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Excellences,

Monsieur le président,

Madame la première ministre, chère Michèle Duvivier Pierre-Louis,

Mesdames, Messieurs les ministres et secrétaires d'État,

Parlementaires,

Membres des corps diplomatique et consulaire,

Monsieur le représentant de l'UNESCO,

Monsieur le secrétaire général de la Commission nationale de l'UNESCO en Haïti,

Monsieur le représentant de l'OIF en Haïti,

Mesdames, Messieurs les représentants des organisations et agences internationales partenaires d'Haïti,

Mesdames et messieurs les serviteurs de l’État,

Mesdames et messieurs membres et partenaires solidaires de la grande famille des universités,

Distingués invités,

Chers amis,

Tout d’abord, que d’esprits brillants et volontaires réunis dans cette salle!

Réunis pour la cause d’un pays, d’une nation, de toutes ses filles et de tous ses fils!

Que d’esprits brillants et volontaires! Dans la République d’Haïti née d’un acte de courage et d’affranchissement sans précédent, il y a 210 ans.

Mais que d’esprits et de volontés encore à rassembler, partout, dans cette terre de résistance, malmenée cependant, de catastrophes humaines en catastrophes naturelles, et où tant de défis sont toujours à relever.

Il faut pour ce pays des armes de construction massive qui sont l’alphabétisation, l’instruction, les

compétences, les connaissances, les savoirs anciens et nouveaux, l’expérience, la formation, la professionnalisation, les arts, les lettres, les sciences, les techniques, les technologies, les métiers, bref il faut l’Éducation.

Une éducation de qualité pour toutes et pour tous, au service du bien commun, de la croissance et du développement.

Le combat héroïque livré il y a 210 ans, pour l’émancipation, le respect, la dignité, l’équité et la justice sociale, sous le blason des idées phares de liberté, d’égalité et de fraternité, est loin d’être gagné.

Nous le savons. Tout, autour de nous, dans ce pays le dit.

Ma grand-mère n’a eu de cesse de le répéter, à ses enfants comme à ses petits-enfants, de son vivant jusqu’à sa mort: «la vraie clé de notre liberté, c’est l’Éducation! Beaucoup plus encore que du succès ou de la réussite, l’Éducation est la clé de notre liberté!»

Nou fe yon gwo goumen ki ban nou 1804, pou nou te ka soti nan lesklavaj ki tap kraze dignite nou depi de sièk, po nou te ka lib. Men gade jan gen kòd toujou kap mare pye nou. Gade jan gen chenn toujou ki po ko kase! Chenn, chenn, chenn tout kote, depi nan tèt nou.

Mesdames, Messieurs, chers amis, il faut une nouvelle révolution dans ce pays pour briser les chaînes d’aujourd’hui comme celles d’hier.

La solution ne viendra pas d’une quelconque pensée magique, ni de formules providentielles venues d’ailleurs.

La solution ne peut venir que d’Haïti, de la mobilisation de toutes ses forces vives et de son précieux capital humain.

Elle ne peut venir que d’une stratégie nationale bien menée, assortie de décisions fermes et cohérentes, de partenariats ciblés avec des alliés bien intentionnés et

respectueux des perspectives et des aspirations de ce pays.

Elle ne peut venir que d’un État fort, responsable et téméraire.

Excellence, Monsieur le président, vous avez compris que la meilleure politique publique pour le développement et la croissance d’Haïti est celle qui fait de l’éducation un poste prioritaire d’investissement.

Vous en avez fait l’une des priorités de votre gouvernement. Vous avez d’abord voulu sortir de l’ombre un très grand nombre d’enfants haïtiens privés de leurs droits absolus à la scolarisation.

Vous avez, d’entrée de jeu, voulu soumettre votre gouvernement à l’obligation faite par la Constitution de 1987, en son article 32, que l’État garantisse le droit à l’éducation, en prenne la charge avec les collectivités territoriales.

Vous avez dit, Monsieur le président, combien votre rêve, que nous partageons tous ici, est de renverser ce qui est vécu comme un triste sort, comme une fatalité, de combler le gouffre des inégalités et de faire qu’il n’y ait plus un seul enfant exclus, que l’on tienne compte de tous ceux et celles qui sont à l’âge d’entrer à l’école, mais aussi des autres qui tombent sous la

catégorie des sur âgés, qui ont dépassé la tranche d’âge officiel en raison d’un ensemble de circonstances qui ont à voir, nous le savons, avec la pauvreté et la précarité qui sont les pires des injustices.

Le programme de scolarisation universelle gratuite et obligatoire, le PSUGO, que vous avez introduit est en marche. Malgré de lourdes difficultés, notamment opérationnelles, qui réclament des ajustements, les premiers résultats sont suffisamment encourageants pour que l’on en comprenne le caractère essentiel.

Le chef du gouvernement, le premier ministre Laurent Lamothe est conscient que des efforts importants doivent être consentis pour améliorer l’efficacité et la fiabilité, la bonne gestion et la protection des fonds, l’application et la gouvernance du programme qui permet aussi un vrai état des lieux de l’école en Haïti. De tout ce qui s’appelle l’école en Haïti.

Cela dit, la voie initiée est sans retour. Les politiques publiques ne pourront pas faire marche arrière vis-à-vis de l’objectif, à court terme, d’un enseignement primaire universel.

Les choix du Plan Opérationnel adopté par le ministère de l’Éducation vont très loin dans la foulée : en assumant l’objectif d’une école fondamentale (dix années de scolarité) gratuite et

obligatoire à l’horizon de l’année

2020.

Dans l’examen, l’inventaire et la cartographie de tout ce qui s’appelle l’école en Haïti, apparait le meilleur, le passable, l’inacceptable voire le pire.

L’école ne peut pas être un fonds de commerce qui exploite, sans foi ni loi, le désir des parents haïtiens que leurs enfants soient instruits.

L’école est une affaire sérieuse et ne peut pas être laissée au gré des charlatans.

Il faut des normes pour des infrastructures dans les règles.

La profession enseignante doit être valorisée.

Des façons de faire sont à changer.

Des ruptures sont nécessaires.

Il faut un vrai virage qualitatif.

Ces Assises nationales sur la qualité de l’Éducation et sur l’Enseignement supérieur visent clairement une réflexion en profondeur sur toutes les conditions à réunir pour ce virage qualitatif.

Ces assises vous les avez voulues et vous les avez encouragées, Monsieur le président.

Votre souhait était qu’elles s’inscrivent dans la ligne droite du formidable et minutieux chantier du Groupe de travail sur L’Éducation et La Formation, le GTEF.

Vous n’avez cédé à aucune tentation partisane, du fait que ce groupe de travail avait été constitué par votre prédécesseur, le président René Garcia Préval. Vous auriez pu. Mais, vous n’avez pensé qu’à l’intérêt supérieur du pays et au bien commun.

Les artisans du GTEF, dont plusieurs sont ici ce soir, vous sont

reconnaissants de cette appréciation du travail qu’ils ont effectué dans ce même esprit : le bien commun, l’intérêt supérieur du pays.

À commencer par le recteur Jacky Lumarque qui vous en a officiellement et respectueusement remis, en ma présence, au Palais national, le 8 mars 2012, le document final, le «Rapport au président de la république» intitulé «Pour un pacte national sur l’Éducation en Haïti».

Le dialogue a été dès lors fructueux avec vous au sujet des analyses, des faits des situations et des recommandations signalés dans le rapport.

En sillonnant le pays, en vous rendant dans des écoles, vous avez constaté par vous-même des lacunes qui vous ont bouleversé et vous m’en avez fait part.

Vous avez alors demandé avec insistance et en toute urgence au Ministre Vanneur Pierre de l’Éducation et de la Formation Professionnelle, à Jacky Lumarque et à moi-même de voir à ce qu’un dialogue national, réunissant tous les secteurs de la société, soit lancé spécifiquement sur la qualité de l’Éducation en Haïti et le renforcement de l’enseignement supérieur.

Ainsi sont nées ces Assises nationales.

Et pour ce premier rendez-vous, le niveau d’enthousiasme est extraordinaire. Les propositions se sont mises à pleuvoir sur les thèmes et les questions à couvrir. Il y a un vrai sentiment d'urgence. On a pu le constater du 31 mars au 4 avril lors d’un ensemble de consultations régionales au niveau des dix départements, à travers les Tables de consultations sectorielles actives au sein des Directions départementales de l’Éducation (les DDE).

Ces consultations ont mobilisé des citoyennes et des citoyens de tous

les secteurs, de tous les milieux de la société civile : parents, professeurs, étudiants, directeurs, syndicats, recteurs, entrepreneurs, chambres de commerce, partenaires du public et du privé.

Les cahiers des charges en provenance de ces pré-Assises départementales seront versés par les DDE dans les débats généraux que nous tiendrons ici, portant sur les propositions à élaborer en vue de renforcer la mise en œuvre du Plan opérationnel, dans la perspective de l’amélioration de la qualité des apprentissages des écoliers dans la totalité des écoles du pays, et de l’amélioration des capacités et des

compétences des maîtres et des formateurs.

Ce n’est pas un colloque ni un forum de plus, c’est un mouvement national qui prend forme, sur une question capitale et un grand souci collectif. Un mouvement national que nous voulons de longue portée pour de vrais changements qualitatifs dans l’éducation en Haïti.

On le sent aussi de par la dynamique et la composition de tous les comités et les participants volontaires : des serviteurs de l’État des directions ministérielles aux équipes aguerries du Conseil de Développement Économique et Social, des acteurs de qualité en

provenance d’ONG haïtiennes constituées au pays et à l’étranger, des partenaires tous aussi solides les uns que les autres, la Conférence des recteurs et présidents d’universités d’Haïti (la CORPUHA) présidée par le recteur Jean Vernet Henry, la Conférence des recteurs et présidents d’universités de la Caraïbe, présidée par le recteur Jacky Lumarque, l’UNESCO, l’Agence universitaire de la Francophonie, la coopération française avec l’Institut de Recherche pour le Développement (l’IRD) ainsi que d’autres partenaires d’universités amies de France, du Canada, des États-Unis, de la

Caraïbe, sans compter la Kellogg Foundation qui assure le financement de la plus grande partie des Assises.

Autant d’alliés stratégiquement rassemblés et qui sont à pied d’œuvre.

Il est vrai qu’au cours des dernières années et spécialement depuis le séisme du 12 janvier 2010, l’éducation en Haïti a été l’objet d’un nombre important d’échanges et de travaux de réflexion. Il ne s’agit pas de les répliquer ici, mais d’impliquer les acteurs dans la durée.

Il faut envisager la possibilité d’une rencontre annuelle, avec les mêmes

groupes d’acteurs, autour de l’agenda de la qualité de

l’éducation pour faire le point sur l’évolution des indicateurs, faire

connaître

diffuser les innovations, identifier les actions correctrices etc.

Ainsi, est-il permis déjà de penser aux Assises de 2015, celles de 2016 et ainsi de suite, dans une perspective d’amélioration continue de la qualité de l’éducation en Haïti.

D’où l’idée des trois principaux résultats visés par ces Assises :

1- L’ Observatoire national sur la qualité de l’éducation dont les

les

bonnes

pratiques,

conférences, forums, auditions, plaidoyers etc.) contribueront à irriguer les décisions publiques et les pratiques des éducateurs en vue d’une meilleure qualité de l’éducation.

2- Le projet de Pacte national sur la qualité de l’éducation qui doit engager les acteurs de la société civile, de la communauté éducative, du secteur privé des affaires, et des partis politiques autour d’un ensemble de décisions visant à améliorer la qualité de l’éducation.

3-

Les

lignes

directrices

pour

l’établissement d’une Feuille de

la

d e supérieur

haïtien.

l’enseignement

m o d e r n i s a t i o n

route

collective

pour

Plusieurs structures sont prévues pour aider le ministère de l’Éducation à réussir ces Assises et à mettre en place les dispositifs de suivi qui en découleront.

Ces structures incluent :

Un comité de coordination ;

Un conseil scientifique ;

Un comité Logistique et Communication. Pourquoi ? Pour créer également des dispositifs qui permettent de garder la population, les citoyennes et les citoyens en phase, de les informer, de solliciter leurs points de vue et de les entendre.

Il revient à ces Assises de nourrir, d’entretenir le mouvement né de ce pays pour un pacte national en faveur d’une éducation de qualité, de l’école fondamentale jusqu’à l’enseignement supérieur. Le présent et l’avenir d’Haïti et de tous ses enfants en dépendent.

Je vous remercie d'être au rendez- vous.