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OCTAVE MIRBEAU, MÉCONNU

La littérature… ça ne vaut rien. C’est trop clair… Est-ce que la nature est claire ? O. Mirbeau Une adaptation cinématographique du roman d’Octave Mirbeau Le Journal d’une femme de chambre nous avait surpris par certains anachronismes. Le mieux était de relire le livre. L’intérêt suscité par cette lecture ne peut manquer d’éveiller le désir d’en savoir plus et d’aller voir, par exemple sur Internet, nouvelle source inépuisable d’in ormations, vraies ou ausses, quel sort avait été réservé ! l’auteur, cél"bre et méconnu, du roman qui avait inspiré ! #u$uel le désir de porter ! l’écran l’histoire écrite par Mirbeau. %u cours de la navigation sur Internet, tandis qu’il vo&age de sites en sites, de tr"s heureuses surprises attendent le lecteur. 'r(ce aux travaux et ! la générosité de )ierre Michel, qui s’est donné la peine de mettre ! la portée de tous le résultat de ses recherches perpétuellement mises ! *our, il devient possible d’en apprendre beaucoup sur l’auteur du Journal. + tel point qu’il semble légitime d’associer maintenant le nom de )ierre Michel, ! qui nous sommes redevables de si nombreuses découvertes, ! celui de son auteur de prédilection. Mirbeau aura connu la gloire, les désastres, mais il aura au moins béné icié, ! titre posthume, de la compétence, la idélité, et inalement la passion d’un admirateur si tenace qu’il parvient encore ! nous la aire partager. Mirbeau écrit , - La littérature…ça ne vaut rien. . /e rien qui ach"ve la phrase avec la violence d’un cri, laisse dramatiquement entendre qu’il en attendait tout, de la littérature. La désillusion est si am"re qu’elle prend alors le ton du sarcasme le plus désespéré. 0t soudain, on découvre que ce paisible bourgeois, trans ormé en lanceur de torpilles, a signé une diatribe intitulée La !r"ve des électeurs, o1 si lent des phrases aussi explosives que , - Les moutons vont # l’abattoir. $ls ne disent rien et ils n’esp"rent rien. %ais du moins ils ne votent pas pour le boucher qui les tuera et pour le bour&eois qui les man&era. 'lus b(te que les b(tes plus moutonnier que les moutons l’électeur nomme son boucher et choisit son bour&eois. $l a fait des )évolutions pour conquérir ce droit. . 2orce est de reconna3tre que nul n’est allé plus loin pour mettre ! terre toute illusion sur les vertus de la démocratie. )our autant, imaginer un seul instant que Mirbeau, nullement nostalgique d’une quelconque orme d’%ncien 4égime, ait pu vouloir suggérer l’existence possible d’un régime idéal, serait une extrapolation erronée. Il rit, il pleure, il vitup"re dans le registre particulier et tr"s reconnaissable du désespoir absolu, une mixture de rage et de dégo5t lorsque chaque mot emporte la phrase qui redouble et qui rappe, se nourrissant elle6 même des coups portés *usqu’au vertige, o1 le cogneur, asciné par sa propre orce de destruction, s’enivre de la vision des dég(ts qu’il provoque. )ure littérature, de nul e et, sinon littéraire, celle dont il dit lui6même qu’elle ne vaut rien, en pensant qu’elle vaut mieux que tout. Un possédé, Mirbeau en est un, pourrait interroger le destin qui l’a ait tel si celui6ci acceptait de répondre, chose qui lui est interdite par nature, puisque le destin du destin est d’agir, de sauver ou de condamner, et de se taire, quitte ! laisser aux marionnettes l’illusion d’être autonomes et libres des choix qu’elles décident, croient6elles, en toute connaissance de cause. Un roman, ! caract"re en partie autobiographique, *ébastien )och, accueilli ! l’époque par un silence encore plus signi iant qu’une pluie d’éloges, exposait, pour la premi"re ois peut6être dans la littérature ran7aise, le viol, exécuté dans un coll"ge de *ésuites, d’un interne adolescent, victime d’un révérend p"re égaré par un 8"le sans doute pédagogique et méritant, quoique marqué d’une obstination résolument criminelle. 9u*et tabou par excellence dans cette in du dix6neuvi"me si"cle, les années :;<=. Le silence de la critique de l’époque n’est pas pour surprendre, il en dit long. Mirbeau a&ant été lui6même él"ve pensionnaire au coll"ge :

des *ésuites de >annes, il est admis que ce roman n’est pas une totale iction. )ourtant, le romancier narre cette histoire, probablement vécue, en veillant ! respecter la distance d’un narrateur qui se maintient ! l’écart des descriptions appu&ées du naturalisme comme des igures trop plates, sinon aplaties, du réalisme, pré érant charger son ?uvre d’une tension si intense qu’elle se développe de bout en bout *usqu’! la derni"re page. Une réussite. )ar moments, l’écriture échappe au contr@le de la raison, lorsqu’elle tente d’approcher un au6del! du champ de vision strictement limité par le réel, et qu’il s’& glisse, par exemple, le mot - surnaturalisant ., lointain prélude aux grands écarts du surréalisme. %u troisi"me chapitre, on peut lire , - ABC sur la fronti"re du réel et de l’invisible o+ surnaturalisant les formes les sons les parfums le mouvement elles se haussaient… . Il semblerait qu’! l’époque seul Mallarmé ait salué le livre, ce qui n’est pas pour surprendre, pas plus qu’il n’& a lieu de s’étonner du silence des autres. %u thé(tre, ! la /omédie62ran7aise, Mirbeau ait représenter, non sans mal, Les affaires sont les affaires. Le drame, tout impito&able qu’il ait pu être par la lumi"re tr"s crue qu’il *ette sur le monde de la inance, ou peut6être au contraire pour cette raison, obtient un triomphe et, détail non négligeable, devient pour l’auteur l’occasion de toucher une esp"ce de ortune. Une noire ironie veut que, si la littérature ne vaut rien, en l’occurrence elle rapporte beaucoup. Mirbeau saisit l’opportunité pour aire la preuve d’une générosité sans limites. 0ntre génie et générosité il pourrait bien exister une racine commune qui serait ! la source du passage d’un mot ! l’autre, les reliant entre eux par le privil"ge des vases communicants. /’est Mirbeau qui pa&e l’amende et les rais du proc"s de Dola, redevable devant le Erésor public de la 4épublique pour avoir été condamné apr"s la publication de sa lettre J’accuse adressée au président 2élix 2aure dans le *ournal de /lemenceau, L’,urore. /’est Mirbeau, apparemment seul amateur au monde qui ait eu l’idée de le aire, qui pa&e de ses deniers deux toiles d’un misérable peintre inconnu. L’une s’appelle Les $ris bleus, l’autre Les -ournesols, acquises l’une et l’autre pour une somme peut6être lég"re pour les peintres en vogue dans les 9alons de ce temps6l!, pompiers exécrés par l’écrivain, mais considérable pour celui qui en était l’in ortuné créateur , >incent >an 'ogh. /e même >incent, qui a inspiré l’hallucinant personnage du livre .ans le ciel, o1 l’on trouve ce cri, cette illumination , - %ais tu es fou Lucien / -u veu0 peindre l’aboi d’un chien ? . 0st6ce ! >an 'ogh ou ! lui6même que s’adresse ici Mirbeau qui, aute de l’avoir peint, n’a *amais renoncé ! écrire l’e ra&ant hurlement qui montait du plus pro ond de son être et qui pouvait soudain surgir en catastrophe, comme explose une col"re trop longtemps retenue F 9a générosité n’était pas une posture charitable, elle allait de pair avec sa clairvo&ance. %mi de Monet, de )issarro, de 4odin, il ut le premier ! parler de /amille /laudel. Ou encore, de ces *eunes débutants , Garr&, Larbaud, Léautaud, cherchant même ! obtenir le prix 'oncourt pour ces deux derniers, sans succ"s et sans illusion, puisqu’il distille au même moment, dans l’alambic tr"s ra iné de son esprit sarcastique, le nectar d’une ironie plus grin7ante mais plus go5teuse, dont sa onci"re bonté n’aurait quand même voulu se priver ! aucun prix , - Chaque fois qu’un artiste que 1’aime qu’un écrivain que 1’admire viennent d’(tre décorés 1’éprouve un sentiment pénible et 1e me dis aussit2t 3 4uel domma&e / . 9ingulier personnage. Eout le contraire d’une belle (me con ite en dévotion, distribuant des aum@nes pour mieux se aire valoir. - La charité écrit6il, est devenue l’e0ploiteuse des mis"res les saltimbanques battent la &rosse caisse sur la peau des victimes. . /e visionnaire avait6il prévu le dé erlement des exhibitions humanitaires de notre époque, les turpitudes du charit5 business F 9a pente naturelle étant d’aller tou*ours ! contre6 courant, il ne semble pas avoir craint d’être haH, le mot n’est pas trop ort, par les deux hémisph"res du globe politique. I’un coté, la droite réactionnaire, cléricale, conservatrice, avare, pratiquante d’un catholicisme ténébreux, pour laquelle il n’a pas de mots asse8 durs ,

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- Je n’ai qu’une haine au c6ur mais elle est profonde et vivace 3 la haine de l’éducation reli&ieuse. Est-ce que sous préte0te de liberté on permet au0 &ens de 1eter du poison dans les sources ? . Ie l’autre c@té, par la gauche, utopiste, rêveuse, collectiviste, qu’il ustige dans des termes aussi ravageurs , - -out l’effort des collectivités tend # faire dispara7tre l’homme de &énie…toute supériorité dans n’importe quel ordre est sinon un crime du moins une monstruosité. . On ne peut mieux aire pour s’aliéner simultanément les deux hémisph"res politiques, la droite, la gauche, qui s’érigent en deux camps irréconciliables et se partagent le territoire hexagonal de génération en génération. Mirbeau n’est d’aucun camp. /ela ne va pas sans une certaine solitude. Il s’en accommode, en aggravant tou*ours d’un degré le désenchantement, poussant ! ses limites la pointe de son ironie la plus noire , - *i inf8mes que soient les canailles ils ne le sont 1amais autant que les honn(tes &ens. . )uis, cela ne lui su isant pas, il va encore plus loin, et, laissant *ouer ! plein la orce du sarcasme, il déroule une sorte de resque du bonheur humain, se délectant de aire tourner, ! sa mani"re tr"s personnelle, la ronde de la raternité, puisque cet idéal est gravé au ronton de la 4épublique , - Les bour&eois détestent les ouvriers les ouvriers détestent les va&abonds les va&abonds cherchent plus va&abonds qu’eu0 pour avoir aussi quelqu’un # mépriser # détester. . /e sont l! des paroles qui trouveraient di icilement leur place dans les cantiques, religieux ou laHques, consacrés ! la célébration des lendemains qui chantent. Un esprit aussi libre que celui de Mirbeau est un esprit dérangeant. I"s lors, il était atal qu’on ait essa&é de lui coller toutes sortes d’étiquettes, un peu comme on ait endosser un costume ! un personnage di icile ! classer dans un répertoire rassurant, ! identi ier d’une mani"re claire. %lors, on parle tour ! tour d’un naturaliste, voire d’un anarchiste, Mirbeau re use résolument ces tentatives de classi ication , - Je sais, écrit6il, que ce mot de naturalisme a beaucoup servi la fortune de 9ola car en :rance il est nécessaire que le succ"s pour (tre accepté se colle une étiquette sur le ventre m(me une étiquette fausse. . )our être encore plus précis, il s’explique , - Ce qu’on appelle naturalisme est une école sin&uli"re o+ l’on apprend # ne voir des choses que le détail inutile. . 0t ailleurs, emporté par les visions de son livre .ans le ciel, il va au bout de sa pensée , - Les naturalistes me font rire…ils ne savent pas ce que c’est que la nature…ils croient qu’un arbre est un arbre et le m(me arbre. 4uels idiots / . Kui s’est avisé d’entendre ici, en écoutant ces paroles, que ce n’est peut6être l! rien de moins que la germination de l’art moderne qui est ! l’?uvre et prend naissance dans le vagissement de cette imprécation F Ie tous les livres de Mirbeau, peut6être le plus déroutant , Le Jardin des supplices. /onsidéré par certains comme une esp"ce d’anthologie des cruautés et des horreurs imaginables, il vaudrait pourtant mieux dépasser ce point de vue trop évident pour observer d’abord un premier point, assurément plus porteur de sens , le récit est situé hors de l’espace géographique occidental. Le choix de cette situation territoriale est décisi autant qu’il est signi iant. Lous sommes invités ! nous égarer, tout en gardant ! l’esprit que de tels débordements de cruauté ne peuvent raisonnablement trouver place qu’aux antipodes de notre plan"te comme de notre conscience. %illeurs, dé initivement ailleurs. 0n /hine, par exemple. Gamais ici. Ge me souviens de Michel 2oucault, qui me disait ! peu pr"s , - 'our prendre la dimension de notre propre espace mental en mesurer le territoire étroit ses limites ses libertés et ses interdits le mieu0 serait de tenter de saisir cet espace # partir de ce qui lui est radicalement autre étran&er ce lointain qui constitue notre impossibilité absolue de penser de m(me… . /’est par un autre mouvement, inversé et pourtant analogue, que Le Jardin des supplices entra3ne son lecteur vers une terre lointaine, un lieu étranger, o1 les plus monstrueux désirs, qui pourraient être les siens, aussi inavouables qu’ils ussent, doivent alors exclusivement appara3tre dans un espace re oulé au6del! des ronti"res, une 8one d’extraterritorialité qui permet de sauver la conscience du dit lecteur, innocenté par la

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géographie. - B but it ;as in another countr5… ., - … mais c’était dans un autre pa&sB ., dit un personnage de 9haNespeare pour tenter de aire absoudre, par cette circonstance, présentée comme la plus atténuante de toutes, l’horreur du crime qu’il vient d’avouer. Un crime commis ailleurs est6il encore un crime F Le Jardin des supplices n’appartient nullement au genre littéraire de l’exotisme, il ne peut se réduire au simple déplacement sur les mers ou les océans, ainsi que l’o raient, ! la belle époque des empires et des colonies, les commodités d’un long vo&age en paquebot vers ces territoires inconnus et lointains. 2orce est de reconna3tre que tous les péchés du monde étaient en quelque sorte regardés avec une certaine attirance d"s lors qu’ils étaient commis ailleurs. Ils pouvaient même se parer de couleurs chato&antes, de 'auguin ! Eahiti, Loti ! Istanbul, *usqu’! - <lida fleur de *ahel… ., si bien chantée par l’(me tourmentée du protestant %ndré 'ide, aussit@t qu’il en avait ini de succomber aux rénésies de sa erveur. 4ien de tel che8 Mirbeau. 9ur les crimes du colonialisme, nul n’aura été plus véhément que lui. Kuant ! l’exotisme, c’est l! un bouquet de leurs, de st&le ou de comportement, beaucoup trop suaves, et surtout le par um qui s’en dégage, inalement asse8 vulgaire, soul"ve un haut le c?ur, une sorte d’agression, décidément ! l’opposé de toutes les attentes de ses go5ts comme de celles de sa sensibilité. 0t pourtant, sur les leurs, aucun romancier n’aura peut6être été plus prolixe que l’auteur du Jardin des supplices. + tel point qu’il ne serait pas mal venu de privilégier la présence du mot 1ardin, même si celui de supplices retient l’attention et semble s’imposer dans le titre du livre. )armi tant d’autres, ceci est l’un des points o1 Mirbeau se di érencie du Iivin Marquis. /he8 9ade, le crime se multiplie ! l’in ini dans des compositions de igures installées de pré érence dans des endroits clos, chambres ou cachots O che8 Mirbeau, tout se passe au grand air. I’un c@té , les abris secrets, les cachettes, sinon les oubliettes, les sombres caves, les souterrains O de l’autre , un *ardin. /ave contre *ardin, il & aurait lieu de prolonger ici la ré lexion. Le sens de cette architecture est aussi signi iant que l’était celui du choix géographique d’un ailleurs situé aux antipodes, et l’un comme l’autre ne sont tr"s probablement pas le résultat d’un hasard. Le dictionnaire des plantes et des leurs qui nous est distribué de page en page dans le livre horri iant aurait de quoi intéresser le meilleur des naturalistes du Gardin des )lantes, ! ceci pr"s que la littérature de Mirbeau n’approche en rien celle de #u on, et moins encore celle de #ernardin de 9aint6)ierre. Eandis qu’ils parcourent le Jardin, si la candeur incommensurable du malheureux compagnon de /lara, tremblant perpétuel d’horreur devant les nouveaux spectacles que celle6ci impose ! sa vue, pourrait ! la limite se comparer ! la candeur de )aul, loin s’en aut en revanche que /lara puisse un seul instant être con ondue avec une nouvelle >irginie. /ette troublante héroHne, /lara, la bien nommée tant elle est obscure, provoque le renouvellement en en ilade d’une série de questions qui ricochent les unes apr"s les autres. Incarne6t6elle le comble de la cruauté, ou bien le parox&sme de la douleur F >ictime ou bourreau F 0lle *ouit du spectacle tou*ours plus atroce des suppliciés, mais cette *ouissance ressemble de si pr"s aux délires d’une agonie qu’un m&st"re s’installe, car c’est ! s’& méprendre , ne serait6elle pas elle6même, qui semble si ma3tresse du *eu, l’esclave tout enti"re vouée au plus cruel des supplices F )ure énigme. %lors que les héroHnes de 9ade, réparties en deux moitiés correspondantes et as&métriques , Guliette, ou les prospérités du vice, Gustine, ou les in ortunes de la vertu, se partageaient l’a rontement de deux identités contraires, /lara réunit sur sa seule personne, tour ! tour et simultanément, les deux visages contradictoires de Guliette et de Gustine. %spirée dans le gou re d’une spirale, de structure baroque, elle tournoie sur elle6 même, o rant une ace et son contraire dans un mouvement incessant qui semble obéir ! la machinerie d’un mouvement perpétuel. 0lle tourne. La raison, autre ace de la déraison, se montre selon la vitesse d’un déplacement si rapide qu’il semble imperceptible O le plaisir,

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autre ace de la douleur, et inséparablement con ondu en elle O volte et virevolte qui dé ient toute mesure, vertige ixé dans une image irréductible qui se dérobe et récuse le premier principe d’un s&st"me logique. Même 9ade, qui ne reculait devant rien, n’avait *amais imaginé cela, restant tou*ours id"le aux causes et aux conséquences d’une logique obstinément rigoureuse et glacée. Gustine et Guliette proposaient une sorte d’équilibre des vices et des vertus contraires, une dialectique presque rassurante pour les classi ications ordonnées de l’esprit, tandis que /lara poss"de en elle la double ace des contraires, ou bien en est6elle possédée. + peu pr"s ! la même époque o1 un po"te avait écrit , Je est un autre, l’invention de Mirbeau, ce personnage éminin de /lara, en donne presque une mani"re d’idée. 0lle est le contraire, de l’autre et d’elle6même O bien au6del! de la dialectique, elle est tout enti"re antiphanique. %ux derni"res pages du roman, nul ne saura *amais si /lara tue, ou si elle est tuée par son amant. L’un et l’autre sont un et le même. %insi se perpétue le secret de l’immobilité mouvante. 9a danse, ! la mani"re languide et ascinante des pas d’Qérodiade, reprend sans cesse le tournoiement d’une énigme en suspens, assurée de n’être *amais résolue. Le sei8e évrier mille neu cent dix6sept, Octave Mirbeau prend congé de son apparence terrestre et, ultime singularité, il meurt le *our même de son soixante6neuvi"me anniversaire , il était né le sei8e évrier mille huit cent quarante6huit. /ertains êtres peuvent mourir de la maladie la plus inguérissable de toutes, celle de l’(me, quand le désespoir a sou lé si ort qu’il a éteint la moindre lueur d’espérance. Les malheurs de la 'rande 'uerre, les massacres, la boucherie institutionnelle et méthodiquement organisée, ont bro&é sur leur passage *usqu’aux derni"res illusions de l’écrivain. Il était paci iste et antimilitariste. Les événements, les aits, les implacables aits réels, ne manqu"rent pas de lui apporter chaque *our, avec le lot des in ormations, l’insulte d’un démenti si violent et si cruel qu’il n’est exagéré de penser que ce drame6l!, cette guerre dite 'rande, ut un spectacle au6dessus de ses orces. Le réel, si lourd, si noir, n’eut pas trop de mal ! venir ! bout des derniers sursauts de cet homme. 0n guise d’adieu et d’épitaphe, laissons6lui le dernier mot , - Je n’ai 1amais pris mon parti de la méchanceté et de la laideur des hommes. . Gacques #0LL024OII
A4omancier original, voire subversi par sa mani"re d’obliger ses lecteurs ! se poser des questions et ! remettre en cause leur perception du monde, Gacques #elle roid est notamment l’auteur de Les =toiles filantes R:<;PS, Le réel est un crime parfait monsieur <lac> R:<;TS, au titre énigmatique et éminemment mirbellien, ?o5a&e de noces R:<;US, Le ?oleur du temps R:<;VS, 'eines capitales R:<;<S, :ille de 1oie, R:<<<S et L’,&ent de chan&e RJ===S. /ritique d’art, il a publié une importante étude sur )ierre 9oulages, Encre noire sur pa&es blanches RJ==;S. Iramaturge, il est l’auteur de Les Clefs d’or R:<<MS. /et article était initialement destiné ! para3tre ! La @.).:., mais Gacques #elle roid en o re la primeur aux Cahiers Actave %irbeau. Ku’il en soit bien vivement remercié WC

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