re%ardé dans la direction "ue leur indi"uait &athalie &o'l crut défaillir "uand il comprit de "uoi il s'a%issait D =ne panthère# s'e*clamaCtCil G Luoi# =ne panthère en liberté dans ce ,ardinO 3l faut faire "uel"ue chose, vite# J s'affola &icH (omme son cousin, il connaissait la réputation de férocité de ce félin au corps souple et musclé, "ui poursuit sa proie ,us"ue dans les arbres =n coup de ses %riffes acérées, et &athalie Ih# non, non# &e pas y penser, mais a%ir# D &attie, viens ici, tout près du mur# ordonnaC tCil d'une voi* pressante AendsCmoi les deu* mains plus haut, plus haut# J &athalie s'était enfin départie de son attitude fi%ée pour obéir à son frère )ais elle avait beau se dresser sur la pointe des pieds, lever les bras en s'étirant, elle était bien trop petite pour atteindre la main secourable de &icH &o'l, de son cQté, assurait l'é"uilibre de son cousin en le tenant par la ceinture .eine perdue# .our sauver &athalie, il fallait trouver autre chose &o'l, "ui observait an*ieusement la panthère, eut soudain l'impression "u'elle se ramassait pour bondir Sur "uiO !a réponse

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lui parut évidente -lors il n'hésita plus 0 se laissant %lisser le lon% du mur, il atterrit à son tour dans le ,ardin D )ais mais "u'estCce "ue tu faisO J s'alarma &icH Sans répondre, &o'l se tourna vers &athalie D &e t'in"uiète pas, lui ditCil d'un ton rassurant .ose ton pied sur mes mains Re vais te hisser, comme tout à l'heure G )ais toiO G Re m'arran%erai >épêche# J &athalie, la mort dans l'/me, se h/ta d'obéir En un clin d'Eil, soulevée par l'un, tirée par l'autre, elle se retrouva au faPte du mur Soula%ée d'avoir échappé auC dan%er, mais an%oissée en pensant "ue son cousin y était e*posé à son tour, par sa faute à elle Luant à &icH, il n'en revenait pas &o'l, d'ordinaire lent à l'action, venait de le devancer# (ar il avait eu la même idée en même temps, mais ne l'avait pas mise à e*écution assez tQt )aintenant, il s'a%issait de tirer d'affaire l'aPné du trio $u sa %rande taille, ce serait peutCêtre plus facile à condition "ue la panthère ne vienne pas s'en mêler# !a panthère &o'l pouvait mieu* l'observer, maintenant "u'il était au même niveau "u'elle (in" ou si* mètres tout au plus le séparaient de la bête fauve .our se rassurer, il essaya de se remémorer "uel"ues bribes d'un article "u'il avait

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parcouru récemment et "ui traitait des félins 0 D !a panthère s'atta"ue rarement à l'homme J .ourtant, celleCci paraissait à l'aff+t - l'aff+t de "uiO D .eutCêtre pas de moiO J se ditCil avec espoir ('est alors "ue le ,eune %arKon, "ui avait réussi à dominer partiellement sa frayeur, osa re%arder l'animal en face 3l fut aussitQt convaincu d'une chose 0 les yeu* ,aunes n'étaient pas posés sur lui, mais re%ardaient dans une autre direction En suivant ce re%ard, il vit une espèce de %ros tuyau tacheté, enroulé sur luiCmême - son e*trémité dressée on devinait une tête ovale oN luisaient deu* yeu* obli"ues Et 'ces yeu* fi*aient obstinément la panthère 3ls appartenaient à &abuchodonosor, le serpent python 3l n'y avait pas à s'y tromper 0 c'étaient deu* ennemis "ui se faisaient face Et cette constatation rassura un peu &o'l sur son propre sort Iccupés à se défier mutuellement, la panthère et le python ne dai%naient pas prêter attention à ce spécimen de la race humaine "ue le hasard avait amené dans leur voisina%e Aant mieu*# !e premier soin du ,eune %arKon fut de rassurer ses cousins, "ui, du haut du mur, terrorisés, le hélaient à "ui mieu* mieu*, sans oser cependant élever trop la voi* D Re t'en prie, &o'l, re,oinsCnous vite# priait &athalie G AendsCmoi une de tes mains, et l'autre à

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&athalie, proposait &icH ('est bien le diable si à nous deu* G .as d'affolement# répondit la voi*, étonnamment calme, de &o'l , .our l'instant, rien à craindre 0 ,'ai trouvé un allié# &abu est là J -uCdessus de lui, des e*clamations de surprise fusèrent D !e python, un alliéO .as possible# s'ébahit &athalie G -dmettons, fit &icH peu convaincu &'empêche "ue tu ferais mieu* de %rimper# G >'accord )ais laisseCmoi mettre toutes les chances de mon cQté 3l est inutile "ue l'un de nous tombe pour "ue, moi, ,e puisse monter# J

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&athalie éclata d'un rire nerveu*, "ui e*primait son soula%ement =n soula%ement temporaire, à vrai dire Aant "ue son cousin demeurait dans ce ,ardin plein de piè%es, tout pouvait arriver &o'l "uitta en h/te le voisina%e de la panthère et du python, fi%és dans un face à face menaKant, et rebroussa chemin en direction de la prairie Luel"ues mètres plus loin, il trouva ce "u'il cherchait 0 une vieille cabane au* trois "uarts effondrée, sans doute une ancienne resserre pour instruments de ,ardina%e -vec des %estes fébriles il fouilla parmi les débris, et choisit la planche la plus lon%ue et la plus solide "u'il put trouver -ussitQt, elle se transforma en plan incliné, une e*trémité plantée dans le sol, l'autre posée contre le mur, plus "u'à miC hauteur de celuiCci 3l n'eut "u'à %rimper le lon% de ce tremplin improvisé pour, une fois au bout, atteindre l'étroite plateforme par un simple rétablissement 3mmédiatement après il donna un coup de pied dans la planche pour la renvoyer à plat sur l'herbe D 3nutile de donner des idées d'évasion à la panthèreJ, l/chaCtCil en %uise d'e*plication >e nouveau, les Arois & se trouvaient réunis -vec "uelle ,oie# !es dan%ers au*"uels venaient d'échapper deu* d'entre eu* rendaient pres"ue confortable à leurs yeu* ce perchoir oN, pourtant, ils ris"uaient à cha"ue instant de perdre l'é"uilibre &athalie en avait donné la preuve#

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)ais leur mission était loin d'être accomplie D )aintenant, "u'estCce "u'on faitO demanda &icH G Re vais tenter "uel"ue chose, répondit &o'l $ous deu*, descendez du mur, cQté prairie G Luoi# -près tout le mal "u'on s'est donné pour y %rimperO protesta son cousin G )ais moi, ,e reste J &icH se croisa les bras D .our"uoi toi, et pas nousO R'e*i%e une e*plication G .as le temps# fit &o'l en secouant là tête @aisC moi confiance, tu comprendras bientQt G )oi, ,'ai dé,à confiance J, affirma &athalie Et, pour le prouver, elle s'assit sur le bord du mur et se laissa tomber à l'e*térieur !'herbe drue amortit sa chute &icH la suivit en ronchonnant !e frère et la sEur attendirent pour se mettre en mouvement, "ue &o'l, resté en haut, donne l'e*emple Ir, il ne bou%eait pas .ar contre, il se mit à fouiller ses poches et tira de l'une d'elles une sorte de b/tonnet "u'il porta à ses lèvres =ne note prolon%ée s'éleva dans la nuit !e pipeau du vieu* (ésar# D Luoi# ('est Ka ton idéeO s'e*clama &icH ahuri -ttirer le python en lui ,ouant de la musi"ueOJ 3l avait deviné ,uste Son cousin, ayant retenu la mélodie, la ,ouait encore et encore, et le son %rêle de l'instrument résonnait étran%ement dans le silence nocturne =ne "uestion se posait 0 le serpent obéiraitCil à un autre "ue son maPtre au point de le suivreO

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>'abord il resta immobile, mais cessa de fi*er la panthère pour tourner sa tête plate vers l'endroit d'oN venait le son .uis il commenKa à balancer le haut de son corps en mesure, comme il l'avait fait avec le vieu* forain Enfin, avec ma,esté, il déroula ses anneau* et se mit à %lisser silencieusement dans l'herbe Luand il fut au niveau de &o'l, celuiCci avanKa lentement -u ras du sol, le serpent suivit Et, de l'autre cQté du mur, &icH et &athalie "ui ne voyaient rien, mais comprenaient "ue D Ka marchait J, se mirent en mouvement (ette espèce de procession parut interminable à &o'l >4une part, il devait prendre %arde à conserver son é"uilibre précaire, tout en surveillant d'un Eil le serpent python >'autre part, il lui fallait é%rener sans interruption cette ritournelle monotone "ui finissait par l'a%acer )ais, petit à petit, la distance diminuait et &abu suivait tou,ours >'abord ce fut l'an%le du mur, puis le dernier parcours sur le tronKon perpendiculaire à la route &icH, "ui avait compris le but de l'opération, arriva au caniveau bon premier !a ca%e, béante, était tou,ours là -idé de sa sEur, il la tint étroitement appli"uée contre l'orifice au bas du mur &o'l, arrivé à leur niveau, sauta dans la prairie sans cesser de ,ouer Ensuite, au son de la musi"ue, le trio attendit

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(e ne fut pas lon% 0 le corps cylindri"ue se %lissa par le trou In pouvait percevoir le bruit de ses écailles frottant le ciment .uis plus rien 0 lové dans la ca%e, &abu était à la merci des trois enfants 3l y eut un bruit sec 0 celui "ue faisait la %rille en retombant sous la poussée de &icH !e serpent python était à nouveau captif# Luant à la panthère, dès le départ de son adversaire, elle avait disparu dans les broussailles#

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CHAPITRE -I% U e au#re 'age D Beau résultat# applaudit &icH !e vieu* (ésar serait content )ais ,e ne me char%e pas de lui rapporter le colis# Lu'estCce "u'on en faitO G .lan"uonsCle "uel"ue part, su%%éra &o'l Aiens# .our"uoi pas près des vélosO G Bonne idée# J !es deu* %arKons saisirent la caisse par les an%les Elle était fort lourde (omme, de plus, il leur fallait avancer D en crabe J, l'opération n'alla pas sans mal )ais enfin, moyennant de

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nombreuses pauses, ils parvinrent ,us"u'à la route .eu après, avec un D ouf# J de soula%ement, ils déposaient leur fardeau de l'autre cQté, près des bicyclettes Bien entendu, ils avaient pu noter au passa%e "ue la $olHsFa%en était tou,ours là 0 donc son propriétaire devait encore se trouver à l'intérieur de la propriété (ette constatation en amena une autre, et ce fut &athalie "ui l'e*prima 0 D >itesCdonc, le type va se faire dévorer par la panthère# J Elle paraissait consternée (et homme était peutC être un voleur, mais de là à lui souhaiter un sort aussi affreu* certes, non# !a ca%e posée, &o'l reprit son souffle pour remar"uer 0 D Elle ne t'a pas dévorée, toi, et moi pas davanta%e#J Et, répétant pour ses cousins la phrase "ui avait contribué à le rassurer luiCmême, il déclara 0 D !a panthère s'atta"ue rarement à l'homme G .as plus "ue le python, ,e crois, a,outa &icH >u moins si on ne Clui cherche pas de crosses G E*act .ar contre, c'est un ennemi de la panthère 3l arrive même "u'il l'étouffé et la man%e G )ais elle est plus %rosse "ue lui# s'étonna la fillette G Au arrives bien à man%er un bEuf, toi enfin, sous forme de biftecHs# J plaisanta son frère

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3l se fit soudain sérieu* pour remar"uer 0 D Ih, oh# Re crois "ue ,e commence à comprendre# G (omprendre "uoiO demanda &athalie G Eh bien, le rQle de &abu dans cette affaire# J &o'l sourit D (e n'est pas trop tQt# )oi, c'est la vue de ces deu* bestioles face à face dans le ,ardin "ui a éclairé ma lanterne faKon de parler# G )ais toi, tu es le petit %énie de la famille J, rétor"ua &icH, l'air ve*é &athalie tapa du pied D Et si vous m'e*pli"uiez, au lieu de tourner autour du potO G Aiens# R'ai trouvé plus bête "ue moi# triompha son frère G -llons, ne recommence pas# fit &o'l &attie a raison 0 nous perdons du temps $enez, nous parlerons tout en marchant G IN allonsCnousO G Ruste en face 0 suivezCmoi J Sans hésiter, il retraversa la route et se diri%ea vers le portail de la villa En même temps il e*pli"uait 0 D !'homme à la $olHsFa%en est certainement un cambrioleur, "ui a décidé de s'introduire dans la propriété pour y voler ,e ne sais "uoi )ais lui le sait 0 il est évident "u'il est dé,à venu ici =n détail est é%alement connu de lui 0 l'e*istence

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de la panthère -vec ce fauve en liberté, impossible pour lui de traverser le ,ardin -lors il a l'idée G du python, poursuivit &icH Seul ce serpent est capable de D neutraliser J une panthère Ir, dans un espace aussi peu étendu "ue le parc de La Brousse, il y a toutes les chances pour "ue la rencontre ait lieu entre les deu* adversaires -lors ce malin personna%e loue les services de &abu, en s'adressant non pas à (ésar, mais à ses petitsCfils G E*act 3l doit les connaPtre, eu* aussi Et sans doute leur prometCil une forte récompense, si l'opération réussit G .our"uoi, demanda &athalie, n'aCtCil pas emmené plutQt BalthazarO 3l est plus ,eune et plus vi%oureu* "ue &abu# G &'oublie pas "ue Balthazar ,oue les vedettes à la foire, et "ue son absence aurait été remar"uée .ar contre, &abu est à la retraite 0 ?amon et ses cousins espéraient sans doute l'escamoter sans attirer l'attention )alheureusement pour eu*, le vieu* (ésar les a déran%és G puis les Arois & sont arrivés es es, chantonna &icH G et y ont fourré leur nez ez ez J, poursuivit &athalie sur le même ton Aout en discutant, le trio était arrivé face au %rand portail de fer à l'aspect rébarbatif &o'l repéra, sur un des piliers, une poi%née actionnant sans doute une

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sonnette ?ésolument, il la saisit et s'apprêta à tirer dessus D &e fais pas Ka# l'arrêta son cousin Au vas donner l'alerte au voleur# G ('est vrai, répondit l'aPné sans se départir de son calme )ais si cet homme a des oreilles, il en est de même, ,'espère, de l'occupant des lieu* G -utrement dit, tu veu* le faire venirO G .arfaitement G Re te répète "ue le voleur entendra, et prendra la fuite# G Au oublies la panthère# J (ette fois, &icH cessa dé protester 0 il siffla, e*primant ainsi, une fois de plus, son admiration pour la perspicacité de son cousin (eluiCci en profita pour tirer sur la poi%née aussi fort "u'il put, et à plusieurs reprises 3l en résulta un vacarme "ui parut énorme, dans le silence environnant En fait, le %este de &o'l avait actionné une cloche !e bruit du battant frappant le métal devait s'entendre de loin, bien davanta%e "ue le tintement d'une sonnette -ussi, une fois le silence revenu, le trio attenditCil avec espoir le résultat de cette manEuvre Luel"ues minutes s'écoulèrent Et bientQt, l'ou\e ai%uisée des trois %uetteurs leur fit percevoir le crissement d'un pas écrasant du %ravier 0 cela venait de l'intérieur de la propriété .uis, brus"uement, un %uichet encastré dans le panneau de fer s'ouvrit, démas"uant une ouverture

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rectan%ulaire =ne tête d'homme s'y encadra - la lueur de la lampe de poche "ue portait l'arrivant, les enfants purent le détailler Son visa%e éner%i"ue, à la m/choire carrée, avait la teinte du vieu* cuir Ses cheveu*, ses sourcils, ses moustaches, raides et drus, étaient entièrement blancs En apercevant les enfants, il eut un hautCleCcorps et son e*pression devint furibonde D Luoi# aboyaCtCil ('est vous, petits chenapans, "ui osez troubler le sommeil des honnêtes %ensO @aitesCmoi le plaisir de dé%uerpir, et plus vite "ue Ka# J En même temps il bra"uait en plein sur les trois visa%es le faisceau de sa lampe -veu%lés, médusés, les Arois & ne pouvaient articuler un son Et, bien s+r, ils ne bou%èrent pas d'un pouce (ette attitude parut étonner l'habitant de la villa 0 d'ordinaire, ceu* "ui vont sonner au* portes par plaisanterie n'attendent pas "ue leur victime vienne les apostropher# D (urieu*, Ka# marmonna l'homme Lu'estCce "ue vous faites ici, à cette heureO J &o'l retrouva enfin l'usa%e de la parole D Si nous vous avons réveillé, monsieur, c'est "u'il se passe des choses %raves &ous croyons savoir "u'un cambrioleur s4est introduit chez vous G (hez moiO 3mpossible# .énélope ne l'aurait ,pas laissé entrer G .énélope, c'est votre panthèreO demanda &icH

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G Iui (omment savezCvous "ue ,'en possède uneO G &ous l'avons vue de près, intervint &athalie, frissonnant à ce souvenir Et si elle n'a pas empêché le cambrioleur de pénétrer chez vous, c'est à cause de &abu G &abuO répéta, l'air ahuri, le propriétaire de La Brousse. G Iui &abuchodonosor, le serpent python J ('en était trop pour son interlocuteur, dont la patience ne semblait pas être la vertu principale « &on mais, vous vous mo"uez de moiO criaCtCil avec colère Lu'estCce "ue c'est "ue cette histoire de serpentO >'ailleurs, ,e suis bien bête d'écouter vos sornettes -dieu# J 3l fit mine de fermer le %uichet, mais &o'l l'arrêta « Re vous en prie, monsieur, croyezCnous# 3l ne s'a%it pas de sornettes 0 tout est vrai J >e nouveau, l'interpellé reprit son san%Cfroid « Bon -dmettons )ais comme ,e ne comprends rien à ce "ue vous me racontez, ,e vais vous faire entrer chez moi, oN nous causerons tran"uillement -uparavant, permettez "ue ,'enferme .énélope G Surtout pas# J s'écria &o'l Et il a,outa d'une voi* pressante 0 « 3l faut "ue vous alliez tout de suite voir ce "ui se passe dans votre maison !es e*plications viendront après

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G ('est bon, ,'y vais )ais vous, préférezCvous m'attendre ici, ou venir avec moiO G $enir avec vous, bien s+r J, répondit vivement &icH, "ui voulait tou,ours D en êtreJ &athalie fit une %rimace Entrer dans la propriété, cela si%nifiait une nouvelle rencontre avec la panthère 3l est vrai "ue son maPtre y serait é%alement, et saurait l'empêcher de s'atta"uer au* visiteurs )ais saitCon ,amaisO &éanmoins la fillette ne protesta pas, de peur d'être traitée de D froussarde J (ependant le propriétaire des lieu* entrouvrait le portail pour faire entrer les enfants (eu*Cci purent constater "ue leur hQte était vêtu d'une robe de chambre, d'oN dépassaient les ,ambes d'un py,ama rayé 0 le bruit de la cloche l'avait bel et bien tiré du lit# ^ sa suite, les Arois & lon%èrent une allée de %ravier séparant des carrés de terre, dans les"uels on devinait des plantations 0 de ce cQté, le ,ardin était donc cultivé =ne maison apparut 0 faKade claire, volets sombres, escalier latéral conduisant à une terrasse Rus"u'ici, rien d'anormal .as de trace d'être vivant .uis, soudain, la panthère apparut dans le faisceau de la lampe de poche Bien "ue préparés à cette rencontre, les enfants sursautèrent )ais la bête fauve ne fit pas mine de voir les arrivants 0 elle se livrait à un étran%e manè%e !'air a%ité, elle déambulait le lon% de la face droite de l'habitation -près "uel"ues inertes elle se retournait brus"uement pour repartir en sens inverse, et ainsi de suite D Bizarre# commenta l'hQte des Arois & ('est ici, ,ustement, "ue se trouve sa ca%e 0 dans le renfoncement sous l'escalier .our"uoi resteCtCelle obstinément devantO J

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3l s'approcha et bra"ua sa lampe à l'endroit indi"ué 0 une sorte de niche apparut, fermée par de solides barreau* de fer dans les"uels s'encastrait une porte basse !es enfants et leur compa%non re%ardèrent à l'intérieur, et furent stupéfaits 0 un homme s'y trouvait enfermé#

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CHAPITRE -% U &a ier 0 "alade !E .!=S étonnant, c'était de voir en "uel"ue sorte les rQles renversés 0 l'homme en ca%e, et la bête en liberté, paraissant le surveiller pour éviter "u'il ne s'échappe In pouvait aisément deviner ce "ui s'était passé 0 le cambrioleur, se trouvant nez à nez avec la panthère, avait pris peur et cherché un refu%e $oyant la ca%e ouverte, il y était entré En somme, il s'était emprisonné luiCmême#

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)ais une "uestion se posait au* Arois & 0 avaitC t il eu le temps, ou non, de mettre ses desseins à e*écutionO !a réponse leur fat donnée pres"ue aussitQt 0 le maPtre de .énélope trébucha et man"ua tomber, ce "ui lui fit pousser une e*clamation de colère Son pied venait de heurter Yn %ros sac, "ui %isait par terre à l'entrée de la ca%e Luel est l'imbécile "ui a pu commenKaCtCil en reprenant son é"uilibre )ais "u'estCce "ue c'est "ue KaO J !es enfants s'approchèrent 0 ils virent leur hQte ouvrir le sac, "ui était bourré d'ob,ets, et en retirer successivement une défense d'éléphant sculptée, une statuette en ébène, un bracelet en cuivre C 3nutile de pousser plus loin l'e*amen 0 la preuve était faite "ue le visiteur nocturne était venu pour voler D $ous aviez raison, mes enfants, déclara le propriétaire des lieu* 3l y avait bel et bien un cambrioleur chez moi, et il a réussi à s'emparer de mes trésors rapportés d'-fri"ue Et "uand ,e dis D trésors J, ,e n'e*a%ère pas &on seulement ce sont pour moi de précieu* souvenirs, mais ils ont aussi une très %rande valeur marchande J 3l parut frappé d'une idée, D -u fait, comment cet individu connaissaitCil leur e*istenceO Re vois si peu de monde # J Brus"uement, il bra"ua sa lampe de poche sur

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le prisonnier "ui, sans doute pour échapper le plus possible au* re%ards, se tenait pelotonné dans un an%le obscur !e faisceau lumineu* éclaira en plein son visa%e -lors une e*clamation ,aillit 0 D .ar e*emple# ('est toi, )ano'lO Re comprends tout, maintenant# G $ous le connaissez doncO s'étonna &icH G Et comment# (et homme a été à mon service pendant si* mois .aresseu*, menteur, malhonnête, il ne m'a donné aucune satisfaction et ,'ai d+ le renvoyer Re suppose "u'il aura voulu se ven%er G =ne ven%eance "ui lui aurait rapporté %ros, remar"ua &o'l Aous ces ob,ets précieu* "u'il emportait # G Iui, bien s+r 0 il faisait d'une pierre deu* coups Et sa t/che était d'autant plus aisée "ue mes habitudes lui étaient connues En tant "ue vieu* broussard, ,'ai %ardé une certaine discipline de vie 0 coucher à vin%t et une heures, lever à cin" heures >e plus, ,'ai le sommeil dur (ela, tu le savais aussi, hein, vaurienO J (es dernières paroles étaient adressées au prisonnier, "ui, au lieu de répondre_ se tassa davanta%e dans son encoi%nure D 3l y a cependant une chose "ue ,e ne m'e*pli"ue pas, poursuivit le propriétaire de La Brousse. (e %arKon a un autre défaut 0 la l/cheté Luand .énélope était en ca%e, c'estCàCdire le ,our, il se faisait un plaisir de l'e*citer .ar e*emple, en

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la pi"uant avec un b/ton pointu ,us"u'à ce "u'elle devienne folle de ra%e )ais le soir, "uand ,e la l/chais comme ,'aurais fait d'un chien de %arde, elle lui inspirait une peur terrible >ans ces conditions, comment s'estCil ris"ué chez moi, la sachant en libertéO J &icH leva le doi%t et déclara d'un air important 0 D ('est ,ustement là "ue le serpent python intervient# J !e maPtre de .énélope se frappa le front D En effet, ,e m'en souviens 0 vous m'avez parlé d'un serpent )ais ,'avoue n'y avoir pas compris %randC chose Entrons dans la maison, voulezCvousO !à, vous me raconterez tout G Luoi# En laissant cet homme làCdedansO J s'étonna &o'l !'e*Cbroussard eut un %rand sourire D &e crai%nez rien 0 avec une pareille %ardienne, il ne cherchera pas à s'échapper &'estCce pas, .énélope, "ue tu resteras fidèle au posteO J !a panthère ne répondit pas G et pour cause G mais il suffisait de la re%arder pour comprendre "ue son maPtre avait raison Bien "ue restée à l'écart pendant cette conversation, elle n'avait pas cessé de surveiller le prisonnier, de son re%ard ,aune oN se lisait la férocité D Elle elle paraPt le détester# remar"ua &athalie d'une voi* tremblante G (e doit être terrible de l'avoir pour ennemie,

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a,outa &icH, é%alement impressionné )ais peutC on vraiment s'y fier, "uand on est son amiO J !e vieu* broussard répondit en souriant 0 D =ne panthère reste une panthère, même apprivoisée (elleCci, ,e l'ai nourrie au biberon alors "u'elle avait tout ,uste la taille d'un chat )ais ,e n'irais pas ,us"u'à mettre ma tête dans sa %ueule# J 3l char%ea le sac sur ses épaules et a,outa 0 D -ssez causé# !e reste, vous me le direz làChaut Iust, suivezCmoi# J !es Arois &, à la suite de leur %uide, %ravirent "uel"ues marches d'escalier -u moment d'ouvrir la porte de sa demeure, l'homme se tourna vers le trio D -u fait, nous n'avons pas fait connaissance# Re me présente 0 !ouis Vuillerme, ancien e*plorateur G Et nous 0 &o'l, &icolas et &athalie ?enaud J, dit à son tour l'aPné des enfants =ne triple et vi%oureuse poi%née de main scella cette nouvelle amitié Ensuite, sur les talons de leur hQte, les Arois & pénétrèrent dans un couloir carrelé !a deu*ième porte à %auche donnait accès à une vaste pièce ressemblant à un musée d'art africain )ais il y ré%nait un désordre effarant 0 vitrines béantes, meubles renversés, mas"ues, %risC%ris et trophées éparpillés sur le plancher D !e bandit# fulmina l'ancien e*plorateur, dont le teint était passé du bri"ue à l'écrevisse Aout

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ce %/chis # Et dire "ue ,e n'ai rien vu tout à l'heure, en allant vous ouvrir# G Luand même, le consola &o'l, vos plus belles pièces sont intactes, et vous les avez récupérées G ('est vrai, admit !ouis Vuillerme (ertainement %r/ce à vous J 33 parut faire un %ros effort sur luiCmême, et, enfin calmé, a,outa 0 D -lors, cette histoire de python, vous me la racontezO J &o'l prit la parole, et e*posa rapidement les %randes li%nes de l'affaire Son récit déclencha chez son auditeur une série d'e*clamations enthousiastes 0

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D Bravo, les enfants# >e vrais e*plorateurs en herbe# AopezClà, tous les trois J Suivit une nouvelle poi%née de main, plus vi%oureuse encore "ue la première -près "uoi le narrateur se h/ta de conclure 0 D )aintenant, monsieur, il faut faire "uel"ue chose Re pense "ue vous n'allez pas laisser cet homme en ca%e toute la nuitO Luant à nous, nous devons rentrer J =n re%ard discret à sa montre lui avait appris "u'il était pres"ue di* heures D Bon, boni approuva le maPtre de .énélope >onnezCmoi "uel"ues minutes 0 ,uste le temps de m'habiller, et ,e vous reconduis en voiture G 3mpossible 0 il ! a nos trois vélos commenKa &icH G et le python, a,outa sa sEur G -ucune importance 0 ,e possède une >od%e Elle nous a ramenés d'-fri"ue, .énélope et moi sans compter un énorme matériel J Sans laisser au* Arois & le temps de répondre, il tourna les talons et "uitta la pièce )oins de cin" minutes plus tard il était de retour, habillé pour sortir D En route, les enfants# J s'écriaCtCil avec entrain In sentait "ue cette affaire amusait l'ancien e*plorateur, et il n'y avait là rien d'étonnant )ême si sa villa s'appelait La Brousse, la vie

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devait y être plutQt monotone, pour un homme habitué au* aventures# !e %ara%e était situé au rezCdeCchaussée !ouis Vuillerme en fit sortir un véhicule brin"uebalant, mais dont l'arrière était suffisamment vaste pour contenir trois vélos, un serpent python, deu* %arKons D et même une %rosse fille J !a réfle*ion, bien s+r, était de &icH, mais sa sEur fit celle "ui n'entendait pas !e portail franchi et soi%neusement refermé, la voiture alla stopper près des buissons "ui dissimulaient les bicyclettes et le python dans sa ca%e !e fardeau "ui avait paru si lourd au* deu* %arKons fut soulevé comme une plume par l'ancien e*plorateur, et casé à l'arrière de la voiture .uis ce fut le tour des trois machines et des trois enfants -près "uoi ) Vuillerme démarra sur les chapeau* de roues Ballottés, secoués dans tous les sens, les Arois & avaient fort à faire pour conserver leur é"uilibre &athalie redoutait une chose parCdessus tout 0 être pro,etée contre la ca%e du serpent, cQté %rille &icH, à "ui aucune situation n'enlevait le sens de l'humour, remar"ua 0 D >ites donc, c'est )ano'l "ui a cambriolé, et c'est nous "ui sommes emmenés en panier à salade# J ) Vuillerme, "ui avait d'abord conduit sans rien dire, se tourna soudain vers ses passa%ers D $ous m'e*cuserez si ,e ne vous ramène pas

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directement chez vous -uparavant, ,e veu* m'arrêter pour téléphoner à la police G Et d'oN téléphonerezCvous, monsieurO demanda &o'l saisi d'un soupKon G >u café D -u rendezCvous des boulistes J 0 celui "ui est à l'an%le de la place Aenez, nous arrivons, ,ustement J - cet instant précis, le0 véhicule s'immobilisa dans un %rincement de freins !e conducteur et ses trois passa%ers en descendirent &o'l re%arda sa montre 0 elle mar"uait di* heures et treize minutes

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CHAPITRE -%I Re#(ur !ouis Vuillerme allait contourner l'an%le "uand les Arois & le rattrapèrent D )onsieur, monsieur, pria &icH &e pourriezCvous téléphoner d'un autre endroitO G Et pour"uoi doncO (e café ne vous plaPt pasO demanda le maPtre de .énélope sans ralentir son pas G ('est là "ue votre cambrioleur avait rendezCvous avec les trois forains G $ous me l'avez dé,à dit Et alorsO

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G -lors, ils doivent s'y trouver en ce moment, poursuivit &o'l 3ls étaient décidés à attendre leur complice ,us"u'à di* heures "uinze G Aant mieu* >ans ce cas, nous les verrons G )ais ,e n'ai pas du tout envie de les voir, moi# protesta &icH G )oi non plus# appuya sa sEur G )oi si# déclara l'ancien e*plorateur R'ai deu* mots à leur dire, à ces lascars 3ls méritent une bonne leKon, n'estCce pas votre avisO G Sans doute, mais commenKa &o'l G Re sais, poursuivit !ouis Vuillerme en souC, riant (e sont les petitsCfils du vieu* (ésar, et vous ne voulez pas lui faire de la peine, à lui &'ayez crainte 0 ,e ne me montrerai pas trop méchant Aout ce "ue ,e veu*, c'est leur inspirer une peur salutaire, afin "u'ils n'aient pas envie de recommencer J EntreCtemps, les Arois & et leur compa%non avaient atteint l'entrée du café, cQté avenue ) Vuillerme pénétra résolument dans l'enclos et les enfants suivirent, pas très à l'aise -u même moment, la porte de l'établissement s'ouvrit et trois ,eunes hommes en sortirent, bien visibles dans la lumière venant de l'intérieur D (e sont eu*# souffla &icH G.ile à l'heure J, a,outa &o'l !es petitsCfils de (ésar avaient la mine renfro%née,

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et discutaient /prement entre eu* Sans doute le retard de leur complice les in"uiétaitCilO Aou,ours estCil "u'ils n'aperKurent "u'au dernier moment l'homme immobile au milieu de l'allée, semblant vouloir leur barrer la route 3ls sursautèrent violemment !es deu* plus ,eunes es"uissèrent même un mouvement de recul Seul ?amon resta sur place, et se fit a%ressif D -lors, vous vous tirez de là, oui ou nonO e*i%eaCtC il G &on# répondit caté%ori"uement le propriétaire de La Brousse. "as avant de vous avoir dit ce "ue ,'ai à vous dire G Et de "uel droitO G >u droit d'un homme "ui a été déran%é cette nuit par un cambrioleur, le"uel est de vos amis R'a,oute "ue cet homme est actuellement hors d'état de nuire J !a stupeur, puis la consternation la plus vive se reflétèrent sur les trois visa%es .ourtant ?amon G tou,ours lui G reprit bien vite le contrQle de luiCmême et répli"ua d'un air buté 0 D Re ne sais pas de "uoi vous voulez parler &ous sommes d'honnêtes forains, et nous ne frayons pas avec des cambrioleurs G $ous ne possédez pas non plus un serpent python nommé &abuchodonosor, ,e supposeO ironisa ) Vuillerme =n python "ue vous avez prêté, contre récompense certainement, à )ano'l

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?amez, mon e*Cdomesti"ueO =n %arKon "ui a fait trenteCsi* métiers, et t/té en particulier de celui de forain0 c'est ainsi "ue vous l'avez connu, certainement J (ette fois, même ?amon ne trouva rien à dire (omme ses cousins, il parut accablé et baissa la tête ('est alors "u'il aperKut les Arois &, restés dans l'ombre, et "ui avaient suivi cette conversation avec un certain malaise D Luoi# (e sont les %amins "ue commenKaCtCil, l'air ahuri et furieu* à la fois G "ue vous avez enfermés avec votre %randC père, acheva l'ancien e*plorateur .arfaitement, ce sont eu* EtonnantM n'estCce pas, de les retrouver iciO Eh bien, ils ont pu s'échapper, et c'est heureu* pour vous# G Beureu*# $ous vous mo"uez de nousO 3l est facile de comprendre "ue, si nous sommes pris, c'est par la faute de ces satanés fouineurs# G (es D satanés fouineurs J, comme vous dites, vous évitent de devenir les complices d'un voleur $otre %randCpère (ésar tremblait à l'idée de vous voir compromis dans une vilaine affaire ('est pour lui, et non contre vous, "ue ces enfants ont a%i G ('est vrai, Ka# J intervint &athalie de sa voi* ai%u' 3l n'en fallut pas plus pour détendre l'atmosphère Luand l'aPné des ,eunes forains parla, sa voi* avait perdu toute trace d'insolence

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D &'empêche "ue nous y sommes, dans le bain# >u moment "ue )ano'l est pris # G Bien s+r, vous ne pourrez nier avoir loué les services du python à ?amez, admit ) Vuillerme $ous serez certainement convo"ués par la police )ais il sera impossible de prouver "ue vous connaissiez le rQle du serpent dans cette affaire "ui est la première à la"uelle vous êtes mêlés Re veu* espérer "ue c'est la dernière Et maintenant, rentrez chez vous, sans oublier d'emporter &abu 0 il est dans le coffre de ma >od%e $otre %randC père sera heureu* de le récupérer J Soula%és de s'en tirer à si bon compte, les ,eunes forains se h/tèrent d'obéir Luel"ues instants plus tard,

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les enfants, encore émus de la scène à la"uelle ils venaient d'assister, entendirent le bruit du moteur de la camionnette Elle passa devant eu* et prit la direction de Brunières .endant ce temps, ) Vuillerme était entré dans l'établissement pour téléphoner au commissariat In lui promit l'envoi immédiat de "uel"ues hommes D '!e temps presse# conclutCil en ressortant $ite, en voiture# Re vous ramène chez vous, et ,e reviens dareC dare pour accueillir ces messieurs 0 il faut éviter "ue .énélope le fasse pour moi# G &ous pourrions rentrer à véloO su%%éra &icH G .as "uestion# $ous avez couru assez de ris"ues pour ce soir J !a >od%e fonKa de nouveau, et le tra,et ,us"u4à Brunières s'effectua dans un temps record )ais, à l'arrivée, les trois passa%ers étaient complètement moulus ) Vuillerme les laissa à l'entrée de la rue des Rardins Aandis "u'ils récupéraient leurs bicyclettes, l'ancien e*plorateur leur cria 0 D -u revoir, les enfants, et merci# R'attends votre visite pour bientQt G Entendu -u revoir, monsieur# J répondirent les Arois & )ais &athalie a,outa pour elleCmême 0 D (ette visite, en tout cas, elle aura lieu de ,our J

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Elle n'avait pas la moindre envie de revoir .énélope en liberté# !a >od%e fit demiCtour, et repartit en sens inverse à toute allure !es enfants la suivirent des yeu* ,us"u'à ce "u'elle e+t disparu .uis ils pédalèrent ,us"u'à la villa de leurs parents (omme ils mettaient pied à terre, le chat de la voisine, "ui avait une prédilection pour &athalie, vint se frotter contre ses mollets en ronronnant !a petite fille sauta en l'air en poussant un cri Effarouché, l'animal détala D Ba, ha# Bo, ho# pouffa &icH ('était s+rement une miniCpanthère, pour causer une pareille frousse à ma sEur# J .eu après, le trio pénétrait dans le %ara%e et y déposait les vélos 3l était di* heures et demie Etonnant# !es Arois & avaient vécu au cours de cette soirée des minutes d'e*citation, d'effroi, d'an%oisse même, "ui leur avaient paru durer très, très lon%temps )ais ce n'était "u'une illusion# D Bravo# $ous êtes ,uste à l'heure J, s'écria ) ?enaud comme les enfants pénétraient au salon, oN les invités se trouvaient tou,ours 3l y eut un échan%e de poi%nées de main D -lors, vous vous êtes bien amusésO "uestionna )me ?enaud G !a soirée a été euh très animée# J répondit &o'l sans se compromettre

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.as "uestion, bien s+r, de troubler les parents et leurs hQtes en racontant les aventures du trio# 3l serait temps de le faire demain# D 3l faudra "ue nous retournions ensemble à cette foire, décida )me ?enaud ?ien "ue pour visiter la ména%erie, s'il y en a une 0 ,'aime beaucoup observer les bêtes sauva%es Sa vous plairait, les enfantsO G Iu i# J répondirent les Arois & d'une seule voi*, mais avec une é%ale absence d'enthousiasme $oir des animau* sauva%esO &on merci# 3ls en avaient leur compte pour un bout de temps#

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Le"

N(1l2 Na#)alie 3Na##ie4 e# Ni'(la" 3Ni'546

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de R(ber#e Ar+a d

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LES

de R(ber#e Ar+a d S*rie i #*grale

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