Vous êtes sur la page 1sur 11

INTRODUCTION GENERALE

L a question de l’utilisation de la politique budgétaire à des fins de stabilisation 1 de l’activité économique a toujours été au cœur des débats qui ont animé

l’évolution de la macroéconomie. Depuis la parution de l’ouvrage de la « Théorie Générale de l’Emploi, de l’intérêt, et de la Monnaie » de Keynes en 1936, aucune question macroéconomique n’a suscité plus de controverses, de révolutions et de contre- révolutions que les conséquences des déficits et de la dette publique sur l’économie. Avec la révolution keynésienne, « la doctrine conventionnelle » des « budgets équilibrés » est devenue obsolète. En effet, dans les années cinquante et soixante et jusqu’au début des années soixante-dix, l’utilisation de la politique budgétaire comme instrument de lissage des fluctuations du cycle a été considérée comme l’un des piliers les plus importants de la politique économique. Dans la représentation du modèle IS-LM, la politique budgétaire de relance entraîne un enchaînement vertueux. Une hausse des dépenses publiques provoque, par le jeu du multiplicateur, une augmentation similaire de la demande agrégée et donc de la production. Même enrichis par la prise en compte des effets d’éviction financière, les évaluations des modèles macroéconométriques concluent généralement à la prépondérance des canaux keynésiens (Wallis [2004]). Contrairement à ces modèles, qui supposent des hypothèses sur les comportements, les modèles VAR, permettant de mesurer directement l’impact des innovations de politique budgétaire, donnent différents résultats de la valeur des multiplicateurs des composantes budgétaires (Perotti [2004] et Gali et al. [2004]).

La politique budgétaire discrétionnaire- populaire dans les années cinquante et soixante- a commencé à être moins prisée dans les années 1970. En effet, suite aux chocs

1 Depuis Musgrave [1959], on distingue la fonction de stabilisation de celle de redistribution et d’allocation. Cette dernière s’intéresse à la politique structurelle; sa définition ne pose aucun problème. Le problème concerne la distinction entre les deux premières fonctions. Il y a redistribution lorsque le revenu disponible diffère du revenu primaire en raison des prélèvements et des transferts : le rapport du revenu disponible au revenu primaire est plus élevé pour les ménages pauvres (régions) que pour les ménages (régions) riches. La stabilisation concerne les variations des dépenses budgétaires et des impôts en fonction de la variation de l’activité économique. Il y a stabilisation lorsque, pour tous ménage (toute régions), qu’il soit riche ou pauvre, les variations transitoires du revenu disponible sont plus faibles que celles du revenu primaire. La stabilisation recouvre le champ d’analyse de court (face à des chocs) et de moyen terme (tout au long du cycle économique).

d’offre qu’ont connu les pays développés et l’échec relatif des politiques de relance qui n’ont apporté que des réponses mitigées, les politiques du « Fine Tuning » ont commencé à être sérieusement critiquées. Depuis le premier choc pétrolier en 1973, le gonflement des déficits budgétaires constitue un trait commun à l’ensemble des pays industriels. L’augmentation corrélative de l’encours de la dette publique conjuguée à celle des taux d’intérêt réels explique l’alourdissement, dans des proportions considérables, de la charge de la dette. En effet, des dettes publiques élevées accaparent des ressources fiscales pour leurs services et rendent plus difficile l’équilibre des comptes budgétaires. Ces évolutions ont resurgie des questions concernant la situation des finances publiques. Les contradicteurs de l’analyse keynésienne ont considéré que des règles budgétaires plus contraignantes sont de plus en plus indispensables. D’après eux, les disciples de Keynes ont poussé ses idées concernant l’utilisation de la politique budgétaire discrétionnaire au- delà de ce qu’il avait lui-même souhaité (Tanzi [2005]).

Du point de vue macroéconomique, les contradicteurs de l’analyse keynésienne ont présenté plusieurs justifications théoriques à l’encontre de l’utilisation de la politique budgétaire comme outil de réglage de la conjoncture. Ils considèrent que les hausses des déficits et de l’endettement public peuvent se répercuter sur le niveau du taux d’intérêt dans l’économie, d’où il s’ensuivrait un effet d’éviction financier et réel. En réduisant les dépenses publiques, l’économie devrait retrouver un niveau plus faible de taux d’intérêt ce qui devrait permettre à moyen terme d’impulser l’accumulation du capital et donc la production potentielle. Un accroissement des dépenses publiques non compensé par l’impôt ou par un excédent du secteur privé, engendrerait un déficit du secteur extérieur en évinçant les exportations. Tandis que les politiques budgétaires en cours peuvent affecter les taux d’intérêt par le biais d’un accroissement de la demande de capitaux, les anticipations de déficits et de dettes peuvent donner lieu à une augmentation des primes de risque liées au crédit qui aggraveront alors les conditions de financement et donc la dynamique du déficit et de la dette. En effet, l’écart positif entre le taux d’intérêt réel et le taux de croissance du PIB ferait craindre une augmentation incontrôlable de la dette publique et donc un risque d’insoutenabilité qui ôte toute marge de manœuvre à une politique budgétaire active face à une détérioration du cycle (Giammarioli, Nickel, Rother et Vidal [2007]). A plus long terme, un niveau élevé de la dette publique serait synonyme de monétisation et de taxe inflationniste. En effet, même si la Banque centrale

est indépendante de toute intervention politique, elle serait obligée dans le cas d’un risque éminent à jouer le rôle du dernier ressort (Wyplosz et Eichengreen [1998]).

Plusieurs autres arguments ont été également avancés pour remettre en cause le recours à la politique budgétaire de stabilisation. En reconsidérant les fondements de la macroéconomie, les modèles d’équilibres avec anticipations rationnelles ont conduit à construire un nouveau point de vue sur la politique budgétaire. Le théorème de l’équivalence ricardienne considère que des dépenses publiques supplémentaires n’auraient aucun impact sur la demande globale, car les ménages anticiperaient une hausse future des impôts pour financer les charges d’intérêts et augmenteraient leur épargne du même montant des dépenses. La politique budgétaire est alors totalement impuissante à relancer la consommation des agents malgré l’augmentation de leurs revenus disponibles. Dans la même perspective, « la théorie anti-keynésienne » des effets budgétaires considère que des efforts massifs et « crédibles » d’assainissement des finances publiques pourraient ne pas avoir, à court terme, des effets négatifs sur la demande agrégée et ne compromettaient pas la croissance de la production. En revanche, les politiques budgétaires du soutien de la demande pourraient avoir des effets contraires à ceux attendus dans le schéma keynésien. En conséquence, une baisse des dépenses publiques serait perçue comme un signal de baisse des impôts qui rendrait possible une réduction de l’épargne et une relance de la consommation.

L’efficacité de la politique budgétaire a été surtout remise en cause par l’analyse en termes de crédibilité et de cohérence temporelle des politiques macroéconomiques optimales (Kydland et Prescott [1977]). Cette analyse a mis en évidence le lien existant entre les performances macroéconomiques d’un pays et le cadre institutionnel au sein duquel agissent les décideurs politiques. Elle a montré que les politiques discrétionnaires sont trop laxistes. En effet, un décideur politique rationnel laissé à lui-même est tenté de «surexploiter » la politique macroéconomique dans le but de masquer momentanément les symptômes de maux structurels plus délicats à traiter. Dans le cas de la politique monétaire, cela se traduit par un biais inflationniste. Dans le cas de la politique budgétaire, par une explosion de l’endettement et des déficits excessifs. Les critiques formulées à l’encontre de l’intervention publique ont abouti à la conclusion que les politiques économiques devraient s’appuyer sur des règles simples plutôt que sur des actions discrétionnaires de la part des responsables politiques. Si des biais laxistes

risquent d’être dangereux pour la stabilité macroéconomique, ces tendances pouvaient être éliminées à condition de placer le décideur politique dans un cadre institutionnel susceptible de l’inciter à davantage de discipline. En conséquence, imposer des règles d’actions précises éliminerait une source importante d’incertitude et d’instabilité dans l’économie. Ainsi, la délégation du pouvoir monétaire à une agence indépendante du pouvoir politique, la Banque centrale, dotée d’un mandat précis de stabilité des prix, s’inscrit dans la volonté d’obtenir un degré optimal de stabilité macroéconomique. Dans la mesure où la politique budgétaire est dans les mains des gouvernements, « lier leurs mains » en les encadrant par des règles établies par voie législative ou constitutionnelle contribue également à la réalisation du même objectif de stabilité.

En plus, au delà de l’efficacité de la politique budgétaire discrétionnaire, la réussite des politiques de stabilisation est fondamentalement conditionnée par les possibilités d’agir sur la production juste au bon moment. Les contraintes institutionnelles et l’irréversibilité des décisions budgétaires sont autant de facteurs qui se conjuguent pour rendre les mesures discrétionnaires de politique budgétaire mal adaptées à des fins de stabilisation. Les délais de mise en œuvre peuvent déstabiliser au lieu de stabiliser la production potentielle. Les autorités politiques mettront du temps pour comprendre l’origine du choc et pour mettre en place la politique adéquate. Plus le délai de mise en œuvre de la politique de relance est important, plus l’effet sur l’activité est récessif. Les délais entre le moment où l’on reconnaît la nécessité de prendre des mesures et leur mise en œuvre effective sont longs, de sorte que des mesures visant à stimuler l’activité économique prennent souvent effet en phase de reprise, et inversement. Une difficulté supplémentaire relative à la mise en place des politiques budgétaires est liée à des considérations de choix public. Une hypothèse implicite et fondamentale de la politique budgétaire est que les impôts et les dépenses publiques peuvent être réduits ou augmentés de la même facilité. Or, dans la réalité, il existe souvent une asymétrie dans l’utilisation de l’instrument budgétaire dans la mesure où il est généralement plus facile politiquement de réduire les impôts et d’accroître les dépenses que de faire l’inverse. Cette asymétrie tend à entraîner des déficits budgétaires structurels et des dettes élevées même dans les périodes normales (Tanzi [2005]). Dès lors, la gestion discrétionnaire de la demande peut être déstabilisatrice au lieu d’exercer une action modératrice sur les fluctuations économiques. Comme le notait Feldstein [1982], « l’étendue de notre ignorance et les effets potentiellement puissant des changements budgétaires impliquent qu’il faudrait

limiter l’ampleur des politiques budgétaires discrétionnaires ». La politique budgétaire ne doit être utilisée que lorsque l’impact recherché est important et que les délais d’action ont peu d’importance, compte tenu de la longueur de la dépression ou de la surchauffe.

Depuis le changement de la configuration intellectuelle vers la fin des années soixante-dix, les principaux piliers d’une croissance économique équilibrée sont basés exclusivement sur une politique monétaire orientée vers la stabilité des prix, une politique budgétaire axée sur un objectif de soutenabilité et une primauté donnée aux politiques de l’offre au détriment de celles de stimulation de la demande (Solow [2002]). Contrairement aux opinions qui prévalaient au début des années cinquante et soixante, le consensus actuel entre les économistes- du moins dans les grandes organisations internationales- considère que des politiques budgétaires discrétionnaires ne sont plus désirables, ni politiquement réalisables et peuvent compromettre la soutenabilité des finances publiques et la stabilité macroéconomique à long terme. Par conséquent, les mesures discrétionnaires doivent être davantage justifiées par la nécessité d’engager des réformes structurelles et de maintenir des finances publiques saines à long terme.

Au cours de la dernière décennie du siècle passé, l’opinion dominante Partout dans le monde concernant la contribution de la politique budgétaire à la stabilité macroéconomique s’est totalement modifiée. Cette opinion considère qu’un cadre orienté vers le moyen terme est approprié pour prendre en compte les considérations relatives à

la stabilisation et à la soutenabilité. En 1993, les Etats-Unis étaient sortis d’une crise

grave après l’adoption par le gouvernement Clinton de mesures restrictives et la période

d’expansion des années 1990 a été l’une des plus longues de l’histoire américaine. En Europe, le Rapport Delors [1989] a considéré que la nécessité d’instaurer un cadre budgétaire fondé sur les règles budgétaires est encore plus grande au sein d’une Union Monétaire dotée d’une politique monétaire centralisée et des politiques budgétaires

décentralisées qu’au niveau d’un seul pays. Les politiques budgétaires pourraient avoir un biais expansionniste du fait de la dilution des effets d’éviction par les taux d’intérêt et les taux de change sur l’ensemble de la zone. Les effets de contagion d’un niveau élevé d’endettement au taux d’intérêt sont plus directs dans une Union Monétaire du fait de la Monnaie unique et du degré élevé d’intégration entre les marchés de capitaux nationaux.

A terme, ceci risque de rendre intenable la situation des finances publiques. Une telle

situation mettrait en péril la crédibilité de la Banque centrale et sa capacité à mener une

politique monétaire anti-inflationniste. Afin de limiter le risque de laxisme budgétaire et d’éviter que certains pays ne mènent des politiques budgétaires insoutenables et afin de préserver la stabilité monétaire, la mise en place des règles budgétaires a été considérée comme nécessaire pour contrecarrer les attitudes nationales. A ce titre, l’article I de la résolution du Conseil européen du 17 juin 1997 souligne qu’ « il importe de maintenir des finances publiqes saines en tant que moyen de renforcer les conditions propices à la stabilité des prix et à une croissance forte et durable génératrice d’emploi » et que « les politiques budgétaires devaient venir « à l’appui des politiques monétaires axées sur la stabilité ».

Dans l’Union Monétaire, les critères de convergence budgétaire (un déficit public ne dépassant pas 3% du PIB et un ratio d’endettement n’excédant pas 60% du PIB) imposées par le Traité de Maastricht (1992) ont agi comme un dispositif de sélection afin d’assurer que les pays voulant participer à la zone euro partagent une préférence pour la discipline. Les pays candidats ont conduit des politiques budgétaires prudentes par crainte d’être exclus de la liste des pays autorisés à adhérer à l’Union. Néanmoins, les incitations à maintenir une politique budgétaire restrictive pouvant s’affaiblir une fois dans l’Union, et ce d’autant plus que les années précédant la sélection ont été celles des plus importants efforts de consolidation (Creel et al. [2002]). Afin d’éviter que la discipline budgétaire ne s’affaiblisse, un nouveau cadre qui permet de continuer le rythme de la consolidation des finances publiques a été mis en place. Le Pacte de Stabilité et de Croissance (PSC) fut introduit en 1997. Ce dernier est censé octroyer des garanties supplémentaires concernant l’instauration d’une discipline budgétaire durable en régime permanent d’Union Monétaire. En contraignant les politiques budgétaires, il permettra de préserver « une Union Monétaire stable et non inflationniste » qui est considérée comme un « bien public européen ». Le PSC définit une orientation de moyen terme dont l’objectif est d’atteindre une situation de référence proche de l’équilibre, voire excédentaire, notamment dans les pays ou les finances publiques sont détériorées. En ce sens, il vise à « accroître les marges de manœuvre » des Etats en cas de retournement conjoncturel sans risquer de dépasser le déficit maximal autorisé de 3%. En effet, la baisse des déficits et de la dette permettra non seulement le recours aux stabilisateurs automatiques, mais également accroîtra la flexibilité de la politique budgétaire en permettant une utilisation de plus en plus contracyclique. Une telle situation créera les conditions nécessaires à l’utilisation du budget comme outil efficace pour absorber les chocs asymétriques et stabiliser

l’économie, surtout en l’absence de deux piliers importants de la politique économique (le taux d’intérêt et le taux de change).

Depuis le ralentissement de 2001, les objectifs fixés par le PSC n’ont été réalisé que partiellement. En effet, certains pays n’ont pas pu respecter la valeur de référence fixée par le cadre institutionnel budgétaire européen. Cette situation a exercé une incidence défavorable sur la mise en œuvre des règles budgétaires. Les difficultés rencontrées par la majorité des pays membres pour maintenir leur déficit budgétaire en dessous de 3% du PIB ont amené les instances européennes à reconnaître certaines déficiences du PSC. La divergence croissante entre les objectifs initiaux présentés dans les mises à jour annuelles des programmes de stabilité et les réalisations effectives ont amené à s’interroger sur l’efficacité du mécanisme mis en place par le Pacte. Depuis mars 2005, l’objectif d’un budget proche de l’équilibre ou excédentaire est défini en termes sous-jacents, afin d’isoler l’impact de la conjoncture sur les positions budgétaires. Avec cette réforme, les décideurs européens reconnaissent implicitement la faiblesse des procédures d’encadrement budgétaires et en conséquence les défauts des règles budgétaires restrectives. On assiste à un retour très vif de l’engouement à l’utilisation de la politique budgétaire contracyclique en Europe. Tanzi [2005] considère que « l’assouplissement des critères découle presque du relâchement des règles relatives à l’équilibre budgétaire ». De même aux Etats-Unis, une politique budgétaire de relance pour injecter une demande additionnelle a permit une relance rapide après la récession de 2001. Des mesures expansionnistes particulièrement vigoureuses prises par l’administration américaine- outre les mesures extraordianires prises par la Réserve Fédérale (FED) en ramenant les taux d’intérêt à des niveaux exceptionnellement bas- avaient contribué largement à tirer l’économie de la récession. Récemment, au début de 2008, d’autres mesures de relance avaient été prises. Confrontés à une crise très grave du marché immobilier, les Etats-Unis ont adopté un plan d’urgence de 1% du PIB de soutien à l’économie, destiné notamment aux deux tiers aux ménages à faibles et moyens revenus et pour un tiers aux entreprises.

Le débat sur la question de la stabilisation dans l’UEM a été très largement dominé par la question des coûts qu’impliquent le fait que l’Europe est très largement considérée comme ne satisfaisant qu’imparfaitement les conditions d’une Zone Monétaire Optimale (ZMO). En renonçant définitivement à la politique monétaire spécifique comme variable d’amortissement indispensable contre les chocs extérieurs et les fluctuations de l’activité

économique, les pays membres risquent de supporter des coûts d’ajustement bien nettement supérieurs aux gains en termes des coûts de transaction (Emerson [1990]). Au regard de la théorie économique traditionnel des ZMO (Mundell [1961], McKinnon [1963] et Kenen [1969]), cette renonciation aux ajustements par le change et par le taux d’intérêt peut être justifié s’il apparaît que d’autres mécanismes d’ajustement alternatifs (flexibilité des salaires et mobilité de la main d’œuvre, mécanismes du marché financier, fédéralisme budgétaire) sont opérationnels. L’absence de ces mécanismes et l’occurrence des chocs asymétriques du fait du processus de l’intégration (Krugman [1993]) ne feraient qu’accroître les problèmes de chômage et de disparités de revenus au sein de l’Europe.

La logique de l’Union Monétaire impose donc de trouver dans d’autres leviers de la politique économique les marges de manœuvre nécessaires pour faire face à des chocs spécifiques. La dévaluation ne sera plus envisageable alors que la politique monétaire commune déterminée par la Banque Centrale Européenne (BCE) devra refléter la situation de l’ensemble de la zone euro. En plus, son statut lui assure l’indépendance de moyens et lui fixe pour objectif principal la stabilité des prix. En l’absence de toute homogénéisation des structures économiques, le risque des perturbations asymétriques impose de nouvelles exigences à la politique budgétaire nationale pour stabiliser l’activité. Elle devra faire preuve à la fois de flexibilité et d’autonomie, tout en restant compatible avec les règles d’encadrement. Les politiques budgétaires sont incitées alors à remplir deux obligations : la première est de veiller à la discipline budgétaire, la deuxième est qu’elles devraient jouer leur rôle dans la stabilisation du cycle économique. De ce fait, les décideurs politiques des pays membres doivent arbitrer entre deux alternatives contradictoires : opter pour une politique budgétaire active moyennant le risque de violer les règles d’encadrement budgétaire ou se conformer strictement au Pacte au risque d’accentuer le ralentissement de l’activité. Dès lors, la question qui se pose est de savoir si le contexte institutionnel de l’Union Monétaire favorise, d’une part, la discipline et, d’autre part, une plus grande efficacité de la politique budgétaire en tant qu’instrument national de politique économique. C’est bien à cette question que tente de répondre cette thèse. Son objet s’inscrit plus particulièrement dans le débat sur les implications et les conséquences de l’imposition des règles d’encadrement des déficits budgétaires et des dettes publiques aux pays membres de l’Union Monétaire en Europe. Pour cet objectif, trois chapitres y seront consacrés.

Le premier chapitre s’intitule « Controverses sur l’implication de la politique budgétaire discrétionnaire de stabilisation du cycle ». Il passe en revue les arguments théoriques qui ont animé l’évolution de la macroéconomie à l’encontre de l’utilisation de la politique budgétaire discrétionnaire dans la stabilisation de l’activité économique. Parmi les nombreux développements théoriques en macroéconomie, deux arguments remettant en cause l’efficacité de l’instrument de relance par les déficits budgétaires seront présentés. Ces deux arguments ont été largement évoqués pour justifier les cures d’austérités imposées par le Traité de Maastricht et le Pacte de stabilité et de croissance. L’hypothèse de « l’équivalence ricardienne » (Barro [1974]) constitue le premier coup dur à l’encontre de l’utilisation de la politique budgétaire dans une optique de stabilisation conjoncturelle. Cette analyse considère que les effets de relance de la demande qui sont traditionnellement mis en avant par les analyses d’inspiration keynésienne seraient tout simplement neutralisés par les variations compensatoires du taux d’épargne des ménages, en prévision des impôts futurs qu’implique le recours courant à l’emprunt. Après avoir rappelé ses fondements théoriques, nous proposons une discussion critique des hypothèses de base de cette théorie et nous testons sa validité empirique. L’exercice consiste à estimer une fonction de consommation sur des données françaises (Section 1). Dans le même sens, la littérature récente portant sur les effets des politiques budgétaires avec anticipations rationnelles a démontré que les politiques budgétaires traditionnelles peuvent entraîner des effets « anti-keynésiens ». Depuis l’article de Giavazzi et Pagano [1990], une nouvelle théorie considère qu’une politique budgétaire « crédible » d’assainissement budgétaire pourrait ne pas avoir des effets négatifs sur la demande agrégée et en conséquence ne compromettait pas la croissance de la production à court terme. Afin d’analyser cette idée, nous présentons et discutons ses modèles théoriques et nous effectuons une étude empirique sur données empilées portant sur l’ensemble des pays membres de l’Union Monétaire afin de démontrer sa pertinence en pratique (section 2).

Le deuxième chapitre intitulé «Contrainte budgétaire intertemporelle et soutenabilité des finances publiques » a pour objectif d’étudier la question de la soutenabilité des politiques budgétaires. En régime d’Union Monétaire, l’examen de la soutenabilité des finances publiques des pays membres est essentiel pour appréhender leurs marges de manœuvre futures et pour éviter les répercussions négatives sur la situation des autres

pays partenaires. Depuis le début des années 90, avec l’indépendance des Banques centrales, l’inflation n’étant plus là pour éroder progressivement les déficits passés. Les administrations publiques sont soumises encore plus à la contrainte de dégager des surplus budgétaires. La condition de soutenabilité sera analysée d’abord en se référant à l’approche « actuarielle » basée la contrainte budgétaire intertemporelle. Après avoir rappelé le fondement théorique du concept de soutenabilité, nous procédons à une application empirique sur données individuelles pour quelques pays membres de l’UEM dans l’objectif de déterminer si les finances publiques dans ces pays sont sur une trajectoire saine ou explosive. L’exercice consiste à tester la contrainte de solvabilité inter-temporelle de l’État, en effectuant des tests de stationnarité (usuels et avec rupture structurelle) et des tests de cointégration (usuels et avec changement de régime) (Section 1). La soutenabilité est également analysée en termes d’interaction des politiques économiques. En raison de son interdépendance avec la politique budgétaire à long terme, la soutenabilité budgétaire devient aussi une préoccupation de la politique monétaire. En effet, la crédibilité du contrôle de l’inflation par la Banque centrale peut être compromise si le taux d’accumulation de la dette devient intenable. La littérature économique sur l’interaction des politiques économiques précise qu’en améliorant les anticipations d’une inflation basse et stable, la réduction du déficit budgétaire et de la dette publique facilite la tâche fondamentale de la préservation de la stabilité nominale. Tel est aussi le message principal développée par la théorie budgétaire du niveau des prix (Fiscal Theory of the price level : FTPL). Cette théorie considère que les règles budgétaires sont de nature à assurer la discipline et à soutenir l’engagement anti- inflationniste de la Banque Centrale. Cet argument paraît au cœur du PSC. Après avoir analysé les fondements théoriques de la FTPL, nous effectuons un travail empirique qui consiste à estimer une fonction de réaction des autorités budgétaires face à la progression de la dette publique afin de déterminer la nature du régime budgétaire (régime ricardien dans lequel c’est la politique monétaire qui domine ou régime non ricardien dans lequel c’est la politique budgétaire qui domine) dans les pays membres de l’UEM. Plusieurs tests d’hypothèses seront également effectués pour déterminer la robustesse de nos résultats.

Le troisième chapitre intitulé « Règles budgétaires et stabilisation de l’activité économique dans l’UEM» se focalisera sur un double objectif : l’impact des règles d’encadrement sur la soutenablité des finances publiques et la capacité de régulation

conjoncturelle des politiques budgétaires. Dans les pays membres de l’Union Monétaire, les règles budgétaires sont censées contribuer à l’assainissement des finances publiques et ménager une marge de manœuvre suffisante pour que les stabilisateurs automatiques opèrent librement en cas de fluctuations conjoncturelles ordinaires, sans toutefois risquer de dépasser le déficit maximal autorisé. Un examen de la « fiabilité » des cibles budgétaires visées dans les différents programmes de stabilité permettra d’expliquer si les positions budgétaires sont suffisamment saines pour pouvoir laisser jouer librement les stabilisateurs automatiques sans risquer de faire croître le déficit public dans des proportions excessives (Section 1). Plusieurs économistes considèrent que des contraintes chiffrées risquent de brider les capacités stabilisatrices automatiques et discrétionnaires des politiques budgétaires. En effet, le débat sur l’efficacité des politiques budgétaires dans le cadre du Pacte est centré essentiellement sur les deux questions suivantes :

L’imposition des plafonds d’endettement et de déficit introduit-elle une contrainte en matière de recours à une politique budgétaire contracyclique ? Est-il vrai que l’adoption du pacte a été associée à une aggravation du biais asymétrique de la politique budgétaire ? L’étude empirique de la fonction de réaction des autorités budgétaires face au cycle économique permettra d’évaluer jusqu’à quelle mesure les contraintes institutionnelles associées au traité de Maastricht et au Pacte ont rendu contracyclique ou procyclique la conduite des politiques budgétaires des pays membres. Le comportement des autorités budgétaires face à la progression de la dette est également examiné (Section

2).