EXPÉRIENCES SENSIBLES ET DÉAMBULANTES Relevés de balades sonores – carnets de notes

E !ér"ences d#éco$tes en %arc&es

Balades sonores – Carnet de notes – Desartsonnants – Avril 2014

' ( Dans le clo)tre de l#&*!"tal de L#&*tel D"e$ + L,onbalade sol"ta"re noct$rne .Une &e$re trente env"ron/
À tombée de nuit, vers 22H, après une chaude journée d'été, micro enregistreur en main, j'entre dans l'hôpital de l'Hôtel Dieu, au centre de Lyon !vant m"me de pénétrer dans l'enceinte de l'hôpital, une énorme ventilation attire mon oreille, mas#uant pres#ue lors#ue je m'en approche, le bruit des voitures, nombreuses $ cette heure%ci, et le brouhaha des clients attablés au& terrasses des bars 'aisant 'ace $ l'hôpital (e pénètre dans une première cour )et hôpital, tout en longueur et asse* ancien dans sa partie centrale, trans'ormé au 'il du temps et des besoins par de nombreu& ajouts, appendices architecturau&, se compose dans ses passages publics d'une série de cours intérieures, passages vo+tés de di''érentes épo#ues, de déambulatoires, d'anciens clo,tres, jardins Dés 'ranchi le portail d'entrée, on est 'rappé par le contraste .ous passons d'un tumulte urbain $ un calme serein /n e''et de coupure comme le #uali'ient les acousticiens s'impose $ l'oreille 0n l'espace de #uel#ues pas, on passe d'un monde $ l'autre, avec un contraste tel #ue notre oreille $ la 'ois se détend et se met au& aguets pour saisir les subtilités du lieu )ette surprise nous entra,ne dans d'autres mondes sonores, et nous met, sans transition, en condition pour aborder la série d'ambiances plutôt apaisées #ui rythmeront la déambulation Le calme relati' du lieu me procure sentiment d'apaisement subit, voire brutal entre l'e&térieur et l'intérieur, une coupure inattendue #ui vient aiguiser notre écoute (e prend alors conscience de la réverbération omniprésente en traversant, au gré de mes avancées, des lieu& re'ermés sur eu&%m"me, minérau&, générateurs de nombreu& échos subtils et variés 1ous les sons entendus, produits, sont e&acerbés, prolongés par cette caractéristi#ue acousti#ue changeante, #ui semble étirer les lieu& vers des hori*ons di''iciles $ cerner dans l'espace )es réverbérations construiront l'un des mes 'ils conducteurs durant cette marche !u 'il des 'iltrages réverbérants plus ou moins longs, colorés de graves ou d'aigus, j'ai l'impression de traverser une collections d'e''ets acousti#ues signi'icati's, donnant au& sons une pro'ondeur et une densité remar#uable, tout en les 'ondant dans un espace immersi' (e me trouve ainsi littéralement baigné par l'acousti#ue ambiante 2our parler des sources sonores, ce sont les bruits de pas #ui construisent la trame sonore récurrente Les miens tout d'abord 2as ampli'iés par la topologie des lieu& générant les phénomènes de réverbérations précités, ce sont eu& aussi #ui jalonneront ma marche (e 'ais d'ailleurs, dans cette acousti#ue ampli'icatrice, très nettement la di''érence, au 'il des personnes croisées, entre des pas cla#uants des chaussures $ talons, ceu& 'eutrés des soignants en sabots silencieu&, et une in'inité de variantes selon les chaussures et les démarches )ha#ue pas entendu prend une personnalité mar#uée, rapide ou lente, régulière ou incertaine, cla#uante ou tra,nante, très présente ou discrète Le pouvoir de discrimination du lieu permet d'a''iner l'écoute vers de
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moindre détails, #ui prennent alors toutes leur importance dans la construction de ce paysage sonore hospitalier La deu&ième source sonore est constituée de voi& 0lles aussi omniprésentes #uoi#ue plus ponctuelles $ cette heure déj$ tardive pour un hôpital je croise, au gré des couloirs, essentiellement des soignants #ui devisent $ mi%voi& 0n e''et, le calme des lieu& semble inciter $ parler très bas, dans une sorte de con'idence, d'intimité, $ la 'ois très sensible du 'ait #ue peu de sources sonores émergentes et très discrète de par leur 'aible volume sonore )ha#ue rencontre constitue un événement sonore $ la 'ois 'eutré et très présent, pres#ue ciselé ('entends venir de très loin les sons, réverbérés par cette suite de couloirs mi%intérieurs mi%e&térieurs Des éclats subits de voi& d'un groupe de jeunes $ l'e&trémité d'un couloir donnant sur un trottoir hors enceinte prennent tout d'un coup une incroyable proportion, #uasi démesurée et outrancière dans la sérénité des lieu, mais $ la 'ois toni#ue et revigorante !utre caractéristi#ue ce ce parcours hospitalier, la déambulation tout au long des couloirs est rythmée d'ouvertures, soit vers des jardins intérieurs, des cours, soit vers des portes menant $ di''érents services !insi, des fenêtres acoustiques amènent des sons plus ou moins ténus, 'ontaines, voi&, bruits de chariots ou d'objets métalli#ues 0n #uittant les couloirs de liaison pour pénétrer dans les jardins, ou des cours intérieures, la sensation de l'espace et l'ambiance sonore se trouve radicalement modi'iée, en #uel#ues pas La réverbération s'atténue beaucoup, des éléments végétau& viennent amortir les sons, l'espace s'ouvre vers le haut, dégagé des pla'onds abritant notre cheminement ! mi%parcours, une échappée mène vers un portail rejoignant les #uais du 3hône, laissant s'engou''rer subitement une nappe de moteurs en 'lu& #uasi continu sur ce grand a&e urbain 4n est brus#uement tiré de notre douce r"verie déambulatoire par cette intrusion automobile au sein de ce #ui pourrait "tre comparé $ un oasis de calme en centre ville 5ais dés #ue l'on s'éloigne, le lieu s'apaise $ nouveau et reprend très vite sa sérénité nocturne Dernière chose parmi les constantes, et non des moindres, la présence incontournable de ventilations, aérations, climatisations et autres ventilateurs brasseurs d'air ('en ai cité une, avant m"me de pénétrer dans l'enceinte hospitalière, mais 'orce est de constater #u'elles sont légions et #u'une 'ois la magie des lieu& retombées, on les entend d'un bout $ l'autre du parcours Le parado&e étant #ue ces ventilations sont tellement présentes, voire omniprésentes, #u'on ne les décèle pas immédiatement 6l 'aut #ue, progressivement, l'oreille se rende $ l'évidence #ue, dans la sérénité apparente de cet hôpital, les aérations diverses et variées brassent beaucoup d'air, de 'a7on asse* consé#uente $ l'oreille 0t ce #ue l'on pourrait juger a priori comme un drône nuisible, par trop envahissant, devient, pour moi en tout cas, au 'il de l'écoute, une musi#ue des lieu&, sans cesse renouvelée tout au long du parcours L$ encore, le calme des espaces traversés ren'orce l'identité de ces sou''lants )eu& #ui sont discrets, #ue l'on per7oit juste en les approchant de près, ceu& #ui sont très présents, ceu& #ui cli#uettent, ou #ui tournent rond, ou #ui varient dans leur vitesse de rotation, #ui chuintent, #ui ronronnent, #ui si''lent L$ encore, je me trouve en présence de toute une série d'objets
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giratoires, cinétit#ues 2our peu #ue l'ion prenne un peu de recul, évacuant ce #ui pourrait para,tre nous les 'aire para,tre comme une pollution sonore permanante, en tout cas pour ceu& #ui vivent dans ces lieu&, ces ventilations deviennent pour le promeneur%écoutant #ue le suis, une source d'attrait acousti#ue des plus intéressante 0n 'ocalisant l'écoute sur ces sources sou''lantes, je peu& traverser tout l'hôpital sans jamais 8 #uitter 9 une sou''lerie de l'oreille, en mi&ant le passage de l'une $ l'autre sans en interrompre l'écoute, pour peu #ue ma concentration soit su''isante et l'attention non détournée involontairement par un autre 8 accident 9 sonore !yant e''ectué, en solitaire, plusieurs 'ois cette promenade écoute, en principe au& m"mes horaires, j'ai cha#ue 'ois retrouvé, avec le m"me engouement, des caractéristi#ues acousti#ues #uasi similaires, $ la di''érence de #uel#ues :surprises: sonores ne venant pas 'ranchement chambouler l'impression globale Dommage #ue ce lieu magi#ue pour l'écoute soit prochainement destiné $ "tre réhabilité en un centre de loisirs et de commerce ;ue restera t%il alors de ces magni'i#ues ambiances auditives d'hôpital, révélant tout $ la 'ois une activité sans cesse bruissonnante tout en restant intiment 'eutrée <

0 ( Balade s$r les !entes de la Cro" (Ro$sse + L,on1est"val Bellev$e- 2 !ersonnes .De$ &e$res env"ron/
)ette promenade émane d'un proposition pour un 'estival a&é sur l'écologie, le développement durable et les économies solidaires dans un #uartier lyonnais /n petit groupe de = personnes, essentiellement du #uartier, dont deu& étudiants des >eau&%!rts et un poète sonore vidéaste #ui a réalisé une vidéo reportage de cette balade Le parcours a été préalablement repérée, et la promenade est e''ectuée et guidée par deu& personnes avec l'aide d'un ami ingénieur du son, conteur et artiste sonore Le début de la promenade donne lieu $ un petit commentaire sur ce #u'est une balade sonore et #uel#ues rapides e&plications concernant l'écologie et le paysage sonore, les e''ets acousti#ues et #uel#ues démarches esthéti#ues liées $ ces sujets La place >ellevue, départ de la balade surplombe Lyon et une méandre du 3hône et o''re, comme son nom l'indi#ue une vue imprenable et magni'i#ue sur la ville 2lusieurs plans sonores se distinguent nettement 0n pro&imité, des en'ants jouent dans di''érents ateliers tandis #ue des adultes les encadrent et 'ont la vaisselle 0n dessous, une route encastrée entre des b?timents asse* hauts De sons de véhicules et de piétions montent d'un premier plan en contre%bas !u loin, la rumeur de la ville, dans une écoute panorami#ue, déroule son continuum sonore néanmoins asse* atténué, et d'o@ émergent par'ois les stridences des Ala&ons et sirènes Des :cornes d'écoute: 'abri#uées pour la circonstance, sortes de longue%ouBes
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é#uipées d'un pavillon terminé d'un stéthoscope permettent $ #ui le veut de canaliser des points d'écoute, de les ampli'ier et de les colorer en visant des sources sonores plus ou moins proches /n peu plus bas, dans une rue descendante, on 'ait une halte dans une impasse étroite, encastrée entre deu& murs et escaliers très hauts L'écoute y est réduite $ #uel#ues sons très proches, dans un espace con'iné et réverbérant !lban, mon coé#uipier pro'ite de cet endroit intime pour lire un conte indien d'!méri#ue du .ord racontant comment entendre des sons magi#ues en se promenant dans des 'or"ts, lecture #ui prend ici une signi'ication circonstanciée, m"me si notre écoute se déroule en milieu urbain ;uel#ue mètres plus bas, une ouverture, 'en"tre auriculaire, constituée d'un escalier très en pente, amène dans le calme de la ruelle une brus#ue irruption du ronronnement automobile provenant des #uais en contre%bas 4n remar#ue un e''et de coupure très net dès le moment o@ l'on dépasse cette brèche sonore et #ue les sons disparaissent instantanément du paysage 2lusieurs passages%tests devant cet escalier con'irment cet e''et Cur cette m"me rue, on écoute un concert de bo,tes $ musi#ue, l'oreille collée sur la rambarde d'un escalier, e''et magi#ue, poésie garantie L'e&périence sera renouvelée sur une autre rampe très longue, les auditeurs, oreille collée $ la rambarde, sont très espacés, et ne voient pas le joueur de bo,te !u passage, et dans la continuité des micro%bruits, on ausculte au stéthoscope et $ l'oreille une grande armoire électri#ue laissant échapper, $ di''érents endroits, de dou& vrombissements et autres si''lements et vibrations La prochaine halte nous emmène place )olbert, elle aussi dominant Lyon o@ l'écoute se révèle particulièrement riche et variée Doi& en terrasses de bars, boulistes, magasins bordant la place, autobus et voitures, piétons si l'on s'arr"te au centre de la place tous ces sons nous entourent et se déplacent sans cesse autour de nous Cuperbe e''et de spatialisation, et e&cellente discrimination des sources, tout est net, pres#ue ciselé, par'aitement localisable, dans une écoute é#uilibrée, venant contrebalancer le brouhaha d'autres #uartiers de la ville )ette dernière possède bel et bien des richesses sonores, $ condition de les découvrir et d'évacuer certains a priori tenaces, tel ville E bruit 1oujours sur cette place, une 'ontaine urbaine nous permet de passer d'une ambiance sonore globale $ de nouveau& micro%sons, de revenir $ une écoute du détail isolé gr?ce $ un e''et loupe 4n ausculte l'eau sous toute ses coutures, de la gouttelette $ un 'lot impressionnant lors#u'on l'écoute avec une trompe ;uel#ues badauds nous regardent comme d'étranges huluberlus écoutant l'eau ou les vibrations d'un panneau d'in'ormation au stéthoscope et avec d'autres étranges objets )ertains nous #uestionnent, se ris#uent $ tester les :longue%ouBes:, et repartent tout étonnés de cet instant d'écoute aussi inopinée #u'inhabituelle Citôt #uitté la place, nous pénétrons dans l'une des plus célèbre traboule croi&% roussienne, la )our des Doraces Les traboules, spéci'icités architecturale des pentes de la )roi&%3ousse, constituent un dédale de passages couverts, d'escaliers en cours intérieurs, de porches et de passages intérieurs entre et sous des b?timents )es derniers permettaient au& canuts de descendre la soie $ l'abri, tout au long des pentes, jus#u'au 3hône o@ les balles de précieu& tissu étaient chargées sur des péniches
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2our revenir $ notre traboule, elle est constitué d'une première terrasse, puis d'un large escalier jus#u'$ une seconde plate%'orme 'inissant sous un escalier monumental $ clair%voie, architecture imposante et caractéristi#ue des pentes lyonnaises /n autre escalier passe sous le b?timent, en contourne un 'lanc, descend vers des réduits enterrés, pour aboutir sur un mur 'ermant la partie intérieure de la traboule )e trajet entre passages ouverts, 'ermés, surplombants, encaissés, o''re une incroyable diversité de points de vue, et de points d'ouBe )'est l$ une sorte d'acmé du parcours, o@ m"me les habitants du #uartier sont étonnés de cette richesse sonore #u'ils ont souvent traversé sans vraiment en prendre conscience L'un des objecti's d'une balade sonore étant bien évidemment de redécouvrir ces richesses $ portée d'oreille, et la cour des voraces est un espace e&ceptionnel pour ce 'aire, un passage lyonnais incontournable, un lieu #ui mériterait d'"tre classé au guide des sites d'écoute remar#uables, si ce dernier e&istait Durant environ trois%#uart d'heure, de nombreuses situations d'écoute sont e&plorées dans ce lieu magi#ue, o@ les réverbérations, mas#uages, circulations sonores, 'iltrages nous enchantent l'oreille 4n crée des accidents acousti#ues, par'ois tonitruants en descendant un escalier avec une valise $ roulettes, ou de 'a7on plus discrète, en 'aisant sonner une petite boule tintinnabulante .ous montons dans les étages, lisons des contes dans une cave enterrée, les auditeurs écoutant sur un perron au%dessus, par des grilles d'aération, nous nous arr"tons au bas o@, par les 'en"tres ouvertes d'un mur de b?timent 'ermant le passage, des sons de radio, des voi&, des bruits ménagers ponctuent l'espace, dans un concert 'a7on :musi#ue concrète:, toujours nimbé de belles réverbérations )et 'in de parcours, avant le retour $ la place du départ, nous montre $ #uel point l'écoute d'un lieu peut se révéler riche devant la beauté d'une multitudes de paysages sonores, du plus minimaliste au plus imposant

3 ( Balade 1orest"4re noct$rne- 5est"val Les Temps d'Art est levé- Sa"nt(Mart"n en 6a$t- '7 + 08 !ersonnes .0 &e$res env"ron/
2articipation $ un 'estival%rencontres autour d'une 'ormation culturelle 8 5étiers des !rts et de la )ulture 9, dans un centre de vacances rural, sur les monts du Lyonnais Le cadre est champ"tre, magni'i#ue, avec un grand étang entouré de 'or"ts (e travaille avec .athalie >ou, une plasticienne , scénographe, car les balades sonores seront accompagnées d'une installation environnementale destinée $ mettre l'oreille en condition L'installation est libre d'accès, les deu& balades nocturnes #uand $ elles ont accompagnées L'installation, scénographie d'écoute, est délimitée par une petite prairie en pente très douce, ceinte d'un côté par un ruisseau et une rangée d'arbres, et de l'autre par un bois asse* abrupt )e petit espace en 'orme de clairière% amphithé?tre de verdure naturel, s'achevant sur l'e&trémité d'un étang, se pr"te par'aitement $ des jeu& d'écoute Des nattes de di''érentes couleurs ont été posées $ m"me le sol, tournées vers l'étang, pour inciter le promeneur $ s'allonger et écouter
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Des objets, trompes et longues ouBes, stéthoscopes tra'i#ués sont posés 7a et l$ pour ausculter les sons tout $ loisir 1out autour de la clairière, des mobiles de cérami#ues, d'ony& et d'écailles tintent délicatement, dans un pointillisme sonore délimitant de 'ugitives 'rontières auriculaires Des écrits, aphorismes autour de l'écoute sont disséminés sur la prairie, sur des pla#ues translucides et multicolores 1out autour du plan, d'eau, si& cadres d'écoute, simples cadres de bois, invitent le promeneur $ viser avec ses yeu& et ses oreilles, un endroit précis Cur une table de pierre, sont posées de petites sculptures en grillage, des boules tintinnabulantes, des bo,tes $ musi#ue, des objets d'écoute, stéthoscopes, et autres objets pour e&plorer le monde des micro%sons )'est de cette clairière #ue partiront, nuit tombante, deu& promenades écoute sur deu& soirs consécuti's, avec des circuits identi#ues )es promenade nous 'ont progressivement #uitter le monde 'esti' du 'estival, o@ voi& et musi#ues tissent un bruit de 'ond asse* dense, pour gagner progressivement les hauteurs d'un village Lentement, l'ambiance sonore s'amenuise, jus#u'$ ne laisser place $ nos seuls bruits de pas, chuchotements et vols dans des 'ourrées de #uel#ues nocturnes dérangés par notre approche 0n m"me temps #ue les sons se 'ont plus ténus, la lumière a elle aussi considérablement diminué, jus#u'$ la pres#ue obscurité de la 'or"ts )et atténuation progressi's des ambiances lumineuses et sonores aiguisent notre perception de l'environnement )ha#ue points lumineu& ou micro%bruit prend une place importante, le silence s'est naturellement imposé dans le groupe, la nuit et ses bruits mystérieu&, par'ois in#uiétants emmène notre écoute dans des territoires #uasi inconnus, e&istants et intrigants !près une montée sur un chemin entouré de bois asse* tou''us, #ui nous en'erme dans un univers nous débouchons subitement sur une immense prairie, balme de verdure au& courbes douces #ue viennent terminer au loin d'asse* hautes collines boisées )'est un vaste amphithé?tre verdoyant, #ui donnent tout $ coup $ nos oreilles un grand 8 bol d'air 9, une sensation de respiration ample et paisible au sortir de la 'or"t 4n sent physi#uement l'espace plus aéré, l'air moins pesant, et comme une pression acousti#ue allégée !u niveau sonore, nous avons droit $ un incroyable concert de grillons et sauterelles pro'itant de la chaleur #ue le sol a emmagasiné durant la journée pour donner une sérénade nocturne 4n s'allonge dans l'herbe et l'on écoute, un bonne de #uin*aine de minutes, en silence, cet incroyable pointillisme #ui anime l'espace de part en part ;uel#ues sons de bovins et de chiens venant d'une 'erme asse* lointaine, les sons portent sur de grandes distances dans cette tolopogie, et m"me le sons grave d'un avions se 'ont entendre en contre%point, sans aucunement déranger, bien au contraire, cette symphonie rusti#ue .ous somme #uel#ue part très loin de la '"te #ue nous avons laissé #uel#ues centaines de mètres en contrebas, et #ue nous n'entendons plus du tout, protégé par cette cuvette enceinte naturelle #ui ampli'ies les micros bruits en nous isolant #uasi reste du monde /n sentiment
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d'"tre sur une planète $ part, dans un immense thé?tre de verdure nocturne et bruissonnant, rien #ue pour nous La redescente vers le village s'e''ectue avec l'e''et inverse, de #uitter progressivement un univers de calme pour revenir $ le '"te, ses vois et musi#ues 5ais pour autant, la transition et agréable, nos oreilles étant maintenant pleinement réceptives $ ces transitions de mondes sonores, $ ces musi#ues des lieu& tellement signées #u'on les eut cru 'abri#uées pour la circonstance 0t pourtant

9 ( Balade a$to$r d$ :$art"er des Terrea$ .L,on/ avec $ne :$"n;a"ne d#ét$d"ants des"<ners- dans le cadre d#$n atel"er des"<n sonore- 08 !art"c"!ants .$ne &e$re trente env"ron/
Dans le cadre d'un ForAshop consacré au design sonore, s'appuyant notamment sur la notion d'environnement et de paysage sonore, nous arpentons un circuit préalablement repéré dans le premier arrondissement de Lyon )ette promenade s'e''ectue cha#ue année, comme un rituel mar#uant le début de ces ateliers, mais surtout comme une mise en condition de l'oreille, comme une première approche de terrain donnant $ entendre des e&emples signi'icati's d'ambiances acousti#ues urbaines, comme des trames $ retravailler par la suite Le premier arrondissement de Lyon comporte Gau moinsH trois types de topologies urbaines très caractéristi#ues et di''érenciées, avec les #uais de Caône et ses bas%ports entrecoupés d'escaliers, le #uartier des 1erreau&, 'ormé de grandes et de petites places typi#ues, d'avenues hausmanniennes et de petites rues resserrées, et les pentes de la )roi&%3ousse, véritables labyrinthes de rues étroites, pentues, de petites places, d'escaliers et de traboules I .ous partons habituellement d'une place très animée, sorte de mini #uartier $ la 'ois intime et populaire, et très prisée des touristes et des acteurs culturels de la cité /n mi&te comme il en e&iste dans beaucoup de villes, o@ joueurs de pétan#ues habitués côtoient étudiants des beau&%arts, mères de 'amilles surveillant les en'ants #ui jouent sur la place et hommes d'a''aires !u centre de cette place entourées de rues, bordées de commerces, surtout des ca'és restaurants, s'érige une statue monumentale au pied de la#uelle va commencer notre promenade écoute )'est ici #ue seront données #uel#ues consignes J 6magine* vous dans une ville, un pays inconnu, en vacances, les yeu& et les oreilles en alertes, e&cités par l'e&otisme de la découverte 5"me si nous 'aire acte d'écoute collective, reste* chacun dans une bulle individuelle, sans commenter #uoi #ue ce soi jus#u'$ la 'in de la promenade 3este* ouverts $ tous les sons, $ la rumeur ambiante, au& éléments émergents, au& sons venant de droite, de gauche, de dessus, de derrière, du lointain comme du très proche, au& mouvements et au& rythmes La place est asse* re'ermée, seules #uel#ues rues étroites et une montée d'escaliers permettant d'échapper $ son enclos Les sons sont donc
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essentiellement ceu& d'un espace plutôt replié sur lui%m"me, sans "tre toute'ois de par ses proportions étou''ant )'est un espace immersi', d'o@ #uel#ues échappées et rumeurs viennent s'ajouter discrètement $ l'environnement 4n per7oit par'aitement les sources sonores, très distinctement, avec juste une réverbération idéale, les situant précisément dans l'espace, montrant des plans très étagés, de très proche $ l'autre bout de la place Les scènes sonores y sont, m"me par l'épo#ue hivernales o@ nous les abordons riches et changeantes, voi&, circulation et bruits de commerces et de travau& s'é#uilibrant dans un subtil contrepoint, un beau petit thé?tre d'écoute pour mettre l'oreille en condition

7 ( Balade sonore c&alonna"se Avec '0 ét$d"ants de l#école d#Art Méd"a 5r$ct"dor + C&alon s$r Sa*ne .0638 &e$res env"ron/
2remière étape d'un ForAshop autour de l'écriture de paysages sonores urbains, nous sortons nous 'rotter l'oreille $ la vie chalonnaise, par un soleil radieu&, de #uoi $ se mettre les tympans en appétit Des points 'orts, non pas en terme de décibels, mais de beau& moments poéti#uement sonores, s'o''rent rapidement $ notre écoute /n passage resserré entre deu& b?timents ouvre une brèche sonore, nous l'empruntons et par un 'ondu progressi', une musi#ue de .oKl s'impose, rapidement accompagnée de multiples crissements de patins sur une patinoire éphémère, de plein air, crissements dynami#ues .ous dé*oomons progressivement pour nous regrouper sous un Aios#ue $ musi#ue Dision panorami#ue, l'écoute associée, l'endroit idéal pour lire un e&trait de :l'!rt des bruits: de 3ussolo Des Ala&ons et autres rythmicités urbaines viennent prolonger 'ort $ propos la lecture, semblant donner raison, musicalement parlant, au& 'uturistes bruitistes italiens 3ues piétonnes pleines de bruissements 'inement réverbérés, la cloche de la cathédrale joue en contrepoint d'une meuleuse, duo improbable et néanmoins des plus réussis 6ntérieur de la cathédrale Caint%Dincent /n pres#ue silence, néanmoins habité de pas résonnants, de voi& chuchotées, de grincements et cla#uements de portes /ne ambiance sereine, o@ l'espace architectural magni'ie cha#ue micro%source, une légère porosité #ui nous 'ait percevoir #uel#ues bribes 'eutrées, amoindries, comme 'antomati#ues, du monde e&térieur /n passage vouté avec des pas mar#ués cla#uants, #ui s'en vont decrescendo jus#u'$ se 'ondre dans la rumeur urbaine, musi#ues #ui nous talonne joliment l'oreille Les bords de Caône, en contre%bas, bruits urbains amortis, rivière miroir sonore rebondissante #ui porte les sons d'une rive $ l'autreL sous un pont résonnant, lecture d'un passage de Meorge 2erec :0spèces d'espaces:, ne pas chercher $ construire mais déj$, plus modestement, $ lire l'espace, ici par les deu& oreilles

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Nin de la balade dans une cour intérieure, havre isolé ou nous nous entendons bien, échanges de ressentis, l'écoute est amorcée, titillée, on va pouvoir penser $ l'écritureO

2 ( Balade dans $ne $n"vers"té d"=onna"se- rencontres alter%ond"al"stes et écolo<":$es- '7 !art"c"!ants des rencontres .Une &e$re env"ron/
/ne balade sonore prévue dans le cadre de rencontres écologi#ues et altermondialiste, avait été, comme il se doit, préalablement repérée, répétée, délimitée ! l'heure o@ ladite promenade devait avoir lieu, les conditions météorologi#ues se montrèrent plus #ue dé'avorables, déversant sur Dijon #uantité d'eau 'urieuse, ne nous permettant pas de mettre raisonnablement une paire d'oreilles dehors, m"me des plus hardies 2eu importe, ce #ue l'on ne pourrait pas ouBr en e&térieur, on l'improviserait dans une écoute intérieure, en tous cas $ l'intérieur des b?timents de l'université #ui nous accueillait ce jour l$ 1ant pis pour les cours intérieures et rues avoisinantes, les couloirs et passages couverts serviraient donc de terrains d'écoute Le groupe d'écoutants joue alors le jeu, et commence $ partir doucement $ l'e&ploration d'une architecture sonore, $ l'improviste, mais néanmoins guidé Le b?timent est vaste, ancien, labyrinthi#ue et très typé université massive et imposante /ne ancienne

Des cra#uements boisés de pas, #ui aimeraient pourtant se 'aire plus discrets, sur des par#uets, dans des escaliers 6ls 'ont néanmoins partie du jeu& d'écoute Des transitions, passages et couloirs asse* bas de pla'ond, débouchant soudain sur des espaces plutôt en hauteur, avec des modi'ications d'acousti#ues soudaines et remar#uables, des coupures impromptues, vivi'iantes, une architecture #ui garde l'oreille dans un agréable état d'alerte, sans pour autant la brus#uer outre mesure /n moment magi#ue car inattendu P une avancée couverte d'un toit de tôles plasti#ues #ui, pour "tre très inesthéti#ues, nous o''re un abri couvert #ue la percussion des gouttes d'eau trans'orme en un véritable instrument de musi#ue /n concert de gouttes a#uati#ues plicplo#uant au%dessus nos t"tes, spatialisées, résonantes, timbrées, au& rythmes aléatoires et comple&es Le moment #ue l'on attend pas et #ui nous o''re, d'un coup d'un seul, un instant de belle musi#ue des lieu&, comme un point 'ort, un acmé sonore au cQur de notre déambulation L'instant #u'il 'aut savoir saisir, l'espace #u'il 'aut apprécier, ne surtout pas éviter mais au contraire prendre le temps de l'apprécier $ sa juste valeur
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Le reste du b?timent continue de s'o''rir bien volontiers $ notre e&ploration auriculaire % des voi& 'eutrées e&'iltrant des bureau& au& portes entrouvertes, et par'ois jaillissantes au dehors comme des diables $ ressort, des talons solitaires ou en groupe se rapprochant ou s'éloignant, dessinant des espaces devinés dans leurs 'ormes et volumes Des sons 'amiliers, aisément identi'iables m"me si dissimulés $ notre vue par d'innombrables cloisons L photocopieurs, sonneries de téléphones, bips in'ormati#ues, portes de placards métalli#ues 1oute une vie #uotidienne $ portée d'oreilles R Les aléas climati#ues ont 'inalement modelé une promenade des plus surprenante, o@ d'ailleurs l'élément a#uati#ue lui%m"me joua un rôle des plus important .e jamais maudire les contretemps, ni renoncer $ leur tendre l'oreille R

> – Balade dans la v"lle de Mons .Bel<":$e/- dans le cadre d$ 1est"val d#art sonore C"t, Son"c- '7 !ersonnes .Une &e$re trente env"ron/
Lors d'un 'estival d'arts sonore $ 5ons, et d'une intervention au centre culturel 8 Le 5anège 9 autour de prati#ue de la balade sonore, nous déambulons dans la belle cité montoise, avec un groupe d'une #uin*aine de personnes )ette déambulation est une sorte de pari car elle propose un périple urbain 8 $ oreilles nues 9, en évitant sciemment les installations sonores #ue propose le 'estival )ity Conic, mettant lui%m"me en scène un parcours sonores dans la ville 6l 'aut donc, pour assumer et dé'endre ce choi&, considérer la ville m"me comme une installation sonore #ue l'écoute révélerait au 'il des pas, sachant #ue les participants ont déj$ visité le 'estival et ses Quvres le matin, #u'ils sont pour la plupart des acteurs sonores, et #u'il 'audra donc encore pouvoir les surprendre Cachant également #ue la balade ne propose, 'ace $ par'ois d'imposants dispositi's, #u'une écoute sans autre arti'ices #ue ce #ue la ville, et le guide, voudra bien nous 'aire entendre 0t cette 'ois%ci encore, après une petite mise en oreille, et surtout avec le généreu& concours de la ville, de ses habitants, de sa topologie, de ses espaces, de sa vie en général, la magie opère Le groupe se soude dans une écoute sereine, attentive, voire m"me captivée Le centre montois dispose il est vrai de véritables richesses acousti#ues, une colline surplombante, un maillage de rues pavées, étroites, des cours intérieures, des places très vivantes, un be''roi #ui sonne clairement et joliment, des voi&, de subtiles réverbérations 4n passe rapidement d'une scène $ l'autre, la ville complice renouvelant sans cesse les ambiances, tenant en éveil notre capacité d'écoute, tel un compositeur #ui userait de mille couleurs orchestrales, rythmes et silences subits pour nous tenir en alerte 4n constate au passage l'impertinence d'une mu*ac horripilante dans la principale rue commer7ante et la joie de lui échapper en empruntant un petit a&e parallèle 4n redécouvre comment un bel agencement campanaire, première installation
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sonore histori#ue dans l'espace public, présent depuis 'ort longtemps dans nos cités, ne ponctue de 'ort belle manière le temps en m"me temps #u'il ne crée un mar#ueur%signal sonore d'une #ualité indéniable Durant un instant, le carillon du be''roi surmontant a ville s'est mis $ dialoguer avec un carillon de l'artiste (a#ues 3émus, installé dans le cadre du 'estival sur la place centrale, moment magi#ue 4n redécouvre une 'ois encore sa ville, la majorité des participants étant montois, ou de la proche région, comme un espace sonore #ui 'inalement, dans son esthéti#ue globale, résiste bien $ la diversité et la #ualité des Quvres sonores installées, pour peu #u'on y tende une oreille curieuse La ville installation sonore, $ découvrir de concert dans de nombreu& lieu& R

? – Balades dans $n :$art"er de Sa"nt(Et"enne .Centre De$ /- dans le cadre d#$ne rencontre !ro1ess"onnelle @ A"lle 1est"ve B- '8 !ersonnes .Une &e$re env"ron/
Lors d'une rencontre pro'essionnelle posant comme sujet la ville 'estive, entre animations, dérives et cohabitations sociales nocturnes, le son se retrouve comme souvent au cQur des débats, souvent d'ailleurs comme une nuisance plus #ue comme une potentielle source de plaisir Les deu& promenades sonores programmées dans cette journée tentaient de proposer une approche moins enclin au& constats radicau& d'une ville bruyante, sonorement agressive, archi polluée par des 'lots de décibels incontrôlés 2rendre du recul en e''ectuant lentement, un tour du #uartier, passant d'une rue animée $ des cours intérieures, au travers des ilots d'immeubles, sous la voute couverte d'une galerie marchande, dans des escaliers reliant di''érents points du #uartier dans le but avoué de montrer une grande diversité acousti#ue #ui ne soit pas 'orcément si violente #ue ce #ue l'on en décrit Laisser des a priori au& vestiaires avant de partir en écoute, la ville n'est pas systémati#uement synonyme de surenchère sonore alors #ue la campagne est un havre de pai& o@ les concerts d'oiseau& ravissent les oreilles (e 'orce le trait $ dessein, #uoi#ue 0t il s'avère #ue le cheminement choisi relativise e''ectivement le discours par trop catastrophi#ue d'une cité en'er acousti#ue vouée au& Mémonies via des torrents de vacarmes discordants Des passages o@ les pas résonnent et mar#uent des espaces clairement ressentis, o@ les voi& s'entendent et se 'ont entendre par'aitement, sans 'orcer, o@ les oiseau& sont Gpres#ueH aussi chantants #ue dans les 'or"ts du 5assi' du 2ilat voisin, o@ les voitures n'envahissent pas GtropH le paysage m"me si elles y ont leurs places d'incontournables citadines )ertes, pas un paradis de l'écoute, une sublime symphonie sans 'ausse notes aucunes, mais en tout cas une atmosphère écoutable sans stress, voire souvent avec un réel plaisir 6l
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'aut pour cela jouer du contraste, serpenter dans le dedans%dehors, ou dans l'e&térieur%intérieurs des ilots, e&plorer les passerelles, les coursives, les escaliers et les ruelles permettant de belles car subtiles porosités entres di''érentes ambiances 6l 'aut entendre les échanges, via les 'en"tres ouvertes dans une belle journée douce et ensoleillée, des espaces privés et des espaces publics, radios, voi&, cuisine en préparation, espaces #ui communi#uent tout en semblant se respecter mutuellement 6l 'aut entendre les percussions réverbérées de chantiers de restauration de 'a7ades, ainsi #ue les voi& des ouvriers #ui se répercutent sur d'autres murs, semant par'ois, par le jeu des échos, la con'usion che* l'écouteur public #uand $ leur localisation 6ls 'aut entendre ces milles sonorités du #uotidien #ui rythment et 'abri#uent de la vie, plus #ue de la violence, en tous cas ce jour l$ 5ichel 3isse, grand écouteur public s'il en 'ut, me disait un jour #ue c'est en ouvrant sa 'en"tre sur les bruits de 2aris #u'il se sentait bien vivant, appartenant $ une communauté citoyenne #ue les sons de la ville, s'ils agressent par'ois, tendent aussi $ unir dans une écoute partagée (e repensais $ ces paroles ce jour l$, en en mesurant toute leur véracité /n sociologue spécialiste de la '"te urbaine, participant $ l'une des deu& balades e&primait son plaisir d'avoir parcouru ces lieu& dans une posture d'écoute en mode dou&, lentement, comme un geste en résistance 'ace $ l'agitation chroni#ue #ue nos environnements sociau& et pro'essionnels tendent $ nous imposer

C ( To$lo$se a$ !as + !as .D$ Ca!"tole a$ :$art"er Dean C&a$bet/ – 07 !ersonnes .'6'7/ dans le cadre d$ 5est"val É%er<ences 08'3
Dans le cadre du 'estival 0mergences, impulsé par l'association 2atchSorAs, Desartsonnants est invité $ proposer une déambulation urbaine, $ l'écoute de 1oulouse 6l s'agit de relier le centre histori#ue, la très célèbre 2lace du )apitole, $ un #uartier o@ se situe le centre LaB#ue (ean )haubet, accueillant les promeneurs écoutants pour une petite causerie autour des marches sonores )omme d'habitude, un repérage de l'itinéraire est e''ectué en amont Les possibilités de parcours sont riches, et constituent un condensé asse* représentati' de situations auriculaires urbaines, ce #ui ne peu& #ue réjouir les oreilles de celui #ui est en charge de proposer cette promenade Dès le départ, nous nous trouvons dans un tissu sonore très riche, sans toute'ois se montrer agressi' Doi&, 'ontaine, spectacle de rue $ l'autre bout de la place ponctuent l'espace en en en dessinant asse* clairement les dimensions, jouant avec de belles réverbérations, dans une ambiance très vivante, $ l'image d'un centre ville #ue les passants accaparent en jouissant de ses moindre espaces
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/ne petite traversée vers la place Silson nous amène $ une autre scène, tout aussi animée, bien #ue dans de moindre proportions architecturales L$ encore, la 'ontaine pose un décor chuintant, tandis #ue les bancs entourant la place sont occupés par des groupes dont les conversations emplissent délicatement l'espace /n manège pour en'ants constitue une sorte de phare auditi' o@ se catalysent rires et cris /n groupe de catalans au verbe haut, nous rappelle la pro&imité voire les a''inités entre les villes de 1oulouse et >arcelone 1raversée d'un grand boulevard pour emprunter la rue des T troubadours o@, très rapidement, tout devient plus 'eutré /n beau calme urbain y règne, 'aisant entendre les moindre pas, activités des commerces, climatisations et ventilations La ville peut, on le constate ici, radicalement changer d'image en #uel#ues pas R Débouché sur le canal du midi, avec une circulation routière #ui revient sur le devant de la scène 0lle semble toute'ois apaisée par la vue de l'eau, d'une végétation richement colorée, de promeneurs 'l?nant sur le chemin piétonnier La vue et l'oreille se contrediraient%elle, o@ in'ormeraient%elles di''éremment le promeneur, tentant par une étrange synesthésie de retrouver un certain é#uilibre sensoriel, dans une e&périence esthéti#ue plus ou moins volontairement recherchée< .ous longeons maintenant une voi& 'errée se lovant dans une 'osse très en contrebas Le passage de trains $ très 'aible vitesse réveille l'espace sans l'envahir complètement, proposant une variété de sons asse* incroyable, o@ grincements martèlements, si''lements, chuintements, présentent un vocabulaire sonore propre $ réjouir nombre de compositeurs musiciens ou preneurs de sons 'érus de paysages électroacousti#ues 4n emprunte ensuite une rue très étroite et pentue o@ l'architecture resserrée met $ nouveau en avant cha#ue bribes de conversations, cha#ue échappée sonore s'e&'iltrant de 'en"tres ouvertes !rrivée au terme de notre promenade, nous débouchons sur la place 0dgar 2inel, un charmant petit parc urbain o@ de nombreu& en'ants jouent, sous le regard de parents devisant paisiblement sur les bancs alentours !mbiance tout $ la 'ois calme et néanmoins vivante d'un #uartier en périphérie du centre /n Aios#ue $ musi#ue attire immédiatement mon regard et je vais le 'aire sonner de la voi& sans plus attendre % et l$, 4h surprise R !u centre de cet architecture logi#uement construite pour di''user de la musi#ue en espace public, le son devient étrangement di''racté, $ la 'ois ampli'ié et distordu par une multitude d'échos, de délais acousti#ues #ui lui donnent de curieuses teintes métalli#ues )'est très drôle et e&citant de jouer de la voi& avec ces e''ets, m"me si j'imagine #ue les musiciens se trouvant au centre devaient énormément sou''rir de cette étrangeté acousti#ue 6l 'audra #ue je teste comment on per7oit les sons de l'e&térieur, côté public Le repérage terminé, je suis asse* comblé par ce parcours #ui présente un véritable catalogue de situations auriculaires urbaines, partant d'un épicentre
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très dense, et arrivant progressivement vers un e&térieur #ui se désépaissit au 'il de la marche pour arriver $ cet étrange Aios#ue permettant de 'aire sonner de 'a7on très ludi#ue une :architecture d'écoute: /ne promenade de plus $ ma collection, #ue je pourrais dès demain 'aire partager $ toute oreilles curieuses de sonorités urbaines

'8 ( 5est"val Electro elE3 ( Nantes 08'3 ( balades sonores ( T&4%es et var"at"ons
Durant le 'estival 0lectropi&elUV, organisé sur l'6le de .antes par l'association !24VV, Desartsonnants était invité cha#ue jour $ proposer une balade sonore, ainsi #u'une rencontre avec les promeneurs écoutants, autour de cette prati#ue !u départ, plusieurs itinéraires sont envisagés ! l'arrivée, c'est un seul circuit #ui est proposé, devant sa richesse intrinsè#ue, les variations très sensibles d'un jour $ l'autre, d'un public $ l'autre Cuccessions de galeries peuplées de touristes dont beaucoup d'en'ants, réverbérantes $ souhaits, de passages entre des entrepôts et ateliers déserts, d'une cour intérieure avec une 'ontaine, d'un parAing souterrain, d'installations sonores en espace public dont une très belle de 3ol' (ulius 1out y est pour le bonheur de l'écoute 5arche lente, arr"t dans une entrée de garage dont la 'orme évasée donne l'impression d'"tre au 'ond d'un pavillon acousti#ue 'ocalisant, dans une oreille géante, auscultation de 'ontaines, d'une paroi $ bulles glougloutantes en collant l'oreille $ la vitre, ventilation modulante cachée derrière un buisson, un parAing o@ des voiture et piétons passent sur des grilles situées juste sur nos t"tes, des situations d'écoute $ mettre entre toutes les oreilles 0t bien d'autre di''iciles $ décrire 2ublic d'artistes, de promeneurs non avertis, de visiteurs d'0lectropi&el, de W $ IW personnes, cha#ue journée est très di''érente dans les réactions, les discussions, les retours d'e&périence des promeneurs Le vent change et 'orcit les deu& dernières journées, on entend de nouveau& sons absents jus#ue l$, des 'euilles sèches glissent le long d'allées désertes avec des raclement #ui dessinent un bel espace en mouvement, un arbre en pot chante et bruisse joliment en y collant l'oreille, et une 'in de journée, les avions survolent le site très bas pour atterrir $ l'aéroport voisin 4n consolide une communauté d'écoutants dont l'énergie est pres#ue tangible, étrange cohorte ou secte silencieuse au& yeu& des personnes croisées sur le parcours #ui nous regardent dubitativement 4n construit ensemble une véritable installation sonore urbaine R Le 'ait de parcourir W 'ois un itinéraire repéré me permet de mesurer $ la 'ois les constantes et les variations sonores du site, d'adapter cha#ue jour, en 'onction des ambiances, des événements, des publics, des découvertes 'ortuites, la 'a7on de déambuler, de ménager des arr"ts appropriés, d'écrire in situ un parcours #ui déroule son histoire $ 'leur de paysage, $ 'leur d'oreille

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'' – Balade sonore :$art"er de la F$"llot"4re + L,on avec des ét$d"ants de l#école d#arc&"tect$re – 5évr"er 08'9 – 0X'7 ét$d"ants
;uel#ues impressions sonores après une matinée de balade dans le #uartier de la Muillotière, $ Lyon, avec deu& groupe d'étudiants architectes L'objecti' P réaliser une :carte sensible:, en préambule $ un 1D autour de l'analyse urbaine /n itinéraire donné, e''ectué de concert, d'environ 2, WAm pour 2 heures de déambulation urbaine Donc deu& parcours identi#ues, soit un aller et un retour, en mode pendulaire, pour ainsi accompagner deu& groupes /n itinéraire $ deu& voi&, avec une urbaniste et un promeneur écoutant, #ui convo#ue tant l'écoute #ue le regard, impli#ue le 'ait de se situer dans un lieu, de s'en immerger, de le GreHsentir sans pour autant en 'aire une analyse trop didacti#uement en'ermante, voire sclérosante L'aubaine du jour, un ciel d'un bleu limpide, une clarté pres#ue scintillante, une température agréable, des lumières $ 'aire p?lir d'envie Maugin ou Dan Mogh R Curtout celles du matin, vers X heures 2remier constat, e''ectuer un parcours d'écoute dans un sens puis dans l'autre change radicalement la perception des lieu, $ tel point #u'on pourrait croire emprunter un tout autre chemin R La vue, les points de vue, très associés $ l'écoute, au& points d'ouBe, sont totalement métamorphosés, nonobstant les changements dus $ l'heure #ui avance, au& activités #ui se densi'ient Deu&ième constat, e''ectuer une déambulation sur un laps de temps asse* long, Y heures entre X et I2 heures sans interruption, sorte de petite randonnée urbaine, permet, au%del$ de l'immersion, de constater combien un paysage évolue au 'il du temps )ela peut para,tre évident, et pourtant, le vivre est autre chose #ue l'imaginer 1out d'abord l'éveil de la ville X heures du matin, de nombreu& commerces sont encore 'ermés, les passants asse* peu nombreu&, la température 'ra,che et les sons plutôt 'eutrés, hormis un camion poubelle ou de livraison #ui vient secouer un peu violemment cette douce torpeur matudinale 2uis un long crescendo, lui aussi agité de soubresauts, se matérialisant $ l'oreille par un phénomène d'ampli'ication progressi', des strates sonores #ui s'accumulent, un paysage sonore #ui devient de plus en plus dense, compact, une rumeur urbaine #ui s'a''irme, des volets métalli#ues des bouti#ues #ui secouent l'espace de leurs r?les grin7ants, en se levant comme $ contre%cQur Des voi& plus nombreuses, diversi'iées aussi, nous traversons le :#uartier chinois:, puis celui de la Muillotière plus méditerranéenne, on entend vraiment la mi&ité du #uartier d'autant #ue, midi approchant, on en sent les odeurs appétissantes #ui s'échappent des restaurants et épiceries pour envahir progressivement la rue Le #uartier asiati#ue, nouvel an oblige, se pare d'une multitude de guirlandes au& énormes boules rouges $ pompons dorés, suspendues entres les immeubles, colorant la rue, et semblant donner au& sons%m"mes une couleur rebondissante, 'estive, bigarrée >ien s+r, cette ampli'ication sonore,mar#uée de plus en plus de mouvements physi#ues, n'est pas d'une régularité linéaire 6l su''it de passer $ l'arrière d'une place pour se couper, en #uel#ues mètres, en #uel#ues secondes, d'un 'lu& circulant, ou bien #u'un 'eu tricolore ne vienne interrompre, pour un instant, sur un #uai le grondement voiturier 5ais cette densi'ication reste néanmoins très sensible, #uasi
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palpable Dans cette déambulation, pour #ui sait les appréhender, des temps 'orts, des instants magi#ues R Cous un pont du 3hône, de nombreu& oiseau& nichent sous le tabouret métalli#ue, et 'orment une incroyable barrière de pépiements 'ébrilesL une guirlande sonore suspendue, #ui s'estompe dès #ue l'on pénètre sous le pont )e pont routier nous plonge rapidement dans une ombre 'ra,che et réverbérante, o@ les sons prennent plus d'espace, de pro'ondeur, entrecoupés par une belle percussion très grave, produite $ l'entrée du pont par des voitures 'ranchissant un joint métalli#ue 1oudoum, toudoum R % silence, ou pres#ue % 1oudoum, toudoum R Le 'leuve est #uand $ lui silencieu&, malgré l'énorme 'lu& a#uati#ue charrié $ cette épo#ue pluvieuse 6l 'aut attendre le passage de deu& cygnes nageant péniblement $ contre% courant, pour entendre clairement les clapotis et remous provo#ués par leur lutte contre les 'lots !utre lieu autre ambiance, un arrière de place coupé d'un grand a&e très passager par un immense b?timent de verre en arc%de%cercle /n lieu propice $ un point d'ouBe Des voi& réverbérées, lointaines, d'autres très proches, des passages 'urti's ou a''irmés, rapides ou non, des 'en"tres d'écoute portant l'oreille bien au%del$ de la vue, une ambiance riche, asse* inclassable, sorte d'agitation tran#uille, #ue j'adore tout particulièrement % un oasis auriculaire mettant agréablement nos sens en éveil ;ui plus est si l'écoute est collective, recueillie ('aurais pu évo#uer bien d'autres lieu&, places, dents creuses, espaces populaires bouillonnants entre commerces alternati's et re'uges d'artistes, le tout menacés d'une gentri'ication galopante 5ais il 'aut s'y promener pour sentir l'?me d'un des dernier #uartiers spéci'i#ues lyonnais, avec toute sa diversité et son identité $ 'leur de peau R Dernier constat 0n 'ait, devant l'o''re par'ois pléthori#ue des balades sonores en tous genres, dont certaines #ue j'ai pu tester, je trouve #ue la beauté sonore des lieu&, le 'rémissement sensible #u'ils peuvent nous procurer est bien souvent baillonné par un 'lot d'intentions et de paroles pédagogi#ues, didacti#ues L'ambition de vouloir tout e&pli#uer, analyser, sérier, étou''e le plaisir d'un corps de promeneur écoutant se livrant $ un bain sonore vivi'iant, et 'inalement réduit de beaucoup le message pédagogi#ue initialement visé 0crire un beau parcours d'écoute #ui mar#uera durablement les participants, et les incitera $ écouter autrement par la suite, e&ige de préserver des espaces de libertés o@ la poésie des lieu& ne sera pas mas#uée par un discours trop théori#ue et envahissant

'0 – Balade !l$v"e$se- 38 ét$d"ants en Des"<n Fra!&":$e – G$art"er des terrea$ L,on – Atel"er @ A"lle sonore B ( ' &e$re
/n vendredi, matinée très 'raiche et pluvieuse 3DD avec une trentaine d'étudiants de Design graphi#ue pour une balade sonore lyonnaise, #uartier des 1erreau&, entame d'un atelier autour de :la ville sonore: Dernier jour d'étude avant les vacances d'hiver
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Des étudiants peu enthousiastes, voire #uel#ue peu réticents $ l'idée de sortir les oreilles dehors 0t pourtant, comme souvent, la magie opère jus#u'$ en oublier la pluie, et m"me $ trouver des lieu& o@ elle prend une magni'i#ue présence /n passage traboulant large et haut, o@ une percussion a#uati#ue résonne sur des tables métalli#ues /ne place très minérale o@ des gouttes rythment l'espace de plocs sonores avec une énergie acousti#ue surprenante /n arr"t improvisé sous un écha'audage métalli#ue o@ la pluie :'ait des cla#uettes: au%dessus de nos t"tes, pour citer une belle e&pression d'un grand chanteur disparu Des voitures #ui chuintent le paysage en longues trainées li#uides /ne 'ontaine monumentale #ui rythme l'espace de ses chutes brisées sur des relie's de marbres, en m"me tant #ue son approche mas#ue et gomme #uasi totalement tout autres source sonore )oncerto a#uati#ue tout en 'inesse, o@ la diversité et la richesses des sources n'ont d'égal #ue la curiosité et l'émerveillement de l'écoutant )e n'est pas la première 'ois #ue j'aime écouter la ville sous la pluie, ses ambiances si particulières, mais cette promenade con'irme, si besoin était, cet intér"t pour une :écoute li#uide: dont la poésie est d'une indéniable beauté 5"me les étudiants, au%del$ de leur réticence initiale, en ont convenu L'atelier peut donc se poursuivre, alimenté entre autre par l'énergie d'une première approche immersive, sensible, et avec la présence d'une belle pluviosité complice En co$rs de rédact"on o$ + ven"r – – – – >alade sonore $ 1ananarive, dans le cadre du 'estival du 'ilm court de 1ana >alade sonore $ Dienne G!utricheH Dans le cadre du 'estival Listening Cities >alade sonore $ 4rléans, dans le cadre d'un ForAshop autour de l'espace sonore $ l'école supérieure d'!rts et de Design >alade sonore #uartier de Daise $ Lyon, de la gare au& #uais de Caône

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