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LES LIEUX DANS NADJA

Si la littérature romantique a souvent refusé la ville comme lieu de


perdition (en cela s'inscrivant dans la suite de Rousseau), les écrivains
surréalistes ont magnifié la ville et plus particulièrement Paris. Pensons au
roman d'Aragon : le Paysan de Paris cité page 56 . Les surréalistes
explorent la ville, en sondent les mystères (Mystère de Paris pourrait être
un autre titre pour Nadja…) et ce n'est pas pour rien que Breton fait
commencer l'énumération des rencontres annonciatrices à l'Hotel des
Grands Hommes, puisque c'est là, avec Philippe Soupault qu'il rédige le
texte fondateur du surréalisme : Les Champs magnétiques. (23)
D'ailleurs, une autre évocation annonciatrice mérite d'être évoquée :
celle de Nantes (où apparaît le nom de Paris) : "Nantes : peut être avec
Paris la seule ville de France où j'ai l'impression qu'il peut m'arriver
quelque chose qui en vaut la peine…. Où pour moi la cadence de la vie
n'est pas la même qu'ailleurs, où un esprit d'aventure au-delà de toutes
les aventures habite certains êtres." (32)

La ville est le lieu des possibles, lieu érotique par excellence parce
qu'y peut surgir la femme, la passante… comme le rappelle l'évocation par
Nadja d'un épisode des Pas Perdus : "l'irrésistible appel qui nous porta,
Aragon et moi, à revenir aux points mêmes où nous était apparue
véritable sphinx sous les traits d'une charmante jeune femme allant d'un
trottoir à l'autre interroger les passants…" 77

Les photographies de lieux, les toponymes multiples que l'on


découvre, en feuilletant Nadja, sont autant d'indices que la double quête
biographique pour Breton, amoureuse pour Nadja est étroitement liée aux
lieux, aux génies des lieux. Voyons ce que sont ces lieux. Voyons si on
peut en dresser, après l'inventaire, une typologie ; achevons le travail par
une réflexion sur les fonctions, les rôles de ces lieux

I INVENTAIRE
Atelier chez Breton, rue Fontaine, où il reçoit
Nadja 126
Aubes plaque indicatrice (de?) 155
Avignon où Breton se rend avec X 155
Bar (lieu de rendez-vous) angle rue Lafayette et faubourg
Poissonnière 71
Batignolles (boulevard) avec un bar où Breton rencontre Nadja (106)
Bois Charbons magasins que Breton "devine" avant même
leur apparition
Boulevard Bonne Nouvelle lieu favori de Breton pour ses
déambulations 36 153
Boulevard Magenta où Nadja prétend aller se faire coiffer
64
Centrale surréaliste lieu de rencontre des surréalistes
épisode du gant bleu 57
Chaussée d'Antin où Breton rencontre Nadja par hasard (6/10)
76
Chéroy (rue) où est situé l'hôtel du Théâtre 94
Cinéma à la Porte Saint Denis où Breton voit l'Etreinte de la Pieuvre
36
Cinéma des Folies dramatiques où Breton voyait des films en
compagnie de Vaché 39
Cinémas du Xème arrondissement que fréquente Breton 39
City hôtel hôtel de la place Dauphine où a logé Breton
81
Claridge hôtel où, sans doute, Nadja
est sûre de rencontrer des "protecteurs" 91
Conciergerie station dans les
déambulations du 6 octobre (Nadja ne veut la
quitter) 85
Conservatoire de Renée Maubel lieu de rencontre avec Eluard 27
Dauphin bar où s'achèvent les errances nocturnes du
6 octobre
Dauphine (Place) où vont, par "erreur", Breton et Nadja 79
Dorbon librairie avec uen affiche à main rouge 99
Electric Palace cinéma où Breton rencontre une femme nue
41
Faubourg Poissonnière (rue du) où errent Breton et Nadja (4/10) 70
Fontaine (rue) chez Breton "sommeil" de Desnos 32
Gare du Nord arrivée de Nadja à Paris ; près d'un bar
65
Hôtel des grands Hommes point de départ de la quête
biographique 23
Hôtel du Théâtre où loge Nadja 94
Hôtel Henri IV situé place Dauphine 81
Ile Saint Louis où devaient se rendre Nadja et Breton
le soir du 6 79
Italie d'où Aragon envoie la
reproduction de la Profanation de l'hostie 94
La Haye aux Pays Bas où Nadja va chercher la cocaïne
91
Le Peletier station de métro par où
passent Breton et Nadja le10 octobre
Lille d'où vient Nadja 65
Lyon (gare de ) où le train "bondit" sans cesse 160
Magenta (boulevard) où se dresse le Sphinx hôtel (où a logé
Nadja) 105
Malaquais (Quai) où Nadja et Breton dînent le soir
du 10 octobre au restaurant Delaborde 97
Manoir d'Ango aboutissement de la quête ; écriture de
Nadja 23
Marché aux puces de Saint Ouen rencontre avec Fanny Beznos 55
Marché aux puces de Saint Ouen trouvaille du demi cylindre blanc 56
Maubert (Place) statue d'Etienne Dolet génératrice de
malaise 24
Mont Dore où Nadja rêve d'aller se faire soigner 70
Mont Dore où Nadja veut se faire soigner
Nantes rencontre avec l'ouvrière 32
Palais de Justice tourne le dos à la place
Dauphine, un souterrain en part 81
Palais Royal où Nadja rencontre Mme Aubry-
Abrivard 102
Panthéon (Place du) rencontre avec celle qui annonce
Benjamin Péret 30
Porte Saint Denis belle porte inutile 36 153
Pourville non loin d'Ango, où réside la dame au gant
bleu 59
Pourville où Aragon montre l'hôtel ou rouge se lit
police 59
Rue Lafayette où Breton rencontre Nadja pour la
première fois 63
Sable (île du) où a disparu l'aviatrice américaine 161
Saint George (rue) où Breton rencontre Nadja qui
avait omis un rendez-vous 90
Saint Honoré (rue) où s'achèvent les errances nocturnes
du 6 octobre
Saint Lazare (gare) point de départ du voyage du 12
octobre
Saint-germain aboutissement (avec son château) du
voyage nocturne du 12 octobre
Seine (rue de) par où Nadja refuse de passer le 10
octobre 99
Seine station dans les déambulations nocturnes du
6 octobre 87
Statue de Rousseau vue depuis son hôtel, génératrice de
malaise 30
Théâtre des Arts dans la rue où loge Nadja 78
Théâtre des Deux Masques où Breton va voir les "Détraqués" 41
153
Théâtre français où Nadja raconte avoir été abordée par un
homme 92
Théâtre Moderne salle de théâtre fréquentée par
Breton, passage de l'Opéra 40
Tuileries et son jet d'eau ; station
dans les déambulations du 6 octobre 87
Varenne (rue de) où habite Mme Aubry-Abrivard 105
Vésinet et sa foret où se promènent Breton et Nadja
107
Zimmer brasserie où Nadja a reçu des coups 114

On ne peut qu'être frappé par le grand nombre de lieux évoqués dans


Nadja. On fera remarquer que n'ont été recensés des lieux que ceux qui
portaient un nom propre, un toponymes, mais que le texte de Breton
évoque également ce qu'on pourrait appeler des lieux "génériques". Il
s'agit surtout
De la foret : foret où Breton imagine de rencontrer une femme nue
page 40; le foret du poème de Jarry dans laquelle Nadja entre en pensée
72
Du château :pour évoquer la voix en écho de Nadja réclamant de
breton qu'il écrive un roman sur elle 100; du château que Breton évoque
implicitement 113

D'un parc : où apparaissent les deux femmes en noir du jeu


d'imagination de Nadja 74 et dont on peut imaginer qu'il prolonge un
château

II QUELLES TYPOLOGIES

Quelle organisations, quelles cohérences, quelles hiérarchies donner


à ces lieux?

a) parisiens ou pas

Il est aisé de remarquer que la plupart des lieux évoqués sont


"parisiens".
Si l'on examine les autres, on remarque qu'ils sont nettement moins
nombreux, qu'ils sont moins précis.
Ils désignent des noms de ville et de pays : Lille, Lyon, Avignon, La
Haye, l'Italie, Ango et Pourville, l'Alsace et Strasbourg. On se rend compte
qu'ils s'organisent en trois grandes nébuleuses : le Nord, le Sud et l'Ouest
et l'Est. Les lieux se dispersent aux quatre points cardinaux et du même
coup, on se rend compte que Paris occupe une position centrale dans
cette "toile" qui n'est pas sans évoquer la toile d'araignée : "c'est à adire
la chose la plus scintillante et la pus gracieuse, n'était au coin ou
dans les parages, l'araignée"
La grande majorité d'entre eux concernent Paris et, dans Paris, une
zone très précise. Si l'on suit sur un plan de Paris les déambulations de
Breton, puis celles de Breton et de Nadja, on remarque qu'elles n'excèdent
jamais -à la seule exception du voyage en train jusqu'au Vésinet- un
double périmètre assez précis, assez serré
-celui du Xème arrondissement : avec ses hauts lieux : Rue la
Fayette, Boulevard Bonne Nouvelle et Boulevard Poissonnière, sans oublier
la rue Fontaine
-celui du 1er arrondissement : avec ses hauts lieux : Place
Dauphine, Tuileries, ile Saint Louis…

b) la rue avant tout

Statistiquement, les rues (passages, rues, boulevards, places,


trottoirs…) dominent. La rue est omniprésente. En tous les cas, ce n'est
pas dans les lieux clos, dans toutes les prisons du corps et de l'esprit qui
menacent les êtres, dans Nadja (prison du travail et de l'usine ; prison de
l'hôpital psychiatrique, prison de la raison et prison de la folie…), que la
rencontre libératrice peut se faire la première apparition de Nadja se fait
dans la rue, sur le trottoir, fait d'elle une fille des rues (mais avec toutes
les connotations de liberté aérienne, de vent qui peuvent s'y attacher…) :
"je veux dire… la créature toujours inspirée inspirante (motif
clairement respiratoire et aérien) qui n'aimait qu'être dans la rue,
pour elle seul champ d'expérience valable, dans la rue, à portée
d'interrogation de tout être humain lancé sur une grande
chimère" 113
Bien entendu, les rues, ouvrent des passages dans la ville,
suggèrent des directions : "Nous tournons rue de Seine, Nadja
résistant à aller plus loin en ligne droite." 99 mais, au lieu de céder à
leur sens a priori, il faut les envisager comme une sorte d'espace sans
repères a priori. La rue, si on la veut surréaliste, ne doit pas être
parcourue par un marcheur mais par un errant. Le marcheur est celui
qu'un emploi du temps, qu'un rôle social oblige à se déplacer avec un but :
ainsi les piétons rencontrés par Breton le 4 octobre : "les bureaux, les
ateliers commençaient à se vider, du haut en bas des maisons des
portes se fermaient, des gens sur le trottoir…" 63. A cette marche
fonctionnalisée, finalisée (rentrer chez soi, aller au travail), signe et
symbole de la castration, de l'amputation, d'incomplétude, Breton oppose
l'errance, le sans but : "sans but, je poursuivais ma route dans la
direction de l'Opéra…" 63… L'errant véritable ne guide pas ses pas,
n'oriente pas ses pas, il est guidé et dirigé par eux… une correction dans
l'édition de 1962 nous apprend long : en 1928 : "Nous sortons du jardin
et ne tardons pas à…" devient : "Au sortir du jardin nos pas nous
conduisent.." 88. C'est Nadja également qui s'écrie en découvrant le titre
de l'œuvre de Breton Les pas perdus : "Les Pas perdus, mais il n'y en
a pas…" 72. Pas perdus désigne la salle où l'on tourne en rond dans les
tribunaux en attendant l'annonce d'un verdict… Nadja corrige un "pas"
n'est pas perdu, n'est jamais perdu.. Car un pas est à la fois ce qui
désigne la marche en avant : "faire un pas" autant que le passage (le col
en montagne ou le pas de calais)

c) Privés publics
Ecoutons Breton, dans les Pas Perdus : "Autrefois, je ne sortais
de chez moi qu'après avoir dit un adieu définitif à tout ce qui s'y
était accumulé de souvenirs enlaçants, à tout ce que je sentais
prêt à s'y perpétuer de moi-même, La rue, que je croyais capable
de livrer à ma vie ses surprenants détours, élément, j'y prenais
comme la rue avec ses inquiétudes et ses regards, était mon
véritable nulle part le vent de l'éventuel"
Si l'on a bien entendu, Breton oppose le "chez moi" à la rue; l'espace
privé à l'espace public et l'on entend aussi derrière les mots l'opposition
entre contrainte et liberté : le participe "enlaçants" s'opposant au "vent de
l'éventuel"
Si l'on fait mentalement le tour des lieux mentionnés par Breton, on
se rend compte que la plupart des lieux mentionnés font référence à un
espace public.. Nadja se passe essentiellement dans des lieux ouverts à
tous : théâtres, rues, hôtels, passages, cinémas, gares, trains…
Réentendons la remarque de Breton : "On peut en attendant être sur
de me rencontrer dans Paris, de ne pas passer plus de trois jours
sans me voir aller et venir vers la fin de l'après midi, Boulevard
Bonne nOuvelle, entre l'imprimerie du matin et le boulevard de
Strasbourg. Je ne sais pourquoi, c'est là que mes pas me portent,
que je me rends presque toujours sans but déterminé, sans rien
de décidant que cette donnée obscure, à savoir que c'est là que
se passera cela" 36
En revanche, le récit n'évoque quasiment jamais les lieux privés :
exemple du 5 octobre : après avoir rencontré Nadja, Breton écrit : "je la
quitte à ma porte" 74 En une phrase qui marque l'entrée de breton
dans un espace privé, son retour dans un espace privé qui est également
un espace conjugal, le récit s'arrête et Nadja disparaît. Cette association
de l'espace privé, de la conjugalité se retrouve plus d'une fois : "Je sors
vers trois heures avec ma femme et une amie" 90. Il faudra attendre
bien longtemps dans le cours du récit pour voir Breton évoquer une visite
de Nadja, chez lui, dans son atelier : "Nadja est venue chez moi, dans
mon atelier" 126

c) Dehors dedans

Premier constat : le récit qui répond au titre Nadja se déroule dans


des lieux qui s'organisent autour d'une opposition simple mais forte : celle
de l'intérieur avec l'extérieur. Si on dresse une liste de ces lieux, on ne
peut qu'être frappé par l'alternance, l'opposition, entre les scènes
d'intérieur et celles d'extérieur. Dressons un catalogue de ces lieux

Intérieurs
-le manoir d'Ango et la hutte où Breton écrit Nadja
-Les hôtels : ceux où ont logé Breton, Nadja
-Les théâtres
-les cinémas
-les bars
-des gares
-les restaurants
-l'atelier de Breton, rue Fontaine
-l'hôpital psychiatrique où Nadja est enfermée

Extérieurs
-Nantes et le parc Procé
-Le marché aux Puces de Saint-Ouen
-Place Dauphine
-Boulevards et rues de Paris
-l'île du Sable

mais très vite, on se rend compte que les lieux que l'on a
rangés dans la première catégorie ne renvoient pas si nettement que cela
à la clôture et à la fermeture. Si l'on met de cote l'hôpital psychiatrique, on
se rend compte que tous les lieux sont des lieux de passage, de lieux de
rencontre, des lieux, des lieux marqué par le provisoire, l'aléatoire, le
changement et donc, forcément, par la surprise, l'imprévu, le surprenant
et le déconcertant. On se doute que Nadja ne pouvait se dérouler dans
l'intimité rassurante de la chambre. Pour sa quête, Breton a besoin de
lieux où le "vent" souffle, c'est à dire le "vent de l'éventuel". Les lieux
-souvent associés- au spectacle de façon implicite, sont des lieux où il y à
"voir" où l'œil, sans cesse en alerte ne peut manquer le spectacle qui s'y
donne

*Paris theatral

*toponymes
Les lieux où ses propres pas, où les pas de Nadja mènent
Breton ont -lieux parisiens et urbains oblige- des noms. Or, tout passage
par un lieu est passage par un nom ou passage d'un nom ; toute rencontre
dans un lieu est aussi rencontre d'un nom… En tous les cas, les noms
peuvent immédiatement entrer dans le réseau des faits-glissades.
Donnons en quelques exemples
-boulevard Bonne Nouvelle : n'est-il pas le boulevard favori de
Breton, son lieu de déambulation de prédilection… Mais son nom n'est-il
pas déjà l'annonce de la bonne nouvelle -faubourg Poissonnière : le
nom de ce boulevard où errent breton et Nadja le 4 octobre ne peut-il
entrer dans une série aquatique et pisciforme dont témoignent ensuite
l'île Saint Louis…. Et l'île du Sable et Avignon, son pont et le Rhône, les
tuileries et son jet d'eau, la Rue Fontaine, la Seine et la rue de Seine, le
Bar du Dauphin et la place Dauphine, les allusions à l'eau qui parsèment
les "paroles sibyllines" de Nadja…
-la rue Lafayette n'est-elle pas un nom qui évoque la liberté et
la Révolution française (indiction que la photographie de la devanture de
la librairie l'Humanité confirme ainsi que les lignes consacrées à Trotski
63, les remarques sur les Parisiens pas encore "prêts à faire la Révolution"
63 ou la remarque de la page 69 " : la plus ou moins longue mais la
merveilleuse suite de pas qu'il est permis à l'homme de faire
désenchaîné… Pour moi, ces pas sont tout… Ils finiront bien par dessiner
une route et sur cette route qui sait si n'apparaîtra pas le moyen de
désenchaîner ou d'aider à désenchaîner ceux qui n'ont pas pu suivre ? 69
ou encore les remarques de Breton à propos des journées de pillage dites"
Sacco-Vanzetti" 153. En tous les cas, il faut garder à l'esprit que les
déambulations de Breton ont pour finalité la liberté. Il s'agit de trouver la
liberté par le moyen de la liberté, de faire souffler le vent de la liberté, de
la Révolution, en donnant toutes ses chances, au hasard, à la rencontre
libre et libératrice.
-le Sphinx Hôtel, (105) nom de l'hôtel où Nadja est descendue
à Paris : peut être Nadja a-t-elle souhaité trouver là de quoi la rassurer et
lui laisser entendre qui elle était ; mais plus sûrement sphinx pour Breton ;
en tous les cas, le nom de la bête fabuleuse (mi-animal mi-femme comme
cette image étrange de la maison de Pourville où un "tigre" laisse place à
un "ange") se retrouve pour l'évocation de cette femme rencontrée par
Aragon et Breton ("ce véritable sphinx apparu sous les traits d'une
femme" 77), en laquelle Nadja se reconnaît, se retrouve; Sphinx qui ouvre
tout le réseau de la quête du sens, de la quête de l'identité si importante
pour Breton : ""l'événement dont chacun est en droit d'attendre la
révélation du sens de sa propre vie, cet événement que peut-être je n'ai
pas encore trouvé mais sur la voie duquel je me cherche…" 61..; Breton,
comme un moderne Œdipe, ne rencontre-t-il pas Nadja à un carrefour… A
ce réseau renvoie bien entendu la question qui ouvre le livre, question
œdipienne :"je me révèlerai ce qu'entre tous les autres, je suis venu faire
en ce monde et de quel message unique je suis porteur…" Nadja est celle
qui devrait permettre de savoir dès l'instant où, comme Breton, on pense
que "il se peut que la vie demande à etre déchiffrée comme un
cryptogramme. Des escaliers secrets, des cadres dont les
tableaux glissent rapidement…" 113
-La réclame Mazda (135) (qui laisse entendre le nom de Nadja)
et qui ouvre une série lumineuse, électrique.;; qui évoque l'Electric Palace
avec l'apparition d'une femme nue 41, qui évoque la nuit étincelante des
Tuileries (6 octobre) ouvre le réseau capital de la voyance, de la lucidité,
du reve et de la veille, des yeux fermés et des yeux ouverts, du réel et du
surréel,

En tous les cas, en passant en revue tous ces toponymes (mais on


pourrait continuer à s'amuser…), on se rend compte que tous les réseaux
ouverts par un nom propre sont des réseaux ambivalents. On ne peut
évoquer la lumière sans la nuit; la liberté sans la contrainte et
l'oppression, le sens sans la folie, l'eau sans le feu….

*densités

*Paris en large et en épaisseur

*Paris d'aujourd'hui et d'hier